Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 25 mars 2012

38 témoins

   Lucas Belvaux a adapté le roman de Didier Decoin, Est-ce ainsi que les femmes meurent ? (lui même inspiré d'un fait divers). L'histoire, survenue aux Etats-Unis à l'origine, a été transplantée au Havre.

   Le travail dans le port est l'objet de plusieurs scènes du film, d'une incontestable maîtrise formelle. On y voit de grands porte-conteneurs, des bateaux-pilotes, des grues de (dé)chargement. C'est le domaine d'Yvan Attal - Pierre Morvand, taciturne, qui semble trouver dans cette activité plutôt solitaire un apaisement à ses tourments intérieurs.

   Parce que Morvand fait partie des 38 personnes que la police cherche à contacter, dans une enquête sur le meurtre d'une étudiante, commencé en pleine rue et achevé dans l'entrée d'un immeuble, vers 3 heures du matin. Le problème est que personne n'a rien vu, rien entendu, à l'exception d'un type qui s'est rendu sur son balcon, pour se plaindre du tapage nocturne.

   Il apparaît bien vite qu'il est impossible que personne n'ait rien vu, rien entendu. L'un des intérêts du film est donc de montrer comment la vérité va émerger. Une journaliste, brillamment interprétée par Nicole Garcia, va jouer le rôle d'accoucheuse, aux forceps si besoin est.

   A cela se superpose l'histoire du couple Morvand. C'est la partie la moins réussie du film. Les dialogues sonnent souvent faux... et Yvan Attal comme Sophie Quinton m'ont paru laborieux.

   Les seconds rôles sont eux très bons. Parmi eux, on peut distinguer François Feroleto (en flic marmoréen travaillé par le doute), Natacha Régnier, épatante en mère célibataire qui a peur de (presque) tout, Patrick Descamps, que l'on a l'habitude de voir exceller, et Didier Sandre, qui nous la joue un peu Didier Bezace.

   La séquence la plus impressionnante est située à la fin du film. Il s'agit de la reconstitution, minutieuse, qui permet à certains personnages (ainsi qu'aux spectateurs) de réaliser ce qui s'est passé la fameuse nuit, juste avant que l'action du film ne commence. Impressionnant.

12:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film

samedi, 24 mars 2012

Questions sur l'affaire Mohamed Merah

   Au départ, quand j'ai entendu des personnes remettre en cause le sérieux du travail des services de renseignement français, j'ai tiqué. A priori, si l'on se réfère à la chronologie des événements, on ne peut au contraire que se féliciter de la célérité de l'action de la police.

   En effet, le premier parachutiste a été abattu le 11 mars à Toulouse, les deux autres le 15 à Montauban. Dans le premier cas, on pouvait soupçonner un crime crapuleux. Quatre jours plus tard, la coïncidence des meurtres devait faire réagir les services de renseignement. Mais, dans un premier temps, l'hypothèse d'un meurtrier d'extrême-droite a pu paraître plausible : les victimes sont de "type arabe" et le régiment concerné, le 17e du génie parachutiste, s'est fait remarquer naguère par sa capacité à intégrer les opinions les plus extrêmes... Le Canard enchaîné s'est laissé prendre, publiant dans le numéro du 21 mars un article allant dans le sens de cette hypothèse, que l'on sait aujourd'hui erronée :

politique,société

(Au passage, on aimerait savoir qui dit vrai, de la presse officielle qui affirme que les trois néo-nazis ont été radiés ou de l'hebdomadaire satirique, qui sous-entend qu'ils n'ont pas été reniés par la grande famille de l'armée.)

   La DCRI a finalement mis cinq jours à retrouver Mohamed Merah, évitant sans doute qu'il ne commette de nouveaux crimes... mais, ceux du mois de mars étaient-ils pour autant inéluctables ? La question peut paraître grossière, mais l'examen de l'affaire soulève quelques questions.

   Il y a d'abord l'histoire de la filière de recrutement pour l'Irak, démantelée en 2007, jugée en 2009. Le frère aîné de Merah, Adbelkader, a été soupçonné (peut-être à tort) d'en faire partie, mais surtout l'un des protagonistes était proche d'eux : il s'agissait du fils du nouveau compagnon de la mère des deux hommes.

   Le frère aîné, a priori pas impliqué dans cette affaire, n'en a pas moins un profil suspect : c'est un intégriste, qui se dit fier des actes commis par Mohamed Merah. Dans le coffre de sa voiture, on a retrouvé des explosifs, la semaine dernière... et l'on vient d'apprendre qu'il est mêlé au vol du scooter qui a permis à l'assassin de perpétrer ses forfaits.

   A cela s'ajoute une plainte déposée contre le futur tueur en série, le 25 juin 2010, par une Toulousaine dont le fils avait été brièvement séquestré par Mohamed Merah, qui lui aurait passé des vidéos djihadistes d'une grande violence. Il aurait aussi agressé la plaignante et sa fille. (Quand on vous dit que les intégristes sont de grands féministes...)

   La même année, puis en 2011, Merah aurait effectué deux séjours en Afghanistan et au Pakistan. (Attention toutefois : l'information est contestée... peut-être parce que les autorités afghanes comme pakistanaises en ont marre de voir leur pays systématiquement associé au terrorisme international.) Il est désormais clairement identifié comme un sympathisant d'Al Qaida, interdit de vol aux Etats-Unis.

   On continue ? En janvier 2011, entre les deux séjours au Moyen-Orient, Mohamed Merah est contrôlé par la police, à son appartement toulousain, pour une querelle de voisinage. Pas de quoi mettre la puce à l'oreille de la DCRI. L'anecdote est intéressante, parce qu'elle révèle la présence d'une autre personne, un homme plus âgé de 15 ans, un Français né en Algérie.

   Il est vrai que l'antiterrorisme n'a pas les moyens de suivre tous les faits et gestes des centaines de jeunes hommes au profil inquiétant qui vivent en France métropolitaine. Mais, avec le recul, on se dit que celui-là aurait dû davantage attirer son attention.

   Je termine sur une note tragi-comique : les conséquences d'une regrettable homonymie... parce qu'il existe d'autres Mohamed Merah en France ! L'un d'entre eux vit dans le Nord. C'est un boxeur, qui a déjà été confondu avec le tueur par des journalistes étrangers sans doute peu professionnels... (Douai et Toulouse ne sont tout de même pas des villes voisines !) Un autre homonyme est lyonnais. Malheureusement pour lui, il est aussi d'origine algérienne et a le même âge que l'assassin. Il y aurait même une certaine ressemblance physique entre les deux hommes ! Il y en a qui n'ont vraiment pas chance !

vendredi, 23 mars 2012

La Dame de fer

   La critique "de gôche" n'a pas aimé ce film, plutôt pour des raisons idéologiques, même si parfois des arguments cinématographiques ont été avancés.

   On peut commencer par aborder l'aspect non polémique du long-métrage. C'est techniquement bien fait, quoique les effets mélodramatiques soient par instants trop appuyés. Nous sommes priés de compatir au désarroi d'une veuve qui n'arrive pas à faire le deuil de son époux (un type qu'on nous représente comme rigolo et fou amoureux d'elle... c'est dire si elle a raison de le regretter !), une mère incomprise, dont le fils chéri semble peu se préoccuper (mais le film se garde bien de préciser à quel point Mark Thatcher est un personnage douteux).

   Meryl Streep est épatante. Elle supporte avec une facilité étonnante les tonnes de maquillage et les prothèses dont on l'a affublée... mais surtout (en version originale sous titrée, of course !) elle a réussi à se débarrasser de son accent américain et à acquérir cette voix chevrotante, haut perchée, caractéristique de l'ancienne occupante du 10, Downing Street.

   Du coup, elle réussit à la rendre parfois sympathique, trop même. Ceux qui ont connu cette époque, quels que soient leurs préjugés politiques, se rappellent à quel point elle pouvait être odieuse et injuste dans ses attaques. Meryl Streep s'en est d'ailleurs presque excusée quand elle a répondu aux questions de la presse, après avoir reçu le Golden Globe 2012, disant avoir voulu transmettre "a compassionate view of someone with whom I disagree" (une vision compatissante de quelqu'un avec qui je suis en désaccord).

   Je pense que ce film mérite quand même le détour, pour la qualité de la narration et, pour un public français, (re) découvrir l'un des modèles politiques de Nicolas Sarkozy (même s'il a aussi pioché ailleurs). Tout ce qui concerne la jeunesse de Margaret Roberts est très bon. C'est une autre actrice qui s'illustre dans ces scènes, Alexandra Roach, excellente en jeune fille de boutiquier, reçue à Oxford, qui va rencontrer l'amour en même temps qu'elle va bousculer le monde compassé et machiste de la politique britannique. On ne l'a pas dit assez, mais ce film est encore plus violent à l'égard des membres du Parti conservateur qu'à l'égard de ses adversaires travaillistes. Je rassure toutefois les lecteurs de droite : la gauche est uniformément représentée comme une bande de vieux cons archaïques !

   La critique a mal accueilli l'angle féministe du film... parce que Thatcher ne l'était pas. Certes. Mais sa réussite n'en constitue pas moins la preuve qu'une femme issue de la petite bourgeoisie, sans piston particulier, peut accéder aux plus hautes fonctions et se montrer aussi impitoyable, aussi tenace, aussi intransigeante que le plus "burné" des politicards de sexe masculin.

   Pour moi, le film n'est pas malhonnête parce que les défauts comme les échecs de M. Thatcher ne sont pas tus mais, comme l'action est plutôt montrée du côté de l'héroïne, on ne peut pas dire que l'aspect critique soit très approfondi...

   Il reste le portrait de l'animal politique, à mon avis réussi.

jeudi, 22 mars 2012

In memoriam...

Bon débarras !

 

politique,société