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samedi, 03 juillet 2010

Comment les médias ont rendu compte de la visite de Nicolas Sarkozy en Aveyron

   Une fois n'est pas coutume, je ne vais pas m'intéresser aux médias locaux (à une exception près), mais à leurs collègues nationaux, quotidiens et hebdomadaires.

   L'Aveyron, a fortiori le Carladez, c'est loin, enclavé... et pas très "hype" pour qui prise la vie de citadin friqué. Du coup, quand le président de la République se déplace dans un coin paumé, on n'envoie pas forcément de journaliste accrédité. On compte puiser dans les comptes-rendus des agences de presse... quitte à commettre des erreurs.

   La dépêche AFP a été tout simplement recopiée par plusieurs organes de presse, notamment L'Express, Le Point et La Croix, qui ont utilisé les mêmes photographies (une seule pour Le Point)... et publié la même erreur, orthographiant mal le nom de la commune de Mur-de-Barrez ("Mur-de-Barrèze" à chaque fois). A l'étranger, le même texte est publié dans dans le quotidien suisse Le Temps, par exemple... Et, ô surprise ! Midi Libre est pris les doigts dans le pot de confiture :

Midi Libre Sarkozy Brommat 01 07 2010 ter2.jpg

   On ne retrouve cependant pas cette erreur sur le site de France24, qui a pourtant puisé à la même source, parce que la dépêche a été contractée, le passage incriminé ayant disparu du texte final.

   Fort heureusement, ce manque de professionnalisme n'est pas étendu à tout ce qui a été publié sur le sujet. Dans Le Point lui-même, un second article a été écrit à partir d'une dépêche de l'agence Reuters... sans faute. On peut faire la même remarque à propos du Nouvel Observateur, qui s'est appuyé sur le travail d'une autre agence, Associated Press (AP).

   Je trouve quand même sidérant que ce soit l'agence de presse française (l'AFP) qui fournisse un billet comportant une erreur grossière, alors que ses concurrentes britannique (Reuters) et américaine (Associated Press) ont été plus performantes (mais moins prolixes au niveau des photographies, semble-t-il).

   Ah ben, tiens, causons un peu des photos. Si vous avez jeté un coup d'oeil aux articles vers lesquels mènent les liens précédents, vous vous êtes aperçus que certaines "têtes" se sont arrangées pour figurer dans le champ des photographes et des caméras. S'il est parfaitement normal que les agriculteurs rencontrés par Nicolas Sarkozy soient représentés en sa compagnie, on peut se demander ce que viennent faire le président du Conseil général, Jean-Claude Luche, et le député de la circonscription Yves Censi (ainsi que son collègue Alain Marc, élu de la région de Millau !) alors que, d'après la presse, ils n'ont joué aucun rôle dans cette manifestation soigneusement organisée, cadrée et minutée... Faut-il préciser que tout ce beau monde est à l'U.M.P. ?

   De son côté, le conseiller général et maire de Brommat (écharpe apparente) Francis Issanchou semble avoir su jouer des coudes pour figurer aux premières loges :

Issanchou Sarkozy 2010.jpg

   On note aussi la présence de l'ancien omniprésident du Conseil général de l'Aveyron, Jean Puech, visible notamment dans une vidéo disponible sur le site du quotidien auvergnat La Montagne. (On peut d'ailleurs lire avec profit le récit de la journée par le correspondant cantalien du journal.)

   Sur le sujet, j'ai aussi bien aimé le "post" d'un blogueur, très attaché aux détails du déroulement de la visite.

   Je me dois aussi de signaler une vidéo de Karl Zéro dans laquelle celui-ci se veut critique du président... tout en manifestant un certain mépris pour les Aveyronnais.

   Un petit cadeau, pour terminer. Je me suis permis de détourner une photographie prise pendant la visite (on la trouve sur le site de La Dépêche du Midi et le blog d'Alain Marc). J'ose espérer que nos éminences aveyronnaises ne se formaliseront pas trop de cette pochade :

Alain Marc Sarkozy 2010.jpg

Liberté

   C'est l'un des avantages de la la Fête du cinéma : on peut essayer de rattraper son retard cinéphilique, certains établissements ayant la bonne idée de reprogrammer des films (pas trop anciens toutefois) sortis dans l'année... et restés peu longtemps à l'affiche.

   J'ai dû voir, il y a longtemps, un long métrage de Tony Gatlif à la télévision, mais c'est la première fois que j'en visionne un en salle. J'ai retrouvé dans Liberté cette description empathique du monde des Tziganes, sans que le propos soit angélique. Les tensions avec les sédentaires sont évidemment représentées, mais le contexte historique prend le dessus.

   Pendant la Seconde guerre mondiale, deux phases sont à distinguer. Dans un premier temps, les nomades sont assignés à résidence par le gouvernement de Vichy, avant que les Allemands n'en ordonnent la déportation, en vue de l'extermination. Il y a donc bien eu deux génocides pendant la guerre, les Tziganes nommant le leur Samudaripen.

   Le film se veut pédagogique. Par touches successives, des scènes montrent les tensions, les amitiés, les lâchetés, jusqu'à la complicité de génocide des autorités françaises de l'époque (bien relayées par les collabos).

   Mais on a confié à quelques acteurs "emblématiques" des rôles positifs : Marc Lavoine en maire-vétérinaire humaniste, Marie-Josée Croze en institutrice résistante et Rufus en petit vieux généreux. Face à eux, des habitants du village cantalien incarnent le renfermement et une forme de "beaufitude".

   Le grand talent de Tony Gatlif est d'avoir relié le destin tragique des Tziganes à celui des juifs (à travers le cas du gamin qui s'accroche aux basques des nomades... il y a aussi cette curieuse montre, trouvée sur une voie ferrée) et des résistants. Cela donne un film vraiment fort et digne.

   Fort heureusement, quelques moments de comédie ont été ménagés dans l'histoire. En général, ils naissent de la confrontation des Tziganes au mode de vie "moderne" des sédentaires. (Faut dire que nos héros sont vraiment crasseux...)

   L'interprétation est impeccable. A ceux que j'ai déjà nommés il faut notamment ajouter l'étonnant James Thierrée (un petit-fils de Charlie Chaplin), déjà remarqué dans Ce que mes yeux ont vu, et qui incarne un musicien très doué (lui-même sait jouer du violon) et un peu fou autour duquel se noue une partie de l'intrigue.

   La musique est évidemment omniprésente et entraînante. Elle est une part très importante de l'univers de Tony Gatlif, qui lui consacre un site internet.

vendredi, 02 juillet 2010

Millénium 2...

   ... La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette. Si l'on retrouve bien les deux héros du premier volet de la trilogie, Michael Blomqvist et Lisbeth Salander, c'est bien la jeune femme qui, plus encore que dans le précédent film, est au cœur de l'intrigue. Je précise que je n'ai lu aucun des livres.

   Sans trop en dévoiler, on peut dire qu'il est question d'un réseau de prostitution, d'une série de meurtres (attribués à Lisbeth)... et du passé de la jeune femme. Celle-ci est toujours aussi épatante, anticonformiste, indomptable. On a peur pour ce bout de femme d'1m60 (et 50 kg ?), alors que ce sont les mecs qu'elle part affronter qui devraient chier dans leur froc. De son côté, le journaliste (rappelons que Millenium est le nom du magazine géré collectivement par cette équipe d'investigateurs consciencieux) mène son enquête, tranquillou, passant ses nuits de temps à autre avec sa charmante collègue éperdue d'admiration pour lui, mais pensant au fond de lui à la jeune hackeuse qui fait battre son cœur (et grossir son sexe)...

   C'est toujours aussi dur. On nous épargne assez peu de violence... même s'il y a deux-trois ellipses... peut-être pas voulues (il semble qu'il y a eu des coupes par rapport à ce qui a été diffusé à la télévision). On sent toujours la volonté de dénoncer les injustices dont sont victimes les femmes (les coups, le viol, la prostitution forcée, le meurtre). Le contexte change par rapport au premier film. Ce n'est plus la période nazie qui se trouve en arrière-plan, mais la Guerre froide.

   C'est filmé de manière un peu plan-plan. En gros, n'y allez pas pour y observer la recherche dans la mise en scène. C'est juste du cinéma commercial, plutôt haut de gamme, un polar bien ficelé.

00:27 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : film, cinema, cinéma

jeudi, 01 juillet 2010

Summer Wars

   C'est un dessin animé japonais... Chouette ! Je regrette toutefois de n'avoir pas pu le voir en version originale sous-titrée. Entendre chanter "Joyeux anniversaire" en japonais, cela doit donner ! (Notons que l'on a "francisé" quelques aspects, puisqu'à un moment, il est question du pouvoir du "président" alors que, dans la version originale, c'était sans doute le Premier ministre ou l'empereur.)

   C'est donc l'histoire d'un anniversaire, celui de la matriarche d'une grande famille. Elle fête ses 90 ans, et, si son esprit est encore très vif (et son carnet d'adresses à jour... cela joue un rôle), le corps ne suit plus tout à fait. Les femmes sont chargées d'organiser le repas et la venue des invités, qui s'étalent sur quatre générations. Un intrus, invité par l'une des plus jeunes pour jouer le rôle de son petit ami, se glisse dans la réunion. Evidemment, de vieilles histoires enfouies vont ressurgir. Cette chronique familiale est souvent drôle. Voilà pour l'aspect "tradition".

   Là-dessus se greffe la modernité, avec un réseau social qui pourrait être une sorte de "Fesses-bouc" nippon, étendu au monde entier : "Oz". Les personnages ont un avatar dans ce jeu et une partie de l'intrigue s'y déroule. Il y a donc deux types d'animation dans ce film, l'un, proche de ce que l'on pouvait trouver dans certains dessins animés des années 1970-1980 (en plus élaboré toutefois : le réalisateur, Mamoru Hosoda, est aussi l'auteur de La Traversée du temps), l'autre tourné vers le style jeux vidéo (et dessins animés de baston des années 1990). Le mariage des deux est assez réussi, tant au niveau de l'image qu'au niveau de l'intrigue.

   La "vraie vie" a donc des répercussions dans le monde d'Oz et l'évolution des avatars dans le monde virtuel a des conséquences sur la "vraie vie". Cela nous amène au titre du film, Summer Wars ("les guerres de l'été") qui fait référence, à mon avis, à War Games, un film des années 1980 dont les héros sont ce que nous appellerions aujourd'hui en bon français des geeks. (La nuance à apporter est qu'à l'époque, on se gaussait de ces adolescents boutonneux passionnés d'informatique -même si dans le film, le héros est un beau gosse, alors qu'aujourd'hui, les jeunes complètement plongés dans le monde des nouvelles technologies, au point d'en oublier le monde réel, sont moins tournés en dérision.)

   Bref, l'action qui se déroule dans le monde virtuel d'Oz pourrait provoquer une catastrophe dans le monde réel et, du coup, toute la famille va être mise à contribution pour tenter d'éviter que le drame ne se produise. Cela nous donne notamment une séquence qui voit une vingtaine de personnes se connecter au site internet par tous les moyens possibles : ordinateur fixe, portable, téléphone mobile et console de jeux (une Nintendo DS sans doute). En parallèle, l'une des grand-tantes persiste à regarder un match de base-ball à la télévision : c'est une importante finale régionale et son fiston est le meilleur lanceur de l'équipe !

   On passe donc facilement du rire à l'angoisse, le tout baignant dans une humeur bon enfant : le film est plutôt destiné aux adolescents. Les adultes risquent donc d'être un peu déroutés par quelques niaiseries. Cet inconvénient est je pense largement compensé par toutes les qualités du film, notamment, si l'on est un peu observateur, par la description de pans de la civilisation japonaise à travers le vécu de cette incroyable famille.

12:23 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinema, cinéma

mardi, 29 juin 2010

L'Illusionniste

   Non, ce billet n'est pas consacré à l'actuel président de la République française ! J'en connais qui ont vraiment l'esprit mal tourné ! Les autres ont bien compris que j'allais causer du dernier long métrage de Sylvain Chomet, adapté d'un scénario de Jacques Tati. Notons que le cadre de l'action a été déplacé de la Tchécoslovaquie à l’Écosse, où Chomet s'est d'ailleurs installé il y a quelques années.

   Cela nous vaut quelques moments savoureux, très "couleur locale" : les Écossais aiment consommer des boissons fermentées (le bateau de l'un d'entre eux s'appelle même "Whisky") et c'est une époque (les années 1950-1960, apparemment) où l'on porte encore volontiers le kilt (avec une jolie scène de bateau, vent à la clé).

   L'histoire est très nostalgique. Il est question de ces artistes de cabaret (magiciens, ventriloques, acrobates...), qui peinent à gagner leur vie, concurrencés qu'ils sont par les nouvelles idoles (la musique pop-rock et la télévision). Le film s'évertue pourtant à mettre en valeur leur talent. Pour s'en sortir, il faut souvent désormais un deuxième métier. Cela donne des moments comiques (par exemple dans le garage ou dans la vitrine d'un grand magasin) mais aussi tristes voire tragiques (autour du clown).

   C'est aussi une histoire d'amour et d'amitié. Une relation père-fille se noue entre le héros, l'illusionniste donc, qui a des airs de Monsieur Hulot, et une jeune servante des hautes terres écossaises, qui va le suivre à Édimbourg. Le problème est que la vision de la femme est assez datée. Alice a fonction de ménagère, réclame de beaux habits (que lui offre l'homme du ménage, qui travaille pour gagner sa pitance) et rêve d'un prince charmant (forcément super beau gosse). Cet aspect scénaristique aurait pu être modernisé.

   L'un des personnages principaux du film est un être inanimé : l'hôtel bon marché où logent nombre des saltimbanques. Entre la lumière qui entre par les fenêtres, la musique du tourne-disque et les mouvements acrobatiques des triplés, on ne s'ennuie pas dans ce curieux établissement, tenu par des nains !

   L'animation est ma-gni-fique. Si l'on retrouve sans peine le style de l'auteur des Triplettes de Belleville, le trait s'est affiné, les mouvements sont plus détaillés, plus gracieux. On a semble-t-il ajouté des effets numériques (notamment dans les vues urbaines). On remarque aussi un apport asiatique (japonais et coréen, qui figure au générique... au fait, restez jusqu'à la fin), perceptible au niveau du personnage de la jeune fille, très nettement visible dans l'animation du lapin. Le résultat est éblouissant, l'image comprenant une profusion de détails, des jeux d'ombres et de lumières.

   J'aime aussi beaucoup la musique, douce, dans le ton de l'histoire.

   Reste que je déconseille aux dépressifs d'aller voir ce film, vu qu'il est particulièrement mélancolique. C'est à mon avis un reflet des sentiments éprouvés par Jacques Tati au début des années 1960. C'est l'époque où sa fille Sophie (à qui est dédié le film), adolescente, se détache un peu de lui, pour devenir adulte. On pourrait voir dans  la mue du personnage d'Alice une transposition (sublimée) de ce qu'a vécu Tati dans sa vie familiale : à la fin du film, le héros regarde une photographie, sur laquelle il m'a semblé reconnaître Sophie Tatischeff.

   P.S.

   Le site internet mérite le détour.

12:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinéma, cinema

lundi, 28 juin 2010

L'offensive Soulages

   Je ne sais pas si l'on peut parler de "matraquage" (je pense qu'il faut réserver le terme ; il sera très utile d'ici deux à trois ans), mais c'est fou ce que l'on parle du futur musée.

   En fait, je dois le révéler, le musée Soulages existe, je l'ai rencontré ! Il se trouve à Olemps, sur deux sites, l'hôtel de ville et la médiathèque. Y sont exposés (jusqu'au 30 juin 2010) les travaux que les élèves de la commune ont réalisés, sous l'experte direction de leurs professeures (que des femmes apparemment... au passage, si l'on ne peut que déplorer la sous-représentation des femmes dans les postes à responsabilité dans notre pays, il serait bon aussi de se poser des questions sur la féminisation excessive de certains métiers). Cette exposition a bénéficié d'une ample couverture médiatique (il en a ainsi été question deux fois dans Le Ruthénois ; de son côté, La Dépêche du Midi s'est fait l'écho de la réalisation en cours puis de l'inauguration de l'expo).

   Les "toiles" sont présentées accompagnées d'un petit carton explicatif. Cela ressemble à du Soulages, c'est (en général) aussi laid que du Soulages, mais ce n'est pas du Soulages. Encore que... je serais bien incapable de distinguer, dans la plupart des cas, l'oeuvre du Maître de la copie des jeunes apprentis.

   Quelques productions ont néanmoins retenu mon attention, notamment celles qui, à l'aide d'un pliage discret, donnent une impression de relief. J'ai aussi bien aimé l'exercice de style sur le bleu et le noir, en couches superposées, en partie raclées :

 
Olemps (6).JPG

   Dans chaque salle, en plus des toiles, on peut consulter un cahier de photographies, où l'on voit les bouts d'chou en action. Ils portent en général un vieux T-shirt de leurs parents (on reconnaît des marques : Le Technicien du sport, Centre Presse - Midi Libre, Nasdaq...). Peut-être a-t-on soigneusement sélectionné les images (encore que... il y en a un paquet !), toujours est-il que les bambins sont très appliqués et "déconnent" rarement ! Franchement, à leur place, j'aurais transformé la salle de classe en toile de Soulages !

   Dans la partie située dans la médiathèque, en plus des productions "soulagiennes", on peut voir un documentaire consacré au Maître (intéressant, ma foi). Je pense qu'il doit s'agit du même film que celui qui a été projeté lors du vernissage de la place de la cité. Dans une autre salle, on trouve aussi des acrostiches construits autour des lettres du nom de l'artiste. Je vous en propose un de mon cru (y a pas de raison que seuls les enfants s'amusent, hein !) :

Saoûlant

Onnycomprendpagranchoze

Ubuesque

Lénifiant

Assommant

Gargarismes

Elitisme

Savacoûterbonbon

   Pour terminer sur Olemps, je signale la plus belle oeuvre (à mon goût) présente sur les lieux : une fresque située dans la cour :

Olemps (5).JPG

   La deuxième couche est apportée par l'exposition de maquettes dans une salle située dans le bâtiment naguère dévolu à la Chambre de Commerce et d'Industrie. (C'est je crois la même que celle qui a été présentée à la Cité de l'architecture et du patrimoine.) Le vernissage a eu lieu vendredi 25 juin, pratiquement en même temps que la conférence de Serge Klarsfeld à Conques et qu'un autre vernissage, celui d'une exposition de photographies datant de l'époque d'Eugène Viala. Notons ce manque de coordination dans l'offre culturelle "haut de gamme", assez désolant.

   Je conseille à tous les contribuables du Grand Rodez d'aller voir ces maquettes. On peut demander des explications à la charmante jeune femme qui assure la permanence. On peut aussi repartir avec de la documentation :

- une vue virtuelle de l'arrière du site, une fois le musée construit (ça, c'est uniquement si vous kiffez à donf')

Musée vue théorique.JPG

- un texte présentant les architectes lauréats du concours

- une plaquette du Grand Rodez (sur papier glacé) détaillant le projet

- un exemplaire du Figaroscope du 16 décembre 2009 (édité, je pense, à l'occasion de l'exposition du centre Beaubourg) : Un musée pour Soulages

   Vous voulez encore de la lecture sur le sujet ? Hé bien, précipitez vous sur le numéro 6 du magazine Rodez, notre ville : deux doubles-pages sont consacrées au réaménagement de la zone du Foirail.

   Si l'oeuvre de Pierre Soulages est votre tasse de thé (noir), vous pouvez aussi aller faire un tour sur son site internet.

   Cela ne vous suffit toujours pas ? Alors peut-être l'audiovisuel va-t-il combler votre attente. Le Grand Rodez a financé le tournage d'un film (dont il existe une version courte, une version longue... et une version pirate). Je trouve la version longue assez bien fichue (pour un film publicitaire). On voit toutefois qu'on s'adresse prioritairement aux classes moyennes. Et Soulages, là-dedans ? Il occupe les dix secondes qui précèdent le générique de fin de la version courte. Dix secondes sur soixante-treize, pas mal pour un musée qui n'existe pas et dont la première pierre n'est même pas posée !

   Même quand on se rend sur le blog économique du Grand Rodez, on n'échappe pas à Soulages. Si vous regardez la courte vidéo de présentation de Ludovic Mouly, vous distinguerez sans peine, à l'arrière-plan, un "brou de noix" du génie de l'outre-noir. Pour l'anecdote, on peut trouver une autre version de cette présentation, un peu plus courte, sur Dailymotion. Ludovic Mouly y est cadré plus serré, micro apparent (le son, d'intensité plus faible, est toutefois de meilleure qualité), il gigote moins (mais on voit plus nettement l'inclinaison de sa tête) et il n'y a pas de coupure.

   Une fois ces couches posées, à la manière de Soulages, il faut gratter un peu. Creusons la partie "coûts". Cela va donner un peu de relief à mon billet ! Commençons par comparer les estimations. Le magazine Rodez, notre ville évoque 23 millions d'euros (toutes taxes comprises) pour l'ensemble formé par le multiplexe de cinéma, le parking et la salle des fêtes. Pour le musée, selon aveyron.com, il est question de 22 millions d'euros... TTC ? Non, en fait. La plaquette que l'on trouve sur le site de l'exposition des maquettes parle de "21 millions 460 000 euros ht, hors restaurant et parc de statonnement" !!!! (Notez le "ht" mis pudiquement pour "hors taxes" : si l'on a coutume d'écrite TTC, il est par contre assez fréquent d'écrire l'autre expression en toutes lettres.)

   C'est là qu'intervient mon voisin de palier, qui demande "Et avec les taxes, ça fait combien, d'après vous ?" Plus de 25 millions d'euros selon Le Parisien... ça fait réfléchir ! On se demande évidemment si les taxes vont être équitablement réparties entre les collectivités qui financent le projet : le Grand Rodez (9,5 millions), le département de l'Aveyron (4 millions), la région Midi-Pyrénées (4 millions) et le ministère de la Culture et de la Communication (4 millions). Pensez aussi aux surcoûts imprévus, aux aléas climatiques etc.

   Voilà de quoi nourrir bien des inquiétudes, peu relayées par la presse, ou alors pour les rabaisser. (Du côté de la blogosphère, j'aime bien l'analyse de KaG.) A ma connaissance, seul Le Nouvel Hebdo se fait régulièrement l'écho du risque financier. Chaque semaine ou presque, un entrefilet ou une incise vient rappeler que tout n'est pas parfaitement ficelé. Le journal satirique fait cependant porter la critique surtout sur le coût de la construction (ainsi que sur l'entretien, jugé prématuré, d'un conservateur), constatant qu'en période de crise, les crédits nationaux diminuent. La crainte est que la participation du ministère ne fonde... les foyers du Grand Rodez étant mis à contribution pour sauver le projet.

   Mais c'est la partie coût de fonctionnement qui m'inquiète le plus. Le site aveyron.com évoque 900 000 euros par an. (Tout compris ? On aimerait avoir le détail.) Quand on lit ici ou là que les promoteurs du musée comparent son impact à celui consacré à Toulouse-Lautrec, à Albi, on se dit que les perspectives de fréquentation sont peut-être excessivement optimistes.

   Enfin, les mauvaises langues disent que Soulages a déjà le musée Fabre, à Montpellier, où deux salles lui sont consacrées. Ces mauvaises langues (toujours elles, les vilaines !) susurrent que les toiles les plus susceptibles d'attirer le public snob et friqué ont été données (par les époux Soulages) au musée héraultais. Ceci dit, on peut penser que des oeuvres seront prêtées et c'est à Rodez que les cartons des vitraux de Conques seront exposés.