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jeudi, 30 mars 2017

Paula

   Sous ce titre se cache un biopic germanique, signé Christian Schowchow, auquel on doit notamment De l'autre côté du mur. Cette fois-ci, le cinéaste a porté son attention sur Paula Modersohn-Becker, une peintre méconnue en France, mais célèbre outre-Rhin, en dépit de sa brève carrière.

   La première partie nous fait découvrir une jeune femme issue de la bourgeoisie de province, qui aspire à autre chose qu'un mariage conventionnel ou un emploi rébarbatif en ville. Douée pour le dessin, elle côtoie de petits peintres locaux, qui parfois se prennent pour de grands artistes. La réalisation est très académique. Ce que l'on voit à l'écran est très joli (en particulier les paysages, qui semblent sortis de tableaux impressionnistes), mais cette vie suinte l'ennui, sentiment qui gagne hélas le spectateur.

   Le rythme (et la photographie) changent dans la deuxième partie de l'histoire, au cours de laquelle on suit l'héroïne (brillamment interprétée par Carla Juri) dans sa tentative pour percer à Paris, à la toute fin du XIXe et au début du XXe siècle. Elle va croiser quantité d'artistes plus ou moins connus, dans la Ville-lumière, véritable carrefour culturel de l'époque. Se détachant du classicisme de sa formation (en même temps qu'elle adopte un mode de vie beaucoup plus libre qu'auparavant), elle va trouver son style. La réalisation s'adapte au ton de cette partie, plus gai et plein de vie.

   L'ambiance change à nouveau dans la troisième partie, que je n'ai guère appréciée. Des longueurs se font sentir. A mon humble avis, il aurait fallu remonter certains éléments. Du coup, je suis sorti de là un peu déçu, alors que c'est incontestablement un film qui mérite le détour.

   P.S.

   Les amateurs de clins d'oeil et d'anecdotes tendront l'oreille, vers la fin. Confronté à de grandes difficultés, l'un des personnages s'exclame (dans la version originale) : "Wir schaffen das". Pour tout germanophone et/ou germanophile qui se respecte, cette formule est une allusion à la chancelière Angela Merkel, qui l'a employée notamment à propos de l'accueil des réfugiés syriens migrants originaires d'Afrique et d'Asie. Cela peut se traduire par "On va y arriver" ou "On va gérer le problème". Par dérision, certains commentateurs se sont mis à l'utiliser pour parler d'un problème dont la solution pourrait tarder à venir...

00:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, art, peinture

samedi, 19 novembre 2016

De l'art en barres

   Le dernier numéro du Canard enchaîné contient une demi-page sur les suites de l'enquête menée sur le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy... de 2007. Si, en cette période préélectorale, il ne faut pas écarter la possibilité de coups tordus (à l'image de ce que la droite a connu en 1994-1995, au plus fort de la rivalité entre Chirac et Balladur), on en apprend quand même de belles à propos des fréquentations de quelques hommes politiques... et de certains journalistes.

   Mais c'est pour une autre raison que la page 4 de l'hebdomadaire satirique a attiré mon attention. Il y est question d'une conversation entre l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin et l'homme d'affaires-entremetteur-facilitateur Alexandre Djouhri :

Djouhri 16 11 2016.jpg

   Vous noterez le prix demandé par le spéculateur collectionneur suisse : 2,4 millions d'euros. Peut-être vous rappelez-vous qu'en 2008, lors d'une vente aux enchères, une oeuvre de Soulages ("Peinture, 21 juillet 1958") s'était vendue plus d'un million et demi d'euros.

   C'est une nouvelle confirmation que je ne vis décidément pas dans le même monde que ces gens-là.

samedi, 26 décembre 2015

Francofonia, le Louvre sous l'Occupation

   Alexandre Sokourov propose une vision de la culture française à travers le prisme de l'occupation allemande de sa capitale. Son film est à la fois un chant d'amour à Paris, une apologie de l'art européen (plutôt chrétien) et une oeuvre authentiquement russe.

   Ce dernier aspect est visible dans le montage des séquences. Aux images d'archives et aux scènes reconstituées répond l'époque actuelle, qui voit le réalisateur dialoguer par Skype avec le pilote d'un porte-conteneurs pris en pleine tempête avec, parmi son chargement, des pièces de musée. Je pense qu'il faut comprendre la chose au sens symbolique : les oeuvres d'art ont été ballottées par l'Histoire, au point parfois de disparaître complètement. (On notera que c'est lorsque Sokourov est absorbé par le destin du musée français que le bateau russe perd sa cargaison, en haute mer.)

   Russe aussi est le rappel des destructions subies par l'URSS, sur le Front de l'Est, notamment par la ville qui s'appelait alors Leningrad (redevenue Saint-Pétersbourg aujourd'hui), qui a subi un siège de 300 jours. C'est la ville du musée de l'Ermitage (dont les collections, comme celles du Louvre, ont été mises à l'abri) et la véritable capitale culturelle russe. Dans le ton de Sokourov, on sent presque poindre de la jalousie, quand il compare le sort de la ville fondée par Pierre le Grand à celui de Paris, curieusement épargnée par les nazis.

   Et pourtant, en 1940, l'accueil des troupes allemandes n'est pas chaleureux, y compris au Louvre. On le comprend à la vision des images d'archives et des scènes reconstituées, qui font principalement intervenir un officier allemand, le comte Wolff-Metternich, et le directeur du musée Jacques Jaujard (interprété par Louis-Do de Lencquesaing, vu récemment dans L'Antiquaire, dont la thématique est proche). Cependant, les deux hommes vont petit à petit tisser une relation de quasi-amitié, fondée sur l'amour de l'art et la protection des oeuvres. (On n'est finalement pas si loin que cela de ce qui est montré dans une fiction sortie en 2014, Diplomatie). C'est au point que le responsable allemand a été muté en 1942. La dernière partie du film évoque le destin des deux hommes après la Seconde guerre mondiale.

   Ici encore, on sent parfois poindre la jalousie de Sokourov : contrairement à Leningrad, Paris a fasciné les Allemands, y compris les nazis. De surcroît, une partie de la population locale s'est rapidement accommodée de la présence de l'occupant... Il croit trouver l'explication dans le voisinage des deux pays qui, malgré les conflits meurtriers qui les ont opposés, partagent une histoire pluriséculaire. A partir de là, il développe l'idée qu'il existe une culture européenne, qui englobe la Russie. Les nazis eux-mêmes auraient été (partiellement) sensibles à cet héritage.

   Le propos perd de sa pertinence quand on se rend compte que le réalisateur ne montre qu'un aspect de l'histoire. Il se garde bien d'aborder les destructions et surtout le pillage organisé des oeuvres d'art, notamment par Hermann Goering. Il aurait fallu sortir du Louvre et aller jusqu'au Jeu de Paume, où avaient été entreposées les oeuvres volées aux juifs. De cela il n'est pas question, pas plus que du rôle de Rose Valland (évoqué l'an dernier dans Monuments Men), pourtant bien plus important que celui de Jaujard.

   C'est dommage parce que, sur le plan formel, le film est vraiment bon. Le mélange des images de natures diverses fonctionne et, par instants, on retrouve la patte du grand réalisateur. J'ai aussi bien aimé la reconstitution graphique de l'histoire du site du château, très réussie. Quant au public français, il appréciera ou pas l'incarnation de deux "légendes nationales", Marianne et Napoléon, dont les évolutions dans le musée ne m'ont paru guère inspirées...

samedi, 12 septembre 2015

"Henry de Groux - Le Front de l'étrange"

   C'est le titre de l'exposition temporaire en place au musée Fenaille de Rodez jusqu'à la fin du mois de novembre. Elle est consacrée à une partie de l'oeuvre d'un peintre belge aujourd'hui presque oublié, mais qui connut un certain succès à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Dans le dossier de presse établi par le musée, on apprend que les oeuvres exposées ont été prêtées par un collectionneur privé aveyronnais (qui se les est procurées lors d'une vente aux enchères, si je ne m'abuse).

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   Le thème de l'exposition est la Première guerre mondiale. Henry de Groux a obtenu du ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts de l'époque Albert Sarraut (le frère de Maurice, directeur de La Dépêche de Toulouse, l'ancêtre de La Dépêche du Midi) de pouvoir s'approcher de la zone de combats. Cela a donné une quantité d'oeuvres au style particulier, dont on a déjà eu un aperçu à l'occasion de précédentes expositions, en 2008 à Avignon et au début de 2015 à La Roque d'Anthéron, une commune dont le monument aux morts, inauguré en 1927, a été réalisé par... Henry de Groux :

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   Mais revenons aux oeuvres "aveyronnaises". Ce sont très majoritairement des dessins exécutés à la "pierre noire", une sorte de fusain, mais d'origine minérale. Il y a aussi des gravures. Le florilège qui nous est proposé donne une image assez sombre de la guerre. Les soldats sont souvent représentés avec un masque à gaz et semblent avoir perdu leur humanité, comme ici :

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   L'ajout de couleur(s) ne rend pas nécessairement les oeuvres plus rassurantes. On distingue mieux les soldats français (en bleu) de leurs adversaires allemands, mais la présence d'un élément rouge, jaune ou orange est en général le signe qu'une arme redoutable est utilisée : l'artillerie, le lance-flammes ou les gaz :

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   Parfois, on dirait que les soldats prennent la pose. Il est possible que l'artiste ait demandé à certains d'entre eux de mimer une scène devant lui. Il est plus probable qu'il ait dessiné de mémoire ou d'après des photographies.

   Outre les combattants métropolitains, on note la présence des troupes coloniales, celles d'Afrique mais surtout d'Asie, avec des tirailleurs tonkinois. Face à eux, on trouve quelques représentations des Allemands, avec leur célèbre casque à pointe. Ils sont montrés menaçants ou au contraire vaincus et pathétiques.

   Une autre catégorie de dessins s'attarde sur les dégâts de la guerre, les blessures des soldats, les destructions et surtout les nombreux morts, militaires comme civils. En 1916, cela n'a pas plu aux autorités, qui attendaient des artistes qu'ils mettent en valeur le courage, la solidarité et l'héroïsme.

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   L'exposition aurait pu s'arrêter là. Mais les concepteurs ont eu l'excellente idée d'y ajouter des objets d'époque, placés dans de petites vitrines. Nombre d'entre eux ont été prêtés par un collectionneur local, Vincent Besombes. L'an dernier, on avait pu voir un échantillon de ses pièces aux Archives départementales, avenue Victor-Hugo. (En 2015, il est devenu président du comité de Rodez-Onet du Souvenir français.)

   Au vu de la qualité de cette exposition, il est à souhaiter qu'elle soit prolongée en 2016. Cette année marquera un tournant dans les cérémonies du centenaire de la Première guerre mondiale, avec la commémoration des batailles de Verdun et de la Somme, deux sites pas très éloignés de la Belgique natale de Henry de Groux.

   P.S.

   Après avoir déambulé dans les horreurs de la guerre, les visiteurs peuvent se plonger dans les collections permanentes du musée Fenaille, qui ont été récemment enrichies de pièces inédites.

   P.S. II

   La page Wikipédia consacrée à Henry de Groux mériterait une petite mise à jour. Elle manque d'informations précises et n'évoquait pas, au moment où je l'ai consultée, l'exposition ruthénoise :

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21:35 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : histoire, peinture, culture, art

jeudi, 03 septembre 2015

Des émules de Pierre Soulages

   Etrangement, c'est dans Le Canard enchaîné paru le 2 septembre 2015 que j'ai trouvé une référence au chantre de l'outre-noir :

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   Ce qu'Isabelle Barré qualifie (page 3) d' "oeuvre d'art digne de Soulages" n'est autre qu'un document, en théorie communicable au public, en réalité amplement censuré avant sa transmission.

   Cette histoire a inspiré Aurel, l'un des dessinateurs publiés dans l'hebdomadaire satirique :

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   Cette anecdote confirme que, dans beaucoup de médias, la couleur noire semble désormais associée à Pierre Soulages. Un autre exemple en avait été donné cet été dans une émission de France Culture, Les animaux ont aussi leur histoire. Le 26 juillet dernier, il a été question du corbeau. On pouvait entendre l'historien Michel Pastoureau évoquer de très grands corbeaux (aujourd'hui rares en Europe), au plumage d'un noir "plus noir que noir... outre-noir, dirait Soulages".

 

dimanche, 18 janvier 2015

Le Centre Pompidou de Metz à la peine

   Vu de l'Aveyron, on se demande si ce qui arrive à ce musée d'art contemporain n'est pas une préfiguration de l'avenir du musée Soulages. L'un comme l'autre ont commencé tambour battant, avec une première année couronnée de succès. Un récent article du Monde évoque les difficultés de l'établissement messin. En croisant les informations qu'il fournit avec celles que l'on peut trouver dans les rapports d'activité, on arrive à la conclusion que la fréquentation n'a cessé de baisser :

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   Pour être juste, il convient d'apporter deux précisions. Comme le musée n'a ouvert ses portes qu'en mai 2010, le nombre d'entrées de la première année est sous-estimé. Sur les douze premiers mois, on se rapproche plutôt de 800 000 visiteurs. Si le succès initial n'en est que plus éclatant, la baisse qui a suivi n'en est que plus incontestable. Toutefois, il semblerait qu'en 2014, il y ait eu un léger rebond, avec 350 000 entrées. On attendra cependant la confirmation. Ainsi, en janvier 2014, lors d'une réunion du conseil municipal de Metz, il avait déjà été affirmé que la fréquentation avait atteint 350 000 visiteurs l'année écoulée, chiffre qui avait ensuite été "corrigé" en 335 000 dans le rapport publié en juin 2014 (page 32).

   En théorie, cette baisse, qui n'est pas illogique, ne menace pas (encore) l'existence du musée, parce qu'il avait été conçu sur la base de 250 000 visiteurs annuels. Pourtant, une violente polémique est née autour du budget 2015 du Centre Pompidou, à cause de la baisse -déjà annoncée l'an dernier- de la participation du conseil régional de Lorraine (de 4 à 3 millions d'euros). Cela donnait la répartition préfigurée suivante :

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   D'après l'article du Monde, les recettes issues des entrées payantes et du mécénat sont moins importantes que prévu. En 2014, on dépasse à peine les deux millions d'euros. On ne peut donc que s'étonner des nouvelles prévisions, publiées il y a deux jours dans La Croix. Il y est question de 3,5 millions d'euros en 2015. Pour cela, il faudrait que le nombre d'entrées payantes augmente et/ou que les mécènes se montrent bien plus généreux. Si l'on ajoute à ces éléments l'augmentation de la participation de la communauté d'agglomération Metz Métropole (+ 550 000), du conseil général de la Moselle (+ 300 000) et de la commune de Metz (+ 150 000), cela donne la ventilation suivante :

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   Cela me paraît quelque peu optimiste. En cherchant dans les rapports d'activité, j'ai trouvé l'origine de ce chiffre (3,5 millions d'euros) : il s'agit de l'ensemble des recettes annexes de 2013, comprenant (outre le mécénat et le produit de la billetterie) les recettes d'édition, la privatisation d'espaces, la participation de l'Association des Amis du musée ainsi que les redevances d'occupation et d'exploitation de la librairie-boutique, du restaurant et du café.

   Peut-être que le succès des expositions programmées cette année viendra démentir mes appréhensions. Cela me conduit à évoquer le musée Soulages qui, à la différence de l'établissement lorrain, bénéficie de collections permanentes. Il a aussi été moins coûteux à la construction (30 millions d'euros contre 70), mais il a été promu par des collectivités moins riches que leurs homologues lorraines.

   Commençons par le nombre d'entrées. A Rodez, on s'est félicité (à juste titre) du succès du démarrage : 200 000 visiteurs sont venus au musée Soulages en 2014. Si la fréquentation connaît la même évolution qu'à Metz, dans quatre ans, elle pourrait se situer entre 100 000 et 110 000 visiteurs. Cela concorderait avec les prévisions données dans la presse : entre 100 000 et 150 000 pour Midi Libre en mai dernier, lors de l'inauguration. Quelques mois plus tôt, on se montrait plus prudent dans Centre Presse, qui évoquait 80 000 à 100 000 visiteurs. (Je ne le lui souhaite pas mais, vu son grand âge, je ne peux m'empêcher d'envisager le décès de Pierre Soulages, qui contribuerait sans doute, dans un premier temps, à soutenir voire relancer la fréquentation.)

   Le contribuable que je suis espère que les faits ne viendront pas démentir ces prévisions, parce qu'à Rodez, contrairement à Metz, la communauté d'agglomération est seule à financer le fonctionnement du musée.

jeudi, 11 décembre 2014

Mr Turner

   Cela faisait un bail que je n'avais pas vu un film de Mike Leigh... depuis Secrets et mensonges, qui m'avait bien plu. Par contre, le visage de son acteur principal, Timothy Spall, m'est familier, puisqu'il est un des seconds rôles "disgracieux" les plus prisés du cinéma anglo-saxon.

   L'intrigue tourne autour des dernières années du peintre John William Turner, de son oeuvre comme de sa vie personnelle. On découvre aussi le petit monde des artistes britanniques, des peintres de différents calibres aux mécènes, en passant par les critiques.

   La réalisation est soignée, avec de nombreux plans magnifiques de la campagne ou du littoral. Cela a conduit certains à affirmer que la mise en scène s'inspirait des toiles de Turner. Dans le style, c'est faux. Les plans sont beaucoup plus limpides et réalistes que les toiles du maître, qui elles sont d'un aspect foisonnant et tourmenté.

   Ceci dit, à plusieurs reprises, on nous présente une scène qui a inspiré l'une des oeuvres de Turner, par exemple pour Le Téméraire (avec un bon commentaire du tableau) :

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   ... ou encore pour Le Négrier (anecdotes à la clé) :

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   J'ai aussi en mémoire un passage consacré à Pluie, vapeur et vitesse :

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   On découvre la manière de procéder du peintre, qui réalise des croquis au cours de ses nombreux déplacements et ne cesse de retoucher ses toiles. On n'est pas étonné de le voir très attentif à la lumière... et soucieux de se procurer les bons ingrédients pour fabriquer ses couleurs. Avec l'âge, son oeuvre devient de plus en plus tourmentée... ce qui déconcerte la jeune reine Victoria.

   Plus prosaïquement, on nous montre les rivalités qui opposent les peintres les plus en vue de l'époque. Notons que Turner a très tôt bénéficié du soutien de son père, un barbier-perruquier prospère qui s'est ensuite dévoué corps et âme au travail de son fils.

   Concernant celui-ci, Mike Leigh semble vouloir mettre en valeur le contraste entre sa laideur physique et la grâce de ses productions artistiques. Il en fait toutefois un peu trop à mon goût, se montrant très complaisant avec les défauts du héros.

   Cela nous amène à l'autre versant de l'histoire, le côté féminin. On peut lire ce film en négatif, comme un tableau accablant de la condition féminine au Royaume-uni, au milieu du XIXe siècle.

   Ainsi, on comprend à demi-mots que la mère de Turner, qui a souffert de troubles psychiques, a été "éloignée" du domicile familial pour ne pas perturber le génie créatif de son fils. Celui-ci ne s'est pas mieux comporté envers les femmes qu'il a "connues". Il a abandonné la mère de ses enfants et ses deux filles, qu'il refuse d'aider financièrement. Il semble fréquenter régulièrement des prostituées, pas que pour des raisons professionnelles. Au quotidien, en cas de poussée hormonale, la bonne à tout faire de la demeure est chargée de se plier à ses désirs. Elle a d'ailleurs complètement intériorisé sa soumission, se tuant à la tâche pour son employeur ingrat. Enfin, celui-ci se sent revivre aux côtés d'une charmante veuve, qui va tout naturellement se mettre à son service.

   Cela donne une oeuvre inégale, souvent très belle formellement, agrémentée de divers accents anglais que l'on s'est plu à faire revivre. Sur le fond, l'absence de point de vue critique du comportement du "héros" laisse subsister un malaise.

23:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, peinture

dimanche, 26 octobre 2014

Le peintre des criminels

   Décidément... les séries policières (de TF1) semblent raffoler du "maître de l'outrenoir". En février dernier, c'est dans un épisode de R.I.S. que l'on a pu voir un brou de noix, dans le salon d'un homme machiavélique, qui avait tué son épouse.

   Jeudi dernier, dans le quatrième épisode de la cinquième saison de Profilage (un peu en dessous des saisons précédentes, je trouve), c'est dans la péniche où s'est réfugiée une criminelle (incarnée avec talent par une certaine Julie Gayet) que le commandant Rocher et la psycho-criminologue Chloé Saint-Laurent découvrent, accrochée au mur, une toile au style caractéristique :

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   Notons que les enquêteurs lui accordent à peine un regard, se concentrant sur les objets que la suspecte recherchée semble avoir accumulés de manière compulsive.

   Une question demeure sans réponse : la présence d'un tableau de Pierre Soulages au domicile d'une personne est-elle révélatrice de ses tendances meurtrières ?

   P.S.

   Si vous êtes observateurs, vous vous êtes rendus compte que les deux peintures (celle de l'épisode de R.I.S. et celle de Profilage) ont comme un lien de parenté... à tel point qu'une idée m'est venue à l'esprit : faire pivoter la seconde pour la mettre dans le même sens que la première. Voilà ce que cela donne :

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   Eh, oui ! Le tableau est identique ! (L'angle de la prise de vue a légèrement déformé la seconde image.) Conclusion : soit c'est vraiment une oeuvre de Soulages, qui a pu être facilement prêtée à la production, soit c'est un faux (très ressemblant), conservé dans une réserve, et utilisé pour caractériser la demeure de certains personnages de fiction.

   Le tableau le plus ressemblant que j'aie pu trouver est ce Brou de noix de 1948 :

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   Le voici dans un autre sens, qui le rapproche de la "toile" des fictions de TF1 :

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mardi, 21 octobre 2014

Shirley

   Ce prénom désigne un personnage de fiction, une femme qui apparaîtrait sur un grand nombre de toiles d'Edward Hopper. Dans la réalité, il s'agit de plusieurs personnes, celle qui a le plus souvent joué ce rôle étant la compagne du peintre, Joséphine. Comme elle-même était aussi une artiste et qu'elle est devenue un peu le "manager" de son époux, la relation entre le peintre et le modèle fut assez complexe, à l'image de ce film, particulièrement conceptuel.

   L'auteur a choisi treize toiles (en fait douze, auxquelles il a rajouté un tableau ne comportant aucun personnage à l'origine) dans lesquelles apparaît une femme. Elles nous sont présentées dans l'ordre chronologique, le réalisateur tentant d'écrire une histoire à l'aide de l'ensemble. Il a imaginé ce qui pouvait s'être passé juste avant ou juste après la pose. Chaque toile est datée et précédée d'extraits radiophoniques de l'époque. A travers cet exercice de style, Gustav Deutsch tente de ressusciter les années 1930-1960 (aux Etats-Unis) et de mettre en scène l'art de ce peintre novateur.

   On commence par "Chambre d'hôtel" (1931), par lequel le réalisateur tente de nous faire entrer dans les pensées d'une artiste écartelée entre la France et les Etats-Unis, à l'image de ce que connut Hooper, qui débuta dans l'Hexagone, où il fut fortement influencé par les impressionnistes et leurs successeurs.

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   On reste dans le même type de pièce, mais dans un contexte conjugal, avec "Chambre à New York" (1932). Au-delà de la proximité des corps et des gestes de tendresse, c'est la séparation et l'incommunicabilité qui sont mis en exergue :

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   Vient ensuite l'une des plus belles toiles de Hooper, "Cinéma à New York" (1939). Dans le documentaire, le couple de spectateurs regarde un film noir dont l'ouvreuse connaît les dialogues par coeur. Le tableau place dans la lumière le personnage secondaire, qui, dans la vraie vie, se trouve dans l'ombre. La fiction projetée tout comme les bourgeois qui ont payé leur place sont en retrait. Du coup, on en vient à se demander pourquoi cette jolie jeune femme (très bien filmée) se retrouve là. N'est-elle pas l'une de ces milliers de rêveuses, qui n'ont pu lancer une carrière d'actrice ?

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   Le rôle d'objet sexuel dévolu aux femmes (dans la société de l'époque comme aux yeux du peintre, même si ce n'est pas tout à fait équivalent) apparaît plus clairement dans "La Nuit au bureau" (1940). Aujourd'hui, c'est devenu un cliché, mais la présence tardive de cette séduisante secrétaire auprès de son patron, est une représentation du désir masculin et de la position subalterne du "deuxième sexe". L'aspect studieux de la scène ne doit pas tromper. Le réalisateur exploite bien les possibilités suggérées par la porte entrouverte...

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   Cette place de la femme jeune est vraiment explicite dans "Hall d'hôtel" (1943). Sur un grand écran de cinéma, c'est encore plus flagrant que sur une reproduction. Et quel travail sur les couleurs et la lumière ! Ici l'objet de la tentation sont ces longues jambes minces, dont les pieds sont gainés de chaussures à talons d'un vert pétant. La vieil homme n'a pas l'air d'y faire attention, mais le réalisateur a décidé d'en dire plus que le tableau !

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   Mais là où Gustav Deutsch m'a laissé sur le cul, c'est dans son interprétation de "Soleil du matin" (1952). Il réussit à relier la sensualité de la scène à un questionnement sur le maccarthysme... Gonflé !

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   Plus classique est la mise en scène de "Motel à l'ouest" (1957). Derrière cette posture figée, guindée même, se cache une tension sexuelle que la voiture n'est pas seule à exprimer. C'est peut-être dans cette séquence que la fluidité narrative est la plus grande.

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   La suivante, "Excursion en philosophie" (1959), est plus complexe. Elle mêle considérations intellectuelles et sensualité à fleur de peau. Les apparences sont de surcroît trompeuses. Ce n'est pas l'homme le personnage principal, mais la femme qui, avant de se coucher et de nous tourner le dos, a occupé le devant de la scène. Observez le positionnement du livre...

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   Plus inutilement exhibitionniste m'est apparu "Une Femme au soleil" (1961). L'expression de la sensualité se conjugue à une certaine fragilité. Le peintre semble avoir voulu établir un lien entre le corps humain et les éléments naturels extérieurs (le soleil, les collines).

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   Pour mon plus grand plaisir, on retourne dans une salle de cinéma avec "Pause" (1963). Alors que le tableau semble n'être consacré qu'à la femme assise en face de l'écran (sur lequel est projeté un film français), le réalisateur a bien compris que tout ce qui nous est montré est déterminé par ce que l'on ne voit pas... et ce que l'on devrait entendre.

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   C'est le moment de signaler qu'un gros travail a été effectué sur le hors-champ, sur les sons, qui donnent tout leur sens à certaines scènes. Il faut aussi souligner la performance de l'actrice (qui est aussi danseuse), Stephanie Cumming.

   Les principes appliqués dans la précédente toile sont poussés à leur extrémité dans "Soleil dans une chambre vide" (1963). Il a fallu beaucoup d'imagination au réalisateur pour raccorder cette séquence aux précédentes, mais c'est là qu'on réalise toute la minutie de son projet : raconter une histoire tout en décryptant une oeuvre picturale. 

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   La fin fait écho au début. On retrouve "Voiture-salon" (1965), qui entrechoque voyage et immobilité, emprisonnement des formes géométriques et liberté de l'imagination, intrusion du naturel et poids de l'artificiel.

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   Ce n'est donc pas un film facile. Il est de plus monté sur un rythme lent. Il faut donc s'armer de patience et faire fonctionner ses neurones. A conseiller aux amateurs d'art et aux esprits curieux.

 

 

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samedi, 30 août 2014

A l'ombre des 100 000 visiteurs

   La presse a abondamment relayé l'information concernant le grand nombre de visiteurs du musée Soulages, dépassant les prévisions de ses promoteurs. Mais les auteurs des articles n'ont pas trop cherché à en savoir plus. Ainsi, à l'exception notable du Nouvel Hebdo, aucun périodique n'a précisé le nombre d'entrées payantes.

   Du côté des quotidiens locaux, on a fait surtout de la communication. Centre Presse y va fort en qualifiant le musée de "phare culturel de la ville" et insiste sur l'impact touristique de Soulages, évoquant aussi l'augmentation du nombre de visiteurs des autres musées ruthénois. Midi Libre souligne aussi cet aspect, mais se consacre davantage à l'hôtellerie-restauration. Au passage, l'auteure de l'article lance une pique aux "soulageophobes" locaux, oubliant que c'est sur le long terme qu'il faudra juger du succès de l'établissement.

   La Dépêche du Midi cite les propos du maire de Rodez (Christian Teyssèdre) et donne des chiffres précis... mais pas tous ceux que l'on attendait, hélas. On apprend toutefois que les 100 000 entrées n'ont rapporté que 417 000 euros... alors que le billet (commun aux trois musées, ce qui est une bonne idée) coûte 7 euros (4 euros pour les comités d'entreprises et les - environ 11 000 - titulaires de la carte XXL du Grand Rodez). Cela signifie qu'une part importante des visiteurs n'a pas payé. On ne sait pas quelle proportion ils représentent, faute de connaître le nombre de billets à 7 et 4 euros.

   On apprend aussi que la boutique du musée connaît un grand succès, ce dont tout visiteur du début avait pu se rendre compte. Déjà, le 16 juin dernier, Centre Presse parlait de la ruée sur le petit espace commercial du musée... sous-entendant que tous ceux qui repartaient avec un ou deux ouvrages n'avaient pas forcément payé. Et pourtant, au début du projet, cette boutique n'avait pas d'existence assurée. On réalise aujourd'hui qu'on a bien fait de l'étoffer et que c'est même devenu un atout de l'établissement, qui deviendrait ainsi, le siège de la librairie de référence sur Soulages.

   Sans surprise, le quotidien économique Les Echos s'appuie lui aussi sur ces données pour évoquer la réussite du musée. Il est même plus précis sur le chiffre d'affaires de la boutique (329 575 euros, contre 329 000 selon La Dépêche).

   Le Figaro rentre moins dans le détail des recettes, mais il précise le nombre d'entrées par mois. Il relaie aussi les critiques émises à propos des horaires d'ouverture. On peut en effet légitimement penser qu'avec une offre plus étendue, le musée aurait accueilli encore plus de visiteurs. La journaliste a peut-être copié ce qu'elle a lu dans l'article de Centre Presse (paru une semaine plus tôt), auquel elle a aussi emprunté la formule "phare culturel".

   On termine avec La Croix et un article assez long. On y retrouve et le détail des recettes et les entrées par mois. Manquent juste la proportion d'entrées payantes et l'origine des visiteurs.

   Tournons-nous donc vers Le Nouvel Hebdo et le "Grain de sel" de Gérard Galtier. On y découvre que la part d'entrées payantes n'atteint même pas 60 % du total. En effet, aux visiteurs de l'inauguration (portes ouvertes), il faut ajouter ceux du premier dimanche de chaque mois, où l'entrée est gratuite. Affluence garantie... signe aussi (peut-être) que les locaux, s'ils viennent jeter un oeil au musée qui a fait la "une" des médias, ne sont pas prêts à payer pour cela. A l'avenir, il est un autre public qui contribuera à accroître le nombre d'entrées sans participer financièrement : les scolaires... mais cela fait partie des missions de tout établissement de ce type.

   Ceci dit, on ne va pas faire la fine bouche. En tant que contribuable du Grand Rodez, je me réjouis que les recettes du musée soient plus importantes que prévu. C'est autant que nous n'aurons pas à remettre au pot. Notons toutefois qu'il s'agit (concernant les entrées payantes) des recettes des musées, le billet étant commun.

   Je termine par une information que, là encore, je n'ai lue que dans Le Nouvel Hebdo. Figurez-vous que le directeur du musée, tout comme son adjointe, ont choisi le mois d'août pour partir en vacances et ce, alors que la tension était à son comble en matière de gestion du personnel. En effet, le succès du nouvel établissement a contraint de revoir les emplois du temps... et il me semble que l'on a un peu déshabillé Fenaille (et Denys-Puech) pour habiller Soulages. Visiblement, pendant que l'élite partait se dorer la pilule, la valetaille était priée d'assurer le service...

vendredi, 11 juillet 2014

Les dessous pas très chics de la construction du musée Soulages

   Le quotidien Midi Libre a réussi un joli coup éditorial en mettant en ligne, dès hier soir (pour les abonnés), un article faisant état d'une enquête sur une fraude dans les marchés de construction du musée ruthénois. Il a été très vite repris par l'agence AFP, puis par Le Monde. A Rodez, il suffisait de ne pas se lever trop tard ce matin pour pouvoir se procurer la version papier.

   On peut commencer par quelques remarques sur la chronologie. D'après l'article, tout a démarré par hasard, en mai 2011. Des écoutes téléphoniques réalisées par la Police judiciaire, sur Bordeaux, font émerger un soupçon d'entente illicite entre des professionnels du bâtiment, dans le cadre dans la construction du musée Soulages.

   Ce n'est qu'en mars 2013 qu'une information judiciaire est ouverte par le procureur de Rodez. Il a fallu presque deux ans... pour réunir un faisceau de présomptions plus important ? En tout cas, on n'apprend la chose qu'en juillet 2014, environ seize mois plus tard. Soit les médias n'étaient pas au courant, et dans ce cas c'est au niveau du Parquet ou du Grand Rodez qu'on a voulu éviter d'ébruiter la chose (dans un article de La Dépêche du Midi, le maire et président de la Communauté d'agglomération Christian Teyssèdre évoque la venue de fonctionnaires du SRPJ de Toulouse en mai 2013). Soit les médias locaux étaient au courant et ils ont "retenu" l'info. Quelle que soit la vérité sur ce point, il est clair qu'on a voulu que l'inauguration du musée ne soit pas "parasitée" par les investigations en cours.

   D'autres interrogations subsistent, concernant l'implication des différents acteurs dans cette affaire. D'après l'article de Midi Libre, dans l'état actuel des choses, seuls des entrepreneurs (pas forcément aveyronnais) sont impliqués. Il s'agirait d'une entente illicite, comme il s'en est déjà produit des dizaines centaines milliers de fois dans le pays. Le but est de contourner la mise en concurrence, qui oblige à serrer les coûts. Il existerait même des logiciels qui permettraient de fabriquer de fausses propositions crédibles... mais légèrement moins bonnes que celle de l'entrepreneur qui a été désigné pour remporter l'appel d'offres. L'entente peut aussi jouer sur un plan vertical, entre, par exemple, un maître d'oeuvre et des sous-traitants, voire entre sous-traitants. C'est ce que l'information judiciaire devra déterminer.

   Il reste la possible implication de politiques. Elle semble pour l'instant exclue. L'article de Midi Libre n'en fait pas mention et C. Teyssèdre affirme que le Grand Rodez n'est pas mis en cause. Le maire de Rodez s'avance peut-être un peu trop quand il déclare que même le personnel de la Communauté d'agglomération n'est pas concerné par l'affaire. C'est à l'enquête de le dire. Il est possible qu'il ait raison. Mais il est aussi possible qu'au moins l'un des entrepreneurs ait eu une "source interne", pas forcément un-e élu-e, mais quelqu'un, travaillant à l'agglo, ayant fourni de précieux renseignements.

   A suivre donc.

 

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lundi, 16 juin 2014

Le personnel du musée Soulages broie du noir

   C'est du moins ce que l'on peut conclure de la lecture d'un article paru dans le quotidien aveyronnais Centre Presse et intitulé "Petits tracas au musée Soulages". Selon le journal, il faut plutôt y voir la rançon de la gloire : c'est l'engouement suscité par le nouveau musée qui expliquerait que le personnel soit débordé, voire exténué.

   Pour preuve, la version papier du quotidien publie une photographie sur laquelle on voit une foule massée à l'entrée du musée, canalisée par des barrières, la légende mettant l'accent sur le succès de l'établissement :

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   En la voyant, j'ai immédiatement "tiqué". Cette image m'en rappelait une autre, un peu plus ancienne. En cherchant un peu, j'ai trouvé : il s'agit d'une photographie prise au moment de l'ouverture du musée, juste après l'inauguration par François Hollande. On peut la trouver dans un article daté du 1er juin dernier :

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   Attention toutefois. Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas exactement de la même photographie. En regardant les deux images de très près, on se rend compte que les personnes qui font la queue sont différentes. Elles ont dû être prises à quelques (dizaines de) minutes d'intervalles. L'axe est le même. Le temps semble identique : c'est ensoleillé, mais frisquet (plusieurs personnes sont même assez chaudement vêtues), loin des hautes températures actuelles. Par contre, à l'arrière-plan, dans le jardin d'enfants, on reconnaît, de dos, le même homme, aussi bien dans l'article récent...

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   ... que dans l'article "ancien" :

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   Les files d'attente sont tout de même nettement moins impressionnantes aujourd'hui qu'à l'époque où la visite était gratuite !

   De surcroît, le stress des employés n'est peut-être pas tant dû à la surfréquentation du musée qu'au sous-effectif du personnel d'encadrement. L'article de Centre Presse le sous-entend, quand il évoque une personne en arrêt-maladie.

   Mais, quand on laisse traîner ses oreilles du côté des autres musées ruthénois (dont le personnel a été "mutualisé" avec le tombeau Soulages), on perçoit un autre son de cloche. On entend parler d'emplois du temps acrobatiques pour certains employés, qui jonglent avec plusieurs sites. (Ce n'est pas le cas de tout le personnel, bien entendu.) On entend aussi parler de restrictions budgétaires : il n'est un secret pour personne désormais que les coûts de fonctionnement du pôle muséal ont été sous-estimés. Résultat : on compresse le personnel... du moins tant que l'on maintient les trois musées ouverts. Une fois l'été passé, il sera toujours temps d'évoquer certains changements. Tout le monde pense (sans trop oser le dire) au musée Denys Puech, dont le succès est plutôt confidentiel...

   P.S.

   Si vous voulez faire des affaires, c'est le moment où jamais de vous précipiter à la boutique du musée, où c'est quasiment du libre-service !

   Quant aux oeuvres des collections permanentes, figurez-vous qu'elles ne sont pas assurées !

   P.S. II

   Finalement (toujours selon Centre Presse), ce sont les toilettes du musée qui semblent connaître la plus grosse affluence. Je me garderai bien d'en tirer des conclusions hâtives...

samedi, 07 juin 2014

Naissance d'un musée

   Il reste encore quelques heures pour voir le documentaire consacré par France 3 au musée Soulages, inauguré la semaine dernière par François Hollande.

   Cela commence par une visite du chantier (déjà bien entamé) par Pierre Soulages, entouré de professionnels du bâtiment, d'une grappe d'élus, d'une foule de privilégiés et d'une horde de journalistes. L'artiste se montre d'abord préoccupé par le volume des réserves, qu'il a peine à estimer... tout comme ses interlocuteurs. La conversation porte sur des m² et des longueurs de rail...

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   Sur l'image, à gauche, on reconnaît Ludovic Mouly (à l'époque président de la Communauté d'agglomération du Grand Rodez), qui ne quitte pas Soulages d'une semelle, Martin Malvy (président du Conseil régional de Midi-Pyrénées), habile à se placer dans le champ de la caméra, et Christian Teyssèdre (le maire de Rodez)... qui a l'air de se faire chier (et on le comprend).

   La visite se poursuit en extérieur. Le peintre rencontre les ouvriers du chantier, juste le temps de serrer quelques louches :

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   Ici comme ailleurs, les entrepreneurs français ont recours à des sous-traitants ou de la main-d'oeuvre étrangère, avec l'exemple de cet ouvrier, à droite. Sa rencontre donne lieu à un échange "lolesque" :

- Qu'est-ce que vous êtes, vous ?

- Euh... portugais.

   Gêné, le patron de la boîte tente de rebondir en disant qu'il s'agit bien là d'un musée européen...

   On retrouve Pierre Soulages dans un entretien, dans lequel il raconte la genèse du projet de musée, au cours de discussions avec celui qui était à l'époque maire de Rodez : Marc Censi.

   Puis c'est au tour des architectes catalans d'avoir les honneurs de la caméra. Leurs explications sont censées mettre en évidence les liens qui existeraient entre l'architecture du musée et l'oeuvre de Soulages. Je n'ai pas été convaincu...

   Retour à Rodez, pour une séance de dédicaces. Des anonymes comme des vedettes locales viennent faire parapher leur exemplaire d'un ouvrage consacré à Soulages. Je trouve ce comportement de "groupie" infantile de la part d'adultes supposés intelligents. A moins que... cette signature ne soit considérée comme un investissement, qui rendrait l'ouvrage précieux. Ou alors c'est simplement l'expression de leur narcissisme : le "message personnel" de l'artiste les mettrait en valeur...

   A l'occasion de cette séance, Soulages rappelle involontairement combien il est attaché à la ville de Sète, où il est installé depuis des années... et où aurait dû être construit le musée consacré à son oeuvre ! Je pense que ce sont les Aveyronnais, plus que les Sétois, qui regrettent que cette occasion n'ait pas été saisie...

   On nous ramène ensuite au chantier. Le peintre s'enquiert de l'espace consacré aux expositions temporaires, qui doit être de 500 m². Mais cela ne colle pas avec ce qu'il voit du bâtiment. En fait, l'espace est divisé en deux salles, sur deux niveaux. Celle du dessus a un haut plafond (entre  7 et 8 mètres), alors que celle du dessous a moins de 5 mètres de hauteur, ce qui est présenté comme tout à fait "normal". Soulages rebondit sur le mot, avec esprit : "Une salle d'exposition normale pour des peintures normales... comme nous avons un président normal, ça c'est parfait tout ça !"

   La séquence suivante est consacrée à Conques et aux vitraux de l'église abbatiale. On y découvre un extrait d'un autre documentaire de Jean-Noël Cristini (aussi réalisateur de celui-ci). On nous présente un Soulages plus jeune (il a vingt ans de moins), au travail avec un assistant. Pour les aficionados du maître de l'outrenoir, c'est sans doute un moment d'anthologie, qui voit le génie créatif s'exprimer dans tout sa splendeur, avec notamment cette exclamation qui, j'en suis sûr, restera dans les mémoires : " Ce chatterton, c'est une trouvaille, hein ! "

   Au passage, signalons le crime de lèse-majesté commis par la chaîne publique qui, en plein documentaire, laisse passer les résultats du quinté !

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   Une longue séquence nous montre ensuite l'emballage, la réception puis le classement des oeuvres qui vont être installées au musée. On retrouve Pierre Soulages dans un entretien intéressant, où il évoque les peintures rupestres, nées dans la quasi-obscurité des grottes préhistoriques.

   On a ensuite droit à un autre moment de détente, avec les gesticulations autour du sens dans lequel exposer une oeuvre magistrale :

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   Soulages a du mal à se faire comprendre de son assistant... et aucun des deux ne sait vraiment dans quel sens regarder ce truc !

   Le film s'achève sur la mise en place des cartons de Conques, au musée ruthénois. On perçoit l'implication de l'artiste, mais on ne tente pas de nous faire comprendre quoi que ce soit sur les fameux vitraux...

   P.S.

   Arrivé en fin de rediffusion gratuite, le documentaire n'a pas suscité l'engouement sur le site tv-replay. Au bout de six jours et demi, à peine plus de deux cents personnes l'ont regardé, alors que la trilogie consacrée à l'histoire de l'électricité a été suivie par 2 500 à 3 500 internautes.

 

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   P.S.

   Pour ceux qui ont raté le film, France 3 a prévu une séance de rattrapage lundi 16 juin... à 8h45.

 

samedi, 31 mai 2014

Fulgurances soulagiennes

   Ce vendredi après-midi, à Rodez, le spectacle n'était pas au musée, pas plus qu'au Café Bras, mais plutôt dans les rues de Rodez, et ceci bien avant que les manifestations programmées le soir ne commencent.

   La population du Piton s'est accrue de manifestants extérieurs à la ville, de policiers, de journalistes... et de touristes. C'est en écoutant certains d'entre eux s'exprimer que j'ai constitué le petit florilège suivant.

   On commence par une rue située à proximité d'un tabac-presse. Une jeune femme, qui doit consacrer des sommes importantes à améliorer son apparence, est au téléphone. Visiblement, elle ne voit aucun inconvénient à ce que la moitié de la rue comprenne sa conversation. Cela donne ceci :

- T'es où ?

- ...

- Moi ? A Rodez. Tu sais... Soulages !

- ...

- ?? Ta gueule !

-...

- Enculé !

   Je n'ai pas entendu la suite, mais je dois dire, qu'émerveillé par tant de classe, j'ai regretté de devoir m'éloigner. Bien m'en a pris. Voici ce que j'ai saisi peu après, en entrant dans un commerce :

- Il a pas des gènes allemands, Soulages ?

   Je pense que la personne, induite en erreur par la couleur noire, a dû confondre le chantre de l'outrenoir avec Hugo Boss...

   Sur le Piton, en fin d'après-midi, on a commencé à s'inquiéter devant le noircissement de l'atmosphère, alors que, plus tôt, la venue de François Hollande avait été accompagnée d'un soleil radieux. Ce thème constituant la matrice de nombre de conversations de bistrot, il n'est pas étonnant qu'elles aient subi l'influence de l'actualité :

- Tiens, regarde le ciel ! On dirait du Soulages !

   Enfin, quittant la vieille ville, je regagnai rapidement le Faubourg, espérant pouvoir passer entre les gouttes. Cela ne m'a pas empêché de capter une bribe de la conversation tenue par des personnes faisant le chemin inverse (sans doute en direction du flash mob) :

- Putain, finalement, c'est grand, Rodez !

- C'est surtout que ça monte !

   Un peu plus bas, au carrefour Saint-Cyrice, j'ai eu le loisir d'observer les plaques d'immatriculation des véhicules quittant le centre-ville. Aux côtés des nombreux 12 s'affichaient le 2A, le 15, le 10, le 69... et même une plaque en "E" ! (N'oublions pas que les concepteurs des boîtes à chaussures du Foirail sont originaires de Catalogne !)

vendredi, 30 mai 2014

Soulages en BD

   Elle est intitulée Chercheur de lumière (une formule qu'a reprise un journaliste du Monde, dans son récent article consacré à l'ouverture du musée). Elle a été réalisée par des élèves du lycée Foch. Elle est parue il y a un peu plus de trois mois.

Couverture.jpg

   Sur un plan conceptuel, la bonne idée est de s'appuyer sur la biographie de Pierre Soulages pour (tenter d')expliquer son oeuvre. Chaque page ou double-page a été réalisée par un ou deux élèves... évidemment en noir et blanc.

   Fort logiquement, après avoir présenté leur rencontre avec l'artiste, les lycéens commencent par évoquer la genèse de l'inspiration de Soulages. Je trouve que Léa Poux montre assez bien la fascination pour les jeux d'ombre et de lumière :

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   Quelques pages plus loin, c'est dans un style qui oscille entre surréalisme et expressionnisme qu'est représentée l'action créative (par Sarah Calmettes) :

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   Si, d'un point de vue formel, je trouve cette partie très réussie (les dessins étant souvent de qualité médiocre... mais, bon, ce sont des adolescents), sur le fond, c'est assez pédant. Mais, comme les phylactères semblent rapporter des propos de Pierre Soulages, il est possible que ce soit à lui qu'il faille attribuer certaines expressions pompeuses.

   L'inspiration préhistorique aurait peut-être mérité un traitement plus approfondi. C'est une partie qui m'a plutôt déçu. On peut aussi rapidement passer sur l'extase exprimée par certains lycéens représentés dans la BD... (Cet ouvrage n'a évidemment pas pour but d'inciter à une réflexion critique sur l'oeuvre de Soulages. On est dans la promotion.)

   Contrairement à ce que certaines personnes malintentionnées pourraient croire, le peintre n'a pas choisi l'art abstrait par manque de technique. Il a bien été reçu aux Beaux-Arts, qu'il a rapidement quittés. Il a aussi peut-être renoncé à une possible carrière dans le rugby... Nul doute qu'il y aurait développé sa technique de l'oeil-au-beurre-noir !

   La suite de la BD évoque son installation dans le Midi, sa rencontre de peintres contemporains d'avant-garde et ses premières expositions. Du brou de noix à l'outrenoir, on finit par arriver à Conques et ses vitraux. Rien ne particulièrement emballant là-dedans, si ce n'est le passage sur les outils de Soulages (par Claire Bailleau, qui s'est sans doute inspirée d'une photographie de Michel Dieuzaide) :

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   L'ouvrage se termine par un historique de la construction du musée, des premières idées jusqu'à son inauguration.

   Notons qu'il est vendu à un prix modique (10 euros). Bien que n'étant pas très intéressé par l'oeuvre de Pierre Soulages, je pense que c'est une initiative à saluer.

dimanche, 18 mai 2014

Soulages a-t-il bonne presse ?

   Alors que l'inauguration du musée consacré à l'artiste se rapproche, les articles se multiplient, dans la presse locale, mais aussi nationale. Plus intéressantes que les papiers de commande, écrits à la va-vite, les anecdotes liées à la manière dont l'oeuvre de Soulages est perçue nous permettent de mesurer l'aura du peintre.

   Ainsi, au détour d'un article du Monde, on apprend que Claude Perdriel, le (re)fondateur du Nouvel Observateur (qui vient de vendre l'hebdomadaire), collectionne avec son épouse les oeuvres de Soulages et de Matisse.

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   Le mois d'avril a vu l'actualité soulagienne devenir plus trépidante. De manière surprenante, c'est d'abord le cinquantième anniversaire de l'établissement de relations diplomatiques entre la France et la Chine communiste qui a mis le nom de l'artiste à l'honneur. En effet, l'une des manifestations organisées a consisté en l'envoi de dix chefs-d'oeuvre (ou supposés tels) des musées nationaux français en Chine (où ils resteront jusqu'en juin). Renoir y côtoie Fragonard, Rigaud, Clouet, Georges de La Tour, mais aussi Léger, Picasso... et Soulages, à travers une oeuvre de 1950, sobrement intitulée "Peinture" :

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   Le concert de louanges s'est accentué à l'occasion de l'ouverture d'une double exposition des oeuvres de Soulages à New York, l'une dans la galerie Perrotin (de l'outrenoir sur des murs blancs), l'autre chez Dominique Lévy. Sur ce dernier site, la vidéo mise en ligne nous impose un commentaire dithyrambique, où il est d'ailleurs une fois question de l'Aveyron.





   On peut couper le son et concentrer son attention sur les images : la caméra est mouvante, faisant apprécier les jeux de lumière sur les oeuvres, parfois filmées en très gros plan. Notons qu'un journal destiné principalement aux Français expatriés aux Etats-Unis a consacré un article élogieux à l'exposition.

   En Aveyron, la presse quotidienne regorge de "papiers" sur Pierre Soulages ou son musée. On remarque que, si les critiques sont (pour l'instant) mises sous le boisseau, ce n'est tout de même pas l'enthousiasme qui semble avoir guidé les plumes. Les aficionados de Soulages ne pourront pas faire ce reproche au mensuel gratuit A l'oeil, exclusivement louangeur, l'un des articles du dernier numéro étant même titré "Pierre Soulages, Populaire !"

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   ... Tout dépend auprès de qui. Pour justifier le titre, l'auteur-e de l'article rappelle les expositions prestigieuses et le montant des ventes de tableaux. C'est se limiter à une très petite frange de la population, encore plus étroite dans le second cas. Le marché de l'art est en grande partie spéculatif. Il n'est en aucun cas révélateur de la qualité d'une oeuvre, ni de son écho auprès de la masse de la population. Quant aux visiteurs des musées d'art contemporain, il faut rappeler que, s'ils sont plus nombreux que les acheteurs de tableaux, ils ne constituent qu'une infime part de la population. Difficile donc de parler de "popularité" à propos de Pierre Soulages.

   Plus loin, dans la retranscription de l'entretien accordé par Benoît Decron (le conservateur du musée), on sent que le sujet provoque la gêne :

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   On notera que la question est ambiguë. Il pourrait s'agir d'une litote (du genre "Je ne te hais point", pour dire "Je t'aime"). Ici, il faudrait comprendre que le musée a suscité un fort sentiment de rejet de la part de la population. L'usage du passé signifie que, si un tel rejet a existé il y a quelques années, tel n'est plus le cas aujourd'hui. La réponse de B. Decron va dans ce sens, même s'il est plus mesuré dans son propos.

   En réalité l'ouverture du musée approchant et l'existence de celui-ci étant incontournable, les Ruthénois (et les Aveyronnais), en bons pragmatiques, ont mis leurs critiques en sourdine... mais ils n'en pensent pas moins. Benoît Decron semble l'avoir compris. Il souhaiterait que les habitants s'investissent plus dans ce coûteux projet, qui leur a été imposé sans consultation.

   Signalons que chez les marchands de journaux, depuis quelques jours, la presse magazine s'est enrichie d'un petit nouveau, Caracterres, dont le premier numéro fait sa Une... sur le musée Soulages :

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   Consécration ultime, c'est aussi le cas dans le dernier numéro de la revue L'Oeil, un mensuel consacré aux arts, qui avait déjà fait sa Une sur Soulages à l'occasion de l'exposition du Centre Pompidou, en 2009. Mais le diable vient parfois se nicher dans les détails. Est-ce le résultat d'une mise en page maladroite, ou de l'action d'un maquettiste facétieux ? Toujours est-il que la première page du numéro de mai 2014 prête à confusion :

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   Un coup d'oeil (!) trop rapide pourrait faire croire que le gros titre s'applique à la personne figurant sur la Une. Compte tenu du fait que Soulages est peut-être le seul artiste à se voir construire un musée de son vivant, cette mise en page n'est peut-être pas totalement fortuite.

   Mais le coup de patte le plus sarcastique vient sans conteste d'une nouvelle publication satirique, uniquement numérique, La Dèche du Midi. Le dernier article mis en ligne est en plein dans le sujet, puisqu'il s'intitule "Le nouveau musée Soulages de Rodez se visite dans le noir complet". Même si l'auteur (qui signe sous le pseudonyme de Jean-Pierre Watt) n'est pas le premier à imaginer une "blind visit" du musée, je reconnais que la prose ne manque pas de saveur.

samedi, 22 mars 2014

Linnea dans le jardin de Monet

   Ce moyen-métrage d'animation suédois est une curiosité. C'est un hommage à la peinture et à la botanique, à travers la vie et l'oeuvre de Claude Monet. En 30 minutes, on nous raconte l'histoire d'une petite fille à l'esprit curieux, qui va partir en France en compagnie d'un ami, un voisin âgé lui aussi passionné par l'impressionnisme.

   On aurait aimé que des Français se lancent dans cet hommage très pédagogique. C'est drôle et coloré. C'est d'abord Paris qui est mise en valeur : c'est la première destination du duo, qui doit se rendre au musée Marmottan.

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   Place ensuite au véritable but du voyage : la maison et le (foisonnant) jardin de Monet, à Giverny. Le film fait des allers-retours entre le jardin réel, les représentations que le peintre a faites et la vision du dessin animé. Quelques explications complètent la démonstration (comme au musée, d'ailleurs). C'est joli à regarder et, pour les enfants comme pour les adultes profanes, cela constitue une agréable initiation à l'oeuvre de l'un des grands maîtres de la peinture française.

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   Dans la salle où j'ai vu le film, des adultes accompagnaient des enfants au départ intrigués par la nature du film. A la fin, ils ont été déçus que cela s'arrête aussi vite. L'un des bambins ne voulait plus sortir de la salle : il exigeait de voir la suite !

lundi, 24 février 2014

Soulages, peinture criminelle ?

   Les téléspectateurs aveyronnais qui ont regardé TF1 jeudi dernier (20 février) ont eu une belle surprise lors de la diffusion de la seconde partie de l'épisode de la série R.I.S. intitulé Chute libre.

   L'un des enquêteurs de la police scientifique est en fuite, soupçonné d'avoir assassiné sa maîtresse, qui était fiancée à un entrepreneur en systèmes de sécurité, incarné par Christophe Malavoy. Celui-ci reçoit à son domicile le commandant du R.I.S., une ravissante femme très opiniâtre, Lucie Ballack (qui cherche à le confondre). Voici ce que l'on voit à l'écran lors de l'arrivée de  celle-ci :

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   L'entrepreneur incarne la haute société cultivée... et aussi le mâle sûr de lui, dominateur, prêt à tuer. Il n'est pas anodin qu'à côté des céramiques rares, de la sculpture massive et des meubles de prix figure une oeuvre du maître de l'outrenoir... puisque son propriétaire est passé du côté obscur !

   P.S.

   Je sais que la période "brou de noix" (dont l'oeuvre ici présente est caractéristique) est bien antérieure à celle de l'outrenoir... mais, bon, hein, faites pas chier !

samedi, 16 mars 2013

Pierre Soulages fait la fine bouche

   C'est dans un article qui m'avait échappé et dont Le Nouvel Hebdo du 15 mars a eu la bonne idée de signaler l'existence. Le 8 mars dernier, sur le site du Figaro a été mis en ligne un entretien avec le peintre d'origine aveyronnaise.

   Il y est notamment question du (futur) musée ruthénois. L'artiste rappelle sa relation privilégiée avec l'ancien maire de Montpellier, Georges Frêche... et son refus d'un bâtiment qui lui soit entièrement consacré. Entre les lignes, on peut comprendre que c'est à l'activisme forcené d'un autre ancien maire, celui de Rodez (Marc Censi) que l'on doit l'implantation ruthénoise des gigantesques boîtes à chaussures.

   Tout aussi intéressants sont les passages qui évoquent les convictions philosophiques du peintre, ainsi que la manière de concevoir la scénographie d'un musée. On sent bien que l'artiste a une haute opinion lui et de son oeuvre. Il n'en est pas moins conscient du risque que la fréquentation de l'établissement qui va porter son nom chute rapidement : "Un musée d'artiste dure trois ans. La première année, tout le monde y va. La deuxième aussi. Puis plus personne. Je n'ai pas envie de vivre ça." De surcroît, en lisant les commentaires des internautes, on réalise que les lecteurs ne sont pas aussi enthousiastes que nos élites...

   C'est marrant parce que, quelques mois plus tôt, un article paru dans Le Nouvel Observateur (issu d'une dépêche AFP, comme celui paru dans Le Point) offrait une vision plus optimiste du projet. En dépit du rappel de l'opposition du peintre à l'idée d'un "mausolée" artistique, la tonalité était essentiellement positive. En lisant le "papier", on apprend toutefois que Pierre Soulages n'envisageait pas, à cette date, de troisième donation d'oeuvres au musée :

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mercredi, 12 décembre 2012

Musée Soulages : l'avenir s'assombrit

   On s'y attendait un peu. Néanmoins, l'annonce, par Jean-Claude Luche, de la division par deux de la subvention du Conseil général de l'Aveyron pour la construction des gigantesques boîtes à chaussures du Foirail a provoqué un mini-séisme politique.

   Pour commencer, notons le léger décalage dans la manière dont deux des quotidiens locaux ont présenté la chose. La Dépêche du Midi, sans reprendre entièrement les propos de Christian Teyssèdre (le maire de Rodez, pas content du tout), choisit un titre plutôt défavorable à Jean-Claude Luche :

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   La photographie est prise en contre-plongée. Le président du Conseil général y paraît puissant (même si cela ne correspond pas tout à fait au titre), presque hautain. On a l'impression qu'il pourrait quand même allonger la thune, mais que, rien pour faire iech le maire de Rodez, il décide de fermer (partiellement) le robinet à subventions.

   Midi Libre attribue son revirement au contexte économique et minimise les conséquences :

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   La photographie présente l'élu en position d'explication. Il est pris quasiment de face, presque en train de s'excuser de devoir baisser le niveau de la subvention. L'article du quotidien montpelliérain passe d'ailleurs plus de temps à détailler les choix budgétaires de J-C Luche qu'à traiter du financement du musée Soulages. Précisons que Luluche a eu l'habileté de reporter une partie des crédits sur des projets soutenus par des mairies de gauche (Onet-le-Château et Millau). Quel métier !

   Ceci dit, sur le fond, je ne peux pas lui jeter la pierre. La situation financière du département n'est pas brillante (même s'il y a bien pire) et, franchement, il a mieux à faire que de financer ce gagdet pour cultureux.

   C'est le moment que choisit le contribuable ruthénois pour se réveiller en moi. Il sent -ce contribuable- que c'est vers lui que l'on risque de se tourner pour boucler le financement du musée. Déjà qu'on ne lui dit pas qui va payer la différence entre l'estimation que des médias continuent à véhiculer (environ 21,5 millions d'euros dont 9,5 pour le Grand Rodez) et celle que le journal publié par la mairie de Rodez a fini par donner en décembre dernier (28 millions d'euros dont 50 % issus des subventions, soit 14 millions pour la Communauté d'agglomération).

   Si le Conseil général divise par deux le montant de sa participation au projet, c'est bien plus de deux millions d'euros qui risquent retomber sur les reins du Grand Rodez : n'oublions pas la part des taxes ! De surcroît, compte tenu du retard pris par les travaux et de la volonté du peintre de reporter l'inauguration de plusieurs mois (le "maître" de l'outrenoir ne voulant pas d'une cérémonie en novembre 2013, en pleine saison "sombre"... un comble !), qui sait quelle somme pourrait encore s'ajouter au total déjà faramineux. On va bien finir par atteindre les 30 millions d'euros que certains commentateurs évoquent déjà depuis des mois.

   Faites les comptes : au lieu d'un montant (faussement) annoncé de 9,5 millions d'euros, c'est 16 ou 18 millions que le Grand Rodez (et donc les contribuables locaux) va devoir sortir du porte-monnaie ! (Déjà en 2010, La Dépêche du Midi précisait que le dépassement de budget devrait être réglé par la Communauté d'agglomération...) On se prend à rêver que l'ex-sénatrice de l'Aveyron Anne-Marie Escoffier, aujourd'hui ministre dans le gouvernement Ayrault, décide de prendre en mains ce dossier pour le défendre devant sa collègue de la Culture, histoire que la contribution de l'Etat puisse passer de 4 à 8 ou 10 millions d'euros...

samedi, 01 décembre 2012

Les élus grands-ruthénois attendent le Père Noël

   La nouvelle a fait la "une" de la presse locale, sans que l'artiste se soit exprimé de vive voix : il effectuerait une deuxième donation d'oeuvres au (futur) musée ruthénois. Exclu sensationnelle ? Non. L'information circule depuis juin dernier, y compris sur des sites nationaux comme celui de France Télévisions.

   Cet empressement à annoncer le "cadeau de Noël" de l'artiste m'a inspiré un détournement d'une célèbre chanson :

 

C'est la belle nuit de Noël

L'outrenoir étend sa cape sombre

Et les yeux levés vers le ciel

A genoux, les petits zélus

Avant de recompter la caisse

Espèrent une dernière largesse.

 

Petit Papa Soulages

Quand tu descendras de Sète

Avec tes tableaux par milliers

N'oublie pas les Aveyronnais.


Mais pour te déplacer

Dans ton si joli musée

Il faudra bien t'éclairer

Dedans il fera si noir

C'est un peu à cause de toi.

 

Les zélus attendent que le jour se lève

Pour voir si tu leur as apporté

Tous les gribouillis qu'ils voient en rêve

Et qu'ils voudraient exposer.

 

Petit Papa Soulages

Quand tu descendras de Sète

Avec tes tableaux par milliers

N'oublie pas les Aveyronnais.


Le marchand de rêve est passé

Les zélus sont émerveillés

Et tu vas pouvoir commencer

Avec ta palette enchantée

Sous la caresse de la bise

Tes barbouillages surprises.

Et quand tu quitteras le mont Saint-Clair

Pour revenir en Aveyron

Pense à fouetter les zélus visionnaires

Qui dépensent notre pognon.

 

Petit Papa Soulages

Quand tu descendras de Sète

Avec tes tableaux par milliers

N'oublie pas les Aveyronnais.


Petit Papa Soulaaaaages !

vendredi, 17 août 2012

Héroïnes nationales

   Ma brocantitude m'a amené à faire de nouvelles trouvailles. Il y a peu, je suis tombé sur une pile de protège-cahiers datant de la fin du XIXe siècle. Malheureusement, les gribouillis des écoliers du temps jadis avaient été détachés, pour ne conserver que les quatre pages cartonnées, illustrées de scènes en général patriotiques (cela date d'après la défaite de 1871 face à la Prusse).

   On a coutume de présenter la IIIe République comme un régime misogyne, ayant corseté la condition féminine et notamment refusé d'étendre le droit de vote aux citoyennes. Pourtant, certaines d'entre elles ont été montrées en exemples à la jeunesse, à travers ces images de couverture, dans une série appelée Les femmes de France pendant la guerre (sous entendu "de 1870-1871").

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   Il s'agit de Jeanne Bernier, dont le texte (situé sur la quatrième page) nous dit qu'elle était champenoise et qu'elle perdit dans le conflit son frère, son père, son époux et son fils, ces trois derniers engagés dans les francs-tireurs (des groupes qui agissaient à l'arrière des lignes prussiennes, en France occupée). Elle décida de prendre les armes et se mit en quête de troupes ennemies. Elle réussit à tuer quatre uhlans, avant de mourir le fusil à la main. Précisons toutefois que l'auteur de la notice prend la peine d'écrire "C'était là une marque de courage peu commune chez une femme, n'est-il pas vrai ?" (Rappelons que ce texte est destiné à être lu par les écoliers...)

   Curieusement, sur la Toile, c'est une autre version de l'histoire que j'ai trouvée. La jeune femme, ni mariée ni mère, aurait été tuée lors de l'exécution de son fiancé par les Prussiens.

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   Juliette Dodu est un peu plus connue. Ses exploits présumés ont fait l'objet de cartes postales. Le texte qui accompagne l'illustration ci-dessus prend des libertés même avec la version officielle de ce qui est sans doute une légende : la jeune femme est qualifiée de "directrice du télégraphe" (poste qu'occupait sa mère) et on découvre la native de la Réunion capable de transcrire les messages prussiens (rédigés en allemand, langue qu'elle ne comprenait pas).

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   Annette Drevon était une cantinière de l'armée impériale. Elle s'est distinguée à la bataille de Magenta, en 1859. Mais sa mise en valeur doit plutôt à son comportement pendant la guerre de 1870-1871, au cours de laquelle elle tua un soldat bavarois qui se serait moqué de la décoration qu'elle portait, obtenue à la suite de ses exploits en Italie. Le texte qui figure en quatrième de couverture est la copie de la notice biographique que l'on peut trouver dans le Journal de Tournon du 26 septembre 1886.

   La collection ne serait pas complète sans un hommage rendu aux femmes d'Alsace-Lorraine, dont le territoire fut annexé par le nouvel empire allemand en 1871 :

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   Ces femmes vêtues de noir sont toutes en deuil, ayant perdu un membre de leur famille durant la guerre. Leurs visiteurs prussiens, qui voulaient s'imposer dans leurs réunions de salon, s'en vont, fort embarrassés.

   Cette collection rend aussi hommage aux "grands capitaines", parmi lesquels une autre femme, Jeanne d'Arc bien sûr :

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   Ces deux illustrations (de qualité très moyenne) s'inspirent d'un célèbre tableau de Jean-Jacques Scherrer, consacré à l'entrée victorieuse de la Pucelle à Orléans, en 1429 :

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lundi, 02 janvier 2012

Contrefeux autour du musée Soulages

   En décembre dernier, la venue de Pierre Soulages sur le chantier du musée consacré à son oeuvre a fait l'objet d'un véritable battage médiatique... et ce fut l'occasion d'entendre une belle brochette de mensonges et / ou approximations, à propos du coût du musée.

   Et pourtant, cela fait déjà un petit moment que l'on sait que le budget prévisionnel (qui table sur un peu plus de 21 millions d'euros) est obsolète. Dès le 23 juin 2009, le Conseil d'agglomération du Grand Rodez avait entériné une hausse, à plus de 26 millions d'euros (page 18) :

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   Cette hausse a été confirmée lors de la réunion du 14 décembre 2010. (Malheureusement, à l'occasion de la refonte du site internet de la communauté d'agglo, les comptes-rendus antérieurs à 2011 ont disparu... sauf pour ceux qui les avaient enregistrés. Ils restent consultables à Rodez.)

   Les élus du Grand Rodez ne devraient donc plus affirmer que le projet Soulages ne va coûter que 21 millions d'euros... et les journalistes ne devraient surtout pas répéter ce mensonge. Pourtant, ils l'ont fait, comme Midi Libre le 10 décembre dernier. Voici encore ce qu'on pouvait lire dans Centre Presse, le même jour :

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   Les infos régionales ont véhiculé la même erreur, comme on peut le constater sur le site de France 3 :

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   Si vous prenez la peine d'écouter le commentaire du reportage vidéo, vous entendrez la même bêtise. Idem pour la radio Totem : s'il est fait mention des critiques que le projet soulève, c'est la même (sous)estimation du coût qui est citée.

   Du côté des périodiques, la situation est plus acceptable. Certes, Le Petit Journal, dans son numéro sorti le 20 décembre, reprend les "chiffres officiels" :

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   Mais, de son côté, Le Ruthénois, dans le numéro paru le 16 décembre, donne une estimation plus proche des vrais "chiffres officiels" :

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   Le Nouvel Hebdo, lui, parle désormais de 30 millions d'euros.

   Alors, pourquoi ce feu d'artifice de désinformation les 9 et 10 décembre derniers ? Peut-être parce qu'il fallait éviter que la réunion du Conseil du Grand Rodez du 13 décembre suivant ne donne lieu à des articles moins unanimes. En effet, dans le compte-rendu (page 9), c'est une tout autre estimation qui est donnée :

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   On retrouve donc ce fameux coût de 26 millions d'euros. On ne sait toujours pas qui va financer le dépassement de 5 millions... c'est dire les inquiètudes que l'on peut avoir si le dépassement atteint 10 millions d'euros ! Les contribuables du Grand Rodez risquent de devoir passer à la caisse...

   Ces craintes sont confirmées par un document issu de la municipalité ruthénoise. Courant décembre, l'équipe au pouvoir a publié un numéro spécial du magazine Rodez, notre ville, consultable en ligne :

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   Le bilan tracé est évidemment très favorable (pas forcément à tort d'ailleurs). Mais j'ai surtout été intéressé par l'un des paragraphes, consacré au musée Soulages. Voici ce qu'on peut y lire (page 3 du fascicule) :

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   Vous n'avez pas la berlue : la municipalité ruthénoise affirme que le projet, dans l'état actuel des choses, va coûter, non pas les 21 millions claironnés, non pas les 26 millions sur lesquels les élus se sont (discrètement) accordés, mais 28 millions d'euros ! Et personne, à ma connaissance, n'en a parlé. Quelques mauvaises langues ont bien ironisé sur l'exercice d'autosatisfaction de la gauche, mais, visiblement, le document n'a pas été scrupuleusement lu...

   Je vais terminer par une anecdote, puisée dans Le Petit Journal du 20 décembre. Voici ce que l'on peut voir en "une" :

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   Mais de quel scandale peut-il bien s'agir ? Si vous avez bien lu le début de cette note, vous savez que le quinzomadaire n'a pas polémiqué sur le coût du musée. Non. L'article situé page 5 évoque une petite mesquinerie de la part de la municipalité ruthénoise : la non invitation de Marc Censi aux cérémonies officielles organisées pour la venue de Pierre Soulages :

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   Il est vrai qu'en dehors de tout partisanisme politique, ce genre de comportement est assez bas. C'est tout à l'honneur du journal de l'avoir révélé.

samedi, 27 août 2011

Un peu de sable dans les rouages du (futur) musée Soulages

   Ce sable ne provient pas de feue l'opération "Rodez plage". Dans Le Ruthénois de cette semaine (le numéro 78), on apprend que la revue Beaux Arts Magazine s'est intéressée au musée en construction. Il s'agit du numéro 326, d'août 2011 :

Beaux Arts Magazine 326 août 2011.jpg

   (Dans Le Ruthénois, pour illustrer l'article, on a choisi la couverture d'un ancien numéro - le 273 -, dans lequel avaient été publiés, il y a un peu plus de quatre ans, les résultats d'un sondage, dont Le Nouvel Hebdo s'est aussi fait l'écho, révélant qu'un panel supposé représentatif des Français n'avait pas apprécié les oeuvres du maître de l'outrenoir.)

   L'article en question se trouve page 12 :

Beaux Arts Magazine.jpg

   Voici ce qu'il dit : 

   Sur l'esplanade du Foirail, en plein coeur de Rodez, le musée Soulages sort de terre. [Péniblement : pour l'instant, on ne voit pas grand chose.] "C'est un chantier techniquement difficile par la longueur du bâtiment - près de 100 mètres de long -, la nature du sol et l'habillage en acier Corten", explique Marc Gosselin, directeur des services techniques du Grand Rodez.

   Pour l'heure, le gros oeuvre est en marche. "Les délais sont respectés avec une ouverture prévue en juin 2013", promet le directeur du futur musée, Benoît Decron, qui entend décrocher une deuxième donation de l'artiste après une première donation de 500 pièces en 2005.

   Autre projet en cours : la réhabilitation de la maison natale de l'artiste, rachetée récemment par la ville. [en réalité par la Communauté d'agglomération, ainsi qu'on peut le vérifier dans le compte-rendu de la réunion du Conseil du 29 mars 2011, pages 18-19 ; le coût est de 160 000 euros] Pour quelle affectation ? "Nous réfléchissons à plusieurs hypothèses : ateliers d'artistes, lieu de résidence artistique, bibliothèque..., tout est possible." [même le pire]

   Financé par l'agglomération, l'Etat, le conseil général et les conseils régionaux de Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon [Première nouvelle. Que vient faire la région de Montpellier là-dedans ? D'où vient cette information ?], le musée, dont les travaux sont estimés à 25 M €, continue cependant de susciter la polémique.

   Certains opposants, comme Jean-Louis Chauzy [Ce n'est pas vraiment un opposant, plutôt un indépendant qui garde son esprit critique.], président du conseil économique et social [et environnemental] de Midi-Pyrénées et membre du conseil municipal de Rodez, s'interrogent encore sur le financement du projet et dénoncent le budget de fonctionnement, estimé à 1,2 M € par an, supporté intégralement par l'agglomération du Grand Rodez. [Snif !]

   Comme on peut le voir, l'article de Beaux Arts Magazine, même s'il ne bénéficie visiblement pas toujours d'informations de première main, reste quelque peu critique.

   Le Ruthénois en remet une couche un peu plus loin, page 8, où l'on trouve le dessin de la semaine (très ironique) de Stéphanie Gras :

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   On reconnaît facilement le maire de Rodez, Christian Teyssèdre. Celui-ci, lors de la présentation de ses voeux, en janvier 2011, avait laissé entendre qu'il était conscient des difficultés de financement liées au projet Soulages. A mon avis, on n'a pas fini de s'inquiéter.

jeudi, 21 juillet 2011

Exposition Numa Ayrinhac

   Elle est visible (jusqu'au 9 août 2011) à Espalion, au Vieux Palais. L'entrée est gratuite et, franchement, elle mérite le détour.

   Numa Ayrinhac était un peintre argentin d'origine aveyronnaise. (Ses parents ont rejoint à Pigüé d'autres émigrés rouergats.) En fin de parcours, au sous-sol, un petit film (en espagnol, mais la traduction du commentaire est disponible en français) explique son parcours. Il s'est fait connaître en France avant la Première guerre mondiale, au cours de laquelle il a combattu sous l'uniforme français.

   L'exposition propose échantillon très diversifié de son oeuvre, que je ne savais pas aussi éclectique. Il y a bien sûr les paysages de la pampa argentine, comme celui-ci, datant de 1923 :

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   L'une de ses oeuvres les plus spectaculaires est sans conteste la représentation des gauchos :

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(Duel chez les gauchos, 1912)

   L'artiste s'est aussi attaché à peindre la ville d'Espalion, notamment le Vieux Palais :

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   Moins connues sont les scènes de la vie aveyronnaise. Ayrinhac s'est aussi attaché à représenter des animaux, notamment des ânes ! On lui doit aussi quelques natures mortes très réussies.

   Au cours de la visite, on peut faire d'autres découvertes. L'artiste a par exemple eu une période religieuse. Il a réalisé des vitraux pour l'église de Pigüé (hélas perdus), ainsi que des peintures pour des communautés religieuses. Une figure revient plusieurs fois : Jeanne d'Arc

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   Plus célèbres sont les portraits. Localement, on connaît celui du maire de Rodez de l'époque, Eugène Raynaldy. Mais, en Argentine, Numa Ayrinhac est devenu un proche du couple Peron, au pouvoir juste après la Seconde guerre mondiale. La toile emblématique est celle représentant le président argentin et son épouse, si populaire :

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   Mais il y en a d'autres, consacrées uniquement à "Evita", qui sont très belles.

   Pour compléter la visite, on peut acquérir le livret de l'exposition, très bien fichu :

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dimanche, 10 avril 2011

Le musée Toulouse-Lautrec

- Dis, tu fais quoi samedi ?

- Euh, rien de spécial, a priori. Pourquoi ?

- Je viens sur Albi. J'ai envie de visiter le musée Toulouse-Lautrec et la cathédrale. Tu m'accompagnes ?

- Euh...

- Je t'invite au resto !

   Convaincu par la perspective d'une bonne bouffe qualité artistique des arguments, me voilà donc rendu dans le chef-lieu tarnais. En début d'après-midi, il y avait quand même du monde, mais on ne se bousculait pas trop.

   Cela commence par le rez-de-chaussée, où sont placées les oeuvres évoquant la jeunesse de l'artiste, sa famille, ses fréquentations, ses influences. Au bout, dans un coin, se trouvent les tableaux consacrés à ce que l'on pourrait appeler les "femmes de mauvaises vie". Notons que dans chaque salle sont accessibles des fiches d'explication bien conçues (mais, bon, faut se les trimbaler devant les oeuvres). Si l'on est moins radin, on peut, contre un supplément payé en caisse, se balader avec un casque : certaines oeuvres bénéficient d'un commentaire spécifique.

   Ensuite, il faut se rendre dans une autre aile du bâtiment, monter un petit peu. On accède à un auditorium (environ deux fois plus grand que celui du musée Fenaille, à Rodez). Un film d'environ une demi-heure y est projeté. On y apprend l'histoire de Toulouse-Lautrec ; on y voit nombre de ses oeuvres, projetées toutefois sans ordre, sans réel commentaire. Dans la salle, des papys en profitent pour piquer un roupillon, pendant que Madame est captivée par ce qui passe à l'écran. L'Aveyronnais que je suis se doit de signaler que le peintre tarnais nommé Toulouse a passé l'essentiel de sa jeunesse... en Aveyron, au château du Bosc.

   Quand on sort de là, on peut accéder à l'autre partie des collections, plus intéressante à mon avis. On y découvre les croquis et lithographies de l'artiste puis, en bas, les affiches qui l'ont rendu célèbre.

   Alors que j'associais plutôt Toulouse-Lautrec au côté graveleux de son oeuvre, j'ai été surpris de voir que beaucoup de ses productions sont très gracieuses, comme la Femme qui tire son bas :

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    Elle semble jeune ; elle est jolie, "prise sur le fait"... et le bras gauche est positionné de manière pudique, pour masquer le pubis... ce qui permet de vendre des reproductions de l'oeuvre en cartes postales. Cette étude a abouti à une oeuvre finale moins angélique :

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    La femme est un peu moins jolie... et semble triste. A côté d'elle se trouve sans doute une maquerelle. Il s'agit donc d'une prostituée, dont on ne prend plus soin de masquer le gagne-pain : son pubis.

   J'aime chez Toulouse-Lautrec ce côté "envers du décor", qui montre sans fard ces femmes du monde des lumières, comme Madame Poupoule à la toilette :

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    Dans le même genre, au Musée d'Orsay, on peut voir une superbe Femme seule (j'aurais bien titré cela : "Cre-vée !")

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   On remarque la fréquence des "scènes de lit", soit coquines (il est fait allusion à une relation charnelle), soit tendrement descriptives (le modèle est dans une posture d'abandon). Dans le genre "réaliste", il y a Deux filles dans le lit :

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    Dans le genre intimiste poétique, il y a la Femme couchée (dont une version se trouve au Brooklyn Museum) :

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   Pour moi, le crayonné atteint un sommet quand il tente de restituer les mouvements, comme avec  la danseuse Loïe Fuller (le lien mène à un blog qui propose deux courts films d'époque... assez étourdissants, ma foi) :

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    L'attention de Toulouse-Lautrec s'est aussi beaucoup portée sur les animaux. Il semblait fasciné par les chevaux, qu'il n'insère en général que dans des oeuvres "sérieuses". Par contre, il recourt à d'autres quadrupèdes dans un but humoristique, comme dans Entre trois-z-yeux (que je n'ai pas vu au musée d'Albi) :

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   Les deux premiers appartenant au chien, je vous laisse imaginer ce qu'est le troisième oeil...

   Moins scabreuse est l'Invitation à une tasse de lait :

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    Le texte du dessous dit ceci : Henri de Toulouse Lautrec sera très flatté si vous voulez bien accepter une tasse de lait le samedi 15 mai vers 3 heures et demi après midi. (On peut l'acheter en carte postale à la boutique du musée.)

   Enfin, voici mon kiff perso, le Dîner des Tarnais, bien caché dans un coin de la salle du bas :

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   Pour aller plus loin, outre la visite du musée, je vous conseille le site de la Fondation Toulouse-Lautrec, qui fourmille d'oeuvres (même si rien ne remplace le face-à-face direct avec la production de l'artiste).

13:26 Publié dans Loisirs | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : art, culture, peinture

samedi, 19 mars 2011

Comment faire un beau Soulages ?

   Mea culpa. Mea maxima culpa. Il est temps pour moi de cesser d'ironiser sur l'art du "chantre de l'outrenoir" et de me rendre enfin aux arguments de ses thuriféraires... qui y comprennent certainement beaucoup plus de choses que moi, vu qu'ils emploient des expressions compliquées pour désigner des choses simples.

   Qu'est-ce qui m'a fait changer d'avis ? Le visionnage de l'émission du 19 mars de Groland.con, du samedi 19 mars. On y voit une spectaculaire démonstration de créativité soulagienne, que l'on me permettra d'illustrer par cet extrait hélas pas suffisamment représentatif :

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samedi, 19 février 2011

Soulages ne fait pas recette

   Benoît Decron, conservateur (depuis bientôt deux ans) du musée qui n'existe pas, continue sa tournée de conférences dans le Grand Rodez. Chacune de ses interventions bénéficie d'une assez large couverture médiatique. La dernière s'est déroulée à Luc-La Primaube, charmante commune (en fort développement) située au sud-ouest de Rodez, sur la route d'Albi.

   Ceux qui ne s'y sont pas rendus peuvent en avoir un aperçu à travers le site de la commune et un article publié dans La Dépêche du Midi.

   Si l'on se fie à la photographie qui accompagne l'article, force est de constater que cette conférence, qui s'est tenue un mercredi soir, n'a pas déplacé les foules :

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   Peut-être est-ce dû à l'angle de prise de vue : il fallait montrer à la fois la maquette, le conférencier et une partie (au moins) du public. Mais je pense quand même que l'assistance ne devait pas dépasser 30-40 personnes. Si elles avaient été nombreuses, nul doute que l'article se serait fait l'écho du succès.

   Venons-en au contenu. Dans sa présentation, Benoît Decron aurait insisté sur l'importance du lieu d'implantation du futur musée (sur le jardin du Foirail), à proximité de la rue Combarel, où est né l'artiste. Mais une autre solution aurait été encore plus avantageuse, rapprochant le musée dédié à l'artiste du quartier de son enfance... solution moins coûteuse pour les finances locales : le site de l'ancien hôpital

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   J'ai (grossièrement) colorié en noir le site du futur musée et en rouge le site de l'ancien hôpital. J'ai souligné d'un cercle la présence de la cathédrale. Si l'on voulait vraiment redynamiser ce quartier, on pouvait y implanter, outre le musée, le restaurant, quelques commerces et pourquoi pas une résidence étudiante. (L'îlot Combarel aurait pu aussi servir à regrouper les formations de l'enseignement supérieur ruthénois, aujourd'hui réparties principalement sur deux sites assez éloignés l'un de l'autre.) Le Grand Rodez a choisi de privilégier le logement. Le programme a l'air toutefois séduisant.

   L'article de La Dépêche se termine par une affirmation bête de plus. Le conservateur aurait insisté sur l'occasion rare de pouvoir inaugurer un musée consacré à un artiste de son vivant. Quelques secondes de réflexion suffisent à ruiner l'argument. D'abord, très peu de musées consacrés à un seul artiste sont viables. Il faut en diversifier les collections et activités, ce qui devrait être fait avec celui projeté à Rodez. De plus, si presqu'aucun musée n'est construit du vivant de l'artiste auquel il est consacré, c'est par prudence ! Tant de peintres en cour, célèbres de leur temps, sont aujourd'hui relégués dans les caves poussiéreuses des établissements publics ! A l'inverse, des artistes méconnus de leur vivant, voire méprisés, sont devenus par la suite des références. Les collectivités locales attendent de voir ce que devient la renommée d'untel après sa mort, avant d'envisager de s'appuyer dessus pour faire la promotion de la ville.

   C'est bien le problème que pose l'oeuvre de Soulages. Elle est aujourd'hui semble-t-il très appréciée des gens de pouvoir et d'argent (peut-être aussi dans un but spéculatif). Qu'en sera-t-il dans 10 ans ? Dans 30 ans ? Je nourris quelques inquiétudes.

   Bon, vous allez me dire, qu'au final, je dépense beaucoup d'énergie pour un micro-événement, la conférence n'ayant pas fait recette. Au départ, je n'avais pas prévu d'y consacrer un billet. J'avais posté une réaction sur le site de La Dépêche, samedi matin. Elle n'est toujours pas publiée, alors qu'une réaction à un autre article, postérieure, a été immédiatement visible (j'ai fait le test). Cette pitoyable petite censure m'a incité à me tourner vers mon blog, les sites des journaux locaux ne souhaitant visiblement pas rendre accessibles à leurs lecteurs les opinions divergentes.

   P.S.

   Finalement, ma réaction à l'article a été mise en ligne. Mieux vaut tard...

mercredi, 09 février 2011

Matisse au secours de Soulages

   C'est le nouvel argument à la mode des promoteurs du "machin" du Foirail : le succès du petit musée nordiste, pourtant décrié au départ, préfigurerait la réussite du projet Soulages. Cela fait plusieurs semaines qu'on nous bassine avec cela. Ce mardi, c'est Centre Presse qui s'est dévoué pour relayer cette propagande, dans un article annoncé en "une " sous le titre "Des raisons pour croire au musée Soulages".

   Page 5, on pouvait lire un entretien entre Rui Dos Santos et la conservatrice du musée Matisse du Cateau Cambrésis, Dominique Szymusiak :

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   Pourtant, l'article commence bien. On ne nous cache pas que la question des frais de fonctionnement semble délicate, là-bas comme ici. On aimerait avoir des précisions chiffrées...

   On en dispose pour la construction, grâce au site du Conseil général du Nord. La comparaison ne joue pas en faveur du projet ruthénois. Première surprise : à Cateau Cambrésis, c'est Henri Matisse qui  a pris l'initiative de créer un espace muséal (en 1952) ; il a donc un peu payé de sa personne...

   Deuxième mauvaise surprise : lorsqu'il a été décidé qu'un nouveau bâtiment devait accueillir le musée, c'est le Conseil général qui a pris en charge le projet. Vous allez me dire que c'est logique : cette commune ne comptant qu'environ 7 000 habitants, elle n'avait pas les reins assez solides pour assumer ce genre d'opération. Certes, mais elle fait partie de la communauté de communes du Caudrésis-Catésis, qui en compte 55 000 ! Cela ne vous rappelle pas une Communauté d'agglomération aveyronnaise ?

   Donc, près de 45 % du coût de construction a été assumé par le Conseil général. Après, vous vous dites que c'est la Communauté de communes qui a dû casquer... Non ! Ils ont obtenu un financement européen pour près de 29 % ! Ensuite, l'Etat et la région Nord-Pas-de-Calais ont fourni chacun 13 %. La commune et la Communauté de communes ? RIEN ! Très bien pour eux, mais, par contraste, les élus du Grand Rodez (anciens comme actuels) paraissent s'être faits rouler dans la farine : chez nous, c'est la Communauté d'agglomération qui va assumer la plus grande part des coûts de construction, l'Etat, la région Midi-Pyrénées et le département de l'Aveyron contribuant chacun pour moins de 20 %. Cherchez l'Union européenne ! Le maire de Rodez semble avoir enfin compris qu'il fallait creuser de ce côté-là...

   Au final, signalons que le musée Matisse a coûté moins de 12 millions d'euros, soit moins de la moitié (et peut-être le tiers...) de ce qu'il va falloir dépenser pour le "machin" du Foirail.

   Après, il faut prendre en compte l'aura du peintre. N'en déplaise aux fans du chantre de l'outrenoir, la renommée de Henri Matisse est plus forte... et ses créations bien plus accessibles au grand public, comme on peut le constater en regardant certaines de ses oeuvres, visibles sur le site du musée de Nice qui lui est consacré.

   Quant au nombre d'entrées, d'après la conservatrice, il tourne autour de 70 000 - 80 000 (plutôt 70 000 donc, dont 30 000 scolaires). A comparer avec les 100 000 visiteurs escomptés par les promoteurs du projet Soulages... Cela nous promet un beau déficit de plus !

   Enfin, la conservatrice du musée Matisse évoque la question de l'accessibilité, signalant que la ville du Cateau Cambrésis se trouve plutôt à l'écart des axes majeurs et qu'il faut faire un détour pour s'y rendre. C'est un argument à relativiser sérieusement :

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   En effet, à moins d'une heure et demie (parfois beaucoup plus près) se trouvent plusieurs villes et donc des réservoirs de visiteurs potentiels. (Rappelons qu'en dépit de l'aura de tel ou tel artiste, ce sont d'abord les habitants d'une région qui font vivre les musées de province, pas les armadas de touristes asiatiques, mirage qui a déjà fait des dégâts dans l'Aveyron...)

   Ajoutons que les routes sont plutôt rectilignes et le relief peu accidenté dans le Nord, ce qui n'est pas le cas en Aveyron... et la présence d'une RN 88 souvent embouteillée n'est qu'un inconvénient de plus.

   Je termine par une remarque sur la photographie qui illustre l'article (et que je n'ai pas reproduite). On y voit les deux conservateurs chaudement vêtus, place d'Armes, à Rodez, devant la cathédrale. Je trouve culotté que, pour accompagner un papier consacré à un projet d'art contemporain, on fasse référence aux bâtisseurs du Moyen-Age et de la Renaissance ! Bonjour la cohérence !

mercredi, 02 février 2011

Quelques quatrains anti-Soulages

   Cette fois-ci, cela ne vient pas de moi. J'ai trouvé cet "essai poétique" dans le Bulletin d'Espalion du 28 janvier, page 3, signé "J.M." :

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   Ce n'est pas très argumenté et je reconnais que le coup de la misère dans le monde n'est pas d'une grande subtilité. Ce sont les autres investissements possibles qu'il aurait fallu placer en regard de ce projet dispendieux et, à mon avis, inutile. Mais, bon, il est toujours agréable de lire quelque chose qui pourfend la "pensée unique aveyronnaise".