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samedi, 24 septembre 2011

Deux-trois choses sur certains ancêtres de Nicolas Sarkozy

   Je vais rebondir sur un article publié dans Le Monde daté du vendredi 23 septembre (pour la version papier) : "Sarkozy, l'Israélo-Palestinien", signé Natalie Nougayrède. (J'ai naguère beaucoup apprécié la couverture de l'actualité russe par cette ancienne correspondante à Moscou, dont le rappel à Paris m'avait paru soudain. Devenue une sorte d'éditorialiste à l'International, elle a été un temps ostracisée par Bernard Kouchner.)

   Commençons par observer l'habillage. J'ai d'abord lu l'article dans la version papier. Il est illustré par ce montage photographique :

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   Le cadre, rapproché, suggère une grande intimité. Si le président français est plus souriant avec son homologue palestinien, on remarque toutefois que le Premier ministre israélien B. Nétanyahou semble sur le point de lui "rouler une pelle" !

   Mais les lecteurs de la seule version numérique se sont vu offrir une autre illustration :

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   Elle est plus ancienne (Ehud Olmert n'est plus Premier ministre depuis environ deux ans et demi) et plus institutionnelle. Le président français est dans un rôle d'intermédiaire. (Notons au passage que cette image le montre moins âgé, les cheveux moins grisonnants...) Si les sourires sont là, l'ambiance n'est tout de même pas aussi intime que sur la version papier. (Les esprits particulièrement pointilleux auront relevé la légère différence orthographique dans le titre. C'est la version publiée sur la Toile qui est juste... et cela tombe bien : chaque "facette" a droit à sa majuscule... mais pas à la poignée de mains !)

   Tout cela nous amène aux ancêtres maternels du président français (dont il est question dans l'article). S'il est bien catholique, fils de deux parents nés catholiques, de quatre grands-parents catholiques, l'un de ceux-ci a connu une vie agitée, comme on peut le lire dans un passionnant dossier publié par Le Nouvel Observateur en 2010.

   On apprend que le grand-père maternel de N. Sarkozy, Aron Benedict Mallah, est né dans la communauté juive de Salonique, ville que sa mère a quittée en compagnie de ses enfants après la mort de son époux. Voilà le (futur) grand-père installé en France, très attaché à sa nouvelle patrie. Il épouse Adèle Bouvier et se convertit au catholicisme. Le couple n'a eu que deux filles, Suzanne (sans descendance) et Andrée (la mère de Nicolas). Durant la Seconde guerre mondiale, la famille quitte Paris pour la zone non occupée (jusque fin 1942), puis reste cachée en Corrèze.

   Presque tous les frères et soeurs du grand-père Benedict (qui sont demeurés juifs) ont échappé à l'extermination. L'exception est la petite soeur Henriette (née en 1911, peu avant la mort du père de Benedict). D'après Le Nouvel Observateur, elle aurait été déportée en 1943 de Salonique (le berceau familial), où elle était revenue s'installer. Cependant, quand on cherche une Henriette Mallah parmi les victimes de la Shoah, les deux réponses trouvées ne concordent pas totalement avec cette version.

   La première Henriette Mallah était plus âgée (née en 1895) et notée comme originaire de Cavalla (Kavala), située dans une région proche de Salonique (Thessalonique) :

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   Elle a été déportée à Auschwitz à partir de Drancy en avril 1944.

   La seconde Henriette Mallah était plus jeune, née en 1911 à Salonique. Cela correspondrait à la grand-tante de Nicolas Sarkozy. Mais elle aussi a été déportée à Drancy puis Auschwitz, en 1944. On peut en déduire que, si c'est bien la bonne personne, l'article du Nouvel Obs contient deux approximations, sur la date et le lieu de départ de la déportation... à moins que la grand-tante ne soit une autre Henriette Mallah, ou que, dans les registres, elle porte le nom de son mari, déporté avec elle et leur fille.

   Je penche pour la première solution (une erreur du Nouvel Observateur). Voici pourquoi. Sur un site sépharade qui traite de la déportation des juifs de Salonique, j'ai trouvé l'information suivante :

"Dans une note confidentielle, l'Ambassadeur allemand à Paris, en date du 15 juillet 1943, transmet à Roethke une liste de 32 juifs de Salonique ayant la nationalité française et signale qu'il ont été "expédiés" (abberfördert worden) sans préciser si c'était vers Auschwitz ou Drancy (CDJC, CXXV-32)"

   Il est logique de conclure que la soeur du grand-père de Nicolas Sarkozy, si elle était retournée, à un moment de sa vie, s'installer à Salonique (où elle était née), était ensuite revenue en France métropolitaine, d'où elle avait été déportée. Quant à la confusion des dates, elle est peut-être due au fait qu'Henriette Mallah n'a pas été immédiatement envoyée de Drancy à Auschwitz. Elle a pu être internée dans le camp situé au nord-est de Paris dès 1943, avant d'être déportée en Pologne en 1944.

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jeudi, 10 juin 2010

Ajami

   Ajami est un quartier de Jaffa, ville arabe de l'agglomération de Tel-Aviv, située à l'ouest d'Israël :

Israël.jpg

   Les personnages principaux sont donc des "Arabes israéliens", nom donné à cette catégorie particulière de citoyens israéliens, descendant des Palestiniens restés sur le territoire du nouvel Etat juif en 1948. Comme l'on se trouve à Jaffa, ils sont très souvent chrétiens (comme le coréalisateur Scandar Copti, qui incarne le personnage de Binj), à l'image de l'entrepreneur Abu Elias dans le film :

Arabes d'Israël 2006.jpg

Source : Hérodote

   Mais, là où le film devient passionnant, c'est quand il fait s'entrecroiser les destins de ces Arabes chrétiens avec celui de Palestiniens (musulmans) de Cisjordanie (qui tentent d'entrer en fraude en Israël, pour trouver du travail), de Bédouins franchement mafieux et de policiers israéliens juifs. Le montage s'inspire un peu de ce qui a été fait par Tarantino dans Pulp Fiction, mais aussi de la trilogie de Lucas Belvaux (Un Couple épatant, Cavale et Après la vie) : dans le cours du film, on voit certains moments sous différents angles, qui permettent de comprendre le point de vue d'autres protagonistes.

   Le premier chapitre met en scène le conflit entre Arabes, sur fond de délinquance.  Dès le début est présent celui qui narre une partie de l'histoire, ce jeune dessinateur aux crayonnés si talentueux. La suite nous montre l'un des héros à son nouveau travail (il a des dettes à honorer) et nous fait découvrir un adolescent dont la mère est gravement malade. Point commun de ces deux jeunes hommes : il leur faut trouver rapidement une grosse somme d'argent, ce qui les pousse à passer dans l'illégalité.

   C'est à ce moment qu'intervient le policier israélien qui, au-delà de son travail, poursuit une quête personnelle : son frère a disparu et quand il le retrouve, il décide de le venger.

   Le grand intérêt du film est de dépeindre les conditions économiques et culturelles de la vie quotidienne des différentes communautés. La conflit proche-oriental n'est suggéré qu'à l'arrière-plan. Les Israéliens ne sont pas montrés systématiquement comme les responsables des malheurs des Arabes. L'organisation mafieuse de certains quartiers et les mentalités archaïques s'ajoutent à la violence politique.

   Cela nous donne un polar bien fichu, très pessimiste sur le fond, un peu larmoyant à la fin, mais d'une grande habileté scénaristique.