dimanche, 01 mai 2011
Source Code
En bon français, il aurait fallu traduire le titre par Code Source. Trop d'anglicisme tue l'anglicisme...
On a souvent comparé ce film à L'Effet papillon (que je vous recommande) : l'argument scénaristique est la modification du passé, le tout avec un arrière-plan sentimental. Une référence à l'excellent L'Armée des douze singes aurait été plus judicieuse : la propulsion du héros (du moins d'une partie de lui) dans le passé a pour but d'éviter une catastrophe. Ceci dit, les deux références sont pertinentes (on aurait même pu en ajouter une troisième : Retroaction) : le film oscille entre le tragique (il semble impossible de modifier le passé) et le romantisme (les sentiments peuvent-ils passer la barrière du temps... et du numérique ?).
Le héros, très bien interprété par Jake Gyllenhaal (Donnie Darko, Le Jour d'après, Jarhead, Zodiac), est un soldat américain, à l'origine en opération en Afghanistan, qui se retrouve mêlé à un projet scientifique novateur. En gros, c'est un cobaye involontaire, utilisé pour déjouer un attentat terroriste, que le spectateur comme le héros est amené à vivre plusieurs fois.
Ce soldat est donc "envoyé" (je n'en dis pas plus pour préserver un peu de mystère) dans l'esprit d'une des victimes de l'attentat, qui voyageait en compagnie d'une amie (un vrai petit canon... l'intrigue aurait sans doute été bouleversée si, à sa place, on avait mis une personne de 120 kg dotée d'un bec-de-lièvre).
Il n'a que huit minutes pour, non pas déjouer l'attentat, mais trouver la bombe et le terroriste. Au fur et à mesure que le film avance, on comprend pourquoi il ne dispose que de huit minutes et pourquoi on n'attend pas de lui qu'il déjoue l'attentat. A chaque fois, au bout des huit minutes, il quitte la scène de la tragédie et se retrouve dans son caisson, en liaison avec une capitaine qui a l'air d'en pincer un peu pour lui. On lui laisse peu de temps pour récupérer (on pense qu'un deuxième attentat est en préparation), avant de le renvoyer vivre à nouveau la même scène, qu'il essaie donc à chaque fois de modifier.
La base scénaristique est excellente... et le suspense bien maintenu : l'identité du véritable terroriste n'est pas facile à deviner et la fin de l'histoire n'est pas tout à fait prévisible. (Moi, j'aurais été encore plus tordu, mais bon, hein, faut viser le grand public.) Attention toutefois, ce n'est pas un chef-d'œuvre : la tension tragique est moins aboutie que dans L'Armée des douze singes et je dois reconnaître que le scénario de L'Effet papillon était un peu plus virevoltant. J'ajoute que la version française n'est pas démente. Mais cela reste un très bon film, qui n'a hélas pas bénéficié d'une bonne diffusion en France. Quand je vois la brochette de bouses qui occupe les écrans ruthénois, j'enrage !
14:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinema, cinéma
vendredi, 29 avril 2011
La cascade de Salles-la-Source
Salles-la-Source est une charmante commune d'environ 2 000 habitants, située à proximité de Rodez, au nord-ouest de l'agglomération :
Dans le département (et au-delà), elle est réputée pour sa cascade, très pittoresque, dont le site peut faire l'objet d'une petite randonnée.
Cette cascade est plus ou moins spectaculaire, selon le débit des sources qui l'alimentent... et selon les prélèvements effectués par un producteur (privé) d'électricité. C'est l'objet de la polémique qui agite la région depuis plusieurs années. Une association, " Ranimons la cascade ! ", s'est créée pour préserver le site naturel de l'exploitation industrielle. Régulièrement, la presse se fait l'écho de ses initiatives. Elle est soutenue par la mairie, dont un communiqué est paru ce vendredi dans Centre Presse :
L'arrêt de l'exploitation est réclamé, alors que la préfecture veut maintenir la production d'électricité, tout en préservant le cadre de la cascade :
Le 2 février dernier (toujours dans Centre Presse), la préfète avait détaillé la position de ses services sur la question, en réponse au président de l'association "Ranimons la cascade !". J'ai souligné plusieurs passages qui me paraissent importants. En rouge, j'ai mis en valeur plusieurs aspects de la position préfectorale. Il paraît évident que la préfète n'envisage pas un instant l'arrêt de la petite centrale hydroélectrique. C'est donc sur le versement (par l'exploitant) d'une redevance que travaille son administration. Signalons que ledit exploitant ne verse plus rien depuis plus de cinq ans... On notera aussi que la préfète admet que la personne qui a conduit l'enquête publique s'avouait pas tout à fait compétente sur certains points...
En vert j'ai souligné les passages évoquant l'action du Conseil général, dont on parle peu dans cette affaire. Et pour cause... Jean-Claude Luche et sa majorité ont roupillé sur ce dossier : leur réponse a été déclarée favorable (à l'exploitant de la mini-centrale) parce qu'ils n'ont pas rendu d'avis dans le temps imparti ! Par contre, les fonctionnaires du Conseil général, eux, se sont mouillés... en faveur de l'exploitant. Signalons (mais c'est sans doute un hasard) que la commune de Salles-la-Source est située dans le canton de Marcillac-Vallon, dont l'élue, Anne Gaben-Toutant, n'appartient pas à la "Majorité départementale"...
J'ai aussi encadré (en bleu) un paragraphe qui expose les désagréments provoqués par un débit trop important de la cascade. C'est un temps aujourd'hui lointain... Reste à en déterminer un débit minimal, alors que le renouvellement de la concession précise que l'exploitant pourra accroître la production d'électricité hydraulique... et donc sans doute diminuer le débit de l'eau alimentant la cascade.
Cette histoire est remontée jusqu'aux oreilles d'un journaliste du Canard enchaîné qui, dans l'édition du 20 avril dernier, a évoqué l'affaire :
Si la fin de l'article a pu déplaire aux sympathisants de "Ranimons la cascade !", le reste du papier apporte un arrière-plan historique sur lequel il n'est pas inintéressant de revenir.
Que dit l'ami coin-coin ? Que le détournement de l'eau des sources remonte aux années 1920. De 1921 à 1930, Amédée Vidal fut sénateur de l'Aveyron... et plus que cela. C'était une sorte d'archétype du notable de la IIIe République : il avait une formation d'avocat et possèdait du terrain, dans l'Est du département. S'ajoutait à cela une activité industrielle : une filature, à Salles-la-Source, pour laquelle je pense qu'il devait déjà recourir à l'eau des sources. En 1928 donc, il obtient de pouvoir utiliser l'eau pour alimenter sa centrale hydroélectrique.
Voyez le beau paradoxe géographique : ce sénateur aveyronnais fut aussi maire, conseiller d'arrondissement puis conseiller général... de Peyreleau (à proximité de Millau), alors qu'il était possessionné juste au sud de l'Aubrac (à Saint-Laurent-d'Olt) et qu'il avait développé une activité industrielle à proximité de Rodez ! Cela donnait ceci :
(Sur la carte, j'ai colorié en violet le territoire de la commune de Rodez.)
Du côté de Salles-la-Source, Amédée Vidal n'était de surcroît pas privé de soutien. En 1930, le Conseil municipal avait autorisé l'occupation du domaine public (un point qui fait aujourd'hui encore débat). Dans cette région, plusieurs représentants de la famille Gaffier ont exercé des responsabilités. Edouard Gaffier a été député de Rodez et président du Conseil général de l'Aveyron. Deux de ses neveux, Bernard et Henri, se sont succédé au poste de 1er adjoint à la mairie de Salles-la-Source, entre 1945 et 1959. Or, il se trouve qu'Edouard Gaffier n'était autre que... le cousin germain (par alliance) d'Amédée Vidal. (Je tire ces informations de l'excellent ouvrage de Roger Lajoie-Mazenc, Maires de famille, les têtes couronnées de la démocratie.) Comme le monde est petit ! (D'après un livre publié en 1924, accessible sur Google books, Amédée Vidal avait épousé une fille Gaffier, qui devait donc être la cousine germaine d'Edouard.)
L'actuel maire de Salles-la-Source, en place depuis 2008, ne semble pas lié à cette fratrie, alors que l'exploitant de la mini-centrale, Jean-Gérard Guibert, est, selon Le Canard enchaîné, un descendant d'Amédée Vidal. La montée de l'opposition à la mini-centrale serait-elle liée à la perte d'influence d'une famille dans la commune ? Il est difficile de conclure.
Il est aussi évident qu'il est question de gros sous. L'entreprise dirigée par Jean-Gérard Guibert, la "Société hydroélectrique de la vallée de Salles-la-Source - Etablissements Amédée Vidal", a réalisé, en 2009, un résultat net de 19 000 euros, pour un chiffre d'affaires de 206 000, soit plus de 9 % ! (L'excédent brut d'exploitation se montait lui à 42 000 euros.) A titre de comparaison, le dernier bilan chiffré de L'Epi du Rouergue (entreprise bien connue des Aveyronnais) fait apparaître un résultat net de 190 000 euros, pour un chiffre d'affaires de 11 930 000, soit environ 1,6 %.
Il n'est pas impossible non plus que la politique partisane se greffe sur l'affaire. Il me semble que, à tort ou à raison, les dirigeants de l'association "Ranimons la cascade !" sont classés plutôt à gauche, alors que la préfète (récemment promue officier de la légion d'honneur) et l'entrepreneur, à tort ou à raison, sont étiquetés plutôt à droite.
Bref, pour le citoyen de base, au-delà de l'aspect patrimonial et touristique de la cascade, les soubassements de la controverse ne sont pas suffisamment éclairés.
23:28 Publié dans Aveyron, mon amour, Politique aveyronnaise | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, écologie, environnement, presse
jeudi, 28 avril 2011
Rango
C'est un film d'animation qui ne sort pas des studios les plus réputés (Pixar, Disney ou DreamWorks). Aux manettes, on trouve un habile faiseur, Gore Verbinski, pas connu cependant pour sa maîtrise du film d'animation. (C'est le réalisateur des trois Pirates des Caraïbes : La Malédiction du Black Pearl, Le Secret du coffre maudit et Jusqu'au bout du monde.)
Le personnage principal est un caméléon qui ne change pas de couleur... et dont on ne connaît pas le véritable nom ! (Ben oui, "Rango" est un pseudo qu'il prend dans un bar, je vous laisse découvrir dans quelles circonstances.)
La première séquence est déroutante, verbeuse... et le spectateur attentif comprend qu'il s'agit d'une mise en abyme. Elle est un peu à l'image du film, très "second degré", pas toujours facile à saisir pour les bambins, d'autant plus que les dialogues sont écrits dans un langage plutôt relevé pour un public enfantin... sauf quand il y a des injures.
Après cette introduction à moitié réussie, le film enchaîne les séquences emballantes : la lutte avec l'aigle du désert, le passage au saloon (où notre héros se révèle un mythomane de premier ordre... dommage que l'on ne l'ait pas fait doubler par Franck Dubosc), une poursuite par des Walkyries-chauves souris (si, si), entre autres.
L'intrigue se met en place, sur fond d'injustice et de spéculation. Eh oui, le scénario est bon ! Ajoutez à cela une animation très soignée (pas aussi virtuose que dans les meilleurs Pixar toutefois) et des "caractères" bien trempés (de la biquette qui se fige au vieil oiseau-Indien, en passant par les taupes délinquantes et le super-serpent-qui-siffle-sur-nos-têtes), et vous obtenez un mélange réussi.
Les cinéphiles peuvent aussi s'amuser à repérer les inévitables références aux westerns de légende. On a puisé dans les productions de Sergio Leone (dont l'un des acteurs fétiches incarne "l'Esprit de l'Ouest"), ainsi que dans des classiques comme Le Train sifflera trois fois. Quentin Tarantino semble aussi avoir été mis à contribution... et Gore Verbinski se permet même de s'autoparodier, puisque le surgissement des taupes ressemble à s'y méprendre à l'une des scènes de Pirates des Caraïbes !
Bref, c'est un honnête divertissement, formellement soigné, pas idiot sur le fond.
13:14 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinema, cinéma
mercredi, 27 avril 2011
L'Assaut
C'est le nouveau film de Julien Leclercq, remarqué il y a quelques années pour un polar de science-fiction de bonne facture, Chrysalis.
Ici, il est question du détournement de l'avion d'Air France par quatre terroristes du GIA, à la Noël 1994. La prise d'otages s'était terminée par un assaut victorieux des hommes du GIGN. Le personnage principal, Thierry, est incarné sobrement et efficacement par Vincent Elbaz. (Notons que le vrai Thierry a livré une narration de l'assaut tel qu'il l'a vécu et qu'il est au cœur d'un documentaire qui a été diffusé sur LCP.)
Le réalisateur nous offre quatre visions de l'histoire : celle des terroristes, celle des hauts fonctionnaires français qui suivent la crise, celle des membres du GIGN (présentés comme des héros) et celle de l'épouse de l'un d'entre eux. Des images d'époque ont été ajoutées : elles avaient été diffusées dans les journaux télévisés. (Un caméraman s'était démené comme un beau diable pour ramener des images de l'assaut.)
C'est très bien joué. Tous les acteurs, arabophones comme francophones, sont convaincants. Je mettrais juste un bémol sur le personnage de l'épouse, systématiquement montré comme faible, au bord des larmes. Mais, bon, il n'est pas facile d'être l'épouse d'un commando d'intervention.
Le souci de réalisme est omniprésent. (Pour le scénario, on a puisé dans un bouquin paru en 2010, que les auteurs sont venus présenter sur TV5.) Grâce à une utilisation pertinente des sons (du bruitage notamment), on se retrouve même régulièrement dans la tête du héros. On n'apprend cependant pas grand chose sur le fonctionnement du GIGN. (Pour cela, mieux vaut visionner un documentaire de 2008.) Tel n'est pas le but du film, bâti sur la tension : même si on sait à peu près de quelle manière cela s'est terminé, on ne se remémore pas forcément tous les détails de l'affaire... le nombre de victimes notamment.
Nombre de séquences sont spectaculaires. La réalisation est pêchue, nerveuse, parfois caméra à l'épaule. (Dans une grande salle, ça en "jette".) Cela rappelle le style de Paul Greengrass. La presse l'a noté, faisant référence au dernier (grand) film de ce metteur en scène, Green Zone, alors qu'il aurait été plus judicieux de rappeler l'excellent Vol 93. En effet, au-delà du film d'action maîtrisé, le propos est de pointer le fait que, dès 1994, des intégristes musulmans ont conçu un attentat spectaculaire contre un symbole occidental : la Tour Eiffel.
Le principal manque du film est l'absence du contexte algérien : la guerre civile qui ensanglante le pays mais aussi les relations complexes entretenues par la France avec son ancienne colonie. Voilà ce qui aurait permis de faire un "grand" film. Mais ne boudons pas notre plaisir pour autant.
Néanmoins, le succès commercial n'est pas tout à fait au rendez-vous. Je pense que c'est lié à l'ambiance qui régnait en France au moment de la sortie, pas très bien choisie. On était en pleine campagne des élections cantonales, avec un débat mal orienté sur l'islam et la laïcité. Une partie de la critique (celle qui a descendu le film) n'a peut-être pas apprécié une évidence rappelée par L'Assaut : ces terroristes étaient des hommes jeunes, des idéalistes, mus par une foi profonde (un aspect que l'on retrouve dans le Vol 93 de Greengrass).
A ce détournement avorté a succédé une série d'attentats, en France, en 1995-1996.
14:15 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinema, cinéma
mardi, 26 avril 2011
A Rodez, bonjour les vélos !
Ce n'est un secret pour personne : le maire de Rodez, Christian Teyssèdre, est un grand amateur de cyclisme. Il arrive qu'on le voie, le week-end, pratiquer son sport de prédilection. Il s'est démené pour faire venir le Tour de France et soutient d'autres manifestations en liaison avec la pratique du vélo.
Le buzz du moment tourne autour d'une mesure décidée par la mairie : la subvention de l'achat de vélos électriques. Le 23 avril dernier, les quotidiens régionaux, La Dépêche du Midi et Midi Libre, abordaient le sujet, juste après l'annonce faite par la municipalité.
Il est fort possible que quelques Franciliens en vacances dans le département aient fait remonter l'info puisque, quelques jours plus tard, des médias nationaux se sont emparés de l'affaire. Cela a commencé, le 25 avril, par une dépêche AFP... qui a été largement copiée.
Premier copieur : le site de France24 qui, au moins, cite sa source. Le gag est qu'il reprend la photographie illustrant la dépêche AFP, en remplaçant la légende par... le premier paragraphe de la dépêche, qui se retrouve donc deux fois dans l'article !
Deuxième copieur : France 3 Midi-Pyrénées, dont le site internet propose un article signé Michel Pech... qui n'est que la copie conforme de la dépêche AFP ! A moins que ce journaliste ne travaille pour les deux médias, il s'agit d'un plagiat, la source n'étant pas mentionnée. Seule l'illustration diffère :
Troisième copieur : Midi Libre lui-même, dans un second article, du 26 avril. Cette fois-ci, même si l'on sent que le (la) journaliste a "tapé" dans la dépêche AFP, il y a eu effort de réécriture. On a aussi choisi une illustration plus pertinente.
De son côté, Centre Presse du même jour se contente d'ironiser sur le faible nombre d'adeptes du pédalage en centre-ville :
On apprend donc qu'un journaliste de France Info était présent pour réaliser un sujet (déjà abordé en 2009 par la station). C'est pourtant dans le journal de 13 heures de France Inter de ce mardi 26 que j'ai entendu un petit reportage (où l'on entend des points de vue critiques) consacré au sujet. (Je pense que le journaliste doit travailler pour les deux radios.) Signalons que France Inter est, en terme d'écoute, la deuxième radio du département, après l'indéboulonnable Totem.
Cela fait tout de même beaucoup de bruit pour une mesure somme toute anecdotique.
17:32 Publié dans Politique aveyronnaise, Presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, presse






