dimanche, 14 juin 2026
Disclosure Day
Quatre ans après le décevant The Fabelmans, Steven Spielberg est de retour avec une œuvre grand public, un film de science-fiction qui surfe sur la vague complotiste. Pour cela, il a bénéficié d'un gros budget (plus de cent millions de dollars), d'un scénariste réputé, d'un compositeur de renom et d'une belle distribution.
Chers lecteurs, figurez-vous que, depuis plusieurs dizaines d'années (mais pas des siècles ceci dit, ni des millénaires), la Terre est régulièrement visitée par des extra-terrestres, mais que le méchant gouvernement états-unien, qui est au courant, en tire profit de manière éhontée et cache la vérité à ses concitoyens... ainsi qu'aux habitants du reste du monde. (Curieusement, aucun autre gouvernement ne semble au courant, les aliens ayant visiblement pris l'habitude d'atterrir aux States. C'est sans doute lié à la qualité de leurs aéroports... ou de leurs champs de maïs.)
Un étrange concours de circonstances va faire collaborer deux individus qui, au départ, ignorent tout l'un(e) de l'autre. Une vilaine firme multinationale (sous contrat avec le méchant gouvernement états-unien) tente de contrecarrer leur alliance et d'étouffer l'affaire, empêchant la tenue de ce "Jour de Révélation".
De la distribution, je retiens seulement Colman Domingo (dans un rôle très différent de celui qu'il tient dans Michael) et Emily Blunt, qui nous fait un sacré numéro, un peu sur tous les tons. A elle seule, elle sauve presque le film, à l'image de ce que peut faire Isabelle Huppert chez nous, au pays des culturés.
Pour le reste, c'est assez affligeant. Je n'ai pas cru une seconde en Colin Firth PDG machiavélique. Les autres sont souvent caricaturaux, pas très bien dirigés à mon avis. Le pire est le type qui incarne le petit copain de la journaliste, un musicos con comme une bite, qui n'arrive même pas à écraser un smartphone avec une voiture. Cette péripétie croquignolesque survient dans une séquence très mal mise en scène, un duo s'échappant par miracle d'un hôpital et restant cinq à dix minutes à causer sur le parking, sans que personne ne soit lancé à sa poursuite...
On en voit aussi de belles quand le co-héros Daniel Kellner retourne dans une ferme isolée. Voyant les lieux encerclés par les véhicules des méchants, il s'en approche en se cachant à peine, sans être vu (dans un premier temps). La manière dont l'évasion (en voiture) est filmée est un sommet du ridicule.
Je crois que vous avez compris que Steven a vieilli... et que personne n'ose dire au génie que, parfois, sa scène est mal fagotée ou qu'il faudrait la rejouer. Je pense notamment à ce moment qui voit deux fuyards mal dissimulés derrière un rocher, juste à côté d'une bande de méchants qui ne les remarquent même pas. Le duo s'éloigne sans discrétion... toujours sans être repéré ! Comment Spielberg a-t-il pu tourner ça ? !
Peut-être a-t-il trop fait confiance à son scénariste, David Koepp, qui fut jadis très inspiré, mais qui a récemment salopé le dernier Jurassic World.
Pour être honnête, il y quand même un moment où l'on retrouve la "patte" du Maître, quand l'action se déporte dans la chambre d'une petite fille, puis dans une maison de conte de fée. Là, il se passe quelque chose, tout comme dans la scène de hangar, avec une belle utilisation du montage et du champ/contrechamp.
A part ça, c'est plutôt creux, avec une morale à deux balles du genre :
La guerre, c'est mal.
La gentillesse, c'est bien.
Spielberg n'a pas su se renouveler, utilisant de surcroît les médias à la manière d'un film des années 1990-2000. Il aurait été plus pertinent d'insérer les réseaux sociaux dans son intrigue... mais cela l'aurait peut-être conduit à évoquer le thème des rumeurs et fausses nouvelles, alors qu'il fait de l'une d'entre elles le cœur (hautement improbable) de son histoire.
23:44 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Ghost in the Shell
Je me rappelle encore la première fois que j'ai vu l'adaptation du manga, il y a presque trente ans. C'était à Toulouse, dans le cinéma qui à l'époque ne s'appelait pas American Cosmograph mais Utopia, dans la salle rouge, celle située à l'étage, qui compte un petit retranchement au fond, où il est possible d'étendre ses jambes. Dès le début, j'avais été hypnotisé par la musique du générique... et la suite m'avait passionné.
Ressorti en version restaurée, le film n'a rien perdu de sa force. Son intrigue, complexe, a de quoi déconcerter les amateurs de scénario balisé. Dans un futur hyper-technologisé, il est question de rivalités entre pays supposés démocratiques, mais aussi de tensions internes, entre services. Il y a donc complot, complot dans le complot... et même manipulation dans le complot interne au complot. (C'est peut-être le moment de prendre un cachet d'aspirine.)
Se greffe là-dessus un questionnement sur la nature humaine. Dans ce futur qui nous pend peut-être au nez, les "humains augmentés" côtoient des cyborgs/androïdes plus au moins perfectionnés, certains semblant développer une forme d'humanité. Le "ghost" est leur programme central, mais l'on finit par se demander si ce n'est pas plutôt leur "âme" ou une forme de conscience de soi.
Les policiers anti-terroristes traquent un mystérieux pirate informatique, surnommé puppet master, le "maître des marionnettes", capable de prendre le contrôle à distance de n'importe quel système informatique... et même d'implanter de faux souvenirs dans la tête d'un humain. Quelles sont ses réelles intentions ? Jusqu'où vont ses compétences ? A-t-il inventé une nouvelle forme de vie, une sorte de conscience créée de manière uniquement numérique ? Ces questions croisent les propres interrogations de la principale enquêtrice, le Major Motoko Kusanagi, la plus badass des androïdes.
Les décors sont chiadés, l'animation de grande qualité, même si elle a un poil vieilli. L’œuvre du réalisateur, Mamoru Oshii, est en général méconnue. Cette ressortie pourrait être l'occasion de la faire mieux connaître aux cinéphiles.
17:57 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

