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samedi, 13 juin 2026

Le Dernier Souffle d'un yakuza

   Quelque part dans une prison japonaise, de nos jours, un détenu septuagénaire repense à sa vie d'homme libre, une trentaine d'années auparavant. Il dialogue avec une plante, une balsamine, seul vestige de la maison où il a jadis vécu, heureux, avec femme et enfant. Pour lui, c'est plutôt mauvais signe : cette plante n'est audible que par les nouveaux nés et les mourants.

   Comme l'indique le titre, Akutsu est un (ancien) yakuza, d'origine modeste, qu'un truand a sans doute pris sous son aile, pour en faire son homme de main. Obéissant et rigoureux, il monte en grade dans les années 1980, au point de "gagner" très confortablement sa vie (notamment avec le racket de protection). Mais c'est aussi l'époque où il accepte d'héberger une jolie jeune femme enceinte, bientôt mère d'un enfant au père inconnu. Akutsu tente de jongler entre cette vie familiale insolite et ses activités délictuelles. Trente ans plus tard, il semble avoir été complètement oublié par la femme et l'enfant... à moins qu'ils n'aient été tués.

   La réponse à toutes nos questions va émerger au fil des retours en arrière. On découvre une histoire d'amour totalement improbable, entre un jeune homme introverti (peut-être un peu autiste), doté de capacités intellectuelles singulières, et une femme soulagée d'avoir échappé à une relation toxique... et tenant à assurer l'avenir de son enfant.

   Une énigme se superpose à l'intrigue sentimentale : qu'est devenue la somme d'argent résultant d'un braquage, commis à la fin des années 1980 ? Des indices sont semés tout au long du film, par le réalisateur comme par le personnage principal. Quand je vous aurai dit que le scénariste a sans doute lu Le Secret de la Licorne (d'Hergé), vous comprendrez peut-être quelle est la clé de ce mystère-ci.

   J'ai été emballé par cette histoire peu commune. A l'écran, c'est parfois superbe, comme lorsqu'on nous montre des feux d'artifice. C'est surtout extrêmement délicat, avec beaucoup de non-dit au niveau des sentiments. On se demande vraiment où Baku Kinoshita (dont c'est semble-t-il le premier long-métrage) veut nous mener. En tout cas, le chemin suivi est très plaisant et la fin apaisée.

21:35 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

L'Affaire Zanetti

   Inspirée d'une histoire vraie, cette fiction franco-italienne a pour cadre principal un centre de détention expérimental, situé en haute montagne, où les détenues disposent de plus d'espace et de liberté, à condition de respecter certaines règles.

   C'est dans ce lieu qu'est incarcérée Elisa, condamnée dix ans auparavant pour le meurtre de sa sœur, dont elle dit ne garder aucun souvenir. Elle va bientôt avoir la possibilité de bénéficier d'un régime de semi-liberté. C'est dans ce cadre qu'elle accepte la tenue d'entretiens avec un expert criminologue, qui étudie les profils d'assassins et a aussi pour objectif de mieux comprendre les dessous de cette affaire criminelle.

   Le point de départ est émoustillant et les deux interprètes principaux sont excellents. Roschdy Zem incarne un criminologue empathique (mais pas aveugle), tandis que Barbara Ronchi (vue récemment dans L'Enlèvement) est Elisa, un personnage bourré d'ambiguïtés.

   C'est d'ailleurs l'un des enjeux de l'histoire que de déterminer ce qui trotte réellement dans la tête de la détenue. Est-elle réellement coupable ? De quoi se souvient-elle exactement ? A l'image des routes sinueuses qui mènent au centre de détention, la mémoire suit parfois un cheminement complexe.

   Le problème est qu'une fois lancé, le film patine. C'est mou et il convient de rester pleinement concentré, certains interprètes italiens (qui s'expriment souvent dans la langue d'Emmanuel Macron) n'étant pas toujours parfaitement intelligibles. Je dois reconnaître que j'ai un peu piqué du nez...

   L'intérêt remonte quand se développent les retours en arrière, censés visualiser les souvenirs d'Elisa, qui ressurgissent. Le réalisateur a choisi de ne pas trop différencier à l'écran ces deux époques : on y voit "l'héroïne" partager sa chambre, jadis avec sa sœur, de nos jours avec une codétenue. Je pense que c'est voulu, pour entretenir l'atmosphère de trouble.

   Le problème (pour moi) est qu'il n'y a guère d'incertitude (et pourtant, je ne connaissais rien à cette affaire avant de voir le film). Du coup, cette enquête dialoguée ne m'a pas franchement passionné, d'autant que je ne partage pas les présupposés de l'auteur du film.

 

 

 

ATTENTION !

 

 

DIVULGÂCHAGES !

 

 

 

   Très vite, j'ai compris que la meurtrière simulait au moins en partie son amnésie. On comprend rapidement aussi que c'est une menteuse pathologique (ainsi qu'une psychopathe, peut-être en voie de réhabilitation).

   L'autre problème réside dans l'attitude du criminologue, emblématique de celle du réalisateur. Bien qu'il affirme le contraire dans sa conférence du début, sa volonté de comprendre le cerveau des auteurs de crime le conduit à éprouver de l'empathie (voie de la sympathie) pour eux, négligeant de fait les victimes, ce que lui reproche une des spectatrices... et c'est exactement ce que fait le film, nous faisant suivre au quotidien la meurtrière, nous faisant compatir à son malheur, alors que le personnage de sa victime, Katia, est à peine effleuré. Cette mise en abyme involontaire est assez symptomatique de notre époque : de bonnes tentent de susciter la sympathie du grand public pour les criminels, oubliant parfois où sont les vraies victimes.

La Bataille de Gaulle - L'âge de fer

   Il y a quelques années de cela, le scénariste Antonin Baudry avait révélé un certain talent de réalisateur avec Le Chant du loup. Il a pris son temps avant de retourner derrière la caméra, avec ce qui n'est pas véritablement un biopic, mais un film de guerre et de résistance, qui prend parfois la forme d'un cours d'histoire.

   La première qualité de ce film est de mettre en avant des épisodes de la Seconde Guerre mondiale qui n'ont pas souvent figuré à l'écran. Ainsi, on découvre celui qui n'est encore que le colonel de Gaulle lors de la bataille de Montcornet (en mai 1940), au cours de laquelle il a dirigé plusieurs unités de char contre l'envahisseur allemand, avec une certaine habileté... mais aussi de l'audace... et un poil d'inconscience, Simon Abkarian réussissant à nous faire toucher du doigt le mélange de courage et d'arrogance du personnage. C'est aussi l'occasion de mettre en scène le sens de la formule du futur général :

- Mon colonel, c'est la débandade !

- Ai-je l'air de débander ?

   Sans être aussi savoureux, le reste des dialogues est tout de même souvent marqué par un indéniable savoir-faire, ne serait-ce que parce que l'on s'est visiblement beaucoup inspiré des Mémoires de Charles de Gaulle, ainsi que de ses lettres, notes et carnets. Cela donne ce ton souvent sentencieux au héros, pas toujours bien assimilé par Abkarian, qui donne parfois l'impression de réciter un texte littéraire.

   Les spectateurs attendent sans doute les débuts du personnage à Londres, mais Baudry a l'intelligence de ne pas trop s'attarder dessus, notamment sur l'Appel du 18 juin, déjà amplement traité dans le De Gaulle de Gabriel Le Bomin. Il préfère mettre en scène les rencontres avec Winston Churchill (qui parlait sans doute mieux le français que de Gaulle l'anglais). Celui-ci est interprété par l'excellent Simon Russell Beale (qui nous a ravis naguère en incarnant cette pourriture de Beria dans La Mort de Staline). C'est l'un des aspects les plus réussis de ce long-métrage : la confrontation de ces deux têtes de lard, qui s'estimaient mutuellement mais n'hésitaient pas à se jouer des coups en douce.

   Un autre mérite du film est de montrer à quel point fut difficile la construction de la Résistance extérieure. Au début, ce n'est qu'une bande d'amateurs, des patriotes de tout bord qui ne disposent pas de moyens importants. De plus, quand le mouvement a commencé à prendre de l'ampleur, de Gaulle aurait dû, à plusieurs reprises, en être évincé, par l'amiral Muselier (qui a eu l'idée de la Croix de Lorraine), par le général Catroux (plus accommodant que de Gaulle mais moins charismatique... et moins tenace), par l'amiral Darlan (ancien second de Pétain)... et par le général Giraud, que l'on verra sans doute dans le second volet, qui sort bientôt.

   A la vision de ce film, on comprend aussi mieux pourquoi de Gaulle a eu, par la suite (notamment une fois revenu au pouvoir, en 1958), de telles réticences vis-à-vis des gouvernements britanniques et états-uniens, qui, durant la guerre, lui ont souvent mis des bâtons dans les roues et l'ont tenu à l'écart de certains moments importants.

   Le premier de ces épisodes est celui de Mers el-Kébir, qui a failli torpiller définitivement la toute jeune France Libre. Je trouve que le film est un peu dur pour les Britanniques et ne montre pas assez la raideur jusqu'au-boutiste des officiers de marine français.

   Moins connues sont les pérégrinations de Charles de Gaulle en Afrique sub-saharienne : Cameroun, Tchad et Congo font partie des premières colonies ralliées à la Résistance extérieure. C'est l'occasion pour le réalisateur de montrer le recrutement en partie africain des FFL (Forces Françaises Libres), sous la houlette notamment du général Leclerc (auquel je trouve que cette première partie ne rend pas assez hommage). Cela nous vaut aussi une séquence pittoresque en zone équatoriale, avec de Gaulle imperturbable dans son uniforme (à l'intérieur duquel il doit pourtant crever de chaud) et négligeant les conseils de Spears, l'attaché britannique qui tente d'arrondir les angles avec Churchill. Lorsque l'attaché lui propose un produit pour lutter contre les insectes volants, il s'attire cette réponse cinglante du chef de la France Libre :

- Les moustiques ne piquent pas le général de Gaulle !

   Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir ce qui suit cette déclaration péremptoire du héros qui, à l'époque, s'était mis à parler de lui à la troisième personne !

   Le véritable moment de bravoure est sans conteste la séquence consacrée à la bataille de Bir Hakem (au printemps 1942). En se battant à un contre dix, avec beaucoup moins de matériel, les FFL sont parvenues à infliger de lourdes pertes aux Italiens et à l'Afrika Korps de Rommel, ralentissant suffisamment leur progression pour permettre aux Britanniques de regrouper leurs forces, permettant à moyen terme la victoire cruciale d'El-Alamein. Ce fut l'honneur retrouvé de l'armée française et c'est filmé avec un souffle quasi épique.

   Dans cette bataille, on retrouve la composition hétérogène des FFL. La mise en scène insiste plutôt sur la composante africaine, mais il faut savoir qu'il y eut aussi des unités originaires du Pacifique, comme le rappelle un reportage récemment diffusé à la télévision publique.

   Certains spectateurs s'étonneront peut-être de la présence d'une femme (une seule) au sein des combattants. Ce n'est pas une invention "politiquement correcte", pour se mettre en conformité avec l'air du temps. Cette femme (hors du commun) était Susan Travers, une Britannique qui commença la guerre comme ambulancière dans la Croix-Rouge, avant de rejoindre la France Libre puis la Légion étrangère. Hélas, le film ne dit presque rien d'elle, la présentant comme très proche du général Koenig (qui commandait les troupes à Bir Hakeim). En fait, elle était sa maîtresse... et lui marié, ce qui, à l'époque, était socialement inacceptable. Son rôle a donc été minoré (voire ignoré) pendant des décennies.

   Je suis conscient que, l'époque étant extrêmement riche, le film ne pouvait pas tout dire. Il regorge tout de même d'anecdotes (comme celle des habitants de l'île de Sein, parmi les premiers à rejoindre la France Libre en 1940) et, s'il est assez scolaire dans sa forme, plusieurs scènes témoignent d'un effort d'inventivité.

   Les 2h40 passent sans problème. C'est au final pour moi un bon spectacle, instructif de surcroît.