samedi, 21 avril 2012
L'affiche de François Hollande
Celle de Nicolas Sarkozy a suscité beaucoup de sarcasmes... et de détournements. Celle de son adversaire social-démocrate, si elle se prête moins à ce genre de plaisanterie, est par contre plus riche de sens.
Je me retrouve en partie dans les analyses publiées dans un article de L'Express et le billet d'un blog consacré à l'image.
On a très vite tracé un parallèle avec l'affiche de 1981 de François Mitterrand (la photographie prise dans la Nièvre ayant été légèrement retouchée) :
C'est le paysage rural, situé à l'arrière-plan, qui a incité les commentateurs à faire le rapprochement. On note toutefois l'absence du clocher sur celle prise en Corrèze pour François Hollande. D'autres différences apparaissent. Le candidat de 1981 se positionne clairement à gauche, alors que celui de 2012 est en position centrale (-iste ?). De plus, si Mitterrand regarde vers la gauche de l'affiche, Hollande fixe les passants du regard.
Il est tout de même sidérant qu'aucun des candidats (à part peut-être Jacques Cheminade) ne fasse figurer un paysage urbain sur son affiche de campagne, alors que 80 % de la population française vit en ville !
Mais revenons à celle de François Hollande. Son positionnement centriste se trouve confirmé par l'absence de rose et de rouge, le bleu étant la couleur dominante (habituellement monopolisée par la droite). On aurait pu s'attendre à une cravate rosée. C'est la continuation de ce qui était déjà apparu au cours des primaires socialistes.
Une analyse plus serrée de l'image permet de tirer d'autres conclusions :
Commençons par l'arrière-plan. La tête du candidat se dégage bien, dans le ciel... et même au-dessus des nuages, histoire sans doute d'éviter les plaisanteries faciles. Le buste se trouve au niveau du paysage rural. On présume que les pieds sont solidement posés sur le sol. Le message est clair : le candidat est au contact de la "vraie vie", mais il est aussi capable d'évoluer dans les "hautes sphères".
Je note que, malgré ses 57 ans et demi, François Hollande ne semble pas avoir de cheveux gris, à l'exception de la tempe droite. Hum... Les lunettes font "moderne". Il apparaît là encore que l'on veut rassurer les électeurs : ce personnage ancré dans la tradition est censé permettre à la France de se moderniser dans la douceur.
Il reste ce sourire énigmatique, à peine esquissé, que certains observateurs ont rapproché de celui de la Joconde. Encore faut-il recadrer les images de manière à pouvoir les comparer :
Outre le sourire, il y a le paysage rural indéfini en arrière-plan et cette espèce "d'enfumage" (sfumato), le flou artistique qui ne permet pas de bien distinguer les contours. Par contre, les deux visages (tout comme les regards) ne sont pas orientés de manière identique.
Finalement, je me demande si les socialistes n'auraient pas pu utiliser un autre fond pour l'affiche...
16:37 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : politique, ps, parti socialiste, élections, présidentielle, présidentielles, hollande
mercredi, 18 avril 2012
L'étrange vice-président argentin
Il y a cinq mois de cela, Le Nouvel Hebdo avait levé un beau lièvre : le nouveau vice-président argentin, Amado Boudou, serait un descendant d'émigrés aveyronnais. La presse "de référence" a enchaîné un peu plus tard. Au niveau national, on s'est en général borné à indiquer que le vice-président avait des origines françaises. On peut retrouver le détail de sa filiation sur le site genealogie-aveyron.fr. Fort opportunément, l'association Rouergue - Pigüé a lancé une invitation au descendant d'Aveyronnais.
Le bonhomme a un parcours atypique. Il n'est pas issu du moule politique argentin traditionnel. Presque tous les articles, comme celui publié dans La Dépêche du Midi le 3 janvier dernier, ou celui de Rolling Stone, traduit dans Courrier international en octobre 2011, s'étendent sur son côté rock and roll.
On s'attarde moins en général sur son basculement politique. Il a commencé dans la mouvance conservatrice, s'acoquinant même avec le président Carlos Menem, péroniste certes, mais furieusement néo-libéral. Le jeune homme a ensuite su habilement basculer vers la face gauchisante du péronisme : il s'est rapproché du couple Kirchner, auquel il aurait suggéré la nationalisation des fonds de pension. En voilà encore un qui me semble illustrer à merveille la chanson de Jacques Dutronc L'Opportuniste.
Devenu vice-président, il est passé au premier plan de l'actualité quand il a dû assurer l'intérim de la présidence, Cristina Kirchner étant indisposée par des ennuis de santé (on a même cru à un cancer). Le voilà de nouveau sous les feux des projecteurs, mais pour une raison moins glorieuse : il est soupçonné de trafic d'influence, comme le révèle Le Monde du 8 avril dernier :
On peut dire que le bougre ne se laisse pas faire. Il a réussi à provoquer la démission du procureur général argentin (sorte d'équivalent du procureur général de la Cour de cassation, chez nous). Il semble que, derrière cette affaire, se profile la question de la succession de l'actuelle présidente, qui achèvera en 2015 son deuxième et dernier mandat. La vieille garde péroniste voudrait peut-être éviter que le jeune loup ne capte à son unique profit l'héritage politique des Kirchner. Il faudra aussi compter avec Maximo, le fils aîné du couple : il contrôle l'influente Campora, qui fédère les jeunes militants péronistes... et c'est lui qui aurait tenu les fils du pouvoir, pendant l'absence de sa mère.
21:59 Publié dans Politique étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, presse, journalisme, actualité
La science du vote
Elle a fait l'objet d'une double page dans le supplément "Science et techno" du Monde du 7 avril dernier. Les mathématiques, la logique notamment, sont mises à contribution pour comparer différents modes de scrutin. Le coeur du problème est l'insatisfaction procurée par le scrutin majoritaire à deux tours (le nôtre, dans la plupart des élections), illustrée par le paradoxe de Condorcet : un candidat peut-être exclu du second tour, alors que c'est celui qui, des trois arrivés en tête, serait préféré par le plus grand nombre en cas de face-à-face (exemple : F. Bayrou en 2007 qui, s'il avait été qualifié, aurait vaincu n'importe lequel des deux finalistes... même chose sans doute pour L. Jospin en 2002... et peut-être pour R. Barre en 1988).
Mais le plus intéressant est l'application, par les journalistes du "quotidien de référence", des autres modes de scrutin aux candidats de 2007 et de 2012. Pour éviter toute accusation de partialité dans la présentation des résultats des simulations, ceux de cette année sont placés par ordre alphabétique, de Nathalie Arthaud à Nicolas Sarkozy.
Voici ce que cela donne pour le vote par approbation, qui permet aux électeurs de choisir deux (ou trois) candidats :
Un test réalisé en 2007 en Normandie et en Alsace a débouché sur des résultats différents du vote réel (mais les électeurs testés auraient-ils agi de la même manière si ce mode de scrutin avait été réellement appliqué ?), au bénéfice de François Bayrou, mais aussi de Dominique Voynet et d'Olivier Besancenot.
Une autre possibilité est de voter par note. Les électeurs attribuent à chaque candidat une note, soit entre 0 et 2, soit entre 0 et 20 :
Appliqué en 2007, ce système aurait pu avantager les petits candidats et aurait désavantagé Jean-Marie Le Pen qui, s'il recueille l'adhésion d'une proportion non négligeable de l'électorat, suscite le rejet d'une part encore plus importante.
Le système du jugement majoritaire fonctionne selon un principe similaire. Au lieu d'être quantitative (numérique), l'évaluation des candidats est qualitative :
En 2007, ce mode de scrutin aurait placé François Bayrou devant Ségolène Royal. Les candidats des extrêmes auraient été pénalisés. (Ils sont plus souvent que les autres jugés peu crédibles ou dangereux, et donc affublés de l'appréciation "Insuffisant" ou "A rejeter".)
Il reste le vote alternatif (ou vote préférentiel transférable), qui exige des électeurs qu'ils classent les candidats par ordre de préférence. Il est utilisé en Irlande et en Australie :
Dans ce cas, les résultats obtenus lors du test ne diffèrent pas forcément de ceux issus du scrutin de 2007. Cela dépend de la méthode de dépouillement et de la manière d'éliminer successivement les plus mauvais candidats et de répartir les voix qui se sont portées sur eux.
Mais laissons là la fiction politique. Bien après la lecture de l'article, quelque chose a fini par me venir à l'esprit. Les illustrations sont orientées. En effet, ces petites croix, ces numéros et ces bulles ne sont pas toujours placées au hasard. D'abord, leur disposition ne dépend pas du contenu de l'encadré qu'elles accompagnent. Par contre, toutes ont un point commun. Alors que 7 candidats sur 10 figurent alternativement dans les favoris ou les rejetés des électeurs fictifs, une seule est systématiquement placée dans la catégorie la plus négative : Marine Le Pen. (Nicolas Dupont-Aignan est à peine mieux traité.)
Ainsi, elle ne fait pas partie des trois exemples entourés dans le cas du vote par approbation. Elle est l'un des quatre auxquels la note 0/2 (la plus mauvaise) est attribuée dans le vote par note. Elle est (apparemment) la seule à être classée dans la catégorie la plus infamante du vote par jugement majoritaire : "A rejeter". Enfin, elle n'est même pas retenue dans les six candidats préférés de l'exemple du vote alternatif.
On retrouve ici un procédé déjà observé à propos des rapprochements photographiques effectués par Le Monde (entre autres) : si les journalistes s'interdisent l'expression d'une opinion personnelle dans le coeur de l'article, cette rigueur intellectuelle est moins souvent à l'oeuvre dans les illustrations.
P.S.
Si vous avez bien compté, il manque un candidat : 7 sur 10 tour à tour bien ou mal classés + 1 systématique mal classée + 1 autre presque toujours mal classé = 9. Il nous reste le cas Eva Joly : elle fait partie des trois candidats sélectionnés dans l'exemple du vote par approbation ; elle est notée 2/2 dans l'exemple du vote par note ; elle bénéficie de l'appréciation "Très bien" dans l'exemple du jugement majoritaire et elle est classée 4e (sur 10) dans l'exemple du vote alternatif. Etonnant, non ?
14:16 Publié dans Politique, Presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, presse, médias, presidentielle, élections, présidentielle, présidentielles
mardi, 17 avril 2012
Les Adieux à la reine
Voici donc la prise de la Bastille (et ses conséquences immédiates) vue du petit monde du château de Versailles. C'est principalement un film de femmes, qui tourne autour de Marie-Antoinette (Diane Kruger, émouvante), sa maîtresse Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen, une vieille connaissance de Benoît Jacquot, glaciale et sulfureuse) et la lectrice de la reine, Sidonie (Léa Seydoux, étonnamment bonne).
Le réalisateur aime les femmes. Il est soucieux de mettre en valeur tel décolleté (j'ai en mémoire une scène où la caméra se balade entre le visage -charmant- de Léa Seydoux et son avant-bras, s'attardant complaisamment sur sa jolie poitrine...), telle jambe, tel bras, telle nuque. On a donc droit à de beaux aperçus de l'anatomie de ces femmes, en particulier Virginie Ledoyen et Léa Seydoux. Celle-ci est d'ailleurs filmée comme l'était Ledoyen dans La Fille seule (vue de derrière quand elle déambule dans les couloirs de Versailles) et La Vie de Marianne (dont il est question à un moment dans le film... petit clin d’œil ?). Je me demande même dans quelle mesure la jeune actrice n'a pas copié (ou n'a pas été dirigée comme) celle qui l'a précédée dans le cœur de Jacquot.
N'oublions cependant pas les seconds rôles. Noémie Lvovsky est excellente en madame Campan, tout comme Michel Robin en archiviste et surtout Julie-Marie Parmentier, qui incarne Honorine, une amie (très piquante) de Sidonie. Les séquences qui se déroulent dans "l'envers du décor" sont d'ailleurs les meilleures du film. On se lâche dans ces moments où ne pèse pas l'étiquette.
Ce pourrait donc être un film épatant... s'il n'était pas orienté. Eh oui, comme d'autres avant lui, Benoît Jacquot (peut-être lié par le livre de Chantal Thomas) n'arrive pas à se dépêtrer de la fascination toute parisienne pour le monde "raffiné" de la Cour. Les parasites qui la composent sont dépeints avec une excessive indulgence, alors que les "gens normaux", le peuple, qui vit à l'extérieur, n'est montré que de manière caricaturale, presque uniquement négative.
12:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film
lundi, 16 avril 2012
Cheval de guerre
J'ai eu l'occasion de voir, avec retard, ce film de Steven Spielberg. Les amoureux du cheval seront ravis, puisque le véritable héros de l'histoire est un équidé. Cette famille d'animaux est d'ailleurs omniprésente dans le film, des travaux des champs aux tranchées de la Première guerre mondiale.
On se rend rapidement compte que Spielberg a digéré des westerns ainsi que des films plus récents, consacrés à l'univers de la guerre : Mémoires de nos pères, de Clint Eastwood, et Joyeux Noël, de Christian Carion. Cela donne une drôle de bouillie, soulignée par la musique de John Williams, archi-traditionnelle, trop lourde parfois.
Si l'une des qualités du film est de faire vivre les chevaux (et Joey en particulier) comme des personnages, de montrer leurs émotions, Spielberg va à mon avis trop loin quand il les assimile carrément à des humains. Cela donne quelques moments à la limite de la vraisemblance. De la même manière, on a tenté de nous montrer les zones de combat avec un certain réalisme... mais l'assaut des cavaliers britanniques est caviardé : on ne voit ni les cavaliers se faire descendre, ni les chevaux mourir, alors qu'ils se font mitrailler. Seule l'étendue des pertes figure à l'écran, après la bataille.
Question invraisemblance, on a aussi le personnage du grand-père français, cultivateur de fraises, interprété par Niels Arestrup, mal dirigé, aussi bien dans son comportement avec sa petite fille qu'à la fin, après les enchères. Et que dire de ces combattants, qui parlent tous de la même manière, qui semblent agir selon les mêmes motivations, qu'ils soient allemands ou britanniques ! La délivrance du cheval emprisonné dans les fils de fer barbelés, qui est un moment important du film, est en partie gâchée par ce manque de rigueur dans les dialogues et la direction d'acteurs.
Il reste plusieurs moment inspirés. Parmi ceux-ci, je distinguerais le dressage du cheval, les changements de propriétaires successifs et sa folle cavalcade dans le no-man's-land après la mort de son compagnon, qui m'a rappelé une scène de Jarhead (excellent film de Sam Mendes sur la guerre du Golfe... avec, là, une super musique d'accompagnement, signée Thomas Newman). De temps à autre, Spielberg nous rappelle qu'il est capable de soigner ses plans, comme lors de l'exécution des déserteurs ou du retour du fils prodigue.
Si l'on est prêt à supporter les lourdeurs et les maladresses, cela reste un divertissement acceptable.
21:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film











