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jeudi, 30 avril 2015

Connasse !

   Que l'on se rassure : je ne vais pas profiter de l'anonymat (relatif) que m'offre ce blog pour déverser ma bile injurieuse sur le dos d'une de nos contemporaines. Ce n'est pas le genre de la maison. Cette note est consacrée au film d'Eloïse Lang et Noémie Saglio, sous-titré "Princesse des coeurs". C'est évidemment une référence à feue Diana Spencer (très présente à l'écran), dont l'héroïne a décidé de conquérir l'un des fils, le prince Harry (le rouquin).

   Mais avant cela, on va découvrir la connasse en action, en France, à Paris. Camille Cottin, l'unique actrice de ce film tourné en caméras cachées, a un culot monstre. Elle incarne avec talent cette pétasse égocentrique, superficielle et raciste, dont nous allons suivre les aventures avec un plaisir quelque peu coupable. Je trouve quand même bien qu'on n'ait pas cherché à nous la rendre trop sympathique.

   Dès le début, j'ai ri de bon coeur, avec cette séquence de taxi dans Paris, dans laquelle l'héroïne déploie sa verve mais aussi sa bêtise, au détriment de touristes qui n'osent rien dire, tant ils sont tétanisés par l'aplomb de la demoiselle.

   Excellente aussi est la partie qui fait intervenir un notaire. (Les "secrets de tournage" d'Allociné nous apprennent qu'il a fallu essayer plusieurs professionnels avant de tomber sur celui qui sait si bien garder son flegme à l'écran.) Hilarantes sont les visions de l'héroïne, qui s'imagine dans presque toutes les situations maritales (pécuniairement avantageuses) possibles.

   Vient ensuite le moment de gagner la perfide Albion. On passe en mode bilingue et on est sidéré qu'en dépit du sabir auquel l'héroïne recourt pour s'adresser aux sujets de Sa Majesté, elle arrive à se faire relativement bien comprendre. Ses efforts méritoires pour s'approcher de l'héritier de la couronne lui valent néanmoins plusieurs séjours en cellule... Se détache dans cette partie la rencontre avec un professeur de bonnes manières, dont la patience est mise à rude épreuve ! J'ai aussi beaucoup aimé tout ce qui se passe autour d'un chien, qui va vivre de drôles d'aventures...

   Attention : tout n'est pas drôle dans cette courte histoire (1h20), mais le rythme est entraînant... et certains gags sont vraiment "hénaurmes" ! (Et ne partez pas trop tôt : à la fin de l'histoire succède un making-of qui a les allures d'un bêtisier.)

22:34 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 27 avril 2015

Enfant 44

   Sous cet énigmatique titre se cache un virulent pamphlet antistalinien, dont l'intrigue baigne dans une atmosphère digne de la série Esprits criminels. Il est question d'un tueur compulsif, qu'on ne nous montre pas, dans un premier temps. Il s'attaque à des proies faciles : des orphelins, de sexe masculin apparemment. Le contexte est celui de la dictature de Joseph Staline, l'essentiel de l'histoire se déroulant l'année précédant sa mort, dans une ambiance de paranoïa quasi généralisée.

   Le pamphlet veut prendre à rebours la propagande communiste, qui affirmait qu'au paradis soviétique, il ne pouvait exister de meurtrier. A la rigueur, seuls des individus contaminés par l'Occident ou par l'occupation nazie pouvaient "dévier".

   Le scénario veut démontrer exactement le contraire. Le régime stalinien est d'abord présenté comme l'organisateur d'un véritable génocide en Ukraine, auquel des historiens ont donné le nom d'Holodomor. Il est donc responsable des vies brisées de ces millions d'orphelins qui hantent les rues des villes ukrainiennes et russes. Par la terreur qu'il inspire, le régime broie les individus, les couples et même les familles. C'est l'ère de l'hypocrisie et du faux-semblant, tant on doute de ses collègues de travail voire de ses amis proches. Et, même quand on pense ne pas devoir se méfier, on peut être trahi. C'est ce que vont découvrir les deux héros du film, Leo Demidov (Tom Hardy, au jeu parfois trop appuyé) et son épouse Raisa (Noomi Rapace, excellente, même quand on la cantonne à des postures convenues).

   Le parcours de Leo, orphelin recueilli par un officier russe et devenu soldat puis enquêteur, est très bien rendu. Mais il est tout d'un bloc, un peu trop prévisible. Le personnage de l'épouse a plus d'épaisseur, même s'il est placé légèrement au second plan. Ceci dit, la séquence du train permet à Raisa/Noomi de montrer qu'elle peut déborder d'énergie ! J'ai par contre peu goûté le combat final, dans la boue. Il est typique d'une des faiblesses du film, qui abuse du "juste à temps" et aime un peu trop les brusques retournements de situation.

   Mais c'est quand même globalement bien mis en scène et les seconds rôles (notamment Gary Oldman et Joel Kinnaman) sont talentueux. Le doublage est supportable, même si je pense qu'il ôte de la force aux dialogues.

   Il reste cette enquête impossible, dans une URSS dont les dirigeants refusent de regarder la réalité en face. Le polar fonctionne et, sur le fond, rejoint l'argumentation politique : c'est le régime stalinien qui a créé le monstre.

   P.S.

   L'histoire s'inspire de la traque d'un authentique tueur en série, Andreï Tchikatilo, qui fut surnommé "le monstre de Rostov".

18:03 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 23 avril 2015

Une si discrète décision de justice

   C'est ce que j'aime dans Le Canard enchaîné : on le lit pour y trouver certaines informations (sur les turpitudes de nos dirigeants ou des entreprises qui tentent de dicter notre existence) et, parfois, on tombe sur ce à quoi on ne s'attendait pas... et c'est très bien aussi. 

   Ainsi, le numéro du 22 avril 2015 contient, en pages intérieures, un article sur la contestation de l'implantation des éoliennes... et sa traduction judiciaire. Voici ce qu'on peut y lire :

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   Les lecteurs aveyronnais auront la surprise d'apprendre qu'en 2014, une élue de notre département a été condamnée par le tribunal correctionnel de Rodez pour prise illégale d'intérêt. Je n'en avais pas du tout entendu parler et j'ai bien l'impression que la presse locale (quotidienne comme hebdomadaire) n'a pas évoqué la chose. Pensez donc, une maire privée de ses droits civiques ! Déjà qu'elles n'étaient pas nombreuses à l'époque...

   Pour en savoir plus, il faut se rendre sur un site militant. On y apprend que, contrairement à ce qui est écrit dans Le Canard, ce n'est pas une maire, mais une conseillère municipale aveyronnaise qui a été condamnée. On peut y lire le détail des faits reprochés. Au passage, si l'amende est modique au regard du délit (1 000 euros pour un gain potentiel de presque 50 000 euros par an !), la sanction administrative (la privation temporaire des droits civils, civiques et familiaux) est sévère. Le tribunal a donc estimé qu'une faute grave avait été commise.

   Mais on ne connaît ni l'identité de l'élue en cause, ni le nom de la commune où se sont produits les faits. Pour cela, il faut consulter un site juridique. Grâce à lui, on découvre que la personne condamnée (en 2014) est une ancienne conseillère municipale de Mélagues, une commune située à l'extrémité sud de l'Aveyron, à la frontière de l'Hérault (juste à côté d'une commune nommée Arnac-sur-Dourdou... ça ne s'invente pas !)  :

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   Mais on n'a toujours pas l'identité de la personne condamnée. C'est fou, ça ! Régulièrement, dans la presse, on peut lire les noms des voleurs de sacs à main, des automobilistes alcoolisés, des instituteurs et curés pédophiles et même ceux des élus pris les doigts dans le pot de confiture. Et là, non !

   A ceux qui souhaiteraient connaître l'identité de la personne condamnée, je conseille une petite gymnastique intellectuelle : la comparaison de la liste des élus au conseil municipal de Mélagues en 2014 avec celle des élus de 2008. Dans les deux cas, vous remarquerez qu'il n'y a que trois femmes. Deux ont été élues en 2008 et 2014. Ce ne sont donc pas d'anciennes conseillères. Cherchez celle qui figurait au conseil en 2008 et qui ne s'y trouve plus en 2014. Je pense que c'est une parente (par alliance) d'un ancien maire de la commune.

   A l'origine du délit, il y a un projet d'implantation d'éoliennes sur le territoire de la commune de Mélagues, ardemment soutenu par le maire, Jean Milési. En février 2011, la présentation générale avait tout pour rassurer les esprits inquiets (en particulier sur les conséquences environnementales). En matière économique aussi, il semblait n'y avoir que des points positifs :

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   L'argent devait atterrir dans les poches d'institutions publiques et ainsi servir l'intérêt général. Sauf que... dans le projet, il était question de 14 éoliennes, alors que seuls les loyers de neuf d'entre elles (5 + 4) étaient destinés aux caisses d'institutions publiques. Qu'en était-il des cinq autres ? Mystère. La première réunion du comité de pilotage (à laquelle ont participé quatre des membres du conseil municipal), en mars 2011, donnait une (vague) information :

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    Le dossier d'étude d'impact de 2012, pourtant très détaillé, n'apportait pas davantage de précision sur ce point. En allant sur le site internet créé par Raz-Energie, on n'obtient que la confirmation de ce qui a été dit auparavant, sans plus :

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   En regardant bien les documents du dossier, on pouvait imaginer à qui appartenait au moins une partie des terrains concernés par l'implantation des éoliennes :

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   Le centre d'une exploitation agricole se trouve (à vol d'oiseau) à moins de deux kilomètres. Or, cette exploitation est gérée par un couple dont l'épouse était membre du conseil municipal de Mélagues (avant 2014). Si elle est bien la personne condamnée en 2014, elle n'aurait même pas dû participer aux débats préparatoires au projet... et encore moins aux votes.

   Qu'en est-il du projet d'implantation des éoliennes aujourd'hui ? Je ne sais pas trop. Il me semble qu'il a pris du retard. En 2013, le préfet de région avait donné son accord, suivi quelques mois plus tard par les conclusions du commissaire-enquêteur, qui soulignait l'adhésion massive des gens du cru (la population des communes voisines étant plus partagée). Peut-être que le verdict de 2014 a rafraîchi les ardeurs des promoteurs. De son côté, Jean Milési a été reconduit à la tête de la commune de Mélagues (en 2014), mais il a échoué aux récentes élections départementales, ne parvenant pas à se faire élire dans le vaste canton Causse-Rougiers, signe de la perte d'influence de l'ancien vice-président du conseil général de l'Aveyron.

mercredi, 22 avril 2015

La Promesse d'une vie

   Russell Crowe s'est lancé dans la réalisation. L'acteur néo-zélandais (qui s'est quand même attribué le premier rôle) n'a pas choisi n'importe quel sujet : la bataille de Gallipoli et ses suites, qui ont particulièrement meurtri les Turcs et le contingent australo-néo-zélandais, qui a ardemment participé à cette bataille, en 1915.

   La première partie de l'histoire se déroule en Australie. Elle nous présente la famille du héros, Joshua Connor (incarné donc par R. Crowe), un fermier qui semble doté d'un don pour trouver les sources d'eau (d'où le titre anglais du film : The Water Diviner). Il est très attaché à ses trois fils, qui vont partir à la guerre, loin, en Europe. Aucun ne revient. L'atmosphère est très bien campée : les images de l'arrière-pays australien sont superbes et l'on est touché par le deuil qui frappe les parents... et révolté par l'attitude du pasteur, qui n'est pas sans rappeler un épisode de Kingdom of Heaven, le chef-d'oeuvre de Ridley Scott.

   La deuxième partie nous montre le fermier débarquant en 1919 dans ce qui n'est plus tout à fait l'Empire ottoman et ce qui n'est pas encore la Turquie. Le pays est en pleine guerre civile et doit de plus affronter la Grèce pour le contrôle des côtes de la mer Egée. La population est agitée par un fort courant d'anglophobie. Fort heureusement, le héros n'est agressé par personne et un gamin débrouillard propose de l'aider. Il commence par faire faire un petit jogging dans les rues d'Istanbul à notre Russell, qui s'est empâté ces derniers temps.

   Le duo finit sa course devant une pension de famille un peu spéciale. Elle abrite quelques secrets et pas mal de tensions, que le héros va progressivement découvrir. Dès le début, on sent qu'entre la charmante veuve et le père éploré il y a quelque chose de possible. C'est hélas un peu trop souligné. De plus, Olga Kyrulenko ne m'a pas convaincu dans le rôle de l'épouse turque occidentalisée. Je reconnais toutefois que les scènes sont bien filmées. Un peu à l'image de George Clooney (quand il s'était lancé dans la mise en scène avec Good Night and Good Luck), Russell Crowe a voulu éviter qu'on puisse faire le moindre reproche technique à l'ancien acteur devenu réalisateur.

   L'intérêt remonte avec les séquences qui se déroulent sur l'ancien champ de bataille. Joshua Connor y fait une rencontre déterminante, celle d'un ancien (?) officier de l'armée ottomane (Yilmaz Erdogan, excellent), dont on devine qu'il a des sympathies kémalistes. Des retours en arrière (notamment sous la forme de rêves) nous font comprendre quelle a été la réalité de la bataille. C'est l'une des grandes qualités du film. Alors que la scène du début avait habilement laissé les spectateurs sur leur faim, la suite ne nous cache rien de la sauvagerie des combats au niveau des tranchées, ni de l'agonie de certains soldats, abandonnés, blessés, dans le no-man's-land.

   Le fantastique s'invite dans l'intrigue avec les pouvoirs du sourcier, qu'il met à contribution pour tenter de retrouver les cadavres de ses fils. Sa quête, l'amitié qui va le lier à l'officier turc ainsi que les sentiments qu'il éprouve pour la jeune veuve vont emmener le héros bien plus loin qu'il ne l'avait imaginé. Cela devient un bon film d'aventures, qui a pour cadre la Turquie dévastée, dont la situation ne s'est stabilisée qu'en 1923, avec la signature du traité de Lausanne.

   L'un des intérêts de cette partie est la présentation, sous un jour favorable, des nationalistes turcs, montrés comme plus ouverts que les partisans traditionalistes de l'Empire ottoman... et surtout moins sauvages que leurs adversaires grecs. Le film prend soin d'éviter toute référence à ce qui s'est passé juste quelques années auparavant, quand certains de ces soldats ont sans doute participé au génocide arménien. Globalement, le film fait l'éloge de la civilisation turque. Le barbare n'est pas forcément celui que l'on croit. Ici encore, R. Crowe a retenu les leçons de Kingdom of Heaven (dans lequel il n'a pas joué, mais je pense que les cinq films qu'il a tournés sous la direction de Ridley Scott ont laissé des traces).

   Au final, cela donne un divertissement grand public de qualité, qui, hélas, a été descendu en flèche par une critique décidément bien peu inspirée.

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lundi, 20 avril 2015

Jamais de la vie

   Pour beaucoup de cinéphiles, Pierre Jolivet restera d'abord l'auteur de Ma petite entreprise, un film qui prouve qu'il est possible d'associer ambition cinématographique et représentation du réel. Ici, on est un peu dans la même veine.

   Jolivet avait besoin d'un acteur "qui assure". A Vincent Lindon a succédé Olivier Gourmet, qu'on a vu récemment dans Le Temps des aveux, Terre battue et L'Affaire SK1. Cela risque de devenir banal le concernant, mais il est génial. (Le Monde lui a récemment consacré un très joli portrait.) Il s'est parfaitement coulé dans le personnage de cet ancien ouvrier syndicaliste, licencié puis devenu veilleur de nuit en CDD. Il a la cinquantaine, vit seul, est en mauvaise santé et sait qu'il aura une retraite de merde.

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   Mais la distribution ne se limite pas à Gourmet. Autour de lui évoluent notamment Valérie Bonneton, en conseillère de Pôle Emploi qui a du mal à joindre les deux bouts, et Marc Zinga (remarqué dans Qu'Allah bénisse la France), en collègue immigré qui vit séparé de sa famille. A noter aussi la prestation de Julie Ferrier en soeur casse-couilles.

   Vous aurez donc compris que l'intrigue a un fond sociétal important. L'action se déroule dans la banlieue parisienne. On suit la vie de travailleurs pauvres. Pour s'en sortir, il faut savoir ruser, saisir les occasions qui se présentent... et, parfois, contourner la loi. Le propos est engagé, sans que l'on tombe dans la bonne conscience sociologisante. Le scénario n'élude pas la délinquance urbaine, mais il la replace dans un contexte plus large. Exprimé ainsi, ça semble un peu lourdingue mais, dans le film, c'est assez subtilement mis en scène.

   L'un des plus beaux moments est la séquence qui voit le héros décider de prendre du bon temps. Un soir, il se rend au centre de Paris et s'offre un dîner dans un restaurant gastronomique. Un de ces restos chics où les clients débarquent en voiture haut-de-gamme. Un de ces endroits fréquentés par la classe moyenne aisée. Les clients sont plutôt jeunes et beaux. Ils semblent heureux, alors qu'à quelques kilomètres de là, certains de leurs concitoyens sont au bord du gouffre.

   Compte tenu de la profession du personnage principal, nombre de scènes se déroulent la nuit. C'est joliment filmé. L'atmosphère de mystère contribue à accroître la tension créée par le scénario. Peu à peu, on comprend que quelque chose se trame autour du centre commercial. Beaucoup de personnages vont y être mêlés, à des degrés divers. Le dénouement surprend un peu, mais il est bien amené.

dimanche, 19 avril 2015

Une belle fin

   Le distributeur français a choisi de modifier le titre d'origine (Still Life), sans doute parce que, dans l'Hexagone, il fait référence à un excellent film chinois, qui n'a pas grand chose à voir avec celui-ci. Encore que... tous deux mettent à l'honneur des individus d'origine modeste.

   Ici, le héros est un employé municipal d'apparence quelconque. Il est scrupuleux à l'extrême, propre sur lui, limite guindé, mais n'a rien d'éclatant. Il est incarné par Eddie Marsan, un abonné des seconds rôles, qui a notamment interprété l'inspecteur Lestrade dans les récentes adaptations cinématographiques des aventures de Sherlock Holmes :

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   A Londres, John May se dévoue aux morts anonymes, qu'il est chargé de répertorier, d'identifier voire d'enterrer. Il traite chaque cas avec la même humanité et pousse le dévouement jusqu'à mener des investigations approfondies pour découvrir d'éventuels proches ignorés. Ce boulot a phagocyté sa vie : il y consacre aussi ses loisirs et l'objet le plus précieux qu'il possède est un volumineux album de photographies, où sont représentés tous ces morts dont il a tenté de reconstituer la vie.

   La plupart du temps, ces personnes ont eu des existences chaotiques. Alcool, drogue, chômage, violence et solitude affective ont été leur lot commun. De la vieille dame qui n'a pour seule compagnie qu'un chat à l'ancien parachutiste qui a coupé les ponts avec toutes ses connaissances passées, le catalogue des vies brisées est édifiant.

   L'une d'entre elles va particulièrement toucher John May. Il se lance à corps perdu dans une drôle d'entreprise. Ce qui n'était au départ qu'une recherche d'informations basiques va devenir une véritable enquête policière. C'est à la fois passionnant et touchant, parce que le héros voit sa propre vie changer. Et s'il y avait autre chose à espérer que sa rassurante routine quotidienne ? La dernière partie du film navigue entre comédie sentimentale et drame social. C'est prenant, très fort. Tous les acteurs sont excellents.

 

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samedi, 18 avril 2015

En route !

   Cette nouvelle production DreamWorks démarre sur les chapeaux de roues, avec l'histoire d'un étrange peuple extraterrestre (les Boovs), qui fuit un ennemi en apparence irréductible et qui finit par s'installer sur notre planète. Assez étonnamment, les scénaristes ont choisi de les montrer en conquérants gentiment impitoyables : ils profitent de leur avance technologique pour organiser ce qu'on pourrait appeler une "épuration ethnique" (sans meurtre). C'est un aspect de l'intrigue qu'il est très surprenant de retrouver dans un film d'animation destiné au jeune public. (Pas trop jeune toutefois : les tout petits ne comprennent pas bien et décrochent vite.)

   C'est ensuite que démarre la véritable histoire, celle d'une improbable amitié, qui va naître entre "Tif" l'humaine et "Oh" le Boov (très bien doublé en français par Alex Lutz). Le personnage de la jeune fille est bien campé, je trouve, et l'extraterrestre gaffeur est drôle. La rencontre-choc entre les deux fonctionne donc à merveille.

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   J'ai failli oublier le troisième membre du trio : Porky, un chat grassouillet et ronronnant, qui va rapidement s'accommoder de la présence de ce petit bonhomme coloré à cinq jambes. Evidemment, au départ, sa maîtresse n'a pas du tout la même attitude envers l'envahisseur. Les aventures qu'ils vont vivre ensemble vont les rapprocher.

   Les péripéties s'enchaînent un peu vite au début, au risque de perdre le jeune public. L'action ralentit un peu dans la seconde moitié. C'est bourré d'humour, avec des clins d'oeil pour les adultes et du basique pour les gamins et les grands aussi (je pense notamment à un personnage qui pète par les antennes... et aux trois types de "commission"). J'ai aussi beaucoup aimé le jeu sur les couleurs des Boovs, qui varient en fonction de leurs sentiments.

   De surcroît, ce film n'est pas marqué par la francophobie présente dans de précédentes productions DreamWorks (de l'odieuse policière de Madagascar 3 au portrait caricatural d'Alain Prost dans Turbo, en passant par un brin de poujadisme dans Les Pingouins de Madagascar). Paris est au centre d'une partie de l'action, avec la Tour Eiffel en vedette. Même Jeanne d'Arc (la version d'Emmanuel Fremiet) vient mettre son grain de sel ! Et soyez attentifs à ce qui arrive à un objet emblématique de la "culture française"...

   Cerise sur le gâteau, le fond de l'histoire est chouette. C'est évidemment un éloge de la famille (même incomplète), de l'amitié et du dialogue entre les peuples : les conflits naissent du manque de communication... et, avec un peu de courage, ils peuvent être résolus. Seul point négatif (pour moi) : il faut se taper les chansons de Rihanna.

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vendredi, 17 avril 2015

L'Antiquaire

   Cette fiction est une version romancée d'une histoire vraie, qui est arrivée à la famille de l'une des co-cénaristes, Sophie Seligmann. Son grand-père était un collectionneur d'art juif. Il a été tué par les nazis pendant la Seconde guerre mondiale et ses biens ont été spoliés.

   Cela nous mène au film, qui alterne les images de notre époque avec celles supposées avoir été tournées dans les années 1940. La partie contemporaine de l'histoire met en scène la petite-fille, une jeune journaliste, mariée à un commissaire-priseur, et dotée d'un caractère entier. Elle est interprétée par Anna Sigalevitch, sur les épaules de laquelle repose principalement le film.

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   Ses partenaires masculins sont qualité inégale. François Berléand, en père qui essaie de ne plus penser au passé, est très bon. Par contre, ses collègues nonagénaires m'ont un peu déçu. Michel Bouquet tient encore la route, mais, par moments, on sent qu'il a du mal. C'est pire pour Robert Hirsch, qui dessert son rôle. Du côté des jeunes, on peut signaler les prestations de Louis-Do de Lencquesaing (l'époux de l'héroïne) et de Niels Schneider, qui incarne un type très louche à deux âges différents... mais en gardant la même apparence physique.

   L'autre élément gênant est technique. Rien qu'en regardant les images, on comprend quand on nous projette celles qui sont censées avoir été tournées il y a environ 70 ans. Mais elles font trop "modernes" et le son n'est absolument pas altéré. Cela manque de crédibilité. C'est dommage parce que ces scènes sont bien jouées. Elles introduisent un élément de mystère... et de la nostalgie, celle d'un amour disparu.

   Le film n'est donc pas sans qualités. Le scénario est construit comme un polar. L'héroïne Esther mène une véritable enquête, à la fois sur sa famille et sur l'un des aspects les moins reluisants de l'histoire de France. Que sont réellement devenues les oeuvres d'art qui appartenaient à sa famille ? Pourquoi son grand-père a-t-il été fusillé ? Le tout baigne dans une musique bien choisie. C'est souvent du classique... et parfois des chants en yiddish, cette langue aujourd'hui quasi disparue et qui était tant parlée jadis en Europe centrale et orientale.

   P.S.

   L'intrigue n'est pas sans lien avec celle de Monuments Men, qui abordait le sujet sous un angle hollywoodien (et un peu désinvolte).

   P.S. II

   Ceux qui aimeraient en savoir plus sur le sujet peuvent commencer par une note de synthèse, rédigée par une sénatrice, en 2013. Pour approfondir, on peut se plonger dans un rapport d'information rédigé par plusieurs députés, en 2014. Pour avoir des détails concrets (notamment en lien avec la famille Seligmann), il faut chercher dans la documentation disponible sur le site Rose-Valland (du nom de la résistante qui a permis la récupération de la majorité des oeuvres volées ; elle est incarnée par Cate Blanchett dans Monuments Men).

   En 2014, un bilan a été effectué des oeuvres classées "MNR" qui ont été restituées : 102 sur 2 000, depuis 1951, alors que, globalement, plus des trois-quarts de ce qui a été récupéré des pillages allemands a été restitué à ses propriétaires ou ayants droit. Pages 9-10 se trouvent les objets recouvrés par la famille Seligmann... en 1999-2000.

jeudi, 16 avril 2015

Soulages pétrole

   Après réflexion, l'association des deux mots paraît logique, même si ce n'est pas l'aspect de "l'huile de roche" qui a inspiré le maître de l'outrenoir. Ils sont associés dans le dernier numéro de l'hebdomadaire Le 1, qui se consacre entièrement chaque semaine à un sujet différent :

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   L'exemplaire paru mercredi 15 avril a pour thématique l'or noir. En pages intérieures, on peut trouver un texte philosophique... qui m'a à peu près autant passionné que l'oeuvre de Pierre Soulages. D'ailleurs, l'une d'entre elles illustre l'article. C'est la Lithographie n°23, qui se trouve au Centre Pompidou :

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   Fort heureusement, le magazine contient d'autres papiers, bien plus intéressants. La couverture propose un extrait d'un ouvrage datant du XIXe siècle, à l'époque où l'extraction du pétrole débute aux Etats-Unis. Je recommande aussi la "Petite histoire du pétrole" en bandes dessinées, de la sédimentation à 2015. A côté, on lira avec profit un entretien avec l'économiste Giacomo Luciani.

   Une fois qu'il est complètement déplié, le magazine propose, sur une grande et unique feuille, deux planisphères, l'un présentant les réserves de pétrole (et leur accessibilité), l'autre consacré au gaz et au pétrole de schiste. A gauche des cartes, plusieurs textes expliquent les récentes évolutions. A droite se trouve notamment l'article d'Hélène Thiollet, sur l'Aramco, le pétrole saoudien... et l'organisation ségrégationniste de la société.

   Pour 2,80 euros, ça vaut le coup.

mercredi, 15 avril 2015

Taxi Téhéran

   Un jour (pas trop lointain, j'espère), quand nous serons débarrassés de l'impérialisme états-unien et du fondamentalisme musulman, l'Iran apparaîtra pour ce qu'il est : un pays de grande culture. En Occident, les cinéphiles en sont déjà persuadés. Ces dernières années, les oeuvres originales et ambitieuses se sont succédé, Une Séparation d'Asghar Farhadi ayant sans conteste eu le plus grand retentissement.

   Ici, c'est d'un autre réalisateur dont il va être question. Jafar Panahi est plus caustique que les "grandes signatures" de son pays. C'est un cinéaste du quotidien, très sensible à la cause des femmes, et qui n'hésite pas à confier des rôles importants à des enfants, comme on a pu le voir naguère dans Le Miroir.

   Il renouvelle l'expérience dans Taxi Téhéran, tout en s'inspirant d'un illustre prédécesseur : en 2001, Abbas Kiarostami avait proposé, avec Ten, une passionnante fiction, dans laquelle c'était une femme qui conduisait le taxi et nous faisait découvrir la société iranienne.

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   Panahi a modifié et perfectionné le système. Il s'est mis en scène en tant que chauffeur de taxi et le film est un montage d'images issues de plusieurs supports : les mini-caméras placées dans le véhicule, un smartphone et l'appareil photo numérique de la nièce. Le but est de donner la plus grande impression de réalisme possible... alors que l'une des clés du film est de distinguer ce qui est réel de ce qui ne l'est pas. Le réalisateur joue sur les niveaux de lecture... mais l'on peut profiter du film sans se poser toutes ces questions !

 

ATTENTION ! LA SUITE EVOQUE DES ELEMENTS PRECIS DE L'INTRIGUE, QU'IL VAUT PEUT-ETRE MIEUX NE PAS CONNAITRE AVANT D'AVOIR VU LE FILM

 

   On commence par un plan fixe, qui montre un carrefour à grande circulation. A cette occasion comme à plusieurs autres reprises, les spectateurs attentifs remarqueront l'impressionnante proportion de voitures de la marque Peugeot (plutôt des modèles anciens... mais certains semblent très récents). Rappelons que l'Iran fut un temps le deuxième marché de la marque au lion (après la France), avant qu'un accord avec General Motors ne vienne tout fiche en l'air.

   Arrive la première séquence avec des clients. Se retrouvent à bord (outre le conducteur), à l'arrière une jeune femme (voilée, comme toutes celles que l'on verra dans le film), à l'avant un jeune homme aux opinions très arrêtées. S'engage une discussion animée, qui s'achève par la révélation de leurs professions respectives...

   Comme le souligne le client suivant, c'est évidemment une fiction. Les répliques sont trop bien écrites et les acteurs ne se coupent pas la parole ce qui, étant donné la vigueur de leur désaccord, n'est pas plausible.

   Débarque ensuite un blessé grave et son épouse, au bord de la crise de nerfs. C'est la moins bonne séquence du film. L'actrice surjoue et pleure sans verser la moindre larme. Quant aux blessures de l'homme, elles ont beau paraître sanguinolentes, elles ne laissent que quelques petites traces à l'arrière de la voiture... traces qui auront miraculeusement disparu dans la séquence suivante. Mais cette partie du film a pour principal objectif de montrer la fragilité du statut de l'épouse, qui se révèle toutefois assez avisée dans le maniement des téléphones...

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   On reste encore un peu avec le troisième client (le petit futé qui a reconnu le réalisateur... c'est évidemment du second degré), qui se livre, sous nos yeux, à un drôle de trafic. C'est l'occasion pour Panahi d'évoquer la place du cinéma dans son pays, cantonné au marché du DVD (souvent piraté).

   C'est la séquence suivante qui semble la plus proche de la réalité, avec deux dames âgées qui veulent relâcher deux poissons rouges dans un lac. Comme elles sont tombées sur un chauffeur maladroit et qui ne connaît qu'imparfaitement les rues de Téhéran, leur projet va être plus difficile à réaliser que prévu !

   C'est ensuite que débarque le véritable personnage principal du film : la (supposée) nièce du réalisateur, une charmante gamine à la langue bien pendue, qui ne pense qu'à réaliser un petit film pour l'école... et qui voudrait que le sien soit le meilleur... surtout si son tonton l'aide un peu !

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   Je dois reconnaître que la nièce (très éveillée) m'a fait craquer. Mais, outre l'apport comique qu'il représente, son personnage est un prétexte pour introduire des éléments de critique sociale. Comme dans la première séquence, il est question d'un délit (dont a été victime un ami du réalisateur). La discussion entre les deux hommes fait émerger la question des inégalités qui traversent la société.

   Voilà des aspects "sombres" qu'il ne faudrait surtout pas faire figurer dans un film "islamiquement correct". Très drôle est la scène qui voit la gamine énumérer la liste des interdits. On finit par se rendre compte que Taxi Téhéran les brave presque tous !

   C'est toujours en présence de la nièce que la question des inégalités ressurgit. L'enfant filme à peu près tout ce qui lui passe sous le nez, à commencer par un mariage (bourgeois), qui fait lui-même l'objet d'un tournage (sans doute commandé par les tourtereaux). On a juste le temps de constater cette nouvelle mise en abyme que débarque un gamin des rues, qui va se révéler assez hermétique aux aspirations artistiques de la nièce...

   Le dernier passager pris en charge est une femme, une avocate persécutée par le régime des ayatollahs. Le propos se fait ici ouvertement politique. N'oublions pas qu'officiellement, le réalisateur J. Panahi n'est plus autorisé ni à filmer ni à sortir de son pays.

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   L'histoire se termine par une référence à certains clients vus auparavant. Un événement inattendu survient. Là encore, le second (voire le troisième) degré est omniprésent. A l'image de l'ensemble du film, c'est fait avec des bouts de ficelle, mais aussi un paquet d'inventivité.

mardi, 14 avril 2015

Le Journal d'une femme de chambre

   Après The Grand Budapest Hotel, Léa Seydoux renfile le tablier de servante, pour occuper un rôle de premier plan, sous la direction de Benoît Jacquot, qu'elle retrouve quatre ans après Les Adieux à la reine.

   Pour nombre de cinéphiles, le titre du film évoque l'oeuvre de Luis Bunuel (sortie en 1964), avec Jeanne Moreau, éclatante de talent et de volupté :

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   La tâche ne s'annonçait donc pas aisée pour Léa Seydoux, qui s'en sort plutôt bien. Il faut reconnaître qu'elle a le "physique" du rôle : c'est une belle plante, qui adopte une attitude plutôt hautaine, en dépit de la modestie de sa condition. Le film fait très bien ressentir les inégalités de classes, tout en montrant que le sexe rebat (très partiellement) les cartes.

   Jacquot est plus fidèle au roman d'Octave Mirbeau que Bunuel, qui en avait transposé l'intrigue dans les années 1930, époque de la montée des fascismes. Ici, nous sommes dans la France de l'Affaire Dreyfus, tout autant marquée par l'antisémitisme que celle du Front Populaire. L'ambiguïté du film tient dans le projet du réalisateur : tantôt on a l'impression qu'il est dans la reconstitution méticuleuse (avec quels magnifiques costumes, surtout ceux des dames !), tantôt on sent que son propos vise la France du XXIe siècle, où certaines mentalités archaïques ressurgissent.

   Fort heureusement, l'ambiance n'est pas toujours triste. Les discussions des employés de maison nous en apprennent de belles sur la vie de leurs maîtres. Certaines péripéties de l'intrigue en rajoutent, comme ce retour de voyage, qui voit un douanier particulièrement pointilleux demander à l'employeuse de Célestine d'ouvrir sa "boîte à bijoux"... Eclat de rire général dans la salle !

   Les acteurs sont tous (très) bons, les connus comme les moins connus (à l'exception de Vincent Lacoste, transparent en fils à maman malade). Jacquot a réussi à pousser un peu Léa Seydoux dans ses retranchements. Elle est très convaincante dans la scène de l'annonce du décès de sa mère et les retours en arrière (pas toujours présentés comme tels) nous donnent une idée de la vie que son personnage a menée, avant. Vincent Lindon incarne un bourru laconique au charme énigmatique, un rôle taillé sur mesure, à ceci près qu'ici il a une face maléfique. Les rapports entre ces deux-là ne sont pas simples, et il faut plus d'une heure pour que d'étranges liens se tissent. La morale de l'histoire ? Pour vivre libre, il faut être malhonnête.

   P.S.

   Quitte à réadapter le roman d'Octave Mirbeau, je pense qu'il aurait été plus intéressant de le situer à notre époque. Il existe encore des employés de maison, certains exploités comme des esclaves par de riches familles sans scrupules.

23:59 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 13 avril 2015

Connerie au volant... mort au tournant

   C'est le fait divers qui enflamme actuellement l'Aveyron : la mort d'un policier, à Aubin (au nord-ouest de Rodez, à proximité de Decazeville), renversé par un chauffard qui tentait d'échapper à un contrôle routier. Comme la victime est un membre des forces de l'ordre, de surcroît jeune papa, l'émotion est grande. Mais, sans que des incidents aussi graves surviennent tous les jours, c'est très fréquemment que, sur les routes d'Aveyron (et d'ailleurs), des abrutis qui se croient plus forts que tout le monde mettent leur vie et surtout celles des autres en danger. Voyons ce qu'il en est ici.

   Le meurtre s'est produit en pleine agglomération, pas très loin d'un lycée (un vendredi après-midi...), dans une zone où la vitesse est limitée à 50 km/h. L'automobile circulait dans le sens Aubin-Viviez :

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   Le véhicule du conducteur a été chronométré à 94 km/h. L'excès de vitesse est donc de plus de 40 et de moins de 50 km/h (94-50 = 44). Le conducteur risquait une amende de 135 euros, au minimum un retrait de 4 points sur le permis, au maximum la suspension de celui-ci pour trois ans et la confiscation du véhicule.

   Au passage, on comprend qu'un vendredi de début de vacances scolaires, entre 15h et 16h, les forces de l'ordre soient sur le qui-vive, à un moment où nombre d'adolescents sortent des établissements. Au vu de la prise de risques inconsidérée du conducteur, il est heureux qu'aucun accident grave ne se soit produit. L'intervention des policiers l'a peut-être évité.

   L'infraction ayant été constatée, l'interpellation fut décidée. Mais le conducteur tenta d'y échapper en faisant demi-tour. Pourquoi ? On le sait aujourd'hui : il était sous l'emprise de stupéfiant. C'est un délit pour lequel il a déjà été condamné. Au passage, il serait bon de savoir ce qu'il en était du passager, à qui la voiture appartient. Etait-il alcoolisé ? Sous l'emprise du cannabis ? Pourquoi a-t-il laissé un drogué prendre le volant ?

   Cela nous amène à nous intéresser aux pneus (lisses) et au freinage. C'est le passager du véhicule (son propriétaire) qui est responsable de leur état. Cela rendait l'automobile extrêmement dangereuse... et devrait valoir à son propriétaire une amende comprise entre 90 et 750 euros. Voilà un second motif pour vouloir échapper au contrôle policier. Ne serait-ce pas le passager qui aurait incité le conducteur à rebrousser chemin ?

   La voiture a donc dû bien freiner au moins une fois (et assez brutalement). Pas pour éviter le policier : dans l'état actuel de l'enquête, aucune trace de freinage n'a été relevée sur la route (alors que le policier avait signifié l'ordre de s'arrêter)... et il semble que, contrairement à ce qu'affirme le conducteur, le véhicule, loin de tenter d'éviter le policier, lui a foncé droit dessus. (Et puis, quelle crédibilité accorder aux déclarations d'un individu qui était sous l'emprise du cannabis ?) C'est en amont du lieu du meurtre, à l'endroit où le véhicule a fait demi-tour, qu'on devrait pouvoir trouver des traces.

   Tout le monde l'a dit ou écrit : le choc entre la voiture et le policier fut d'une grande violence. D'après Centre Presse, le corps de Benoît Vautrin a été projeté à plus de 60 mètres ! Le véhicule lui ne s'est arrêté qu'au bout de 102 mètres... sur une chaussée sèche. Pour avoir une idée de la force de l'impact, il suffit de regarder l'état de la voiture, après :

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(Source : Centre Presse, 13 avril 2015)

   S'il est bien établi que le conducteur n'a pas freiné devant le policier, cela veut dire que le véhicule n'a perdu de la vitesse qu'à partir du choc. Des experts vont devoir étudier la chose, mais je pense que la voiture roulait à plus de 90 km/h au moment de l'impact. Je rappelle que quelques centaines de mètres auparavant, elle avait fait demi-tour pour échapper à l'interpellation. C'est dire l'accélération démesurée qui a été imprimée au véhicule par son conducteur... et ce, en pleine agglomération, en milieu d'après-midi.

   A certains, il ne reste que les yeux pour pleurer. Benoît Vautrin laisse une veuve et un enfant en bas âge. Il était originaire d'un village du Sud du Tarn, Lempaut (pas très loin de Castres), qui compte environ 800 habitants :

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   Un bel article de La Dépêche du Midi permet de réaliser à quel point il va manquer à ceux qui l'aimaient.

   Il est une autre famille qui ne doit pas se sentir bien (même si c'est à un degré moindre) : celle du chauffard. Celui-ci, s'il a un peu "dérapé" ces dernières années, n'est cependant pas une "racaille", du moins si l'on se fie au portrait publié dimanche dans Centre Presse :

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   C'est une leçon de plus pour les jeunes et les moins jeunes qui prennent le volant : le champignon le plus mortel de la planète est celui qui se trouve dans une voiture. Toute personne qui conduit peut devenir un danger pour elle-même et pour autrui. Il est regrettable qu'il faille attendre qu'un drame se produise pour que les paroles sensées deviennent audibles par toute la population.

dimanche, 12 avril 2015

Selma

   Cette ville du Sud des Etats-Unis (dans l'Etat d'Alabama) a été le théâtre d'un épisode de la lutte pour les droits civiques menée par Martin Luther King et ses partisans. Ce film en propose une version centrée sur le pasteur noir américain. (A l'époque -comme on peut l'entendre dans la version originale- on disait couramment "Negro", le terme insultant étant "nigger".)

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   La réalisation est en général très classique, sans effet marquant, sauf quand certains des personnages principaux apparaissent à l'écran. Ils sont filmés tantôt de biais, tantôt en contreplongée. C'est assez bien vu... et cela met en valeur la performance de certains acteurs. Le premier d'entre eux incarne le héros. On a choisi un quasi-inconnu, David Oyelowo, un Britannique d'origine nigériane, véritablement habité par son rôle :

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   A ses côtés gravite une troupe de militants et d'admirateurs, qui forme presque une seconde famille, unie par la volonté de faire respecter les droits des Noirs américains. Le portrait de groupe est réussi, même si les figures féminines sont à peine esquissées. On a aussi été très pudique sur les infidélités du pasteur. La séquence de la cassette audio sous-entend que tout est une machination du FBI. Certes, celui-ci a (presque ?) tout fait pour abattre King, mais, concernant sa vie privée, il n'a pas eu besoin d'inventer. Davantage d'honnêteté de la part de la réalisatrice aurait rendu le film encore plus fort : le militant exemplaire n'était pas un saint.

  Face à lui, il trouve une ribambelle de gros cons racistes (blancs). Ils sont interprétés avec beaucoup de conviction. La plus brillante composition est sans conteste celle de Tim Roth en George Wallace (le gouverneur de l'Alabama).

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   On appréciera aussi le portrait nuancé qui est brossé du président Lyndon Johnson, souvent traîné dans la boue par le cinéma d'obédience démocrate. On oublie que c'est à lui, plus qu'à John Kennedy, que l'on doit la plupart des avancées sociales des années 1960... même s'il a fallu parfois lui forcer la main. Il a ici les traits de Tom Wilkinson, habile à restituer l'ambiguïté du personnage :

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   Le public français sera peut-être surpris de la place qu'occupe la religion dans la lutte politique. Martin Luther King s'appuyait sur la Déclaration d'Indépendance pour affirmer que tous les humains ont été "créés égaux" (une formule moins laïque que le "naissent et demeurent libres et égaux en droits" de notre Déclaration, celle de 1789, pourtant inspirée de la précédente). Dans ses discours, le pasteur cite fréquemment la Bible et, quand le besoin s'en fait sentir, il puise dans la prière la motivation de son action.

   C'est au niveau du rythme que les faiblesses du film apparaissent. Il ne tient pas la durée (2 heures). Aux scènes militantes, marquantes, s'opposent les scènes intimes, trop longues, trop "léchées". De plus, quand on s'est déjà intéressé au sujet, on n'apprend pas grand chose. Je pense que si quelqu'un comme Spike Lee avait été aux manettes (revoyez Malcolm X), cela aurait pu donner un grand film. C'est juste une honnête fiction à caractère documentaire.

vendredi, 10 avril 2015

Crosswind

   Il n'est pas facile d'entrer dans ce film estonien, inclassable et très rigoureux dans la mise en oeuvre de son dispositif : dans la majorité des scènes, les acteurs sont immobiles et la caméra se déplace entre eux et autour d'eux, dans une sorte de ballet parfois virtuose.

   Reconnaissons-le : au début, c'est un peu dur. Il faut être attentif à la fois à la mise en scène, qui est porteuse de sens, et à ce que l'on entend, une voix féminine lisant (en estonien, une langue proche du finnois) les lettres qu'elle écrit à son époux, dont elle a été séparée.

   C'est une histoire vraie, celle de centaines de milliers d'Estoniens, qui ont été déportés pendant la Seconde guerre mondiale sur ordre de Staline. (Rappelons que les pays baltes -Estonie, Lettonie et Lituanie- étaient devenus indépendants de la Russie à la fin de la Première guerre mondiale.)

   Le début nous dépeint la vie de ces gens ordinaires, puis les conséquences de l'arrivée des Soviétiques. D'un point de vue historique, l'intrigue simplifie à l'extrême, négligeant de parler des Estoniens communistes qui étaient favorables à l'URSS. Surtout, le film passe totalement sous silence l'occupation allemande de 1941-1944.

   Une fois ces prolégomènes posés, on peut se plonger dans cette mise en scène particulière, qui nous fait découvrir l'action en un endroit sous toutes ses coutures. Au début, j'ai trouvé cela artificiel. Mais, à partir du milieu du film, cela devient brillant. J'ai en tête une séquence qui part d'une pièce sombre, où l'on est visiblement en train de juger (et de condamner) un pauvre bougre. Après avoir parcouru la salle dans tous les sens, la caméra s'échappe dans un couloir, qui mène à un autre, dont le sommet de l'un des murs est percé d'ouvertures. Par celles-ci, on découvre progressivement ce qui se passe à l'extérieur. A l'écran, on sent que l'auteur a voulu faire allusion à la déportation dans les camps de travail forcé. Il m'a aussi semblé percevoir l'influence de Francisco Goya, dont certaines oeuvres évoquent les ravages de l'occupation de l'Espagne par les troupes napoléoniennes.

   Plus "charnelle" est la suite, qui dépeint la vie dans un kolkhoze, loin de l'Estonie. Séparées de leur mari, certaines femmes, qui pensent ne jamais le revoir, refont leur vie avec un gars du coin. Ce n'est pas le cas de l'héroïne Erna, qui attend encore et toujours de pouvoir retourner dans son pays, espérant y retrouver son cher et tendre.

   Je me garderai bien de révéler comment cela se termine. L'une des dernières scènes montre Erna en gros plan. On voit l'aspect de son visage se modifier progressivement, sous l'effet des sentiments qui l'animent. Crosswind n'est pas qu'un exercice de style, c'est aussi une performance d'acteurs.

mercredi, 08 avril 2015

Chappie

   C'est le titre du nouveau film de Neill Blomkamp. Dès le début, on reconnaît le style "vigoureux" de ce réalisateur talentueux, révélé par District 9 et auteur il y a deux ans d'Elysium. On n'est pas assis depuis très longtemps que l'on nous offre une putain de scène d'action, avec des robots-policiers qui en prennent plein le disque dur. Au risque de décevoir quelques fans, je me dois de dire que c'est peut-être la meilleure du film : les autres pics d'adrénaline m'ont nettement moins emballé. Cela m'a paru ressembler à des extraits de (mauvais) jeu vidéo.

   Entre temps, il y a l'histoire de l'apprentissage de Chappie, ce robot à personnalité humaine, qui naît avec une maturité de bébé... mais qui apprend vite. Les relations qu'il entretient avec les différents protagonistes (gentils comme moins gentils) ne sont pas trop stéréotypées. Lui-même est plutôt attendrissant.

   Globalement, l'histoire tient la route, mais les dialogues ne brillent pas toujours par leur originalité...  A plusieurs reprises, j'ai eu de la peine pour Sigourney Weaver et Hugh Jackman, qui s'est acharné sur le banc de muscu à s'en faire péter les veines.

   Si l'on supporte la musique rap et les stéréotypes djeunses, on passe un moment très correct. Mais c'est quand même au-dessous de ce que peut donner ce réalisateur.

22:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 07 avril 2015

Shaun le mouton

   Derrière ce long-métrage d'animation se cachent les producteurs de Les Pirates, bons à rien, mauvais en tout et les créateurs des inoubliables aventures de Wallace et Gromit. D'ailleurs, deux des personnages principaux rendent hommage au célèbre duo : le fermier et son chien fidèle, qui occupe le poste de régisseur de l'exploitation.

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   On est tout de suite mis dans l'ambiance avec la succession des "travaux et des jours", une séquence fondée sur un efficace comique de répétition. On a à peine le temps de digérer cette agréable mise en train que survient l'épisode du complot des animaux de la ferme (principalement les moutons), pour mettre un terme à la succession terne et épuisante de leurs journées de servitude. Soyez particulièrement attentifs au rôle du canard...

   Evidemment, rien ne va se passer comme prévu... et l'histoire champêtre bascule dans le polar urbain. L'agriculteur va devenir un coiffeur à la mode... dans des circonstances que je vous laisse le plaisir de découvrir.

   De leur côté, les moutons se lancent à sa recherche. Ils vont devoir échapper au redoutable employé de la fourrière, un dangereux psychopathe, aux ressources insoupçonnées :

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   Cela nous vaut de belles scènes carcérales, auxquelles je préfère toutefois la séquence du restaurant, où les moutons débarquent incognito. La situation va rapidement dégénérer, dans une ambiance de folie qui n'est pas sans rappeler certains films des Marx Brothers ou de Charlie Chaplin.

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   A certains moments, les gags (et les clins d'oeil) fusent en rafale... et il y en a pour tous les publics, les grands et les petits. Bref, j'ai adoré et, si j'ai un conseil à vous donner, c'est de rester pendant le générique de fin, au cours duquel on découvre (entre autres) pourquoi l'un des pensionnaires de la fourrière regarde les autres aussi fixement...

19:54 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 05 avril 2015

Légionnaires "de gauche"

   Sans rompre avec les pratiques de ses prédécesseurs, François Hollande distribue les colifichets aux amis et aux courtisans. Dans la fournée de Pâques 2015, publiée au Journal Officiel, en Aveyron, on a remarqué la promotion de Pierre Soulages au plus haut grade, celui de grand'croix, en compagnie d'un ancien membre des Forces Françaises Libres, Charles Flamand.

   Ce n'est pas le seul artiste promu. Mehdi Qotbi, un peintre proche du roi du Maroc (auquel on a sûrement voulu faire une faveur), devient commandeur. On trouve d'autres artistes à la fin de la liste principale des nommés.

   Dans la liste où figure M. Qotbi se trouve un industriel alsacien, Robert Lohr. Je me demande si sa présence n'a pas pour but d'équilibrer, côté français, la promotion de Thomas Enders, président (exécutif) d'Airbus. Le premier figure sur le contingent du ministère de la Défense, le second sur le contingent du ministère des Affaires étrangères. On notera que l'aéronautique (au sens large) est fortement représentée avec (dans la liste principale) Juming Chen, présenté en France sous l'identité d'Eric Chen : c'est le président d'Airbus Chine. Il est en compagnie d'Alain Charmeau (issu du secteur aérospatial), d'Yves Gueyffier (un ancien de chez Dassault), de Jean-Paul Ebanga, PDG de CFM International, de Christophe Cador (dont l'entreprise a pour principaux clients Airbus, ATR, Latécoère....), et d'un trio estampillé Thales (le discret Raphaël EskinaziPhilippe Eudeline et Patrick Oszczeda). Une touche féminine est apportée par Yannick Assouad, directrice d'une branche du groupe Zodiac... et ancienne de chez Thales. Si l'on ajoute à ces personnalités du privé les décorés de l'aviation civile (et une directrice de l'ONERA), cela fait une belle brochette.

   Du côté des banques, on remarque la nomination du directeur général du Crédit Agricole Michel Mathieu (un -petit- coup à gauche) et celle de l'ancien PDG de la Société Générale Frédéric Oudéa (un coup à  droite).

   Un autre gros contingent est constitué d'universitaires et de hauts fonctionnaires de l'Education nationale. Il est en concurrence (ou parfois à l'intersection) avec le clan des amis politiques. Le premier d'entre eux est Jean-Claude Gayssot (nommé officier), dont on peut dire qu'il a sa carrière derrière lui. Il est encore vice-président de la (future ex) région Languedoc-Roussillon... et il incarne une vision plutôt critique de la gauche gouvernementale. A ses côtés figure Yves Krattinger, qui vient d'être réélu à la tête du département de Haute-Saône, en ayant conservé intacte sa majorité de conseillers (22 contre 12), un petit exploit qui méritait bien une récompense.

   Le grand Sud-Ouest est bien représenté, avec la périgourdine Jane Lataste, l'ariégeois Jean-Pierre Bel (ancien président du Sénat) et l'ancien maire de Montpellier, Hélène Mandroux.

   En signe d'ouverture, le corrézien (divers droite) Paul Reynal est nommé chevalier et la chiraquienne Catherine Colonna est promue officier. Le cas de Colette Blériot est un peu à part. Cette conseillère UMP a été réélue dans l'Aisne (face à des candidats FN), permettant à son camp (UMP-UDI) d'obtenir une courte majorité relative : 18 élus, contre 16 à la gauche et 8 au Front national. L'an dernier, elle avait été un peu mise à l'écart par Xavier Bertrand, dont la liste avait remporté la mairie de Saint-Quentin.

   On a aussi pansé quelques plaies, à gauche. Ainsi, l'auvergnat Jean-Claude Daurat, éliminé dès le premier tour des récentes élections départementales (bien que sortant), reçoit une breloque. Il en est de même pour la lot-et-garonnaise Catherine Pitous, elle aussi conseillère sortante, elle aussi éliminée dès le premier tour des dernières élections. Quant à Jean-Luc Fichet, s'il a été aisément réélu maire en 2014, il a perdu son mandat de sénateur quelques mois plus tard (il était troisième sur la liste PS, qui n'a obtenu que deux sièges). On a aussi consolé le communiste Jean-Paul Dufrègne : il a bien  gardé sa place au sein du conseil départemental de l'Allier (il a été réélu au premier tour... sans adversaire à gauche), mais il en a perdu la présidence, de justesse.

   Le Sud-Ouest n'est pas absent des nominations judiciaires, avec notamment l'ancien procureur de Toulouse Michel Valet (qui a désormais du temps pour déambuler sur l'Aubrac) et l'avocat Jacques Lévy (connu notamment pour avoir assuré la défense de Jacques Viguier...).

   En parcourant les décrets, on tombe sur des personnalités médiatiques (mais pas nécessairement méritantes) : Anne Sinclair, François Berléand, Georges Chelon, Thierry Rey, Patricia Girard ou encore Antoine Kambouaré...

samedi, 04 avril 2015

Suite française

   C'est l'histoire d'une jeune Française mal mariée, qui vit sous la coupe d'une belle-mère acariâtre et que l'arrivée d'un officier allemand mélomane, en 1940, va troubler. Présentée ainsi, l'histoire pourrait sembler un peu "bateau". Encore un film sur la Seconde guerre mondiale ! Et encore un qui tente de montrer une image plus aimable de certains des occupants allemands, à une époque où il est de bon ton de ne pas froisser nos voisins d'outre-Rhin en leur jetant au visage le passé nazi de leur pays. Sauf que... cette histoire a été écrite il y a plus de soixante-dix ans, par Irène Némirovsky, une Française juive, morte à Auschwitz en 1942 avant d'avoir pu achever le roman qui est adapté ici.

   Le premier mérite de cette histoire est de présenter un épisode méconnu de la guerre, l'Exode de mai-juin 1940, au moment de l'invasion allemande. Je vous assure que les scènes du début, qui montrent la pagaille sur les routes et un bombardement de la Luftwaffe, sont impressionnantes. Par contre, le contexte de la mise en place du gouvernement de Vichy est bâclé. Ceux qui n'y connaissent rien ne retiendront que la collaboration avec l'occupant.

   Le coeur de l'intrigue est consacré aux relations entre Français(es) et Allemands. On a droit à une assez grande diversité de comportements, du pétainisme germanophile aux premiers actes de résistance. Le film a le mérite de montrer que les situations étaient parfois complexes, surtout quand les sentiments se heurtaient à la politique.

   C'est dans ce cadre que se situent les rapports entre la timide Lucile Angellier et le séduisant Bruno von Falk. La première est incarnée par Michelle Williams, vraiment très bien, très éloignée du rôle qu'elle a joué dans My Week with Marilyn. Le second a les traits de Matthias Schoenaerts, révélé naguère par Bullhead. Les personnages secondaires sont tout aussi bien campés. Dans le lot, je distingue Madeleine Labarie, Lambert Wilson et Kristin Scott-Thomas, excellente en belle-mère hautaine. Je regrette toutefois qu'on fasse subir à son personnage une évolution aussi radicale en si peu de temps.

   C'est peut-être le défaut principal de l'histoire. La période 1940-1941 est décrite avec les yeux de qui sait ce qui s'est passé ensuite. On a peut-être voulu trop en dire sur ces premiers mois d'occupation. Il reste une belle histoire d'amour impossible, au sein d'un tableau où les différences de classes sont très prononcées.

   P.S.

   Cette histoire si française (jusque dans la découverte du livre, édité des années plus tard... et récompensé par un prix posthume) est une oeuvre anglo-saxonne. Le tournage s'est déroulé en langue anglaise (avec quelques passages en allemand), davantage en Belgique qu'en France... avec TF1 aux manettes. Cela peut expliquer le tir de barrage que le film a subi à sa sortie, de la part de critiques à oeillères. Ce n'est absolument pas le navet décrit par certains. (Au passage, je pense qu'exceptionnellement, il vaut mieux le voir en version doublée en français : les acteurs francophones ont leur propre voix et les accents des Allemands sont sans doute plus réalistes que dans la version originale.)

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jeudi, 02 avril 2015

Voyage en Chine

   Le photographe Zoltan Mayer nous livre ici son premier long-métrage de fiction. Le début de l'histoire présente un vieux couple, où le temps semble avoir fait son oeuvre. Le coup de grâce vient de l'annonce du décès de leur fils unique, survenu en Chine. Yolande Moreau est plus convaincante que son partenaire masculin, au jeu plus stéréotypé.

   La mère éplorée est de surcroît confrontée à maintes difficultés pour rapatrier le corps du défunt. Aux différences de législation et de culture se superpose le fonctionnement bureaucratique de l'administration française. Du coup, la mère âgée et malade décide de faire le grand saut et de se rendre au "pays du milieu".

   Elle débarque à Shanghai, mais sa destination est une province de l'intérieur (célèbre pour ses pandas), le Sichuan.

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   Ironiquement, Liliane va découvrir qu'obtenir des papiers officiels est au moins aussi compliqué en Chine qu'en France. La barrière de la langue est un obstacle de plus à surmonter, même si parfois quelques bribes d'anglais peuvent s'avérer très utiles. Et puis, soudain, dans la rue, surgit une voix belge identifiable entre toutes... et le film bascule.

   Même si le deuil est un élément clé de l'histoire, l'intrigue est davantage tournée vers les rencontres que l'héroïne va faire, en Chine. On nous propose une belle galerie de personnages du quotidien, qui vont aider cette étrangère à moitié brisée par le chagrin. Cela nous vaut même quelques (rares) moments de comédie, comme la scène de la pâte et du vin, entre deux femmes que finalement seule la langue sépare :

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   Plus inattendue est la découverte par Liliane de la vie que son fils s'était construite, en Extrême-Orient. Les acteurs chinois sont remarquables de subtilité. C'est d'ailleurs la principale qualité de ce film, très délicat. Ce n'est à priori pas un genre qui m'attire mais, allez savoir pourquoi, ici, ça m'a touché.

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mercredi, 01 avril 2015

Jean-Pierre Luche, Aveyronnais méconnu

   En faisant le tri des journaux achetés ces dernières semaines, je suis tombé sur La Dépêche du Midi du lundi 23 mars 2015, parue le lendemain du premier tour des élections départementales. A l'époque, je ne l'avais pas lue intégralement. Ce soir, un passage a attiré mon attention :

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   Dans cet article titré "Midi-Pyrénées : la gauche résiste", à deux reprises, Philippe Bernard s'est trompé dans le prénom du président sortant du conseil général de l'Aveyron. Ce n'est évidemment pas de Jean-Pierre mais de Jean-Claude Luche qu'il s'agit. La même erreur figure dans la version numérique de l'article, qui porte un titre légèrement différent :

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   Le journaliste n'est pourtant pas un stagiaire, ni un débutant : il est secrétaire général de la rédaction. A sa décharge, on peut signaler que, parmi les conseillers départementaux (et leurs prédécesseurs conseillers généraux), les Jean-Kekchose sont légion :

Jean-Luc Calmelly (sur Causse-Comtal)

Jean-Michel Lalle (naguère sur Bozouls)

Jean-Claude Fontanier (naguère sur Saint-Chély-d'Aubrac)

Jean-Claude Anglars (sur Lot-et-Truyère)

Jean-Paul Peyrac (naguère sur Laissac, bientôt sans doute à la place de Jean-Claude Luche sur Lot-et-Palanges)

Jean-François Albespy (naguère sur Entraygues-sur-Truyère)

Jean-François Galliard (sur Millau-2)

Jean-Philippe Sadoul (sur Nord-Lévézou)

Jean-Louis Grimal (naguère sur Salles-Curan)

Jean-François Théron (battu sur Rodez-1)

Jean-Philippe Abinal (sur Rodez-Onet)

Jean-Pierre Masbou (sur Villeneuvois-et-Villefranchois)

   Jean-Dominique Gonzales (sur Millau-1) est le seul conseiller portant ce type de prénom à être de gauche. C'est l'exception qui confirme la règle, même s'il a eu jusqu'à il y a peu trois collègues de sa sensibilité politique au prénom composé : Jean-Claude Gineste (sur Saint-Beauzély), Jean-Luc Malet (sur Saint-Affrique) et Jean-Pierre Mazars (sur Naucelle)

    P.S. (!)

   La même mésaventure qu'à J-C Luche était arrivée à Christian Teyssèdre (maire de Rodez), dont le prénom avait été transformé par Le Journal toulousain.