dimanche, 18 octobre 2026
La Maison de nos rêves
Claude Zidi Jr enchaîne les films (souvent avec Kev Adams), pour le meilleur (Maison de retraite 2) et pour le pire (Jour J). Ma crainte ici était que les bons moments nous aient été livrés dans la bande-annonce.
Cette crainte est (en partie) démentie par la première demi-heure, qui montre, dans un premier temps, le couple de jeunes héros se dépatouiller dans sa vie professionnelle et visiter une série de maisons. Leur agent immobilier étant incarné par Jonathan Lambert (drôle, mais qui en fait un peu trop), ils auraient dû se méfier. Ce début nous vaut quelques moments cocasses.
On attend évidemment le moment où ils vont se faire arnaquer par Nicolette, la (fausse) vieille dame en détresse. Je trouve que les deux jeunes acteurs (Kev Adams et Camille Aguilar) en font des tonnes, alors que Chantal Ladesou est paradoxalement plus sobre. Au fur et à mesure que l'intrigue progresse, les deux nigauds vont aller de déception en déception...
C'est finalement au second degré que l'histoire est la plus intéressante. En effet, les scénaristes ont mis en scène un conflit de générations. Les vingtenaires et trentenaires (principalement les deux héros) sont présentés comme tirant le diable par la queue (même si, au début, chacun a un emploi stable) et exploités par des sexagénaires ou septuagénaires fortunés (de la pharmacienne au patron du golf, en passant par l'héritière). On est en pleine caricature (Gen Z contre boomers), même si l'introduction d'un couple de nouveaux riches apporte un peu de nuance.
Un belle brochette d'invités donne de la consistance à certaines scènes outrancières. Michel Jonasz, Bernard Farcy et Daniel Prévost font le job et évitent le naufrage. Mais l'ensemble est trop prévisible et hyper-souligné.
J'ai quand même ri quatre-cinq fois. J'ai vu pire, mais aussi bien meilleur.
21:25 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
La Maison de nos rêves
Claude Zidi Jr enchaîne les films (souvent avec Kev Adams), pour le meilleur (Maison de retraite 2) et pour le pire (Jour J). Ma crainte ici était que les bons moments nous aient été livrés dans la bande-annonce.
Cette crainte est (en partie) démentie par la première demi-heure, qui montre, dans un premier temps, le couple de jeunes héros se dépatouiller dans sa vie professionnelle et visiter une série de maisons. Leur agent immobilier étant incarné par Jonathan Lambert (drôle, mais qui en fait un peu trop), ils auraient dû se méfier. Ce début nous vaut quelques moments cocasses.
On attend évidemment le moment où ils vont se faire arnaquer par Nicolette, la (fausse) vieille dame en détresse. Je trouve que les deux jeunes acteurs (Kev Adams et Camille Aguilar) en font des tonnes, alors que Chantal Ladesou est paradoxalement plus sobre. Au fur et à mesure que l'intrigue progresse, les deux nigauds vont aller de déception en déception...
C'est finalement au second degré que l'histoire est la plus intéressante. En effet, les scénaristes ont mis en scène un conflit de générations. Les vingtenaires et trentenaires (principalement les deux héros) sont présentés comme tirant le diable par la queue (même si, au début, chacun a un emploi stable) et exploités par des sexagénaires ou septuagénaires fortunés (de la pharmacienne au patron du golf, en passant par l'héritière). On est en pleine caricature (Gen Z contre boomers), même si l'introduction d'un couple de nouveaux riches apporte un peu de nuance.
Un belle brochette d'invités donne de la consistance à certaines scènes outrancières. Michel Jonasz, Bernard Farcy et Daniel Prévost font le job et évitent le naufrage. Mais l'ensemble est trop prévisible et hyper-souligné.
J'ai quand même ri quatre-cinq fois. J'ai vu pire, mais aussi bien meilleur.
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samedi, 17 octobre 2026
Englouti
Une fois n'est pas coutume, je trouve le titre français plus porteur que l'original anglo-saxon. Celui-ci fait allusion à une sorte d'échouage de baleine (ce que je me garderai d'expliciter, pour ne pas déflorer l'intrigue).
Il est donc bien question d'un homme et d'un cétacé, plus précisément un cachalot, le seul capable d'engloutir un humain... quitte à rapidement le recracher, comme c'est arrivé l'an dernier à un kayakiste chilien... et il y a cinq ans à un pêcheur états-unien. (En revanche, l'histoire de James Bartley, qui remonterait à 1891, est sans doute bidon.)
Sans surprise, quand il a été question de la sortie de ce film, nombre de critiques ont fait allusion à un épisode biblique, que l'on trouve dans le Livre de Jonas : le héros est avalé par "un gros poisson" et passe trois jours à l'intérieur... ce qui est impossible... mais c'est bien entendu métaphorique. (On y retrouve le chiffre trois, très présent dans l'Ancien comme le Nouveau Testament.)
Tout cela pour dire que je trouvais l'histoire a priori alléchante, avec, au générique, le jeune Austin Abrams (à l'affiche du récent Resident Evil) et Josh Brolin, qui incarne son père, gravement malade.
J'ai été "douché" par le début, mal joué, parfois languissant. On se fout un peu de la relation père-fils (limite toxique) et on attend que cela se mette à bouger.
On est heureusement servi ensuite, avec la séquence de plongée, bien filmée. Le jeune héros Jay explore d'abord l'espace côtier, puis le fond océanique proche, avant de s'approcher des abysses. De ce trou de balle marin, sombre et velu, peut surgir à peu près tout et n'importe quoi... dont un énorme cachalot, qui avale donc Jay. Sur grand écran, en immersion, avec un bon travail sur le son, c'est assez impressionnant...
... d'autant que le jeune homme ne se retrouve pas tout seul dans l'estomac du cétacé. Il lui faut donc affronter de multiples périls, entre les mouvements d'estomac, le manque progressif d'oxygène, diverses bestioles... et les sucs gastriques, dont j'attendais avec impatience l'arrivée. C'est effrayant... et parfois (involontairement ?) comique, puisqu'à plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que Jay rampait entre d'énormes hémorroïdes...
Je m'attendais donc à ce que la suite se résume à un survival, avec montée en tension, rebondissements... eh ben non... à part la séquence avec les orques. L'intrigue prend un tour essentiellement psychologique, autour de la relation père-fils. Alors qu'il est à demi mourant, Jay se rappelle les bons et les mauvais moments passés avec son casse-couilles de père, qui avait pourtant de si belles leçons de vie à lui transmettre. S'ajoute à cela une ambiance panthéiste new age (autour de la baleine)... et même un aspect psychanalytique, puisque pour devenir (enfin) un véritable adulte, Jay va devoir "tuer le père".
Au final, même si les séquences d'action sont spectaculaires (et la représentation de l'enfermement réussie), je trouve que le film ne tient pas tout à fait ses promesses.
14:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Englouti
Une fois n'est pas coutume, je trouve le titre français plus porteur que l'original anglo-saxon. Celui-ci fait allusion à une sorte d'échouage de baleine (ce que je me garderai d'expliciter, pour ne pas déflorer l'intrigue).
Il est donc bien question d'un homme et d'un cétacé, plus précisément un cachalot, le seul capable d'engloutir un humain... quitte à rapidement le recracher, comme c'est arrivé l'an dernier à un kayakiste chilien... et il y a cinq ans à un pêcheur états-unien. (En revanche, l'histoire de James Bartley, qui remonterait à 1891, est sans doute bidon.)
Sans surprise, quand il a été question de la sortie de ce film, nombre de critiques ont fait allusion à un épisode biblique, que l'on trouve dans le Livre de Jonas : le héros est avalé par "un gros poisson" et passe trois jours à l'intérieur... ce qui est impossible... mais c'est bien entendu métaphorique. (On y retrouve le chiffre trois, très présent dans l'Ancien comme le Nouveau Testament.)
Tout cela pour dire que je trouvais l'histoire a priori alléchante, avec, au générique, le jeune Austin Abrams (à l'affiche du récent Resident Evil) et Josh Brolin, qui incarne son père, gravement malade.
J'ai été "douché" par le début, mal joué, parfois languissant. On se fout un peu de la relation père-fils (limite toxique) et on attend que cela se mette à bouger.
On est heureusement servi ensuite, avec la séquence de plongée, bien filmée. Le jeune héros Jay explore d'abord l'espace côtier, puis le fond océanique proche, avant de s'approcher des abysses. De ce trou de balle marin, sombre et velu, peut surgir à peu près tout et n'importe quoi... dont un énorme cachalot, qui avale donc Jay. Sur grand écran, en immersion, avec un bon travail sur le son, c'est assez impressionnant...
... d'autant que le jeune homme ne se retrouve pas tout seul dans l'estomac du cétacé. Il lui faut donc affronter de multiples périls, entre les mouvements d'estomac, le manque progressif d'oxygène, diverses bestioles... et les sucs gastriques, dont j'attendais avec impatience l'arrivée. C'est effrayant... et parfois (involontairement ?) comique, puisqu'à plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que Jay rampait entre d'énormes hémorroïdes...
Je m'attendais donc à ce que la suite se résume à un survival, avec montée en tension, rebondissements... eh ben non... à part la séquence avec les orques. L'intrigue prend un tour essentiellement psychologique, autour de la relation père-fils. Alors qu'il est à demi mourant, Jay se rappelle les bons et les mauvais moments passés avec son casse-couilles de père, qui avait pourtant de si belles leçons de vie à lui transmettre. S'ajoute à cela une ambiance panthéiste new age (autour de la baleine)... et même un aspect psychanalytique, puisque pour devenir (enfin) un véritable adulte, Jay va devoir "tuer le père".
Au final, même si les séquences d'action sont spectaculaires (et la représentation de l'enfermement réussie), je trouve que le film ne tient pas tout à fait ses promesses.
14:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
jeudi, 15 octobre 2026
Naza
Deux soirs de suite, lundi et mardi derniers, ce documentaire israélien (une coproduction anglo-saxonne, en réalité) a fait salle comble au cinéma CGR de Rodez. En 1h15 environ, il tente de faire le point sur la réponse disproportionnée de l'armée israélienne au pogrom du 7 octobre 2023.
La majorité des images sont contemporaines (des années 2020). Sont adjoints quelques extraits plus anciens, datant des années 1970-1980. On y voit notamment des agents du renseignement en formation... ou encore le futur Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, beaucoup plus jeune qu'aujourd'hui, dénonçant le terrorisme palestinien, en lui donnant une définition que les réalisateurs du documentaire font plutôt concorder avec l'action de l'armée israélienne...
C'est habile de leur part... et cela indique le parti-pris de ce film. Si, la majorité du temps, il prend la forme d'un exposé pondéré, fondé sur des entretiens avec des militaires israéliens, de temps en temps pointe une orientation plus polémique, dont je reparlerai plus loin.
Une vingtaine de militaires israéliens témoigne. Ils sont filmés le soir, sur le toit d'un immeuble de Tel Aviv. Leur visage comme leur voix ont été modifiés à l'aide d'une intelligence artificielle. C'est le premier problème. Si l'on peut comprendre la volonté de protéger des sources, cette anonymisation quasi totale pose un problème de fiabilité : comment vérifier la crédibilité des affirmations (parfois gravissimes) ? De surcroît, la méthode d'anonymisation rend difficile l'individualisation des témoignages. Il me semble que certains militaires ne sont montrés qu'une fois, d'autres deux, d'autres davantage...
Le face-à-face avec l'un des auteurs alterne avec des vues de la métropole israélienne, qui ressemble tellement à une ville occidentale. Son apparente opulence contraste avec les zones de destruction de Gaza. Le choix d'une ambiance nocturne est peut-être aussi dû à la volonté de dénoncer ce qui, jusqu'à présent, était tenu secret.
On apprend donc plus ou moins de choses au cours de ces entretiens. Tout d'abord, je signale que la majorité des témoins ne sont pas des combattants, plutôt des analystes, des techniciens ou des agents de renseignement. De leur part, on rencontre une assez grande diversité d'attitudes : certains se disent dégoûtés de ce à quoi ils ont participé, d'autres sont dans le déni ou tentent de minimiser leur rôle, tandis qu'une minorité assume sans le moindre regret.
Ces entretiens permettent de constater, une fois de plus, quel degré de perfectionnement technique (et organisationnel) l'armée israélienne a atteint. Ainsi, l'entièreté du territoire gazaoui avait été cartographié, au mètre près. Les agents disposaient d'un modèle numérique du territoire, avec l'emplacement et la taille des bâtiments, y compris le nombre d'étages, la forme des appartements et l'identité des occupants. (Quelques croquis illustrent les propos, parfois pas tout à fait clairs.) Sans surprise, c'est l'exploitation des informations piratées sur les smartphones qui a rendu un grand service aux Israéliens... mais davantage les téléphones des proches (conjoints, enfants) que celui des militants du Hamas, qui, en général, se montraient prudents. Cela a conduit à des "bavures", comme lorsqu'est déclenché un bombardement qui n'a finalement provoqué que des victimes non-combattantes, le membre du Hamas ayant quitté son logement en y "oubliant" son téléphone.
Le terme Naza désigne ces victimes collatérales, qui, dès le début des opérations militaires, ont été intégrées à la modélisation s'appuyant sur des intelligences artificielles. Les programmes prenaient en compte des "taux de pertes" variables : de 1 à des centaines de civils tués pour éradiquer la menace d'un seul terroriste... D'après l'un des témoignages (source unique de cette information), le commandement aurait envisagé l'élimination des 40 000 membres du Hamas, avec un taux de "dommages collatéraux" pouvant atteindre 1 pour 20... ce qui aurait pu conduire au massacre d'un tiers de la population gazaouie (800 000 sur 2 à 2,5 millions). Finalement, la mort d'environ 72 000 Palestiniens (chiffres du ministère de la santé de Gaza... c'est-à-dire du Hamas) apparaît comme une réponse moins radicale que ce qu'elle aurait pu être.
C'est pourquoi l'utilisation du terme "génocide" par les auteurs du documentaire m'apparaît infondée. Attention toutefois : il apparaît clairement que l'armée israélienne a commis de multiples crimes de guerre, mais, à mes yeux, il n'y a pas de volonté délibérée d'exterminer la population palestinienne (quelles que soient les déclarations -souvent montées en épingle en France- de politiciens israéliens fascisants). J'ai aussi peu goûté le rapprochement effectué avec Shoah, de Claude Lanzmann : les millions d'Européens juifs exterminés par les nazis et leurs collaborateurs n'avaient lancé une attaque meurtrière contre l'Allemagne... Qui plus est, ce massacre-ci se place à une tout autre échelle.
Peut-être les auteurs ont-ils eu l'intuition que leur argumentation ne toucherait pas le grand public, ne convainquant que les convaincus. Du coup, à la toute fin, ils renoncent au dispositif initial (très sobre) pour nous livrer des images chocs, sollicitant plus l'émotion que la raison.
17:17 Publié dans Cinéma, Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Naza
Deux soirs de suite, lundi et mardi derniers, ce documentaire israélien (une coproduction anglo-saxonne, en réalité) a fait salle comble au cinéma CGR de Rodez. En 1h15 environ, il tente de faire le point sur la réponse disproportionnée de l'armée israélienne au pogrom du 7 octobre 2023.
La majorité des images sont contemporaines (des années 2020). Sont adjoints quelques extraits plus anciens, datant des années 1970-1980. On y voit notamment des agents du renseignement en formation... ou encore le futur Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, beaucoup plus jeune qu'aujourd'hui, dénonçant le terrorisme palestinien, en lui donnant une définition que les réalisateurs du documentaire font plutôt concorder avec l'action de l'armée israélienne...
C'est habile de leur part... et cela indique le parti-pris de ce film. Si, la majorité du temps, il prend la forme d'un exposé pondéré, fondé sur des entretiens avec des militaires israéliens, de temps en temps pointe une orientation plus polémique, dont je reparlerai plus loin.
Une vingtaine de militaires israéliens témoigne. Ils sont filmés le soir, sur le toit d'un immeuble de Tel Aviv. Leur visage comme leur voix ont été modifiés à l'aide d'une intelligence artificielle. C'est le premier problème. Si l'on peut comprendre la volonté de protéger des sources, cette anonymisation quasi totale pose un problème de fiabilité : comment vérifier la crédibilité des affirmations (parfois gravissimes) ? De surcroît, la méthode d'anonymisation rend difficile l'individualisation des témoignages. Il me semble que certains militaires ne sont montrés qu'une fois, d'autres deux, d'autres davantage...
Le face-à-face avec l'un des auteurs alterne avec des vues de la métropole israélienne, qui ressemble tellement à une ville occidentale. Son apparente opulence contraste avec les zones de destruction de Gaza. Le choix d'une ambiance nocturne est peut-être aussi dû à la volonté de dénoncer ce qui, jusqu'à présent, était tenu secret.
On apprend donc plus ou moins de choses au cours de ces entretiens. Tout d'abord, je signale que la majorité des témoins ne sont pas des combattants, plutôt des analystes, des techniciens ou des agents de renseignement. De leur part, on rencontre une assez grande diversité d'attitudes : certains se disent dégoûtés de ce à quoi ils ont participé, d'autres sont dans le déni ou tentent de minimiser leur rôle, tandis qu'une minorité assume sans le moindre regret.
Ces entretiens permettent de constater, une fois de plus, quel degré de perfectionnement technique (et organisationnel) l'armée israélienne a atteint. Ainsi, l'entièreté du territoire gazaoui avait été cartographié, au mètre près. Les agents disposaient d'un modèle numérique du territoire, avec l'emplacement et la taille des bâtiments, y compris le nombre d'étages, la forme des appartements et l'identité des occupants. (Quelques croquis illustrent les propos, parfois pas tout à fait clairs.) Sans surprise, c'est l'exploitation des informations piratées sur les smartphones qui a rendu un grand service aux Israéliens... mais davantage les téléphones des proches (conjoints, enfants) que celui des militants du Hamas, qui, en général, se montraient prudents. Cela a conduit à des "bavures", comme lorsqu'est déclenché un bombardement qui n'a finalement provoqué que des victimes non-combattantes, le membre du Hamas ayant quitté son logement en y "oubliant" son téléphone.
Le terme Naza désigne ces victimes collatérales, qui, dès le début des opérations militaires, ont été intégrées à la modélisation s'appuyant sur des intelligences artificielles. Les programmes prenaient en compte des "taux de pertes" variables : de 1 à des centaines de civils tués pour éradiquer la menace d'un seul terroriste... D'après l'un des témoignages (source unique de cette information), le commandement aurait envisagé l'élimination des 40 000 membres du Hamas, avec un taux de "dommages collatéraux" pouvant atteindre 1 pour 20... ce qui aurait pu conduire au massacre d'un tiers de la population gazaouie (800 000 sur 2 à 2,5 millions). Finalement, la mort d'environ 72 000 Palestiniens (chiffres du ministère de la santé de Gaza... c'est-à-dire du Hamas) apparaît comme une réponse moins radicale que ce qu'elle aurait pu être.
C'est pourquoi l'utilisation du terme "génocide" par les auteurs du documentaire m'apparaît infondée. Attention toutefois : il apparaît clairement que l'armée israélienne a commis de multiples crimes de guerre, mais, à mes yeux, il n'y a pas de volonté délibérée d'exterminer la population palestinienne (quelles que soient les déclarations -souvent montées en épingle en France- de politiciens israéliens fascisants). J'ai aussi peu goûté le rapprochement effectué avec Shoah, de Claude Lanzmann : les millions d'Européens juifs exterminés par les nazis et leurs collaborateurs n'avaient lancé une attaque meurtrière contre l'Allemagne... Qui plus est, ce massacre-ci se place à une tout autre échelle.
Peut-être les auteurs ont-ils eu l'intuition que leur argumentation ne toucherait pas le grand public, ne convainquant que les convaincus. Du coup, à la toute fin, ils renoncent au dispositif initial (très sobre) pour nous livrer des images chocs, sollicitant plus l'émotion que la raison.
17:17 Publié dans Cinéma, Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 11 octobre 2026
Digger
Cela faisait plus de dix ans (depuis The Revenant) que je n'avais pas vu un film d'Alejandro Gonzalez Iñarritu en salles. Après Leonardo DiCaprio, c'est au tour d'un Tom Cruise méconnaissable de se livrer à la caméra du réalisateur mexicain.
Dans la première partie, on découvre ce Digger, entrepreneur pétrolier richissime, ami des puissants, impitoyable avec ses employés, fuyant avec sa demi-sœur (Sandra Hüller, très bien). Il a une gouaille formidable, est souvent ordurier... sauf avec sa chatte, son sac à puces adoré, âgé de près de... quarante ans et qu'il tente de maintenir en vie par tous les moyens. Tom Cruise sort de sa zone de confort pour nous livrer un sacré numéro. La farce politique est bien servie par les acteurs secondaires, au premier rang desquels je place John Goodman, qui incarne un président états-unien pathétique, mélange de Ronald Reagan et de Donald Trump.
Pendant 40-45 minutes, on se régale avec cette intrigue apocalyptique, qui voit l'humanité menacée par les conséquences des forages pétroliers d'une entreprise de Digger, au Groenland. Et puis soudain, au bout de trois quarts d'heure...
SURPRISE !
Celle-là, je ne l'avais pas vue venir. Voilà pourquoi je vais rester très allusif, pour permettre à celles et ceux qui ne savent pas ce qui les attend de profiter du retournement. (Je conseille donc d'aller voir ce film en en sachant le moins possible.)
Que dire qui ne déflore pas trop l'intrigue ? Eh bien qu'Iñarritu croise ses questionnements personnels avec les inquiétudes de son époque. Par certains aspects, cela n'est pas sans rappeler Birdman.
Le retournement qui survient à la fin de cette première partie donne une profondeur supplémentaire à l'intrigue, profondeur qui va s'accroître au fur et à mesure que l'histoire se déroule, les deux arcs narratifs se croisant à nouveau. Un personnage, absent de la séquence initiale et ne jouant apparemment qu'un rôle de figurant au début de la deuxième partie, va se révéler plus important que prévu.
Moi, j'ai adoré. C'est brillant, souvent outrancier, en prise avec notre époque. Cela change de l'eau tiède que l'on nous sert trop souvent. Mon (futur) palmarès 2026 vient de s'enrichir d'une nouvelle pépite.
09:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Digger
Cela faisait plus de dix ans (depuis The Revenant) que je n'avais pas vu un film d'Alejandro Gonzalez Iñarritu en salles. Après Leonardo DiCaprio, c'est au tour d'un Tom Cruise méconnaissable de se livrer à la caméra du réalisateur mexicain.
Dans la première partie, on découvre ce Digger, entrepreneur pétrolier richissime, ami des puissants, impitoyable avec ses employés, fuyant avec sa demi-sœur (Sandra Hüller, très bien). Il a une gouaille formidable, est souvent ordurier... sauf avec sa chatte, son sac à puces adoré, âgé de près de... quarante ans et qu'il tente de maintenir en vie par tous les moyens. Tom Cruise sort de sa zone de confort pour nous livrer un sacré numéro. La farce politique est bien servie par les acteurs secondaires, au premier rang desquels je place John Goodman, qui incarne un président états-unien pathétique, mélange de Ronald Reagan et de Donald Trump.
Pendant 40-45 minutes, on se régale avec cette intrigue apocalyptique, qui voit l'humanité menacée par les conséquences des forages pétroliers d'une entreprise de Digger, au Groenland. Et puis soudain, au bout de trois quarts d'heure...
SURPRISE !
Celle-là, je ne l'avais pas vue venir. Voilà pourquoi je vais rester très allusif, pour permettre à celles et ceux qui ne savent pas ce qui les attend de profiter du retournement. (Je conseille donc d'aller voir ce film en en sachant le moins possible.)
Que dire qui ne déflore pas trop l'intrigue ? Eh bien qu'Iñarritu croise ses questionnements personnels avec les inquiétudes de son époque. Par certains aspects, cela n'est pas sans rappeler Birdman.
Le retournement qui survient à la fin de cette première partie donne une profondeur supplémentaire à l'intrigue, profondeur qui va s'accroître au fur et à mesure que l'histoire se déroule, les deux arcs narratifs se croisant à nouveau. Un personnage, absent de la séquence initiale et ne jouant apparemment qu'un rôle de figurant au début de la deuxième partie, va se révéler plus important que prévu.
Moi, j'ai adoré. C'est brillant, souvent outrancier, en prise avec notre époque. Cela change de l'eau tiède que l'on nous sert trop souvent. Mon (futur) palmarès 2026 vient de s'enrichir d'une nouvelle pépite.
09:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 10 octobre 2026
Prime Time
Cette fiction américaine s'inspire de l'émission de télé-réalité To Catch a Predator, qui date d'une vingtaine d'années. Au centre de l'intrigue se trouve Chris Hansen, l'animateur-vedette qui a des ambitions de journaliste. Il se sert de ce programme racoleur pour accroître sa popularité : à défaut de sauver des victimes de guerre, il protège des mineurs de violeurs potentiels.
Dans le rôle, j'ai trouvé Robert Pattinson excellent, ambigu à souhait. On comprend très vite que son statut de justicier médiatique est une posture. C'est un arriviste, que certes révulse l'abus des mineurs... mais ce père-la-morale n'est lui-même pas tout blanc, comme on va finir par le découvrir.
Un autre intérêt de ce film est la composition de deux acteurs méconnus. Merritt Wever incarne Andie Bender, le bras droit de Chris, une femme dynamique, méthodique, sans guère de scrupules non plus, qui est la véritable cheville ouvrière du show, Hansen ayant pour fonction d'attirer la lumière.
Skyler Gisondo est une révélation. Il incarne Dan Plumb, un jeune homme aux traits juvéniles qui, en alternance avec une collaboratrice de Hansen, joue le rôle d'appât. Ce personnage est plus riche qu'il n'en a l'air. C'est d'abord un comédien au chômage, qui rêve de percer et candidate pour le show en espérant lancer sa carrière. Mais, très vite, il se pose des questions sur ce qu'on lui fait jouer... mais, quand l'occasion se présente, il est capable de prendre des initiatives. (Très bonne séquence qui le voit jouer le premier rôle, quand l'animateur vedette a un coup de mou.)
Sur le fond, c'est assez glauque... et la photographie, souvent sombre et granuleuse, accompagne bien cette ambiance. Le scénario semble construit autour de l'idée que les promoteurs de cette télé-poubelle ne valent pas beaucoup mieux que les pauvres types qui traquent les préadolescents sur internet. Sur ce point, je ne suivrais pas le film, que je trouve trop gentil (ou pas assez virulent) avec ces prédateurs.
L'histoire n'en est pas moins prenante, sans être menée sur un rythme trépidant.
10:45 Publié dans Cinéma, Société, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, télévision, télé
Prime Time
Cette fiction américaine s'inspire de l'émission de télé-réalité To Catch a Predator, qui date d'une vingtaine d'années. Au centre de l'intrigue se trouve Chris Hansen, l'animateur-vedette qui a des ambitions de journaliste. Il se sert de ce programme racoleur pour accroître sa popularité : à défaut de sauver des victimes de guerre, il protège des mineurs de violeurs potentiels.
Dans le rôle, j'ai trouvé Robert Pattinson excellent, ambigu à souhait. On comprend très vite que son statut de justicier médiatique est une posture. C'est un arriviste, que certes révulse l'abus des mineurs... mais ce père-la-morale n'est lui-même pas tout blanc, comme on va finir par le découvrir.
Un autre intérêt de ce film est la composition de deux acteurs méconnus. Merritt Wever incarne Andie Bender, le bras droit de Chris, une femme dynamique, méthodique, sans guère de scrupules non plus, qui est la véritable cheville ouvrière du show, Hansen ayant pour fonction d'attirer la lumière.
Skyler Gisondo est une révélation. Il incarne Dan Plumb, un jeune homme aux traits juvéniles qui, en alternance avec une collaboratrice de Hansen, joue le rôle d'appât. Ce personnage est plus riche qu'il n'en a l'air. C'est d'abord un comédien au chômage, qui rêve de percer et candidate pour le show en espérant lancer sa carrière. Mais, très vite, il se pose des questions sur ce qu'on lui fait jouer... mais, quand l'occasion se présente, il est capable de prendre des initiatives. (Très bonne séquence qui le voit jouer le premier rôle, quand l'animateur vedette a un coup de mou.)
Sur le fond, c'est assez glauque... et la photographie, souvent sombre et granuleuse, accompagne bien cette ambiance. Le scénario semble construit autour de l'idée que les promoteurs de cette télé-poubelle ne valent pas beaucoup mieux que les pauvres types qui traquent les préadolescents sur internet. Sur ce point, je ne suivrais pas le film, que je trouve trop gentil (ou pas assez virulent) avec ces prédateurs.
L'histoire n'en est pas moins prenante, sans être menée sur un rythme trépidant.
10:45 Publié dans Cinéma, Société, Télévision | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, télévision, télé
vendredi, 09 octobre 2026
The Social Reckoning
Le titre de ce long-métrage fait évidemment penser à celui de David Fincher (The Social Network). Une quinzaine d'années plus tard, Facebook est devenue une entreprise tentaculaire, dont l'image cool et bienveillante se fissure.
Nous sommes en présence d'un de ces films-dossiers à l'américaine, comme Révélations (à propos de l'industrie du tabac), Citizenfour (centré sur Edward Snowden), Pentagon Papers ou encore Dark Waters (sur le Téflon).
Deux individus qu'au départ beaucoup de choses séparent vont unir leurs forces pour dénoncer les manipulations auxquelles se livre l'entreprise de Mark Zuckerberg. Frances est une ingénieure informaticienne, plutôt solitaire, un peu geek. Au départ, elle croit fermement en sa mission, au sein de la cellule de veille civique de Facebook. Jeff est un journaliste qui a déjà de la bouteille... mais à l'ancienne, plutôt technophobe. Il est amené à s'intéresser à l'entreprise pour des raisons politiques.
Comme ce journaliste ne connaît pas grand chose au fonctionnement des réseaux sociaux, le film se révèle pédagogique pour les spectateurs non spécialistes. Grâce à ce qui est montré à l'écran et à ce que l'héroïne révèle progressivement à son correspondant secret, on comprend comment fonctionne la machinerie informatique.
L'aridité de certaines démonstrations est contrebalancée par des décors soignés (avec une bonne utilisation visuelle des bécanes) et un humour aussi vachard que salutaire, distillé à intervalle régulier par différents personnages. Ainsi, Frances a parfois la dent dure pour le journaliste, qu'elle juge lent à la comprenette. (Dans le même temps, progressivement, une complicité naît entre eux.) D'autres scènes sont piquantes, notamment au sein de la rédaction du Wall Street Journal, la patronne ne ménageant pas son personnel. Enfin, on peut aussi profiter des séances de media training suivies par Zuckerberg, entouré de conseillers. Jeremy Strong incarne (très bien) un monstre froid, calculateur... et adepte d'un humour pince-sans-rire. Le tout est à savourer de préférence en version originale sous-titrée.
Je dois ajouter que le charme des deux interprètes principaux contribue à l'intérêt du film. Jeremy Allen White campe un enquêteur scrupuleux et beau gosse. Concernant Mikey Madison (Frances), il est impossible d'ignorer son charme fou, auquel Jeff pourrait bien succomber...
L'histoire est encadrée par deux moments particulièrement forts. L'introduction met en scène une automobiliste états-unienne blanche, en panne, rejointe par une patrouille de police. La manière dont la scène dérape révèle une grande maîtrise, des acteurs, des dialoguistes comme du réalisateur... (On en comprend mieux le sens, plus tard.) A l'autre bout du film, on suit la tentative de putsch des trumpistes, en 2021, à partir de la War Room de Facebook. C'est un peu appuyé, mais très prenant.
Sans que ce soit un chef-d’œuvre, je dois dire que j'ai du mal à trouver des défauts à ce film, que je considère comme un beau travail d'éducation civique.
P.S.
J'attends avec impatience que nous soient proposées des œuvres du même genre sur X ou encore TikTok, la nouvelle entreprise de décervelage des jeunes.
23:09 Publié dans Cinéma, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, médias, presse, journalisme
The Social Reckoning
Le titre de ce long-métrage fait évidemment penser à celui de David Fincher (The Social Network). Une quinzaine d'années plus tard, Facebook est devenue une entreprise tentaculaire, dont l'image cool et bienveillante se fissure.
Nous sommes en présence d'un de ces films-dossiers à l'américaine, comme Révélations (à propos de l'industrie du tabac), Citizenfour (centré sur Edward Snowden), Pentagon Papers ou encore Dark Waters (sur le Téflon).
Deux individus qu'au départ beaucoup de choses séparent vont unir leurs forces pour dénoncer les manipulations auxquelles se livre l'entreprise de Mark Zuckerberg. Frances est une ingénieure informaticienne, plutôt solitaire, un peu geek. Au départ, elle croit fermement en sa mission, au sein de la cellule de veille civique de Facebook. Jeff est un journaliste qui a déjà de la bouteille... mais à l'ancienne, plutôt technophobe. Il est amené à s'intéresser à l'entreprise pour des raisons politiques.
Comme ce journaliste ne connaît pas grand chose au fonctionnement des réseaux sociaux, le film se révèle pédagogique pour les spectateurs non spécialistes. Grâce à ce qui est montré à l'écran et à ce que l'héroïne révèle progressivement à son correspondant secret, on comprend comment fonctionne la machinerie informatique.
L'aridité de certaines démonstrations est contrebalancée par des décors soignés (avec une bonne utilisation visuelle des bécanes) et un humour aussi vachard que salutaire, distillé à intervalle régulier par différents personnages. Ainsi, Frances a parfois la dent dure pour le journaliste, qu'elle juge lent à la comprenette. (Dans le même temps, progressivement, une complicité naît entre eux.) D'autres scènes sont piquantes, notamment au sein de la rédaction du Wall Street Journal, la patronne ne ménageant pas son personnel. Enfin, on peut aussi profiter des séances de media training suivies par Zuckerberg, entouré de conseillers. Jeremy Strong incarne (très bien) un monstre froid, calculateur... et adepte d'un humour pince-sans-rire. Le tout est à savourer de préférence en version originale sous-titrée.
Je dois ajouter que le charme des deux interprètes principaux contribue à l'intérêt du film. Jeremy Allen White campe un enquêteur scrupuleux et beau gosse. Concernant Mikey Madison (Frances), il est impossible d'ignorer son charme fou, auquel Jeff pourrait bien succomber...
L'histoire est encadrée par deux moments particulièrement forts. L'introduction met en scène une automobiliste états-unienne blanche, en panne, rejointe par une patrouille de police. La manière dont la scène dérape révèle une grande maîtrise, des acteurs, des dialoguistes comme du réalisateur... (On en comprend mieux le sens, plus tard.) A l'autre bout du film, on suit la tentative de putsch des trumpistes, en 2021, à partir de la War Room de Facebook. C'est un peu appuyé, mais très prenant.
Sans que ce soit un chef-d’œuvre, je dois dire que j'ai du mal à trouver des défauts à ce film, que je considère comme un beau travail d'éducation civique.
P.S.
J'attends avec impatience que nous soient proposées des œuvres du même genre sur X ou encore TikTok, la nouvelle entreprise de décervelage des jeunes.
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Justin le Juste
1915. Justin est un métayer analphabète, exploité par son propriétaire et incapable de se révolter. Ce n'est que lorsque des gendarmes viennent le chercher pour qu'il contribue à la défense de la patrie envahie qu'il renâcle. A partir de ce moment, il est emporté dans un flot d'aventures souvent abracadabrantesques... et c'est tout à fait normal, puisque ce film est une fable.
Elle nous est racontée à la façon de retours en arrière, lors d'un entretien entre une journaliste du tout jeune Canard enchaîné (Alexandra Lamy, qui semble à peine sortie du tournage de Louise Violet) et un Justin barricadé dans une mairie. Dans le rôle, Alban Ivanov est assez convaincant.
Je pense que ce montage inversé, pour classique qu'il soit, était nécessaire pour ne pas désarçonner une partie du public. En effet, au départ, Justin n'a rien du héros traditionnel. Au combat, il passe sans problème du côté allemand et il aide même un "Boche" à zigouiller une bande de tirailleurs sénégalais. Je rassure mes lecteurs progressistes : il va progressivement acquérir une conscience civique et même se faire un ami du seul tirailleur rescapé (qui parle français comme un Parisien du XXIe siècle).
Dresser la liste des incohérences et des invraisemblances serait fastidieux, d'autant que c'est assumé par le réalisateur Eric Barbier (que j'ai connu plus inspiré avec La Promesse de l'aube).
Petit à petit, Justin le non-patriote, l'autocentré, fait preuve de réelles qualités humaines, notamment le courage et la solidarité. Son parcours nous mène au cœur du propos du film (et du livre qui l'a inspiré), qui concerne les soldats mutinés et les fusillés pour l'exemple. Aux poilus d'origine paysanne et ouvrière du roman, Barbier a ajouté la journaliste féministe et le soldat colonial (incarné, bien entendu, par un acteur afrodescendant). Et voilà comment un film se déroulant pendant la Première Guerre mondiale prend le tour d'un tract intersectionnel.
C'est anti-militariste, anti-clérical et anti-bourgeois. C'est parfois drôle, mais c'est souvent très convenu, très prévisible, "dans l'air du temps".
18:53 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
Justin le Juste
1915. Justin est un métayer analphabète, exploité par son propriétaire et incapable de se révolter. Ce n'est que lorsque des gendarmes viennent le chercher pour qu'il contribue à la défense de la patrie envahie qu'il renâcle. A partir de ce moment, il est emporté dans un flot d'aventures souvent abracadabrantesques... et c'est tout à fait normal, puisque ce film est une fable.
Elle nous est racontée à la façon de retours en arrière, lors d'un entretien entre une journaliste du tout jeune Canard enchaîné (Alexandra Lamy, qui semble à peine sortie du tournage de Louise Violet) et un Justin barricadé dans une mairie. Dans le rôle, Alban Ivanov est assez convaincant.
Je pense que ce montage inversé, pour classique qu'il soit, était nécessaire pour ne pas désarçonner une partie du public. En effet, au départ, Justin n'a rien du héros traditionnel. Au combat, il passe sans problème du côté allemand et il aide même un "Boche" à zigouiller une bande de tirailleurs sénégalais. Je rassure mes lecteurs progressistes : il va progressivement acquérir une conscience civique et même se faire un ami du seul tirailleur rescapé (qui parle français comme un Parisien du XXIe siècle).
Dresser la liste des incohérences et des invraisemblances serait fastidieux, d'autant que c'est assumé par le réalisateur Eric Barbier (que j'ai connu plus inspiré avec La Promesse de l'aube).
Petit à petit, Justin le non-patriote, l'autocentré, fait preuve de réelles qualités humaines, notamment le courage et la solidarité. Son parcours nous mène au cœur du propos du film (et du livre qui l'a inspiré), qui concerne les soldats mutinés et les fusillés pour l'exemple. Aux poilus d'origine paysanne et ouvrière du roman, Barbier a ajouté la journaliste féministe et le soldat colonial (incarné, bien entendu, par un acteur afrodescendant). Et voilà comment un film se déroulant pendant la Première Guerre mondiale prend le tour d'un tract intersectionnel.
C'est anti-militariste, anti-clérical et anti-bourgeois. C'est parfois drôle, mais c'est souvent très convenu, très prévisible, "dans l'air du temps".
18:53 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
jeudi, 08 octobre 2026
Notre Salut
Croisant la petite histoire (celle de l'un de ses arrière-grands-pères) avec la grande (celle de l'Occupation et de la Collaboration), Emmanuel Marre a créé un film hybride, à cheval entre la fiction et le documentaire, qui parle a priori surtout du passé de notre pays... mais qui est aussi une œuvre militante, tentant de peser sur le débat politique actuel.
Swann Arlaud (très bon) incarne le fameux arrière-grand-père, un type un peu falot, terne, un ingénieur qui a dilapidé l'héritage de son épouse dans des aventures économiques sans lendemain. Ce raté, qui se pique de gestion des ressources humaines, voit dans l'avènement de l’État français l'occasion de prendre sa revanche... et de mettre en pratique ses idées.
Sur le papier, c'est très séduisant, mais, à l'écran, ce n'est pas toujours réussi. Ainsi, je n'ai pas du tout aimé le croisement d'images d'apparence télévisuelle avec une musique des années 1980-1990 en fond, à trois reprises. C'est pour moi globalement raté, aussi bien dans la séquence du début (une soirée bourgeoise, très gênante, j'y reviendrai) que dans la chorégraphie chez le préfet, qui, dans la salle où je me trouvais, a suscité un remarquable moment de "gênance".
Mais cela ne représente qu'une dizaine de minutes dans un film de 2h40, où ne figure aucune autre musique additionnelle. C'est un assez joli tour de force, que de concentrer l'attention des spectateurs sur le jeu des acteurs, qui, tantôt, improvisent, tantôt, exploitent la mécanique de dialogues savamment écrits. J'ai aussi aimé l'alliance entre des images montrant le "héros" évoluant dans le marécage vichyssois et la lecture, en fond sonore, des lettres que s'écrivent les époux. (Sandrine Blancke est elle aussi très bien en Paulette Marre.)
Le dispositif est particulièrement efficace quand il s'agit de mettre en scène les "crimes de bureau" que les fonctionnaires collabos (pas forcément pronazis) sont amenés à commettre en exerçant leur activité administrative.
On peut aussi savourer la progressive ascension de ce nouveau Rastignac, perceptible notamment à travers l'évolution des costumes qu'il porte, de plus en plus coûteux.
Le film est toutefois émaillé d'approximations historiques, qui ne me semblent pas résulter de maladresses de la part du cinéaste. Ce sont des choix idéologiques, parfois avec un objectif artistique derrière, mais, le plus souvent, au service d'un discours contemporain.
Ainsi, Marre accorde une importance exagérée au travail et à l'influence de feu son arrière-grand-père. Ses théories managériales n'ont pas réellement été appliquées par Vichy... mais leur insertion dans l'intrigue est un moyen pour le réalisateur de tenter de populariser les thèses de certains historiens néo-marxistes, qui voient dans le nazisme et les régimes qui ont collaboré avec lui des sous-produits du méchant capitalisme. Cela permet par exemple de comprendre l'anachronique référence à la sanction des chômeurs au troisième refus d'emploi.
Du coup, l'action réelle de ce qui fut le CLC (le Commissariat à la Lutte contre le Chômage) est imparfaitement restituée. Le réalisateur se garde de préciser le rôle de René Belin, ex-dirigeant syndical de gauche rallié à Vichy. (Eh, oui, tout une gauche "pacifiste" fut présente au sein de l’État français... sans parler des dirigeants du PCF, qui, dans un premier temps, ont fait les yeux doux à l'occupant allemand.)
En revanche, le film rend un hommage mérité (bien que parcellaire) à Henri Maux, supérieur hiérarchique d'Henri Marre, de sensibilité démocrate-chrétienne... et qui a détourné le CLC pour tenter d'en faire un instrument de justice sociale... et un nid de résistants. Le film a cependant tendance à insister sur la lâcheté des fonctionnaires, minimisant l'action résistante de certains d'entre eux (notamment dans la protection des juifs).
On retrouve ce biais dans la peinture des ultras de la collaboration, à Paris. On nous les montre faisant le salut nazi et beuglant la Marseillaise, drapeaux tricolores au vent, alors qu'à cette époque, l'hymne national est davantage utilisé par la Résistance, les partisans de Vichy lui préférant souvent Maréchal nous voilà. Ici, je pense que Marre abandonne toute ambition historique. Il voit dans les personnes qui brandissent le drapeau tricolore et chantent la Marseillaise (en clair : les partisans du RN) les nouveaux suppôts du fascisme...
Cette vision déformée (et moralisatrice) n'est d'ailleurs pas une surprise, puisqu'elle est présente dès le début, dans la séquence de la soirée bourgeoise, au cours de laquelle des partisans du régime de Vichy sabrent le champagne dans une ambiance mêlant entre-soi élitiste et esprit de débauche. Le plus surprenant est que, dans sa volonté de dénoncer "les assassins de la République" (en 1940), Marre adopte les codes de l'extrême-droite antiparlementaire, qui dépeignait la République finissante comme un régime corrompu, décadent. Que deux visions aussi antagonistes politiquement se rejoignent autant sur la forme constitue pour moi une désagréable surprise. (De méchantes langues pourraient insinuer qu'on a là un exemple de convergence entre deux visions populistes, une d'extrême-gauche, l'autre d'extrême-droite.)
En dépit de ces défauts, le film n'en mérite pas moins le détour, pour son dispositif original, une austère minutie dans la description de l'intérieur de la collaboration administrative. Mais ce n'est pas le chef-d’œuvre proclamé par la horde des critiques parisiens, que je soupçonne d'avoir encensé ce film pour des raisons autres qu'artistiques.
22:34 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
Notre Salut
Croisant la petite histoire (celle de l'un de ses arrière-grands-pères) avec la grande (celle de l'Occupation et de la Collaboration), Emmanuel Marre a créé un film hybride, à cheval entre la fiction et le documentaire, qui parle a priori surtout du passé de notre pays... mais qui est aussi une œuvre militante, tentant de peser sur le débat politique actuel.
Swann Arlaud (très bon) incarne le fameux arrière-grand-père, un type un peu falot, terne, un ingénieur qui a dilapidé l'héritage de son épouse dans des aventures économiques sans lendemain. Ce raté, qui se pique de gestion des ressources humaines, voit dans l'avènement de l’État français l'occasion de prendre sa revanche... et de mettre en pratique ses idées.
Sur le papier, c'est très séduisant, mais, à l'écran, ce n'est pas toujours réussi. Ainsi, je n'ai pas du tout aimé le croisement d'images d'apparence télévisuelle avec une musique des années 1980-1990 en fond, à trois reprises. C'est pour moi globalement raté, aussi bien dans la séquence du début (une soirée bourgeoise, très gênante, j'y reviendrai) que dans la chorégraphie chez le préfet, qui, dans la salle où je me trouvais, a suscité un remarquable moment de "gênance".
Mais cela ne représente qu'une dizaine de minutes dans un film de 2h40, où ne figure aucune autre musique additionnelle. C'est un assez joli tour de force, que de concentrer l'attention des spectateurs sur le jeu des acteurs, qui, tantôt, improvisent, tantôt, exploitent la mécanique de dialogues savamment écrits. J'ai aussi aimé l'alliance entre des images montrant le "héros" évoluant dans le marécage vichyssois et la lecture, en fond sonore, des lettres que s'écrivent les époux. (Sandrine Blancke est elle aussi très bien en Paulette Marre.)
Le dispositif est particulièrement efficace quand il s'agit de mettre en scène les "crimes de bureau" que les fonctionnaires collabos (pas forcément pronazis) sont amenés à commettre en exerçant leur activité administrative.
On peut aussi savourer la progressive ascension de ce nouveau Rastignac, perceptible notamment à travers l'évolution des costumes qu'il porte, de plus en plus coûteux.
Le film est toutefois émaillé d'approximations historiques, qui ne me semblent pas résulter de maladresses de la part du cinéaste. Ce sont des choix idéologiques, parfois avec un objectif artistique derrière, mais, le plus souvent, au service d'un discours contemporain.
Ainsi, Marre accorde une importance exagérée au travail et à l'influence de feu son arrière-grand-père. Ses théories managériales n'ont pas réellement été appliquées par Vichy... mais leur insertion dans l'intrigue est un moyen pour le réalisateur de tenter de populariser les thèses de certains historiens néo-marxistes, qui voient dans le nazisme et les régimes qui ont collaboré avec lui des sous-produits du méchant capitalisme. Cela permet par exemple de comprendre l'anachronique référence à la sanction des chômeurs au troisième refus d'emploi.
Du coup, l'action réelle de ce qui fut le CLC (le Commissariat à la Lutte contre le Chômage) est imparfaitement restituée. Le réalisateur se garde de préciser le rôle de René Belin, ex-dirigeant syndical de gauche rallié à Vichy. (Eh, oui, tout une gauche "pacifiste" fut présente au sein de l’État français... sans parler des dirigeants du PCF, qui, dans un premier temps, ont fait les yeux doux à l'occupant allemand.)
En revanche, le film rend un hommage mérité (bien que parcellaire) à Henri Maux, supérieur hiérarchique d'Henri Marre, de sensibilité démocrate-chrétienne... et qui a détourné le CLC pour tenter d'en faire un instrument de justice sociale... et un nid de résistants. Le film a cependant tendance à insister sur la lâcheté des fonctionnaires, minimisant l'action résistante de certains d'entre eux (notamment dans la protection des juifs).
On retrouve ce biais dans la peinture des ultras de la collaboration, à Paris. On nous les montre faisant le salut nazi et beuglant la Marseillaise, drapeaux tricolores au vent, alors qu'à cette époque, l'hymne national est davantage utilisé par la Résistance, les partisans de Vichy lui préférant souvent Maréchal nous voilà. Ici, je pense que Marre abandonne toute ambition historique. Il voit dans les personnes qui brandissent le drapeau tricolore et chantent la Marseillaise (en clair : les partisans du RN) les nouveaux suppôts du fascisme...
Cette vision déformée (et moralisatrice) n'est d'ailleurs pas une surprise, puisqu'elle est présente dès le début, dans la séquence de la soirée bourgeoise, au cours de laquelle des partisans du régime de Vichy sabrent le champagne dans une ambiance mêlant entre-soi élitiste et esprit de débauche. Le plus surprenant est que, dans sa volonté de dénoncer "les assassins de la République" (en 1940), Marre adopte les codes de l'extrême-droite antiparlementaire, qui dépeignait la République finissante comme un régime corrompu, décadent. Que deux visions aussi antagonistes politiquement se rejoignent autant sur la forme constitue pour moi une désagréable surprise. (De méchantes langues pourraient insinuer qu'on a là un exemple de convergence entre deux visions populistes, une d'extrême-gauche, l'autre d'extrême-droite.)
En dépit de ces défauts, le film n'en mérite pas moins le détour, pour son dispositif original, une austère minutie dans la description de l'intérieur de la collaboration administrative. Mais ce n'est pas le chef-d’œuvre proclamé par la horde des critiques parisiens, que je soupçonne d'avoir encensé ce film pour des raisons autres qu'artistiques.
22:34 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
dimanche, 04 octobre 2026
Le Berger et les ours
Sorti cet été, ce documentaire du Britannique Max Keegan nous plonge dans l'Ariège montagneuse, plus précisément dans ses estives, où les prairies nourrissent des brebis, des vaches, des chevaux, des biches... et des ours. Composé d'images tournées au début des années 2020 et d'autres plus anciennes (les moins récentes remontant sans doute au second mandat de Jacques Chirac, peut-être à l'année 2004), le film retrace la vie, le travail et les passions de plusieurs habitants, en particulier Yves, le berger, proche de la retraite, et Cyril l'élève de lycée agricole (qui est diabétique), fils d'agriculteurs... et passionné de nature, dont il est un observateur attentif, notamment des ours, qui le fascinent (contrairement à sa mère).
D'autres personnages sont mis en valeur, comme Lisa la stagiaire d'Yves, titulaire d'un BTS agricole et qui envisage de prendre la suite du vieil homme. On croise aussi d'autres éleveurs, des chasseurs, des militants écologistes, des politiques locaux...
L'une des grandes qualités de ce documentaire est que son réalisateur s'efface derrière les personnes qu'il filme. Il n'impose pas son discours, donnant la parole à tout le monde (davantage aux éleveurs qu'aux écolos, ceci dit).
L'autre atout majeur du film est la plongée qu'il offre dans les estives. On prend un bon bol d'air, en altitude, au soleil, sous la pluie, en pleine brume, le jour, la nuit. Celles et ceux qui ne la connaissent pas découvriront la vie quotidienne des bergers de haute montagne, loin de tout... et libres... du moins tant qu'aucune menace ne pointe à l'horizon.
Ici, il n'y a pas de loup, mais des rapaces (qui "nettoient" les carcasses)... et des ours, réintroduits après avoir disparu. Certains écologistes ont beau dire que ceux qui vivent à cheval sur la frontière franco-espagnole sont peu carnivores, sur les estives, les bergers constatent les dégâts. Régulièrement, ils retrouvent au moins un cadavre de brebis. Cela peut être aussi celui d'un veau, d'une vache, de chevaux... ou de l'un des chiens de garde, tué en faisant son devoir. La présence des Patou n'est que partiellement dissuasive et la pose de clôtures est loin d'être aussi efficace que ce qui est complaisamment affirmé dans les médias.
Se pose alors la question de la pérennité de cet élevage extensif (la solution de facilité consistant à enfermer les brebis dans des bâtiments, où elles seraient à l'abri des ours, mais "hors sol"). Yves reçoit deux successeurs potentiels : d'abord Lisa, puis un jeune homme un peu plus âgé, plus "moderne" dans son mode de vie comme dans sa conception de l'élevage. Les deux jeunes ont beau être motivés, ils découvrent l'âpreté du métier, à travers notamment la gestion des imprévus.
Autour de l'activité paysanne se greffent des scènes "de diversion". Le réalisateur nous montre en particulier la mère de Cyril, éleveuse anti-ours à grande gueule, qui suit attentivement la scolarité de son fils et est prête à l'accompagner en observation. La sociabilité rurale est mise à l'honneur, avec ses traditions (notamment ses chants), ses fêtes... Un beau mariage, signe d'espoir, conclut le film, véritable ode à un mode de vie simple et au labeur de gens ordinaires.
09:15 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, nature, environnement
Le Berger et les ours
Sorti cet été, ce documentaire du Britannique Max Keegan nous plonge dans l'Ariège montagneuse, plus précisément dans ses estives, où les prairies nourrissent des brebis, des vaches, des chevaux, des biches... et des ours. Composé d'images tournées au début des années 2020 et d'autres plus anciennes (les moins récentes remontant sans doute au second mandat de Jacques Chirac, peut-être à l'année 2004), le film retrace la vie, le travail et les passions de plusieurs habitants, en particulier Yves, le berger, proche de la retraite, et Cyril l'élève de lycée agricole (qui est diabétique), fils d'agriculteurs... et passionné de nature, dont il est un observateur attentif, notamment des ours, qui le fascinent (contrairement à sa mère).
D'autres personnages sont mis en valeur, comme Lisa la stagiaire d'Yves, titulaire d'un BTS agricole et qui envisage de prendre la suite du vieil homme. On croise aussi d'autres éleveurs, des chasseurs, des militants écologistes, des politiques locaux...
L'une des grandes qualités de ce documentaire est que son réalisateur s'efface derrière les personnes qu'il filme. Il n'impose pas son discours, donnant la parole à tout le monde (davantage aux éleveurs qu'aux écolos, ceci dit).
L'autre atout majeur du film est la plongée qu'il offre dans les estives. On prend un bon bol d'air, en altitude, au soleil, sous la pluie, en pleine brume, le jour, la nuit. Celles et ceux qui ne la connaissent pas découvriront la vie quotidienne des bergers de haute montagne, loin de tout... et libres... du moins tant qu'aucune menace ne pointe à l'horizon.
Ici, il n'y a pas de loup, mais des rapaces (qui "nettoient" les carcasses)... et des ours, réintroduits après avoir disparu. Certains écologistes ont beau dire que ceux qui vivent à cheval sur la frontière franco-espagnole sont peu carnivores, sur les estives, les bergers constatent les dégâts. Régulièrement, ils retrouvent au moins un cadavre de brebis. Cela peut être aussi celui d'un veau, d'une vache, de chevaux... ou de l'un des chiens de garde, tué en faisant son devoir. La présence des Patou n'est que partiellement dissuasive et la pose de clôtures est loin d'être aussi efficace que ce qui est complaisamment affirmé dans les médias.
Se pose alors la question de la pérennité de cet élevage extensif (la solution de facilité consistant à enfermer les brebis dans des bâtiments, où elles seraient à l'abri des ours, mais "hors sol"). Yves reçoit deux successeurs potentiels : d'abord Lisa, puis un jeune homme un peu plus âgé, plus "moderne" dans son mode de vie comme dans sa conception de l'élevage. Les deux jeunes ont beau être motivés, ils découvrent l'âpreté du métier, à travers notamment la gestion des imprévus.
Autour de l'activité paysanne se greffent des scènes "de diversion". Le réalisateur nous montre en particulier la mère de Cyril, éleveuse anti-ours à grande gueule, qui suit attentivement la scolarité de son fils et est prête à l'accompagner en observation. La sociabilité rurale est mise à l'honneur, avec ses traditions (notamment ses chants), ses fêtes... Un beau mariage, signe d'espoir, conclut le film, véritable ode à un mode de vie simple et au labeur de gens ordinaires.
09:15 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, nature, environnement
vendredi, 02 octobre 2026
Les Contrebandiers
Tourné en Bavière mais censé se dérouler en Oregon (dans le nord-ouest des États-Unis), en 1933 (au tout début du New Deal de Franklin Roosevelt), ce survival met en scène un groupe de délinquants, au départ condamnés à casser du caillou, mais qu'une surprenante proposition va inciter à se lancer dans une incroyable randonnée.
On commence par découvrir Samuel Murphy (Ethan Hawke, formidable), un père au chômage, habile mécanicien, qui peine à gagner de quoi le faire vivre, lui et sa charmante gamine, tous deux encore marqués par le décès de l'épouse / la maman. Cela pourrait être misérabiliste, mais c'est filmé avec dignité... et une pointe d'humour, même si l'ambiance n'est pas d'une folle gaité.
Dans des circonstances que je me garderai de révéler, Murphy se retrouve en taule, puis casseur de cailloux, en compagnie d'une brochette de types patibulaires (mais presque). Le patron de cette sorte d'atelier de réinsertion est un type un peu louche, un peu dégueu, un peu mystérieux : Clancy, bien incarné par Russell Crowe... qu'on voit finalement assez peu dans le film.
Ceux que l'on voit le plus sont les autres condamnés, avec des "trognes" qui pourraient sortir d'un film de Sergio Leone. Ils sont accompagnés par des "associés" de Clancy, à la gâchette facile. Bref, c'est une ambiance de couilles, plus ou moins grosses, sans doute très poilues. L'absence d'odorama nous épargne les effluves de transpiration, de pieds sales et de pisse froide.
La seule véritable présence féminine est celle d'Anna, une Amérindienne pas très causante, mais très débrouillarde, qui se greffe sur l'équipée de mecs pour échapper à l'ambiance déliquescente d'une petite mine d'or. Les mecs l'acceptent d'abord en pensant qu'elle leur fera la cuisine... (Dans le rôle, Julia Jones, remarquée dans Wind River et Sang froid, est remarquable.)
Il n'y a donc pas beaucoup de beaux sentiments dans cette histoire. Inégalités sociales, prédation, misogynie et racisme se côtoient allègrement. Fort heureusement, de temps à l'autre, un brin d'entraide, d'humanité, adoucit une scène.
Les acteurs sont bons, la musique (souvent jouée avec des instruments inhabituels) parfaitement adaptée à l'ambiance. La mise en scène est parfois inventive. Padraic McKinley, connu jusqu'à présent pour son travail sur des séries, se débrouille très bien et nous offre quelques moments particulièrement bien conçus, comme le déplacement collectif d'un gros roc, le franchissement d'un pont suspendu ou encore un assassinat en plein orage nocturne, avec pour seul éclairage le jaillissement des éclairs. Cette séquence est particulièrement saisissante.
Dans la salle, le public a été captivé du début à la fin.
21:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Les Contrebandiers
Tourné en Bavière mais censé se dérouler en Oregon (dans le nord-ouest des États-Unis), en 1933 (au tout début du New Deal de Franklin Roosevelt), ce survival met en scène un groupe de délinquants, au départ condamnés à casser du caillou, mais qu'une surprenante proposition va inciter à se lancer dans une incroyable randonnée.
On commence par découvrir Samuel Murphy (Ethan Hawke, formidable), un père au chômage, habile mécanicien, qui peine à gagner de quoi le faire vivre, lui et sa charmante gamine, tous deux encore marqués par le décès de l'épouse / la maman. Cela pourrait être misérabiliste, mais c'est filmé avec dignité... et une pointe d'humour, même si l'ambiance n'est pas d'une folle gaité.
Dans des circonstances que je me garderai de révéler, Murphy se retrouve en taule, puis casseur de cailloux, en compagnie d'une brochette de types patibulaires (mais presque). Le patron de cette sorte d'atelier de réinsertion est un type un peu louche, un peu dégueu, un peu mystérieux : Clancy, bien incarné par Russell Crowe... qu'on voit finalement assez peu dans le film.
Ceux que l'on voit le plus sont les autres condamnés, avec des "trognes" qui pourraient sortir d'un film de Sergio Leone. Ils sont accompagnés par des "associés" de Clancy, à la gâchette facile. Bref, c'est une ambiance de couilles, plus ou moins grosses, sans doute très poilues. L'absence d'odorama nous épargne les effluves de transpiration, de pieds sales et de pisse froide.
La seule véritable présence féminine est celle d'Anna, une Amérindienne pas très causante, mais très débrouillarde, qui se greffe sur l'équipée de mecs pour échapper à l'ambiance déliquescente d'une petite mine d'or. Les mecs l'acceptent d'abord en pensant qu'elle leur fera la cuisine... (Dans le rôle, Julia Jones, remarquée dans Wind River et Sang froid, est remarquable.)
Il n'y a donc pas beaucoup de beaux sentiments dans cette histoire. Inégalités sociales, prédation, misogynie et racisme se côtoient allègrement. Fort heureusement, de temps à l'autre, un brin d'entraide, d'humanité, adoucit une scène.
Les acteurs sont bons, la musique (souvent jouée avec des instruments inhabituels) parfaitement adaptée à l'ambiance. La mise en scène est parfois inventive. Padraic McKinley, connu jusqu'à présent pour son travail sur des séries, se débrouille très bien et nous offre quelques moments particulièrement bien conçus, comme le déplacement collectif d'un gros roc, le franchissement d'un pont suspendu ou encore un assassinat en plein orage nocturne, avec pour seul éclairage le jaillissement des éclairs. Cette séquence est particulièrement saisissante.
Dans la salle, le public a été captivé du début à la fin.
21:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Les Héros du Louvre
Élie Chouraqui s'inspire de l'histoire de son grand-père, devenu veilleur de nuit au Louvre dans les années 1930, pour évoquer l'un des plus formidables sauvetages d’œuvres d'art, pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est pas la première fois que cet épisode est abordé sur grand écran. On a déjà eu droit au documentaire (Francofonia) et à la fiction (Monuments Men). Ces deux œuvres n'étant pas de pleines réussites, il y avait donc de la place pour une nouvelle évocation.
Le début n'est pas si mal que cela, lorsque l'on voit le (futur) grand-père déambuler, la nuit, d'une salle à l'autre du musée. On aurait aimé que la suite soit du même tonneau... ce qui n'est pas le cas.
La principal problème récurrent est la direction d'acteurs, maladroite, à tel point que certaines scènes sont "dégoulinantes" (d'amour familial ou de pathos). C'est de plus lourdement souligné par la musique. On sent les bonnes intentions derrière, mais le résultat n'est pas emballant.
Cela respire quand même un peu quand la petite troupe (le veilleur de nuit et toute sa famille) part en fourgon avec, à l'arrière, des trésors de peinture et de sculpture, notamment la Joconde, dont on prend la peine de signaler qu'elle a d'abord été livrée à Loc-Dieu, dans l'Aveyron.
Mais ces pérégrinations ont beau être intéressantes, le jeu des acteurs gâche tout. Kad Merad n'est pas le pire, mais cela manque de relief. Le seul point vraiment intéressant dans son personnage est son amour de la culture française. Il incarne un des juifs "fous de la République" et un immigré d'origine algérienne qui s'est coulé dans le moule. Ici, le message dépasse l'époque les années 1940, Chouraqui dénonçant au passage le regain d'antisémitisme que connaît notre pays ainsi que le défaut d'assimilation de nouvelles vagues d'immigrés.
Aux maladresses s'ajoutent parfois des erreurs. Ainsi, dans un dialogue à l'intérieur du fourgon, la ville d'Oloron-Sainte-Marie (située dans le Béarn) est confondue avec l'île d'Oléron (en Charente-Maritime), une "coquille verbale" qui aurait dû être corrigée lors du doublage. Plus grave : sans que ce soit clairement dit aux spectateurs, on passe d'une scène à l'autre de la fin de 1940 au milieu de 1942. Le contexte est pourtant très différent. Certaines des scènes de cette partie en deviennent incohérentes.
Voilà. Je ne vais pas m'acharner. Le film n'intéressera que les passionnés de la Seconde Guerre mondiale peu regardants sur la qualité cinématographique. Message aux producteurs : il faut contraindre Élie Chouraqui à travailler avec (au moins) un scénariste-dialoguiste.
14:05 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
Les Héros du Louvre
Élie Chouraqui s'inspire de l'histoire de son grand-père, devenu veilleur de nuit au Louvre dans les années 1930, pour évoquer l'un des plus formidables sauvetages d’œuvres d'art, pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce n'est pas la première fois que cet épisode est abordé sur grand écran. On a déjà eu droit au documentaire (Francofonia) et à la fiction (Monuments Men). Ces deux œuvres n'étant pas de pleines réussites, il y avait donc de la place pour une nouvelle évocation.
Le début n'est pas si mal que cela, lorsque l'on voit le (futur) grand-père déambuler, la nuit, d'une salle à l'autre du musée. On aurait aimé que la suite soit du même tonneau... ce qui n'est pas le cas.
La principal problème récurrent est la direction d'acteurs, maladroite, à tel point que certaines scènes sont "dégoulinantes" (d'amour familial ou de pathos). C'est de plus lourdement souligné par la musique. On sent les bonnes intentions derrière, mais le résultat n'est pas emballant.
Cela respire quand même un peu quand la petite troupe (le veilleur de nuit et toute sa famille) part en fourgon avec, à l'arrière, des trésors de peinture et de sculpture, notamment la Joconde, dont on prend la peine de signaler qu'elle a d'abord été livrée à Loc-Dieu, dans l'Aveyron.
Mais ces pérégrinations ont beau être intéressantes, le jeu des acteurs gâche tout. Kad Merad n'est pas le pire, mais cela manque de relief. Le seul point vraiment intéressant dans son personnage est son amour de la culture française. Il incarne un des juifs "fous de la République" et un immigré d'origine algérienne qui s'est coulé dans le moule. Ici, le message dépasse l'époque les années 1940, Chouraqui dénonçant au passage le regain d'antisémitisme que connaît notre pays ainsi que le défaut d'assimilation de nouvelles vagues d'immigrés.
Aux maladresses s'ajoutent parfois des erreurs. Ainsi, dans un dialogue à l'intérieur du fourgon, la ville d'Oloron-Sainte-Marie (située dans le Béarn) est confondue avec l'île d'Oléron (en Charente-Maritime), une "coquille verbale" qui aurait dû être corrigée lors du doublage. Plus grave : sans que ce soit clairement dit aux spectateurs, on passe d'une scène à l'autre de la fin de 1940 au milieu de 1942. Le contexte est pourtant très différent. Certaines des scènes de cette partie en deviennent incohérentes.
Voilà. Je ne vais pas m'acharner. Le film n'intéressera que les passionnés de la Seconde Guerre mondiale peu regardants sur la qualité cinématographique. Message aux producteurs : il faut contraindre Élie Chouraqui à travailler avec (au moins) un scénariste-dialoguiste.
14:05 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
samedi, 26 septembre 2026
Détective Conan - L'Ange déchu de l'asphalte
Chaque année voit la sortie, en France, d'un long métrage dérivé de ce célèbre manga (en version papier comme en série télé). Le précédent volet, datant de 2025, s'intitule La Mémoire retrouvée. Rappelons que le héros, Conan, est un jeune homme dont l'esprit est emprisonné dans le corps d'un garçon prépubère. Son prénom est évidemment une référence à Sherlock Holmes : Conan est un jeune détective prodige, mais qui doit sauver les apparences et mener ses enquêtes tout en paraissant crédible en gamin. (Les principaux personnages sont représentés après la séquence introductive.)
L'intrigue a été construite autour de trois thématiques : le rôle des motard(e)s de la sécurité routière, la recherche sur les véhicules autonomes et les conséquences de la mort d'un délinquant, quelques années auparavant.
L'action se déroule dans la conurbation de Tokyo-Yokohama, jusqu'à Kanagawa (au sud-ouest), où est sur le point de débuter un salon de la moto, au cours duquel doivent être présentés des prototypes de haute technologie.
La petite troupe dans laquelle évolue Conan se rend sur place mais, un soir, alors que les enfants cornaqués par le prof ventripotent, chauve et moustachu sont sortis observer les étoiles, ils croisent un mystérieux motard, vêtu de noir (comme sa machine)... mais sans tête. Les cinéphiles penseront au cavalier de Sleepy Hollow. Les gamins eux croient à une apparition surnaturelle...
A peu de temps de là, sur une autoroute urbaine, en plein jour, surgit le mystérieux motard noir (qu'on va bientôt surnommer Lucifer), qui provoque un carambolage et la mort de deux petites racailles adeptes des rodéos urbains. L'incident suscite la perplexité des enquêteurs, notamment de l'as de la police motorisée, une ravissante jeune femme qui doit bientôt prendre en mains une machine révolutionnaire. Elle tape dans l’œil de Conan... et de quelques adultes (hommes comme femmes) de son entourage.
Qui peut bien piloter cette étrange moto, capable de toutes les cascades ? Un fantôme, comme le pensent les enfants ? Une intelligence artificielle ? Une femme experte dans le domaine ? Plusieurs candidates auraient le profil...
Les fils de l'intrigue s'entremêlent avant de se démêler. La visite du salon moto est l'occasion de mettre en valeur le savoir-faire japonais (connu en Occident notamment à travers les marques Honda, Yamaha, Kawazaki et Suzuki). Dans le même temps, l'enquête progresse à propos du délinquant décédé quelques années auparavant, alors que, sur les lieux de l'accident, une main mystérieuse a déposé des fleurs. Les policiers sont aussi amenés à approfondir leur connaissance du milieu des courses urbaines, plusieurs bandes organisant des compétitions entre motards, un peu à l'image des beaufs de Fast & Furious. Notons toutefois que, si les machines sont mises en valeur, le film insiste sur les dangers de la vitesse et du non-respect du code de la route, et ce dès le début, avec une belle scène de sauvetage.
La suite est tout aussi rythmée, comme un feuilleton, avec des péripéties, des rebondissements, de l'humour bon enfant et une indéniable qualité d'animation, qui se veut fidèle à celle d'un long-métrage cinématographique.
... et, quand on pense que c'est fini, on nous en remet une couche ! Les habitués savent qu'il ne faut pas quitter la salle avant que le bout du bout ne soit déroulé (avec, en bonus, une ultime scène qui pourrait annoncer la suite). Je signale que, comme d'habitude, le générique de fin est accompagné de prises de vue réelles, qui mettent en valeur la région de tournage et le rôle des "CHiPs" japonais. (Un œil exercé repèrera sans peine la présence de femmes en uniforme, sur certaines motos.)
17:02 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Détective Conan - L'Ange déchu de l'asphalte
Chaque année voit la sortie, en France, d'un long métrage dérivé de ce célèbre manga (en version papier comme en série télé). Le précédent volet, datant de 2025, s'intitule La Mémoire retrouvée. Rappelons que le héros, Conan, est un jeune homme dont l'esprit est emprisonné dans le corps d'un garçon prépubère. Son prénom est évidemment une référence à Sherlock Holmes : Conan est un jeune détective prodige, mais qui doit sauver les apparences et mener ses enquêtes tout en paraissant crédible en gamin. (Les principaux personnages sont représentés après la séquence introductive.)
L'intrigue a été construite autour de trois thématiques : le rôle des motard(e)s de la sécurité routière, la recherche sur les véhicules autonomes et les conséquences de la mort d'un délinquant, quelques années auparavant.
L'action se déroule dans la conurbation de Tokyo-Yokohama, jusqu'à Kanagawa (au sud-ouest), où est sur le point de débuter un salon de la moto, au cours duquel doivent être présentés des prototypes de haute technologie.
La petite troupe dans laquelle évolue Conan se rend sur place mais, un soir, alors que les enfants cornaqués par le prof ventripotent, chauve et moustachu sont sortis observer les étoiles, ils croisent un mystérieux motard, vêtu de noir (comme sa machine)... mais sans tête. Les cinéphiles penseront au cavalier de Sleepy Hollow. Les gamins eux croient à une apparition surnaturelle...
A peu de temps de là, sur une autoroute urbaine, en plein jour, surgit le mystérieux motard noir (qu'on va bientôt surnommer Lucifer), qui provoque un carambolage et la mort de deux petites racailles adeptes des rodéos urbains. L'incident suscite la perplexité des enquêteurs, notamment de l'as de la police motorisée, une ravissante jeune femme qui doit bientôt prendre en mains une machine révolutionnaire. Elle tape dans l’œil de Conan... et de quelques adultes (hommes comme femmes) de son entourage.
Qui peut bien piloter cette étrange moto, capable de toutes les cascades ? Un fantôme, comme le pensent les enfants ? Une intelligence artificielle ? Une femme experte dans le domaine ? Plusieurs candidates auraient le profil...
Les fils de l'intrigue s'entremêlent avant de se démêler. La visite du salon moto est l'occasion de mettre en valeur le savoir-faire japonais (connu en Occident notamment à travers les marques Honda, Yamaha, Kawazaki et Suzuki). Dans le même temps, l'enquête progresse à propos du délinquant décédé quelques années auparavant, alors que, sur les lieux de l'accident, une main mystérieuse a déposé des fleurs. Les policiers sont aussi amenés à approfondir leur connaissance du milieu des courses urbaines, plusieurs bandes organisant des compétitions entre motards, un peu à l'image des beaufs de Fast & Furious. Notons toutefois que, si les machines sont mises en valeur, le film insiste sur les dangers de la vitesse et du non-respect du code de la route, et ce dès le début, avec une belle scène de sauvetage.
La suite est tout aussi rythmée, comme un feuilleton, avec des péripéties, des rebondissements, de l'humour bon enfant et une indéniable qualité d'animation, qui se veut fidèle à celle d'un long-métrage cinématographique.
... et, quand on pense que c'est fini, on nous en remet une couche ! Les habitués savent qu'il ne faut pas quitter la salle avant que le bout du bout ne soit déroulé (avec, en bonus, une ultime scène qui pourrait annoncer la suite). Je signale que, comme d'habitude, le générique de fin est accompagné de prises de vue réelles, qui mettent en valeur la région de tournage et le rôle des "CHiPs" japonais. (Un œil exercé repèrera sans peine la présence de femmes en uniforme, sur certaines motos.)
17:02 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Heart of the Beast
A première vue, ce "cœur de bête" est celui d'Odin, un superbe berger allemand, très expressif... et très dangereux, surtout quand on menace son maître, James Belmont. Celui-ci a la superbe de Brad Pitt, musclé, tatoué, suturé. Avec sa barbe et sa chemise à carreaux, il a une allure folle... et il est lui aussi bigrement redoutable, quand on le cherche. Ce "cœur de bête" est donc peut-être aussi le sien.
Les deux forment un couple de retraités des forces spéciales. Dans des circonstances qu'on finit par nous montrer (à l'aide de l'un des retours en arrière), ils ont perdu tous leurs amis. On comprend très vite qu'ils souffrent de stress post-traumatique. La thérapie constitue en un séjour en Nouvelle-Zélande Alaska, entre camping, balade, partie de pêche et un peu de chasse. Tout cela est fort bucolique, dans un environnement magnifié par la réalisation. Forêts, montagnes enneigées et rivières aux eaux pures constituent un cadre apaisant... mais pas sans danger. (Derrière la caméra, David Ayer, à qui l'on doit aussi The Beekeeper, retrouve l'acteur qu'il avait dirigé dans Fury.)
Il va donc arriver quelques bricoles à nos vétérans campeurs. J'ai trouvé la séquence liée à l'avion et au lac très réussie. C'est l'occasion pour Brad de prouver que, bien que sexagénaire, il assure grave. La suite promet d'être aussi voire plus dangereuse. La nature est certes belle, mais elle est aussi impitoyable. Les chemins glissants et escarpés réservent quelques rencontres à notre sympathique duo : un gros ours (lors d'une scène qui se termine de manière inattendue) et surtout des loups, vraiment pas gentils du tout.
Mélangeant survivalisme et thriller, l'intrigue est bien menée. Le début fait un peu penser au récent Dog Stars (en mieux), la suite m'a rappelé Black Dog, pour la relation tissée entre l'homme et le chien. La dernière demi-heure véhicule plus d'émotion... et je dois reconnaître qu'à un ou deux moments, une poussière s'est glissée dans l’œil.
10:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Heart of the Beast
A première vue, ce "cœur de bête" est celui d'Odin, un superbe berger allemand, très expressif... et très dangereux, surtout quand on menace son maître, James Belmont. Celui-ci a la superbe de Brad Pitt, musclé, tatoué, suturé. Avec sa barbe et sa chemise à carreaux, il a une allure folle... et il est lui aussi bigrement redoutable, quand on le cherche. Ce "cœur de bête" est donc peut-être aussi le sien.
Les deux forment un couple de retraités des forces spéciales. Dans des circonstances qu'on finit par nous montrer (à l'aide de l'un des retours en arrière), ils ont perdu tous leurs amis. On comprend très vite qu'ils souffrent de stress post-traumatique. La thérapie constitue en un séjour en Nouvelle-Zélande Alaska, entre camping, balade, partie de pêche et un peu de chasse. Tout cela est fort bucolique, dans un environnement magnifié par la réalisation. Forêts, montagnes enneigées et rivières aux eaux pures constituent un cadre apaisant... mais pas sans danger. (Derrière la caméra, David Ayer, à qui l'on doit aussi The Beekeeper, retrouve l'acteur qu'il avait dirigé dans Fury.)
Il va donc arriver quelques bricoles à nos vétérans campeurs. J'ai trouvé la séquence liée à l'avion et au lac très réussie. C'est l'occasion pour Brad de prouver que, bien que sexagénaire, il assure grave. La suite promet d'être aussi voire plus dangereuse. La nature est certes belle, mais elle est aussi impitoyable. Les chemins glissants et escarpés réservent quelques rencontres à notre sympathique duo : un gros ours (lors d'une scène qui se termine de manière inattendue) et surtout des loups, vraiment pas gentils du tout.
Mélangeant survivalisme et thriller, l'intrigue est bien menée. Le début fait un peu penser au récent Dog Stars (en mieux), la suite m'a rappelé Black Dog, pour la relation tissée entre l'homme et le chien. La dernière demi-heure véhicule plus d'émotion... et je dois reconnaître qu'à un ou deux moments, une poussière s'est glissée dans l’œil.
10:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
vendredi, 25 septembre 2026
Ma famille de samouraïs
Ce n'est que tardivement que l'on comprend le sens profond du titre, quand un jeune Brésilien découvre quelque chose à propos de son grand-père japonais, remontant à la Seconde Guerre mondiale.
L'une des trames chronologiques de cette histoire familiale est la fin des années 1980, quand le Brésil est redevenu une démocratie (après une période de dictature militaire). C'est l'époque à laquelle vit le petit-fils, enfant. (C'est sans doute lui qui, des années plus tard, a écrit le roman autobiographique dont est inspiré le scénario de ce film d'animation.)
L'autre trame est celle des années 1920-1950, d'après ce que raconte le grand-père japonais. Grâce à lui, son petit-fils (et les spectateurs) découvrent l'histoire des nikkeijin, ces immigrés d'origine japonaise, massivement arrivés au Brésil entre les deux guerres mondiales. Le film nous montre la dure vie dans les plantations de café, entre habitat précaire et travail harassant. Les familles laborieuses sont quand même parvenues à s'élever socialement, notamment à partir du moment où elles ont pu louer et cultiver des terres, en autonomie.
A la fin des années 1980, dans l'école primaire du jeune héros, on demande aux élèves de présenter l'histoire de leur famille. La diversité des destins est grande, entre les descendants d'immigrés portugais, ceux d'esclaves (un passé parfois tenu secret au sein des familles), ceux d'immigrés italiens (comme le meilleur ami du héros... et l'ancien président Jair Bolsonaro)... et ceux, moins connus, d'immigrés japonais.
Dans la cour de l'école, on croise ce qu'on pourrait appeler une "nation arc-en-ciel"... où les réflexes xénophobes ne sont pas inexistants. C'est moins prononcé à l'époque du petit-fils, mais c'était beaucoup plus fréquent lorsque sa mère était gamine et lorsque son grand-père a débarqué au Brésil. C'est l'un des mérites de ce film que de ne pas cacher les petites (et les grandes) mesquineries humaines, quelles que soient les populations concernées.
Au cours de ses entretiens avec son papy, le héros apprend beaucoup de choses, notamment que sa grand-mère maternelle n'est pas sa première épouse. C'est le secret que le grand-père a le moins de difficulté à révéler. Ce sera plus long et plus houleux à propos de son deuxième fils, l'oncle que le héros ne connaît pas et dont personne dans la famille ne veut lui parler.
La réponse finit par surgir, au détour d'une discussion sur la Seconde Guerre mondiale et l'après-guerre. En 1942, le Brésil a rejoint le camp des Alliés. Du coup, l'immigration japonaise s'est tarie et les ressortissants du pays du soleil levant sont devenus parfois suspects aux yeux des autorités. S'ils n'ont pas subi le même sort qu'aux États-Unis, leur situation a été délicate... encore plus dans les années 1945-1948, quand une part non négligeable de la communauté a persisté à nier la défaite du Japon, s'en prenant violemment aux compatriotes qui osaient affirmer le contraire.
C'est donc passionnant à suivre, sur le plan historique comme sur le plan culturel, et c'est une belle histoire familiale, parfois poignante.
Je recommande la version originale sous-titrée, pour profiter des dialogues où s'entremêlent le portugais, le japonais... et même (parfois) quelques mots d'anglais.
17:03 Publié dans Cinéma, Histoire, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
Ma famille de samouraïs
Ce n'est que tardivement que l'on comprend le sens profond du titre, quand un jeune Brésilien découvre quelque chose à propos de son grand-père japonais, remontant à la Seconde Guerre mondiale.
L'une des trames chronologiques de cette histoire familiale est la fin des années 1980, quand le Brésil est redevenu une démocratie (après une période de dictature militaire). C'est l'époque à laquelle vit le petit-fils, enfant. (C'est sans doute lui qui, des années plus tard, a écrit le roman autobiographique dont est inspiré le scénario de ce film d'animation.)
L'autre trame est celle des années 1920-1950, d'après ce que raconte le grand-père japonais. Grâce à lui, son petit-fils (et les spectateurs) découvrent l'histoire des nikkeijin, ces immigrés d'origine japonaise, massivement arrivés au Brésil entre les deux guerres mondiales. Le film nous montre la dure vie dans les plantations de café, entre habitat précaire et travail harassant. Les familles laborieuses sont quand même parvenues à s'élever socialement, notamment à partir du moment où elles ont pu louer et cultiver des terres, en autonomie.
A la fin des années 1980, dans l'école primaire du jeune héros, on demande aux élèves de présenter l'histoire de leur famille. La diversité des destins est grande, entre les descendants d'immigrés portugais, ceux d'esclaves (un passé parfois tenu secret au sein des familles), ceux d'immigrés italiens (comme le meilleur ami du héros... et l'ancien président Jair Bolsonaro)... et ceux, moins connus, d'immigrés japonais.
Dans la cour de l'école, on croise ce qu'on pourrait appeler une "nation arc-en-ciel"... où les réflexes xénophobes ne sont pas inexistants. C'est moins prononcé à l'époque du petit-fils, mais c'était beaucoup plus fréquent lorsque sa mère était gamine et lorsque son grand-père a débarqué au Brésil. C'est l'un des mérites de ce film que de ne pas cacher les petites (et les grandes) mesquineries humaines, quelles que soient les populations concernées.
Au cours de ses entretiens avec son papy, le héros apprend beaucoup de choses, notamment que sa grand-mère maternelle n'est pas sa première épouse. C'est le secret que le grand-père a le moins de difficulté à révéler. Ce sera plus long et plus houleux à propos de son deuxième fils, l'oncle que le héros ne connaît pas et dont personne dans la famille ne veut lui parler.
La réponse finit par surgir, au détour d'une discussion sur la Seconde Guerre mondiale et l'après-guerre. En 1942, le Brésil a rejoint le camp des Alliés. Du coup, l'immigration japonaise s'est tarie et les ressortissants du pays du soleil levant sont devenus parfois suspects aux yeux des autorités. S'ils n'ont pas subi le même sort qu'aux États-Unis, leur situation a été délicate... encore plus dans les années 1945-1948, quand une part non négligeable de la communauté a persisté à nier la défaite du Japon, s'en prenant violemment aux compatriotes qui osaient affirmer le contraire.
C'est donc passionnant à suivre, sur le plan historique comme sur le plan culturel, et c'est une belle histoire familiale, parfois poignante.
Je recommande la version originale sous-titrée, pour profiter des dialogues où s'entremêlent le portugais, le japonais... et même (parfois) quelques mots d'anglais.
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dimanche, 20 septembre 2026
Rose
Quelque part en Allemagne (ou en Autriche), après la Guerre de Trente Ans, un soldat défiguré débarque dans un village et réclame son héritage familial, une ferme laissée à l'abandon, dont les animaux ont été récupérés par les habitants. Au départ le nouveau venu, qui dit avoir vécu sur place, enfant, n'est pas très bien vu, mais il se rend utile à la communauté villageoise et met en valeur le bien dont il a hérité. Il finit même par se marier et avoir un enfant... sauf que ce soldat est en réalité une femme.
Je ne pense pas vraiment "divulgâcher", puisque cet élément clé est cité dans quasiment toutes les présentations du film. Le suspens réside ailleurs... et le film se distingue par d'autres qualités.
C'est d'abord un très beau noir et blanc, assez austère, parfaitement adapté pour représenter la vie dans cette campagne reculée. De plus, le réalisateur ne s'encombre pas de dialogues inutiles. Sa mise en scène et le jeu des acteurs sont suffisants pour transmettre tout ce qui est nécessaire... avec quelques ellipses.
Durant la première partie, on nous montre l'installation du soldat. Il est du genre taiseux, mais travailleur. Il a aussi de l'argent. Il embauche quelques employés (dont un manchot), retape les bâtiments, relance les cultures et l'élevage. Sans devenir très florissante, la petite ferme retrouve des couleurs et suffit à nourrir les personnes qui y travaillent. Le soldat est davantage respecté, surtout à partir du moment où il intervient contre une ourse. On lui propose même d'épouser une fille du village.
La situation des femmes est donc au cœur de l'intrigue. Rose, le soldat (Sandra Hüller, très bien), ne peut vivre avec indépendance que parce qu'elle est grimée en homme, grâce notamment à quelques artifices anatomiques. La personne qu'elle épouse n'a pas choisi son sort. C'est son père qui a voulu se débarrasser d'elle (il a cinq filles à nourrir), pour une raison qui ne devient vraiment claire que quelques mois plus tard... La nouvelle épouse, si elle échappe à la tutelle paternelle, est vouée à devenir la servante de son mari... et à lui donner des enfants.
Dans la seconde partie, le rapport de force au sein du couple évolue quelque peu. Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir les circonstances du basculement. Le cinéaste fait habilement bifurquer son intrigue.
Les événements s'accélèrent dans la troisième partie, durant laquelle des explications sont apportées aux spectateurs. Sandra Hüller a droit à quelques belles tirades. L'histoire de son personnage, inspirée de celle de plusieurs "femmes au pantalon" n'est pas sans rappeler, par certains aspects, celle de Jeanne d'Arc (même si le contexte est différent). Certaines scènes laissent penser que le réalisateur connaît bien La Passion de Jeanne d'Arc (de Dreyer) et le Procès de Jeanne d'Arc (de Bresson).
Ce n'est pas d'une gaité folle, mais c'est brillamment mis en scène et, surtout dans la première partie, apaisant (voire inspirant).
P.S.
ATTENTION
PETIT
DIVULGACHAGE
(UN VRAI, CETTE FOIS)
Je me dois de signaler ce qui ressemble fort à une incohérence scénaristique.
Dans la troisième partie, on apprend quelque chose à propos de l'héroïne, une "situation" qui retarde l'évolution de son sort. Si l'événement déclencheur est lié à la période de guerre (comme les dialogues le suggèrent), alors c'est chronologiquement impossible, plus d'une année ayant passé depuis son installation au village. En revanche ce serait plausible si, au cours de sa récente fuite, Rose a été violentée.
Il est dommage que cette imperfection nuise à la fin de l'histoire.
Rose
Quelque part en Allemagne (ou en Autriche), après la Guerre de Trente Ans, un soldat défiguré débarque dans un village et réclame son héritage familial, une ferme laissée à l'abandon, dont les animaux ont été récupérés par les habitants. Au départ le nouveau venu, qui dit avoir vécu sur place, enfant, n'est pas très bien vu, mais il se rend utile à la communauté villageoise et met en valeur le bien dont il a hérité. Il finit même par se marier et avoir un enfant... sauf que ce soldat est en réalité une femme.
Je ne pense pas vraiment "divulgâcher", puisque cet élément clé est cité dans quasiment toutes les présentations du film. Le suspens réside ailleurs... et le film se distingue par d'autres qualités.
C'est d'abord un très beau noir et blanc, assez austère, parfaitement adapté pour représenter la vie dans cette campagne reculée. De plus, le réalisateur ne s'encombre pas de dialogues inutiles. Sa mise en scène et le jeu des acteurs sont suffisants pour transmettre tout ce qui est nécessaire... avec quelques ellipses.
Durant la première partie, on nous montre l'installation du soldat. Il est du genre taiseux, mais travailleur. Il a aussi de l'argent. Il embauche quelques employés (dont un manchot), retape les bâtiments, relance les cultures et l'élevage. Sans devenir très florissante, la petite ferme retrouve des couleurs et suffit à nourrir les personnes qui y travaillent. Le soldat est davantage respecté, surtout à partir du moment où il intervient contre une ourse. On lui propose même d'épouser une fille du village.
La situation des femmes est donc au cœur de l'intrigue. Rose, le soldat (Sandra Hüller, très bien), ne peut vivre avec indépendance que parce qu'elle est grimée en homme, grâce notamment à quelques artifices anatomiques. La personne qu'elle épouse n'a pas choisi son sort. C'est son père qui a voulu se débarrasser d'elle (il a cinq filles à nourrir), pour une raison qui ne devient vraiment claire que quelques mois plus tard... La nouvelle épouse, si elle échappe à la tutelle paternelle, est vouée à devenir la servante de son mari... et à lui donner des enfants.
Dans la seconde partie, le rapport de force au sein du couple évolue quelque peu. Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir les circonstances du basculement. Le cinéaste fait habilement bifurquer son intrigue.
Les événements s'accélèrent dans la troisième partie, durant laquelle des explications sont apportées aux spectateurs. Sandra Hüller a droit à quelques belles tirades. L'histoire de son personnage, inspirée de celle de plusieurs "femmes au pantalon" n'est pas sans rappeler, par certains aspects, celle de Jeanne d'Arc (même si le contexte est différent). Certaines scènes laissent penser que le réalisateur connaît bien La Passion de Jeanne d'Arc (de Dreyer) et le Procès de Jeanne d'Arc (de Bresson).
Ce n'est pas d'une gaité folle, mais c'est brillamment mis en scène et, surtout dans la première partie, apaisant (voire inspirant).
P.S.
ATTENTION
PETIT
DIVULGACHAGE
(UN VRAI, CETTE FOIS)
Je me dois de signaler ce qui ressemble fort à une incohérence scénaristique.
Dans la troisième partie, on apprend quelque chose à propos de l'héroïne, une "situation" qui retarde l'évolution de son sort. Si l'événement déclencheur est lié à la période de guerre (comme les dialogues le suggèrent), alors c'est chronologiquement impossible, plus d'une année ayant passé depuis son installation au village. En revanche ce serait plausible si, au cours de sa récente fuite, Rose a été violentée.
Il est dommage que cette imperfection nuise à la fin de l'histoire.

