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samedi, 06 mai 2017

Citoyen d'honneur

   Ce citoyen est Daniel Mantovani, un écrivain argentin (fictif), qui vient d'obtenir le prix Nobel de littérature. S'il a puisé son inspiration dans son enfance et sa jeunesse, passées dans un bourg argentin, il vit depuis des années en Europe, principalement à Barcelone, dans une somptueuse demeure. Il est sollicité de partout, mais s'inquiète surtout de son incapacité à se remettre au travail. Moitié pour échapper aux sollicitations, moitié par curiosité, il finit par accepter la proposition du maire de son village natal, qui veut le faire citoyen d'honneur, à l'issue de quatre jours de manifestations.

   Dans la première partie du séjour argentin du héros (parfaitement incarné par Oscar Martinez, qu'on a vu dans Les Nouveaux Sauvages), c'est le ton de la comédie qui domine. Le chauffeur qui vient chercher le grrrand écrivain à l'aéroport est assez limité sur le plan intellectuel (un peu à l'image des habitants du village) et Daniel réalise qu'en dépit des efforts fournis par ses hôtes, il va devoir supporter durant quelques jours des conditions de vie auxquelles il n'est plus habitué. (Soyez attentifs aux usages qui sont faits des pages d'un roman...)

   Le héros va revoir son premier amour et un ancien ami. Il va croiser les enfants de ceux qu'il a connus jadis... et faire de nouvelles rencontres, plus ou moins enthousiasmantes. C'est souvent bien vu, cocasse, pas très gentil pour les habitants de cette région reculée. L'écrivain, qui incarne le savoir, la culture, a le beau rôle.

   Mais, petit à petit, le voile se lève. Comme Daniel s'est beaucoup inspiré de ses souvenirs du village pour écrire ses romans, les habitants qui ont lu ceux-ci n'ont pas toujours apprécié de s'y retrouver, même sous la forme de personnages retouchés. Et puis le fossé culturel qui sépare même les élites locales (pleines de bonne volonté mais assez conservatrices) du littérateur mondialisé (qu'on sent plutôt de gauche... enfin d'une gauche "caviar") apparaît de plus en plus béant. Jusqu'où les apparences vont-elles craquer ?

   L'ensemble forme une très bonne satire à la fois du milieu littéraire et (surtout) du monde provincial. Dans ce village, l'alcool coule à flots, on ne se déplace quasiment qu'en voiture (la plus grosse possible), les femmes n'ont pas trop voix au chapitre et les hommes portent des armes. Du coup, l'intrigue subit une inflexion qui la tire vers le thriller... mais un thriller sud-américain parodique ! Les seconds rôles sont excellemment interprétés par des acteurs qui rendent totalement crédible une jolie bande de dingos !

23:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 05 mai 2017

Voyage of Time

   Dans son documentaire d'1h30, le cinéaste Terrence Malick ambitionne de nous raconter l'histoire de la vie sur Terre... et son sens. Pour ce faire, il s'est appuyé sur de nombreuses images de synthèse et des extraits d'autres oeuvres (j'ai reconnu au moins un passage d'Océans, de Jacques Perrin). Précisons tout de suite que le commentaire elliptique lu par Cate Blanchett n'est d'aucun intérêt.

   Le début évoque le big bang. Ne vous imaginez pas un feu d'artifice hyper-bruyant. Cela n'empêche pas les images d'être superbes. Elles introduisent les spectateurs dans le monde philosophique du réalisateur, à cheval entre animisme et panthéisme. A l'écran, il semble qu'on a volontairement fait prendre des formes vivantes à certains phénomènes astronomiques. J'ai ainsi en tête des explosions gigantesques formant comme des yeux... une scène à laquelle répond plus tard, de manière inversée, ce (superbe) très gros plan de l'oeil d'un reptile, dans lequel se reflète le ciel.

   On retrouve à plusieurs reprises cette volonté de relier les phénomènes naturels à des êtres vivants. Là, je pense à ces éruptions volcaniques sous-marines (sans doute tournées au niveau d'une dorsale océanique) ou encore à une coulée de lave finissante, aux reflets argentés, qui prend la forme d'un animal mourant couché sur le flanc.

   Pour les amateurs de documentaires nombre de ces images auront un goût de déjà-vu. Ceci dit, dans une grande salle, avec de la bonne musique classique en fond sonore, c'est assez chouette. L'apparition de la vie sur Terre nous conduit à des passages obligés, d'abord sous la mer, puis sur le sol, des poissons aux dinosaures, en passant par le dipneuste et les baleines. Celles-ci sont vraiment majestueuses, très lentes comparées à l'otarie facétieuse.

   Les mammifères constituent l'aboutissement de cette évolution. Dans sa partie chronologique, le film s'arrête aux hommes préhistoriques, présentés de manière succincte. Mais la trame du documentaire est entrecoupée de petites séquences contemporaines, d'une moins grande qualité filmique, mais porteuses de sens. D'un côté, Malick semble avoir voulu montrer la dignité de gens simples, comme cette femme au cimetière ou cette grand-mère (sans doute française) qui emmène ses cochons paître dans les prés. D'un autre côté, on sent la désolation du réalisateur devant la violence et la bêtise dont homo sapiens est parfois capable. Des bovins martyrisés aux sans-domicile abandonnés, l'auteur pointe certaines des imperfections des sociétés humaines, qui sont pourtant les héritières d'une évolution extrêmement longue, qui a mis en jeu des forces colossales.

   Dit comme cela, je donne peut-être l'impression d'avoir été passionné par ce film. En réalité non. Il est très inégal, comportant des moments magiques comme d'autres ennuyeux. (J'ai d'ailleurs piqué du nez une fois ou deux.) Le commentaire n'étant d'aucune utilité, c'est aux spectateurs de faire l'effort de réflexion pour trouver le sens que Malick a donné à son montage. Vous voilà prévenus !

15:58 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Voyage of Time

   Dans son documentaire d'1h30, le cinéaste Terrence Malick ambitionne de nous raconter l'histoire de la vie sur Terre... et son sens. Pour ce faire, il s'est appuyé sur de nombreuses images de synthèse et des extraits d'autres oeuvres (j'ai reconnu au moins un passage d'Océans, de Jacques Perrin). Précisons tout de suite que le commentaire elliptique lu par Cate Blanchett n'est d'aucun intérêt.

   Le début évoque le big bang. Ne vous imaginez pas un feu d'artifice hyper-bruyant. Cela n'empêche pas les images d'être superbes. Elles introduisent les spectateurs dans le monde philosophique du réalisateur, à cheval entre animisme et panthéisme. A l'écran, il semble qu'on a volontairement fait prendre des formes vivantes à certains phénomènes astronomiques. J'ai ainsi en tête des explosions gigantesques formant comme des yeux... une scène à laquelle répond plus tard, de manière inversée, ce (superbe) très gros plan de l'oeil d'un reptile, dans lequel se reflète le ciel.

   On retrouve à plusieurs reprises cette volonté de relier les phénomènes naturels à des êtres vivants. Là, je pense à ces éruptions volcaniques sous-marines (sans doute tournées au niveau d'une dorsale océanique) ou encore à une coulée de lave finissante, aux reflets argentés, qui prend la forme d'un animal mourant couché sur le flanc.

   Pour les amateurs de documentaires nombre de ces images auront un goût de déjà-vu. Ceci dit, dans une grande salle, avec de la bonne musique classique en fond sonore, c'est assez chouette. L'apparition de la vie sur Terre nous conduit à des passages obligés, d'abord sous la mer, puis sur le sol, des poissons aux dinosaures, en passant par le dipneuste et les baleines. Celles-ci sont vraiment majestueuses, très lentes comparées à l'otarie facétieuse.

   Les mammifères constituent l'aboutissement de cette évolution. Dans sa partie chronologique, le film s'arrête aux hommes préhistoriques, présentés de manière succincte. Mais la trame du documentaire est entrecoupée de petites séquences contemporaines, d'une moins grande qualité filmique, mais porteuses de sens. D'un côté, Malick semble avoir voulu montrer la dignité de gens simples, comme cette femme au cimetière ou cette grand-mère (sans doute française) qui emmène ses cochons paître dans les prés. D'un autre côté, on sent la désolation du réalisateur devant la violence et la bêtise dont homo sapiens est parfois capable. Des bovins martyrisés aux sans-domicile abandonnés, l'auteur pointe certaines des imperfections des sociétés humaines, qui sont pourtant les héritières d'une évolution extrêmement longue, qui a mis en jeu des forces colossales.

   Dit comme cela, je donne peut-être l'impression d'avoir été passionné par ce film. En réalité non. Il est très inégal, comportant des moments magiques comme d'autres ennuyeux. (J'ai d'ailleurs piqué du nez une fois ou deux.) Le commentaire n'étant d'aucune utilité, c'est aux spectateurs de faire l'effort de réflexion pour trouver le sens que Malick a donné à son montage. Vous voilà prévenus !

15:58 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 04 mai 2017

The Young Lady

   Cet étonnant film mélange chronique de l'Angleterre rurale victorienne et drame shakespearien (son titre anglais est Lady Macbeth). Dès le début, l'ambiance est plantée, quelque part entre les romans de Balzac et Les Hauts de Hurlevent. Katherine, une jeune (ravissante) oie blanche, est "offerte" en mariage à un homme beaucoup plus âgé qu'elle, qui vit lui-même sous l'autorité d'un père autoritaire. La nouvelle épouse, qui dispose de serviteurs, est confinée dans les bâtiments du manoir, alors qu'elle rêve de se perdre dans la lande voisine.

   La mise en scène, rigoureuse, minutieuse, nous fait sentir le poids de la domination qui s'exerce sur la jeune femme, ainsi que sur les serviteurs, avec lesquels elle commence d'ailleurs à prendre de l'assurance. C'est le moment de signaler l'excellente composition de deux actrices, Florence Pugh (stupéfiante dans le rôle de Katherine) et Naomi Ackie (excellente dans la peau d'une servante).

   La jeune épouse va profiter de l'absence conjuguée des deux maîtres de maison pour sortir de sa coquille. Elle se risque enfin à l'extérieur... et va découvrir des plaisirs auxquels son mari a été incapable de l'initier. Et voilà que ce qui n'était qu'une chronique sociale bascule dans la passion froide. La mise en scène s'adapte parfaitement à ce changement... et tend à nous montrer que ce qui apparaît, dans un premier temps, comme une libération, pourrait se révéler tout aussi étouffant que la domination initiale.

   De victime, l'héroïne Katherine va se muer en prédatrice, brisant un à un une série de tabous que je laisse à chacun le plaisir de découvrir. Je peux juste vous dire que l'une des scènes de la seconde partie, pourtant allusive, a choqué certains spectateurs de la salle où je me trouvais.

   Si vous aimez de temps à autre prendre une bonne claque au cinéma, ruez-vous sur ce film, brillant écrin pour une grande actrice en devenir.

23:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

The Young Lady

   Cet étonnant film mélange chronique de l'Angleterre rurale victorienne et drame shakespearien (son titre anglais est Lady Macbeth). Dès le début, l'ambiance est plantée, quelque part entre les romans de Balzac et Les Hauts de Hurlevent. Katherine, une jeune (ravissante) oie blanche, est "offerte" en mariage à un homme beaucoup plus âgé qu'elle, qui vit lui-même sous l'autorité d'un père autoritaire. La nouvelle épouse, qui dispose de serviteurs, est confinée dans les bâtiments du manoir, alors qu'elle rêve de se perdre dans la lande voisine.

   La mise en scène, rigoureuse, minutieuse, nous fait sentir le poids de la domination qui s'exerce sur la jeune femme, ainsi que sur les serviteurs, avec lesquels elle commence d'ailleurs à prendre de l'assurance. C'est le moment de signaler l'excellente composition de deux actrices, Florence Pugh (stupéfiante dans le rôle de Katherine) et Naomi Ackie (excellente dans la peau d'une servante).

   La jeune épouse va profiter de l'absence conjuguée des deux maîtres de maison pour sortir de sa coquille. Elle se risque enfin à l'extérieur... et va découvrir des plaisirs auxquels son mari a été incapable de l'initier. Et voilà que ce qui n'était qu'une chronique sociale bascule dans la passion froide. La mise en scène s'adapte parfaitement à ce changement... et tend à nous montrer que ce qui apparaît, dans un premier temps, comme une libération, pourrait se révéler tout aussi étouffant que la domination initiale.

   De victime, l'héroïne Katherine va se muer en prédatrice, brisant un à un une série de tabous que je laisse à chacun le plaisir de découvrir. Je peux juste vous dire que l'une des scènes de la seconde partie, pourtant allusive, a choqué certains spectateurs de la salle où je me trouvais.

   Si vous aimez de temps à autre prendre une bonne claque au cinéma, ruez-vous sur ce film, brillant écrin pour une grande actrice en devenir.

23:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 03 mai 2017

Les Figures de l'ombre

   Ce film est enfin arrivé à Rodez et il est disponible aussi bien en version originale qu'en version doublée. Il décrit le parcours de trois femmes hors du commun, qui ont su s'imposer dans le monde de la recherche spatiale des années 1960. Un monde très masculin... et quasi exclusivement blanc, alors que les héroïnes sont "colored" :

cinéma,cinema,film,films,histoire

   De gauche à droite on a d'abord Dorothy Vaughn (Octavia Spencer encore une fois excellente, tout comme dans Get on up et La Couleur des sentiments), la mieux placée au début de l'histoire, mais qui se heurte au double plafond de verre, qui bloque la progression de carrière des femmes et des Noirs.

   Au centre se trouve la plus brillante du groupe, Katherine Johnson, mathématicienne experte, incarnée avec talent par Taraji P. Henson, remarquée notamment dans la série Person of interest. A droite se trouve la beauté du groupe, Mary Jackson (Janelle Monae, pétulante), qui ambitionne de devenir ingénieure.

   Dès le début, on est cueilli par une superbe scène "vintage" montrant la jeune Katherine épatant ses camarades et son professeur de mathématiques, alors qu'elle est haute comme trois pommes. On la retrouve des années plus tard, en compagnie des deux autres héroïnes, dans une voiture qui tombe en panne sur la route des bureaux de la Nasa. Là se déroule l'un des moments d'anthologie du film, avec l'arrivée d'un policier blanc redneck. On est en Virginie, au début des années 1960. On sent immédiatement que la situation pourrait déraper. Le réalisateur (Theodore Melfi) retourne la scène avec habileté... et un incontestable sens du comique.

   C'est la marque de fabrique de ce film. Il aborde des questions graves (la misogynie, la ségrégation) sur un ton volontiers caustique. Cela culmine dans l'utilisation des toilettes : rien n'a été prévu pour la nouvelle calculatrice noire du centre névralgique, ce qui contraint l'héroïne à pratiquer une épuisante gymnastique.

   De leur côté, les hommes, blancs comme noirs, en prennent pour leur grade. Chez les Noirs, le réalisateur pointe un comportement patriarcal, mais susceptible d'évoluer. (On est à Hollywood, man !) Chez les Blancs, les racistes crétins font pâle (!) figure à côté des gentils pleins de charme, représentés par le débonnaire Kevin Costner (le directeur du centre de recherche) et le souriant Glen Powell (chargé d'incarner une des légendes américaines, John Glenn).

cinéma,cinema,film,films,histoire

   On peut aussi signaler la performance de Kirsten Dunst, dans un rôle un peu ingrat.

   Signalons toutefois qu'au niveau de la lutte pour les droits civiques, le film reste très allusif. D'abord parce que l'accent est mis sur des membres de la bourgeoisie noire, qui veulent s'intégrer à l'élite américaine. Ensuite parce que le réalisateur se place clairement du côté de Martin Luther King, égratignant à l'occasion les partisans de méthodes revendicatives plus violentes.

   Quoi qu'il en soit, si l'on ajoute à cette narration maîtrisée la qualité de la photographie et une bande-son entraînante, on obtient un très bon divertissement, de surcroît intelligent. L'atmosphère de la Guerre froide tout comme le contexte de la ségrégation sont très bien restitués... et c'est un film féministe, dans le meilleur sens du terme.

Les Figures de l'ombre

   Ce film est enfin arrivé à Rodez et il est disponible aussi bien en version originale qu'en version doublée. Il décrit le parcours de trois femmes hors du commun, qui ont su s'imposer dans le monde de la recherche spatiale des années 1960. Un monde très masculin... et quasi exclusivement blanc, alors que les héroïnes sont "colored" :

cinéma,cinema,film,films,histoire

   De gauche à droite on a d'abord Dorothy Vaughn (Octavia Spencer encore une fois excellente, tout comme dans Get on up et La Couleur des sentiments), la mieux placée au début de l'histoire, mais qui se heurte au double plafond de verre, qui bloque la progression de carrière des femmes et des Noirs.

   Au centre se trouve la plus brillante du groupe, Katherine Johnson, mathématicienne experte, incarnée avec talent par Taraji P. Henson, remarquée notamment dans la série Person of interest. A droite se trouve la beauté du groupe, Mary Jackson (Janelle Monae, pétulante), qui ambitionne de devenir ingénieure.

   Dès le début, on est cueilli par une superbe scène "vintage" montrant la jeune Katherine épatant ses camarades et son professeur de mathématiques, alors qu'elle est haute comme trois pommes. On la retrouve des années plus tard, en compagnie des deux autres héroïnes, dans une voiture qui tombe en panne sur la route des bureaux de la Nasa. Là se déroule l'un des moments d'anthologie du film, avec l'arrivée d'un policier blanc redneck. On est en Virginie, au début des années 1960. On sent immédiatement que la situation pourrait déraper. Le réalisateur (Theodore Melfi) retourne la scène avec habileté... et un incontestable sens du comique.

   C'est la marque de fabrique de ce film. Il aborde des questions graves (la misogynie, la ségrégation) sur un ton volontiers caustique. Cela culmine dans l'utilisation des toilettes : rien n'a été prévu pour la nouvelle calculatrice noire du centre névralgique, ce qui contraint l'héroïne à pratiquer une épuisante gymnastique.

   De leur côté, les hommes, blancs comme noirs, en prennent pour leur grade. Chez les Noirs, le réalisateur pointe un comportement patriarcal, mais susceptible d'évoluer. (On est à Hollywood, man !) Chez les Blancs, les racistes crétins font pâle (!) figure à côté des gentils pleins de charme, représentés par le débonnaire Kevin Costner (le directeur du centre de recherche) et le souriant Glen Powell (chargé d'incarner une des légendes américaines, John Glenn).

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   On peut aussi signaler la performance de Kirsten Dunst, dans un rôle un peu ingrat.

   Signalons toutefois qu'au niveau de la lutte pour les droits civiques, le film reste très allusif. D'abord parce que l'accent est mis sur des membres de la bourgeoisie noire, qui veulent s'intégrer à l'élite américaine. Ensuite parce que le réalisateur se place clairement du côté de Martin Luther King, égratignant à l'occasion les partisans de méthodes revendicatives plus violentes.

   Quoi qu'il en soit, si l'on ajoute à cette narration maîtrisée la qualité de la photographie et une bande-son entraînante, on obtient un très bon divertissement, de surcroît intelligent. L'atmosphère de la Guerre froide tout comme le contexte de la ségrégation sont très bien restitués... et c'est un film féministe, dans le meilleur sens du terme.

lundi, 01 mai 2017

Ils ne savaient pas que c'était une guerre

   Ce documentaire, d'abord destiné à la télévision, circule en salles depuis un peu plus d'un mois. Il est consacré aux jeunes Français qui ont effectué leur service militaire en Algérie, pendant la guerre (entre 1954 et 1962). L'auteur a rencontré une quinzaine de papys, qu'il a interrogés devant la caméra, dans un ancien cinéma. Les entretiens sont entrecoupés d'images d'époque.

   A priori, je suis client de ce genre de film, m'étant intéressé (pour des raisons familiales) à la guerre d'Algérie. C'est bien là le problème. Quand on a lu et vu pas mal de choses sur le sujet, en particulier La Guerre sans nom, l'excellent documentaire de Patrick Rotman et Bertrand Tavernier (sorti il y a plus de vingt ans), on n'apprend pas grand chose.

   Néanmoins, le film n'est pas désagréable à suivre. Il est organisé selon une forme chronologique. On part de la métropole, où la population civile ignore grosso modo ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée. On suit ensuite les appelés du contingent dans leur formation puis dans leurs débuts en Algérie (voyage compris). C'est là que les questions sensibles sont évoquées : les relations avec les "indigènes", la violence, la torture. Le parcours s'achève par les conséquences du cessez-le-feu officiel et leur retour en métropole.

   Pour un public qui ne connaît pas grand chose à ce conflit, c'est une première approche pas déshonorante, mais pas enthousiasmante. L'image n'est de plus pas de grande qualité. Mais les 52 minutes passent assez vite.

   P.S.

   Le site internet dédié propose une intéressante galerie de photographies.

Ils ne savaient pas que c'était une guerre

   Ce documentaire, d'abord destiné à la télévision, circule en salles depuis un peu plus d'un mois. Il est consacré aux jeunes Français qui ont effectué leur service militaire en Algérie, pendant la guerre (entre 1954 et 1962). L'auteur a rencontré une quinzaine de papys, qu'il a interrogés devant la caméra, dans un ancien cinéma. Les entretiens sont entrecoupés d'images d'époque.

   A priori, je suis client de ce genre de film, m'étant intéressé (pour des raisons familiales) à la guerre d'Algérie. C'est bien là le problème. Quand on a lu et vu pas mal de choses sur le sujet, en particulier La Guerre sans nom, l'excellent documentaire de Patrick Rotman et Bertrand Tavernier (sorti il y a plus de vingt ans), on n'apprend pas grand chose.

   Néanmoins, le film n'est pas désagréable à suivre. Il est organisé selon une forme chronologique. On part de la métropole, où la population civile ignore grosso modo ce qui se passe de l'autre côté de la Méditerranée. On suit ensuite les appelés du contingent dans leur formation puis dans leurs débuts en Algérie (voyage compris). C'est là que les questions sensibles sont évoquées : les relations avec les "indigènes", la violence, la torture. Le parcours s'achève par les conséquences du cessez-le-feu officiel et leur retour en métropole.

   Pour un public qui ne connaît pas grand chose à ce conflit, c'est une première approche pas déshonorante, mais pas enthousiasmante. L'image n'est de plus pas de grande qualité. Mais les 52 minutes passent assez vite.

   P.S.

   Le site internet dédié propose une intéressante galerie de photographies.

samedi, 29 avril 2017

Le Procès du siècle

   Ce titre ronflant s'éloigne de l'original Denial (que nos amis québécois ont simplement traduit par Déni), qui pointe directement le noeud de l'affaire, le négationnisme de "l'historien" britannique David Irving (admirateur d'Hitler), qui a jadis poursuivi en justice, à Londres, une spécialiste américaine de la Shoah.

   Qu'on ne s'y trompe pas. Il ne s'agit pas d'un énième film sur l'extermination des juifs par les nazis et leurs collaborateurs. C'est d'abord un film de prétoire, sur le déroulement et les à-côtés d'un procès hors-norme, qui a fait dépendre la réputation de deux personnes (et plus que cela, d'ailleurs) de la décision d'un juge unique, dans une enceinte vieillotte. Cela donne un caractère surréaliste à l'histoire : l'universitaire américaine, adepte du jogging, utilisatrice d'un smartphone, va dépendre d'un énigmatique juge à perruque... et de son équipe d'avocats.

   Cet aspect théâtral de l'intrigue donne beaucoup d'importance au jeu des acteurs, qui sont excellents. Rachel Weisz (Agora, The Lobster...) mêle fragilité et détermination pour incarner cette historienne américaine juive, pour qui la plongée dans l'univers juridique britannique est une expérience déroutante. Du côté de ses avocats, il faut signaler les performances de Tom Wilkinson (vu récemment dans Snowden) en vieux briscard énigmatique et d'Andrew Scott (le Moriarty de Sherlock/Cumberbatch) en jeune loup brillant et manipulateur. (A ce sujet, comme j'ai pu voir le film en version originale sous-titrée, à Rodez, j'ai pu constater que la véritable voix de l'acteur britannique n'a rien à voir à celle qu'on peut entendre dans la version doublée de Sherlock... et c'est tant mieux, parce que celle-ci nuit au personnage de Moriarty, pas le plus réussi de la série.)

   Enfin, pour une bonne histoire, il faut un bon méchant. Timothy Spall (qui incarna naguère le peintre Turner) est brillantissime dans le rôle du négationniste, un autodidacte qui avait acquis une certaine réputation en matière d'histoire militaire, avant de sombrer dans la négation du génocide juif. Le film est assez subtil dans sa manière de dépeindre le grand méchant de l'histoire, un type très habile, parti de rien... et d'une mauvaise foi incroyable.

   Cela donne un film un peu sentencieux, très sérieux, au cours duquel la séquence à Auschwitz (tournée là-bas) constitue un réel bol d'air, malgré le poids de l'histoire.

   P.S.

   Le site internet officiel mérite le détour.

Le Procès du siècle

   Ce titre ronflant s'éloigne de l'original Denial (que nos amis québécois ont simplement traduit par Déni), qui pointe directement le noeud de l'affaire, le négationnisme de "l'historien" britannique David Irving (admirateur d'Hitler), qui a jadis poursuivi en justice, à Londres, une spécialiste américaine de la Shoah.

   Qu'on ne s'y trompe pas. Il ne s'agit pas d'un énième film sur l'extermination des juifs par les nazis et leurs collaborateurs. C'est d'abord un film de prétoire, sur le déroulement et les à-côtés d'un procès hors-norme, qui a fait dépendre la réputation de deux personnes (et plus que cela, d'ailleurs) de la décision d'un juge unique, dans une enceinte vieillotte. Cela donne un caractère surréaliste à l'histoire : l'universitaire américaine, adepte du jogging, utilisatrice d'un smartphone, va dépendre d'un énigmatique juge à perruque... et de son équipe d'avocats.

   Cet aspect théâtral de l'intrigue donne beaucoup d'importance au jeu des acteurs, qui sont excellents. Rachel Weisz (Agora, The Lobster...) mêle fragilité et détermination pour incarner cette historienne américaine juive, pour qui la plongée dans l'univers juridique britannique est une expérience déroutante. Du côté de ses avocats, il faut signaler les performances de Tom Wilkinson (vu récemment dans Snowden) en vieux briscard énigmatique et d'Andrew Scott (le Moriarty de Sherlock/Cumberbatch) en jeune loup brillant et manipulateur. (A ce sujet, comme j'ai pu voir le film en version originale sous-titrée, à Rodez, j'ai pu constater que la véritable voix de l'acteur britannique n'a rien à voir à celle qu'on peut entendre dans la version doublée de Sherlock... et c'est tant mieux, parce que celle-ci nuit au personnage de Moriarty, pas le plus réussi de la série.)

   Enfin, pour une bonne histoire, il faut un bon méchant. Timothy Spall (qui incarna naguère le peintre Turner) est brillantissime dans le rôle du négationniste, un autodidacte qui avait acquis une certaine réputation en matière d'histoire militaire, avant de sombrer dans la négation du génocide juif. Le film est assez subtil dans sa manière de dépeindre le grand méchant de l'histoire, un type très habile, parti de rien... et d'une mauvaise foi incroyable.

   Cela donne un film un peu sentencieux, très sérieux, au cours duquel la séquence à Auschwitz (tournée là-bas) constitue un réel bol d'air, malgré le poids de l'histoire.

   P.S.

   Le site internet officiel mérite le détour.

dimanche, 23 avril 2017

Corporate

   Cette fiction explore une partie du monde entrepreneurial, celui du siège parisien d'une firme transnationale, à la tête duquel se trouve Stéphane Froncart, un ancien prof de fac devenu une sorte de gourou managérial (Lambert Wilson, excellent, dans un rôle qui n'est pas sans ressemblance avec celui qu'il a interprété dans Tout de suite maintenant).

   L'héroïne Emilie (Céline Sallette, encore plus étonnante que dans Cessez-le-feu) est un pur produit de l'élitisme français. Très diplômée, polyglotte, classieuse et rigoureuse à l'extrême, elle rappelle un peu la Miss Sloane récemment incarnée par Jessica Chastain. Elle veut tout contrôler, des plis de son chemisier aux mèches de sa coiffure, en passant par le début de transpiration qui apparaît à la mi-journée. Maigre et droite comme un I, elle nous est, de prime abord, présentée comme l'exacte opposée de l'inspectrice du travail (Violaine Fumeau, plus douce, aux formes voluptueuses) qui vient enquêter après le suicide d'un employé que la direction cherchait à pousser vers la sortie.

   Grosso modo, c'est un portrait uniquement à charge de la gestion d'une partie du personnel (les cadres), l'intrigue ne lésinant pas sur les facilités pour faire progresser l'action dans le sens voulu. Mais c'est vraiment bien joué, par les "têtes d'affiche" comme par les "seconds couteaux".

   Il y a quand même parfois un peu de subtilité. L'une des premières scènes montre la DRH en plein "entretien d'évaluation comportementale", celui-ci ayant pour but de pousser l'employée mise sur le gril dans la voie choisie pour elle. Tout est dans le non-dit et dans l'emploi des formules calibrées. Une autre scène marquante est le faux entretien d'embauche que l'héroïne fait passer à son conjoint, un soir, au siège. Elle utilise son langage professionnel codé pour tenter de faire passer son ressenti à son époux... qui finit par comprendre (mais après les spectateurs, toutefois).

   Ces quelques moments brillants rehaussent l'intérêt du film, qui s'inspire visiblement d'au moins deux traditions cinématographiques. On peut y déceler la trace du film sociétal à la française (Ressources humaines, L'Emploi du temps, De bon matin, L'Outsider...) mais aussi l'influence du cinéma hollywoodien, notamment dans le dénouement de l'intrigue. Je pense que ce n'est évidemment pas un hasard s'il est sorti en pleine campagne présidentielle...

Corporate

   Cette fiction explore une partie du monde entrepreneurial, celui du siège parisien d'une firme transnationale, à la tête duquel se trouve Stéphane Froncart, un ancien prof de fac devenu une sorte de gourou managérial (Lambert Wilson, excellent, dans un rôle qui n'est pas sans ressemblance avec celui qu'il a interprété dans Tout de suite maintenant).

   L'héroïne Emilie (Céline Sallette, encore plus étonnante que dans Cessez-le-feu) est un pur produit de l'élitisme français. Très diplômée, polyglotte, classieuse et rigoureuse à l'extrême, elle rappelle un peu la Miss Sloane récemment incarnée par Jessica Chastain. Elle veut tout contrôler, des plis de son chemisier aux mèches de sa coiffure, en passant par le début de transpiration qui apparaît à la mi-journée. Maigre et droite comme un I, elle nous est, de prime abord, présentée comme l'exacte opposée de l'inspectrice du travail (Violaine Fumeau, plus douce, aux formes voluptueuses) qui vient enquêter après le suicide d'un employé que la direction cherchait à pousser vers la sortie.

   Grosso modo, c'est un portrait uniquement à charge de la gestion d'une partie du personnel (les cadres), l'intrigue ne lésinant pas sur les facilités pour faire progresser l'action dans le sens voulu. Mais c'est vraiment bien joué, par les "têtes d'affiche" comme par les "seconds couteaux".

   Il y a quand même parfois un peu de subtilité. L'une des premières scènes montre la DRH en plein "entretien d'évaluation comportementale", celui-ci ayant pour but de pousser l'employée mise sur le gril dans la voie choisie pour elle. Tout est dans le non-dit et dans l'emploi des formules calibrées. Une autre scène marquante est le faux entretien d'embauche que l'héroïne fait passer à son conjoint, un soir, au siège. Elle utilise son langage professionnel codé pour tenter de faire passer son ressenti à son époux... qui finit par comprendre (mais après les spectateurs, toutefois).

   Ces quelques moments brillants rehaussent l'intérêt du film, qui s'inspire visiblement d'au moins deux traditions cinématographiques. On peut y déceler la trace du film sociétal à la française (Ressources humaines, L'Emploi du temps, De bon matin, L'Outsider...) mais aussi l'influence du cinéma hollywoodien, notamment dans le dénouement de l'intrigue. Je pense que ce n'est évidemment pas un hasard s'il est sorti en pleine campagne présidentielle...

samedi, 22 avril 2017

Cessez-le-feu

   Le titre évoque la fin des combats (au cours de la Première guerre mondiale). Mais, si la séquence introductive (dans les tranchées) dure moins de dix minutes, les conséquences de ce qu'ont vécu les soldats s'étendent sur tout le film. La majorité de ceux qu'on va voir à l'écran sont revenus en apparence intacts (physiquement), mais ravagés sur le plan intérieur. Il y a une dizaine d'années, la même thématique était au coeur des Fragments d'Antonin.

   Des trois frères, deux sont revenus vivants, Georges et Marcel. Le premier (Romain Duris, meilleur encore que dans La Confession), le plus dynamique, l'ancien officier, a préféré quitter la France pour l'Afrique, où il côtoie un ancien camarade des tranchées, tirailleur sénégalais à l'impressionnante faconde (Wabinlé Nabié remarquable). Le deuxième, Marcel (Grégory Gadebois, un habitué des seconds rôles), est inexplicablement devenu sourd-muet et dépressif, au désespoir de sa mère, qui a aussi perdu son mari.

   Nous voilà projetés en 1923. Trois personnes vont tenter de redonner le goût de vivre à Marcel. Il y a tout d'abord Hélène, une infirmière sur le point de divorcer, imaginative et pétulante. Céline Sallette (déjà remarquée dans La French, Saint Amour et Corporate) excelle à incarner ce personnage déroutant, forte et fragile à la fois. Le coeur de Marcel va balancer entre elle et une jeune veuve de guerre, tendre et délicate, parfaitement incarnée par Julie-Marie Parmentier, aperçue il y a quelques années dans Les Adieux à la reine.

   Là-dessus, voilà que débarque Georges, qui a connu des déboires en Afrique. (Il va falloir plusieurs retours en arrière pour qu'on en connaisse tous les détails.) Lui, c'est avec son caractère abrupt et fantasque qu'il tente de surmonter le traumatisme de la guerre. Le retour en famille va provoquer des étincelles, de colère mais aussi de bonheur.

   Cela donne un film avec des ruptures de ton. On passe de l'émotion au rire, aux larmes, de la sensualité à la colère. C'est très bien filmé, dans des genres différents. La partie introductive (dans les tranchées) est formidable, sous la forme d'un habile plan-séquence. La suite, qui se déroule en Afrique, est brillante, avec d'excellents figurants. Le retour en France métropolitaine est mis en scène de manière plus classique mais, comme c'est très bien interprété, cela reste très agréable à suivre.

   Face à la pléiade de "comédies" bas-du-plafond qu'on nous propose actuellement, ce film redore le blason d'un cinéma français souvent peu imaginatif.

   P.S.

   Le dossier de presse mis en ligne propose des entretiens très instructifs.

Cessez-le-feu

   Le titre évoque la fin des combats (au cours de la Première guerre mondiale). Mais, si la séquence introductive (dans les tranchées) dure moins de dix minutes, les conséquences de ce qu'ont vécu les soldats s'étendent sur tout le film. La majorité de ceux qu'on va voir à l'écran sont revenus en apparence intacts (physiquement), mais ravagés sur le plan intérieur. Il y a une dizaine d'années, la même thématique était au coeur des Fragments d'Antonin.

   Des trois frères, deux sont revenus vivants, Georges et Marcel. Le premier (Romain Duris, meilleur encore que dans La Confession), le plus dynamique, l'ancien officier, a préféré quitter la France pour l'Afrique, où il côtoie un ancien camarade des tranchées, tirailleur sénégalais à l'impressionnante faconde (Wabinlé Nabié remarquable). Le deuxième, Marcel (Grégory Gadebois, un habitué des seconds rôles), est inexplicablement devenu sourd-muet et dépressif, au désespoir de sa mère, qui a aussi perdu son mari.

   Nous voilà projetés en 1923. Trois personnes vont tenter de redonner le goût de vivre à Marcel. Il y a tout d'abord Hélène, une infirmière sur le point de divorcer, imaginative et pétulante. Céline Sallette (déjà remarquée dans La French, Saint Amour et Corporate) excelle à incarner ce personnage déroutant, forte et fragile à la fois. Le coeur de Marcel va balancer entre elle et une jeune veuve de guerre, tendre et délicate, parfaitement incarnée par Julie-Marie Parmentier, aperçue il y a quelques années dans Les Adieux à la reine.

   Là-dessus, voilà que débarque Georges, qui a connu des déboires en Afrique. (Il va falloir plusieurs retours en arrière pour qu'on en connaisse tous les détails.) Lui, c'est avec son caractère abrupt et fantasque qu'il tente de surmonter le traumatisme de la guerre. Le retour en famille va provoquer des étincelles, de colère mais aussi de bonheur.

   Cela donne un film avec des ruptures de ton. On passe de l'émotion au rire, aux larmes, de la sensualité à la colère. C'est très bien filmé, dans des genres différents. La partie introductive (dans les tranchées) est formidable, sous la forme d'un habile plan-séquence. La suite, qui se déroule en Afrique, est brillante, avec d'excellents figurants. Le retour en France métropolitaine est mis en scène de manière plus classique mais, comme c'est très bien interprété, cela reste très agréable à suivre.

   Face à la pléiade de "comédies" bas-du-plafond qu'on nous propose actuellement, ce film redore le blason d'un cinéma français souvent peu imaginatif.

   P.S.

   Le dossier de presse mis en ligne propose des entretiens très instructifs.

jeudi, 20 avril 2017

La Jeune Fille et son aigle

   Ce documentaire (un brin fictionné) a pour cadre les confins de la Mongolie, de la Chine et du Kazakhstan, dans cette Asie rurale et montagneuse où survivent des (semi) nomades qui perpétuent des traditions millénaires. Parmi celles-ci, il y a la chasse à l'aigle, prérogative des mâles.

cinéma,cinema,film,films

   Cet animal fascine Aisholpan... qui est une fille, mais dont le père n'est pas obscurantiste. Convaincu par la ténacité de sa progéniture, il décide de l'initier au dressage des aigles avec, en ligne de mire, la participation à un concours renommé.

   Toute la partie documentaire est fascinante. Dans un premier temps, on découvre le mode de vie des héros... et une scène étonnante : le retour à la liberté d'un animal qui a bien servi son maître, pendant sept ans. Celui-ci le traite avec beaucoup de respect.

   Très vite intervient la séquence de capture de l'aiglon (une aiglonne, en réalité), suivie de la période de dressage. Mais le moment le plus marquant est sans conteste le concours d'aigles, qui attire des spectateurs des milliers de kilomètres à la ronde. Il reste une ultime séquence marquante, celle de la première chasse réelle de l'animal dressé, en milieu extrême.

   Dans une grande salle, confortablement installé, on se régale. Malheureusement, ce plaisir est gâché par la médiocrité de la version française. Le commentaire est dit sur un ton fade et les personnages ont des voix d'Occidentaux, ce qui sonne terriblement faux ! Enfin, l'aspect ethnographique est très édulcoré, notamment par rapport à des fictions comme Le Chien jaune de Mongolie, Le Mariage de Tuya ou encore Tulpan. Quant à la qualité filmique, elle m'a semblé un peu moins bonne que dans le récent L'Aigle et l'enfant.

   Cela reste un film à voir, bien qu'il s'agisse à mon avis d'un produit de niche destiné à un public occidental amateur d'exotisme.

23:13 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

La Jeune Fille et son aigle

   Ce documentaire (un brin fictionné) a pour cadre les confins de la Mongolie, de la Chine et du Kazakhstan, dans cette Asie rurale et montagneuse où survivent des (semi) nomades qui perpétuent des traditions millénaires. Parmi celles-ci, il y a la chasse à l'aigle, prérogative des mâles.

cinéma,cinema,film,films

   Cet animal fascine Aisholpan... qui est une fille, mais dont le père n'est pas obscurantiste. Convaincu par la ténacité de sa progéniture, il décide de l'initier au dressage des aigles avec, en ligne de mire, la participation à un concours renommé.

   Toute la partie documentaire est fascinante. Dans un premier temps, on découvre le mode de vie des héros... et une scène étonnante : le retour à la liberté d'un animal qui a bien servi son maître, pendant sept ans. Celui-ci le traite avec beaucoup de respect.

   Très vite intervient la séquence de capture de l'aiglon (une aiglonne, en réalité), suivie de la période de dressage. Mais le moment le plus marquant est sans conteste le concours d'aigles, qui attire des spectateurs des milliers de kilomètres à la ronde. Il reste une ultime séquence marquante, celle de la première chasse réelle de l'animal dressé, en milieu extrême.

   Dans une grande salle, confortablement installé, on se régale. Malheureusement, ce plaisir est gâché par la médiocrité de la version française. Le commentaire est dit sur un ton fade et les personnages ont des voix d'Occidentaux, ce qui sonne terriblement faux ! Enfin, l'aspect ethnographique est très édulcoré, notamment par rapport à des fictions comme Le Chien jaune de Mongolie, Le Mariage de Tuya ou encore Tulpan. Quant à la qualité filmique, elle m'a semblé un peu moins bonne que dans le récent L'Aigle et l'enfant.

   Cela reste un film à voir, bien qu'il s'agisse à mon avis d'un produit de niche destiné à un public occidental amateur d'exotisme.

23:13 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 13 avril 2017

Split

   Depuis le très décevant Phénomènes, je n'avais plus vu un film de Shyamalan. Mais là, après plusieurs semaines, comme le bouche-à-oreille est bon et que les extraits que j'ai vus sont convaincants, j'ai tenté l'expérience.

   Le titre fait allusion à l'éclatement de la personnalité du "héros" en une multitude d'identités, la plupart du temps concurrentes les unes des autres. Je dois reconnaître que James McAvoy (pourtant peu convaincant en professeur Xavier jeune, chez les X-Men) réussit avec brio cet exercice de style, qui consiste à incarner ces identités à l'écran. On ne voit pas les 23, mais pas loin d'une dizaine... et il y a l'identité-mystère, dont on se demande si elle existe... et à quoi elle pourrait correspondre dans le film.

   L'intrigue ne tiendrait pas la route si les autres interprètes n'étaient pas au niveau. Deux femmes se distinguent : Betty Bucklet excelle en psychiatre intuitive ; Anya Taylor-Joy (révélée par The Witch) nous éblouit en adolescente perturbée, qui va se montrer particulièrement tenace face à l'adversité.

   Au passage, notons que les trois jeunes femmes que l'une des identités de Kevin enlève sont plutôt canons. Hasard du scénario, l'une d'entre elles va rapidement se retrouver en petite culotte, une autre en soutien-gorge. Est-il besoin de préciser qu'elle est dotée d'une poitrine généreuse ? Quant à la troisième, Casey (Anya), elle conserve un haut moulant, pigeonnant et translucide, qui ne laisse pas ignorer combien elle est bien gaulée.

   On le voit, M. Night Shyamalan a dû se plier à certains codes hollywoodiens. On note d'ailleurs, vers la fin, un petit recours au "juste à temps". On pourra aussi regretter qu'un scénario au départ très maîtrisé se conclue de manière aussi traditionnelle, alors que beaucoup d'éléments de la première partie incitent les spectateurs les plus futés à chercher un possible retournement. Hélas, l'aboutissement des retours en arrière (sur l'enfance de Casey), pour utile qu'il soit à l'histoire, est décevant.

   Il reste quand même la mise en scène de Shyamalan. Dès le début, on retrouve sa "patte" de géomètre. On sent qu'on a affaire à un type qui sait où placer sa caméra. La présentation du huis-clos qui pèse sur les trois victimes est brillante (et n'est pas sans rappeler le récent 10 Cloverfield Lane). On en regrette d'autant plus que son style maîtrisé, dépouillé, propre à utiliser de petits riens pour susciter l'angoisse, sombre plus tard dans la démesure.

   Cela nous vaut un film inégal, mais où l'on retrouve un peu du talent dont le réalisateur a su jadis faire preuve.

   P.S.

   La toute fin nous offre une petite surprise, avec le retour d'un personnage issu d'un précédent film de Shyamalan. Il y a de la suite dans l'air...

01:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Split

   Depuis le très décevant Phénomènes, je n'avais plus vu un film de Shyamalan. Mais là, après plusieurs semaines, comme le bouche-à-oreille est bon et que les extraits que j'ai vus sont convaincants, j'ai tenté l'expérience.

   Le titre fait allusion à l'éclatement de la personnalité du "héros" en une multitude d'identités, la plupart du temps concurrentes les unes des autres. Je dois reconnaître que James McAvoy (pourtant peu convaincant en professeur Xavier jeune, chez les X-Men) réussit avec brio cet exercice de style, qui consiste à incarner ces identités à l'écran. On ne voit pas les 23, mais pas loin d'une dizaine... et il y a l'identité-mystère, dont on se demande si elle existe... et à quoi elle pourrait correspondre dans le film.

   L'intrigue ne tiendrait pas la route si les autres interprètes n'étaient pas au niveau. Deux femmes se distinguent : Betty Bucklet excelle en psychiatre intuitive ; Anya Taylor-Joy (révélée par The Witch) nous éblouit en adolescente perturbée, qui va se montrer particulièrement tenace face à l'adversité.

   Au passage, notons que les trois jeunes femmes que l'une des identités de Kevin enlève sont plutôt canons. Hasard du scénario, l'une d'entre elles va rapidement se retrouver en petite culotte, une autre en soutien-gorge. Est-il besoin de préciser qu'elle est dotée d'une poitrine généreuse ? Quant à la troisième, Casey (Anya), elle conserve un haut moulant, pigeonnant et translucide, qui ne laisse pas ignorer combien elle est bien gaulée.

   On le voit, M. Night Shyamalan a dû se plier à certains codes hollywoodiens. On note d'ailleurs, vers la fin, un petit recours au "juste à temps". On pourra aussi regretter qu'un scénario au départ très maîtrisé se conclue de manière aussi traditionnelle, alors que beaucoup d'éléments de la première partie incitent les spectateurs les plus futés à chercher un possible retournement. Hélas, l'aboutissement des retours en arrière (sur l'enfance de Casey), pour utile qu'il soit à l'histoire, est décevant.

   Il reste quand même la mise en scène de Shyamalan. Dès le début, on retrouve sa "patte" de géomètre. On sent qu'on a affaire à un type qui sait où placer sa caméra. La présentation du huis-clos qui pèse sur les trois victimes est brillante (et n'est pas sans rappeler le récent 10 Cloverfield Lane). On en regrette d'autant plus que son style maîtrisé, dépouillé, propre à utiliser de petits riens pour susciter l'angoisse, sombre plus tard dans la démesure.

   Cela nous vaut un film inégal, mais où l'on retrouve un peu du talent dont le réalisateur a su jadis faire preuve.

   P.S.

   La toute fin nous offre une petite surprise, avec le retour d'un personnage issu d'un précédent film de Shyamalan. Il y a de la suite dans l'air...

01:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 11 avril 2017

Chantons sous la pluie

   Est-ce lié au récent succès de La La Land ? Toujours est-il que la célèbre comédie musicale est de retour dans les salles obscures. Pour les amateurs, c'est l'occasion de (re)découvrir ce qui est considéré par beaucoup comme un modèle du genre... de surcroît, sur grand écran.

   Je n'avais que des souvenirs lointains de ce film. Je crois que je l'ai vu pour la première fois à la télévision, soit dans le "Cinéma de minuit" (à l'époque sur FR3), soit dans le "Ciné-club" (diffusé sur ce qui s'appelait alors Antenne 2). J'ai dû le revoir étant étudiant, à l'occasion d'une semaine consacrée aux comédies musicales. Mais cela fait plus de vingt ans...

   Que m'en restait-il ? Evidemment, la chanson interprétée par Gene Kelly, sous une pluie artificielle. Quand j'étais gamin, j'adorais sauter dans les flaques. Le jour où j'ai vu qu'un comédien avait intégré cette pratique à sa chorégraphie, j'ai kiffé grave ! J'avais aussi en mémoire l'horrible voix nasillarde de la "méchante" de l'histoire. (Rendons-lui justice : l'actrice s'appelait Jean Hagen et sa carrière a été écourtée par un cancer.) Et puis je me rappelais la prestation de Cyd Charisse en danseuse fatale, muette mais terriblement efficace.

   Fort heureusement, j'ai retrouvé tout cela en revoyant le film. Mais c'est la première partie qui m'a le plus surpris. Il s'y trouve une satire assez virulente des moeurs d'Hollywood. C'est particulièrement visible lorsque le héros, Don Lockwood (Gene Kelly, impeccable), résume sa vie devant les journalistes. Il y a un contraste évident (et comique) entre ce qu'il dit et ce que les images montrent aux spectateurs (sous la forme de retours en arrière).

   J'ai aussi pu apprécier combien les numéros de danse étaient bien orchestrés... et mis en scène. Pour une oeuvre grand public, classée dans un genre mineur, c'est très inventif et parfois presque virtuose. Pour moi, la séquence la plus emballante est celle au cours de laquelle le héros va ouvrir son coeur à la petite Cendrillon qui tente de percer à Hollywood (et avec laquelle, évidemment, les premiers contacts n'ont pas été très amicaux). Dans un hangar, petit à petit, Don déploie une partie de la machinerie dont se servent les artisans de Hollywood... tout ce "cinéma" pour avouer sa flamme ! Classieux (et très bien joué, bien que la chanson soit mièvre, un défaut qui me semble hélas inhérent à la comédie musicale).

   Cela nous mène au principal personnage féminin, Kathy Selden, interprétée avec brio par une certaine Debbie Reynolds. Ce nom vous dit quelque chose ? Peut-être parce qu'on a beaucoup parlé d'elle en décembre dernier, à l'occasion de son décès. Il se trouve qu'elle est morte un jour après sa propre fille... oui, Carrie Fisher, l'héroïne de Star Wars, qu'on avait pu revoir dans Le Réveil de la Force.

cinéma,cinema,film,films,musique

   Au niveau de la distribution, il faut aussi souligner la performance d'un second rôle masculin, Donald O'Connor, qui incarne un musicien facétieux, meilleur ami du héros... et lui aussi excellent danseur. Il est franchement drôle et a droit à son "moment de bravoure" dans la première partie de l'histoire.

   65 ans après sa sortie, Chantons sous la pluie procure un plaisir intact. C'est un film plein d'entrain, marqué toutefois par son époque : les femmes y sont de jolis objets, parfois capricieux. (Seule l'héroïne a une personnalité un peu développée.) Et Dieu qu'elles sont belles !

Chantons sous la pluie

   Est-ce lié au récent succès de La La Land ? Toujours est-il que la célèbre comédie musicale est de retour dans les salles obscures. Pour les amateurs, c'est l'occasion de (re)découvrir ce qui est considéré par beaucoup comme un modèle du genre... de surcroît, sur grand écran.

   Je n'avais que des souvenirs lointains de ce film. Je crois que je l'ai vu pour la première fois à la télévision, soit dans le "Cinéma de minuit" (à l'époque sur FR3), soit dans le "Ciné-club" (diffusé sur ce qui s'appelait alors Antenne 2). J'ai dû le revoir étant étudiant, à l'occasion d'une semaine consacrée aux comédies musicales. Mais cela fait plus de vingt ans...

   Que m'en restait-il ? Evidemment, la chanson interprétée par Gene Kelly, sous une pluie artificielle. Quand j'étais gamin, j'adorais sauter dans les flaques. Le jour où j'ai vu qu'un comédien avait intégré cette pratique à sa chorégraphie, j'ai kiffé grave ! J'avais aussi en mémoire l'horrible voix nasillarde de la "méchante" de l'histoire. (Rendons-lui justice : l'actrice s'appelait Jean Hagen et sa carrière a été écourtée par un cancer.) Et puis je me rappelais la prestation de Cyd Charisse en danseuse fatale, muette mais terriblement efficace.

   Fort heureusement, j'ai retrouvé tout cela en revoyant le film. Mais c'est la première partie qui m'a le plus surpris. Il s'y trouve une satire assez virulente des moeurs d'Hollywood. C'est particulièrement visible lorsque le héros, Don Lockwood (Gene Kelly, impeccable), résume sa vie devant les journalistes. Il y a un contraste évident (et comique) entre ce qu'il dit et ce que les images montrent aux spectateurs (sous la forme de retours en arrière).

   J'ai aussi pu apprécier combien les numéros de danse étaient bien orchestrés... et mis en scène. Pour une oeuvre grand public, classée dans un genre mineur, c'est très inventif et parfois presque virtuose. Pour moi, la séquence la plus emballante est celle au cours de laquelle le héros va ouvrir son coeur à la petite Cendrillon qui tente de percer à Hollywood (et avec laquelle, évidemment, les premiers contacts n'ont pas été très amicaux). Dans un hangar, petit à petit, Don déploie une partie de la machinerie dont se servent les artisans de Hollywood... tout ce "cinéma" pour avouer sa flamme ! Classieux (et très bien joué, bien que la chanson soit mièvre, un défaut qui me semble hélas inhérent à la comédie musicale).

   Cela nous mène au principal personnage féminin, Kathy Selden, interprétée avec brio par une certaine Debbie Reynolds. Ce nom vous dit quelque chose ? Peut-être parce qu'on a beaucoup parlé d'elle en décembre dernier, à l'occasion de son décès. Il se trouve qu'elle est morte un jour après sa propre fille... oui, Carrie Fisher, l'héroïne de Star Wars, qu'on avait pu revoir dans Le Réveil de la Force.

cinéma,cinema,film,films,musique

   Au niveau de la distribution, il faut aussi souligner la performance d'un second rôle masculin, Donald O'Connor, qui incarne un musicien facétieux, meilleur ami du héros... et lui aussi excellent danseur. Il est franchement drôle et a droit à son "moment de bravoure" dans la première partie de l'histoire.

   65 ans après sa sortie, Chantons sous la pluie procure un plaisir intact. C'est un film plein d'entrain, marqué toutefois par son époque : les femmes y sont de jolis objets, parfois capricieux. (Seule l'héroïne a une personnalité un peu développée.) Et Dieu qu'elles sont belles !

mercredi, 05 avril 2017

Baby Boss

   Produite par DreamWorks, cette animation a été réalisée par Tom McGrath, un type chevronné mais pas toujours bien inspiré. (On lui notamment la série des Madagascar.) L'originalité tient au scénario, inspiré d'un roman. Il est question des craintes d'un enfant face à l'arrivée d'un petit frère dans la famille. Evidemment, l'intrigue prend des détours pour traiter cette question sensible.

   Le biais le plus évident est celui de l'humour. Comme il est question de bébés, on s'attend à du pipi-caca-prout-vomi... et l'on n'est pas déçu ! Le fameux trou-de-balle est même au coeur de deux gags assez bien vus, le premier sur la fixation d'une tétine, le second sur la sortie d'une baudruche géante...

   Le début est tout mignon, avec cette usine à bébés, qui n'est pas sans rappeler Cigognes et compagnie... sauf qu'ici, les enfants ne sont pas livrés par les airs ! Le petit nouveau va débarquer... en taxi. (Plus tard, lorsque son nouveau grand frère Tim lui explique à voix basse, à l'oreille -pour que les bambins présents dans la salle ne puissent pas entendre- de quelle manière les bébés seraient réellement conçus -selon ses parents, il suscite une réaction de dégoût chez Baby Boss.)

   On est rapidement parti pour une confrontation entre le nouveau et Tim, qui ne supporte pas de voir ses parents consacrer désormais plus de temps à son petit frère. Il finit par découvrir qu'un complot se trame. Cela nous vaut de savoureux moments de bagarre enfantine. Mais le plus intéressant est que, pour une raison que je me garderai bien de révéler, les rivaux du jour vont finir par s'allier. Cela permet à l'intrigue de rebondir.

   Il y a quand même quelques temps morts, au coeur du film. Le personnage du chef d'entreprise (qui pourrait s'inspirer de Donald Trump) est assez superficiel. De plus, il m'a semblé que la partie intrigue policière manquait d'intensité par rapport à l'enjeu des rapports familiaux.

   Au niveau de l'animation, la qualité est au rendez-vous. Franchement, pour une comédie familiale, c'est très réussi. Les mouvements des personnages sont très travaillés, les décors souvent superbes, avec de jolis effets de transparence ou de déformation. Et puis il y a ces scènes fantasmagoriques, qui tentent de traduire à l'écran l'imagination enfantine. Les transitions fiction/réalité sont gérées avec beaucoup d'habileté.

   Bref, sans que cela soit le chef-d'oeuvre de l'année, ce film bien conçu fait passer un agréable moment.

23:57 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Baby Boss

   Produite par DreamWorks, cette animation a été réalisée par Tom McGrath, un type chevronné mais pas toujours bien inspiré. (On lui notamment la série des Madagascar.) L'originalité tient au scénario, inspiré d'un roman. Il est question des craintes d'un enfant face à l'arrivée d'un petit frère dans la famille. Evidemment, l'intrigue prend des détours pour traiter cette question sensible.

   Le biais le plus évident est celui de l'humour. Comme il est question de bébés, on s'attend à du pipi-caca-prout-vomi... et l'on n'est pas déçu ! Le fameux trou-de-balle est même au coeur de deux gags assez bien vus, le premier sur la fixation d'une tétine, le second sur la sortie d'une baudruche géante...

   Le début est tout mignon, avec cette usine à bébés, qui n'est pas sans rappeler Cigognes et compagnie... sauf qu'ici, les enfants ne sont pas livrés par les airs ! Le petit nouveau va débarquer... en taxi. (Plus tard, lorsque son nouveau grand frère Tim lui explique à voix basse, à l'oreille -pour que les bambins présents dans la salle ne puissent pas entendre- de quelle manière les bébés seraient réellement conçus -selon ses parents, il suscite une réaction de dégoût chez Baby Boss.)

   On est rapidement parti pour une confrontation entre le nouveau et Tim, qui ne supporte pas de voir ses parents consacrer désormais plus de temps à son petit frère. Il finit par découvrir qu'un complot se trame. Cela nous vaut de savoureux moments de bagarre enfantine. Mais le plus intéressant est que, pour une raison que je me garderai bien de révéler, les rivaux du jour vont finir par s'allier. Cela permet à l'intrigue de rebondir.

   Il y a quand même quelques temps morts, au coeur du film. Le personnage du chef d'entreprise (qui pourrait s'inspirer de Donald Trump) est assez superficiel. De plus, il m'a semblé que la partie intrigue policière manquait d'intensité par rapport à l'enjeu des rapports familiaux.

   Au niveau de l'animation, la qualité est au rendez-vous. Franchement, pour une comédie familiale, c'est très réussi. Les mouvements des personnages sont très travaillés, les décors souvent superbes, avec de jolis effets de transparence ou de déformation. Et puis il y a ces scènes fantasmagoriques, qui tentent de traduire à l'écran l'imagination enfantine. Les transitions fiction/réalité sont gérées avec beaucoup d'habileté.

   Bref, sans que cela soit le chef-d'oeuvre de l'année, ce film bien conçu fait passer un agréable moment.

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mardi, 04 avril 2017

Raid dingue

   J'ai fini par me décider à aller voir la nouvelle comédie de Dany Boon, dans laquelle (à l'image de ce que fait Tom Cruise dans Mission impossible) son personnage passe un peu au second plan, derrière celui de l'héroïne Joséphine, incarnée par Alice Pol. Celle-ci ne manque pas d'abattage et le but de l'histoire est évidemment de démontrer que la petite cruche pistonnée du début peut se muer en agent efficace du RAID.

   Pour en arriver là, il faudra qu'elle passe par une série d'humiliations, résultat des gaffes qu'elle commet à intervalle régulier. C'est là le problème. Si plusieurs scènes de gaffe sont drôles, en général, elles ont suscité en moi un certain malaise, tant le personnage est ridiculisé. Je pense notamment à la scène de "planque", dans un van banalisé. L'héroïne s'y comporte presque comme une débile mentale, avant de finalement contribuer à dénouer l'affaire. C'est assez représentatif de l'ensemble du film.

   Cela tient la route parce qu'Alice Pol est entourée d'une pléiade d'acteurs convaincants. On pense bien sûr à Dany Boon, mais aussi à François Levantal (excellent en patron du RAID), Michel Blanc (dans un rôle visiblement inspiré de L'Exercice de l'Etat), Sabine Azéma (un peu caricaturale) et surtout Yvan Attal, surprenant en terroriste serbe. A son sujet, je ne peux pas en dire trop, mais sachez qu'avec un acolyte, il est au coeur d'une séquence hilarante se déroulant pendant la Gay Pride. Et que dire du final dans le château de Vaux-le-Vicomte !

   Cette séquence est d'ailleurs fort bien mise en scène, avec visiblement de gros moyens. Cela donne un côté à la fois spectaculaire et paillettes à l'intrigue. D'autres éléments m'incitent à penser qu'on a produit ce film dans la perspective d'une exploitation internationale. A plusieurs reprises, la "qualité française" apparaît à l'écran, à travers les produits de luxe (bonjour le placement de marques !), les vues de Paris (en particulier de la Tour Eiffel) ou encore celles du château et du jardin de Vaux.

   Le film n'est toutefois pas exempt de recul critique. Déjà, il déconstruit les préjugés machistes (même si c'est d'une manière censée convenir aussi bien aux féministes qu'aux misogynes). Mais surtout, à l'occasion de plusieurs séquences, il se permet d'égratigner certains travers de notre époque. C'est tout d'abord la course à l'audience des chaînes d'info en continu qui est dénoncée, à travers le comportement de reporters de LCI... qui est une chaîne du groupe TF1, coproducteur du film ! Bien que ce soit visiblement l'attitude de BFM TV que l'on vise, il est intéressant de constater que Dany Boon semble avoir eu les mains relativement libres au niveau du scénario.

   Plus loin, dans la séquence de Vaux-le-Vicomte, ce sont les fastes de la République, réservés aux puissants de ce monde et aux happy few qui figurent sur la liste des invités, qui sont (discrètement) pointés du doigt. De manière plus évidente, ce film fait l'éloge de l'engagement civique (celui des policiers du RAID), qui dépasse les préoccupations carriéristes et l'appât du gain. Pour une comédie populaire a priori sans ambition, ce n'est déjà pas si mal.

02:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Raid dingue

   J'ai fini par me décider à aller voir la nouvelle comédie de Dany Boon, dans laquelle (à l'image de ce que fait Tom Cruise dans Mission impossible) son personnage passe un peu au second plan, derrière celui de l'héroïne Joséphine, incarnée par Alice Pol. Celle-ci ne manque pas d'abattage et le but de l'histoire est évidemment de démontrer que la petite cruche pistonnée du début peut se muer en agent efficace du RAID.

   Pour en arriver là, il faudra qu'elle passe par une série d'humiliations, résultat des gaffes qu'elle commet à intervalle régulier. C'est là le problème. Si plusieurs scènes de gaffe sont drôles, en général, elles ont suscité en moi un certain malaise, tant le personnage est ridiculisé. Je pense notamment à la scène de "planque", dans un van banalisé. L'héroïne s'y comporte presque comme une débile mentale, avant de finalement contribuer à dénouer l'affaire. C'est assez représentatif de l'ensemble du film.

   Cela tient la route parce qu'Alice Pol est entourée d'une pléiade d'acteurs convaincants. On pense bien sûr à Dany Boon, mais aussi à François Levantal (excellent en patron du RAID), Michel Blanc (dans un rôle visiblement inspiré de L'Exercice de l'Etat), Sabine Azéma (un peu caricaturale) et surtout Yvan Attal, surprenant en terroriste serbe. A son sujet, je ne peux pas en dire trop, mais sachez qu'avec un acolyte, il est au coeur d'une séquence hilarante se déroulant pendant la Gay Pride. Et que dire du final dans le château de Vaux-le-Vicomte !

   Cette séquence est d'ailleurs fort bien mise en scène, avec visiblement de gros moyens. Cela donne un côté à la fois spectaculaire et paillettes à l'intrigue. D'autres éléments m'incitent à penser qu'on a produit ce film dans la perspective d'une exploitation internationale. A plusieurs reprises, la "qualité française" apparaît à l'écran, à travers les produits de luxe (bonjour le placement de marques !), les vues de Paris (en particulier de la Tour Eiffel) ou encore celles du château et du jardin de Vaux.

   Le film n'est toutefois pas exempt de recul critique. Déjà, il déconstruit les préjugés machistes (même si c'est d'une manière censée convenir aussi bien aux féministes qu'aux misogynes). Mais surtout, à l'occasion de plusieurs séquences, il se permet d'égratigner certains travers de notre époque. C'est tout d'abord la course à l'audience des chaînes d'info en continu qui est dénoncée, à travers le comportement de reporters de LCI... qui est une chaîne du groupe TF1, coproducteur du film ! Bien que ce soit visiblement l'attitude de BFM TV que l'on vise, il est intéressant de constater que Dany Boon semble avoir eu les mains relativement libres au niveau du scénario.

   Plus loin, dans la séquence de Vaux-le-Vicomte, ce sont les fastes de la République, réservés aux puissants de ce monde et aux happy few qui figurent sur la liste des invités, qui sont (discrètement) pointés du doigt. De manière plus évidente, ce film fait l'éloge de l'engagement civique (celui des policiers du RAID), qui dépasse les préoccupations carriéristes et l'appât du gain. Pour une comédie populaire a priori sans ambition, ce n'est déjà pas si mal.

02:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 03 avril 2017

Ghost in the shell

   Entre hommage et pompage, cette superproduction internationale s'inspire d'un des plus célèbres mangas, objet déjà de deux adaptations en long-métrage d'animation, que beaucoup considèrent comme des chefs-d'oeuvre.

   Le début est un décalque du premier de ces films, puisqu'il nous montre la (re)naissance du personnage principal, le Major, mélange de femme et d'androïde de dernière génération. Il manque la musique hypnotique de l'original, dont on peut entendre quelques bribes dans le film et un extrait un peu plus long dans le générique de fin. Décalquée aussi est la scène qui montre la première intervention de l'héroïne, qui se laisse tomber du haut d'un immeuble.

   Du coup, même si l'intrigue est travaillée (avec cette quête des origines qui vaut mieux que ce qu'on en a dit), pour les vieux fans comme moi, cela a un air de déjà-vu. Je reconnais néanmoins que les effets visuels sont parfois splendides... et, pour une fois, la 3D doit apporter quelque chose au film. La mégapole illuminée et grouillant de publicités holographiques est un personnage à elle seule.

   Cependant, je n'ai pas été convaincu par l'interprétation de Scarlett Johansson. On sent qu'elle a fait de gros efforts pour rendre crédible son personnage. Mais elle n'est pas assez grande pour le rôle et, surtout, elle dégage peu de mystère.

   Il reste quand même les scènes d'action, spectaculaires, l'intrigue policière, assez prenante, et les effets visuels. C'est tout à fait correct, mais cela n'a pas la magie de l'original. Aux jeunes spectateurs, je conseillerais de voir d'abord ce long-métrage, pour préserver le plaisir de la nouveauté, mais d'ensuite visionner (en V.O. sous-titrée) les films d'animation (surtout le premier), qui sont d'un autre niveau.

00:16 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Ghost in the shell

   Entre hommage et pompage, cette superproduction internationale s'inspire d'un des plus célèbres mangas, objet déjà de deux adaptations en long-métrage d'animation, que beaucoup considèrent comme des chefs-d'oeuvre.

   Le début est un décalque du premier de ces films, puisqu'il nous montre la (re)naissance du personnage principal, le Major, mélange de femme et d'androïde de dernière génération. Il manque la musique hypnotique de l'original, dont on peut entendre quelques bribes dans le film et un extrait un peu plus long dans le générique de fin. Décalquée aussi est la scène qui montre la première intervention de l'héroïne, qui se laisse tomber du haut d'un immeuble.

   Du coup, même si l'intrigue est travaillée (avec cette quête des origines qui vaut mieux que ce qu'on en a dit), pour les vieux fans comme moi, cela a un air de déjà-vu. Je reconnais néanmoins que les effets visuels sont parfois splendides... et, pour une fois, la 3D doit apporter quelque chose au film. La mégapole illuminée et grouillant de publicités holographiques est un personnage à elle seule.

   Cependant, je n'ai pas été convaincu par l'interprétation de Scarlett Johansson. On sent qu'elle a fait de gros efforts pour rendre crédible son personnage. Mais elle n'est pas assez grande pour le rôle et, surtout, elle dégage peu de mystère.

   Il reste quand même les scènes d'action, spectaculaires, l'intrigue policière, assez prenante, et les effets visuels. C'est tout à fait correct, mais cela n'a pas la magie de l'original. Aux jeunes spectateurs, je conseillerais de voir d'abord ce long-métrage, pour préserver le plaisir de la nouveauté, mais d'ensuite visionner (en V.O. sous-titrée) les films d'animation (surtout le premier), qui sont d'un autre niveau.

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samedi, 01 avril 2017

The Lost City of Z

   James Gray s'est lancé dans le récit de la vie adulte de Percy Fawcett, officier et explorateur britannique, qui a voué sa vie à la quête d'une mystérieuse cité, non pas faite d'or, mais incarnation d'une ancienne civilisation amazonienne.

   Dans le rôle-titre, Charlie Hunnam (très bon au demeurant) apparaît comme un succédané de Brad Pitt, dont la participation fut un temps envisagée (et qui s'est "contenté" de produire le film). A ses côtés, on trouve l'excellente Sienna Miller, que les mâles hétérosexuels (cinéphiles) en rut ont récemment pu apprécier dans American Sniper et High-Rise. Blague à part, son personnage revêt une importance capitale. A travers elle, on mesure (au cas où on l'ignorerait) à quel point la place de la femme dans la bonne société britannique du début du XXe siècle était contrainte. Pourtant, c'est elle qui aide le héros à monter son projet et c'est encore elle qui fait une découverte capitale (un texte qui apporte un semblant de fondement aux théories de son mari). Malgré cela, lors des conférences de la Royal Society of Geography, elle est confinée à l'écart, en compagnie des autres femmes...

   Au niveau de la mise en scène, c'est plutôt réussi. De nombreuses scènes "britanniques" ressuscitent l'ambiance intimiste que James Gray sait si bien camper. Par contre, la séquence de guerre (qui se déroule en 1916, sur la Somme) est assez convenue. Certes, l'atmosphère mêlée de courage et de trouille est bien restituée mais, au cours de l'attaque qui nous est montrée, les combattants de Sa Majesté se "mangent" la mitrailleuse, les obus, le lance-flamme et les gaz... a little too much, indeed.

   Fort heureusement, dès que l'action a pour cadre l'Amérique du Sud, c'est excellent. La direction d'acteurs est au poil et certains plans témoignent d'un grand savoir-faire. Le premier morceau de bravoure est l'attaque de piranhas. Mais mon moment préféré est cette cérémonie initiatique nocturne, dont on ne sait pas où elle va nous mener. Fascinant et mystérieux.

   Sur le fond, on a un peu de mal à cerner le héros. Il a un petit côté illuminé. Mais je le comprends. Rejeton de la bonne société (mais pas de la haute aristocratie, ce qu'on lui fait bien sentir), il ne se résigne pas à une vie de notable rangé, époux attentionné et bon père de famille. Il a besoin d'autre chose. De plus, intellectuellement parlant, il est consterné par la fermeture d'esprit de nombre de ses contemporains.

   Ses aventures en Amérique du Sud font clairement référence à des mythes et à des films connus. On pense à Aguirre, à El Dorado, à Apocalypse now... et aussi à Don Quichotte. Même si le film souffre de certaines longueurs, je trouve que c'est une oeuvre intéressante, qui ne se limite pas à l'évocation de la vie méconnue d'un explorateur obstiné (qui a même inspiré un personnage de L'Oreille cassée à Hergé).

The Lost City of Z

   James Gray s'est lancé dans le récit de la vie adulte de Percy Fawcett, officier et explorateur britannique, qui a voué sa vie à la quête d'une mystérieuse cité, non pas faite d'or, mais incarnation d'une ancienne civilisation amazonienne.

   Dans le rôle-titre, Charlie Hunnam (très bon au demeurant) apparaît comme un succédané de Brad Pitt, dont la participation fut un temps envisagée (et qui s'est "contenté" de produire le film). A ses côtés, on trouve l'excellente Sienna Miller, que les mâles hétérosexuels (cinéphiles) en rut ont récemment pu apprécier dans American Sniper et High-Rise. Blague à part, son personnage revêt une importance capitale. A travers elle, on mesure (au cas où on l'ignorerait) à quel point la place de la femme dans la bonne société britannique du début du XXe siècle était contrainte. Pourtant, c'est elle qui aide le héros à monter son projet et c'est encore elle qui fait une découverte capitale (un texte qui apporte un semblant de fondement aux théories de son mari). Malgré cela, lors des conférences de la Royal Society of Geography, elle est confinée à l'écart, en compagnie des autres femmes...

   Au niveau de la mise en scène, c'est plutôt réussi. De nombreuses scènes "britanniques" ressuscitent l'ambiance intimiste que James Gray sait si bien camper. Par contre, la séquence de guerre (qui se déroule en 1916, sur la Somme) est assez convenue. Certes, l'atmosphère mêlée de courage et de trouille est bien restituée mais, au cours de l'attaque qui nous est montrée, les combattants de Sa Majesté se "mangent" la mitrailleuse, les obus, le lance-flamme et les gaz... a little too much, indeed.

   Fort heureusement, dès que l'action a pour cadre l'Amérique du Sud, c'est excellent. La direction d'acteurs est au poil et certains plans témoignent d'un grand savoir-faire. Le premier morceau de bravoure est l'attaque de piranhas. Mais mon moment préféré est cette cérémonie initiatique nocturne, dont on ne sait pas où elle va nous mener. Fascinant et mystérieux.

   Sur le fond, on a un peu de mal à cerner le héros. Il a un petit côté illuminé. Mais je le comprends. Rejeton de la bonne société (mais pas de la haute aristocratie, ce qu'on lui fait bien sentir), il ne se résigne pas à une vie de notable rangé, époux attentionné et bon père de famille. Il a besoin d'autre chose. De plus, intellectuellement parlant, il est consterné par la fermeture d'esprit de nombre de ses contemporains.

   Ses aventures en Amérique du Sud font clairement référence à des mythes et à des films connus. On pense à Aguirre, à El Dorado, à Apocalypse now... et aussi à Don Quichotte. Même si le film souffre de certaines longueurs, je trouve que c'est une oeuvre intéressante, qui ne se limite pas à l'évocation de la vie méconnue d'un explorateur obstiné (qui a même inspiré un personnage de L'Oreille cassée à Hergé).

jeudi, 30 mars 2017

Paula

   Sous ce titre se cache un biopic germanique, signé Christian Schowchow, auquel on doit notamment De l'autre côté du mur. Cette fois-ci, le cinéaste a porté son attention sur Paula Modersohn-Becker, une peintre méconnue en France, mais célèbre outre-Rhin, en dépit de sa brève carrière.

   La première partie nous fait découvrir une jeune femme issue de la bourgeoisie de province, qui aspire à autre chose qu'un mariage conventionnel ou un emploi rébarbatif en ville. Douée pour le dessin, elle côtoie de petits peintres locaux, qui parfois se prennent pour de grands artistes. La réalisation est très académique. Ce que l'on voit à l'écran est très joli (en particulier les paysages, qui semblent sortis de tableaux impressionnistes), mais cette vie suinte l'ennui, sentiment qui gagne hélas le spectateur.

   Le rythme (et la photographie) changent dans la deuxième partie de l'histoire, au cours de laquelle on suit l'héroïne (brillamment interprétée par Carla Juri) dans sa tentative pour percer à Paris, à la toute fin du XIXe et au début du XXe siècle. Elle va croiser quantité d'artistes plus ou moins connus, dans la Ville-lumière, véritable carrefour culturel de l'époque. Se détachant du classicisme de sa formation (en même temps qu'elle adopte un mode de vie beaucoup plus libre qu'auparavant), elle va trouver son style. La réalisation s'adapte au ton de cette partie, plus gai et plein de vie.

   L'ambiance change à nouveau dans la troisième partie, que je n'ai guère appréciée. Des longueurs se font sentir. A mon humble avis, il aurait fallu remonter certains éléments. Du coup, je suis sorti de là un peu déçu, alors que c'est incontestablement un film qui mérite le détour.

   P.S.

   Les amateurs de clins d'oeil et d'anecdotes tendront l'oreille, vers la fin. Confronté à de grandes difficultés, l'un des personnages s'exclame (dans la version originale) : "Wir schaffen das". Pour tout germanophone et/ou germanophile qui se respecte, cette formule est une allusion à la chancelière Angela Merkel, qui l'a employée notamment à propos de l'accueil des réfugiés syriens migrants originaires d'Afrique et d'Asie. Cela peut se traduire par "On va y arriver" ou "On va gérer le problème". Par dérision, certains commentateurs se sont mis à l'utiliser pour parler d'un problème dont la solution pourrait tarder à venir...

00:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, art, peinture