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jeudi, 15 juin 2017

Le Roi Arthur - La Légende d'Excalibur

   C'est à Guy Ritchie (réalisateur de Sherlock Holmes et, surtout, d'Agents très spéciaux) qu'a échu la tâche de revivifier la légende arthurienne, dans ce qui semble être le premier opus d'une série en construction. Il a imprimé sa marque sur l'histoire, lui donnant un tour furieux, parfois hyperviolent, le tout servi par d'excellents effets spéciaux et une musique clinquante (un peu comme dans 300).

   Incontestablement, il y a du savoir-faire. Les amateurs d'imagerie médiévale à la sauce jeux vidéo seront comblés, ainsi que ceux que régaleront les péripéties du scénario... à condition de ne (presque) rien connaître de la légende arthurienne.

   C'est là un gros problème. Sous prétexte de moderniser l'intrigue, on a littéralement saccagé les récits de chevalerie. Dès le début, dans une séquence pourtant éblouissante sur le plan visuel (avec de gigantesques éléphants démoniaques), on est dans la supercherie, avec un "méchant" appelé Mordred... mais qui est un mage maléfique, non le fils d'Arthur... et pour cause, puisqu'il a pour rival Uther Pendragon qui, selon les mythes, était le père d'Arthur. La mort de ce père s'écarte aussi des schémas légendaires, dans le but de mettre valeur le personnage de Vortigern (Jude Law, très très vilain).

   Mais le pire est à venir. L'origine de l'épée Excalibur n'est pas vraiment expliquée. Si j'ai plutôt bien aimé la représentation de son pouvoir magique, le lien avec la Dame du Lac arrive comme un cheveu sur la soupe, de manière très scolaire, comme une obligation par laquelle il fallait passer mais dont on n'a pas trop su quoi faire.

   Et Merlin dans tout cela, me demanderez-vous ? Ben, rien, ou presque. Il est bien question de mages dans l'histoire et il est même fait allusion à l'un d'entre eux, mais nulle part il n'apparaît physiquement dans le film, alors qu'il est intimement lié à Excalibur. Par contre, on nous présente une sorte de "Merline" (bien interprétée par Astrid Bergès-Frisbey, une Frenchie remarquée dans Pirates des Caraïbes IV)... mais il s'agit en réalité de Guenièvre, qui n'a rien d'une magicienne dans la légende arthurienne !

   Si vous êtes capables de faire abstraction du gloubi-boulga mythologique que constitue le scénario, vous pourrez prendre du plaisir à ce film d'action violent (et quasiment sans humour), sinon... attendez plutôt la sortie de Baywatch !

16:41 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 13 juin 2017

Je danserai si je veux

   C'est le bouche-à-oreille qui m'a poussé à aller voir ce long-métrage signé par une Palestinienne et produit par l'Israélien Shlomi Elkabetz, auquel on doit Le Procès de Viviane Amsalem. Après avoir vu le film, on comprend ce qui réunit ses promoteurs, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens : la dénonciation des sociétés patriarcales en général et du machisme en particulier.

   L'intrigue se situe dans un univers méconnu par le public occidental, celui des Arabes israéliens, les descendants des Palestiniens qui ont continué à vivre dans les limites de l'Etat israélien créé en 1948-1949. Les cinéphiles en ont déjà rencontré au cinéma, dans Ajami, Héritage et, plus récemment, le documentaire Dancing in Jaffa. (Pour la petite histoire, sachez que le comédien qui interprète le héros du récent Chanteur de Gaza est lui-même un Arabe israélien.) L'action se déroule à Tel-Aviv, la grande ville laïque de la côte méditerranéenne, où toutes les populations se mélangent et tous les comportements sont possibles...

   On va plus particulièrement suivre trois femmes, très différentes, mais qui, toutes, vont se retrouver confrontées à la domination masculine. En réalité, elles sont quatre, puisque la meilleure amie de deux d'entre elles (et cousine de la troisième) se marie dans la première partie du film. Celui-ci débute par les conseils à la future mariée : sois belle et obéis, un mantra qui nous paraît inacceptable dans un monde civilisé.

   Je trouve que la caractérisation des trois héroïnes est un peu manichéenne. Laila est une avocate célibataire, libre comme l'air et belle à tomber. Salma, adepte du piercing, travaille dans un restaurant, est un petit peu moins jolie, mais mène sa vie privée comme elle l'entend. Nour est une étudiante en informatique boulotte, issue d'une famille musulmane intégriste. Elle est promise en mariage à un cousin, visiblement proche des idées du Hamas palestinien. En gros, moins l'héroïne est jolie, moins elle est libre.

   Cela devient intéressant quand, une fois le dispositif mis en place, les choses commencent à évoluer. L'avocate en a un peu assez de sa vie de patachon et cherche à se caser... sans se renier. Salma la chrétienne se cherche, écartelée entre ses désirs et la pression de ses parents plutôt conservateurs, qui n'imaginent pas quelle vie mène leur fille à Tel-Aviv. Quant à Nour, venue de la campagne, elle découvre un monde nouveau... et la camaraderie féminine.

   Car ces trois femmes que beaucoup de choses séparent vont finir par s'entraider. Je ne peux révéler pourquoi, mais sachez que l'une d'entre elles va subir un traumatisme. A un moment, j'ai craint que l'on tombe dans le film de vengeance, mais c'est plus subtil que cela, la réalisatrice Maysaloun Hamoud tenant visiblement à donner sa chance à chacun de ses personnages, y compris masculins.

   Au-delà du contexte palestinien, elle a créé un film de portée universelle, qui parlera aussi bien aux gamines de banlieue française qu'aux hindoues de Delhi... et aux hommes du monde entier !

Je danserai si je veux

   C'est le bouche-à-oreille qui m'a poussé à aller voir ce long-métrage signé par une Palestinienne et produit par l'Israélien Shlomi Elkabetz, auquel on doit Le Procès de Viviane Amsalem. Après avoir vu le film, on comprend ce qui réunit ses promoteurs, qu'ils soient musulmans, juifs ou chrétiens : la dénonciation des sociétés patriarcales en général et du machisme en particulier.

   L'intrigue se situe dans un univers méconnu par le public occidental, celui des Arabes israéliens, les descendants des Palestiniens qui ont continué à vivre dans les limites de l'Etat israélien créé en 1948-1949. Les cinéphiles en ont déjà rencontré au cinéma, dans Ajami, Héritage et, plus récemment, le documentaire Dancing in Jaffa. (Pour la petite histoire, sachez que le comédien qui interprète le héros du récent Chanteur de Gaza est lui-même un Arabe israélien.) L'action se déroule à Tel-Aviv, la grande ville laïque de la côte méditerranéenne, où toutes les populations se mélangent et tous les comportements sont possibles...

   On va plus particulièrement suivre trois femmes, très différentes, mais qui, toutes, vont se retrouver confrontées à la domination masculine. En réalité, elles sont quatre, puisque la meilleure amie de deux d'entre elles (et cousine de la troisième) se marie dans la première partie du film. Celui-ci débute par les conseils à la future mariée : sois belle et obéis, un mantra qui nous paraît inacceptable dans un monde civilisé.

   Je trouve que la caractérisation des trois héroïnes est un peu manichéenne. Laila est une avocate célibataire, libre comme l'air et belle à tomber. Salma, adepte du piercing, travaille dans un restaurant, est un petit peu moins jolie, mais mène sa vie privée comme elle l'entend. Nour est une étudiante en informatique boulotte, issue d'une famille musulmane intégriste. Elle est promise en mariage à un cousin, visiblement proche des idées du Hamas palestinien. En gros, moins l'héroïne est jolie, moins elle est libre.

   Cela devient intéressant quand, une fois le dispositif mis en place, les choses commencent à évoluer. L'avocate en a un peu assez de sa vie de patachon et cherche à se caser... sans se renier. Salma la chrétienne se cherche, écartelée entre ses désirs et la pression de ses parents plutôt conservateurs, qui n'imaginent pas quelle vie mène leur fille à Tel-Aviv. Quant à Nour, venue de la campagne, elle découvre un monde nouveau... et la camaraderie féminine.

   Car ces trois femmes que beaucoup de choses séparent vont finir par s'entraider. Je ne peux révéler pourquoi, mais sachez que l'une d'entre elles va subir un traumatisme. A un moment, j'ai craint que l'on tombe dans le film de vengeance, mais c'est plus subtil que cela, la réalisatrice Maysaloun Hamoud tenant visiblement à donner sa chance à chacun de ses personnages, y compris masculins.

   Au-delà du contexte palestinien, elle a créé un film de portée universelle, qui parlera aussi bien aux gamines de banlieue française qu'aux hindoues de Delhi... et aux hommes du monde entier !

dimanche, 11 juin 2017

Le Chanteur de Gaza

   A partir d'une histoire vraie, le réalisateur Hany Abu-Assad (connu pour Le Mariage de Rana, Paradise Now et Omar) a bâti une fiction à caractère documentaire. Son originalité réside dans sa première partie, qui décrit l'enfance du héros à Gaza. On y (re)découvre les galères du quotidien et l'art de la débrouille d'une bande de copains qui rêve de faire carrière dans la musique. Ce n'est pas toujours très bien joué, mais il y a un certain souffle.

   L'arrière-plan politique est présent mais pas de manière ostensible. A plusieurs occasions, il est fait allusion au blocus israélien. On sent aussi les tensions entre Palestiniens, selon qu'ils penchent pour l'OLP ou le Hamas. La famille du héros se trouve visiblement dans le premier camp : dans la chambre du fils, on ne peut pas ne pas remarquer le poster de Yasser Arafat. A travers plusieurs détails, on cherche à nous faire comprendre que cette famille est celle de "Palestiniens moyens", pas franchement traditionalistes.

   La seconde partie nous transporte à l'époque récente, lorsque le héros est devenu adulte. Pour gagner sa vie, il fait le taxi, mais il espère toujours percer dans la chanson. Notons que l'acteur qui incarne Mohammed Assaf est un beau gosse, qui a de la voix... et, pour ce qu'on peut en voir (et entendre) à la toute fin du film, c'est conforme à la réalité. Le réalisateur n'en fait pas un saint pour autant. Le jeune homme est caractériel, un peu capricieux. Mais il étouffe à Gaza, où il ne se voit aucun avenir, à cause du blocus israélien... et de la férule du Hamas, qui ne nous est montrée que sous le prisme de la méfiance des religieux pour les chansons profanes.

   L'objectif du réalisateur est plutôt de montrer ce qui unit les Palestiniens que ce qui les divise. Il évite donc d'insister sur la dictature religieuse exercée par le Hamas... et de montrer trop de femmes (intégralement) voilées. Pour incarner la petite amie du héros, il a choisi une actrice que l'on pourrait prendre pour une Européenne... et qui s'habille avec une liberté que bien des femmes de la région lui envieraient. Et puis il y a ce détail... oh, pas grand chose, juste un pendentif, une sorte de porte-bonheur que le héros a attaché au rétroviseur intérieur de sa voiture-taxi : il a la forme d'une carte, celle de la Palestine mandataire (ante-1948). C'est indirectement la revendication (pour les Palestiniens) de l'intégralité de ce territoire et l'expression du désir de voir disparaître Israël.

   La suite de l'histoire prend un tour sirupeux. Tout va finalement contribuer à la réussite du jeune homme, des douaniers du Hamas finalement compréhensifs aux organisateurs du concours égyptien, vite emballés par ce chanteur palestinien, dont on sent qu'il pourrait contribuer à doper l'audience de l'émission (un aspect de son parcours que le réalisateur se garde de souligner). Là, franchement, c'est souvent mal joué et très appuyé. Le seul moment de cinéma est la séquence qui voit le héros douter, assailli par la responsabilité qui pèse sur ses épaules : les médias ont fait de lui (qui ne rêve que de chanter) le porte-parole de la Palestine. Le film a au moins le mérite de nous faire comprendre qu'une émission de divertissement plutôt bas-du-plafond peut comporter des enjeux géopolitiques qui la dépassent. Mais on est très loin des précédentes oeuvres du réalisateur.

Le Chanteur de Gaza

   A partir d'une histoire vraie, le réalisateur Hany Abu-Assad (connu pour Le Mariage de Rana, Paradise Now et Omar) a bâti une fiction à caractère documentaire. Son originalité réside dans sa première partie, qui décrit l'enfance du héros à Gaza. On y (re)découvre les galères du quotidien et l'art de la débrouille d'une bande de copains qui rêve de faire carrière dans la musique. Ce n'est pas toujours très bien joué, mais il y a un certain souffle.

   L'arrière-plan politique est présent mais pas de manière ostensible. A plusieurs occasions, il est fait allusion au blocus israélien. On sent aussi les tensions entre Palestiniens, selon qu'ils penchent pour l'OLP ou le Hamas. La famille du héros se trouve visiblement dans le premier camp : dans la chambre du fils, on ne peut pas ne pas remarquer le poster de Yasser Arafat. A travers plusieurs détails, on cherche à nous faire comprendre que cette famille est celle de "Palestiniens moyens", pas franchement traditionalistes.

   La seconde partie nous transporte à l'époque récente, lorsque le héros est devenu adulte. Pour gagner sa vie, il fait le taxi, mais il espère toujours percer dans la chanson. Notons que l'acteur qui incarne Mohammed Assaf est un beau gosse, qui a de la voix... et, pour ce qu'on peut en voir (et entendre) à la toute fin du film, c'est conforme à la réalité. Le réalisateur n'en fait pas un saint pour autant. Le jeune homme est caractériel, un peu capricieux. Mais il étouffe à Gaza, où il ne se voit aucun avenir, à cause du blocus israélien... et de la férule du Hamas, qui ne nous est montrée que sous le prisme de la méfiance des religieux pour les chansons profanes.

   L'objectif du réalisateur est plutôt de montrer ce qui unit les Palestiniens que ce qui les divise. Il évite donc d'insister sur la dictature religieuse exercée par le Hamas... et de montrer trop de femmes (intégralement) voilées. Pour incarner la petite amie du héros, il a choisi une actrice que l'on pourrait prendre pour une Européenne... et qui s'habille avec une liberté que bien des femmes de la région lui envieraient. Et puis il y a ce détail... oh, pas grand chose, juste un pendentif, une sorte de porte-bonheur que le héros a attaché au rétroviseur intérieur de sa voiture-taxi : il a la forme d'une carte, celle de la Palestine mandataire (ante-1948). C'est indirectement la revendication (pour les Palestiniens) de l'intégralité de ce territoire et l'expression du désir de voir disparaître Israël.

   La suite de l'histoire prend un tour sirupeux. Tout va finalement contribuer à la réussite du jeune homme, des douaniers du Hamas finalement compréhensifs aux organisateurs du concours égyptien, vite emballés par ce chanteur palestinien, dont on sent qu'il pourrait contribuer à doper l'audience de l'émission (un aspect de son parcours que le réalisateur se garde de souligner). Là, franchement, c'est souvent mal joué et très appuyé. Le seul moment de cinéma est la séquence qui voit le héros douter, assailli par la responsabilité qui pèse sur ses épaules : les médias ont fait de lui (qui ne rêve que de chanter) le porte-parole de la Palestine. Le film a au moins le mérite de nous faire comprendre qu'une émission de divertissement plutôt bas-du-plafond peut comporter des enjeux géopolitiques qui la dépassent. Mais on est très loin des précédentes oeuvres du réalisateur.

samedi, 10 juin 2017

Conspiracy

   Ce thriller complotiste bénéficie d'une distribution haut-de-gamme avec Lisbeth Salander Noomi Rapace (bondissante comme jamais), Toni Collette (en femme de pouvoir), Michael Douglas (en vieux routier qui en a sous la semelle), John Malkovich (auquel le rôle de chef d'antenne de la CIA convient parfaitement) et Orlando Bloom (excellent en cambrioleur plus ou moins gentleman).

   Le début suit la trame classique de la lutte des services secrets contre l'islamo-fascisme. C'est bien fichu et prenant... sauf, qu'au bout d'environ une demi-heure, l'héroïne (puis les spectateurs) comprend que quelque chose cloche. A ce moment-là, l'intrigue bascule dans du sous-Greengrass. Force est de constater que, comme metteur en scène, Michael Apted n'arrive pas à la cheville du modèle.

   Evidemment, il y a un traître. Evidemment, il y a de la baston dans l'air. Evidemment, l'héroïne va être blessée (mais pas trop quand même, hein). Evidemment, elle va être trompée. Evidemment, elle va être aidée. Evidemment, elle va finir par triompher.

   On pourrait se dire que ce ne sont que des resucées mais, qu'après tout, il reste le plaisir de découvrir qui a monté cette conspiration. Ben, là aussi, c'est décevant. Je ne voudrais pas avoir l'air de me vanter, mais j'ai vite compris à propos de qui il y avait anguille sous roche. On s'en rend compte quand, au cours d'une scène d'action filmée en plans rapprochés, tout à coup, la caméra s'éloigne pour filmer un événement pourtant capital pour la suite de l'histoire. Aux amateurs de littérature policière, je conseille de rechercher du côté de Dix Petits Nègres...

   Tout ça pour quoi ? Pour suggérer que, derrière les attentats islamistes, il y a de méchants Occidentaux et qu'il existe de "gentils" intégristes... On n'est pas obligé de souscrire à cette géopolitique de comptoir.

10:46 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Conspiracy

   Ce thriller complotiste bénéficie d'une distribution haut-de-gamme avec Lisbeth Salander Noomi Rapace (bondissante comme jamais), Toni Collette (en femme de pouvoir), Michael Douglas (en vieux routier qui en a sous la semelle), John Malkovich (auquel le rôle de chef d'antenne de la CIA convient parfaitement) et Orlando Bloom (excellent en cambrioleur plus ou moins gentleman).

   Le début suit la trame classique de la lutte des services secrets contre l'islamo-fascisme. C'est bien fichu et prenant... sauf, qu'au bout d'environ une demi-heure, l'héroïne (puis les spectateurs) comprend que quelque chose cloche. A ce moment-là, l'intrigue bascule dans du sous-Greengrass. Force est de constater que, comme metteur en scène, Michael Apted n'arrive pas à la cheville du modèle.

   Evidemment, il y a un traître. Evidemment, il y a de la baston dans l'air. Evidemment, l'héroïne va être blessée (mais pas trop quand même, hein). Evidemment, elle va être trompée. Evidemment, elle va être aidée. Evidemment, elle va finir par triompher.

   On pourrait se dire que ce ne sont que des resucées mais, qu'après tout, il reste le plaisir de découvrir qui a monté cette conspiration. Ben, là aussi, c'est décevant. Je ne voudrais pas avoir l'air de me vanter, mais j'ai vite compris à propos de qui il y avait anguille sous roche. On s'en rend compte quand, au cours d'une scène d'action filmée en plans rapprochés, tout à coup, la caméra s'éloigne pour filmer un événement pourtant capital pour la suite de l'histoire. Aux amateurs de littérature policière, je conseille de rechercher du côté de Dix Petits Nègres...

   Tout ça pour quoi ? Pour suggérer que, derrière les attentats islamistes, il y a de méchants Occidentaux et qu'il existe de "gentils" intégristes... On n'est pas obligé de souscrire à cette géopolitique de comptoir.

10:46 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 09 juin 2017

Django

   La critique a fait la fine bouche devant ce portrait du musicien tsigane pendant la Seconde guerre mondiale. Je me suis décidé à aller voir ce film pour plusieurs raisons : la présence d'acteurs que j'apprécie au générique, l'envie d'entendre la musique "manouche" et l'intuition qu'Etienne Comar (le réalisateur) n'avait pas fait un travail de sagouin.

   Je reconnais qu'il y a quelques maladresses, peut-être dues au montage. Le film durant déjà presque deux heures, on a visiblement pratiqué quelques coupes, pas toujours judicieusement choisies. Ainsi, durant la scène qui voit l'un des musiciens du groupe parisien de Django refuser de le suivre en Suisse, les deux hommes sont d'abord assis face-à-face, avant que le musicien ne se lève. L'instant d'après, il est dans les bras de Django, que l'on n'a pas vu se lever. Cela fait une drôle d'impression. Un peu plus loin, c'est la découverte puis l'inhumation du cadavre d'un petit personnage qui est traitée de manière cavalière, au point que cela nuit à la compréhension de ce moment de l'histoire.

   Ces réserves émises, le film est de bonne facture, avec quelques effets de mise en scène, notamment dans l'excellente séquence du dîner-spectacle, dans la riche demeure des bords du lac Léman. Je pense, entre autres, à l'arrivée des musiciens, que l'on voit déboucher en haut d'un escalier puis entrer dans une pièce où les attend une sorte de maître d'hôtel, dont on ne voit que le visage, par reflet, dans un miroir. C'est dire toute la distance symbolique qui le sépare des Tsiganes pourtant si proches de lui à cet instant. Peu avant le concert, c'est le jeu des pieds qui transmet certains sentiments.

   C'est de plus bien joué. Reda Kateb est très bon en Django, dont il a tenté d'imiter la gestuelle musicale, de manière convaincante. Face à lui, Cécile de France se débrouille bien, malgré le mauvais traitement que subit son personnage. C'est une mondaine, qui évolue entre résistance et collaboration "horizontale". Son personnage aurait mérité d'être un peu plus fouillé. C'est une autre femme qui rayonne sur le film : la mère du héros, incarnée par Bimbam Merstein, un mélange de babouchka et de mère juive polyglotte, possessive et caractérielle... adorable !

   Notons que le film ne fait pas du musicien un saint. Celui-ci pense essentiellement à son art, à l'alcool et au poker. Il est présenté comme égocentrique et, au départ, peu soucieux du contexte politique dans lequel il évolue. Incidemment, l'intrigue montre que l'occupation allemande a servi sa carrière : dans le Paris de l'époque, les jazzmen américains sont interdits, tout comme les musiciens juifs...

   Ce film réunit donc les qualités de plusieurs genres : le film de guerre (avec des nazis redoutables... et des collabos minables), le film musical (excellent), le film d'amour (moyen) et le film à suspense, cette histoire étant relativement méconnue. C'est aussi l'occasion de rappeler que deux génocides ont été perpétrés pendant la guerre : celui des juifs et celui des Tsiganes.

Django

   La critique a fait la fine bouche devant ce portrait du musicien tsigane pendant la Seconde guerre mondiale. Je me suis décidé à aller voir ce film pour plusieurs raisons : la présence d'acteurs que j'apprécie au générique, l'envie d'entendre la musique "manouche" et l'intuition qu'Etienne Comar (le réalisateur) n'avait pas fait un travail de sagouin.

   Je reconnais qu'il y a quelques maladresses, peut-être dues au montage. Le film durant déjà presque deux heures, on a visiblement pratiqué quelques coupes, pas toujours judicieusement choisies. Ainsi, durant la scène qui voit l'un des musiciens du groupe parisien de Django refuser de le suivre en Suisse, les deux hommes sont d'abord assis face-à-face, avant que le musicien ne se lève. L'instant d'après, il est dans les bras de Django, que l'on n'a pas vu se lever. Cela fait une drôle d'impression. Un peu plus loin, c'est la découverte puis l'inhumation du cadavre d'un petit personnage qui est traitée de manière cavalière, au point que cela nuit à la compréhension de ce moment de l'histoire.

   Ces réserves émises, le film est de bonne facture, avec quelques effets de mise en scène, notamment dans l'excellente séquence du dîner-spectacle, dans la riche demeure des bords du lac Léman. Je pense, entre autres, à l'arrivée des musiciens, que l'on voit déboucher en haut d'un escalier puis entrer dans une pièce où les attend une sorte de maître d'hôtel, dont on ne voit que le visage, par reflet, dans un miroir. C'est dire toute la distance symbolique qui le sépare des Tsiganes pourtant si proches de lui à cet instant. Peu avant le concert, c'est le jeu des pieds qui transmet certains sentiments.

   C'est de plus bien joué. Reda Kateb est très bon en Django, dont il a tenté d'imiter la gestuelle musicale, de manière convaincante. Face à lui, Cécile de France se débrouille bien, malgré le mauvais traitement que subit son personnage. C'est une mondaine, qui évolue entre résistance et collaboration "horizontale". Son personnage aurait mérité d'être un peu plus fouillé. C'est une autre femme qui rayonne sur le film : la mère du héros, incarnée par Bimbam Merstein, un mélange de babouchka et de mère juive polyglotte, possessive et caractérielle... adorable !

   Notons que le film ne fait pas du musicien un saint. Celui-ci pense essentiellement à son art, à l'alcool et au poker. Il est présenté comme égocentrique et, au départ, peu soucieux du contexte politique dans lequel il évolue. Incidemment, l'intrigue montre que l'occupation allemande a servi sa carrière : dans le Paris de l'époque, les jazzmen américains sont interdits, tout comme les musiciens juifs...

   Ce film réunit donc les qualités de plusieurs genres : le film de guerre (avec des nazis redoutables... et des collabos minables), le film musical (excellent), le film d'amour (moyen) et le film à suspense, cette histoire étant relativement méconnue. C'est aussi l'occasion de rappeler que deux génocides ont été perpétrés pendant la guerre : celui des juifs et celui des Tsiganes.

jeudi, 08 juin 2017

Full Metal Jacket

   Le cinéma de Rodez, dans le cadre de son programme "patrimoine", rediffuse de temps à autre un "bon vieux film", que seuls les spectateurs les plus âgés ont pu voir dans une salle. Ces derniers temps, on a eu droit à La Grande Vadrouille, L'Histoire officielle ou encore Chantons sous la pluie. Va donc pour l'oeuvre de Kubrick sur grand écran, en version originale sous-titrée.

   J'ai retrouvé la puissance des 45 premières minutes, celles qui décrivent la formation des recrues, sous la férule de l'instructeur Hartman, un personnage devenu emblématique du cinéma de guerre, d'autant plus qu'il était incarné par un acteur non-professionnel, l'ancien marine Ronald Lee Ermey (qui a servi au Vietnam).

cinéma,cinema,film,films

   Cette partie est aussi l'occasion de découvrir Vincent d'Onofrio à ses débuts, dans le rôle marquant d'un apprenti-soldat grassouillet, gentil comme tout au début, mais qui va devenir le souffre-douleur de l'instructeur et de ses camarades. Les téléspectateurs le connaissent surtout sous les traits de l'inspecteur Goren, dans la série New York, section criminelle.

   Cette première partie a le grand avantage de permettre d'enrichir son vocabulaire en insultes discriminatoires, tant le langage d'Hartman est fleuri... et politiquement incorrect. Il est sexiste et homophobe, mais se défend de tout racisme... puisque, noires comme blanches, toutes ses recrues sont des lopettes !

   C'est évidemment hilarant, mais aussi, parfois subrepticement subversif : au moment de leur incorporation, les recrues passent chez le coiffeur. Quand on observe les mains de l'homme qui s'occupe de la tignasse des jeunes, on remarque que les Blancs se font souvent tondre par un Noir et les Noirs toujours par un Blanc...

   La seconde partie, qui se déroule au Vietnam, est un chef-d'oeuvre de tension. Il n'y a de violent que le strict nécessaire, mais avec un tel art dans l'enrobage qu'on a l'impression de suivre une troupe au front. Kubrick dénonce l'absurdité de la guerre, sur fond de fumée rougeâtre et d'incendies, donnant un cadre somptueusement infernal aux déambulations de ces soldats perdus de l'Amérique.

   Quel film !

   P.S.

   A Rodez, plusieurs séances supplémentaires sont programmées les après-midi de cette semaine.

20:56 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Full Metal Jacket

   Le cinéma de Rodez, dans le cadre de son programme "patrimoine", rediffuse de temps à autre un "bon vieux film", que seuls les spectateurs les plus âgés ont pu voir dans une salle. Ces derniers temps, on a eu droit à La Grande Vadrouille, L'Histoire officielle ou encore Chantons sous la pluie. Va donc pour l'oeuvre de Kubrick sur grand écran, en version originale sous-titrée.

   J'ai retrouvé la puissance des 45 premières minutes, celles qui décrivent la formation des recrues, sous la férule de l'instructeur Hartman, un personnage devenu emblématique du cinéma de guerre, d'autant plus qu'il était incarné par un acteur non-professionnel, l'ancien marine Ronald Lee Ermey (qui a servi au Vietnam).

cinéma,cinema,film,films

   Cette partie est aussi l'occasion de découvrir Vincent d'Onofrio à ses débuts, dans le rôle marquant d'un apprenti-soldat grassouillet, gentil comme tout au début, mais qui va devenir le souffre-douleur de l'instructeur et de ses camarades. Les téléspectateurs le connaissent surtout sous les traits de l'inspecteur Goren, dans la série New York, section criminelle.

   Cette première partie a le grand avantage de permettre d'enrichir son vocabulaire en insultes discriminatoires, tant le langage d'Hartman est fleuri... et politiquement incorrect. Il est sexiste et homophobe, mais se défend de tout racisme... puisque, noires comme blanches, toutes ses recrues sont des lopettes !

   C'est évidemment hilarant, mais aussi, parfois subrepticement subversif : au moment de leur incorporation, les recrues passent chez le coiffeur. Quand on observe les mains de l'homme qui s'occupe de la tignasse des jeunes, on remarque que les Blancs se font souvent tondre par un Noir et les Noirs toujours par un Blanc...

   La seconde partie, qui se déroule au Vietnam, est un chef-d'oeuvre de tension. Il n'y a de violent que le strict nécessaire, mais avec un tel art dans l'enrobage qu'on a l'impression de suivre une troupe au front. Kubrick dénonce l'absurdité de la guerre, sur fond de fumée rougeâtre et d'incendies, donnant un cadre somptueusement infernal aux déambulations de ces soldats perdus de l'Amérique.

   Quel film !

   P.S.

   A Rodez, plusieurs séances supplémentaires sont programmées les après-midi de cette semaine.

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mardi, 06 juin 2017

Les Gardiens de la galaxie 2

   Je n'ai pas vu le premier volet et je ne connaissais pas ces héros parodiques de l'univers Marvel. Mais, un soir, porté par le bouche-à-oreille et l'envie de voir un film moins déprimant que Glory, je me suis glissé dans l'une des grandes salles du multiplexe ruthénois... et je ne l'ai pas regretté.

   Le début est "gonflé". Le générique s'enclenche en plein milieu d'une baston qui a dû coûter un bras à mettre en scène, l'un des personnages se déhanchant devant la caméra (sur un fond musical tonique), pendant que ses acolytes risquent leur peau face à un horrible monstre de l'espace.

   Cela donne le ton du film, survitaminé aux effets spéciaux et adepte d'un humour transgressif qui ravira petits et grands. Pour le dire autrement, c'est pipi-caca-vomi. Pour le pipi, il y a une formidable rupture de ton au cours d'une scène père-fils très solennelle. Pour le caca, il y a la menace proférée par le renard putois raton-laveur, qui promet de venir déposer un joli cadeau sur l'oreiller de l'un de ses camarades. Pour le vomi, il y a la réaction d'un des membres de l'équipe après un vol mouvementé...

   C'est donc une histoire rythmée, pleine de bruit et de fureur... et de couleurs. C'est très beau à voir sur grand écran, avec des teintes bleutées, orangées, dorées, des effets luminescents avec une flèche perforante et ces vaisseaux scintillants en forme de capsules.

   Par contre, il ne faut pas trop s'attarder sur les dialogues. En général, ils sont d'une grande banalité. A quelques occasions, ils soulignent le comique d'une scène particulièrement réussie, comme la capture d'une partie des membres de l'équipe, la recherche par ceux-ci d'un moyen pour s'enfuir et, finalement, leur échappée du vaisseau des pirates de l'espace.

   Je n'ai guère goûté les considération familiales, tout comme celles sur l'amitié qui se noue entre ces personnages au départ si dissemblables (voire ennemis). C'est banal et même parfois gnangnan. Au niveau des acteurs, c'est évidemment surjoué. Chris Pratt ne fait pas d'étincelles. Il est peut-être moins bon que dans Passengers. Je préfère nettement le personnage de Rocket. Mais ce sont les dames qui m'ont le plus touché. Celle qui nous offre la meilleure composition d'actrice est à mon avis Karen Gillan en Nebula. Pom Klementieff est très bien aussi en Mantis, tout comme Elizabeth Debicki en Ayesha. (On avait remarqué celle-ci dans Agents très spéciaux.)

cinéma,cinema,film,films

   Franchement, les deux heures passent rapidement et on en a pour son argent.

23:51 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Les Gardiens de la galaxie 2

   Je n'ai pas vu le premier volet et je ne connaissais pas ces héros parodiques de l'univers Marvel. Mais, un soir, porté par le bouche-à-oreille et l'envie de voir un film moins déprimant que Glory, je me suis glissé dans l'une des grandes salles du multiplexe ruthénois... et je ne l'ai pas regretté.

   Le début est "gonflé". Le générique s'enclenche en plein milieu d'une baston qui a dû coûter un bras à mettre en scène, l'un des personnages se déhanchant devant la caméra (sur un fond musical tonique), pendant que ses acolytes risquent leur peau face à un horrible monstre de l'espace.

   Cela donne le ton du film, survitaminé aux effets spéciaux et adepte d'un humour transgressif qui ravira petits et grands. Pour le dire autrement, c'est pipi-caca-vomi. Pour le pipi, il y a une formidable rupture de ton au cours d'une scène père-fils très solennelle. Pour le caca, il y a la menace proférée par le renard putois raton-laveur, qui promet de venir déposer un joli cadeau sur l'oreiller de l'un de ses camarades. Pour le vomi, il y a la réaction d'un des membres de l'équipe après un vol mouvementé...

   C'est donc une histoire rythmée, pleine de bruit et de fureur... et de couleurs. C'est très beau à voir sur grand écran, avec des teintes bleutées, orangées, dorées, des effets luminescents avec une flèche perforante et ces vaisseaux scintillants en forme de capsules.

   Par contre, il ne faut pas trop s'attarder sur les dialogues. En général, ils sont d'une grande banalité. A quelques occasions, ils soulignent le comique d'une scène particulièrement réussie, comme la capture d'une partie des membres de l'équipe, la recherche par ceux-ci d'un moyen pour s'enfuir et, finalement, leur échappée du vaisseau des pirates de l'espace.

   Je n'ai guère goûté les considération familiales, tout comme celles sur l'amitié qui se noue entre ces personnages au départ si dissemblables (voire ennemis). C'est banal et même parfois gnangnan. Au niveau des acteurs, c'est évidemment surjoué. Chris Pratt ne fait pas d'étincelles. Il est peut-être moins bon que dans Passengers. Je préfère nettement le personnage de Rocket. Mais ce sont les dames qui m'ont le plus touché. Celle qui nous offre la meilleure composition d'actrice est à mon avis Karen Gillan en Nebula. Pom Klementieff est très bien aussi en Mantis, tout comme Elizabeth Debicki en Ayesha. (On avait remarqué celle-ci dans Agents très spéciaux.)

cinéma,cinema,film,films

   Franchement, les deux heures passent rapidement et on en a pour son argent.

23:51 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 04 juin 2017

Glory

   Le titre "français" de ce film gréco-bulgare gagne en clarté ce qu'il perd en subtilité par rapport à l'original, Slava. Celui-ci est à double voire triple (quadruple ?) détente : il signifie "gloire", en russe (et sans doute aussi en bulgare) et c'est la marque de la montre (de fabrication russe) du héros, l'aile de papillon qui va déclencher une série de péripéties ubuesques. Mais c'est aussi une allusion à la population (et à l'âme) slave... et à l'esclavage, c'est-à-dire la domination que subit un peuple victime d'une élite corrompue.

   C'est vous dire qu'on est ici dans le film à thèse, avec une morale à la clé. Le scénario est bigrement bien ficelé, mais, sur le fond, il est très ambigu.

  Les scènes du début plantent bien le décor. Il est d'abord question d'une fraude aux marchés publics (voilà pour la corruption des élites) puis du siphonnage du réservoir d'une motrice de la SNCF locale... par des cheminots (voilà pour la corruption du peuple). Entre les deux se trouve le héros, le cantonnier Tsanko Petrov, pas bien riche mais avec des valeurs, comme l'honnêteté.

   Assez vite, il entre en contact avec le principal personnage féminin de l'histoire, Julia, la directrice de communication du ministre des Transports, incarnée avec beaucoup de talent par Margita Gosheva. Cette superbe quadragénaire, travailleuse et ambitieuse, n'a que du mépris pour l'honnête cantonnier qui avertit les autorités quand il découvre un sac de billets éventré sur l'une des voies qu'il est chargé d'entretenir. Lui aussi est présenté de manière caricaturale : c'est un vieux garçon, solitaire, sale et bègue. (N'en jetez plus !) Mais c'est la cérémonie de congratulations qui fait déraper l'histoire : Julia lui prend temporairement sa vieille montre (le ministre va lui en offrir une neuve, devant les caméras)... mais elle oublie de la lui rendre et ne se rappelle plus où elle peut bien être... alors que c'est la seule chose qui importe à Tsanko (la montre lui a été offerte par son père, avec une inscription). A partir de là, progressivement, les ennuis s'enchaînent, pour la directrice de com' et pour le cantonnier, pris dans un tourbillon médiatique qu'ils n'ont pas vu venir.

   C'est habilement mis en scène, mais pas aussi drôle que ce qui a été dit. Surtout, le portrait qui est brossé de cette Julia est presque uniquement à charge... et un peu puant sur les bords. Elle incarne la femme moderne, "occidentale" dans son mode de vie... et indépendante. Elle règne sur un bureau où les hommes sont aux ordres... jusqu'à quitter leur pantalon pour obéir à celle qui "porte la culotte" (dans des circonstances que je vous laisse découvrir). La même idée est illustrée un peu plus loin, lorsqu'une de ses assistantes force un caméraman à prêter sa chemise au héros, non par compassion, mais pour qu'il passe mieux à l'écran ! Quant au mari, c'est un gentil nounours qu'elle mène par le bout du nez. (On nous suggère même qu'elle a sans doute eu quelques aventures extra-conjugales.) Le message est clair : messieurs les Bulgares, l'occidentalisation de la société vous fait perdre vos couilles ! C'est d'autant plus gênant que les personnages les plus antipathiques sont montrés couverts par le drapeau européen, jusque dans une scène grotesque, qui voit l'héroïne se faire une injection fertilisante cachée derrière l'emblème communautaire. C'est, pour les auteurs, une autre manière de dénigrer cette femme moderne, qui, à quarante ans, n'a toujours pas d'enfant, ayant sans doute choisi de privilégier sa carrière (et alors, de quoi je me mêle ?). Mis bout à but, ces éléments constituent un tableau qui manque de nuance... sauf, peut-être sur la fin.

 

ATTENTION :

LA SUITE DU BILLET RÉVÈLE DES ÉLÉMENTS CLÉS DE L'INTRIGUE

 

   La fin est assez habilement amenée. Quand on a compris les présupposés idéologiques des auteurs, on se dit qu'un événement dramatique (et vengeur) risque de survenir. Dans un premier temps, le suspens est maintenu. On est tenté de croire que Julia va perdre les embryons qu'elle a eu tellement de mal à obtenir. Eh bien, non ! Elle amorce même un changement d'attitude, devenant plus compassionnelle, après une cuite pitoyable où elle est filmée de manière dégradante. Elle finit par retrouver la montre de Tsanko, mais c'est en voulant la lui rendre en personne qu'elle subit son châtiment, des mains de sa victime (indirecte). Pendant qu'elle se fait tuer, son compagnon écoute tranquillement du jazz dans sa belle voiture. Les "bobos" sont bien punis... Par contre, ni les dirigeants corrompus, ni les flics véreux ni les cheminots magouilleurs (et ultraviolents) ne subissent un tel sort. Uniquement la femme, l'intermédiaire. D'un côté, on pense que les auteurs ont voulu montrer l'impunité dont jouissent certaines castes. De l'autre, on se dit qu'il est tout de même étrange que, dans cette fiction, un type de personnage en prenne plein la figure (au propre comme au figuré).

18:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Glory

   Le titre "français" de ce film gréco-bulgare gagne en clarté ce qu'il perd en subtilité par rapport à l'original, Slava. Celui-ci est à double voire triple (quadruple ?) détente : il signifie "gloire", en russe (et sans doute aussi en bulgare) et c'est la marque de la montre (de fabrication russe) du héros, l'aile de papillon qui va déclencher une série de péripéties ubuesques. Mais c'est aussi une allusion à la population (et à l'âme) slave... et à l'esclavage, c'est-à-dire la domination que subit un peuple victime d'une élite corrompue.

   C'est vous dire qu'on est ici dans le film à thèse, avec une morale à la clé. Le scénario est bigrement bien ficelé, mais, sur le fond, il est très ambigu.

  Les scènes du début plantent bien le décor. Il est d'abord question d'une fraude aux marchés publics (voilà pour la corruption des élites) puis du siphonnage du réservoir d'une motrice de la SNCF locale... par des cheminots (voilà pour la corruption du peuple). Entre les deux se trouve le héros, le cantonnier Tsanko Petrov, pas bien riche mais avec des valeurs, comme l'honnêteté.

   Assez vite, il entre en contact avec le principal personnage féminin de l'histoire, Julia, la directrice de communication du ministre des Transports, incarnée avec beaucoup de talent par Margita Gosheva. Cette superbe quadragénaire, travailleuse et ambitieuse, n'a que du mépris pour l'honnête cantonnier qui avertit les autorités quand il découvre un sac de billets éventré sur l'une des voies qu'il est chargé d'entretenir. Lui aussi est présenté de manière caricaturale : c'est un vieux garçon, solitaire, sale et bègue. (N'en jetez plus !) Mais c'est la cérémonie de congratulations qui fait déraper l'histoire : Julia lui prend temporairement sa vieille montre (le ministre va lui en offrir une neuve, devant les caméras)... mais elle oublie de la lui rendre et ne se rappelle plus où elle peut bien être... alors que c'est la seule chose qui importe à Tsanko (la montre lui a été offerte par son père, avec une inscription). A partir de là, progressivement, les ennuis s'enchaînent, pour la directrice de com' et pour le cantonnier, pris dans un tourbillon médiatique qu'ils n'ont pas vu venir.

   C'est habilement mis en scène, mais pas aussi drôle que ce qui a été dit. Surtout, le portrait qui est brossé de cette Julia est presque uniquement à charge... et un peu puant sur les bords. Elle incarne la femme moderne, "occidentale" dans son mode de vie... et indépendante. Elle règne sur un bureau où les hommes sont aux ordres... jusqu'à quitter leur pantalon pour obéir à celle qui "porte la culotte" (dans des circonstances que je vous laisse découvrir). La même idée est illustrée un peu plus loin, lorsqu'une de ses assistantes force un caméraman à prêter sa chemise au héros, non par compassion, mais pour qu'il passe mieux à l'écran ! Quant au mari, c'est un gentil nounours qu'elle mène par le bout du nez. (On nous suggère même qu'elle a sans doute eu quelques aventures extra-conjugales.) Le message est clair : messieurs les Bulgares, l'occidentalisation de la société vous fait perdre vos couilles ! C'est d'autant plus gênant que les personnages les plus antipathiques sont montrés couverts par le drapeau européen, jusque dans une scène grotesque, qui voit l'héroïne se faire une injection fertilisante cachée derrière l'emblème communautaire. C'est, pour les auteurs, une autre manière de dénigrer cette femme moderne, qui, à quarante ans, n'a toujours pas d'enfant, ayant sans doute choisi de privilégier sa carrière (et alors, de quoi je me mêle ?). Mis bout à but, ces éléments constituent un tableau qui manque de nuance... sauf, peut-être sur la fin.

 

ATTENTION :

LA SUITE DU BILLET RÉVÈLE DES ÉLÉMENTS CLÉS DE L'INTRIGUE

 

   La fin est assez habilement amenée. Quand on a compris les présupposés idéologiques des auteurs, on se dit qu'un événement dramatique (et vengeur) risque de survenir. Dans un premier temps, le suspens est maintenu. On est tenté de croire que Julia va perdre les embryons qu'elle a eu tellement de mal à obtenir. Eh bien, non ! Elle amorce même un changement d'attitude, devenant plus compassionnelle, après une cuite pitoyable où elle est filmée de manière dégradante. Elle finit par retrouver la montre de Tsanko, mais c'est en voulant la lui rendre en personne qu'elle subit son châtiment, des mains de sa victime (indirecte). Pendant qu'elle se fait tuer, son compagnon écoute tranquillement du jazz dans sa belle voiture. Les "bobos" sont bien punis... Par contre, ni les dirigeants corrompus, ni les flics véreux ni les cheminots magouilleurs (et ultraviolents) ne subissent un tel sort. Uniquement la femme, l'intermédiaire. D'un côté, on pense que les auteurs ont voulu montrer l'impunité dont jouissent certaines castes. De l'autre, on se dit qu'il est tout de même étrange que, dans cette fiction, un type de personnage en prenne plein la figure (au propre comme au figuré).

18:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 03 juin 2017

L'Homme aux mille visages

   Cet homme n'est ni un pro du déguisement, ni un être surnaturel doté de pouvoirs de transformation. C'est un entremetteur, limite barbouze, utilisé par le gouvernement espagnol ou des particuliers fortunés pour réaliser des opérations "discrètes", évidemment aux franges de la légalité...

   L'histoire (vraie) nous est contée par l'un des personnages fictifs (l'ami pilote), dans un grand retour en arrière, qui nous entraîne dans l'Espagne des années 1980-1990, quand sévissait le terrorisme de l'ETA... et le contre-terrorisme des GAL, une mystérieuse organisation dont les ramifications remontaient jusqu'au sommet du pouvoir. C'est l'occasion pour certains de s'enrichir éhontément. Là est le noeud du problème (l'argent), plutôt que le meurtre politique.

   L'intrigue a donc l'apparence d'un polar, avec tant de mystères qu'on a parfois l'impression de se trouver dans un film d'espionnage façon Guerre froide. La photographie accentue cette impression. Les tons rouges-ocres-marrons sont très présents, en particulier dans les scènes d'intérieur. On retrouve le talent du réalisateur de La Isla minima, l'un des meilleurs polars de ces dernières années.

   L'esprit de certains des protagonistes est tortueux, à l'image de l'intrigue. Voilà pourquoi il convient de ne pas perdre une miette du spectacle, surtout si, comme moi, on n'entrave pas grand chose à la langue de Cervantès. Beaucoup de choses passent dans la communication non-verbale (les regards, les attitudes), les dialogues étant visiblement remplis de sous-entendus.

   Sans qu'un seul coup de feu ne soit montré à l'écran, on est pris dans une montée de tension progressive, le réalisateur nous laissant volontairement dans l'expectative quant à la réalité de certaines menaces. Le scénario, habile, nous fait aussi sentir l'importance de la vie affective de certains protagonistes et les conséquences que les activités illicites ont sur elle. Et puis il y a la grosse arnaque en cours, qui s'appuie sur un réseau de banques "compréhensives". Le film est aussi une dénonciation de la malhonnêteté en politique, même si je le trouve complaisant envers certains personnages à la moralité douteuse. Il n'en constitue pas moins un excellent divertissement, plutôt du genre cérébral.

   P.S.

   Certains spectateurs seront peut-être surpris de l'importance de la place accordée à la France dans cette histoire. Ce n'est pas une coquetterie liée à la production, mais la stricte représentation de la réalité : la lutte contre l'ETA a entremêlé la vie politique des deux pays, pour le meilleur et pour le pire...

22:12 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

L'Homme aux mille visages

   Cet homme n'est ni un pro du déguisement, ni un être surnaturel doté de pouvoirs de transformation. C'est un entremetteur, limite barbouze, utilisé par le gouvernement espagnol ou des particuliers fortunés pour réaliser des opérations "discrètes", évidemment aux franges de la légalité...

   L'histoire (vraie) nous est contée par l'un des personnages fictifs (l'ami pilote), dans un grand retour en arrière, qui nous entraîne dans l'Espagne des années 1980-1990, quand sévissait le terrorisme de l'ETA... et le contre-terrorisme des GAL, une mystérieuse organisation dont les ramifications remontaient jusqu'au sommet du pouvoir. C'est l'occasion pour certains de s'enrichir éhontément. Là est le noeud du problème (l'argent), plutôt que le meurtre politique.

   L'intrigue a donc l'apparence d'un polar, avec tant de mystères qu'on a parfois l'impression de se trouver dans un film d'espionnage façon Guerre froide. La photographie accentue cette impression. Les tons rouges-ocres-marrons sont très présents, en particulier dans les scènes d'intérieur. On retrouve le talent du réalisateur de La Isla minima, l'un des meilleurs polars de ces dernières années.

   L'esprit de certains des protagonistes est tortueux, à l'image de l'intrigue. Voilà pourquoi il convient de ne pas perdre une miette du spectacle, surtout si, comme moi, on n'entrave pas grand chose à la langue de Cervantès. Beaucoup de choses passent dans la communication non-verbale (les regards, les attitudes), les dialogues étant visiblement remplis de sous-entendus.

   Sans qu'un seul coup de feu ne soit montré à l'écran, on est pris dans une montée de tension progressive, le réalisateur nous laissant volontairement dans l'expectative quant à la réalité de certaines menaces. Le scénario, habile, nous fait aussi sentir l'importance de la vie affective de certains protagonistes et les conséquences que les activités illicites ont sur elle. Et puis il y a la grosse arnaque en cours, qui s'appuie sur un réseau de banques "compréhensives". Le film est aussi une dénonciation de la malhonnêteté en politique, même si je le trouve complaisant envers certains personnages à la moralité douteuse. Il n'en constitue pas moins un excellent divertissement, plutôt du genre cérébral.

   P.S.

   Certains spectateurs seront peut-être surpris de l'importance de la place accordée à la France dans cette histoire. Ce n'est pas une coquetterie liée à la production, mais la stricte représentation de la réalité : la lutte contre l'ETA a entremêlé la vie politique des deux pays, pour le meilleur et pour le pire...

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vendredi, 02 juin 2017

Pirates des Caraïbes - La Vengeance de Salazar

   Et c'est reparti pour un tour ! Six ans après La Fontaine de jouvence, le grand manège Disney revient avec ses vedettes et de petits (voire grands) nouveaux, dans une intrigue qui, a priori, sent un peu le réchauffé : on nous sort du chapeau un vieil ennemi de Jack Sparrow (dont on n'avait jamais entendu parler auparavant), encore plus terrible que les précédents. Reconnaissons toutefois que, dans le rôle de l'infâme Salazar, Javier Bardem (pourtant pas le premier choix de la production) est excellent.

   On est aussi rapidement cueilli par deux séquences fort bien ficelées : la première attaque menée par les pirates fantômes et le braquage de la banque par un Sparrow aussi imbibé d'alcool que le fut Johnny Depp sur le tournage ! Précisons immédiatement que, dans le déroulement des péripéties, il ne faut pas espérer trouver une qualité d'enchaînement et une vraisemblance à toute épreuve : on est d'abord là pour s'amuser ! Il convient donc de se laisser plonger dans ce bain d'imagination furieuse, où les combats de navires sont de retour... et avec quel brio !

   Cela compense certaines scènes de dialogues, notamment au début. La rencontre entre Will Turner et son fils devenu adulte est d'une platitude sans nom. Même Javier Bardem rate un peu son entrée, quand, s'approchant du commandant du navire qu'il vient d'aborder, il affirme, gravement et pompeusement "Je suis... la mort !" Heureusement, cela s'arrange par la suite. C'est l'occasion de saluer le travail fait au niveau des effets spéciaux : les pirates fantômes sont très réussis et les séquences maritimes, qui mêlent images réelles et d'autres de synthèse, sont aussi bluffantes que celles du troisième volet de la franchise.

   Que reste-t-il en mémoire ? Outre les séquences déjà mentionnées, celle de l'arrivée des pirates sur une île mystérieuse et, surtout, la bataille du fond des mers, dans la tombe de Poséidon, presque un chef-d'oeuvre.

   Et l'humour dans tout ça ? Il m'a paru moins présent que dans les films précédents. On peut néanmoins goûter certaines répliques, de Johnny Depp mais aussi du principal personnage féminin (Carina), présumée sorcière mais surtout authentique scientifique... et fille de pirate ! C'est d'ailleurs l'un des intérêts de l'histoire, qui révèle quelques secrets... notamment l'origine du costume de Jack, lors d'un brillant retour en arrière qui nous fait découvrir un clone de Johnny Depp jeune.

   Ah, oui, j'oubliais : les allusions sexuelles (et scabreuses) ! Cette production Disney se dessale un peu (un comble, pour un film marin !), au grand plaisir des petits et des grands. On retiendra un bonheur de traduction : le quiproquo né de la mauvaise compréhension, par les pirates (et le public illettré de la salle), de l'adjectif "putative", qui n'évoque, pour les esprits faibles, qu'un commerce charnel un peu trop rapide. (Dans la version originale, je crois qu'il y a un jeu de mots entre "horlogy" et "whore"... n'oublions pas que Carina est une experte du chronomètre...) Je recommande aussi la scène du mariage de Jack et sa rencontre avec... des cochons !

   Je rassure les âmes vertueuses : la morale est sauve. Aucun des horribles pirates alcooliques et assoiffés de sexe ne tente d'abuser de la jeune scientifique au décolleté pigeonnant et, sur la fin, on a droit à un bel éloge de la monogamie hétérosexuelle, à travers deux couples, l'un d'entre eux faisant son retour dans la série...

   P.S.

   Ne faites pas comme la masse du troupeau incrédule des spectateurs lambda, qui quittent très tôt la salle. Comme à son habitude, la production nous réserve une petite scène d'annonce, au bout du bout du générique... On n'en a pas encore fini avec les Pirates !

23:14 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Pirates des Caraïbes - La Vengeance de Salazar

   Et c'est reparti pour un tour ! Six ans après La Fontaine de jouvence, le grand manège Disney revient avec ses vedettes et de petits (voire grands) nouveaux, dans une intrigue qui, a priori, sent un peu le réchauffé : on nous sort du chapeau un vieil ennemi de Jack Sparrow (dont on n'avait jamais entendu parler auparavant), encore plus terrible que les précédents. Reconnaissons toutefois que, dans le rôle de l'infâme Salazar, Javier Bardem (pourtant pas le premier choix de la production) est excellent.

   On est aussi rapidement cueilli par deux séquences fort bien ficelées : la première attaque menée par les pirates fantômes et le braquage de la banque par un Sparrow aussi imbibé d'alcool que le fut Johnny Depp sur le tournage ! Précisons immédiatement que, dans le déroulement des péripéties, il ne faut pas espérer trouver une qualité d'enchaînement et une vraisemblance à toute épreuve : on est d'abord là pour s'amuser ! Il convient donc de se laisser plonger dans ce bain d'imagination furieuse, où les combats de navires sont de retour... et avec quel brio !

   Cela compense certaines scènes de dialogues, notamment au début. La rencontre entre Will Turner et son fils devenu adulte est d'une platitude sans nom. Même Javier Bardem rate un peu son entrée, quand, s'approchant du commandant du navire qu'il vient d'aborder, il affirme, gravement et pompeusement "Je suis... la mort !" Heureusement, cela s'arrange par la suite. C'est l'occasion de saluer le travail fait au niveau des effets spéciaux : les pirates fantômes sont très réussis et les séquences maritimes, qui mêlent images réelles et d'autres de synthèse, sont aussi bluffantes que celles du troisième volet de la franchise.

   Que reste-t-il en mémoire ? Outre les séquences déjà mentionnées, celle de l'arrivée des pirates sur une île mystérieuse et, surtout, la bataille du fond des mers, dans la tombe de Poséidon, presque un chef-d'oeuvre.

   Et l'humour dans tout ça ? Il m'a paru moins présent que dans les films précédents. On peut néanmoins goûter certaines répliques, de Johnny Depp mais aussi du principal personnage féminin (Carina), présumée sorcière mais surtout authentique scientifique... et fille de pirate ! C'est d'ailleurs l'un des intérêts de l'histoire, qui révèle quelques secrets... notamment l'origine du costume de Jack, lors d'un brillant retour en arrière qui nous fait découvrir un clone de Johnny Depp jeune.

   Ah, oui, j'oubliais : les allusions sexuelles (et scabreuses) ! Cette production Disney se dessale un peu (un comble, pour un film marin !), au grand plaisir des petits et des grands. On retiendra un bonheur de traduction : le quiproquo né de la mauvaise compréhension, par les pirates (et le public illettré de la salle), de l'adjectif "putative", qui n'évoque, pour les esprits faibles, qu'un commerce charnel un peu trop rapide. (Dans la version originale, je crois qu'il y a un jeu de mots entre "horlogy" et "whore"... n'oublions pas que Carina est une experte du chronomètre...) Je recommande aussi la scène du mariage de Jack et sa rencontre avec... des cochons !

   Je rassure les âmes vertueuses : la morale est sauve. Aucun des horribles pirates alcooliques et assoiffés de sexe ne tente d'abuser de la jeune scientifique au décolleté pigeonnant et, sur la fin, on a droit à un bel éloge de la monogamie hétérosexuelle, à travers deux couples, l'un d'entre eux faisant son retour dans la série...

   P.S.

   Ne faites pas comme la masse du troupeau incrédule des spectateurs lambda, qui quittent très tôt la salle. Comme à son habitude, la production nous réserve une petite scène d'annonce, au bout du bout du générique... On n'en a pas encore fini avec les Pirates !

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dimanche, 21 mai 2017

La Belle et la Bête

   Disney nous offre une nouvelle lecture du célèbre conte, avec, cette fois-ci, des personnages réels... et quantité d'effets numériques. Je laisse à chacun le loisir de comparer l'intrigue avec l'une des plus anciennes versions du conte (qui diffère quelque peu).

   Que dire ? D'abord, que les images sont superbes. C'est de la belle enluminure (je recommande les paysages), avec des incrustations numériques qui doivent "donner" en version 3D. J'ai adoré tous ces personnages formés à partir d'objets animés (qui sont en fait d'anciens humains, victimes comme la Bête de la malédiction). C'est à ces personnages que l'on doit d'ailleurs les quelques moments d'humour.

   Du côté des humains, c'est bien joué, avec la dose d'extravagance qui sied à ce genre d'histoire. Luke Evans (vu récemment dans High Rise et La Fille du train) incarne avec talent le méchant de l'histoire, un beauf bravache et sans scrupule, qui arrive à embobiner la plupart des habitants du village... mais pas ma Choupinette ! Hermione Granger Emma Watson poursuit sa carrière cinématographique, moins d'un an après l'intéressant Colonia. Ce rôle de fille modèle, serviable, attachée à son père (et à la lecture), lui va comme un gant. Face à elle, Dan Stevens est plus convaincant en Bête qu'en homme normal. Au détour d'une scène, on peut aussi remarquer la présence de tel ou tel acteur connu (comme Emma Thompson ou Ian McKellen, déjà à l'affiche du précédent film de Bill Condon, Mr Holmes).

   Les acteurs secondaires, qui interprètent les villageois, sont utilisés pour dénoncer l'intolérance et la beauferie dont sont capables les humains. Car, aussi étonnant cela puisse-t-il paraître, cette production (très) grand public contient pas mal de messages. Il y est question d'amour, de la famille, du respect, de la tolérance, de la place des femmes (eh oui !) et aussi de la lecture. L'héroïne aime se plonger dans les pièces de Shakespeare. Son séjour forcé au château de la Bête va lui faire découvrir une fabuleuse bibliothèque... et des points communs avec son geôlier.

   L'ensemble serait presque parfait si l'action n'était pas entrecoupée d'imbitables chansons niaiseuses... en français de surcroît, puisque je n'ai eu accès qu'à la version doublée du film. On m'a donc privé de la voix de Choupinette ! Shocking ! Pour me consoler, j'ai eu le plaisir de la voir surmonter toutes les difficultés, la dernière étant l'assaut du château, au cours duquel la vie de la Bête est en danger.

   Les chansons mises à part, c'est un très bon divertissement familial.

00:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, fims

La Belle et la Bête

   Disney nous offre une nouvelle lecture du célèbre conte, avec, cette fois-ci, des personnages réels... et quantité d'effets numériques. Je laisse à chacun le loisir de comparer l'intrigue avec l'une des plus anciennes versions du conte (qui diffère quelque peu).

   Que dire ? D'abord, que les images sont superbes. C'est de la belle enluminure (je recommande les paysages), avec des incrustations numériques qui doivent "donner" en version 3D. J'ai adoré tous ces personnages formés à partir d'objets animés (qui sont en fait d'anciens humains, victimes comme la Bête de la malédiction). C'est à ces personnages que l'on doit d'ailleurs les quelques moments d'humour.

   Du côté des humains, c'est bien joué, avec la dose d'extravagance qui sied à ce genre d'histoire. Luke Evans (vu récemment dans High Rise et La Fille du train) incarne avec talent le méchant de l'histoire, un beauf bravache et sans scrupule, qui arrive à embobiner la plupart des habitants du village... mais pas ma Choupinette ! Hermione Granger Emma Watson poursuit sa carrière cinématographique, moins d'un an après l'intéressant Colonia. Ce rôle de fille modèle, serviable, attachée à son père (et à la lecture), lui va comme un gant. Face à elle, Dan Stevens est plus convaincant en Bête qu'en homme normal. Au détour d'une scène, on peut aussi remarquer la présence de tel ou tel acteur connu (comme Emma Thompson ou Ian McKellen, déjà à l'affiche du précédent film de Bill Condon, Mr Holmes).

   Les acteurs secondaires, qui interprètent les villageois, sont utilisés pour dénoncer l'intolérance et la beauferie dont sont capables les humains. Car, aussi étonnant cela puisse-t-il paraître, cette production (très) grand public contient pas mal de messages. Il y est question d'amour, de la famille, du respect, de la tolérance, de la place des femmes (eh oui !) et aussi de la lecture. L'héroïne aime se plonger dans les pièces de Shakespeare. Son séjour forcé au château de la Bête va lui faire découvrir une fabuleuse bibliothèque... et des points communs avec son geôlier.

   L'ensemble serait presque parfait si l'action n'était pas entrecoupée d'imbitables chansons niaiseuses... en français de surcroît, puisque je n'ai eu accès qu'à la version doublée du film. On m'a donc privé de la voix de Choupinette ! Shocking ! Pour me consoler, j'ai eu le plaisir de la voir surmonter toutes les difficultés, la dernière étant l'assaut du château, au cours duquel la vie de la Bête est en danger.

   Les chansons mises à part, c'est un très bon divertissement familial.

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vendredi, 19 mai 2017

Alien : Covenant

   Cinq ans après Prometheus, Ridley Scott nous ressert une tranche de prequel d'Alien. L'action se déroule une vingtaine d'années plus tard. La scène du début nous présente l'androïde David (Michael Fassbender, l'un des rares à sauver dans une distribution médiocre), celui qui a participé à la mission précédente. Si le décor est soigné, la scène est prétentieuse, mal dialoguée.

   La suite est un peu à cette image. On découvre, après un petit bond dans le temps, une nouvelle expédition spatiale, celle-ci à but colonial. Les images sont magnifiques. On pense à 2001, L'Odyssée de l'espace, à Mission to Mars ou encore à Passengers. Evidemment, un incident va faire déraper le projet d'origine, pour conduire nos héros à leur funeste destin.

   A partir de là, cela devient prévisible de chez prévisible. C'est encore pire que dans Prometheus. On sent tout venir à des kilomètres. Certaines scènes m'ont semblé calquées sur celles des précédents films. De surcroît, ces militaires et scientifiques chevronnés, censés avoir été préparés à la mission, se transforment en chochottes avec une incroyable facilité. On pourrait aussi parler des invraisemblances scénaristiques, qui facilitent le déroulement des péripéties. Seuls surnagent les deux androïdes, faux jumeaux et tellement proches des humains... jusqu'à leurs défauts. L'autre personnage remarquable est Daniels (Katherine Waterston)... un clone d'Ellen Ripley.

   Il n'y a que deux moments qui m'ont paru emballants : le combat sur le vaisseau au décollage, très rythmé, et le rêve de David, qui, visuellement, nous replonge dans l'univers des "ingénieurs" découverts dans Prometheus. Il se murmure que l'on reverrait ceux-ci dans le prochain opus. J'espère qu'il fera preuve d'un peu plus d'imagination, parce que là, le recyclage de boîtes de conserve donne au film un arrière-goût déplaisant.

23:09 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Alien : Covenant

   Cinq ans après Prometheus, Ridley Scott nous ressert une tranche de prequel d'Alien. L'action se déroule une vingtaine d'années plus tard. La scène du début nous présente l'androïde David (Michael Fassbender, l'un des rares à sauver dans une distribution médiocre), celui qui a participé à la mission précédente. Si le décor est soigné, la scène est prétentieuse, mal dialoguée.

   La suite est un peu à cette image. On découvre, après un petit bond dans le temps, une nouvelle expédition spatiale, celle-ci à but colonial. Les images sont magnifiques. On pense à 2001, L'Odyssée de l'espace, à Mission to Mars ou encore à Passengers. Evidemment, un incident va faire déraper le projet d'origine, pour conduire nos héros à leur funeste destin.

   A partir de là, cela devient prévisible de chez prévisible. C'est encore pire que dans Prometheus. On sent tout venir à des kilomètres. Certaines scènes m'ont semblé calquées sur celles des précédents films. De surcroît, ces militaires et scientifiques chevronnés, censés avoir été préparés à la mission, se transforment en chochottes avec une incroyable facilité. On pourrait aussi parler des invraisemblances scénaristiques, qui facilitent le déroulement des péripéties. Seuls surnagent les deux androïdes, faux jumeaux et tellement proches des humains... jusqu'à leurs défauts. L'autre personnage remarquable est Daniels (Katherine Waterston)... un clone d'Ellen Ripley.

   Il n'y a que deux moments qui m'ont paru emballants : le combat sur le vaisseau au décollage, très rythmé, et le rêve de David, qui, visuellement, nous replonge dans l'univers des "ingénieurs" découverts dans Prometheus. Il se murmure que l'on reverrait ceux-ci dans le prochain opus. J'espère qu'il fera preuve d'un peu plus d'imagination, parce que là, le recyclage de boîtes de conserve donne au film un arrière-goût déplaisant.

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dimanche, 14 mai 2017

Braquage à l'ancienne

   L'un des nouveaux chouchous de Hollywood, Zach Braff, pilote cette nouvelle version de Going in style, sur un scénario de Theodore Melfi (qui a récemment réalisé Les Figures de l'ombre). Comme il s'appuie principalement sur une distribution d'octogénaires (Morgan Frreman, Michael Cane, Alan Arkin et même Christopher Lloyd), j'ai eu peur, dans un premier temps, qu'il s'agisse d'une nouvelle comédie vulgaire, où viennent cachetonner d'anciennes gloires qui n'arrivent pas à décrocher. Bref, un Last Vegas bis.

   Le début m'a rassuré. C'est emballant et drôle, avec notamment la première attaque de banque, au cours de laquelle on découvre l'un des savoureux seconds rôles de l'histoire, l'employé Chuck Lofton, bien interprété par Josh Pais.

   Notons que le fond de l'intrigue se veut contestataire. Nos trois héros sont d'anciens ouvriers, dont les retraites complémentaires (vitales aux Etats-Unis, où le gouvernement fédéral n'assure que le minimum vieillesse) vont être "sucrées" par leur ancien employeur qui déménage avec armes et bagages au Vietnam. Ajoutez à cela que l'un d'entre eux a souscrit un emprunt à taux variable auprès de la banque qui va récupérer les actifs financiers de l'entreprise... et que ladite banque n'est pas très honnête avec ses clients.

   Là, je sens que le public militant risque de s'enthousiasmer pour cette histoire, dans laquelle nos amis mélenchonistes verront une illustration du capitalisme sans foi ni loi, tandis que nos voisins trumpo-lepénistes applaudiront à la dénonciation du "système" qui oppresse les travailleurs modestes. Un indice pour trancher entre les deux options : soyez attentifs aux relations interethniques.

   Quant aux spectateurs lambda, ils sont priés de fermer les yeux sur quelques grosses ficelles pour savourer des moments de comédie réussis. Le trio infernal va s'attaquer à une supérette, avant de songer à recourir au coaching d'un vrai truand. Evidemment, le jour dit, le braquage ne va pas se dérouler comme prévu. C'est l'occasion de revoir l'un des personnages secondaires du début, le policier du FBI incarné par Matt Dillon, qui va tenter de ne pas se faire rouler dans la farine par les papys braqueurs. Après coup, on découvre comment ceux-ci se sont forgé des alibis en béton.

   Voilà. On passe un agréable moment en compagnie de visages familiers. C'est hyper-balisé mais globalement bien joué.

12:13 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Braquage à l'ancienne

   L'un des nouveaux chouchous de Hollywood, Zach Braff, pilote cette nouvelle version de Going in style, sur un scénario de Theodore Melfi (qui a récemment réalisé Les Figures de l'ombre). Comme il s'appuie principalement sur une distribution d'octogénaires (Morgan Frreman, Michael Cane, Alan Arkin et même Christopher Lloyd), j'ai eu peur, dans un premier temps, qu'il s'agisse d'une nouvelle comédie vulgaire, où viennent cachetonner d'anciennes gloires qui n'arrivent pas à décrocher. Bref, un Last Vegas bis.

   Le début m'a rassuré. C'est emballant et drôle, avec notamment la première attaque de banque, au cours de laquelle on découvre l'un des savoureux seconds rôles de l'histoire, l'employé Chuck Lofton, bien interprété par Josh Pais.

   Notons que le fond de l'intrigue se veut contestataire. Nos trois héros sont d'anciens ouvriers, dont les retraites complémentaires (vitales aux Etats-Unis, où le gouvernement fédéral n'assure que le minimum vieillesse) vont être "sucrées" par leur ancien employeur qui déménage avec armes et bagages au Vietnam. Ajoutez à cela que l'un d'entre eux a souscrit un emprunt à taux variable auprès de la banque qui va récupérer les actifs financiers de l'entreprise... et que ladite banque n'est pas très honnête avec ses clients.

   Là, je sens que le public militant risque de s'enthousiasmer pour cette histoire, dans laquelle nos amis mélenchonistes verront une illustration du capitalisme sans foi ni loi, tandis que nos voisins trumpo-lepénistes applaudiront à la dénonciation du "système" qui oppresse les travailleurs modestes. Un indice pour trancher entre les deux options : soyez attentifs aux relations interethniques.

   Quant aux spectateurs lambda, ils sont priés de fermer les yeux sur quelques grosses ficelles pour savourer des moments de comédie réussis. Le trio infernal va s'attaquer à une supérette, avant de songer à recourir au coaching d'un vrai truand. Evidemment, le jour dit, le braquage ne va pas se dérouler comme prévu. C'est l'occasion de revoir l'un des personnages secondaires du début, le policier du FBI incarné par Matt Dillon, qui va tenter de ne pas se faire rouler dans la farine par les papys braqueurs. Après coup, on découvre comment ceux-ci se sont forgé des alibis en béton.

   Voilà. On passe un agréable moment en compagnie de visages familiers. C'est hyper-balisé mais globalement bien joué.

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samedi, 13 mai 2017

L'Opéra

   Ce documentaire est signé Jean-Stéphane Bron, auquel on doit L'Expérience Blocher et surtout Cleveland contre Wall Street. Il est consacré à l'Opéra de Paris, une institution française s'étendant sur deux sites (Garnier et Bastille) et développant deux activités principales : la représentation lyrique et le ballet. C'est cet ensemble qui fait l'objet du film, toutefois davantage porté sur la partie opéra, durant la saison 2015-2016.

   Le début est un hommage à Paris, vue du dernier étage. Au premier plan est érigé un drapeau français. Au loin, on distingue l'église Notre-Dame, la Tour Eiffel et les immeubles du quartier de la Défense. C'est le repaire du directeur de l'établissement, Stéphane Lissner, qu'on saisit en pleine réunion. Le montage est habile : les propos tenus sont entrecoupés de fulgurances musicales, qui soulignent ce qui est dit ou viennent parfois en contrepoint. Dès le début, on sent qu'on a affaire à quelqu'un qui connaît son sujet.

   C'est d'ailleurs une constante dans le film. Bron manifeste un incontestable savoir-faire dans le choix de ses cadres. Le travail des différentes catégories de personnel est correctement mis en scène, avec une grande variété de plans. Je trouve par exemple que les coulisses sont très bien filmées, en interne ou pour montrer ce qui se passe sur la scène.

   Bien entendu, on entend du chant et de la musique. Du côté vocal, je garantis que, même en répétition, les artistes sont impressionnants. (La qualité du son est très bonne.) Notons que l'on voit et entend surtout des hommes, l'un d'entre eux, Mikhail Timoshenko, un Russe de 21 ans issu d'une bourgade du sud de l'Oural, bénéficiant de la couverture la plus étendue. Avec sa gueule d'ange, sa voix d'or et sa simplicité, gageons que c'est une future star de l'art lyrique. Comparée aux figures masculines, très positives, la seule grande chanteuse qui nous est présentée est limite antipathique. Elle se la joue diva. Certes, elle est belle et, quand on l'entend, on comprend tout de suite qu'elle a du talent. Mais on perçoit assez rapidement son narcissisme (à travers sa dépendance au téléphone portable) et son comportement un peu méprisant avec le "petit personnel".

   Celui-ci est mis en valeur par le réalisateur. On découvre les coiffeuses, les maquilleuses, les costumières (tardivement toutefois). On suit davantage les assistantes, au service des vedettes, discrètes, efficaces... et un peu mélomanes. Bien que le film dure 1h50, on n'a pas le temps de voir en détail toutes les corporations au travail, mais on a quand même un aperçu assez complet de la machinerie d'un opéra... en fait de plusieurs (contrairement à un autre documentaire, Traviata et nous, centré sur la préparation d'une seule oeuvre). Les extraits de représentation qui nous sont proposés permettent de se faire une idée de l'éclectisme de la programmation, qui, cette année-là, proposait aussi bien une relecture contemporaine de Moïse et Aaron qu'une nouvelle adaptation, haute en couleurs, des Maîtres Chanteurs de Nuremberg.

   Un détail cocasse semble avoir marqué J-S Bron : l'utilisation d'un vrai taureau comme figurant, sur scène, suscitant beaucoup d'inquiétude parmi la troupe. Signalons que ce "rôle" particulier a fait l'objet d'un casting, l'un des prétendants portant un nom de bon augure : "Fiasco" ! Pour la petite histoire, sachez que lauréat a pour identité "Easy Rider". Il a été davantage bichonné qu'un caniche chez le toiletteur ! Et quelle magnifique paire de couilles !

   Le hasard a voulu que la saison 2015-2016 soit particulièrement mouvementée. On perçoit les échos des massacres de Paris de novembre 2015 et des mouvements sociaux de 2016. Des tensions agitent le personnel, qu'on sent divisé mais représenté par des syndicats puissants. En simplifiant à l'extrême, il semblerait que les chanteurs-vedettes et les membres de l'orchestre (dirigé par le charismatique Philippe Jordan) soient des adeptes de l'art pour l'art, pour qui jouer/chanter est plus important que tout, alors que du côté du choeur et du ballet, on soit plus sensible à ce qu'il se passe de l'autre côté des murs.

   Cela m'amène à l'un de mes regrets : la faible présence à l'écran des ballerines et danseuses-étoiles. On les voit un petit peu au début puis, par fragrances, par la suite. A chaque fois, je suis touché par la grâce qui émane de leurs mouvements. Le réalisateur prend aussi soin de nous montrer le revers de la médaille : les pieds déformés d'une danseuse et l'épuisement d'une autre, juste après une scène. Il est aussi possible que les conflits qui ont agité la composante ballet de l'opéra aient perturbé la réalisation du documentaire. Sans être du sérail, on comprend que les relations entre l'enfant chéri des médias Benjamin Millepied (Monsieur Portman au civil) et la troupe de danseurs ont été houleuses.

   Mais tout cela nous fait rester dans un monde assez élitiste, un entre-soi encouragé par le prix élevé des places (aucun opéra à moins de 160 euros, à l'époque !). On voit la direction réfléchir au nécessaire élargissement du public, alors que, dans le même temps, l'Etat impose des compressions de personnel. Cela nous mène à une expérience intéressante, une classe "école et opéra", composée d'élèves du primaire appartenant tous aux "minorités visibles". (Au passage, il faudrait faire comprendre aux élites bien-pensantes que les descendants d'immigrés ne constituent pas le seul public exclu de la culture classique...) On est attendri en suivant ces bouilles enfantines presque gênées de manipuler des instruments d'une valeur faramineuse. Par contre, je déconseille l'audition de la production finale (un concert devant les familles) : ça fait mal aux oreilles ! (Pour une belle interprétation du deuxième mouvement de la septième symphonie de Beethoven, voir ici.)

 

14:18 Publié dans Cinéma, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

L'Opéra

   Ce documentaire est signé Jean-Stéphane Bron, auquel on doit L'Expérience Blocher et surtout Cleveland contre Wall Street. Il est consacré à l'Opéra de Paris, une institution française s'étendant sur deux sites (Garnier et Bastille) et développant deux activités principales : la représentation lyrique et le ballet. C'est cet ensemble qui fait l'objet du film, toutefois davantage porté sur la partie opéra, durant la saison 2015-2016.

   Le début est un hommage à Paris, vue du dernier étage. Au premier plan est érigé un drapeau français. Au loin, on distingue l'église Notre-Dame, la Tour Eiffel et les immeubles du quartier de la Défense. C'est le repaire du directeur de l'établissement, Stéphane Lissner, qu'on saisit en pleine réunion. Le montage est habile : les propos tenus sont entrecoupés de fulgurances musicales, qui soulignent ce qui est dit ou viennent parfois en contrepoint. Dès le début, on sent qu'on a affaire à quelqu'un qui connaît son sujet.

   C'est d'ailleurs une constante dans le film. Bron manifeste un incontestable savoir-faire dans le choix de ses cadres. Le travail des différentes catégories de personnel est correctement mis en scène, avec une grande variété de plans. Je trouve par exemple que les coulisses sont très bien filmées, en interne ou pour montrer ce qui se passe sur la scène.

   Bien entendu, on entend du chant et de la musique. Du côté vocal, je garantis que, même en répétition, les artistes sont impressionnants. (La qualité du son est très bonne.) Notons que l'on voit et entend surtout des hommes, l'un d'entre eux, Mikhail Timoshenko, un Russe de 21 ans issu d'une bourgade du sud de l'Oural, bénéficiant de la couverture la plus étendue. Avec sa gueule d'ange, sa voix d'or et sa simplicité, gageons que c'est une future star de l'art lyrique. Comparée aux figures masculines, très positives, la seule grande chanteuse qui nous est présentée est limite antipathique. Elle se la joue diva. Certes, elle est belle et, quand on l'entend, on comprend tout de suite qu'elle a du talent. Mais on perçoit assez rapidement son narcissisme (à travers sa dépendance au téléphone portable) et son comportement un peu méprisant avec le "petit personnel".

   Celui-ci est mis en valeur par le réalisateur. On découvre les coiffeuses, les maquilleuses, les costumières (tardivement toutefois). On suit davantage les assistantes, au service des vedettes, discrètes, efficaces... et un peu mélomanes. Bien que le film dure 1h50, on n'a pas le temps de voir en détail toutes les corporations au travail, mais on a quand même un aperçu assez complet de la machinerie d'un opéra... en fait de plusieurs (contrairement à un autre documentaire, Traviata et nous, centré sur la préparation d'une seule oeuvre). Les extraits de représentation qui nous sont proposés permettent de se faire une idée de l'éclectisme de la programmation, qui, cette année-là, proposait aussi bien une relecture contemporaine de Moïse et Aaron qu'une nouvelle adaptation, haute en couleurs, des Maîtres Chanteurs de Nuremberg.

   Un détail cocasse semble avoir marqué J-S Bron : l'utilisation d'un vrai taureau comme figurant, sur scène, suscitant beaucoup d'inquiétude parmi la troupe. Signalons que ce "rôle" particulier a fait l'objet d'un casting, l'un des prétendants portant un nom de bon augure : "Fiasco" ! Pour la petite histoire, sachez que lauréat a pour identité "Easy Rider". Il a été davantage bichonné qu'un caniche chez le toiletteur ! Et quelle magnifique paire de couilles !

   Le hasard a voulu que la saison 2015-2016 soit particulièrement mouvementée. On perçoit les échos des massacres de Paris de novembre 2015 et des mouvements sociaux de 2016. Des tensions agitent le personnel, qu'on sent divisé mais représenté par des syndicats puissants. En simplifiant à l'extrême, il semblerait que les chanteurs-vedettes et les membres de l'orchestre (dirigé par le charismatique Philippe Jordan) soient des adeptes de l'art pour l'art, pour qui jouer/chanter est plus important que tout, alors que du côté du choeur et du ballet, on soit plus sensible à ce qu'il se passe de l'autre côté des murs.

   Cela m'amène à l'un de mes regrets : la faible présence à l'écran des ballerines et danseuses-étoiles. On les voit un petit peu au début puis, par fragrances, par la suite. A chaque fois, je suis touché par la grâce qui émane de leurs mouvements. Le réalisateur prend aussi soin de nous montrer le revers de la médaille : les pieds déformés d'une danseuse et l'épuisement d'une autre, juste après une scène. Il est aussi possible que les conflits qui ont agité la composante ballet de l'opéra aient perturbé la réalisation du documentaire. Sans être du sérail, on comprend que les relations entre l'enfant chéri des médias Benjamin Millepied (Monsieur Portman au civil) et la troupe de danseurs ont été houleuses.

   Mais tout cela nous fait rester dans un monde assez élitiste, un entre-soi encouragé par le prix élevé des places (aucun opéra à moins de 160 euros, à l'époque !). On voit la direction réfléchir au nécessaire élargissement du public, alors que, dans le même temps, l'Etat impose des compressions de personnel. Cela nous mène à une expérience intéressante, une classe "école et opéra", composée d'élèves du primaire appartenant tous aux "minorités visibles". (Au passage, il faudrait faire comprendre aux élites bien-pensantes que les descendants d'immigrés ne constituent pas le seul public exclu de la culture classique...) On est attendri en suivant ces bouilles enfantines presque gênées de manipuler des instruments d'une valeur faramineuse. Par contre, je déconseille l'audition de la production finale (un concert devant les familles) : ça fait mal aux oreilles ! (Pour une belle interprétation du deuxième mouvement de la septième symphonie de Beethoven, voir ici.)

 

14:18 Publié dans Cinéma, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 12 mai 2017

Outsider

   Un peu par hasard (et parce que le cinéma de Rodez le propose aussi bien en version originale sous-titrée qu'en version doublée), je suis allé voir ce drôle de film, une sorte de biopic d'entrée de gamme sur l'un des plus méconnus des types très connus, Chuck Wepner.

   Ce boxeur poids-lourd a connu son heure de gloire dans les années 1970. A l'époque, il était le seul Blanc bien classé dans sa catégorie... et il a failli mettre au tapis Cassius Clay Mohamed Ali, qui venait pourtant de regagner son titre après un combat mythique contre George Foreman. Son parcours a d'ailleurs inspiré le personnage de Rocky à Sylvester Stallone.

   Le grand intérêt de ce film est de montrer l'envers de la légende. L'histoire de Rocky (la fictive) est une énième version du "Rêve américain", avec une fin heureuse. Celle de Chuck Wepner illustre la fragilité du succès. Elle ne cache pas les (nombreux) défauts de son héros, qui a rapidement sombré dans l'alcool, la drogue et les femmes vénales. Liev Schreiber excelle à incarner ce pauvre type pas très futé. Dans cette entreprise, il est (efficacement) épaulé par des seconds rôles de luxe : Elisabeth Moss (High-Rise, Truth), Naomi Watts (épatante en tenancière de bar) et Ron Perlman (l'inoubliable Salvatore du Nom de la rose).

   D'un point de vue filmique, on s'est efforcé de reconstituer l'ambiance des années 1970... avec la musique d'époque. Chouette ! Quant aux combats de boxe, ils sont très correctement mis en scène, de manière sobre et réaliste.

   Certaines mauvaises langues ont beau parler d'un "Raging Bull du pauvre", ce film n'en mérite pas moins le détour, ne serait-ce que pour mieux comprendre la saga des Rocky.

   P.S.

   Des fans ont créé une page Facebook en l'honneur de Chuck Wepner !

00:58 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Outsider

   Un peu par hasard (et parce que le cinéma de Rodez le propose aussi bien en version originale sous-titrée qu'en version doublée), je suis allé voir ce drôle de film, une sorte de biopic d'entrée de gamme sur l'un des plus méconnus des types très connus, Chuck Wepner.

   Ce boxeur poids-lourd a connu son heure de gloire dans les années 1970. A l'époque, il était le seul Blanc bien classé dans sa catégorie... et il a failli mettre au tapis Cassius Clay Mohamed Ali, qui venait pourtant de regagner son titre après un combat mythique contre George Foreman. Son parcours a d'ailleurs inspiré le personnage de Rocky à Sylvester Stallone.

   Le grand intérêt de ce film est de montrer l'envers de la légende. L'histoire de Rocky (la fictive) est une énième version du "Rêve américain", avec une fin heureuse. Celle de Chuck Wepner illustre la fragilité du succès. Elle ne cache pas les (nombreux) défauts de son héros, qui a rapidement sombré dans l'alcool, la drogue et les femmes vénales. Liev Schreiber excelle à incarner ce pauvre type pas très futé. Dans cette entreprise, il est (efficacement) épaulé par des seconds rôles de luxe : Elisabeth Moss (High-Rise, Truth), Naomi Watts (épatante en tenancière de bar) et Ron Perlman (l'inoubliable Salvatore du Nom de la rose).

   D'un point de vue filmique, on s'est efforcé de reconstituer l'ambiance des années 1970... avec la musique d'époque. Chouette ! Quant aux combats de boxe, ils sont très correctement mis en scène, de manière sobre et réaliste.

   Certaines mauvaises langues ont beau parler d'un "Raging Bull du pauvre", ce film n'en mérite pas moins le détour, ne serait-ce que pour mieux comprendre la saga des Rocky.

   P.S.

   Des fans ont créé une page Facebook en l'honneur de Chuck Wepner !

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samedi, 06 mai 2017

Citoyen d'honneur

   Ce citoyen est Daniel Mantovani, un écrivain argentin (fictif), qui vient d'obtenir le prix Nobel de littérature. S'il a puisé son inspiration dans son enfance et sa jeunesse, passées dans un bourg argentin, il vit depuis des années en Europe, principalement à Barcelone, dans une somptueuse demeure. Il est sollicité de partout, mais s'inquiète surtout de son incapacité à se remettre au travail. Moitié pour échapper aux sollicitations, moitié par curiosité, il finit par accepter la proposition du maire de son village natal, qui veut le faire citoyen d'honneur, à l'issue de quatre jours de manifestations.

   Dans la première partie du séjour argentin du héros (parfaitement incarné par Oscar Martinez, qu'on a vu dans Les Nouveaux Sauvages), c'est le ton de la comédie qui domine. Le chauffeur qui vient chercher le grrrand écrivain à l'aéroport est assez limité sur le plan intellectuel (un peu à l'image des habitants du village) et Daniel réalise qu'en dépit des efforts fournis par ses hôtes, il va devoir supporter durant quelques jours des conditions de vie auxquelles il n'est plus habitué. (Soyez attentifs aux usages qui sont faits des pages d'un roman...)

   Le héros va revoir son premier amour et un ancien ami. Il va croiser les enfants de ceux qu'il a connus jadis... et faire de nouvelles rencontres, plus ou moins enthousiasmantes. C'est souvent bien vu, cocasse, pas très gentil pour les habitants de cette région reculée. L'écrivain, qui incarne le savoir, la culture, a le beau rôle.

   Mais, petit à petit, le voile se lève. Comme Daniel s'est beaucoup inspiré de ses souvenirs du village pour écrire ses romans, les habitants qui ont lu ceux-ci n'ont pas toujours apprécié de s'y retrouver, même sous la forme de personnages retouchés. Et puis le fossé culturel qui sépare même les élites locales (pleines de bonne volonté mais assez conservatrices) du littérateur mondialisé (qu'on sent plutôt de gauche... enfin d'une gauche "caviar") apparaît de plus en plus béant. Jusqu'où les apparences vont-elles craquer ?

   L'ensemble forme une très bonne satire à la fois du milieu littéraire et (surtout) du monde provincial. Dans ce village, l'alcool coule à flots, on ne se déplace quasiment qu'en voiture (la plus grosse possible), les femmes n'ont pas trop voix au chapitre et les hommes portent des armes. Du coup, l'intrigue subit une inflexion qui la tire vers le thriller... mais un thriller sud-américain parodique ! Les seconds rôles sont excellemment interprétés par des acteurs qui rendent totalement crédible une jolie bande de dingos !

23:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films