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vendredi, 12 août 2016

Journaux de guerre II, numéro 33

   En 2014 et 2015, ce sont les journaux de la Première guerre mondiale qui ont été réédités, la publication se poursuivant intelligemment après la fin du conflit... jusqu'en 1939. Fort opportunément, l'éditeur s'est lancé dans une nouvelle collection, celle des journaux de la Seconde guerre mondiale. Au départ, je n'avais pas prévu de poursuivre mes achats : les périodiques d'il y a cent ans étaient les plus rares, alors que ceux datant des années 1939-1945 avaient déjà fait l'objet d'une publication. J'ai révisé mon jugement devant l'originalité de certains choix. C'est le cas pour le numéro de cette semaine, centré sur les maquisards dans l'année 1943 :

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   Le florilège commence avec un quotidien collaborationniste, Le Petit Parisien, daté des 13-14 novembre 1943. Il est toujours bon de se replonger (un peu) dans ce genre de torchon pour réaliser à quel niveau peut s'abaisser la presse de caniveau... mais aussi pour comprendre certaines mentalités de l'époque. Ce numéro s'en prend vigoureusement aux "terrorises" (comprendre les résistants) et aux "crimes" commis par les Alliés (anglo-soviéto-américains). L'expansion du communisme semble être particulièrement redoutée par les auteurs (qui s'intéressent aux péripéties chinoises, en liaison avec les gisements de pétrole), qui n'hésitent pas à présenter de Gaulle comme une marionnette de Moscou :

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   On ne s'étonnera pas de trouver un éloge de Pétain et de constater que les rédacteurs se réjouissent des difficultés électorales des démocrates aux Etats-Unis, Franklin Roosevelt étant l'une de leurs bêtes noires. A l'époque, le magazine Life, tout comme Le Petit Parisien, s'était demandé si le pays n'était pas en train de devenir républicain. Rappelons qu'on était à environ un an de la présidentielle de 1944, qui n'était pas gagnée d'avance pour Roosevelt (si d'aventure il briguait un quatrième mandat). Le symbole du basculement (possible) du pays était l'Etat New York, où le républicain Joe Hanley avait réussi à se faire élire vice-gouverneur :

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   Pour la petite histoire, signalons que Joe Hanley avait été "poussé" par le gouverneur de New York, un certain Thomas Dewey qui, en 1944, allait se présenter contre Roosevelt. Il fut battu, tout comme en 1948 (d'assez peu, cette fois-ci), par le sortant (et ex-vice-président de Roosevelt) Harry Truman.

   Le deuxième journal qui nous est proposé est Combat, sous la forme d'une simple feuille recto, non datée. Il y est uniquement question de la manifestation d'Oyonnax du 11 novembre 1943, qui a vu une troupe du maquis narguer l'occupant dans une ville de plus de 10 000 habitants.

   L'événement est salué aussi par Bir-Hakem, journal clandestin de la résistance gaulliste, dans son numéro du 31 décembre 1943. La plus grande partie de l'espace est toutefois occupée par la dénonciation de "traîtres" (comprendre collaborateurs) issus de diverses catégories socio-professionnelles (des parlementaires aux commerçants, en passant par les religieux, les journalistes ou encore les fonctionnaires). On remarque aussi la virulence du ton à l'égard de tous ceux qui pourraient faire de l'ombre à de Gaulle.

   On termine avec le document de la semaine, un avis de la Kommandantur de Lille du 12 mai 1941. Les autorités allemandes y déplorent la célébration, la veille, de la fête de Jeanne d'Arc :

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   Rappelons que celle-ci, qui commémore la délivrance d'Orléans, est, depuis 1920, la seconde fête nationale française, dite "fête du patriotisme". Ce sont les gaullistes qui sont derrière cette manifestation, un appel ayant été lancé sur Radio Londres. Ils n'ont pas voulu laisser la "bonne Lorraine" à la propagande de Vichy, qui a tenté de la récupérer à son profit.

   Ce numéro des Journaux de guerre est décidément très riche.

dimanche, 03 janvier 2016

Des soldats drogués

   Ils sont au coeur de l'intrigue de l'épisode 2 de la saison 4 des Enquêtes de Murdoch, rediffusé ce dimanche sur France 3. Comme souvent dans cette série, les scénaristes ont mêlé des éléments historiques (de la fin du XIXe ou du début du XXe siècle) à des considérations liées à notre époque, celle du début du XXIe siècle. Ainsi, dans la saison 1, a été abordé le cas des orphelins envoyés de force au Canada. Plus récemment, la question des droits des femmes s'est souvent retrouvée au premier plan, qu'il s'agisse du droit de vote, de l'éligibilité, des études, de la carrière comme de l'homosexualité féminine.

   Dans l'épisode qui nous occupe, les prémices de la seconde guerre des Boers constituent la trame de fond. Ce conflit a vu la participation des forces canadiennes, aux côtés des Britanniques, contre les colons sud-africains d'origine néerlando-franco-germanique. Chez nous, cette guerre, quand elle est connue, a la réputation d'avoir vu naître les camps de concentration, où des dizaines de milliers de civils ont été "parqués" par les Britanniques, dans des conditions exécrables.

   Durant son enquête, l'inspecteur Murdoch va découvrir l'usage qui a été fait de l'éphédrine... et ses effets secondaires. Je ne sais pas si l'armée britannique, dès cette époque, réalisait ce genre d'expérimentations. L'usage d'amphétamines s'est répandu dans l'Entre-deux-guerres, les nazis les ayant même utilisées au début du second conflit mondial.

   Mais, comme l'épisode a été tourné au début du XXIe siècle, on peut se demander s'il ne fait pas plutôt écho à une situation plus récente. Le fait qu'une part non négligeable des soldats se drogue (à l'opium, au cannabis, à l'héroïne...) pour échapper au stress des combats n'est pas nouveau. Mais le fait que l'armée teste de nouveaux produits sur ses soldats était resté relativement secret... jusqu'à la guerre d'Afghanistan. L'objectif avoué était de diminuer les effets de la fatigue sur les militaires en mission.

   Mais une atroce bavure a levé un coin du voile : en 2002, un aviateur américain a tué quatre soldats canadiens. Au bout de la procédure judiciaire, il n'a écopé que d'une interdiction de vol, d'un blâme et d'une amende. En 2004-2005, on avait prêté peu d'attention à l'une des justifications avancées (maladroitement) par le pilote Harry Schmidt : les effets secondaires de la prise de produits dopants. Ils sont évoqués dans un long article du Chicago Magazine, en juin 2007.

   Plus récemment, en 2012, Le Point s'est penché sur une dérive supplémentaire : l'automédication de certains soldats, qui fait d'eux de véritables bombes chimiques.

   Le phénomène touche d'ailleurs aussi bien les Occidentaux que les djihadistes. Au Moyen-Orient, le captagon est l'objet d'un important trafic : il est apparemment très prisé par les membres de Daech... et il est aussi très populaire en Arabie saoudite.

samedi, 19 septembre 2015

Le Prodige

   Quand j'ai vu que Tobey Maguire (l'acteur principal) produisait ce film, je me suis dit : "Ne tenterait-il pas de renouveler le succès (relatif) d'Une merveilleuse histoire du temps, afin de décrocher un oscar ?" J'ai donc redouté de me retrouver face à une oeuvre très très académique, d'où ressortirait l'éblouissante prestation de l'acteur vedette.

   Commençons par lui. Si Tobey Maguire n'est pas aussi étincelant qu'Eddie Redmayne dans le biopic de Hawking, il s'en sort plutôt bien pour quelqu'un qui tente de faire oublier qu'il incarna naguère Spiderman. Il est crédible aussi bien en jeune prodige des échecs qu'en adulte à moitié cinglé, devenu hypersensible et travaillé par les théories du complot. On saura gré à la production de ne pas avoir fait du personnage principal un type trop sympathique, parce que, dans la vraie vie, Bobby Fischer était devenu au fil du temps un pauvre type (d'aucuns diraient même un sale con).

   Maguire est épaulé par quelques excellents seconds rôles, au premier rang desquels figure Peter Sarsgaard, un visage connu de tous, mais dont on a peine à se souvenir où on l'a déjà vu. Pour moi, c'était notamment dans Flight Plan, Jarhead, Dans la brume électrique et Blue Jasmine. En face, côté bolchevik, Liev Schreiber se débrouille bien en Boris Spassky.

   La mise en scène vient parfois épauler ce beau monde. Pas assez souvent à mon goût. Pourtant, on sent bien qu'Edward Zwick n'est pas un manchot. On l'a vu à l'oeuvre dans Blood diamond et Les Insurgés. Il faut quand même se "fader" son quota de scènes hollywoodiennes, les pires étant à mon avis celles montrant l'admiration suscitée par le jeune génie des échecs, avec ces plans fixes d'hommes et (surtout) de femmes en extase devant une caméra ou leur écran de télévision. J'ai quand même bien aimé la manière dont la finale des championnats du monde (très médiatisée) est montrée, notamment avec ses à-côtés. Les scènes médiocres sont en partie contrebalancées par les moments troubles, en caméra subjective, durant lesquels on prend conscience de la paranoïa grandissante de Fischer.

   C'est aussi un bon film de propagande à l'américaine, qui n'est pas sans rappeler Rocky IV. Le challenger ricain se prépare dans des conditions plus précaires que son adversaire, présenté comme un ogre soviétique, a priori intouchable. Le Bien finira-t-il par triompher du Mal ? Les spectateurs tremblent d'angoisse !

   C'est donc finalement une oeuvre plus attrayante que ce à quoi je m'attendais, mais qui décevra les amateurs purs d'échecs : la représentation cinématographique de ce jeu extrêmement cérébral n'est guère inventive. De ce point de vue, un film comme La Diagonale du fou (avec Michel Piccoli) m'avait paru plus réussi.

   P.S.

   Coïncidence troublante : dans l'un des derniers épisodes de la série Blacklist à avoir été diffusé sur TF1 (Ruslan Denisov, dont j'ai parlé hier), l'antihéros Reddington fait allusion à une tactique inédite (et victorieuse) utilisée par Fischer contre Spassky, en 1972, à Reykjavik.



samedi, 01 novembre 2014

La maison du Grand Luc

   Sous cette appellation mystérieuse se cache un bâtiment à la triste réputation : le siège de la Gestapo (en réalité le SIPO-SD), à Rodez, pendant une partie de la Seconde Guerre mondiale. Il en a été question dans le quotidien Centre Presse du lundi 27 octobre, dans une double-page consacrée à Arthur Fienemann. Dans l'article, l'historien aveyronnais Jean-Michel Cosson évoque la double vie de cet individu peu recommandable, d'abord adversaire implacable de la Résistance française, avant de se reconvertir dans les arts, où il s'est construit une situation. Il est mort en 1982, libre.

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   Pour mieux connaître le contexte local de l'action d'Arthur Fienemann durant le second conflit mondial, on peut lire un passionnant ouvrage, cosigné par Jean-Michel Cosson (encore lui !) et Stéphane Monnet, publié il y a un peu moins de dix ans aux éditions De Borée, et qu'on peut depuis peu se procurer à nouveau, chez les marchands de journaux, pour moins de quinze euros :

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   Arrivé à Rodez en 1943, Fienemann (qui se fait rapidement appeler "le Grand Luc") est officiellement interprète. Dans la réalité, il mène les interrogatoires sans ménagement, en compagnie du chef du SIPO-SD et il semble avoir joué un rôle décisif dans le massacre de Sainte-Radegonde du 17 août 1944.

   Le service de répression nazie, d'abord installé rue Saint-Cyrice (dans la "maison des Illustres", située à l'emplacement de l'actuelle MJC), a ensuite emménagé dans une villa se trouvant rue Grandet (pas très loin du siège actuel de la CAF, à quelques centaines de mètres du musée Denys-Puech). L'article de Centre Presse contient une photographie d'époque du bâtiment :

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   Je pense qu'il s'agit de la même que celle qui a été publiée dans le livre dont j'ai parlé plus haut, sauf qu'elle a été recadrée :

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   Sachez que la maison existe toujours. En voici une vue récente, prise avec un angle assez proche de celui de la photographie ancienne :

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   Le poteau électrique visible à gauche n'a pas changé. Par contre, le bâtiment du fond a été complété par des garages et un nouveau poteau (sur lequel la plaque de la rue est fixée) masque la vue, au premier plan.

   Il reste une incertitude, portant sur le numéro de l'immeuble. Dans le livre qu'il a coécrit, Jean-Michel Cosson parle du 15, rue Grandet (à trois reprises). Dans l'article de Centre Presse, l'emplacement exact n'est pas donné. Or, aujourd'hui, l'immeuble se trouve au numéro 23 :

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   Alors ? Y a-t-il eu une erreur dans la rédaction du livre paru en 2006, ou bien la numérotation de la rue Grandet a-t-elle changé entre 1943 et aujourd'hui ?

vendredi, 22 août 2014

Le jour le plus sang

   Plusieurs journaux (notamment Libération, Le Monde, Le Figaro, La Croix et Ouest-France) ont pensé à faire allusion à l'événement. Ce vendredi 22 août 2014, nous nous trouvons pile cent ans après le jour le plus meurtrier de la Première guerre mondiale... et même le plus meurtrier de tous les temps pour l'armée française (avec 27 000 morts, 40 000 en quatre jours). Un livre vient de lui être consacré :

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   Quand on pense à la Grande Guerre, on a souvent à l'esprit certaines batailles meurtrières, comme celles de Verdun et de la Somme, ou l'offensive ratée du Chemin des Dames. On oublie ou l'on ignore que les deux premières années du conflit ont été les plus meurtrières et que les mois les plus terribles ont été - et de loin - ceux d'août et septembre 1914, avec respectivement 84 500 et 99 000 morts côté français. A titre de comparaison, le mois d'avril 1917, qui fut le théâtre de l'inutile et sanglante offensive du Chemin des Dames, vit "seulement" 40 700 soldats français perdre la vie.

   L'auteur de l'ouvrage n'est pas historien de formation, même s'il a fait des efforts pour en acquérir les techniques. Habitué à manier les chiffres, il s'inspire notamment de travaux anglo-saxons. Le Royaume-Uni, contrairement à la France, commémore régulièrement "son" jour le plus sanglant de la guerre, le 1er juillet 1916 (avec 20 000 victimes, consécutives à la bataille de la Somme).

   Les deux premiers chapitres reviennent en détails sur les combats du 22 août 1914. Il apparaît que le commandement français a été défaillant, peu réactif, mal organisé, fonctionnant sur des schémas rendus obsolètes par la mécanisation des armées.

   Le troisième chapitre ("De Francfort à Rossignol") revient sur la période 1871-1914. Il ne refait pas toute l'histoire des tensions franco-allemandes. Il met en exergue les points qui expliquent l'organisation de chaque armée et ses choix stratégiques, aussi abordés dans le chapitre suivant.

   Puis sont abordés l'entrée en guerre et les premiers combats, notamment en Belgique. Ils sont déterminants pour expliquer la journée du 22 août et permettront au public français de mieux percevoir le début du conflit chez nos voisins d'outre-Quiévrain.

   Particulièrement intéressant est le chapitre 8 ("L'armée allemande face aux civils"). L'auteur y revient sur les "atrocités allemandes", qui ont été bien réelles. Cherchant les facteurs d'explication, il remonte à la guerre de 1870-1871, mais aussi aux conflits coloniaux et à l'intervention européenne en Chine, à l'occasion de la révolte des Boxers. Le pire est atteint dans le Sud-Ouest africain (la future Namibie), avec le génocide des Hereros, dont les modalités ressemblent étrangement à ce que l'Europe a connu une quarantaine d'années plus tard...

   Dans l'épilogue, Jean-Michel Steg raconte sa venue sur le terrain des combats acharnés de ce jour-là et termine par une histoire bouleversante.

   Bien que pas très long (à peine plus de 200 pages), le livre regorge d'anecdotes, puisées dans les archives ou d'autres ouvrages spécialisés. On y croise des troupes coloniales, des réservistes du Midi, des noms connus (l'oncle du futur général Leclerc et le jeune De Gaulle). De longs passages sont consacrés aux perfectionnements de l'armement (fusils, mitrailleuses et canons à obus). On en sort globalement consterné que l'armée française ait été aussi mal dirigée et que tant de vie aient été sacrifiées sur l'autel de "l'offensive à outrance".

jeudi, 07 octobre 2010

De nouvelles statues-menhirs

   Certaines d'entre elles sont visibles jusqu'à la fin du mois d'octobre au musée Fenaille. D'autres, plus anciennes (dont la célèbre "Dame de Saint-Sernin"), restent exposées au dernier étage du musée.

   On apprend que si en 1912, on en connaissait 31, environ 50 avaient été découvertes dans les années 1970. (On en a trouvé notamment dans les années 1920.) Aujourd'hui, on en est à 145, rien que pour les monts de Lacaune. Toutes sont présentes dans le livre (imposant) de Michel Maillé :

Maillé livre.jpg

   Une dizaine des nouvelles découvertes sont exposées temporairement dans le sous-sol du musée Fenaille. (D'autres sont visibles au musée de Montrozier.) Elles ont été trouvées dans les communes aveyronnaises de Balaguier-sur-Rance, Durenque, La Serre, Laval-Roquecézière, Martrin, Mounès-Prohencoux et Vabres-l'Abbaye :

Communer statues 2010 bis.jpg

 

   Certaines sont masculines, d'autres féminines... et quelques-unes mixtes (ou retouchées).

   La grande interrogation porte sur le sens à donner à ces sculptures. Sont-elles des représentations divines ? Des figures de protection pour les chasseurs ? Des symboles d'autorité ? Des marques de territoire ? Des allusions à des dignitaires charismatiques ou des ancêtres mythiques ? Les interprétations sont diverses.

   Signalons, pour ceux qui veulent en savoir un peu plus, l'excellent dossier de presse réalisé par le musée.