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lundi, 30 mai 2011

Deux prises de re-cul sur le "DSKgate"

   Une fois passé le temps de l'émotion, de l'indignation, des libelles et du voyeurisme, vient le temps de la réflexion. De grands penseurs du début du XXIe siècle se sont récemment exprimés sur le sujet.

   Le premier à nous avoir fourni le résultat de ses cogitations est Nicolas Bedos. Dans l'émission présentée par Franz-Olivier Giesbert, Semaine critique !, il a croisé des considérations d'une grande finesse sur Penelope Cruz, le Sofitel et la grossesse de Carla Bruni.

   Samedi dernier, ce fut au tour de l'équipe de Groland.con, qui révéla d'abord un aspect méconnu de l'enquête policière sofitélienne. Puis Michael Kael tenta de comprendre ce qui avait pu pousser Dominique Strauss-Kahn à commettre l'irréparable :

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samedi, 28 mai 2011

Bienvenue chez les privilégiés !

   Certains de nos ancêtres ont fait la Révolution mais, visiblement, cela n'a pas servi de leçon à la nouvelle aristocratie de la République. Voilà ce que l'on pouvait lire au bas de la page 2 du Canard enchaîné paru mercredi 18 mai :

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   Au-delà de l'anecdote, scandaleuse, que nous apprend ce petit article ?

1) Que le chef de cabinet d'une ministre se croit autorisé à téléphoner au directeur du plus important musée de France pour lui donner un ordre.

2) Qu'une ministre en fonction est persuadée que son statut l'autorise à obtenir un passe-droit pour sa fille et une amie.

3) Que, malgré le refus du musée, on n'a pas dissuadé les deux visiteuses de venir au musée, comptant sans doute que, mise devant le fait accompli, la direction du musée s'empresserait de se plier aux desiderata ministériels.

4) Que la direction du Louvre a adopté une attitude courageuse... et a fait remonter l'affaire.

5) Que la raison invoquée par un haut fonctionnaire est le risque d'ébruitement dans la presse et non la rupture de l'égalité républicaine.

vendredi, 27 mai 2011

"Le Nouvel Hebdo" numéro 177

   Gérard Galtier consacre son éditorial à la plainte déposée contre le journal par le maire d'Onet-le-Château Fabrice Geniez (soutenu par sa majorité municipale). Il en profite pour revenir sur les démêlés judiciaires qu'a dû affronter le prédécesseur du Nouvel Hebdo, qui s'appelait L'Hebdo.

   Le passage incriminé est paru dans le numéro 164, du 25 février dernier, dans la rubrique Les Castonétoiseries (qui épingle régulièrement l'équipe municipale, sans prendre de gants) :

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   Il est vrai que l'article n'est pas d'une grande finesse et fonctionne par allusions. On sent qu'il a été alimenté par un membre de l'opposition castonétoise... ou un employé municipal pas franchement sympathisant de la majorité. Mais de là à aller en justice... aux frais du contribuable, de surcroît ! C'est d'autant plus excessif que le maire avait la possibilité de faire publier un droit de réponse (ce dont ne se prive pas le maire de Rodez, Christian Teyssèdre, quand il est "chatouillé" par un papier). Il ne l'a pas fait.

   Ceci  dit, on ne sait pas encore quand le procès doit se tenir. Je suis sûr que les débats vont être intéressants !

   Un long article est consacré à la polémique née entre le président du Conseil économique, social et environnemental régional, Jean-Louis Chauzy, qui trouve que le développement de l'agglomération ruthénoise patine, et le maire de Rodez, qui a répondu avec son tact habituel... Le Nouvel Hebdo publie en sus une tribune de Jean-Louis Chauzy, qui tente de prendre de la hauteur.

   Restons à Rodez pour une histoire qui commence à faire du bruit. Il s'agit des nuisances, notamment nocturnes, occasionnées par les beuveries étudiantes qui ont lieu en fin de semaine, entre la rue Béteille et l'avenue Tarayre. Pour avoir habité le coin, je peux témoigner avoir vu la tranquillité du quartier rapidement se dégrader. La mairie comme la Police Nationale n'ont apparemment pas fait grand chose... jusqu'au jour où se produira une agression grave ou lorsque l'un de ces alcooliques provoquera un drame au volant. Démagogie jeuniste, quand tu nous tiens !

   Mais les plus âgés adoptent parfois des comportements guère plus responsables. Le problème est qu'en général ils disposent de plus de pouvoir, comme le maire de Villefranche-de-Panat. Celui-ci est mêlé à une sombre histoire : la vente (pour 15 centimes d'euro !) du stade de football communal à une société civile immobilière, dont la gérante est PDG du groupe Papillon (qui fabrique un très bon Roquefort, soit dit en passant). Une association s'est  montée et des élus d'opposition ont décidé de saisir la justice.

   Dans cette affaire, comme le relève Le Nouvel Hebdo, la préfète de l'Aveyron aurait pu jouer un rôle (celui de défense de l'intérêt général, en saisissant la Chambre régionale des comptes) mais, curieusement, elle s'est pour l'instant bien gardée d'intervenir. Seuls les mauvais esprits penseront que l'appartenance du maire de Villefranche-de-Panat à la majorité départementale puisse peser sur le déroulement de  l'affaire...

   On lira aussi avec profit une contribution de Roger Lajoie-Mazenc, sur la naissance du district du Grand Rodez, une question qui suscite des interprétations divergentes.

   Enfin, parmi d'autres choses, je signale un beau papier de Jean Peupluz, titré Prenez le train ! Pendant que nos chers élus se soucient surtout de l'avion et des routes locales, on ne se préoccupe guère du sort des Aveyronnais de base usagers de la ligne Rodez-Paris, que les politiques de droite comme de gauche ont un peu oubliée... à l'exception toutefois de Martin Malvy, le président du Conseil régional.

dimanche, 22 mai 2011

Football ethnique en France

   Je ne vais pas revenir sur toute la polémique déclenchée par la série d'articles de Mediapart, juste en tirer quelques conclusions. La première est une déception : alors que ce site a bonne réputation (il s'est notamment illustré dans les affaires Woerth-Bettencourt), sa présentation des discussions internes à la Fédération française de football semble avoir été tendancieuse. (Sur ce point, je me retrouve dans l'analyse de Variae, un blogueur associé à Marianne2.)

   Au final, à l'exception des propos tenus par une personne, il apparaît qu'au-delà de quelques maladresses d'expression, les participants à la fameuse réunion se soient surtout souciés de deux problèmes :

- le choix d'une proportion non négligeable de jeunes joueurs (talentueux) binationaux de défendre finalement les couleurs du pays de leurs ascendants

- le profil physique et technique de la majorité des titulaires de l'équipe de France, jugés pas suffisamment complets

   Concernant le premier problème, on a négligé un phénomène observable par tous : le décalage dans l'arrivée à maturité des jeunes joueurs. Certains connaissent leur pic de forme dès 18-20 ans, d'autres vers 23-25 ans, certains même plus tard. Mais il n'est pas facile d'attendre une hypothétique sélection alors que plusieurs camarades de promotion sont déjà sous les feux des projecteurs... d'autant plus que le fait de jouer en équipe nationale (de France ou d'ailleurs) n'est pas forcément vu comme un honneur, mais comme une opportunité de carrière : c'est un moyen d'obtenir une meilleure rémunération des sponsors et de se faire repérer par le manager d'un grand club.

   Dans cette affaire, on a peut-être surestimé la part d'ethnicisme, alors qu'il est essentiellement question de pognon et de concurrence effrénée, comme l'a justement rappelé Thierry Pech (membre de la rédaction d'Alternatives économiques) dans l'émission L'Esprit public du 15 mai dernier.

   On n'en est peut-être pas arrivé là par hasard. Lors de la dernière coupe du monde en Afrique du Sud, plusieurs journaux (Le Monde, L'Express, La Dépêche du Midi) ont évoqué l'existence de clans au sein de l'équipe de France, clans dont la formation pourrait être liée aux origines "ethniques" des joueurs. (On a même parfois suggéré que des relents d'homophobie pourraient nuire à la bonne entente du groupe... Voilà un sujet tabou dans le petit monde très très viril du sport professionnel !)

   A cette époque (l'été 2010), j'avais apprécié la réaction de Lilian Thuram, qui a rué dans les brancards sans langue de bois. (Bien que n'étant pas un inconditionnel du foot -encore moins depuis une dizaine d'années, je garde en mémoire la demi-finale France-Croatie de 1998, durant laquelle ce joueur, bien qu'ayant commis une grosse erreur de défense, s'était si brillamment illustré. Pour la petite histoire, c'est lors de ce match que Laurent Blanc avait été injustement expulsé -et donc privé de finale- à cause d'une simulation d'un joueur adverse, Slaven Bilic... aujourd'hui sélectionneur de l'équipe nationale croate ! Les deux hommes se sont retrouvés à l'occasion du match amical joué en mars dernier. Score final : 0-0.)

   Mais revenons à Lilian Thuram (auquel on prête des ambitions politiques... pourquoi pas, après tout). Lors de l'affaire des supposés quotas, il s'en est pris notamment à Laurent Blanc, ce qui lui a valu une réaction inattendue de Christophe Dugarry (et là on se rend compte qu'un joueur blanc vient au secours d'un autre... on n'en sort pas !), qui a rappelé une anecdote remontant à juillet 1998 et que je ne connaissais pas.

   Au-delà de ces polémiques, deux choses sont claires pour moi :

- Le football est pourri par le pognon ; il a besoin de davantage de régulation.

- La société française n'est pas gangrenée par le racisme, mais plutôt par le communautarisme : la nature humaine fait que l'on a parfois tendance à se regrouper avec des personnes d'origines semblables (c'est une sorte d'instinct grégaire... un truc censé disparaître à l'âge adulte, quand on choisit ses fréquentations sur des critères plus objectifs, en théorie). Cela a toujours existé, mais ce n'était pas forcément apparent, encore moins revendiqué. Le football illustre bien, dans ce domaine comme dans d'autres, les changements survenus dans la société française depuis une vingtaine d'années.

vendredi, 20 mai 2011

Petite histoire des colonies françaises

   C'est le titre d'une série de quatre ouvrages de bandes dessinées (signés Grégory Jarry et Otto T.) d'un genre très spécial. L'oeuvre a une prétention historique... et elle semble bien documentée (elle fourmille d'anecdotes qui souvent, hélas, ne sont pas inventées). Mais ce qui pourrait être un horrible pensum est dynamité par la verve satirique : c'est méchant, sarcastique, sans pitié... souvent à hurler de rire.

   La forme est originale : les livres sont rectangulaires ("à l'italienne", comme on dit dans le milieu de l'édition), précédés d'une petite introduction (dont le ton parodie celui des manuels de la Troisième République) centrée sur le narrateur de ces histoires : "papy de Gaulle". Ensuite, chaque page est organisée suivant le même modèle : la partie supérieure contient un court texte explicatif, parfois sérieux, parfois ironique, parfois complètement barré ; le reste de la page est dessiné, en théorie pour illustrer le propos, souvent en contrepoint.

   Le premier tome a pour sous-titre L'Amérique française :

Tome 1 a.jpg

   Il est découpé en six chapitres :

- La rivalité franco-anglaise

- La Floride

- Le Canada

- La Louisiane

- Les Antilles

- L'effondrement

   Il aborde une période méconnue de notre histoire, durant laquelle la France tenta de s'implanter dans des régions que l'on a oubliées aujourd'hui, comme ce fut le cas en Floride :

Tome 1 b.JPG

   Il est aussi bien évidemment question des pionniers... mais sans légende dorée :

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   Le deuxième tome a pour sous-titre L'Empire :

Tome 2 a.gif

   Les faits racontés dans cet album sont mieux connus. Il est ainsi question de la conquête de l'Algérie... qui ne s'est pas effectuée dans la dentelle :

Tome 2 b.JPG

   (Je recommande aussi la représentation de l'incident qui a servi de prétexte à l'invasion française.)

   Dans le cadre de la prise de contrôle du Maroc, les positions de Jean Jaurès sont abordées... de manière ironique évidemment :

Tome 2 c.JPG

   Le tome 3 a pour sous-titre La décolonisation :

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   Les dessinateurs excellent à mettre en images les arrière-pensées des acteurs de cette période (toujours avec une distance ironique), comme Hô Chi Minh :

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   Il est aussi fortement question des violences, avec (notamment)  l'exemple de l'Algérie :

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   Le tome 4 a pour sous-titre La Françafrique :

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   Là, ô surprise, papy de Gaulle cède la parole à ses successeurs, papy Pompidou et papy Giscard (qui parlent peu), "Tonton" (Mitterrand)... et même un peu papy Chirac et cousin Sarko (vêtu d'un costume très révélateur...). Dans ce volume, les plus jeunes découvriront un personnage-clé de cette époque, Jacques Foccart :

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   Le livre vaut aussi pour la dénonciation du comportement prédateur des élites françaises... et africaines :

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   Moi je trouve que cela pourrait constituer un beau cadeau de fête des mères !

lundi, 16 mai 2011

Domi nique qui ?

Dominique nique nique

S'en allait tout simplement

Frustré, chaud et bandant

En sortant d'la salle de bains

Il ne pense qu'à sa queue

Il ne pense qu'à sa queue

 

A l'époque Nico le Fier

La France mit aux abois

Dominique notre Père

Combattit les grands bourgeois

 

Dominique nique nique

S'en allait tout simplement

Frustré, chaud et bandant

En sortant d'la salle de bains

Il ne pense qu'à sa queue

Il ne pense qu'à sa queue

 

Certain jour un érotique

Petit cul rose l'éconduit

Mais notre Père Dominique

Le soumit à sodomie

 

Dominique nique nique

S'en allait tout simplement

Frustré, chaud et bandant

En sortant d'la salle de bains

Il ne pense qu'à sa queue

Il ne pense qu'à sa queue

 

Sans porno ni manigance

Il parvient à prendr' son pied

Tient son vit quelle potence

Méprisant la chasteté

 

Dominique nique nique

S'en allait tout simplement

Frustré, chaud et bandant

En sortant d'la salle de bains

Il ne pense qu'à sa queue

Il ne pense qu'à sa queue

 

Enflamma de tout l'hôtel

Le très féminin personnel

Et pour répandre sa semence

Comprima ses flatulences

 

Dominique nique nique

S'en allait tout simplement

Frustré, chaud et bandant

En sortant d'la salle de bains

Il ne pense qu'à sa queue

Il ne pense qu'à sa queue

 

A Dominique pervers

Le sein s'en vint à manquer

Et deux anges se présentèrent

Dotés de mamelles dorées

 

Dominique nique nique

S'en allait tout simplement

Frustré, chaud et bandant

En sortant d'la salle de bains

Il ne pense qu'à sa queue

Il ne pense qu'à sa queue

 

Dominique vit en rêve

Les lécheuses du monde entier

Sous le manteau sa belle Verge

Adroitement titiller

 

Dominique nique nique

S'en allait tout simplement

Frustré, chaud et bandant

En sortant d'la salle de bains

Il ne pense qu'à sa queue

Il ne pense qu'à sa queue

 

Dominique mon bon Père

Garde nous fort bien montés

Pour exposer à nos frères

Nos vits en pleine santé !

 

Dominique nique nique

S'en allait tout simplement

Frustré, chaud et bandant

En sortant d'la salle de bains

Il ne pense qu'à sa queue

Il ne pense qu'à sa queue

 

Soeur Sourire édenté

samedi, 14 mai 2011

Cascade aveyronnaise : un vote qui ne coule pas de source !

   Vendredi 13 mai s'est réunie la Commission départementale de la nature, des paysages et des sites, organe consultatif amené à se prononcer sur le projet de la préfecture de l'Aveyron concernant la cascade de Salles-la-Source. C'est l'une des polémiques du moment, qui fait s'entrecroiser politique locale, protection du patrimoine, arrière-plan historique... et gros sous.

   Cette commission, présidée par la préfète de l'Aveyron, est composée de la manière suivante :

- des membres de droit, hauts fonctionnaires, dont le chef de la DREAL ; en tant que membres de droit, ils sont indépendants de toute nomination... mais oseront-ils s'opposer à un projet de la préfecture ?

- des représentants élus des collectivités territoriales

- des "personnalités qualifiées" (des scientifiques et des membres d'associations)

- des "personnalités compétentes" (en fonction du sujet abordé)

   Sauf erreur de ma part, les deux dernières catégories regroupent des membres nommés par la préfecture.

   Du coup, lorsque la préfète est venue présenter son projet (favorable à la reconduction de la micro-centrale électrique), on pouvait s'attendre à ce que la majorité se prononce clairement en sa faveur. Sauf que... il semble y a voir eu des problèmes à l'allumage : sur 18 voix potentielles, le projet n'en a recueilli que 8, l'opposition 7, 2 membres s'étant abstenus... et il y aurait eu un-e absent-e ?

   Difficile de connaître le détail du vote. D'après un article de La Dépêche du Midi, le vice-président du Conseil général Pierre-Marie Blanquet aurait voté contre. Et les autres élus aveyronnais ? D'après le site Ranimons la cascade ! , tous les fonctionnaires ont voté pour... Quel beau sens de la discipline !

   Restent les deux abstentionnistes, qui auraient pu faire basculer le scrutin. Sans les connaître et sans vouloir présumer de leurs motivations, on peut cependant affirmer que, par le non-vote, ils ont exprimé leur méfiance vis-à-vis du projet proposé :

- s'il est bon, pourquoi ne pas avoir voté en sa faveur ? (A moins que ce ne soient deux élus locaux qui n'aient pas voulu "se mouiller"...)

- s'il est mauvais, il aurait fallu prendre un risque : désavouer l'autorité publique ; s'abstenir était un moindre risque...

   Pour plus de transparence (après tout, ne sommes-nous pas en démocratie ?), il serait bon que le vote de chaque membre de la commission soit connu.

 

mercredi, 11 mai 2011

François Mitterrand en photos

   L'édition datée du 10 mai 2011 du Monde propose une intéressante page sous le titre "Mitterrand photos taboues". Le trentième anniversaire de l'accession à la présidence de la République a suscité une inflation d'articles (dont le site Arrêt sur images propose un échantillon).

   Les quatre photographies parues dans "le quotidien du soir" ont été bien choisies, je  trouve. Les commentaires qui les accompagnent sont soignés. Sont évoqués la rencontre Pétain-Mitterrand (en 1942), l'amitié jamais reniée pour René Bousquet, le décès de l'ancien président et sa fille Mazarine. C'est cette dernière image qui a le plus éveillé mon attention :

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   La photographie aurait été prise en septembre 1981. Le commentaire porte sur le culte du secret et la révérence des journaux de l'époque, puisque seul l'organe d'extrême-droite Minute a rapidement évoqué cette affaire.

   On peut d'ailleurs lire avec profit la version de l'histoire de l'ancien rédacteur en chef de l'hebdomadaire, feu Serge de Beketch. Il faut faire la part des exagérations (il n'hésite pas à qualifier la présidence Mitterrand de "régime le plus corrompu de l'après-guerre") et des affirmations péremptoires (il se trompe sur l'âge de Mazarine : elle avait quasiment 7 ans à l'époque, alors qu'il lui en donne moins de 5). Plusieurs détails méritent néanmoins le détour.

   La publication de cette touchante photographie est dans le ton de cette célébration. On chante les louanges de l'ancien président et on le présente comme un homme qui, certes a mené une double-existence, mais pour qui "l'autre femme" (Anne Pingeot, la mère de Mazarine) aurait été le grand amour de sa vie.

   En réalité (comme je l'ai déjà écrit à l'occasion du décès d'Annie Girardot, une des nombreuses ex de Tonton), si François Mitterrand est resté attaché à la mère de sa fille, sa liaison ne l'a nullement empêché de continuer à "cavaler" à droite et à gauche...

   Halte aux images d'Epinal !

Cabeza de Vaca

   C'est un "vieux" film, sorti à l'origine en 1991 (dans la perspective de la célébration du cinquième centenaire de la "découverte" de l'Amérique), remis dans le circuit en 2011.

   Il s'inspire de la Relation de voyage rédigée par le héros, Alvar Nunez Cabeza de Vaca, un conquistador, à l'origine à la recherche d'un beau butin, et qui a traversé à pieds une partie du continent américain.

   Comme cela a été tourné par un Mexicain (Nicolas Echevarria), on peut s'attendre à ce que ce ne soit pas un morceau de bravoure en l'honneur des conquérants sanguinaires. Non, le réalisateur louche plutôt du côté de Werner Herzog et de son Aguirre...

   ... pour le meilleur comme pour le pire. Le pire vient vite : certaines scènes sont mal jouées. C'est dû à la fois à la présence de comédiens non professionnels mais aussi (et surtout), à la faiblesse de la direction d'acteurs qui, je pense, s'est limitée à donner des consignes générales en plus du dialogue à débiter. Après, avec des mecs doués, on peut atteindre la grâce... ou tomber dans la daube.

   Du coup, le film alterne des moments ratés (les scènes de radeau sont vraiment mauvaises... ça sent le tournage cheap en studios) et des séquences particulièrement inspirées, où interviennent souvent les "Indiens" rencontrés par le héros.

   Il y a tout d'abord la période de captivité (et d'esclavage), qui voit cet Européen pétri de certitudes devenir la bonniche d'un Indien nain et manchot, farceur de surcroît ! Le compagnon de celui-ci est un grand baraqué un peu magicien sur les bords. On nous entraîne sur les rives du chamanisme. Cela devient passionnant, d'autant plus que le héros se découvre un don de guérisseur.

   Libéré, il poursuit son périple vers l'ouest, à la rencontre d'autres peuples, d'autres cultures. En chemin, il retrouve des rescapés de l'expédition espagnole d'origine. Le fossé qui s'est creusé entre l'acculturé européen et ses anciens compagnons est bien mis en scène.

   Les dialogues ne sont pas nombreux (et tant mieux : ils sont en général médiocres). Par contre, j'ai apprécié la musique et les chants, bien insérés dans le déroulement de l'histoire.

   Si l'on est prêt à supporter des maladresses et quelques faiblesses pour accéder à plusieurs bons moments de cinéma, on peut se laisser tenter par ce film.

samedi, 07 mai 2011

Grand Rodez et petits féodaux aveyronnais...

   ... à moins que ce ne soit "Petit Rodez et grands féodaux aveyronnais". Dans le cadre de la réforme des collectivités territoriales, la préfecture supervise la procédure qui doit aboutir à refondre la carte des associations intercommunales. La presse a rendu compte du premier jet, qui prévoit de regrouper les communes aveyronnaises en 17 communautés (16 du département + celle de Figeac).

   Tous les journaux ont fait référence à une carte de la nouvelle organisation intercommunale... dont il est très difficile de se procurer une version de bonne qualité : les journaux n'ont publié que des vues peu soignées et, sur le site de la préfecture de l'Aveyron, on a accès à deux documents pdf, dont un diaporama quasi illisible. Fort heureusement, ladite carte a été publiée en première page du Progrès St-Affricain le 28 avril dernier :

politique

   Que remarque-t-on ? Eh bien que le découpage semble obéir à des logiques différentes selon l'endroit où l'on se trouve. Ainsi, dans le nord du département, on semble vouloir créer une sorte de communauté de l'Aubrac... mais en l'étendant à Espalion et Estaing, et pas au Carladez ni à Entraygues-sur-Truyère. Bonjour la cohérence géographique ! N'y aurait-il pas une raison à cela ? Les mauvaises langues remarquent que le territoire délimité n'est pas sans ressembler au pays du Haut-Rouergue, même s'il est plus restreint (les habitants du Carladez n'auraient sans doute pas accepté d'être "annexés" ainsi). Or, le président du pays n'est autre que Jean-Claude Anglars (un proche du président du Conseil général Jean-Claude Luche), maire de Sébrazac et président de la communauté de communes d'Estaing. Hasard ? Mmmmm. Ces derniers temps, on a remarqué que "Mini-Luche" soignait ses relations publiques du côté de la Montagne...

   Du coup, le Carladez est regroupé avec les communes du canton d'Entraygues, bien tenu lui aussi par un fidèle de Jean-Claude Luche. Sachant qu'aux dernières cantonales, le Carladez a élu un opposant, on se demande si ce regroupement intercommunal n'est pas annonciateur du futur territoire d'élection d'un conseiller (territorial) en 2014...

   Il semble que la même démarche ait été à l'oeuvre dans le regroupement des territoires de Marcillac-Vallon (un bastion de gauche) et de Conques (plus conservateur)...

   Autre sujet d'étonnement : la préfecture propose que la communauté de communes du Villefranchois soit organisée selon un axe nord-sud de communes, alors que la logique voudrait que ce soit selon un axe ouest-est. Mais cela conduirait à mordre sur Rignac, Montbazens et Rieupeyroux....

   On continue avec deux intercommunalités qui ne regrouperaient que 6 000 habitants environ. La première unirait les cantons de Rieupeyroux et La-Salvetat-Peyralès... peut-être pour le plus grand plaisir de l'un des vice-présidents du Conseil général, André At. Dans le Sud-Est, la préfecture propose d'associer les communes des cantons de Nant et Cornus, coupant certaines d'entre elles de Millau. C'est l'inverse du cas de Villefranche-de-Rouergue, mais l'incohérence géographique est la même : alors qu'il aurait été logique de constituer, autour de Millau, une communauté selon un axe nord-sud (en suivant la tracé de l'autoroute A75), c'est l'axe ouest-est qui a été retenu. (On reprend en gros la "vieille" collectivité Millau-Grand Causses, sans tenir compte de l'impact du viaduc.) Seules les mauvaises langues y voient des arrière-pensées politiques.

  Par contre, la formation de deux grandes communautés, l'une en Ségala (autour de Baraqueville et Naucelle), l'autre en Lévézou, est logique, même si l'on a pris soin de "cadenasser" le Grand Rodez (je vais y revenir).

   A l'opposé, tout le Sud-Sud-Ouest du département serait réuni autour de Saint-Affrique, soit presque 25 000 habitants au total. Cet ensemble me paraît manquer de cohésion... Voudrait-on lier les mains des dirigeants saint-affricains ?

   Enfin, je trouve quand même étonnante la configuration de l'une des associations proposées, puisqu'elle regrouperait les territoires de Saint-Geniez-d'Olt, de Laissac et de Bozouls. Cette dernière ne serait donc pas unie à Espalion et Estaing, ses voisines naturelles, pas plus qu'à Rodez. Là encore, les mauvaises langues vont se déchaîner, insinuer que l'on fusionne des territoires gérés par des proches du président du Conseil général. Et donc, derrière cette réorganisation de l'intercommunalité se profilent les élections territoriales de 2014, avec 29 super-cantons, certains pouvant trouver une préfiguration dans le projet de la préfecture...

   On remarque surtout que la seule collectivité dont la délimitation ne change pas est le Grand Rodez, qui compterait les mêmes 8 communes, alors que tout le monde convient que l'agglomération ruthénoise est bien plus étendue. Dans ce domaine, on parle d'aire urbaine : celle de Rodez s'étendrait sur 25 communes, que j'ai mises en évidence sur la carte ci-dessous :

  politique

   J'ai utilisé trois figurations :

- l'aplat rouge pour le noyau urbain (la partie vraiment agglomérée), composé des communes de Rodez, Onet-le-Château, Olemps et Le Monastère

- les pointillés rouges pour les autres communes du Grand Rodez : Druelle, Luc-La Primaube, Sainte-Radegonde et Sébazac-Concourès

- les pointillés orange pour les communes périphériques, dont, selon l'INSEE, au moins 40 % de la population active vient travailler dans le noyau urbain : Moyrazès, Calmont, Manhac, Camboulazet, Sainte-Juliette-sur-Viaur, Comps-Lagrand’ville, Flavin, Agen-d’Aveyron, Montrozier, Bertholène, La Loubière, Rodelle, Muret-le-Château, Salles-la-Source, Valady, Balsac et Clairvaux-d’Aveyron.

   Au total, cela forme un ensemble d'environ 70 000 habitants, bien plus que les 50 000 du Grand Rodez... et bien moins que les 100 000 revendiqués par certains (notamment le maire d'Onet-le-château, dans un entretien paru dans Le Ruthénois de cette semaine) :

politique

   Je veux bien que la préfecture, par souci d'équilibre, rechigne à étendre le Grand Rodez à ces 25 communes, mais tout de même... Il est évident qu'au minimum une couronne devrait s'ajouter : Moyrazès à l'ouest, Calmont et Flavin au sud, Agen-d'Aveyron, Montrozier et La Loubière à l'est, Salles-la-Source et Balsac au nord. On accordera au maire de Rodelle (et conseiller général de Bozouls), Jean-Michel Lalle, que sa commune ne devrait pas être séparée des autres du canton, même si ses actifs sont majoritairement tournés vers Rodez, Onet-le-Château et Sébazac-Concourès.

   Bref, le projet qui a filtré dans la presse semble, au-delà de la prise en compte de certaines réalités géographiques, assez orienté politiquement. Les discussions promettent d'être animées...

vendredi, 06 mai 2011

La mort de ben Laden : deux caricatures faussement siamoises

   Mardi 3 mai 2011 (le 2 mai en ligne), deux organes de presse "de référence", Le Monde et The International Herald Tribune (l'édition "globale" du New York Times... que l'on peut acheter à Rodez, eh oui !), ont publié une caricature sur le sujet "chaud" du moment : la mort d'Oussama ben Laden.

   Le dessin paru dans Le Monde est passé en première page. Il est l'oeuvre de Plantu :

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   Le dessin paru dans The International Herald Tribune se trouve en page 11. Il est signé Chappatte (dont on peut voir les oeuvres notamment dans le quotidien suisse Le Temps) :

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    A première vue, on pourrait se dire que les deux journaux de centre-gauche ont mis en avant la même vision morale de la mort du terroriste saoudien, représentée en liaison avec les attentats du 11 septembre 2001. Une analyse plus approfondie me conduit à nuancer ce propos.

   Le dessin de Chappatte montre ben Laden raide mort, une arme à ses côtés. C'est donc bien le terroriste (et même le djihadiste) qui est représenté. La grande originalité de cette caricature est d'établir une continuité noire entre la fumée s'échappant des deux tours du World Trade Center et la flaque de sang située sous le cadavre de ben Laden. (Observez aussi les deux traînées claires, parallèles, dans la mare de sang.) Le message est clair : les attentats commis en 2001 ont abouti à la mort de ben Laden. Cette mort est donc le prix payé pour les attentats : elle n'est que justice.

   En revanche, sur le dessin de Plantu, ben Laden est représenté vivant (plus précisément : sur le point de mourir). L'arme qui figure sur la caricature n'est pas celle du terroriste. Elle est un prolongement de l'une des deux tours du World Trade Center. Le Français veut sans doute montrer que l'assassinat d'Oussama ben Laden est un acte destiné à venger les attentats de septembre 2001.

   On voit qu'en dépit d'une inspiration identique, les deux dessinateurs ont abouti à deux oeuvres de sensibilités différentes. Celle du Français est plus critique sur la fin de ben Laden, même si elle relie sa mort aux attentats de 2001.

   Concernant Plantu, on peut aller plus loin. Certains commentateurs ont fait le lien avec une vieille photographie, prise en 1968 à Saïgon (aujourd'hui Hô-Chi-Minh-Ville) , dans le Sud du Vietnam :

politique,presse,actualite,actualité,journalisme

   Un général sud-vietnamien (soutenu par les Etats-Unis donc) exécute devant des journalistes un chef viet-cong (communiste sud-vietnamien) qui a les mains liées. L'analogie avec le dessin de Plantu se voit au niveau de l'attitude de la victime. Je ne sais pas si cela a été fait consciemment par Plantu. En tout cas, cela renforcerait l'aspect critique de son dessin.

mercredi, 04 mai 2011

Un stage si discret

   Les moins jeunes n'ont pas connu cela : les lycéens du XXIe siècle (y compris ceux de section générale) sont amenés à effectuer des stages au cours de leur scolarité. C'est l'occasion pour nombre d'entre eux de découvrir un milieu professionnel ou un métier vers lequel ils envisagent de s'orienter. Voilà qui ne mériterait pas de commentaire particulier si ce n'est que, parfois, il peut arriver qu'un parent et / ou un journaliste fasse un peu de zèle.

   Le mois dernier, les lecteurs de la presse aveyronnaise ont ainsi eu la surprise de lire des articles consacrés à un seul lycéen stagiaire, qui n'est autre que le fils de l'un des vice-présidents du Conseil général. Cela a commencé le 1er avril (eh non, ce n'était pas un canular) dans le Bulletin d'Espalion et Midi Libre (avec le même texte, illustré par la même photographie). Cerise sur le gâteau : dans le Bulletin, l'article était annoncé en première page ! C'est dire l'importance qu'il lui accordait... ou que l'on a voulu qu'il lui accordât. (Oui, je me suis fait un petit kif subjonctif imparfait.)

   Cet article n'étant pas signé (et étant identique dans l'hebdomadaire et le quotidien), deux hypothèses s'offrent à nous : soit il a été écrit par un correspondant local (proche de la famille du jeune homme ?) qui travaille pour les deux journaux, soit il est l'oeuvre d'un membre de la famille (ou d'un proche), qui a accompagné le jeune homme à Paris (et accessoirement pris la photographie), avant de livrer sa prose aux journaux susmentionnés, qui se sont empressés, tant la qualité du texte était grande, d'en assurer la publication.

   Moins d'une semaine plus tard, c'était au tour de La Dépêche du Midi et du site Aligorchie de se pencher sur cette affaire.

   Et voilà qu'un organe de presse national s'intéresse à la chose. Le site internet du Monde a mis en ligne aujourd'hui un article consacré au stage du jeune homme (il paraît dans l'édition papier datée du 5 mai... qui ne sera disponible chez les marchands de journaux que demain jeudi donc) :

politique,société

    La journaliste Mattea Battaglia rappelle qu'il est scolarisé dans ce qui est peut-être le lycée (privé) le plus classieux du département, aux excellents taux de réussite aux examens... mais se garde bien d'évoquer son recrutement.

   Contrairement à ses collègues aveyronnais, Mattéa Battaglia présente rapidement le papa du jeune homme et évoque (tout aussi rapidement) les réactions que ce stage privilégié a suscitées sur la Toile.

   Pour terminer, signalons qu'au Monde, Guillaume Anglars aurait déclaré lire très régulièrement le "quotidien du soir" et Le Figaro, alors que, selon La Dépêche, c'est le premier qu'il lit avec assiduité, Le Figaro et L'Humanité venant en second, en alternance. Faut-il en conclure que le jeune homme a modulé ses propos en fonction de son interlocuteur ou que les journalistes ont retenu de ses déclarations ce qui les arrangeait ?

John Rabe

   Cet Allemand est le héros éponyme d'un film historique qui a pour cadre le massacre de Nankin, commis en 1937-1938 par les soldats japonais tentant de conquérir la Chine.

   John Rabe est ce que l'on appelle un "juste", un simple citoyen qui a contribué à sauver des milliers de vies, celles de Chinois (surtout de Chinoises) qu'il a décidé d'abriter dans une zone de sécurité délimitée dans la ville de Nankin et, au départ, destinée aux populations européennes présentes sur place, que les Japonais n'ont pas attaquées.

   Le film est de facture très classique : la réalisation est propre, sans fioritures. L'image est soignée. Les acteurs sont bons. La musique est par contre un peu trop présente, donnant un ton parfois trop mélodramatique. Cela se comprend quand on sait que ce massacre est, pour les Chinois, un peu l'équivalent d'Auschwitz pour les Européens.

   Le paradoxe est que l'un des instigateurs du sauvetage de dizaines de milliers de Chinois est un employé de Siemens, membre du NSDAP (et fervent adepte du Führer... on est en 1937)... oui, un nazi, mais pas un fanatique, ainsi que le film prend soin de le préciser. On notera d'ailleurs un aspect consensuel du scénario, qui fait en sorte que chaque "communauté" présente au moins un ou deux éléments positifs (même les Japonais). A John Rabe s'oppose donc la personne envoyée par Berlin pour lui succéder, un nazi pur sucre qui sert de repoussoir.

   Les séquences de violence alternent avec d'autres, plus intimistes, ou avec des moments plus enlevés, spectaculaires, comme cette scène qui voit le déploiement d'un gigantesque drapeau nazi pour protéger les réfugiés chinois. Cela ne manque pas de souffle.

   Le massacre est donc montré du côté européen (le film s'articule autour du journal écrit par John Rabe, publié seulement à la fin du XXe siècle), ce qui fait que, même si on a droit à quelques scènes détaillant les horreurs commises par les soldats japonais, on reste à mon avis en dessous de la vérité.  (Comme je l'ai entendu dire dans une émission de La Marche de l'histoire, les Japonais ont commis les mêmes crimes que les nazis durant la Seconde guerre mondiale, à l'exception des chambres à gaz.) Ces scènes n'en restent pas moins très fortes, choquantes, comme celle de l'exécution de plusieurs  centaines de prisonniers chinois en pleine campagne ou celle du viol de l'une des élèves de l'école européenne.

   On a réservé une place assez importante aux acteurs chinois, même si, globalement, ce ne sont que des seconds rôles. Le personnage le plus présent à l'écran est celui de Langshu, cette lycéenne passionnée de photographie, dotée d'un physique propre à faire chavirer les coeurs... Côté japonais, le portrait qui est tracé du prince impérial (oncle de l'empereur) est particulièrement gratiné. Il n'est peut-être hélas même pas caricatural.

   Tous les acteurs, européens, chinois et japonais, sont excellents. Le souci du réalisme a poussé le réalisateur à les faire s'exprimer dans leur langue, même s'ils communiquent entre eux en anglais. Côté allemand, Ulrich Tukur (qu'on avait remarqué notamment dans Amen, Le Couperet de Costa Gavras et La Vie des autres) est remarquable en John Rabe. On retrouve aussi avec plaisir Daniel Brühl (révélé par Good bye, Lenin !). Steve Buscemi surprend agréablement en chirurgien anglais alcoolique farouchement antinazi.

   Le film s'achève par des compléments biographiques sur les personnages incarnés à l'écran.

lundi, 02 mai 2011

Moi, Michel G, milliardaire, maître du monde

   Sous la forme d'un documentaire (à l'image bien léchée), cette fiction nous propose le film qui ne se fera sans doute jamais, celui de la vie d'un "grand patron" dynamique, filmée au quotidien par un réalisateur de gauche sans concession.

   Ce chef d'entreprise, remarquablement interprété par François-Xavier Demaison (déjà remarqué pour sa performance dans C'est l'histoire d'un mec), a des airs de Bernard Tapie (pour le côté vulgaire et sans état d'âme) et de Jean-Marie Messier (avec une pincée de Vincent Bolloré) : l'acteur a réussi à prendre certains de leurs tics d'expression, notamment lors de la séquence de l'entrevue du journal télévisé. Demaison fait croire à son personnage, le défend par sa manière de jouer : ce n'est pas un portrait exclusivement à charge, même si l'on sort de là avec une bien piètre opinion des "patrons voyous".

   Le réalisateur a aussi donné leur chance aux autres personnages "négatifs", les grands fauves du petit monde politico-économique français. On peut même s'amuser à essayer de mettre des noms sur les visages : Guy Bedos campe sans doute un mélange de l'ancien PDG de la Générale des Eaux, Guy Dejouany, et de Claude Bébéar, ex-PDG d'AXA. L'inévitable Alain Minc se cache derrière l'un des acteurs etc.

   J'ai bien aimé le personnage de l'épouse sans complexe du héros. Le portrait qui est fait d'elle est très acide mais, là encore, l'actrice (Laurence Arne, efficace) a eu la possibilité de lui donner un peu d'épaisseur.

   Face à cette brochette de requins on trouve le documentariste "engagé", Joseph Klein, alias sans doute Pierre Carles. C'est notamment perceptible dans les séquences où le cinéaste est filmé au téléphone, une marque de fabrique du style Pierre Carles. Le début du film est particulièrement évocateur : Klein réussit finalement à obtenir l'accord de Ganiant-Demaison (eh oui, le héros s'appelle Ganiant !), ce à quoi Pierre Carles n'est pas arrivé avec Tapie dans Fin de concession.

   On ne nous cache pas le risque de connivence, d'autant plus que l'homme au centre du documentaire joue sur la proximité, la familiarité et s'appuie sur ses supposées failles (il a un petit côté Sarkozy finalement). Le réalisateur se paie même le luxe de faire parfois passer son documentariste redresseur de torts pour un petit goujat.

   Mais c'est d'abord et surtout une comédie. Et on rigole ! L'humour réside dans les dialogues, ciselés, et dans le comique de situation. Le patron est souvent mis devant ses contradictions, entre ce qu'il dit et ce qu'il fait. Il proclame aussi sans honte quelques énormités (qui ont choqué une partie du public -sans doute de gauche - de la salle où je me trouvais), avec un cynisme fort réjouissant. Enfin, il y a les animations, limite infographies, dont le réalisateur émaille les séquences. Certaines transforment quasiment le "héros" en personnage de manga (genre Le Collège fou fou fou... enfin, pas tout à fait quand même). Une est particulièrement réussie, qui voit s'afficher à l'écran les liens qui unissent plus ou moins secrètement les invités d'une réunion mondaine où l'on vient causer pognon.

   Cerise sur le gâteau : le scénario fait oeuvre de pédagogie sur les arcanes du gouvernement d'actionnaires.

   C'est peut-être le meilleur film français sorti récemment et il ne bénéficie hélas pas de la diffusion qu'il mérite...

dimanche, 01 mai 2011

Source Code

   En bon français, il aurait fallu traduire le titre par Code Source. Trop d'anglicisme tue l'anglicisme...

   On a souvent comparé ce film à L'Effet papillon (que je vous recommande) : l'argument scénaristique est la modification du passé, le tout avec un arrière-plan sentimental. Une référence à l'excellent L'Armée des douze singes aurait été plus judicieuse : la propulsion du héros (du moins d'une partie de lui) dans le passé a pour but d'éviter une catastrophe. Ceci dit, les deux références sont pertinentes (on aurait même pu en ajouter une troisième : Retroaction) : le film oscille entre le tragique (il semble impossible de modifier le passé) et le romantisme (les sentiments peuvent-ils passer la barrière du temps... et du numérique ?).

   Le héros, très bien interprété par Jake Gyllenhaal (Donnie Darko, Le Jour d'après, Jarhead, Zodiac), est un soldat américain, à l'origine en opération en Afghanistan, qui se retrouve mêlé à un projet scientifique novateur. En gros, c'est un cobaye involontaire, utilisé pour déjouer un attentat terroriste, que le spectateur comme le héros est amené à vivre plusieurs fois.

   Ce soldat est donc "envoyé" (je n'en dis pas plus pour préserver un peu de mystère) dans l'esprit d'une des victimes de l'attentat, qui voyageait en compagnie d'une amie (un vrai petit canon... l'intrigue aurait sans doute été bouleversée si, à sa place, on avait mis une personne de 120 kg dotée d'un bec-de-lièvre).

   Il n'a que huit minutes pour, non pas déjouer l'attentat, mais trouver la bombe et le terroriste. Au fur et à mesure que le film avance, on comprend pourquoi il ne dispose que de huit minutes et pourquoi on n'attend pas de lui qu'il déjoue l'attentat. A chaque fois, au bout des huit minutes, il quitte la scène de la tragédie et se retrouve dans son caisson, en liaison avec une capitaine qui a l'air d'en pincer un peu pour lui. On lui laisse peu de temps pour récupérer (on pense qu'un deuxième attentat est en préparation), avant de le renvoyer vivre à nouveau la même scène, qu'il essaie donc à chaque fois de modifier.

   La base scénaristique est excellente... et le suspense bien maintenu : l'identité du véritable terroriste n'est pas facile à deviner et la fin de l'histoire n'est pas tout à fait prévisible. (Moi, j'aurais été encore plus tordu, mais bon, hein, faut viser le grand public.) Attention toutefois, ce n'est pas un chef-d'oeuvre : la tension tragique est moins aboutie que dans L'Armée des douze singes et je dois reconnaître que le scénario de L'Effet papillon était un peu plus virevoltant. J'ajoute que la version française n'est pas démente. Mais cela reste un très bon film, qui n'a hélas pas bénéficié d'une bonne diffusion en France. Quand je vois la brochette de bouses qui occupe les écrans ruthénois, j'enrage !

14:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : film, cinema, cinéma