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mercredi, 25 juin 2014

Orthographe journalistique

   Les journaux se plaignent de perdre des lecteurs. Je le regrette tout comme eux, mais encore faudrait-il que les articles soient correctement rédigés. Régulièrement, les quotidiens et hebdomadaires aveyronnais me font penser que le français n'est plus la "langue de Molière", mais plutôt celle de Nabilla Benattia.

   La Dépêche du Midi de ce mercredi en est l'illustration. L'exemple le plus flagrant en est l'article consacré à la manifestation d'agriculteurs devant la préfecture, annoncé dans le déroulé du site internet avec deux "héneaurmes"  fautes :

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   Bien entendu, il aurait fallu écrire : "On n'en peut plus !"

   Dans un premier temps, on se dit que c'est une coquille due à l'inattention ou la fatigue mais, quand on accède à l'article, on constate dès le titre que ce n'est pas une simple étourderie :

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   On en a la confirmation à la lecture du corps du texte :

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   Le même auteur (J.-L. P.) se fait remarquer par sa maîtrise approximative de la langue (ou son manque de rigueur dans la relecture) à d'autres occasions, notamment dans l'article consacré à la candidature de Jean-Louis Grimal aux sénatoriales :

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   Sur le fond, les observateurs avisés auront remarqué que la refonte de la carte cantonale a des conséquences insoupçonnées, en particulier sur la course aux sénatoriales. Ainsi, il n'est pas étonnant que le cumulard conseiller général de Salles-Curan se présente : la nouvelle carte fusionne son territoire d'élection avec les cantons de Vezins-de-Lévézou (dont l'élu est Arnaud Viala, entre autres vice-président du Conseil général) et de Saint-Rome-de-Tarn (dont l'élu est Alain Marc, député et lui aussi vice-président du Conseil général). Comme tout ce beau monde fait partie de la majorité départementale, on a compris qu'en 2015, parité oblige, il risquait d'y avoir deux morts et un miraculé à l'issue des élections départementales. Voilà donc Jean-Louis Grimal qui sort du bois, suivi bientôt dit-on par Alain Marc lui-même (qui sent peut-être que sa circonscription de député n'est plus aussi sûre qu'auparavant)... voire par Arnaud Viala, à qui l'on prête aussi des ambitions sur le Conseil général...

   ... à condition que l'actuel président s'en désengage. Il semble bien que, depuis plusieurs mois, Jean-Claude Luche mène, aux frais des contribuables, une campagne sénatoriale qui ne dit pas son nom. Elu du canton de Saint-Geniez-d'Olt, il voit celui-ci fusionné avec celui de Laissac et une partie de celui d'Espalion. Nous revoilà avec trois élus de la majorité départementale (J-C Luche, Jean-Paul Peyrac et Simone Anglade) pour cette fois-ci deux places en 2015, puisqu'il sera possible de former un "ticket" Peyrac-Anglade, si celle-ci souhaite se représenter et si elle choisit le nouveau canton "Lot et Palanges" plutôt que "Lot et Truyère" (auquel a été attribuée l'autre partie de son actuelle circonscription et notamment la commune d'Espalion).

   Ces considérations, qui éclaireraient les lecteurs de La Dépêche, sont malheureusement absentes de l'article. On se contentera de regretter que, dans un autre papier du même auteur (qui se contente de relayer la bonne parole de la "majorité départementale"), on retrouve une nouvelle coquille énorme :

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   Vive la presse libre... et alphabétisée !

vendredi, 13 juin 2014

Il voulait devenir maire de Rodez

   Il va bien entendu être question de Christian Teyssèdre, auquel le journaliste Gérard Galtier consacre un livre, qui n'est pas une biographie au sens strict, plutôt le récit (nourri d'anecdotes) d'un parcours atypique :

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   Soyons clairs : si le bouquin contient, ici ou là, quelques critiques à l'égard de celui qui vient de se faire réélire maire de Rodez, le propos est globalement en empathie avec le personnage. Je pense que les deux hommes ont quelques points communs, notamment celui d'être, chacun dans leur domaine, des francs-tireurs.

   Christian Teyssèdre est un enfant du Faubourg, quartier moins bourgeois et plus frondeur que le sommet du chef-lieu aveyronnais. (Rappelons que Gérard Galtier s'y est présenté aux élections cantonales en 2011 et qu'il y a résidé, comme il l'avait précisé en réponse à l'un de mes billets.) A ceux qui ne le connaîtraient pas, le journaliste évoque l'épisode de la commune libre du Faubourg, dans les années 1930.

   Les amateurs de détails biographiques apprendront avec plaisir que le futur maire du Piton a effectué son service militaire dans l'infanterie de Marine (en tant qu'infirmier) et que, s'il a bien été reçu au concours d'entrée à EDF, il avait aussi réussi celui d'inspecteur de police !

   Le passage par EDF a visiblement joué un rôle non négligeable dans la carrière de Christian Teyssèdre. Il y a fait quelques rencontres (notamment celle d'Anne-Christine Her, aujourd'hui neuvième adjointe au maire), s'y est investi dans le travail syndical (à la CFDT)... et s'y est visiblement ennuyé, ce qui l'a peut-être poussé à s'engager en politique.

   Gérard Galtier s'attarde un peu plus sur les premiers pas du futur maire. Il a rejoint le PS, où il fait un peu tache. La plume se fait ici acerbe vis-à-vis de ces notables de gauche qui se sont très bien accommodés de la droite pendant des années, à Rodez et dans le reste de l'Aveyron. Il m'a semblé percevoir un poil de rage dans l'écriture de cette partie. L'auteur s'est longtemps battu contre l'ancien président du Conseil général, Jean Puech, qui, selon certains observateurs, a maintenu le département sous cloche (et sous son contrôle) pendant trois décennies.

   Mais c'est un autre élu de la "Majorité départementale" qui hérite nominalement de ses piques : Michel Astoul, qui fut l'adjoint de Marc Censi de 1989 à 2008. Gérard Galtier brosse un rapide portrait du cumulard, qui ne se représente pas sur le canton de Rodez-Est en 1998, où Christian Teyssèdre décide de se lancer.

   Les péripéties de la campagne sont contées par le menu détail, jusqu'aux recours en justice. Battu au second tour de seulement trente voix, le candidat socialiste a estimé que le journal de campagne distribué juste avant le premier tour de l'élection enfreignait le code électoral. C'est allé jusqu'au Conseil d'Etat, dont la décision, si elle déboute Christian Teyssèdre, reconnaît que la distribution du journal violait le code électoral, mais qu'elle ne suffit pas à expliquer la défaite du socialiste, pourtant de seulement trente voix ! Si on lit entre les lignes, le texte semble dire que la requête de Christian Teyssèdre aurait pu aboutir s'il l'avait présentée autrement.

   Ceci dit, cette affaire ne fut qu'une étape dans l'ascension politique du futur maire de Rodez. Son concurrent victorieux, Dominique Costes, n'a pas longtemps profité du mandat, puisqu'il a été battu en 2004 et qu'il a échoué aux municipales suivantes. Aujourd'hui recasé à la CCI, aux côtés de Manuel Cantos, il continue à faire de la politique (selon les mauvaises langues), mais de manière plus subreptice.

   La suite du livre de Gérard Galtier nous mène aux municipales de 2008 et à la victoire pas si surprenante que cela de la liste d'union de la gauche, dès le premier tour. L'auteur rappelle en effet qu'en janvier 2008, un sondage de l'IFOP avait donné la liste Teyssèdre en tête du premier tour... avec 51 % des voix. (En mars suivant, elle a finalement recueilli 52,5 % des suffrages exprimés.)

   Le livre décevra ceux qui s'attendaient à ce qu'il règle quelques comptes post-2014. (Il contient juste une phrase, en fin de volume.) Son propos s'arrête au début du premier mandat. Mais nul doute que, si le maire n'avait pas été reconduit cette année, la conclusion aurait été différente.

lundi, 02 juin 2014

Insécurité et propagande à Toulouse

   Ce matin, comme pas mal de lecteurs, j'ai été quelque peu interloqué par un article de La Dépêche du Midi intitulé : "Deux étudiantes volées et agressées à la sortie d'une boîte de nuit". Ce n'est pas tant le fond (hélas assez courant dans la Ville rose) que la forme qui m'a interpellé. Regardons la photographie qui illustre l'article :

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   Elle n'a évidemment pas été prise sur le fait. Mais entre le moment de l'agression (le samedi) et celui de la mise en page de l'article (le dimanche), il y a eu suffisamment de temps pour réaliser un document d'illustration, comme il est précisé au bas de la photographie.

   On a donc choisi de représenter les deux étudiantes agressées comme deux bourgeoises... et l'agresseur comme un jeune homme à capuche, visiblement d'origine africaine. Or, l'article ne dit rien du physique des deux agresseurs, qui avaient le visage masqué. Soit les deux jeunes femmes ont quand même pu donner un début de description (et l'article ne le dit pas), soit c'est une extrapolation pure et simple.

   Ce nouveau fait divers s'insère dans la polémique sur la police municipale toulousaine. La sécurité fut l'un des sujets "chauds" de la récente campagne des municipales. Le candidat vainqueur, Jean-Luc Moudenc, en avait fait l'un de ses principaux arguments :

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   Dans son document de campagne, il compare le nombre de caméras de vidéosurveillance dans plusieurs grandes villes (dont Toulouse). Mais c'est sur le nombre de policiers municipaux (non cité dans le document) qu'a porté la polémique... encore aujourd'hui.

   En avril dernier, le nouvel adjoint à la sécurité, dans un article de La Dépêche du Midi, a avancé des chiffres qui sont depuis régulièrement repris... y compris par La Dépêche elle-même, il y a moins de trois semaines. (Comme le même chiffre a été cité dans deux articles différents, j'écarte la possible erreur de virgule d'un journaliste.)

   Refaisons les calculs. Tout d'abord, contrairement à ce qu'affirment les élus de la nouvelle majorité toulousaine, ce n'est 160 mais 175 agents que compte la police municipale à la fin de l'ère Cohen, aussi bien d'après La Gazette des communes que les statistiques gouvernementales.

   Si l'on divise par la population municipale de Toulouse en 2011 (qui est la population légale de 2014, selon l'INSEE), soit 447 340 habitants, on obtient 0,000 39 policier par habitant, soit 0,039 pour 100 habitants... ou 0,39 pour 1 000... ou 3,9 pour 10 000. C'est là qu'intervient l'erreur (involontaire ?). Le nouvel adjoint à la sécurité de Toulouse compare le nombre de policiers municipaux de Toulouse pour 1 000 habitants à celui de Lyon... pour 10 000.

   En effet, à la même date, la commune de Lyon comptait 326 policiers municipaux, pour une population municipale de 491 268 habitants. Cela nous donne un ratio de 0,000 66... soit 0,66 policier pour 1 000 habitants... et 6,6 pour 10 000.

   Dans le doute, faisons la même opération pour Montpellier. Elle comptait 130 policiers municipaux pour 264 538 habitants. Cela nous donne 0,000 49... soit 0,49 pour 1 000 et 4,9 pour 10 000.

   Conclusion : Olivier Arsac a cité des chiffres qui font apparaître exagérément faible le ratio de policiers municipaux à Toulouse par rapport aux autres grandes villes. Ainsi, l'écart entre Toulouse et Lyon n'est pas de 0,47 à 6 (une différence de 1 à 14 !), mais de 3,9 à 6,6 (une différence de 1 à 1,7 !).

   Signalons que cet écart (beaucoup plus faible en réalité que ce qui a été colporté dans les médias) n'est pas né de la gestion Cohen. On peut le constater à la lecture d'un rapport d'information sénatorial de 1998, dans lequel on peut trouver le tableau suivant :

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   A l'époque où feu Dominique Baudis officiait à la mairie, la police municipale comptait deux fois moins de personnel et le nombre d'agents pour 1 000 habitants était presque deux fois plus faible que sous Pierre Cohen. De plus, si l'on compare les ratios de Lyon et de Toulouse, on constate que l'écart (de 1 à 2,4) était plus important qu'en 2012. On peut faire la même remarque en comparant les ratios de Montpellier et Toulouse : l'écart était plus important en 1998 (1 pour 1,66) qu'en 2012 (1 pour 1,26).

   Même si, sous le mandat de Pierre Cohen, le centre-ville de Toulouse a souffert (et continue à souffrir) d'une indéniable insécurité nocturne, on ne peut pas l'expliquer par la politique d'embauche ou de non-embauche de policiers municipaux. La crise économique est passée par là, ainsi que la réduction des effectifs de la police nationale. (Merci, Chirac et Sarkozy !) On pourrait aussi longtemps causer de l'incivilité de nombre de jeunes adultes... Mais le choix de la municipalité Cohen de ne plus faire intervenir la police municipale la nuit (estimant que les missions accomplies à cette période sont du ressort de la police nationale) lui a sans doute coûté cher en mars dernier.

dimanche, 25 mai 2014

Les Européens selon "Le Monde"

   Le quotidien "de référence" a justifié sa réputation ces dernières semaines, offrant à ses lecteurs une bonne couverture de la campagne des élections européennes et proposant une foule d'articles très utiles pour en comprendre les enjeux, aussi bien dans la rubrique "Europe" que dans la chronique des désormais incontournables "Décodeurs".

   Samedi, c'est un diaporama comparatif consacré aux populations des 28 pays membres qui a attiré mon attention. La deuxième diapositive traite de l'espérance de vie en bonne santé (à distinguer de l'espérance de vie tout court) :

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   Avec 62,6 ans, la France se situe dans le haut du panier, assez loin toutefois de Malte et de la Suède, mais au-dessus de la moyenne communautaire et même très au-dessus des pays baltes, de la Slovaquie et de la Slovénie.

   Ces chiffres sont toutefois à comparer avec ceux de l'espérance de vie à la naissance, qui est comprise entre 81 et 82 ans pour les Français (presque 79 ans pour les hommes et un peu moins de 86 ans pour les femmes). Vous en concluez comme moi que les 20 dernières années de la vie sont placées sous le signe de la maladie... 

   La troisième diapositive évoque la taille des Européens. Sans surprise, on lit que ceux du Sud sont plutôt petits, alors que ceux du Nord sont plutôt grands. Les Français (si l'on se fie à une étude de l'Institut français du textile) se trouvent entre les deux, autour de 170 cm de moyenne (hommes et femmes confondus).

   De la taille on passe au poids. De manière générale, c'est dans les pays d'Europe de l'Est et quelques-uns du Sud que le pourcentage d'obèses est le plus élevé. S'ajoute le Royaume-Uni, sorte d'enclave états-unienne au sein de l'Union européenne. Les Français s'en sortent très bien. Je suis par contre étonné que la proportion d'obèses soit plus élevée chez les femmes que chez les hommes. Cela semble contredire une étude de l'INED, qui montre que l'IMC des Françaises est plus bas que celui des Français. Les deux informations sont conciliables si, dans la population féminine, il y a peu de personnes avec un IMC moyen et beaucoup aux extrêmes.

   La quatrième diapositive traite du prix du paquet de cigarettes. On ne sera pas étonné de découvrir que c'est dans les pays de l'Est qu'il est le plus bas :

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   On pourrait être tenté de conclure que, dans les pays où le prix du paquet est élevé, l'espérance de vie en bonne santé est plus grande (et vice versa). Mais la Suède et Malte déjouent les statistiques. Un seul élément ne suffit pas à expliquer les écarts.

   Parmi les diapositives qui ont particulièrement retenu mon attention, il y a celle des productions agricoles :

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   Les lecteurs français seront peut-être surpris d'apprendre que l'Allemagne est le premier producteur de lait de vache et le Royaume-Uni celui de coquilles Saint-Jacques. Si les Polonais ont la patate, la situation des Grecs est plutôt "coton", alors que les Italiens font un tabac. Certains se réjouiront que les Allemands soient, une fois n'est pas coutume, dans les choux et, si les Français se font un max de blé, ce sont les Espagnols qui ont la pêche.

   Enfin, pour tordre le cou à quelques idées reçues, je conseille les neuvième et dixième diapositives. La première montre clairement que c'est dans les pays les plus pauvres de l'Union que le pourcentage de propriétaires est le plus élevé :

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   L'Espagne, outre le fait qu'elle connaisse une crise grave, paie les politiques à courte vue de ses dirigeants (de gauche comme de droite), qui ont tout misé sur l'essor du BTP et l'accession à la propriété. On note que le pourcentage de propriétaires est le plus faible dans les pays les plus développés de l'Union. Eh, oui : l'argent engagé dans l'accession à la propriété, s'il renforce la bonne santé d'un secteur de l'économie, manque aux autres et ampute sévèrement la consommation intérieure.

   Le second document est un histogramme des jours de congés annuels. On ne peut en tirer aucune conclusion définitive, et c'est ça qui est surprenant :

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   Ainsi, dans les pays les plus "paresseux", on trouve aussi bien des économies en bonne santé (comme celles de l'Autriche ou de la Suède) et des économies en crise (celles de la Grèce et de l'Espagne). A l'opposé du classement, parmi les moins "paresseux", on trouve aussi bien l'Allemagne et la Belgique que la Roumanie et la Lettonie. C'est un petit pavé dans la mare des spécialistes autodéclarés qui ne jurent que par la suppression de jours de congé pour augmenter la productivité du travail.

samedi, 24 mai 2014

Hold-up à Bruxelles

   Tel est le titre du dernier livre corédigé par José Bové et Gilles Luneau et sorti en librairie en février dernier :

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   Je ne suis pas particulièrement fan du député européen, mais j'apprécie son côté "fouteur de merde", parce qu'il veut faire avancer les choses (ce qui n'est pas le cas de tous ceux qui s'agitent devant les photographes et les caméras). Ce livre-là m'a d'autant plus intéressé qu'il n'est pas un simple plaidoyer pro domo d'un député sortant sollicitant à nouveau les suffrages des électeurs. En décrivant de l'intérieur le fonctionnement de la machine institutionnelle communautaire, il fait oeuvre civique.

   Au coeur du premier chapitre ("Les agents doubles des biotechnologies") se trouve l'Efsa, l'Autorité européenne de sécurité des aliments. Il est beaucoup question des conflits d'intérêts qui ont faussé les avis rendus par cette institution, et de son ancienne présidente, Diana Banati. L'affaire de la pomme de terre transgénique Amflora a cristallisé les oppositions. Le duo Bové-Luneau raconte la découverte de sa malhonnêteté et le processus qui va aboutir à son éviction à la manière d'un roman policier. On y découvre le rôle trouble d'un drôle d'institut, l'Ilsi (International Life Sciences Institute), inconnu du grand public alors qu'il est le plus important groupe de pression agro-industriel du monde.

   Le chapitre 2 ("Le plan fumeux du lobby du tabac") nous fait toucher du doigt l'importance du lobbying au sein des institutions bruxelloises. Cette fois-ci, on a l'impression de se retrouver dans un mauvais roman d'espionnage, qui voit un commissaire européen, John Dalli, être la cible d'un double complot, un mené par Philip Morris International (le célèbre cigarettier, bénéficiant de complicités au sein des institutions européennes), l'autre par des rivaux maltais de l'homme politique. Le plus cocasse dans l'histoire est que c'est un sujet en apparence anodin, le snus (du tabac à priser), qui a déclenché la tourmente. Bové se dépeint presque en Don Quichotte de la transparence face aux moulins à vent de l'industrie. Le récit n'en est pas moins passionnant. On y découvre un président de la Commission (José Manuel Barroso) au mieux incompétent, au pire manipulateur, et des hauts fonctionnaires européens adeptes du pantouflage et du mélange des genres.

   Avec le troisième chapitre ("Une PAC sous influence"), on entre dans le coeur de compétence du député, l'agriculture et le vote par le Parlement européen des orientations agricoles pour cinq ans. On découvre les méandres du travail en commission et les débats suscités, par exemple, par la volonté de limiter les subventions aux exploitations. Bové y raconte ses espoirs et sa déception. Au départ, il avait l'ambition de limiter à 100 000 euros (ce qui était déjà une très belle somme) les versements aux exploitations. Cela permettait de récupérer des milliards d'euros, destinés à bénéficier aux exploitations de taille plus modeste et à financer le développement rural. Il s'est vite rendu compte que sa proposition n'avait aucune chance de passer. Il trouvait que 300 000 euros étaient une limite trop haute. Il pensait transiger à 200 000 (l'équivalent de plus de 16 000 euros par mois !), mais une courte majorité a finalement préféré la proposition de la Commission Barroso. Les votes des députés allemands et français sont commentés.

   Bové signale au passage l'incohérence du Front national, qui prétend défendre les exploitants modestes, et dont les deux députés présents (B. Gollnisch et J-M Le Pen) ont voté contre le plafonnement. Quant à Marine elle était, ce jour-là comme tant d'autres, absente de l'hémicycle. En voilà une autre que nos impôts paient à ne rien faire...

   Le chapitre suivant ("Insecticides : le goût de la victoire") est l'occasion de se regonfler le moral. Mais ce ne fut pas sans mal. Les auteurs y dénoncent les méthodes de voyous employés par certains grands groupes agrochimiques (bien aidés par les partisans de l'agriculture intensive...). Cette fois-ci,  le "bien" a triomphé du "mal".

   Plus inattendu est le chapitre consacré au Maroc ("Le Maroc, banc d'essai européen du libre-échange"). A la lecture, on comprend que Bové, qui sentait qu'on lui avait tendu un piège en lui confiant la rédaction d'un rapport sur les relations commerciales (agricoles) entre l'Union européenne et le Maroc, a pris plaisir à jouer l'empêcheur de tourner en rond, mettant sur la sellette la question du Sahara occidental, dont personne ne voulait entendre parler. C'est savoureux mais aussi instructif sur le comportement prédateur de certains Européens et Marocains, qui ne visent que l'enrichissement d'une minorité, au détriment de la masse des agriculteurs des deux pays. Les auteurs relient aussi le projet d'accord UE-Maroc aux politiques libérales soutenues par différentes institutions internationales (OCDE, FMI...). (Pour un point de vue totalement différent, vous pouvez écouter un sujet diffusé sur RFI, qui présente la coopération économique franco-marocaine uniquement sous un jour favorable.)

   Dans le chapitre 6 ("La bataille du gaz de schiste, ou comment garder le pouvoir sur son cadre de vie"), les lecteurs qui ont suivi cette affaire n'apprendront pas grand chose, à part sur le contexte polonais, avec des témoignages touchants. Bové et Luneau ont l'honnêteté de préciser que, pour les Polonais, s'émanciper du fournisseur russe est un enjeu important. Mais de là à accepter le saccage de l'environnement...

   Le septième chapitre ("La grande bataille du libre-échange avec l'Amérique du Nord") aborde un sujet qui défraie la chronique, celui du projet de traité entre l'Union européenne et les Etats-Unis, négocié par la Commission européenne dans une relative opacité. (Décidément, vivement que Barroso "dégage" !) Bové et Luneau relient ce projet aux négociations commerciales déjà engagées avec le Canada, qui pourraient servir de modèle. Le prochain Parlement européen aura à se prononcer dessus. D'où l'importance des élections de ce dimanche 25 mai.

   Le livre s'achève sur des propositions ("Refonder l'Europe"), organisées selon trois axes. Bové prône la constitution de listes paneuropéennes, pour une partie des députés. Il souhaiterait augmenter les ressources propres de l'Union, sans recourir aux dotations des pays membres. Une taxe sur les transactions financières lui paraît appropriée. Enfin, contre les politiques de rigueur, il en appelle à la relance économique.

   Il reste à savoir si les élections de dimanche vont donner naissance à une majorité sensible à ces propositions.

jeudi, 22 mai 2014

Nicolas Sarkozy, l'Europe... et (surtout) la France

   L'ancien président de la République semble, depuis sa semi-retraite, affectionner les petits coups médiatiques. Il y a deux mois, en pleine campagne des municipales, il s'était "invité" dans Le Figaro, surtout pour répondre aux attaques d'ordre judiciaire. Cette fois-ci, dans Le Point, s'il profite de la campagne des élections européennes, c'est pour aborder le sujet de fond.

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   La photographie qui illustre la couverture est reproduite en pages intérieures. On y remarque un Nicolas Sarkozy serein, le visage marqué par une barbe de deux jours... C'est son côté rebelle ! Plus loin dans l'article, une autre photographie le montre en plein mouvement, à peine sorti d'un véhicule :

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   L'hyperactif ex-président est montré tenant nonchalamment deux téléphones en main, souriant, sans cravate et le ventre bien rentré. Conclusion : Nico tient la forme !

   La tribune commence par une phrase qui semblera familière à beaucoup : "D'aussi loin que je me souvienne, je me suis toujours senti viscéralement français." C'est la première partie qui me disait quelque chose. Une mienne connaissance m'a signalé une chanson de Jean-Jacques Goldman, Ton Autre Chemin, qui commence de la même manière. Mais le thème de la chanson me paraît trop éloigné de celui de la tribune.

   Et puis... je me suis enfin rappelé qu'une autre chanson, de Barbara, démarre de façon similaire : "Du plus loin que me revienne - L'ombre de mes amours lointaines". Il s'agit de Ma plus belle histoire d'amour, qui se conclut par "C'est vous".

   Mais les cinéphiles m'en voudraient de ne pas citer ce qui pourrait bien être la source (inconsciente ?) de Nicolas Sarkozy, à savoir un film de Martin Scorsese, Les Affranchis, dans lequel l'un des personnages déclare : "Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours voulu être un gangster."

   Que déduire de cela ? Que cette tribune, au-delà du thème affiché (la construction européenne), est un cri d'amour lancé par l'ancien bad boy de la politique hexagonale à l'électorat français ? Poursuivons la lecture pour en avoir le coeur net.

   Si le premier paragraphe exprime l'attachement profond de N. Sarkozy à la France et à l'Europe, il est curieux qu'il n'y soit fait aucune mention de l'origine hongroise de son père, par exemple. De par l'histoire de sa famille, l'ancien président est un incontestable produit de l'Europe. Mais la référence à un passé migratoire a peut-être semblé inopportune, surtout vu ce qu'il avait l'intention d'écrire sur Schengen.

   La suite rappelle ce que certains lecteurs de France et d'ailleurs ont peut-être oublié, à savoir que la construction européenne a garanti au continent des décennies de paix, en se fondant sur la réconciliation d'ennemis dits héréditaires, la France et l'Allemagne. Au passage, les relectures successives (évoquées dans un autre article du Point, qui raconte la gestation du coup médiatique) ont laissé passer une bourde historique : "Rien qu'avec nos voisins allemands, nous nous sommes régulièrement combattus tous les trente ans, et ce depuis la bagatelle de trois siècles !" Voyons voir... J'ai eu beau chercher sur la page wikipedia consacrée aux guerres ayant impliqué la France, même en tenant compte de la division du territoire allemand en une kyrielle de principautés, je ne suis pas arrivé à trouver un affrontement franco-germanique tous les trente ans. La plume du nègre du président aura sans doute dérapé...

   Pour revenir à la construction européenne, presque deux semaines après le 9 mai, il n'aurait pas été incongru que Nicolas Sarkzoy tire un coup de chapeau à d'illustres aînés comme Jean Monnet ou Robert Schuman. Mais, compte tenu de ce qu'il avait l'intention d'écrire sur le fonctionnement de l'Union européenne, cela a sans doute semblé inopportun.

   La prose (ex)présidentielle se veut pédagogique quand elle évoque les conflits qui ensanglantent les territoires (en rouge) se trouvant aux portes de l'Union (en bleu) et les menaces qui en découlent :

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   On notera que si N. Sarkozy cite l'Afrique du Nord, la Turquie, la Syrie et l'Ukraine, il omet de parler de la Russie, principal élément perturbateur en Europe de l'Est. Quant à la liste des dangers, si elle évoque la faillite des Etats, les trafics et le terrorisme, elle omet d'évoquer explicitement l'intégrisme religieux... tout comme la financiarisation de l'économie. Il est certains lecteurs que l'ancien président n'a visiblement pas envie d'offusquer.

   Sans surprise, N. Sarkozy se félicite que le fonctionnement de l'Union européenne bride les envies de changement de certains de ses adversaires politiques, qu'il ne nomme pas (mais on comprend de qui il s'agit). On remarque aussi un gros appel du pied à la droite souverainiste, qu'il s'agit d'empêcher de céder à la tentation du Front national :

"[...] il y eu et il y a encore des contresens et des erreurs qui sont commis par ceux qui font de l'Europe une nouvelle idéologie et qui voudraient qu'il y ait les intelligents d'un côté -comprenez les Européens (comprenons les fédéralistes)- et les populistes bornés de l'autre -comprenez les souverainistes. Ce clivage est absurde [...], il nous faut reconnaître, et surtout corriger, les graves erreurs qui furent commises au nom d'une pensée unique de plus en plus insupportable aux oreilles d'un nombre de Français chaque jour grandissant."

   Je dois dire que j'ai été quelque peu interloqué de lire sous la plume de l'ancien président une dénonciation de la "pensée unique", même s'il y a en la matière sans doute un détournement de sens.

   Juste après, il prend le temps de défendre la candidature à l'Académie française d'Alain Finkielkraut. C'est curieux. Même si celle-ci a suscité une assez forte opposition, elle n'a pas empêché ce médiatique imprécateur de rejoindre les Immortels. C'est là encore un signe envoyé, cette fois-ci aux "républicains", aux anciens souverainistes de gauche et à tous ceux qui estiment que la France est en déclin.

   Dans la foulée, il s'en prend aux accords de Schengen, qu'il accuse à demi-mots d'être responsables de l'immigration incontrôlée qui se jette aux portes de l'Union. Cette fois-ci, le message est clairement adressé à l'électorat UMP qui serait tenté par le Front national. La parution de cette tribune aurait été souhaitée par les dirigeants de ce parti, pour mobiliser les troupes et tenter d'éviter un éventuel succès du mouvement frontiste aux élections européennes, comme les sondages l'annoncent.

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   Mais, au-delà de la politique politicienne, ce sont les propositions de Nicolas Sarkozy qui méritent l'attention. Il demande un renforcement de l'axe franco-allemand, en particulier sur le plan économique. Il propose (il n'est pas le premier) que l'on cesse de vouloir tout fait à 28 et que les pays de la zone euro accentuent leur intégration... sous la houlette des "poids lourds" de l'Union. Une pointe de gaullisme surgit quand il réclame de renationaliser certaines compétences, pour concentrer le travail communautaire sur un petit nombre de sujets vitaux : l'industrie, l'agriculture, le commerce, l'énergie, la recherche. D'un autre côté, les fédéralistes apprécieront que l'ancien président souhaite confier un rôle plus important en matière législative au Parlement... en rognant sur les pouvoirs de la Commission. Comme on le voit, il y a matière à débat.

   P.S.

   Dans ce numéro du Point, l'éditorial de Franz-Olivier Giesbert est consacré à l'Europe. Voici ce qu'on peut y lire, dans l'un des derniers paragraphes :

Victor Hugo, notre génie national, a écrit dans un drame romantique, Les Burgraves : "Il y a aujourd'hui une nationalité européenne comme il y avait au temps d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide une nationalité grecque." C'est tout aussi vrai aujourd'hui, au temps de Günter Grass, Yasmina Reza, Michel Tournier et Umberto Eco, qui, de notre Vieux Continent, s'adressent au monde entier. Sans parler d'Airbus, de Soulages et de Daft Punk. (C'est moi qui souligne.)

   Dommage. La chute casse tout l'effet.

 

lundi, 21 avril 2014

Elections communautaires

   Dans les principales villes aveyronnaises, ce que l'on appelle parfois "le troisième tour des municipales" a réservé quelques surprises. Mais les situations du Grand Rodez, de Millau-Grands Causses et du Villefranchois diffèrent.

   Commençons par le chef-lieu départemental. Si la victoire de la liste Teyssèdre aux dernières municipales est incontestable, une petite incertitude planait sur l'élection à la présidence de l'agglomération. On s'est livré à de savants calculs. Officiellement, le maire de Rodez ne disposait que de 16 des 51 voix. Il fallait leur ajouter celles des listes victorieuses à Olemps (2) et Sébazac-Concourès (2)... ainsi que celles des listes vaincues à Onet-le-Château (2) et Baraqueville (1). Cela donnait 23 voix acquises sur 51, la majorité des autres conseillers étant classés "divers droite".

   Avant même que l'on apprenne que les maires des communes de l'agglomération s'étaient réunis à la demande de Christian Teyssèdre, il n'était pas nécessaire de réfléchir très longtemps pour arriver à la conclusion que le sortant réussirait sans peine à rallier à sa candidature une bonne partie des "divers" (notamment du côté du Monastère et de Sainte-Radegonde) avec lesquels il travaille depuis plusieurs années.

   Mais tout vote à bulletins secrets comporte des risques (voir en fin de billet)... Le jour venu, trois candidats se sont présentés, Yves Censi et Bruno Bérardi briguant eux aussi les suffrages des délégués communautaires. Le résultat, sans appel (38 voix pour Christian Teyssèdre, 7 pour Yves Censi, 4 pour Bruno Bérardi et 2 bulletins blancs), a surpris. On a attribué aux "manoeuvres" du sortant sa très large victoire, alors qu'en 2013, il n'avait recueilli que 27 voix (contre 16 à Bruno Bérardi) :

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    Rappelons qu'en 2008 Ludovic Mouly (soutenu par le maire de Rodez) avait été élu avec 38 voix, contre 5 à Maïté Laur et 2 bulletins blancs :

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   En réalité, c'était couru d'avance, mais pour d'autres raisons. Compte tenu de la large réélection de Christian Teyssèdre, il serait apparu comme un détournement du vote démocratique que l'un des deux vaincus de la municipale revienne par la fenêtre de l'agglomération.

   Pour contester le sortant, il aurait fallu que l'un des maires "divers droite" de l'agglo se présente contre lui. Dans l'état actuel des choses, deux personnes auraient pu endosser le costume de rival : Jean-Philippe Keroslian et Jean-Philippe Sadoul. Mais le premier, à peine élu à Onet-le-Château, a très vite fait savoir qu'il n'était pas intéressé... surtout si on lui laissait la première vice-présidence. De plus, il s'entendrait assez bien avec le maire de Rodez (qu'il a peut-être connu jadis à EDF...). Restait Jean-Philippe Sadoul, triomphalement réélu à Luc-La Primaube. Membre de l'UDI, le parti de Jean-Claude Luche (qui voulait faire tomber Christian Teyssèdre), il semble avoir d'abord tenu compte des réalités locales... et il a peut-être surtout pensé à l'implantation du futur parc des expositions.

   A Millau-Grands Causses, la messe était dite pour la gauche : elle avait perdu la commune centre, elle allait perdre la direction de l'intercommunalité. Mais qui, à droite, allait succéder à Guy Durand ? Le nouveau maire de Millau, Christophe Saint-Pierre, a fait campagne sur le non-cumul... et il a dû tenir compte des ambitions de son colistier, Daniel Diaz (neveu d'un ancien maire de Millau). Le duo avait par contre sous-estimé l'indépendance d'esprit des autres élus de droite de la communauté, nombre d'entre eux étant de surcroît nouveaux venus dans l'assemblée.

   Sur 48 élus, 20 sont de Millau. 14 de ces 20 sont issus de la liste Saint-Pierre/Diaz, les deux listes vaincues se partageant équitablement les 6 autres. La droite millavoise a pensé qu'il serait facile de gagner une dizaine d'élus à sa cause. La réunion des maires a été un premier signal négatif, confirmé par l'élection jeudi 17 avril de Gérard Prêtre. C'est un maire "périphérique" (celui de Saint-Georges-de-Luzençon), qui "a la carte" (il est membre de l'UMP) et qui a la confiance des élus locaux (il était le premier vice-président sortant et a travaillé six ans avec la gauche). Il a recueilli 31 des 48 votes, contre seulement 14 à Daniel Diaz. Le candidat millavois n'a donc visiblement recueilli que les voix des membres de sa liste. Cela veut donc dire qu'aucun élu communautaire périphérique n'a voté pour lui, son adversaire ayant sans doute rallié ce type de suffrage.

   Il reste les autres voix millavoises, celles de la liste socialiste et celles de la liste Ramondenc, un divers droite qui a ratissé large aux municipales, mordant sans doute un peu sur l'électorat de gauche et récupérant un vote contestataire qui n'a pas trouvé d'autre moyen de s'exprimer. Pendant la campagne municipale de Millau, les échanges ont été assez durs entre les membres des listes Saint-Pierre et Ramondenc. Le refus de fusionner de ce dernier (au second tour) a été très mal pris, en face. A la communauté de communes, il y a fort à parier que les trois membres de liste Ramondenc ont voté Prêtre. Les élus socialistes auraient voté blanc.

   Les élus communautaires ont donc rejeté l'arrangement conclu entre les deux meneurs de la liste vainqueur à Millau. Peut-être que, si Christophe Saint-Pierre avait été candidat, il aurait été élu. Mais il aurait trahi une promesse de campagne... ce qu'il a d'ailleurs à moitié fait, puisqu'il est quand même devenu premier vice-président de la communauté de communes, devant Daniel Diaz, dont le rejet en troisième position (une place certes honorifique, mais qui n'est pas celle qu'il briguait) est une nouvelle claque. Toutefois, les élus millavois restent globalement dominants. Toutes ces péripéties semblent avoir été avant tout des questions de personnes.

   Passons à Villefranche-de-Rouergue. L'incertitude était plus grande quant à la présidence de la communauté de communes. Le sortant était Patrice Couronne (un divers gauche en place depuis 2001), qui souhaitait ne plus être que conseiller municipal de Morlhon-le-Haut, la commune dont il était maire. Cela risquait de fragiliser sa position à la communauté, d'autant plus qu'il a été le moins bien élu des conseillers de Morlhon.

   Il avait pour rivaux le battu de Villefranche, Eric Cantournet (PRG), et son vainqueur, Serge Roques (UMP), qui avait tardé à se déclarer. Je pense qu'il y a eu beaucoup d'agitation en coulisses, à gauche comme à droite. A gauche, Patrice Couronne voulait rassembler les élus de la périphérie (qu'il connaît bien) autour de lui. Cela devait lui permettre d'être désigné dès le premier tour et d'éviter ainsi de voir les Villefranchois éventuellement se liguer contre lui (17 des 35 conseillers venant de la commune centre). Surprise le jour du vote : si P. Couronne arrive en tête, il n'obtient pas la majorité absolue, avec 17 voix, contre 13 à Serge Roques et 5 à Eric Cantournet, qui a récupéré le vote d'un conseiller rural. Au second tour, la gauche fait bloc et Couronne l'emporte avec 21 voix contre 13 à Serge Roques, l'un des conseillers (peut-être celui qui avait voté Cantournet au premier tour) choisissant de voter blanc. Logiquement, au vu du score étriqué, la désignation des vice-présidences aurait dû permettre de réconcilier tout le monde, gauche et droite, ville et campagne. Eric Cantournet et ses colistiers sont exclus du partage... Voilà qui semble être une nouvelle séquelle des querelles à gauche, notamment entre socialistes et radicaux, dont j'ai parlé récemment.

   L'hebdomadaire Le Villefranchois (favorable à Serges Roques) a rendu compte de ces tractations en insistant sur l'échec du candidat radical de gauche, dans un article intitulé  "Comment Eric Cantournet s'est fait rouler... (Drame en trois actes et un épilogue de tragédie grecque)"

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   J'attire votre attention sur la fin de l'article, particulièrement orientée. L'auteur regrette que la présidence ait échappé à Villefranche-de-Rouergue, à cause selon lui de l'attitude d'Eric Cantournet. Mais pourquoi aurait-il dû voter pour son adversaire municipal, alors qu'à Rodez comme à Millau, la présidence n'a pas été un enjeu communal mais communautaire ? Qui plus est, depuis le temps que la présidence est exercée par un maire d'une autre commune, Villefranche n'a pas eu vraiment à en souffrir. Alors, parler d'une décision "lourde de conséquences pour les Villefranchois" n'est pas très honnête. Un esprit mal intentionné serait tenté de voir dans la fin de l'article l'expression de la volonté d'affaiblir la position du principal opposant à Serge Roques, dans la perspective des élections à venir (les départementales en 2015, les législatives en 2017 et les municipales en 2020)...

   Terminons par une note d'humour. La communauté de communes du Plateau de Montbazens nous en fournit l'occasion. Une seule personne était candidate à la présidence : Jacques Molières, tout juste élu maire de Montbazens. (Claude Catalan ne se représentait pas). Il pensait que ce ne serait qu'une formalité. O surprise ! A l'issue du premier tour, quelqu'un a bien rassemblé la majorité absolue des suffrages exprimés, mais c'est Antoine Stouff (13 voix) et non Jacques Molières (12 voix). Précisons que le premier, adjoint au maire de Roussennac (et agriculteur, comme son adversaire du jour), n'était pas candidat, mais avait semble-t-il exprimé une vision du fonctionnement intercommunal légèrement différente de celle de Jacques Molières.

   Depuis, c'est un peu la pagaille dans la région. On a annoncé puis démenti la démission d'Antoine Stouff. Des pressions se sont-elles exercées sur lui ? Rappelons que Jacques Molières, président de la Chambre d'agriculture (fonction qui lui laisserait du temps libre...), est réputé proche du président du Conseil général, Jean-Claude Luche. Le retrait annoncé de deux élus locaux (Claude Catalan, maire et président de l'intercommunalité, et Gisèle Rigal, conseillère générale) lui offrait une belle occasion de se constituer un petit fief électoral. Ce modeste vote à bulletins secrets sonne comme une éclatante rebuffade.

   P.S.

   Dans les semaines qui viennent, on attend que Christian Teyssèdre applique sa première promesse : démissionner de la vice-présidence du Conseil régional de Midi-Pyrénées, comme il s'y est encore engagé dans Le Ruthénois du 4 avril dernier :

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samedi, 05 avril 2014

Fléchettes municipales

   La claque prise par la gauche aux récentes élections municipales a conduit les médias à se contenter parfois d'une analyse de surface, où l'on pourrait éventuellement percevoir un poil de partialité.

   Dans l'Aveyron, ce fut flagrant dans le commentaire des résultats à Villefranche-de-Rouergue et Onet-le-Château, deux communes où la gauche pensait l'emporter. Pour souligner l'éclatante victoire de la droite (J-F Keroslian n'étant subitement plus classé "sans étiquette"...), plusieurs journalistes n'ont pas craint de dire voire d'écrire qu'elle avait été obtenue dès le premier tour. Le Petit Journal en est l'illustration, avec un billet figurant page 8 du numéro du 29 mars 2014 :

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   Le clou est enfoncé dans le même numéro, page 26 :

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   Rappelons qu'à Villefranche-de-Rouergue (comme à Onet-le-Château), seules deux listes étaient en concurrence :

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   Le vainqueur ne pouvait donc l'emporter qu'au premier tour ! Il n'y a aucun mérite à cela ! La même remarque s'impose à propos de la commune de Lavaur (citée dans l'article du Petit Journal) :

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   Vous aurez aussi noté l'optimisme excessif du journaliste à l'égard de l'avenir de la liste UMP à Lourdes : elle "n'a pas encore gagné"... elle a même été battue au second tour. On sent que la plume de droite avait perçu le risque puisque, juste au-dessous de l'article, figurait un appel où l'on avait bien du mal à retrouver une quelconque impartialité :

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   A ceux qui croiraient que ce papier s'adressait aux électeurs ruthénois de la liste Bérardi, dont le maintien était (éventuellement) susceptible de mettre en difficulté Christian Teyssèdre, je rappellerais qu'à Lourdes, c'est une liste Front National qui jouait le rôle de l'invité surprise. (Accessoirement, c'est révélateur de la mentalité de pas mal de personnes, à droite, qui estiment que les voix du FN ont vocation à se reporter sur les candidats UMP. Ils sous-estiment le rejet du système de ces électeurs... et oublient qu'une partie d'entre eux viennent de la gauche et qu'ils n'ont aucune envie de faciliter l'élection des amis de Nicolas Sarkozy et Jean-François Copé.)

   Plus rares ont été les médias à proposer une analyse approfondie. Cela a été plus souvent le cas concernant la commune d'Onet. Pour Villefranche-de-Rouergue, il faut se tourner vers un article de La Dépêche du Midi (signé Jean-Paul Couffin)... et lire entre les lignes des tribunes publiées dans Le Villefranchois. Ce dernier est globalement très favorable à Serge Roques, le maire réélu. On peut d'ailleurs reconnaître à celui-ci un indéniable savoir-faire, qui lui a permis de perturber le jeu de la gauche dans l'ouest aveyronnais depuis plus de vingt ans. Voici donc ce qu'on pouvait lire dans l'hebdomadaire du 27 mars dernier :

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   Le signataire n'est autre que Jean-Michel Bouyssié, un cadre du Parti socialiste local, dont les ambitions ont été contrariées par la percée du radical de gauche Eric Cantournet. J-M Bouyssié fut adjoint au maire (radical de gauche) Jean Rigal. Il avait tenté sa chance en 2008... et l'on peut dire qu'il s'était "ramassé" :

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   Les électeurs de gauche avaient visiblement privilégié la liste (déjà) conduite par le radical Eric Cantournet. Par contre, le spectacle de la désunion à gauche avait sans doute (déjà) favorisé la réélection de Serge Roques.

   La hache de guerre n'était pas enterrée pour autant entre le PS et le PRG. Les cantonales de 2011 en ont été la preuve, avec, à Villefranche-de-Rouergue, un premier tour en forme de primaire à gauche, entre Eric Cantournet et Claude Penel, ancien maire socialiste de Villefranche (bénéficiant de la démission de Jean Rigal, quand il était devenu député en 1997), qui avait échoué à se faire élire en 2001.

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   A l'issue de ces élections, Eric Cantournet apparaissait comme l'opposant numéro 1 à Serge Roques... et preuve était faite que la gauche unie pouvait, au second tour, renverser l'UMP. Restait à conclure un accord entre le PS et le PRG. Il semblerait qu'une partie des dirigeants socialistes locaux aient été mécontents des conditions qui leur étaient proposées par le PRG, à qui devait revenir la tête de liste (et la majorité des places de délégué à la communauté de communes), alors qu'à Rodez, le socialiste Teyssèdre a compris qu'il ne fallait pas se montrer hégémonique. (De son côté, le radical de gauche Mazars semble avoir saisi que les sirènes de droite, du centre et d'ailleurs, qui lui susurraient de se présenter contre le sortant, ne cherchaient qu'à faire tomber la municipalité de gauche.) Le PRG villefranchois aurait pu conclure un deal réservant la présidence de la communauté de communes au PS, en cas de conquête de la mairie.

   Bref, à Villefranche-de-Rouergue, la participation a été étonnamment basse et Eric Cantournet a réalisé qu'il lui avait manqué des voix de gauche pour l'emporter. On a avancé (non sans raison) que le manque de charisme du candidat, associé à une campagne assez terne, expliquaient au moins en partie son échec. Mais les félicitations adressées par l'ancien rival de gauche au maire de droite réélu me semblent être un incontestable pied-de-nez au radical vaincu.

   Quelques mauvaises langues insinuent aussi qu'à la discorde PS-PRG se superposerait un antagonisme personnel. L'un des deux ne supporterait pas les succès de l'autre (de surcroît un peu plus jeune que lui)... succès qui feraient obstacle à ses propres ambitions.

   Mais laissons là les gamineries villefranchoises pour nous intéresser à un autre échec de la gauche à ces municipales : la commune de Baraqueville, où la campagne fut particulièrement animée. On a souligné la défaite de la sortante de gauche, dont le choix d'adhérer au Grand Rodez aurait facilité la tâche de ses adversaires de droite, coalisés contre elles au second tour. C'est sans doute pertinent mais, force est de constater que, malgré le matraquage dont elle a été victime dans tout le canton, la liste conduite par Mme Marty est quand même arrivée en tête au premier tour, réunissant 658 voix, loin toutefois des 1 027 qui s'étaient portées sur son nom en 2008 (avec un autre mode de scrutin).

   En théorie, elle ne disposait d'aucune réserve de voix pour le second tour, à l'exception de quelques abstentionnistes supplémentaires par rapport à 2008. Or, le dimanche suivant, la liste Marty, si elle a bien été battue, a obtenu 780 voix, soit 122 de plus qu'au premier tour. Ses adversaires ont plafonné à 870, alors qu'ils pouvaient en espérer au moins 950. Notons que la participation a été quasi identique, mais que le nombre de bulletins blancs a fortement diminué. Une partie de l'électorat a semble-t-il commencé à tourner casaque...

   ... et la nouvelle équipe municipale risque de décevoir ceux qui ont voté pour elle en espérant qu'elle retourne à la communauté de communes du pays baraquevillois ! Le nouveau maire (ancien rugbyman) a tendance à botter en touche, reportant à plus tard les questions douloureuses. Il est une qui risque d'emporter la décision : la dette. Baraqueville comme la communauté de communes ont des marges de manoeuvre réduites, marges qui s'étaient améliorées pour Baraqueville grâce au soutien de la communauté d'agglomération du Grand Rodez. Il suffit de consulter le compte-rendu de la réunion du 25 février dernier (pages 9-10) pour constater que l'agglo a repris à son compte un reliquat d'emprunt d'un million d'euros et qu'elle a accordé une subvention de plus de 500 000 à la commune de Baraqueville. Comment le nouveau maire de cette commune compte-t-il faire pour rembourser ces sommes, si sa commune quitte le Grand Rodez ? Il ne le dit pas. Cerise sur le gâteau, l'ancienne maire a publié un communiqué dans Le Petit Journal pour rappeler les tenants et les aboutissants de l'affaire... et pour souligner les difficultés qui attendent la nouvelle équipe si elle persiste dans son projet irréaliste :

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   Dans l'Aveyron, la gauche ne fut pas la seule à connaître des déconvenues. La majorité départementale UMP-UDI a vu deux des siens mordre la poussière, à Saint-Côme-d'Olt et à Nant. On a entendu parler du premier résultat parce que la sortante, Nathalie Auguy-Périé, ne se représentait pas sur place, mais à Rodez, sur la liste conduite par Yves Censi. Son bilan était sujet à polémique, mais l'on ne savait pas dans quelle mesure cela allait influer sur les votes en 2014.

   Le résultat est sans appel : la liste d'opposition a raflé plus de 56 % des suffrages exprimés. En face, c'est une équipe sortante fortement renouvelée qui a mené campagne : en plus de la maire en titre, trois des quatre adjoints ne se représentaient pas. C'est une simple conseillère municipale qui a tenu la barre et dû assumer la défaite : sa liste n'a recueilli que 384 voix, loin des 600 et quelques obtenues six ans plus tôt (avec un autre mode de scrutin, il est vrai). La campagne a visiblement là aussi été rude, si l'on se fie au communiqué que Mme Besombes-Palous a envoyé à Centre Presse (qui l'a publié le 3 avril) :

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   Les journaux se sont beaucoup moins étendus sur les résultats de la commune de Nant, située dans le Sud du département. Elle se trouve juste sous la barre des mille habitants (929 en 2011, sans les "comptés à part"). Elle devait donc désigner 15 conseillers municipaux, au scrutin majoritaire. Les listes complètes n'étaient pas obligatoires, mais, curieusement, 30 candidats (deux fois 15) se sont présentés. On a compris qu'il y avait deux "obédiences".

   A l'issue du premier tour, le suspens était à son comble. La liste soutenue par le maire sortant Bernard Saquet (qui ne se représentait pas) a vu six des siens se faire élire (dont la tête de liste Richard Fiol), contre cinq pour la liste adverse, pourtant conduite par le conseiller général Jean-François Galliard (issu de la majorité départementale UMP-UDI), ce dernier étant d'ailleurs bien élu, en deuxième place.

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   Au soir du second tour, ô surprise, ce sont quatre membres de la liste Fiol qui ont décroché les dernières places, avec une trentaine de voix d'avance sur leurs concurrents. C'est net et sans bavure. C'est donc un nouvel échec pour celui qui, devenu maire de Nant en 1995, fut une première fois battu en 2008.

   Pour la petite histoire, le contentieux est ancien dans la commune. En 2001, l'élection municipale (qui avait vu finalement la victoire des troupes de J-M Galliard) avait été annulée par le Tribunal administratif de Toulouse, saisi par le candidat d'opposition Alain Lourdel. L'année suivante, le Conseil d'Etat avait finalement donné raison au maire sortant.

   Si vous voulez connaître les détails de cette histoire pittoresque (où est en cause une lettre du curé de la paroisse...), je vous conseille de lire la décision du Conseil d'Etat, accessible sur la Toile. Vous devinerez sans difficulté qui se cache derrière les formulations "Jean-François G..." et "Alain L...". Pour certains des autres noms (ceux des plaignants qui contestent l'annulation du scrutin), il faut piocher dans la liste des élus de 2001 :

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La Dépêche du Midi, 12 mars 2001

 

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Centre Presse, 13 mars 2001

   Bon, c'est pas tout ça, mais je m'aperçois que je n'ai plus le temps de vous parler de Saint-Affrique. La situation mérite que j'y consacre un prochain billet.

lundi, 31 mars 2014

Qui imprime qui ?

   Les élections mettent un peu de beurre dans les épinards des imprimeurs locaux... surtout quand elles s'étalent sur deux tours ! Le sujet a inspiré un article à l'hebdomadaire Le Villefranchois, publié le 20 mars dernier :

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   Il y était question de Grapho 12, une entreprise qui était en difficulté il y a quelques années, et qui semble remonter la pente. Elle a imprimé une partie du matériel électoral utilisé dans l'ouest du département. Mais à Rodez ?

   Le nom de l'imprimeur doit figurer sur les documents officiels. Je me suis donc intéressé aux professions de foi des cinq listes en piste au premier tour.

   Le Front de Gauche a recouru aux services de l'imprimerie du Progrès, qui appartient au groupe qui édite l'hebdomadaire Le Ruthénois.

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   La liste du maire sortant (et confortablement réélu, malgré les arguments biaisés avancés contre lui) a recouru, comme en 2008, aux services de la ruthénoise SIAG (société d'imprimerie d'art graphique).

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   La liste "Rodez Citoyen", comme la précédente, a fait imprimer sur papier recyclé, mais s'est adressée à une autre entreprise, le groupe Burlat :

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   La liste UMP-UDI est passée par Grapho 12... et donc, curieusement, pas par un imprimeur du Grand Rodez :

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   Enfin, la liste Danen s'est offert les services de...

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   ... ben de personne, si l'on se fiait au recto-verso distribué avec les bulletins de vote. Fort heureusement, j'ai en ma possession un document de quatre pages qui détaille (un peu) le programme et donne la liste complète des candidats. Y figure la mention de l'imprimeur :

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   Précisons qu'Hérail avait été retenu par Bernard Saules pour sa campagne aux cantonales de 2011 et par Régine Taussat pour les municipales de 2008.

   Je voulais aussi revenir sur les couleurs des tracts et professions de foi. Au début de mars 2014, la chroniqueuse des "Roquets Rouges" (sur CFM) s'était émue de la confusion des repères, le tract de la liste Teyssèdre (PS) étant bleu et celui de la liste Censi (UMP) étant rouge :

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   Je ne sais pas si cela a rassuré Miss Roquette, mais le programme de la liste Teyssèdre qui a ensuite été distribué dans les boîtes aux lettres comporte des couleurs plus "conformes" aux valeurs de la gauche :

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      Et puis, quand on remonte à 2008, on s'aperçoit que cette ventilation des couleurs n'est pas une nouveauté. Ainsi, la liste PS-PCF-Verts-MRC-PRG était présentée dans une ambiance à dominante bleue :

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   En face, les deux listes de droite (celle de Régine Taussat et celle de Frédéric Soulié, soutenu par Censi père) baignaient fièrement dans le rouge et l'orange :

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vendredi, 28 mars 2014

Yves Censi et le MoDem

   C'est Le Nouvel Hebdo qui, la semaine dernière, a levé le lièvre. Dans un encadré intitulé "Censi et le MoDem", il est question des multiples références à un supposé soutien du mouvement de François Bayrou à la liste menée par Yves Censi.

   En janvier dernier, le député déclarait vouloir réunir tout le centre et la droite. Il espérait parvenir à un accord avec le MoDem. Depuis, pas de nouvelles. Ah, si : le 13 mars, sur CFM, il a affirmé être soutenu par le mouvement centriste. Voici l'extrait crucial (situé au début de l'entretien) :




   Cela s'est poursuivi par des tracts, puis la profession de foi :

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   Le problème est qu'aucun soutien officiel du MoDem Aveyron ne semble avoir été exprimé. Aucun membre de la liste Censi n'a cette étiquette, alors que, sur les deux autres listes encore en course à Rodez, on note la présence d'anciens membres ou de sympathisants de ce parti (Maïté Laur sur la liste Teyssèdre, par exemple).

   On trouve aussi un autre ancien du MoDem à la tête de la rédaction du Petit Journal de l'Aveyron : Hugues Robert. Or, cet organe de presse est le seul, à ma connaissance, à avoir continué à présenter la liste Censi comme étant soutenue par le MoDem. C'était particulièrement apparent dans deux articles du 15 février dernier. Le premier était consacré à la liste Censi, présentée comme une liste d'union UMP-UDI-MoDem. Le second se faisait le relais des déclarations d'Yves Censi, toujours sous l'étiquette union UMP-UDI-MoDem.

   Mais cette supercherie n'a pas pour auteur Hugues Robert. Les articles qu'il rédige sont signés "H.R." (et, quand il évoque la liste Censi, il n'est question que de l'UMP et de l'UDI). Tel n'était pas le cas ici. Sur internet, l'auteure n'est pas mentionnée. Il faut se plonger dans la version papier. On constate que les deux articles sont signés "MLG" :

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   Derrière ces initiales se cache Myriam Laur, rédactrice au Petit Journal, qui intervient aussi régulièrement sur la radio CFM. Beaucoup de gens ignorent qu'en 2007, elle a milité pour le candidat Nicolas Sarkozy, jouant le rôle d'animatrice pour le quartier de Rodez-Ouest :

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   Elle est aujourd'hui candidate, en 22e position sur la liste Censi :

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   Rétrospectivement, on comprend mieux la manière dont elle a rendu compte de la procédure judiciaire engagée puis close contre le maire de Rodez. Voilà une belle leçon de déontologie journalistique !

   Mais revenons au MoDem. Il semble qu'Yves Censi (ou un membre de son entourage) ait souhaité prendre des précautions vis-à-vis de la supposée alliance. C'est pourquoi elle n'est pas mentionnée sur les affiches de campagne :

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   Cependant, vous aurez remarqué la couleur avec laquelle l'orientation politique de la liste est écrite : l'orange, utilisée par le MoDem. C'est vraiment prendre les gens pour des cons !

   Le résultat du premier tour n'étant pas satisfaisant, le tract édité pour le second ne s'embarrasse pas de ces précautions :

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mercredi, 26 mars 2014

Yves Censi, le roi du gag

   A Rodez, la campagne municipale qui s'achève n'aura pas marqué les esprits par sa subtilité, ni par l'enthousiasme qu'elle a suscité. Ce sont plutôt les aigreurs que l'on a remarquées : aigreur du Front de Gauche de s'être fait éconduire par la liste "Rodez Citoyen" ; aigreur ressentie par certains membres du "collectif citoyen" à l'égard de Christian Teyssèdre ; aigreur de ce dernier face à la multiplication des pains dans la gueule listes de gauche ; aigreur des candidats UMP face aux attaques de Teyssèdre contre Yves Marc Censi... et à sa prétention de mieux gérer que la droite ; aigreur de la liste Danen de ne pas se retrouver au second tour, contrairement à ce que les sondages laissaient présager.

   Toutefois, dans cet océan d'acidité électorale s'est glissé un lutin facétieux : Yves Censi (le fils de l'autre, rappelons-le). Ce matin, en passant chez le marchand de journaux pour me procurer un exemplaire d'un hebdomadaire satirique cher à mon coeur, j'ai machinalement jeté un oeil aux gros titres de la presse locale. J'ai frôlé l'arrêt cardiaque en regardant la "une" de Midi Libre :

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   Deuxième couche, page 2 (c'est ce que l'on appelle le comique de répétition) :

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   Il faut dire qu'une campagne municipale, c'est usant. Il faut un peu se dévoiler aux électeurs, aller à leur rencontre, se laisser toucher, faire semblant de les écouter, de les comprendre... de les approuver. Arrive l'accident bête : l'usage du second degré devant un journaliste de la presse régionale. Risqué, comme procédé. Va-t-il comprendre ? Un sourire complice va-t-il apparaître sur son visage ? Ah ben, non. Le voilà qui prend des notes !

- Chaque quartier... par coeur ? fait-il répéter. Trop tard pour nier ou rectifier.

   Et pourtant... Combien de fois, à peine sorti de l'avion, le député parisien a-t-il arpenté, les cheveux la barbe au vent, les rues du Piton, vêtu simplement de sa cape d'invisibilité ? Combien de fois est-il allé sur Google Street View taper la discute avec ses potes du quartier Ramadier, ou de Gourgan ? On sous-estime le nombre de paires de pompes à 300 euros qu'il a niquées en allant fraterniser avec le peuple.

   P.S.

   Au détour de l'article, on apprend quand même que l'exercice de la fonction de député -façon Yves Censi- représente 2,5 à 3 jours de boulot à Paris. En voulant briser son image d'élu "hors sol", souvent loin de l'Aveyron (et donc de Rodez), il se tire une balle dans le pied. Il passe pour un dilettante, lui qui touche une indemnité de plus de 5 000 euros nets par mois, à laquelle s'ajoutent quelque 6 400 euros pour frais de représentation (en gros, il s'habille et voyage aux frais de la princesse).

lundi, 24 mars 2014

Mètres carrés de gauche, mètres carrés de droite

   C'est la lecture d'un article paru aujourd'hui dans Le Monde (demain dans la version papier) qui m'a interpellé, plus précisément la carte qui l'illustre :

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   On y retrouve la traditionnelle coupure entre l'ouest et l'est de la commune de Paris, certains arrondissements centraux constituant parfois des "anomalies" sociologiques. Cette carte m'a immanquablement rappelé celle du prix des logements en 2013 :

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   C'est encore plus explicite quand on fusionne les deux bleus les plus foncés, qu'on remplace le bleu clair par le rose, et qu'on élève la limite de cette couleur à 8 200 euros le m² :

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   Il y a quasi-concordance du vote à droite avec un prix élevé du foncier du vote à gauche avec un prix du foncier plus bas. Intéressons-nous aux exceptions. Dans le XIVe arrondissement, le PS est arrivé en tête et la gauche est majoritaire, alors que les prix des logements y sont plus élevés qu'à l'est... mais d'assez peu, finalement. Notons que c'est l'arrondissement où Nathalie Kosciusko-Morizet a choisi de se présenter... et où elle est en ballottage défavorable. C'était néanmoins louable de sa part... et tactiquement bien joué : éviter une candidature du MoDem (Marielle de Sarnez a concouru en 2008) devait lui permettre de gagner cette circonscription... et ensuite de rêver à la mairie de Paris. Cet objectif semble difficile à atteindre, d'autant plus que le PS et EELV ont signé un accord dans la capitale.

   A l'inverse, dans le XVIIe arrondissement (celui en bleu, au nord, à la limite de la zone rose), où les prix des logements sont légèrement plus bas, le PS a connu une véritable déroute. La gaulliste Brigitte Kuster a été largement vainqueur dès le premier tour, succédant brillamment à Françoise de Panafieu (qui l'avait emporté difficilement au second tour en 2008). Son adversaire socialiste, Annick Lepetit, a perdu plus de 5 000 voix en six ans.

   Légèrement au sud-est du précédent, dans le IXe arrondissement, les logements sont un peu plus chers qu'à l'est. Mais ce n'est que d'extrême justesse qu'une candidate UMP a devancé son adversaire socialiste, qui semble disposer d'une plus grande réserve de voix. Mais, par rapport à 2008, environ 2 000 voix ont basculé d'un camp à l'autre.

   IIe arrondissement. On se rapproche du centre et les prix montent. Pourtant, c'est la gauche qui est en position favorable, avec un candidat écologiste en tête (Jacques Boutault) et de bonnes réserves de voix du côté socialiste. Au second tour, il pourrait renouveler sa performance de 2008, quand il avait intégré la liste PS pourtant arrivée devant la sienne. Nous sommes au coeur du "boboland" parisien.

   Trois autres arrondissements centraux (les IIIe, IVe et Ve), plus indécis, transgressent le déterminisme socio-économique. Dans le IIIe, où les logements sont encore un peu plus chers (toujours "boboland"...), le socialiste sortant est bien parti pour l'emporter, même s'il perd plus de 1 000 voix par rapport à 2008. Dans la même fourchette de prix se trouve l'immobilier du Ve (le fief des Tiberi). Même si c'est une liste de gauche qui est en tête, ses adversaires de droite disposent de plus grandes réserves de voix... mais il faut qu'ils se mettent d'accord, sachant que le dissident UMP (arrivé troisième) n'est autre que Dominique Tiberi...

   Il nous reste le IVe arrondissement, le troisième plus cher de la capitale. La situation y est différente du cas précédent, puisqu'un candidat UMP y est arrivé légèrement en tête, la gauche semblant disposer de meilleures réserves de voix. Elle est toutefois nettement en retrait par rapport à 2008, quand Dominique Bertinotti (aujourd'hui ministre déléguée à la Famille dans le gouvernement Ayrault) l'avait largement emporté.

   Ces quelques exemples exceptés, l'orientation politique des votes et les prix de l'immobilier de la capitale semblent fortement corrélés. (Le talent de Bertrand Delanoë a été de parvenir à faire passer à gauche des arrondissements aisés où sont fortement représentées les professions artistiques et intellectuelles.)

   La coupure Ouest/Est ne date pas d'aujourd'hui. Déjà, au XIXe siècle, elle était perceptible dans le comportement des Parisiens lors de la Commune, en 1871, les plus tenaces adversaires des Versaillais étant les habitants des arrondissements de la moitié est :

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   P.S.

   Les médias m'ont paru bien tendres avec Anne Hidalgo. Certes, son camp est bien placé pour conserver la gestion de la capitale... mais sa situation personnelle, dans le XVe arrondissement, est très mauvaise. Son adversaire UMP a frôlé l'élection dès le premier tour et, par rapport à 2008, la socialiste perd 5 000 voix tandis que Philippe Goujon en a gagné 12 000. Comme sa rivale Nathalie Kosciusko-Morizet, elle a eu le courage de se présenter dans une circonscription qui n'était pas gagnée d'avance mais, dimanche prochain, elle risque de se prendre une grosse claque.

dimanche, 16 mars 2014

On s'écharpe sur le Ségala

   Les élus de sept communes du pays baraquevillois viennent de rendre leurs écharpes à la préfecture de l'Aveyron... à une semaine du premier tour des élections municipales. Ce mouvement d'humeur médiatique plonge ses racines dans la réforme de l'intercommunalité décidée par le gouvernement Fillon (sous le quinquennat Sarkozy), reprise en partie par le gouvernement Ayrault. A l'époque, les "communes" orphelines ont été invitées à rejoindre une structure intercommunale et on a incité celles-ci à s'étendre et à intensifier leurs coopérations.

   La commune de Baraqueville n'était au départ pas forcément concernée par ce "big bang territorial". Elle appartenait à la communauté de communes du pays baraquevillois (en vert sur la carte), proche mais séparée du Grand Rodez (en rouge) :

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   Mais, pour qui connaît un peu la région, il est évident que plusieurs des communes du Baraquevillois sont des dépendances économiques du pôle urbain ruthénois. L'INSEE utilise la notion d'aire urbaine, y incluant les communes dont plus de 40 % des actifs travaillent dans le pôle. Voici ce que cela donne en 2010 :

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   Alors que la communauté d'agglomération du Grand Rodez regroupait alors à peine plus de 50 000 habitants, c'est plus de 80 000 qui vivent au rythme du chef-lieu aveyronnais. Vous noterez d'ailleurs que, parmi la quarantaine de communes figurant dans l'aire urbaine, on trouve Baraqueville, Manhac, Camboulazet... ainsi que Boussac, Gramond et Moyrazès, toutes adhérentes (à l'époque) de la communauté de communes du pays baraquevillois.

   Il a donc paru pertinent à la maire de Baraqueville de poser la question de son rattachement au Grand Rodez. Contrairement à ce que ses opposants affirment, la décision n'est pas sortie du chapeau en quelques jours, il y a eu plusieurs mois de discussion au préalable, comme la maire l'a rappelé dans une tribune publiée le 7 mars dans Le Ruthénois :

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   Voilà donc trois des communes (Baraqueville, Manhac et Camboulazet) parties. Concernant la dernière, on nous a dit que son rattachement au Grand Rodez s'effectuait uniquement en raison de critères géographiques. Certes, elle se retrouve coupée des autres communes qui n'ont pas suivi Baraqueville. Mais elle aurait pu se rapprocher du Naucellois ou de Cassagnes-Bégonhès. Ce serait oublier que nombre de ses actifs travaillent à Rodez, Onet-le-Château ou Luc-Primaube, donc dans le Grand Rodez, où les ménages effectuent aussi une partie de leurs achats...

   Le contentieux s'est déplacé sur la répartition des actifs et de la dette de la communauté baraquevilloise. Cela s'est de plus compliqué avec la réforme de la fiscalité locale et la création d'indemnités compensatoires.

   Bref, les élus des "communes abandonnées" (qui n'ont pas rejoint le Grand Rodez) semblent avoir voulu faire payer la note à Baraqueville, Manhac et Camboulazet. On n'a pas les chiffres exacts mais, il était question de leur attribuer 75 % de la dette, alors que ces trois communes pesaient ensemble moins de 50 % de la population intercommunale (environ 4 200 des 8 900 habitants).

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   Bien évidemment, d'autres critères que la seule démographie sont à prendre en compte lors de telles négociations. Si elles n'aboutissent pas, les communes peuvent se tourner vers la préfecture, ce qu'a fait Baraqueville, en juin dernier.

   C'est en décembre 2013 (et pas 2014, contrairement à ce qui figure sur la première page du recueil des actes administratifs) que la préfecture a rendu sa décision. Elle attribue à Baraqueville environ 59 % de l'endettement non individualisé (et un peu plus de 5 % à Manhac)... à régler au plus tard le 31 janvier 2014. De surcroît, Baraqueville a dû aussi prendre à son compte l'emprunt pour une zone d'activités intercommunale qu'elle a récupérée (soit un million de plus...).

   Si Baraqueville a accepté l'arbitrage, elle en conteste les modalités d'exécution (le paiement rapide en une fois). Le conseil municipal du 10 février dernier a proposé de commencer les versements, mais de réclamer un délai (le total dépasse tout de même deux millions d'euros). Cela n'a pas satisfait les élus des autres communes, visiblement mécontents aussi de la répartition, alors que la préfecture s'est appuyée sur les textes produits par l'ancienne structure intercommunale. Le tribunal administratif de Toulouse semble avoir récemment donné raison à Baraqueville.

   Les difficultés de cette commune sont réelles.  Pour pouvoir appliquer la décision de la préfecture, elle a dû de nouveau recourir à l'emprunt, comme on l'apprend dans le compte-rendu du conseil municipal du 24 février dernier. Son profil financier n'est pas apparu assez solide aux banques pour que l'une des quatre sollicitées accepte de lui prêter l'intégralité de la somme demandée. Il a fallu souscrire deux emprunts, auprès de deux établissements différents.

   Fort heureusement pour Baraqueville, le Grand Rodez a repris à son compte la dette portant sur la zone d'activités. De plus, une subvention d'équipement lui a été attribuée. (Voir la séance du Conseil d'agglo du 25 février 2014, pages 9 à 11.) Cela va permettre à la commune de garder la tête hors de l'eau, elle qui, depuis trois mandats (de gauche comme de droite), souffre d'un endettement important.

   On a aussi agité le chiffon de l'emploi pour dénigrer la démarche de la municipalité baraquevilloise : son départ de la communauté de communes pourrait conduire à des licenciements dans la fonction publique territoriale. Force est de constater que, jusqu'à présent, pour les compétences que la commune a récupérées, il y a eu transfert du personnel de la communauté à la commune (et au Grand Rodez pour la compétence "déchets").

   Dans cette affaire, si la volonté de la municipalité baraquevilloise de rejoindre la communauté d'agglomération du chef-lieu a pu être perçue dans les campagnes environnantes comme une trahison, elle tient compte de l'évolution du territoire et de la sociologie de sa population. En face, certains maires ruraux comptaient peut-être sur Baraqueville et la communauté de communes pour continuer à s'endetter à bon compte...

   Il est par contre indéniable que cette histoire est actuellement instrumentalisée, dans le contexte de la campagne des municipales. La majorité départementale semble vouloir faire tomber la maire de Baraqueville... et reconquérir le Grand Rodez. Yves Censi ne parviendra peut-être pas à déboulonner Christian Teyssèdre à Rodez même, mais, si les différentes listes de droite ou (faussement) apolitiques présentées de Sébazac-Concourès à Baraqueville font de bons scores, la majorité pourrait basculer à la communauté d'agglomération.

   P.S.

   On est aussi en train de préparer les prochaines sénatoriales. Si la presse s'est fait l'écho des difficultés à trouver des candidats dans certaines communes très peu peuplées, dans beaucoup d'autres, des listes se sont facilement montées. Quand on lit entre les lignes de la presse locale, on sent bien que, dans nombre de cas, l'une des deux listes penche à gauche et l'autre à droite. Rappelons que 95 % des grands électeurs (qui élisent les sénateurs) sont des conseillers municipaux...

samedi, 15 mars 2014

François Sauvadet, ce héros

   Depuis des temps immémoriaux, l'histoire du monde a été périodiquement marquée par l'action de personnes hors du commun, prêtes à sacrifier jusqu'à leur vie pour la défense de la liberté, de la vérité, de la démocratie... ou du droit de péter en public. Ainsi, après Léonidas, Thémistocle, Vercingétorix, Guillaume Tell, Jeanne d'Arc, Galilée, Voltaire, Victor Hugo, Jean Moulin, Steevy Boulay et Céline Dion, voici venu le temps de... François Sauvadet !

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   Il est député de la Côte-d'Or, président du Conseil général, président de la communauté de communes du canton de Vitteaux et (pour quelques semaines encore) premier adjoint au maire de Vitteaux. (Les mauvaises langues disent qu'il est en fait le véritable maire de la commune, fonction qu'il a d'ailleurs exercée durant deux mandats.) C'est donc un beau spécimen de cumulard. Voilà qu'il se pique d'éthique politique. Vent debout contre la réforme des collectivités territoriales du gouvernement Ayrault, il a présidé à la rédaction du Livre noir sur le redécoupage des cantons de France, dont la lecture est fort instructive.

   Première remarque : le titre aurait dû comporter la mention "métropolitaine", puisqu'il n'est pas du tout question de l'outremer dans l'ouvrage, comme on pouvait le pressentir à la vision de la carte figurant sur la couverture :

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   Mais passons au contenu. François Sauvadet  commence par des griefs généraux. Il revient sur les réformes politiques engagées depuis 2012, notamment sur les changements introduits dans les modes de scrutin. Dans sa démonstration, il oublie toutefois un précédent "big bang" institutionnel, celui qu'a tenté d'imposer le duo Sarkozy-Fillon (dont il a été ministre).

   Il rejette l'abaissement du seuil à partir duquel les élections municipales sont disputées entre des listes complètes et fermées. On est passé de 3 500 à 1 000 habitants. Rappelons que le projet de loi Hortefeux (ministre du gouvernement Fillon) prévoyait d'abaisser ce seuil à 500 habitants. Pour François Sauvadet, cela "politise" un scrutin qui n'en a pas besoin. Pourtant, cela va concerner moins de 10 000 communes, sur quelque 37 000. Cette réforme, si elle complique la formalisation des candidatures, va cependant sans doute faciliter la gestion de ces communes. Les maires choisis auront des majorités claires, désignées pour appliquer un programme précis. Le risque de magouille postélectorale (des conseillers qui s'entendent pour en évincer d'autres des fonctions dirigeantes, ou des majorités qui se font et se défont au gré des projets... et des intérêts de chacun) sera diminué.

   L'auteur est aussi opposé au fléchage des conseillers communautaires (mais il se garde bien de dire pourquoi). Désormais, toutes les communes doivent être associées à un groupement. Jusqu'ici, dans la très grande majorité des cas, la désignation des conseillers municipaux chargés de représenter la commune dans la structure intercommunale manquait de clarté et se prêtait à toutes les manoeuvres. Désormais, dans les communes où s'appliquera le scrutin de liste, les électeurs sauront quels conseillers vont siéger à l'assemblée intercommunale... et majorité comme opposition y seront représentées. C'est une grande avancée démocratique... et une perte d'influence pour élus locaux habitués à traiter leurs petites affaires en comité restreint.

   Au niveau des élections sénatoriales, François Sauvadet s'insurge contre le passage du scrutin majoritaire au scrutin à la proportionnelle pour les départements désignant trois sénateurs (contre quatre précédemment). Pourtant, là encore, il s'agit d'une avancée démocratique, qui peut permettre à certaines formations d'intégrer la Haute Assemblée... et aux petits partis d'y être plus justement représentés. Le fait que le département de la Côte-d'Or soit concerné par cette réforme aurait-il un lien avec l'attitude de M. Sauvadet ? Actuellement, trois sénateurs en sont issus :

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   Notons que François Rebsamen, qui est aussi maire de Dijon, s'oppose totalement à la démarche du député. Il est par contre un sujet sur lequel ils doivent tomber d'accord... l'attachement au cumul des mandats. Curieusement, c'est une réforme que ne mentionne pas le député bourguignon. Pourtant, il s'est constamment opposé au projet de loi, votant contre à trois reprises, lors de la première lecture à l'Assemblée nationale, puis lors de la deuxième et enfin lors de la lecture définitive.

   Il faut dire que cette loi menace directement les intérêts des potentats locaux qui, à coût de cumul des mandats, se sont constitué des fiefs quasi inexpugnables. A cause de cette loi, s'il veut rester député, François Sauvadet ne pourra plus être ni président ni vice-président du Conseil général de Côte-d'Or ; il devra aussi abandonner la présidence de la communauté de communes et la fonction d'adjoint au maire (ce qu'il s'apprête à faire). Trop dure, la life !

      François Sauvadet rejette tout autant l'instauration du binôme paritaire (aux élections départementales), avec des arguments fallacieux. Il évoque le cas (ultraminoritaire) du renouvellement d'un conseiller (en cas de décès ou de démission), qui faussera (très légèrement, et pour un temps limité) l'équilibre des sexes (puisque je pense que chaque conseiller départemental aura pour suppléant une personne de l'autre sexe). Tout aussi infondé est l'argument de la concurrence entre les deux conseillers élus du même super-canton. Et aujourd'hui, hein ? Il n'y a pas concurrence entre les élus locaux, peut-être ? Quelle hypocrisie !

   Ensuite, l'élu bourguignon rentre dans le détail des critiques, au niveau des cantons. Il estime la réforme injuste. Mais, si on la compare à la situation existante, introduit-elle plus de justice ou d'injustice ? Cela, le député évite de le dire.

   Il commence par comparer les départements de la Dordogne et de l'Eure-et-Loir. Ils sont de population comparable : environ 430 000 habitants en 2011, selon l'INSEE. Après la réforme, la population moyenne d'un canton serait de 16 566 dans l'un contre 28 596 dans l'autre. Il oublie de préciser qu'actuellement, la population moyenne d'un canton, en Dordogne, est de 8 557, contre 15 236 en Eure-et-Loir. Un canton y est 1,78 fois plus peuplé qu'en Dordogne, contre 1,73 fois après. C'est un argument qui pourrait aller dans le sens de François Sauvadet... si l'on n'y regardait pas plus en détail.

   C'est à l'intérieur de chaque département que les inégalités sont les plus criantes. En Dordogne, en 2011 (d'après l'INSEE), la population des cantons va de 2 394 à 22 089 habitants, soit un écart de 1 à 9. En Eure-et-Loir, cela va de 2 301 à 33 059 habitants, soit un écart de 1 à 14 ! (Rappelons que, dans l'Aveyron, les extrêmes étaient, en 2011, de 880 et 23 655 habitants, soit un écart de 1 à 27 !) Le principal atout de la réforme du gouvernement Ayrault est d'atténuer fortement ces écarts, puisque, sauf exception liée à une situation géographique exceptionnelle, l'écart doit être de plus ou moins 20 % par rapport à la moyenne départementale. Cela veut dire qu'un super-canton sera au maximum 1,5 fois plus (ou moins) peuplé qu'un autre.

   Mais certaines réélections sont désormais moins assurées. Le conseiller général de Vitteaux a sans doute bondi la première fois qu'il a vu la carte des nouveaux cantons bourguignons :

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   L'actuel est en blanc. Le futur super-canton ajoutera la partie orangée au territoire d'origine, ce qui risque de provoquer une belle foire d'empoigne entre les quatre conseillers sortants, tous de droite.

   Du coup, certaines des critiques pertinentes qui figurent dans la suite de l'ouvrage perdent de leur force. D'abord parce qu'il s'agit d'une collection d'exemples choisis à dessein dans chaque région métropolitaine. D'autre part, il faudrait une étude autrement plus complète et rigoureuse pour savoir si le gouvernement a systématiquement avantagé son camp dans le redécoupage cantonal. François Sauvadet pourrait en profiter pour analyser les découpages des circonscriptions législatives, opérés sous l'égide de Charles Pasqua et, plus récemment, d'Alain Marleix, qui avantageaient la droite... mais n'ont pas empêché la gauche de remporter les élections en 1988, 1997 et 2012. Une grande partie de l'électorat n'est pas politisée ou est susceptible de varier son vote. Compte tenu du relatif faible écart démographique entre les super-cantons, je pense que le scrutin de 2015 pourrait très bien être une déroute pour la gauche, quand bien même elle aurait présidé au découpage.

   Sur le fond, l'attitude de François Sauvadet (et de ceux qui le soutiennent) témoigne aussi d'une méconnaissance (réelle ou feinte) des réalités territoriales. Sauf exception, les vieux cantons ne sont plus des bassins de vie depuis longtemps. L'INSEE en a défini de nouveaux, qui auraient pu servir de bases (rectifiables en fonction du nombre d'habitants) pour les nouveaux cantons.

   Pour terminer, je me suis intéressé à l'utilisation de sa réserve parlementaire par M. Sauvadet. J'ai comparé les années 2011 et 2013, pour lesquelles j'ai pu accéder aux données. Le montant dont a disposé le député a baissé : il est passé de 186 606 à 127 000 euros. Le nombre de communes bénéficiaires a lui aussi diminué, passant de 9 à 3. Toutes sont situées dans le département de la Côte-d'Or et toutes sauf une appartiennent à la communauté de communes présidée par le député (et donc aussi au canton dont il est l'élu). Etonnant, non ? La seule exception est Vieilmoulin (et non pas "Vielmoulin", comme écrit dans l'article du Monde auquel renvoie le premier lien). Celle-ci est toutefois limitrophe du canton. Ses contours sont en pointillés sur la carte suivante :

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   J'ai attribué les couleurs en fonction des montants octroyés aux communes. J'ai laissé en blanc celles qui n'ont rien reçu en 2011. En jaune sont coloriées celles qui ont reçu moins de 10 000 euros. En orange sont coloriées celles qui ont reçu entre 10 000 et 20 000 euros. En rouge sont coloriées celles qui ont reçu plus de 20 000 euros (toujours en 2011). La mieux dotée est Vitteaux (ce qui ne surprendra personne), avec deux projets, pour un total supérieur à 34 000 euros (presque 20 % du total de la réserve parlementaire). Faut-il rappeler que François Sauvadet en est le premier adjoint (et l'ancien maire) ? Les cercles noirs avec une croix à l'intérieur signalent les communes qui ont reçu une aide en 2013. Le symbole est beaucoup plus grand sur le territoire de la commune de Vitteaux (eh oui, encore...), parce que, sur les quatre projets aidés par François Sauvadet, deux émanaient de cette commune, pour un total de 107 000 euros, soit 84 % de la réserve du député ! On comprend pourquoi certains ricanent en entendant le député se présenter en défenseur de l'intérêt général...

mardi, 04 mars 2014

Combien ça coûte ?...

   ... un stand au Salon de l'agriculture ? Eh bien, les estimations varient. Sans subvention, l'agriculteur paie de 10 000 à 12 000 euros... sans compter les frais annexes (transport, logement... ainsi que l'eau et l'électricité sur le stand). Comme me l'a fait remarquer un ami, fin connaisseur du monde rural, cette somme représente une année de revenu pour nombre d'exploitations aveyronnaises. Qu'aurait-il dit si je lui avait cité le cas de cet ostréiculteur, qui estime à 30 000 euros le coût de sa venue au SIAL ?

   Certaines organisations et collectivités locales assurent une présence plus marquée que les simples agriculteurs. C'est le cas de la Chambre d'agriculture de l'Aveyron. Il n'est pas facile de savoir quelle dépense cela représente. Pour en avoir une idée, il faut feuilleter le Bulletin Officiel du Conseil général de l'Aveyron. "Pourquoi donc ?", me demande la dame assise au fond. Parce que, chaque année (au moins depuis 2009), le Conseil général vote une subvention à la Chambre, deux à quatre mois après la tenue du Salon (entre mars et juin donc).

   Dans le numéro de mars 2009, c'est à la page 18 que l'on trouve mention de la subvention :

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   La somme est de 30 000 euros. Couvre-t-elle l'ensemble des dépenses de la Chambre ? On ne le sait pas. Par contre, on prend soin de préciser que l'un des conseillers généraux, Jean-Claude Anglars a été tenu à l'écart. On sous-entend qu'il n'a pas pu influencer ce vote. Précisons que cet élu a un pied dans chaque structure. Il est présent à la Chambre, d'une manière ou d'une autre, depuis la fin des années 1980. Aujourd'hui encore, on le retrouve dans l'organigramme du service "aménagement rural urbanisme et environnement".

   Rebelote dans le numéro du Bulletin Officiel du Département d'avril 2010, page 80 :

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   La somme ne change pas... et elle est toujours "ronde", alors que, comme la subvention est votée a posteriori, elle pourrait correspondre à une dépense (totale ou partielle) précise. La précaution d'usage figure encore en bonne place.

   Par contre, elle est absente du numéro de mai 2011, lorsqu'il est question de la même subvention, d'un montant inchangé (page 44) :

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   Si je ne m'abuse, à cette date, Jean-Claude Anglars est devenu président de la commission de l'Agriculture, de la Ruralité, de l'Aménagement de l'espace et de l'Aménagement du territoire.

   Cela semble être devenu la norme de présentation, puisqu'on la retrouve dans le numéro de juin 2012 (page 84) :

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   Par contre, on en apprend un peu plus sur le coût de la présence de la Chambre d'agriculture à Paris. L'autorité consulaire a en effet demandé 60 000 euros de subvention. Il est logique de penser que cette somme doit couvrir l'intégralité des frais engagés. Cela représente donc deux fois les dépenses maximales d'un agriculteur isolé.

   On en a la confirmation dans le numéro de mai 2013 (page 36) :

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   Vous noterez que les chiffres sont de plus en plus précis. Peut-être que, sous la pression de la Cour régionale des comptes, les collectivités locales sont "incitées" à faire preuve de davantage de transparence... D'ici quelques mois, on aura les chiffres pour 2014.

   Mais quelle est la dépense totale assumée par le Conseil général ? Alors là, mystère. Le détail doit figurer dans les documents annexes, qui ne sont hélas pas mis en ligne. Ce pourrait être un travail pour l'opposition départementale mais, comme ces subventions sont votées à l'unanimité, je doute qu'un conseiller de gauche ait envie de se plonger dans cette passionnante documentation.

   Entendons nous bien. Je soutiens la politique de promotion de l'Aveyron menée par la majorité départementale. Je me pose juste quelques questions que le financement et la ventilation des dépenses. M'est avis qu'au total, le Conseil général doit y mettre entre 100 000 et 200 000 euros.

   Revenons maintenant à M. Anglars. Lui et Jean-Claude Luche sont les émissaires privilégiés du département de l'Aveyron au Salon de l'agriculture. Voici ce que l'on peut lire dans le Bulletin Officiel du département de février 2010 (page 22) :

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   Pour l'année 2011, c'est dans le numéro de décembre 2010 qu'il faut chercher l'information :

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   Le télescopage entre la préparation du SIAL (organisé en février) et la campagne des élections cantonales (qui ont eu lieu en mars) explique sans doute la précocité de la prise de décision. Cette année-là, Jean-Claude Luche a senti son fauteuil vaciller, même si sa majorité est sortie de cette épreuve finalement renforcée.

   La situation est redevenue "normale" l'année suivante, comme on peut le constater dans le numéro de janvier 2012 (page 23) :

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   On ne change pas une équipe qui gage ; on ne s'étonnera donc pas de lire ce qu'on peut lire dans le Bulletin Officiel de février 2013 (page 52) :

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   Et cette année ? La tradition a été respectée et nos Laurel & Hardy aveyronnais ont pu renouveler leur séjour parisien, comme on peut le constater dans le Bulletin Officiel de janvier dernier (page 41) :

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   Tout cela pour dire quoi ? Ben que, d'après les témoignages qui remontent de Paris, le Salon de l'agriculture est un vrai moment de convivialité pour nos zélus et leurs zamis... aux frais de la princesse. Bien évidemment, ce n'est pas dans les comptes-rendus laudatifs de la presse locale qu'il faut espérer trouver une analyse critique de ces déplacements. Toutefois, quand le texte n'est pas libre, c'est l'image qui peut parler, même involontairement. En 2011, c'est dans le très luchophile Bulletin d'Espalion que j'avais trouvé une photographie qui en disait long.

   Cette année, je cherche encore ma pitance. Faute de grives, on se contente de merles, comme cette "une" de Midi Libre du 26 février dernier :

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   On y constate le manque de savoir-vivre de deux de nos députés : au premier plan, à droite, Marie-Lou Marcel (PS) et au fond Alain Marc (UMP). Cette addiction au téléphone portable est partagée par nombre de nos "huiles", comme je l'ai déjà fait remarquer. Tout récemment, c'est Yves Censi qui s'est distingué par son impolitesse. Au niveau du culot, il a toutefois un sérieux concurrent : Arnaud Viala (l'un des vice-présidents du Conseil général).

   Mais, plus que ces gamineries, c'est une autre question qui me taraude. La rumeur court que cette année, l'un de ces repas officiels aurait été le théâtre d'une petite supercherie. Un parfait inconnu se serait introduit au sein de l'auguste aréopage aveyronnais. Vêtu d'un costume impeccable, il aurait côtoyé nos chers zélus et (surtout) profité de la nourriture mise à disposition, sans que quiconque ne réalise, dans un premier temps, qu'il n'avait rien à faire à cette table. Alors, intox ?

samedi, 01 mars 2014

Le cul entre deux chaises

   Telle est parfois la position du sénateur aveyronnais Stéphane Mazars (PRG), comme lorsque a été discutée la proposition de loi de son collègue saint-affricain (socialiste) Alain Fauconnier, visant à interdire la culture de maïs OGM en France. Ce jour-là, la motion d'irrecevabilité présentée par l'UMP (et annulant la proposition de loi) a été adoptée d'extrême justesse :

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   Première remarque : il y avait foule dans la Haute Assemblée (347 présents, c'est-à-dire tout le monde, l'un des sièges étant vacant me semble-t-il). Quand on analyse le détail du scrutin, on se rend compte qu'à gauche communistes, écologistes et socialistes ont unanimement rejeté la motion alors qu'à droite gaullistes et non inscrits (des divers droite) l'ont adoptée. Le vote a donc basculé en raison du vote des centristes de gauche et de droite, partagés sur le sujet.

   La gauche étant légèrement majoritaire au Sénat, c'est donc du côté du R.D.S.E. (composé de sénateurs des deux bords, ceux de gauche étant les plus nombreux) qu'il faut chercher les défaillances. La majorité des membres de ce groupe a rejeté la motion présentée par l'UMP (10 contre et 7 pour). Mais pas Jean-Pierre Chevènement, qui a joint sa voix à celles de la droite. Il a aussi manqué celle de Françoise Laborde, élue PRG de Haute-Garonne : elle s'est abstenue. Faut-il voir un lien avec la forte orientation céréalière de son département d'origine ?

   Quant à son collègue Stéphane Mazars, il n'a même pas pris part au vote. Pourtant, d'après le site nossenateurs.fr, il était présent ce jour-là (17 février 2014). Comme les radicaux de gauche n'ont pas adopté une attitude uniforme lors de ce scrutin, on peut en déduire que la non-participation est un choix de S. Mazars. Est-ce une attitude attentiste, se réservant pour le texte qui ne manquera pas de revenir de l'Assemblée nationale ? Est-ce de la prudence, au regard de sa terre d'élection ? Est-ce un réflexe de juriste, face à un texte qu'il a jugé peut-être mal ficelé ? On ne sait pas.

   Concernant le fondement juridique de la proposition de loi d'Alain Fauconnier, il y a débat. Contrairement aux élus UMP, le ministère de l'Ecologie estime qu'il y a des faits nouveaux qui peuvent justifier l'adoption d'un nouveau texte.

   Pour la petite histoire, la motion d'irrecevabilité (opposée au texte d'Alain Fauconnier) a été présentée par un sénateur normand, Jean Bizet, réputé très proche des défenseurs des OGM...

   N'oublions pas que les élections (municipales, européennes... puis sénatoriales) approchent à grands pas. Cela donne un coup de fouet à l'assiduité des élus, d'autant plus que, sur le sujet, une récente décision communautaire a provoqué un vif émoi, comme l'a rappelé Alain Fauconnier. Il n'est pas impossible non plus que les socialistes soient à la manoeuvre, coupant l'herbe sous le pied des écologistes et forçant l'UMP à apparaître comme pro-OGM à l'approche d'échéances cruciales...

   A suivre, donc.

mercredi, 12 février 2014

L'Union européenne contre la démocratie ?

   L'information révélée dès hier par les médias a de quoi inquiéter sur le fonctionnement de l'Union européenne : une mesure (la culture d'un nouveau maïs OGM) pourrait être autorisée alors que la grande majorité des pays membres s'y opposent. Comment est-ce possible ?

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(Centre Presse, 12 février 2014)

   Il faut d'abord comprendre la procédure de vote au sein du Conseil de l'Union européenne qui, en fonction du sujet abordé, réunit les 28 ministres du domaine concerné. Les décisions courantes sont prises à la majorité qualifiée. Tous les ministres n'ont pas le même poids, qui dépend du nombre d'habitants du pays qu'ils représentent.

   Ainsi, les ministres allemand, français, britannique et italien, qui représentent chacun entre 60 et 81 millions d'habitants, disposent de 29 votes. A l'opposé, le ministre maltais, qui représente moins de 500 000 habitants, ne dispose que de 3 votes. Vous noterez toutefois qu'on a "limé" les écarts, pour ne pas trop avantager les représentants des pays les plus peuplés : la France a beau être 120 fois plus peuplée que Malte, son ministre dispose d'un pouvoir de vote qui n'est même pas dix fois plus important que celui de son homologue maltais. En gros, les six pays les plus peuplés sont un peu désavantagés, alors que les 22 autres bénéficient d'un pouvoir de vote un peu (voire beaucoup) plus important que ce qu'il serait si l'on suivait la stricte logique démographique.

   Mardi, pour faire passer le refus du nouveau maïs OGM, il aurait fallu réunir 260 voix (la majorité qualifiée) sur les 352 que compte le Conseil. Regardons cela en détail :

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   En jaune sont mis en valeur les pays dont les ministres ont voté contre l'autorisation du maïs OGM. Ils sont 19 au total (sur 28 membres de l'Union européenne), totalisant 210 votes. Il en a donc manqué 50.

   En face, en bleu, se trouvent les pays dont les ministres ont voté pour l'autorisation du maïs OGM. Ils ne sont que 5, totalisant seulement 77 votes (presque trois fois moins que leurs adversaires). C'est pourtant leur position qui risque de s'appliquer. Notons que ces pays sont tous dirigés par des coalition de droite ou de centre-droit... et, que, l'Espagne mise à part, ils ne promeuvent pas la culture des OGM sur leur propre sol. En clair : ils ont voté pour que les OGM puissent être cultivés... dans les autres pays de l'Union européenne ! Bel exemple de solidarité !

   Cependant, quelle que soit l'hypocrisie de ces dirigeants, ils n'ont pas pesé bien lourd dans ce vote. Ce sont les abstentionnistes qui l'ont fait basculer. Dans le tableau, je les ai laissés sur fond blanc. Ces quatre pays (dont deux fondateurs de la C.E.E. en 1957) cumulent 65 votes. Leur apport au groupe majoritaire aurait permis de rejeter l'autorisation du maïs OGM.

   Signalons que (d'après un article du Monde) dans deux d'entre eux est déjà cultivé un autre maïs OGM (celui de Monsanto). Il s'agit du Portugal et de la République tchèque, entourés en noir sur la carte ci-dessous :

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   Alors, quelle va être la suite ? La Commission européenne pourrait décider d'autoriser la culture du nouveau maïs OGM, mais elle doit aussi tenir compte du fait que le Parlement européen a voté un avis (non contraignant) s'y opposant... et que les élections européennes approchent. Elles auront lieu en mai et leur résultat influera sur la composition de la nouvelle Commission européenne, qui devrait être désignée en octobre 2014...

samedi, 01 février 2014

Dette ou pas dette, telle est la question

   La présentation des voeux et l'approche des élections municipales sont source de propos parfois agressifs des uns et des autres quant à la gestion des collectivités territoriales aveyronnaises. A Rodez, c'est le bilan de l'équipe Teyssèdre qui est en question. Mais la tenue des comptes du Conseil général fait aussi l'objet de l'attention publique. Après tout, les élections départementales ne sont pas si éloignées que cela (mars 2015)... et certains observateurs pensent que la majorité qui gère le Conseil général est actuellement - discrètement - à la manoeuvre (de conserve avec le député Yves Censi) pour faire basculer le Grand Rodez du "bon" côté. La constitution de listes d'opposition aux équipes sortantes, à Olemps et Sébazac-Concourès, n'est sans doute pas le fruit du hasard.

   Intéressons-nous donc aux comptes des collectivités. La loi impose leur publicité et, vu l'enjeu qu'ils représentent (de surcroît dans un pays très endetté), des analyses comparatives ont été pratiquées. Que dit la droite ? Que le département de l'Aveyron est géré en "bon père de famille" et que l'équipe Teyssèdre conduit Rodez à sa ruine. Que dit la gauche ? Que Jean-Claude Luche n'a pris la mesure de la crise et que Rodez est un modèle de gestion rigoureuse.

   Commençons par la commune de Rodez. La droite pointe son fort endettement (852 euros par habitant fin 2012, selon le site decomptes-publics.fr), bien plus important que celui du département (725 euros par habitant fin 2013, d'après ce que l'on peut lire dans La Dépêche du Midi). Cependant, ne faudrait-il pas plutôt comparer chaque collectivité avec celles de sa catégorie ? Ainsi, les communes de la strate de Rodez sont bien plus endettées (1 066 euros par habitant). A l'inverse, le département de l'Aveyron est plus endetté que ceux de sa catégorie : 639 euros par habitants contre 529, en 2011, toujours d'après decomptes-publics.fr.

   On pourrait aussi s'amuser à mettre en regard les statistiques des autres départements midi-pyrénéens. Dans trois d'entre eux (le Gers, le Tarn et le Tarn-et-Garonne), la dette par habitant est plus élevée que dans l'Aveyron (avec respectivement 703, 776 et 826 euros par habitant en 2011). Dans les quatre autres (Ariège, Haute-Garonne, Lot et Hautes-Pyrénées), elle est plus basse (98, 572, 599 et 458 euros par habitant). En croisant les critères "dette", "investissements", "fonctionnement" et "impôts locaux", on arrive à un classement, où l'Aveyron se situe dans la catégorie moyenne, moyenne basse même. Il n'y a donc ni motif de glorification, ni raison de dénigrer excessivement la gestion départementale.

   Il y a bien un point qui rapproche la commune de Rodez du Conseil général : l'évolution de l'endettement. A Rodez, celui-ci a augmenté de 14 % en trois ans... mais de près de 34 % pour le département de l'Aveyron ! Et comme, entre 2011 et 2013, on est passé de 639 à 725 euros par habitant, une nouvelle hausse de 13 % s'est ajoutée aux précédentes, dans l'Aveyron. Dans les deux cas, je pense que cela peut s'expliquer (au moins en partie) par la volonté de ne pas augmenter brutalement les impôts locaux (déjà plus élevés que la moyenne de la strate, pour les deux collectivités). Du coup, on emprunte. A terme, il va falloir rembourser le capital avec les intérêts (ce qui alourdit la note), mais la facture est étalée dans le temps... ce qui est bien pratique quand vient le temps des élections.

   La situation de l'Aveyron n'est donc pas si bonne que cela, sa solvabilité n'étant notée que 2 sur 10. Pour améliorer celle-ci, il faudrait augmenter les ressources du Conseil général. Rendez-vous après les élections de 2015 pour la hausse des impôts... et peut-être une petite saignée dans les effectifs de la fonction publique territoriale.

   Même motif même punition en perspective pour Villefranche-de-Rouergue. Le maire sortant Serge Roques ne cesse de clamer sa fierté d'avoir maintenu une pression fiscale faible (ce dont l'hebdomadaire Le Villefranchois se réjouit dans le numéro de cette semaine). A y regarder de plus près, c'est juste concernant la taxe d'habitation (plus faible de cinq points que dans les communes comparables), mais le foncier bâti est presque autant imposé qu'ailleurs... et le foncier non bâti beaucoup plus. De surcroît, Villefranche est assez fortement endettée (plus de 1 000 euros par habitant) et l'augmentation de la dette y est plus rapide que dans les communes de la même strate. Etant donné que les charges en personnel y sont déjà bien plus basses que la moyenne, il est évident qu'après les municipales, les Villefranchois vont se faire administrer une petite ponction fiscale.

   Mais revenons à l'Aveyron. Le département a un profil atypique. Sa population y est plus âgée que la moyenne : en 2010, les 65 ans et plus représentaient 24 % du total, contre 18 % au plan national. L'INSEE fournit des chiffres aussi pour les 60 ans et plus, qui représentent 32 % de la population aveyronnaise... mais seulement 25 % de la population française. Cela permet de comprendre pourquoi l'Aveyron était (en 2012) le troisième département pour les aides versées aux personnes âgées. C'est une dépense fixe considérable (171 euros par habitant par an, contre 62 euros pour Paris, par exemple), qui n'est pas amenée à baisser dans un avenir proche (sauf si de nombreux actifs viennent s'installer dans l'Aveyron).

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   Par contre, selon la même source, le département dépense peu pour le RSA : 56 euros par habitant, contre 236 en Seine-Saint-Denis (et plus de 600 à la Réunion). C'est évidemment dû au taux de chômage relativement bas, comparé à ceux des autres départements. (Au passage, on appréciera la discrétion des statisticiens, qui ont négligé de faire figurer dans le tableau les taux des DOM, supérieurs à 20 %.) On comprend l'angoisse des membres de la majorité de Jean-Claude Luche, quand on ils constaté l'augmentation de ce taux. (Il a atteint 8,1 % fin 2013.) Si cette tendance se maintient, les finances départementales seront gravement menacées.

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   Dans cette perspective, on peut comprendre la politique menée par Jean-Claude Luche : investissement et compétitivité sont deux clés pour favoriser la création d'emplois. (Ah, si la RN 88...) Il estime que chaque euro dépensé concourt à faire baisser le chômage (ou à en limiter la hausse)... et que cela coûte moins cher que de verser le RSA. Quant au développement de l'attractivité du département, il est nécessaire pour en faire augmenter le nombre d'actifs, sur lesquels repose notre système fiscal.

jeudi, 30 janvier 2014

Réserve parlementaire (suite)

   A deux reprises, déjà, grâce à des articles du Monde, j'ai pu analyser l'utilisation communale de la réserve parlementaire des élus aveyronnais, en 2011 et en 2012. Cette fois-ci, l'information est parue dans Centre Presse, qui a signalé la publication, par l'Assemblée nationale, des données concernant l'usage de ces sommes par les députés. Voici la localisation des bénéficiaires des largesses des trois députés aveyronnais l'an passé :

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   La première remarque qui s'impose est que chaque élu a distribué la manne exclusivement dans les communes de sa circonscription législative.

   Concernant Yves Censi (auquel a été associé un bleu mat), l'année 2013 a marqué une nette évolution. Certes, le Nord Aveyron et la région de Bozouls-Espalion sont toujours privilégiés. Mais le député semble avoir soudainement découvert que la majorité des habitants résident dans le Grand Rodez. L'approche des élections municipales aurait-elle eu une incidence sur la ventilation des subventions ? On n'ose le croire.

   Toutefois, quand on regarde les chiffres dans le détail, on réalise que le changement est moins grand qu'il n'y paraît. Yves Censi a disposé de 150 000 euros, répartis sur 36 projets (ayant reçu de 1 000 à 20 000 euros). La moyenne est d'un peu plus de 4 100 euros. 11 des 36 projets ont décroché plus que cette somme. Or, si on laisse de côté la subvention exceptionnelle accordée au RAF, c'est à des communes "nordistes" que sont allées les sommes les plus importantes : 20 000 euros à Lassouts, 15 286 euros à Lacalm, 10 000 euros au Nayrac et 9 000 à Cantoin.

   Le profil des aides d'Alain Marc (auquel est associé un bleu clair) est légèrement différent. Le député du Sud n'a semble-t-il disposé que de 124 500 euros, répartis sur 54 projets (avec une moyenne de 2 300 euros par projet). L'écart entre les subventions est beaucoup moins grand que chez Yves Censi, puisqu'elles s'étendent de 1 000 à 7 000 euros. 18 projets dépassent cette moyenne. (Je n'ai toutefois pas pu tout localiser, l'attribution de certaines subventions manquant de précision.)

   Force est de constater que le secteur du BTP est cher au coeur du député. Les projets les plus importants portent sur la réfection de bâtiments ou des travaux routiers. Voilà qui se rapproche étrangement de l'un des principaux domaines d'intervention du Conseil général. Curieuse coïncidence, Alain Marc en est le président de la commission des infrastructures routières. Ou comment l'argent de la réserve parlementaire sert à consolider un mandat de conseiller général... On aura aussi remarqué que le député ventile davantage ses subventions. D'un côté, on peut dire qu'il ne favorise personne outrageusement. De l'autre, on se demande si ce n'est pas une tactique pour se faire un maximum d'obligés... et pouvoir se montrer à un grand nombre d'inaugurations !

   La manière dont Marie-Lou Marcel (à laquelle est associée la couleur rouge) a utilisé la somme qui lui était allouée est encore légèrement différente. En 2013, elle a disposé de 130 000 euros (à peine plus qu'Alain Marc... et surtout nettement moins qu'Yves Censi, qui est pourtant dans l'opposition). 21 projets ont été financés, en moyenne à 6 200 euros (de 1 500 à 15 000 euros). Seuls sept d'entre eux ont bénéficié de subventions supérieures à la moyenne.

   D'un côté, on peut constater que la députée préfère financer moins de projets, mais les aider davantage que ses collègues. D'un autre côté, on remarque que les cantons de Baraqueville (avec Castanet, Pradinas et Sauveterre) et de Capdenac-Gare ont été particulièrement bien dotés. Précisons que le conseiller général de Baraqueville (conseiller municipal de Sauveterre-de-Rouergue) est Didier Mai-Andrieu, l'une des voix de l'opposition de gauche au sein de l'hémicycle départemental. Pas très loin de là se trouve la commune de Quins, qui a reçu 13 000 euros pour la rénovation d'une salle d'animation... et dont le maire Jean-Pierre Mazars (conseiller général de Naucelle) est classé à gauche.

   On ne s'étonnera pas de voir Capdenac-Gare en tête des communes subventionnées (pour un aménagement d'intérêt collectif, reconnaissons-le). Le maire (Stéphane Bérard) comme le conseiller général (Bertrand Cavalerie) sont des "valeurs sûres" de la gauche ouest-aveyronnaise, le second étant même l'ancien attaché parlementaire de Marie-Lou Marcel. Tout comme Didier Mai-Andrieu, il a parrainé François Hollande pour la présidentielle de 2012.

mardi, 21 janvier 2014

Un autre discours palpitant

   Le Bulletin d'Espalion paru jeudi dernier est décidément d'une grande richesse. J'ai déjà parlé de la manière dont l'opposition de la majorité départementale au redécoupage cantonal est traitée dans l'hebdomadaire. Il a aussi été question du discours du premier adjoint de Saint-Côme-d'Olt.

   Quelques pages plus loin, c'est la présentation des voeux du maire de Bozouls, Jean-Luc Calmelly, qui occupe deux pleines pages, illustrées de trois photographies. C'est la plus grande d'entre elles qui a attiré mon regard. Elle montre l'assistance (nombreuse) lors du discours du maire :

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   Au premier rang se trouve le député de la première circonscription (dont fait partie Bozouls), Yves Censi. A le regarder, on le sent captivé par les propos du maire... puisqu'il est concentré sur l'écran de son téléphone portable. Il faut dire que ce dernier ne l'a pas cité dans son discours, au contraire d'Arnaud Viala, qui partage avec Yves Censi une certaine dépendance vis-à-vis de son smartphone...

   P.S.

   On peut feuilleter le Bulletin pour d'autres raisons. Je recommande par exemple l'article traitant d'un impôt méconnu, le "commun de paix". On lira aussi avec profit la demi-page consacrée aux chènevières et celle qui évoque les Jeux olympiques d'hiver.

samedi, 18 janvier 2014

Propagande départementale

   Le président du Conseil général de l'Aveyron, Jean-Claude Luche, multiplie les sorties contre la réforme des cantons du gouvernement Ayrault. Ces jours-ci, il profite de la moindre cérémonie pour dire tout le mal qu'il en pense... et pour faire peur aux habitants des communes rurales, suggérant que l'agrandissement des cantons va déboucher sur une nouvelle saignée dans les services publics locaux. Les arguments sont régulièrement resservis, par exemple ce vendredi dans La Dépêche du Midi.

   J-C Luche pointe l'éloignement des futurs conseillers départementaux. Soyons sérieux. Les contours des actuels cantons ont été très majoritairement dessinés au début du XIXe siècle, époque à laquelle l'automobile n'existait pas. Aujourd'hui, tout le monde se déplace en voiture et les actuels conseillers généraux (tout comme leurs administrés) ne se privent pas de l'utiliser, pour figurer sur la moindre photographie d'inauguration comme pour aller effectuer des achats en grande et moyenne surface. Il est donc légitime d'augmenter la taille des cantons... surtout s'ils sont moins peuplés.

   En m'appuyant sur les populations légales de 2011 (d'après l'INSEE) et les statistiques fournies par l'abbé Féral, dans son livre Géographie du département de l'Aveyron (publié en 1873), je me suis intéressé à l'évolution de la population de quelques cantons, choisis pas tout à fait au hasard :

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   Dans la deuxième colonne, j'ai écrit 1872, parce que je pense que l'abbé Féral a dû utiliser les résultats du recensement de cette année-là. (A l'époque, l'Aveyron comptait un peu plus de 400 000 habitants.) Dans la troisième colonne, j'ai noté la population totale, et non la population municipale, pourtant sans doute plus proche de la réalité. On peut donc penser que la population réelle des cantons en 2011 était un peu plus faible que ce qui est écrit.

   Pour tous les cantons, la chute est énorme. A l'exception de Montbazens, tous ont vu leur population divisée par plus de deux... et même par plus de trois pour Cornus. Dans le même temps, les cantons urbains se sont considérablement renforcés, au niveau démographique. Ainsi, en 1872, la commune de Rodez comptait à peine plus de 12 000 habitants, si bien qu'elle était associée (intégralement) à Druelle, Le Monastère, Luc, Moyrazès, Olemps, Onet-le-Château, Saint-Radegonde et Vors (à l'époque pas encore réunie à Baraqueville)... l'ensemble regroupant aujourd'hui plus de 50 000 habitants !

   Jean-Claude Luche aurait dû aussi tourner sept fois la langue dans sa bouche avant de parler de "surreprésentation de l'urbain par rapport au rural". Si l'on se fie à la carte des nouveaux cantons rendue publique fin 2013, dans le Nord Aveyron, cinq cantons (Mur-de-Barrez, Sainte-Geneviève-sur-Argence, Laguiole, Saint-Chély-d'Aubrac et Saint-Amans-des-Côts) vont être fusionnés en un, appelé "Aubrac-Carladez". Faut-il préciser que quatre des cinq actuels conseillers généraux font partie de la majorité départementale ? En 2015, les couteaux (de Laguiole ou d'ailleurs) risquent d'être de sortie... Ce nouveau canton compterait entre 10 500 et 10 800 habitants, soit moins que la moyenne de 12 035 fixée pour le département. On est dans la fourchette +/- 20 % (9 628 - 14 442).

   C'est tout de même encore très inférieur à la population des cantons urbains, comme celui de Saint-Affrique (plus de 12 500 habitants) ou le futur nouveau canton de Villefranche-de-Rouergue, qui comptera près de 13 500 habitants. La réforme du gouvernement de gauche maintient une inégalité en faveur des territoires ruraux, même si elle est nettement moins prononcée qu'auparavant. (Rappelons qu'actuellement, le canton le moins peuplé, celui de Saint-Chély-d'Aubrac, compte moins de 900 habitants, contre plus de 23 000 pour celui de Rodez-ouest !)

   Au crédit de Jean-Claude Luche, on peut porter la dénonciation de la forme "bizarre" de certains nouveaux cantons du Sud Aveyron, en particulier "Tarn et Causses" et "Causse-Rougier". C'est le résultat d'un jeu de dominos : comme on n'a pas touché au canton de Saint-Affrique (dont l'ancien élu est le sénateur Alain Fauconnier... il n'y est sans doute pour rien, mais on a dû vouloir lui faire plaisir...), il a fallu créer artificiellement plusieurs cantons atteignant la limite démographique fixée. Celle-ci est à mon avis trop élevée. Il y a un peu plus d'un an, je m'étais amusé à réfléchir sur des modifications opérées sur une base de 6 000 habitants, qui était sans doute un peu basse.

   On aurait aussi pu faire preuve d'un peu plus d'imagination dans le choix des noms. Je ne partage toutefois pas l'opinion de ceux qui trouvent absurde l'appellation "Aveyron et Tarn" pour un canton où ne coule que l'une des deux rivières. Il a été nommé ainsi en référence à sa position frontalière, à la lisère du département du Tarn.

   Tout cela nous amène aux manifestations de masse organisées par les élus de la majorité départementale. Cette semaine, le Bulletin d'Espalion s'est fait le relais de l'une d'entre elles :

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   On notera le sens de la nuance dans le choix du titre : "La résistance s'organise". Bigre ! Mais contre quel ennemi redoutable ces téméraires Gaulois se rebellent-ils ? Ont-ils pensé à enfiler des gilets pare-balles, à se munir d'une armure ? L'article ne le dit pas.

   Par contre, la légende de la photographie parle de mobilisation des élus du Nord Aveyron. Un simple coup d'oeil au cliché suffit pour se rendre compte que, si mobilisation il y eut, elle ne fut pas générale : les rangs des manifestants sont clairsemés. De surcroît, on a rempli les trous avec ce qu'on a pu, puisque l'on remarque la présence, à la droite de Jean-Claude Luche, d'Arnaud Viala et de Christophe Laborie, respectivement élus de Vezins-de-Lévézou et de Cornus, cantons où, comme chacun sait, souffle le bon air pur de l'Aubrac !

   Que font-ils là ? On peut penser que Luluche leur a demandé de mouiller le maillot pour la Grande Cause Départementale. A regarder la carte des nouveaux cantons de plus près, on se dit qu'il y a sans doute une autre raison :

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   J'ai entouré en noir le territoire actuel de trois cantons : Montbazens (à l'ouest), Vezins-de-Lévézou (au centre-est) et Cornus (au sud). Christophe Laborie a effectivement de quoi s'inquiéter, puisque sa circonscription d'origine va se retrouver englobée dans une nouvelle, très vaste... et riche en concurrents. Il en est de même pour Arnaud Viala : l'incohérence géographique est moindre, mais la concurrence risque d'être plus rude, avec des élus bien en place, comme Alain Pichon à Pont-de-Salars, Jean-Louis Grimal à Salles-Curan... et surtout Alain Marc à Saint-Rome-de-Tarn.

   Quant à Gisèle Rigal, élue de Montbazens (entre Renée-Claude Coussergues et Vincent Alazard sur la photographie), elle peut regretter l'éclatement de "son" canton. Mais l'opération n'est pas scandaleuse. La partie sud est rattachée au Villefranchois, suivant la logique des voies de communication. La partie nord est rapprochée du Capdenacois, ce qui n'est pas incohérent.

   L'engagement politique du Bulletin d'Espalion se vérifie un peu plus loin, quand il est question de la gestion de la commune de Saint-Côme-d'Olt. Il est de coutume que les gazettes locales se fassent l'écho des cérémonies de voeux et des bilans dressés par les élus en place. Il est beaucoup plus rare qu'elles publient l'intégralité d'une intervention. Il s'agit ici de celle de l'adjoint aux finances, Gérard Soulier, dont voici un extrait :

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   Ces derniers temps, cette petite commune a été agitée par de vifs débats. Ils ont porté sur le coût et le financement des travaux autour d'une place, ainsi que sur le choix de l'équipe municipale de renoncer aux sources du Guzoutou pour rejoindre le syndicat des eaux de Montbazens-Rignac. Dans son intervention, l'élu municipal veut montrer que la commune est bien gérée et que l'équipe dirigeante a respecté la loi.

   Toutefois, quand on lit dans le détail, on s'aperçoit qu'il utilise les chiffres qui l'arrangent. Ainsi, il compare la situation financière de la commune tantôt à la moyenne départementale, tantôt à la moyenne des communes de la même strate. Quand il est question des taxes, c'est la moyenne départementale qui est prise comme référence. Il se trouve que, lorsqu'on compare avec les communes de la même strate (regarder la troisième colonne du tableau), l'écart est plus faible. Il reste malgré tout en faveur de Saint-Côme, où les taux de la taxe d'habitation et de la taxe sur le foncier bâti sont bas. Par contre, sur le foncier non bâti et au niveau des entreprises, la fiscalité est plus lourde que la moyenne.

   De même, quand il est question de la capacité d'autofinancement de la commune, l'élu cite les données qui vont dans son sens (l'évolution d'un indice sur deux ans), mais "oublie" de comparer les chiffres globaux avec ceux des communes de la même strate :

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   En gros, la capacité d'autofinancement est deux fois plus faible à Saint-Côme. L'écart est cependant moins élevé si l'on prend en compte la C.A.F. nette, ce qui confirme que la commune est peu endettée (en 2012). De surcroît, depuis 2009, sa C.A.F. a augmenté, un peu moins rapidement toutefois que dans les communes de la même strate.

   Qu'en conclure ? Que Saint-Côme est très dépendante d'un financement extérieur, si elle a le moindre projet un tant soit peu ambitieux. A l'image de nombreuses communes rurales aveyronnaises, elle doit prier pour décrocher une subvention départementale ou quelques miettes de la réserve parlementaire d'un-e élu-e aveyronnais.

   Vous allez me demander : pourquoi diable consacrer autant de place à une commune somme doute très modeste, où les problèmes, certes pas inexistants, ne semblent pas dramatiques ? C'est lié à la personnalité de la maire, Nathalie Auguy-Périé. Celle-ci a décidé de ne pas rempiler à Saint-Côme, pour se présenter à Rodez, sur la liste menée par Yves Censi. Les mauvaises langues diront que la gauche cherche à ternir son bilan municipal, alors que la droite le défend becs et ongles.

   C'est le moment que choisit le petit malin du fond (appelons-le Kévin) pour se faire remarquer. "A-t-elle déménagé à Rodez pour pouvoir s'y présenter ?" Cher Kévin, sache qu'elle n'a pas eu besoin d'emménager à Rodez, puisqu'elle y réside déjà et qu'elle y travaille aussi depuis des années. On peut d'ailleurs la croiser de temps à autre avenue Victor Hugo... ce qui n'est pas le cas d'Yves Censi, qui fréquente beaucoup plus les rues de la capitale française et, à la rigueur, certains villages du Nord Aveyron, dès lors qu'un photographe de la presse locale s'y trouve. Gageons que dans les semaines à venir, le député va (re)prendre goût au bitume ruthénois...

   Je vais encore plus te surprendre, mon cher Kévin. Mme Auguy-Périé pourrait très bien ne pas habiter Rodez et s'y présenter aux élections municipales. Il suffirait qu'elle y possède ou loue un bien, pour lequel elle paierait des impôts locaux. (Le code électoral dit qu'il faut être inscrit "au rôle des contributions directes" de la commune.) C'est d'ailleurs sans doute la raison pour laquelle elle est maire de Saint-Côme, où elle ne réside pas. Une propriété familiale, peut-être ?

   "Mais alors", reprend Kévin, "pourquoi change-t-elle de commune pour les élections, si elle ne déménage pas ?" C'est une excellente question, mon garçon. Il faudrait la poser à la dame. Plusieurs hypothèses circulent. A Saint-Côme, certaines méchantes langues la soupçonnent de fuir un scrutin loin d'être gagné, notamment à cause des récentes polémiques (évoquées plus haut). Rappelons qu'en 2008, elle fut plébiscitée. A Rodez, d'autres affirment que des raisons personnelles entrent en ligne de compte, des enfants qui grandissent, la volonté de limiter les déplacements automobiles etc. D'autres encore soulignent les amicales pressions des caciques de la droite locale, qui peinent à établir une liste décente pour servir les ambitions d'Yves Censi. Enfin, on évoque son profil, plutôt consensuel : femme, modérée, travailleuse et discrète, elle ne fera pas d'ombre à sa tête de liste.

mercredi, 15 janvier 2014

De l'utilité de "Closer"

   La "presse poubelle" peut-elle jouer un rôle civique ? Cette question, en apparence extravagante, me semble tout à fait pertinente dans le cadre des révélations du magazine Closer sur la liaison de François Hollande avec Julie Gayet.

   Comme dans le cas de François Mitterrand et de sa fille adultérine Mazarine, la petite "élite" médiatico-politique parisienne était au courant, pendant que le bon peuple pensait que "Pépère" continuait de passer ses nuits aux côtés de la volcanique Valérie Trierweiler.

   Un spectateur attentif du Grand Journal, présenté par Antoine de Caunes, a pu avoir la puce à l'oreille en décembre dernier, quand l'animateur a posé une drôle de question à l'actrice, son partenaire Stéphane Guillon trouvant la situation visiblement très cocasse. La réaction de Julie Gayet est elle-même fort instructive. D'abord gênée, elle réussit à détourner la conversation (sur les municipales et la candidature d'Anne Hidalgo... avec laquelle on avait jadis prêté une liaison à l'actuel locataire de l'Elysée).

   Mais il semble que la relation soit plus ancienne que cela. Aujourd'hui, sur le site du Monde, a été mis en ligne un article consacré au photographe qui a pris les "clichés présidentiels". L'auteur y fait référence à une conversation remontant à janvier 2013, dans laquelle le paparazzi évoquait déjà la fameuse liaison.

   Certains vont jusqu'à affirmer que la relation est née avant même l'élection de François Hollande. L'actrice l'avait soutenu pendant la campagne des primaires (en septembre - octobre 2011), puis à la présidentielle de 2012, comme le rappelle un article du Parisien :

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   Prenez le temps de regarder et d'écouter l'extrait vidéo mis en ligne par le quotidien. Le ton de la voix comme le langage corporel ne laissent pas de doute : en avril 2012, l'actrice est devenue une amie très très proche.

   On a donc assisté au bal des faux-culs, aux éructations de nouveaux pères-la morale, stigmatisant le comportement de François Hollande, n'hésitant pas à le comparer parfois à Silvio Berlusconi... Soyons sérieux.

   Comparons-le plutôt à ses prédécesseurs. De Gaulle était d'une autre époque. Né au XIXe siècle, il a, toute sa vie, été guidé par un sens de la discipline que l'on ne retrouve que rarement aujourd'hui. Il n'est pas impossible que son engagement politique ait été un moyen de sublimer ses pulsions sexuelles.

   Ses successeurs ont été très portés sur les galipettes extra-conjugales. Giscard-d'Estaing comme Mitterrand et Chirac avaient contracté des mariages qui étaient surtout des arrangements de façade. Ils ont multiplié les conquêtes, tout en préservant (plus ou moins) la vitrine de respectabilité. C'étaient de sacrés hypocrites !

   Finalement, Hollande ressemble plus à Sarkozy. (Ils sont d'ailleurs de la même génération, nés respectivement en 1954 et 1955.) Ils se sont longuement liés à des femmes par amour... et, la cinquantaine atteinte, ils ont cherché à refaire leur vie. Le comportement privé de l'actuel président n'est peut-être pas un modèle, mais c'est celui d'un bourgeois citadin du XXIe siècle qui, les cheveux gris venant, tombe comme par hasard dans les bras d'une pépée plus jeune d'une vingtaine d'années.

   Le problème se pose à un autre niveau. La liaison présidentielle a-t-elle débouché sur une décision d'où le favoritisme n'est pas absent ? Le Canard enchaîné de cette semaine (dont les premiers numéros ont été distribués mardi soir) a soulevé un beau lièvre, en page 2 :

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   Est-ce pour plaire à François Hollande que la candidature de Julie Gayet a été proposée, en décembre dernier, pour nomination au jury de la Villa Médicis ? (Au passage, précisons que la fonction, essentiellement honorifique, ne rapporte pas grand chose à ceux qui l'exercent.)

   Depuis que l'information circule, la tension est montée d'un cran. L'hebdomadaire satirique affirme que c'est la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, qui a eu l'idée. Celle-ci dément... et le directeur de l'Académie de France à Rome (nom officiel de la Villa Médicis) est -curieux hasard- immédiatement  monté au créneau pour assumer la décision.

   C'est là que cela devient cocasse. Le haut fonctionnaire est censé être à l'origine de la mesure. Pourtant, alors que l'arrêté de nomination de Julie Gayet n'a pas encore été signé par la ministre, un communiqué de la Villa Médicis l'avait annoncée officiellement, avant d'être supprimé. Cela serait-il possible sans -au moins- l'aval d'A. Filippetti ?

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(Félicitons Le Monde pour avoir retrouvé et rendu accessible ce précieux document.)

   J'ajoute que, personnellement, je n'ai rien contre l'actrice, que j'avais découverte dans les années 1990 (dans Delphine 1, Ivan 0 et Select Hôtel), et que j'ai revue avec plaisir dans la comédie grand public Quai d'Orsay.

   Cette affaire nous amène à nous poser d'autres questions, certaines abordées dans un récent article du Monde. La sécurité du président est-elle bien assurée ? La révélation de sa liaison a-t-elle été orchestrée par la droite ? (Closer est la propriété du groupe Mondadori, dont l'actionnaire principal est Fininvest, holding présidée par une certaine Marina Berlusconi, qui a succédé à son célèbre papa.)

   Cela me ramène à la question du début. Le Canard enchaîné (et, à sa suite, une brochette de journaux français) aurait-il évoqué le soupçon de favoritisme portant sur la nomination de Julie Gayet au jury de la Villa Médicis si la liaison de celle-ci avec François Hollande n'avait pas été révélée ? Dans le numéro paru mercredi, Erik Emptaz rappelle la position de l'hebdomadaire satirique quant à la vie privée des politiques. Certes. Mais quand cela déborde sur la vie publique ? Jusqu'à la semaine dernière, il était impossible au Canard enchaîné de parler de cette nomination sans révéler la liaison. Le magazine Closer aura donc rendu service à la démocratie s'il permet (involontairement) de rendre plus efficace la protection du premier personnage de l'Etat, tout en évitant une nomination de complaisance.

mercredi, 01 janvier 2014

Une nouvelle légionnaire dans l'Aveyron

   C'est dans le troisième décret publié dans le Journal Officiel du 1er janvier 2014 que l'on trouve l'essentiel de la nouvelle promotion dans l'ordre de la Légion d'honneur. Page 14 de la version pdf du document, on remarque, sur le contingent du ministre de l'Intérieur, le nom de Cécile-Marie Lenglet, secrétaire générale de la préfecture de l'Aveyron, poste auquel elle a été nommée par un décret du 27 avril 2012.

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   La date n'est pas innocente, puisqu'elle est située entre les deux tours de l'élection présidentielle. S'agissait-il d'une récompense pour une fidèle du pouvoir UMP ? Pas forcément, puisque auparavant, elle avait été (à partir de mai 2007) sous-préfète à Confolens (en Charente) puis  (à partir de janvier 2009) sous-préfète chargée de mission auprès du préfet de la région Languedoc-Roussillon. Elle a même atteint le statut "hors classe". (On peut trouver sa biographie sur le site du Bulletin d'Espalion.)

   Plus vraisemblablement, elle a atterri dans l'Aveyron parce que son prédécesseur, Jean-François Moniotte (nommé en 2010) avait été bombardé administrateur civil au ministère de l'Intérieur. (Certaines mauvaises langues diront que c'était là une bonne planque pour un haut fonctionnaire lié à l'UMP...)

   Pour la petite histoire, signalons que J-F Moniotte avait succédé à Pierre Besnard, pour lequel on peut considérer que le poste ne fut pas une grande promotion, puisqu'il avait été sous-préfet auparavant. Lié au Parti socialiste, ce dernier a vu sa carrière relancée par les succès de la gauche : en 2011, il est devenu chef de cabinet du nouveau président du Sénat, Jean-Pierre Bel, puis, en 2012, du président de la République François Hollande. Il est depuis l'été dernier préfet des Hautes-Alpes.

   Mais revenons à Cécile-Marie Lenglet. Pourquoi reçoit-elle cette distinction aujourd'hui ? S'agit-il d'une faveur accordée aux membres de la préfectorale après un certain nombre d'années de service ? Son nom a-t-il été suggéré par une personnalité politique locale (de gauche) ? Est-ce une récompense pour le travail effectué en Aveyron ?

lundi, 16 décembre 2013

Feu d'artifice grolandais

   L'émission du 14 décembre était un grand cru. Elle a débuté par un référence aux obsèques de Nelson Mandela, auxquelles le président grolandais n'a pas pu assister, ayant été refoulé à l'entrée pour une raison que je vous laisse découvrir. Il a finalement pris la chose avec philosophie, s'inspirant d'une doctrine asiatique :

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   Bel hommage à l'ancien chef d'Etat sud-africain, qui, rappelons-le, a été inhumé à Qunu !

   La politique française intéresse aussi les journalistes de la présipauté, notamment la chronique judiciaire et les péripéties des affaires touchant la commune de Corbeil-Essonnes... et son ancien maire Serge Dassault :

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   Pour être plus crédible, il aurait fallu que le sketch s'appuie sur une illustration plus réaliste :

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   Au niveau social, c'est la peur qui domine. Les récents faits divers renforcent le sentiment d'insécurité de la population, au Groland comme en France. La présipauté a néanmoins trouvé le moyen de rassurer tout le monde :

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   La gastronomie occupe une place non négligeable dans l'émission de ce samedi. C'est d'abord un grand cuisinier d'origine ruthénoise qui est à l'honneur, à travers une nouvelle recette vendue en grande surface :

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   Plus loin, il est question des supposés produits du terroir que l'industrie agroalimentaire essaie de nous refourguer... après les avoir testés sur des consommateurs avisés :

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   Pour agrémenter le tout, rien de tel qu'une salade artisanale, fabriquée à l'ancienne :

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   La culture, au sens noble du terme, n'est pas laissée de côté, avec la promotion d'un nouveau film, dont le premier volet est pourtant récemment sorti sur les écrans :

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   L'émission serait incomplète sans une brochette d'allusions sexuelles. Il est d'abord question d'une nouvelle affaire de pédophilie, impliquant un professeur des écoles absolument insoupçonnable :

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   La rubrique se fait plus joyeuse quand elle évoque l'approche des fêtes de fin d'année :

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   L'émission se conclut sur "Les infos made in ailleurs", qui ironisent sur le comportement d'un animateur de télévision. Saurez-vous deviner de qui il s'agit ?

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   Banzai !

samedi, 30 novembre 2013

Sondage bidon

   A l'image d'autres quotidiens, Midi Libre consulte la population, sur la Toile et dans la rue. Cela donne, en fin de journal, une rubrique, "la question", illustrée par le résultat des votes d'internautes et l'opinion de quatre anonymes, que l'on a (en général) pris soin de choisir dans quatre départements différents de la zone de diffusion du quotidien montpelliérain.

   Ce samedi, la question était : "Chômage : croyez-vous à une baisse durable ?" Voici les réponses publiées :

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   Seuls les Aveyronnais auront tiqué en reconnaissant, à droite, une lectrice bien particulière : Monique Bultel-Herment, première adjointe (P.S.) au maire de Rodez. Très optimiste (pourquoi pas, après tout), elle est la seule du panel à répondre oui à la question.

   Alors ? La rédaction montpelliéraine s'est-elle fait piéger ou bien, faute de trouver un-e optimiste convaincant-e parmi les internautes lambda, s'est-on rabattu sur l'élue locale ? Je ne suis pas loin de penser que les journalistes puisent dans leur stock de connaissances pour élaborer le "casting" du micro-trottoir. Ainsi, dans le numéro du 31 octobre dernier, il était demandé : "Faut-il payer pour libérer nos otages ?" Voici les réponses :

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   Philippe Andréani n'est pas un inconnu dans le Sud Aveyron. Après avoir fait les beaux jours du club de rugby de Millau, il achève sa carrière à Saint-Affrique, comme le rappelle un article du même Midi Libre du 13 janvier dernier.

   Rebelote dans le numéro du 14 novembre 2013. La question posée était : "La gentillesse est-elle une qualité actuelle ?" Voici les réponses :

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   C'est de nouveau l'Aveyronnais de service qui m'a interpellé. Gilles Bargoin est un sacré bonhomme. Handicapé moteur sévère, il s'efforce quand même de prendre goût à la vie. C'est en juin dernier que Midi Libre a publié un entretien avec celui qui envisage de participer à un raid.

   Etonnant, non ?

mercredi, 27 novembre 2013

Le pot de confiture

Dans la contrée où fleurit le roi des fromages

Un Milan sénatorial règne sans partage

 

De sa place conquise de haute lutte

Il voit trop tard de son fidèle la chute

 

Cheval de poste, dans l'ombre du firmament

Fier de chaque pièce de son harnachement

Ne s'aperçoit pas qu'il est devenu gourmand

 

Milan sénatorial lui confia son canton

Que Cheval de poste peina à conserver

Plus tard son boulot fut de vaincre un vil félon

Qui trouvait qu'il avait du mal à partager

 

A la Communauté il prit la succession

Cumula quatre mille euros d'indemnités

 

Mais il a oublié qu'aucune monture

Ne doit s'approcher du pot de confiture

Sa ration de foin doit amplement lui suffir'

S'il ne veut par le peuple se faire équarrir

 

Cheval de poste se voit en haridelle

Il assiste à l'ascension du benoît Aiglon

Qui du Milan suit la voie professionnelle

En attendant de récupérer la Maison.


Henri Cool de Source

samedi, 23 novembre 2013

Petit dérapage au "Petit Journal"

   Il ne va pas être question ici d'un programme télévisé diffusé sur Canal +, mais d'un mensuel d'informations locales, Le Petit Journal, qui existe en différentes déclinaisons départementales (essentiellement midi-pyrénéennes).

   Dans son ouvrage Presse Business (toujours disponible dans les bonnes librairies et certains dépôts de presse), Hugues Robert se pose la question du financement de ce journal de combat, qui carbure à la micro-info locale et aux faits divers. Politiquement, il penche vers l'UMP. Ses cibles sont donc à gauche. Il y a quelques années de cela, j'avais bien aimé un article qui revenait sur la répartition des subventions du Conseil régional de Midi-Pyrénées aux villes. Qu'un organe de presse, orienté ou pas, pointe les travers d'élus en place me satisfait pleinement... quand c'est argumenté.

   Le malaise naît lorsque cela fonctionne par allusion. C'est le cas me semble-t-il dans le numéro du 21 novembre 2013, dont la "Une" évoque une affaire qui vient de défrayer la chronique :

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   Après tout, pourquoi pas ? D'autres journaux, ainsi que le site Aligorchie, ont parlé de la chose. Je suis donc allé voir l'article, page 7 :

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   Pour lire le corps du texte, il faudra acheter le journal (ou aller le feuilleter en médiathèque) ! Notons que le titre est moins correctement écrit que sur la "Une" : le "de" a été remplacé (par erreur) par "d' ".

   Le début de l'article relate les faits, de manière neutre. Le malaise vient du dernier paragraphe. L'auteur-e fait allusion à un entretien accordé par Nicole Laromiguière à la radio CFM, en 2012. Le lien internet figure dans le journal.

   Le problème est que, lorsqu'on écoute l'émission, on ne retrouve pas exactement ce qui est écrit dans l'article. Celui-ci parle de "son incopréhention [sic]² quand [re-sic] au comportement du maire, ses motivations et le bien fondé [re-re-sic] de ses choix d'affection [sic ?] de certains collaborateurs (trices) à des postes qui ne s'improvisent pas [sic encore et toujours]." Vu que cette affirmation conclut l'article qui évoque le soupçon de harcèlement sexuel, le lecteur de base sera tenté de penser que le maire de Rodez pourrait être adepte de la "promotion canapé".

   Voici ce qu'a exactement déclaré Nicole Laromiguière :





   En clair : on lui a demandé de démissionner pour laisser la place à Sarah Vidal. Mme Laromiguière reconnaît à celle-ci la capacité de travail et de réelles aptitudes, mais pas la connaissance du domaine qui va devenir le sien au conseil municipal. C'est tout. C'est déjà suffisant pour nourrir des griefs contre le maire de Rodez, mais utiliser cette histoire pour alourdir le soupçon de harcèlement sexuel me paraît très discutable.

   Une précision : l'entretien sur CFM a été réalisé par Myriam Laur, présentée comme "responsable éditoriale du Petit Journal Aveyron". Or, l'article est signé "MLG" (mention encadrée en rouge sur la seconde image). MLG comme Myriam Laur G ?

   P.S.

   Si vous êtes allés faire un tour sur le site du Petit Journal, vous avez pu accéder à la majorité des articles publiés dans le numéro du 21 novembre. (Ils ont été mis en ligne le 19.) Curieusement, au moment où j'écris ces lignes, celui qui est consacré à Christian Teyssèdre n'y figure pas.

samedi, 16 novembre 2013

L'école au péril des égoïsmes

   Pour un gouvernement (de gauche comme de droite), il est toujours risqué d'enclencher une réforme sociétale en période de crise économique. Il peut voir s'agglutiner contre lui les opposants traditionnels, les déçus d'hier et les aigris de toujours. J'ai le sentiment que c'est ce qui se passe avec la réforme des rythmes scolaires, dont j'ai déjà causé en février dernier.

   Il faut commencer par aborder le temps de travail des professeurs des écoles. Dans ce domaine, on tombe vite dans la caricature, soit qu'on les estime excessivement privilégiés (peu d'heures de cours, de longues vacances...), de surcroît jamais contents, soit qu'on les plaigne pour le stress, la charge de travail à domicile... et le fait de devoir supporter des progénitures au comportement de moins en moins exemplaire.

   Qu'en est-il de leur temps de travail (hors domicile) ? L'analyse des textes officiels publiés sous la Ve République permet de se faire une idée de son évolution :

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      On constate que c'est l'année 1969 qui constitue la rupture. Sinon, en apparence, depuis près de 45 ans, le volume global n'a pas changé. Dans le détail, les différentes réformes ont abouti à diminuer les heures de cours dispensées aux élèves (30, puis 27, 26 et enfin 24 par semaine). Le temps dégagé a été réaffecté à d'autres tâches : le travail en équipe, la formation pédagogique, le suivi des élèves handicapés, le lien avec les parents et l'organisation des conseils d'école. C'est une reconnaissance du travail qui était (normalement) déjà effectué auparavant par les enseignants. On pourrait en conclure que leur charge de travail a diminué. Pour être honnête, il faudrait ajouter que le fait que ces "activités complémentaires" soient officiellement reconnues a sans doute contribué à inciter les enseignants à s'y investir davantage. Ne restent plus hors du décompte de leur service que la préparation des cours et la correction des cahiers des élèves.

   J'ai volontairement laissé de côté la partie "aide personnalisée" du complément horaire. Introduite en 2008, elle devait permettre aux professeurs de davantage se consacrer aux élèves en difficulté. C'est le talon d'Achille de notre système éducatif : il forme des élites efficaces mais laisse trop de gens sur le côté de la route. Le problème est que le trio Sarkozy-Fillon-Darcos a couplé cette nouveauté avec le passage généralisé à la semaine de quatre jours. Or, il se trouve que cette aide personnalisée (comme une partie du reste des activités complémentaires) a très souvent été dispensée les mêmes jours que ceux de classe, alourdissant encore l'emploi du temps de nos chères têtes blondes. (Ce ne fut pas le cas partout. Je connais au moins un cas, hors Aveyron, où les professeurs organisaient le soutien en français et mathématiques durant les vacances.)

   Curieusement, la fronde contre la réforme Darcos n'a pas suscité le même rejet que celle de Vincent Peillon. Elle a définitivement libéré le week-end des enseignants et des parents (qui n'ont plus eu à se lever le samedi matin... tu parles !). Elle a par contre laissé de côté les élèves les plus faibles, ceux qui ont besoin de plus de temps pour apprendre, qui ne peuvent pas assimiler énormément de choses en une journée. Mais ce ne sont pas des enfants d'enseignants, ni d'hommes politiques, ni de délégués de parents d'élèves. Ces enfants sont plutôt issus de catégories modestes, qu'on entend peu... et qui votent de moins en moins.

   Il y a beaucoup d'hypocrisie dans l'opposition à la réforme Peillon. Il y a d'abord ceux qui estiment que l'école telle qu'elle est fonctionne très bien... pour leurs enfants. Si les gamins des pauvres sont plus souvent en échec scolaire (et ce dès le primaire), c'est leur problème ! Il y a ensuite ceux qui n'ont pas envie de changer leurs habitudes, n'hésitant pas à proférer de gros mensonges à propos du mercredi matin. Beaucoup d'enfants se levaient, ce jour-là comme les autres, pour être emmenés en garderie ou chez un membre de la famille (ou une connaissance), qui acceptait de s'en occuper pendant que les parents travaillaient.

   Et parmi ceux qui dénoncent la supposée fatigue plus grande des gamins aujourd'hui, combien veillent à ce que leurs enfants soient couchés tôt le soir, loin de la télévision, de l'ordinateur ou de la console de jeux ?

   Du côté des politiques, l'honnêteté n'est pas forcément plus grande. La droite et l'extrême-droite, c'est de bonne guerre, sautent sur l'occasion pour gêner le gouvernement. (Ceux qui croient que le FN ou la nouvelle génération de l'UMP ont l'intention de faire de la politique autrement se font de grosses illusions...) Enfin, quelle que soit la couleur politique de la municipalité (s'il y en a une), c'est la capacité à s'organiser qui fera la différence, plus que les moyens. Certaines communes font preuve d'imagination. Celles (pas forcément riches ou très peuplées) qui avaient déjà réfléchi à l'animation locale ont des ressources pour se lancer dans la semaine de 4,5 jours.

   Une dernière chose : contrairement à ce qu'affirment certains opposants à la réforme Peillon, la masse des enseignants du primaire semble plutôt y adhérer. Le récent appel à la grève n'a été suivi que par environ un quart d'entre eux (encore moins dans l'Aveyron).

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(Centre Presse, 15 novembre 2013)

   Certes, on peut estimer qu'une (faible ?) partie de ceux qui rejettent la réforme ont choisi de faire cours ce jour-là. Il est aussi possible que d'autres motivations aient poussé certains grévistes à participer au mouvement : la "gauche de la gauche" est surreprésentée dans le monde enseignant ; c'était là l'occasion d'exprimer le rejet d'une politique jugée trop sociale-libérale.

   Pourtant, le gouvernement avait pris soin de caresser les professeurs des écoles dans le sens du poil. Le 31 août dernier est paru au Journal Officiel un décret instaurant une "indemnité de suivi et d'accompagnement des élèves". Elle est censée permettre la mise en place de la réforme... sauf qu'elle ne rémunère aucune nouvelle activité, celles mentionnées dans le décret étant déjà assurées auparavant par les professeurs des écoles.

   Paris constitue une exception, avec un corps enseignant visiblement très remonté contre Vincent Peillon. Et pourtant... En février dernier, dans un article qui n'a pas eu le retentissement qu'il méritait, Le Monde rappelait l'existence dans la capitale des P.V.P. (professeurs Ville de Paris). Dans les faits, ces personnes sont payées par la mairie pour faire une partie du travail qui incombe aux professeurs des écoles. Voilà de quoi rendre le métier plus confortable qu'en province... et ce sont ceux-là qui se plaignent le plus !

dimanche, 10 novembre 2013

L'endettement des communes aveyronnaises

   C'est l'un des thèmes qui sera sans doute l'objet de débats intenses lors de la prochaine campagne des municipales (en 2014). Les premières salves ont d'ailleurs déjà été tirées.

   Cette semaine, l'hebdomadaire Le Villefranchois s'est intéressé à l'endettement des communes de l'Ouest du département. Cela nous vaut un bel article, page 2 du premier cahier, agrémenté d'un tableau comparatif tenant compte du facteur démographique. Le commentaire est nuancé et essaie d'apporter d'autres éléments d'analyse que les chiffres bruts : une commune peu endettée peut tout simplement être une commune qui n'investit pas et où les équipements sont vieillissants voire inexistants.

   Certains cas sont néanmoins inquiétants, comme celui de Saint-Parthem, où l'endettement culmine à 2 400 euros par habitant, alors que la moyenne de la strate est d'environ 500. Des travaux d'assainissement sont la cause de cette poussée (en 2010, l'endettement se montait à 521 euros par habitant). Visiblement, la communauté de communes de la vallée du Lot n'a pas épaulé Saint-Parthem, ce secteur ne faisant pas partie de ses compétences. (Elle aurait quand même pu donner un coup de pouce...)

   Il faudrait aussi croiser ces informations avec la fiscalité locale. Certaines communes font le choix de faibles taux d'imposition, ce qui les oblige à davantage emprunter. A l'inverse, les municipalités qui veulent éviter le recours à l'emprunt auront tendance à jouer sur la fiscalité pour augmenter leurs ressources. Voyons ce qu'il en est dans les principales villes du département.

   Le cas de Rodez est assez connu, puisqu'il en a déjà été question dans la presse à plusieurs reprises, soit que le maire Christian Teyssèdre se soit vanté de la bonne gestion de son équipe, soit que ses adversaires aient contesté les chiffres avancés. Qu'en est-il en réalité ?

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   De 2000 à 2012, l'endettement par habitant est toujours resté inférieur à la moyenne des communes appartenant à la même strate (la courbe bleue est sous la courbe rouge). De ce point de vue, il n'y a donc pas de réelle rupture entre la gestion Censi et la gestion Teyssèdre. On remarque toutefois qu'alors que l'endettement avait tendance à (lentement) diminuer de 2000 à 2006, l'approche des élections de 2008 l'a vu remonter. De mauvais esprits pourraient suspecter l'ancienne majorité municipale d'avoir davantage recouru à l'emprunt pour éviter d'augmenter la pression fiscale (déjà bien assez grande) à un moment stratégique du mandat. Cela n'a pas suffi pour conserver la mairie de Rodez. De son côté, l'équipe Teyssèdre a, dans un premier temps, diminué l'endettement, avant que le lancement des grands travaux (à partir de 2010) ne fasse remonter la courbe. Il reste néanmoins 20 % plus bas que celui des communes de la strate.

   Pour être juste, je dois signaler que l'endettement de la communauté d'agglomération ne cesse lui d'augmenter. (La hausse est de plus de 50 % depuis 2008.) Elle assume le gros du financement des projets.

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   Cette fois-ci, les mauvaises langues vont dire que le chef-lieu se déleste d'une partie des dépenses d'investissement sur l'agglomération... mais ce n'est que justice, si l'ensemble de l'agglomération en tire bénéfice.

   Passons à Villefranche-de-Rouergue. Serge Roques est en place depuis 2001.

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   Jusqu'en 2006, la situation de la commune était plus enviable que la moyenne de celles de sa strate. Elle s'est dégradée depuis, si bien qu'aujourd'hui elle est comparativement plus endettée que Rodez : 1 017 euros par habitant (contre 852). Et elle ne bénéficie pas d'un environnement aussi dynamique. Mais la situation n'est pas désespérée : le taux de la taxe d'habitation y est faible, très en-dessous de la moyenne de la strate de Villefranche (environ 5 points). Autant dire tout de suite qu'après les municipales de 2014, quelle que soit la liste qui l'emportera, les impôts vont augmenter.

   Mais il existe plusieurs communes plus mal en point que Villefranche-de-Rouergue. Parmi celles-ci se trouve Millau :

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   Elle est dans une situation diamétralement opposée à Rodez : depuis 2000, que ce soit sous la gestion Godfrain ou la gestion Durand, l'endettement par habitant est élevé, davantage que la moyenne de la strate (la courbe bleue est toujours au-dessus de la courbe rouge). En 2012, on en est à 1 400 euros par habitant ! Et pourtant, au niveau de la fiscalité, les marges ne sont pas grandes : toutes les taxes (habitation, foncier bâti et foncier non bâti) ont des taux supérieurs (voire très supérieurs) à la moyenne de la strate. Le salut viendra peut-être de l'extension géographique de la communauté de communes de Millau-Grands-Causses et de l'augmentation du nombre de ses compétences...

   Retour à droite, à présent, avec Espalion :

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   Du seul point de vue de l'endettement et en dépit de toutes les critiques que la gestion de Gilbert Cayron peut susciter, il semble que la situation de la commune se soit améliorée au fil du temps. Jusqu'en 2005, l'endettement par habitant était supérieur à la moyenne de la strate. La situation s'est inversée depuis. Espalion n'a pas suivi le mouvement de hausse de l'endettement des communes de sa catégorie, peut-être en raison de ressources fiscales suffisantes (les taux sont assez élevés, notamment sur le foncier). Espalion bénéficie aussi de sa position stratégique, entre le Nord Aveyron et Rodez : notons que le conseil général va intégralement financer le contournement de la commune !

   Terminons avec l'une des communes les plus peuplées du département, Onet-le-Château. Sa situation apparaît très enviable :

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   En effet, l'endettement par habitant y est bas (à peine plus de 300 euros par habitant) et surtout trois fois plus faible que la moyenne de la strate. De surcroît, des marges existent au niveau de la fiscalité, puisque le taux de la taxe d'habitation représente moins de 60 % de celui appliqué par les communes de la même catégorie.

   Et pourtant... Dieu sait que le maire Fabrice Geniez est impopulaire auprès des "élites" du Grand Rodez (de gauche comme de droite). Cela ne l'a pas empêché d'être réélu en 2008 et je pense que, s'il arrive à constituer une liste d'union de la gauche, il a toutes ses chances pour 2014. Il aura pourtant un adversaire habile face à lui : Jean-Philippe Keroslian, qui a accordé un long et instructif entretien au Ruthénois de cette semaine. A mon avis, celui-ci part toutefois avec deux gros handicaps : il n'a pas réussi (pour l'instant) à rallier à lui l'équipe de Didier Gaffard, qui a pourtant mené un travail d'opposition sérieux pendant 5 ans et il ne pourra pas longtemps tenir son positionnement apolitique. Sa liste sera de droite ou de centre-droit. Son ambiguïté pourrait finalement lui nuire.

vendredi, 08 novembre 2013

Anne Frank au pays du manga

   J'ai récemment découvert (par hasard) ce reportage en bandes dessinées, publié par Les Arènes et Arte Editions :

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   A l'origine, c'est une oeuvre multimédia, encore consultable sur le site d'Arte. Aux dessins s'ajoutent des contenus audio et vidéo, ainsi que des animations particulières à certains dessins. On remarque que le chef de l'équipe qui s'est rendue au Japon n'est pas le dessinateur, qui a semble-t-il eu tout loisir d'égratigner son patron (Alain Lewkowicz) dans le récit qu'il a mis en images.

   Le projet était de comprendre les raisons du succès du Journal d'Anne Frank adapté en manga et de confronter la mémoire occidentale de la Seconde guerre mondiale à la perception qu'en ont les Japonais.

   Le premier chapitre est consacré à la découverte de l'ampleur du phénomène des mangas. Il y en a pour tous les goûts... et l'on publie vraiment sur tout et n'importe quoi, sans hiérarchiser (les oeuvres de Victor Hugo côtoient Mein Kampf d'Hitler), ce qui a conduit Alain Leiwkowicz à imaginer le générique d'une émission "grand public" pour rendre cette idée :





   Les reporters ne sont pas au bout de leurs surprises. Ils rencontrent la personne qui veille à la publication du manga consacré à l'enfant juive. C'est un chrétien, qui a appris l'hébreu. Il est même à l'origine de la création d'un musée de l'extermination des juifs... près d'Hiroshima !

   Les Français constatent que la population japonaise est ignorante de ce qui s'est passé en Europe durant la Seconde guerre mondiale... et qu'elle n'en sait pas plus sur les crimes commis par l'armée japonaise en Asie. L'ironie de l'histoire est qu'un diplomate japonais est l'auteur de l'un des plus beaux gestes d'humanité de la guerre : Chiune Sugihara a accordé des milliers de visas pour le Japon à des juifs lituaniens, malgré l'opposition formelle de ses supérieurs. (Bien entendu, un manga lui a été consacré.) L'équipe de journaliste finit par rencontrer son fils, qui leur paraît peu concerné par la chose.

   Le deuxième chapitre mène le groupe au sanctuaire de Yasukuni, où sont vénérés les mânes des soldats morts pour la patrie... y compris les criminels de guerre condamnés par le procès de Tokyo :

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   C'est le début d'une série de rencontres avec divers représentants de l'extrême-droite nippone. Nombre d'entre eux disent être "non acceptionnistes" : ils nient la réalité du massacre de Nankin commis par les troupes japonaises en 1937.

   Au temple, plusieurs entretiens ont été réalisés. Le premier montre un homme encore jeune, développer un discours argumenté, sur un ton calme. On peut aussi entendre une vieille dame, inoffensive au premier abord, mais qui finit par se déclarer fière de l'attaque de Pearl Harbor, à laquelle son beau-père a participé. Plus tard, les journalistes rencontrent des militants nationalistes, plus ou moins subtils.

   Cependant, si l'on peut regretter leur aveuglement quant aux crimes du Japon militaristes, on ne peut pas rejeter tous leurs arguments : l'impérialisme américain n'est pas une légende et la Chine communiste a massacré bien plus de monde. C'est peut-être de ce côté-là que les journalistes auraient dû creuser : dans quelle mesure l'émergence de la Chine comme puissance économique explique-t-elle la résurgence du nationalisme nippon ?

   Le troisième chapitre met les Français en contact avec le monde des mangas engagés. Ils font la rencontre de Motomiya Hiroshi, qui a osé jadis mettre en scène le massacre de Nankin. Ils découvrent un homme ordinaire, qui a dû en rabattre pour continuer à gagner sa croûte. Par la suite, c'est un éditeur "révisionniste" qui les reçoit. Pour se remonter le moral, le trio d'enquêteurs part à la rencontre d'une enseignante qui a été suspendue pour avoir contesté les aspects nationalistes de l'éducation de son pays.

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   Le quatrième et dernier chapitre mène les journalistes dans la préfecture d'Hiroshima (au sud). Ils y retrouvent le révérend Otsuka et son musée du génocide. (On peut y entendre un témoignage marquant, celui d'Otto Frank, le père d'Anne, qui a rencontré jadis le révérend et a été très touché par la connaissance que les Japonais avaient de l'histoire de sa fille.) Ils sont un peu désarçonnés par le fait que, pour l'équipe du musée, il soit plus important de transmettre un message de paix et de gentillesse que d'enseigner de manière rigoureuse l'histoire de la Seconde guerre mondiale.

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   Le périple s'achève au mémorial d'Hiroshima, qui est dirigé par... un Américain, Steven Leeper, un sage :

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   Les journalistes français quittent le Japon avec peut-être moins de certitudes qu'à leur arrivée. La bande dessinée a l'honnêteté de retracer ce cheminement, sans chercher à enjoliver : elle montre notamment qu'Alain Lewkowicz avait, au départ, des idées très (trop ?) arrêtées. C'est de plus joliment dessiné (en noir et blanc) et cela fourmille d'anecdotes sur le Japon contemporain.