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mercredi, 30 novembre 2016

Le choix de la continuité ?

   Les conseillers départementaux aveyronnais appartenant à la majorité de Jean-Claude Luche (30 sur 46) se sont réunis pour désigner le candidat de leur camp à sa succession. Cela fait plusieurs mois que les langues s'agitent à ce sujet. Cinq candidats s'étaient finalement déclarés, tous des hommes : Vincent Alazard, Jean-Claude Anglars, Jean-François Galliard, Jean-Philippe Sadoul et Bernard Saules.

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   Dans une assemblée désormais totalement paritaire, il est étonnant que les cinq candidats soient du même sexe. Leur moyenne d'âge est d'environ 59 ans, le plus jeune en ayant 52, le plus âgé 68. C'est d'ailleurs celui-ci qui a été élu : Jean-François Galliard. La prime à l'expérience ? Du point de vue professionnel, oui. Et du point de vue politique ? Il n'est conseiller départemental que depuis 2011, vice-président depuis 2015, ce qui fait dire à certains qu'il a gravi décidément très vite les marches du pouvoir.  Ces mauvaises langues sous-entendent que certains de ses concurrents étaient plus qualifiés car plus expérimentés que lui. Ce serait oublier qu'auparavant, il fut maire de Nant (de 1995 à 2008), même s'il fut battu par une liste de gauche en 2008.

   Mais revenons au scrutin. C'est dans La Dépêche du Midi qu'on peut en lire le compte-rendu le plus précis. Le premier tour n'a finalement mis aux prises que trois candidats, Jean-Philippe Sadoul et Bernard Saules ayant décidé de jeter l'éponge... peut-être sur les conseils d'amis bien placés. Résultat ? Une égalité parfaite entre les deux favoris, Jean-Claude Anglars et Jean-François Galliard, avec 12 voix chacun. Vincent Alazard arrive troisième, avec six voix. On notera que personne ne s'est abstenu ou n'a voté blanc... et que tout le monde était présent. Quel civisme ! Cela veut aussi dire que Jean-Claude Luche, le toujours président du Conseil départemental, a exprimé un vote... oui, mais lequel ? Mystère.

   Le second tour n'a pas plus permis de départager les deux candidats arrivés en tête, puisqu'ils ont obtenu 15 voix chacun. Damned ! Comment désigner le vainqueur ? Au bénéfice de l'âge ? A la longueur du pénis en érection ? Allait-on devoir organiser un duel entre les deux prétendants ? Et pourquoi pas un combat dans la boue ? Que nenni ! On procéda à un troisième tour. (C'est à ce genre de détails que l'on reconnaît un pays civilisé.) Comme par miracle, ce troisième tour vit se dégager une (courte) majorité, à 16 voix contre 14 pour Jean-François Galliard. Jean-Claude Anglars fou de rage, insulta l'assemblée, cracha par terre, renversa les tables et les chaises félicita dignement son adversaire victorieux. Celui que l'on a parfois surnommé "Mini-Luche", l'élu ultra-local cumulard, omniprésent dans la presse, celui dont on disait qu'il disposait des meilleurs réseaux, a été battu.

   Les supputations vont bon train concernant l'élu-e qui a fait basculer ce scrutin historique. D'abord, il ne faut pas exclure que plusieurs élu-e-s aient changé de vote (dans les deux sens), et qu'au final un-e de plus ait basculé en faveur de Jean-François Galliard. Le plus cocasse serait que l'élu à bascule soit Jean-Claude Luche lui-même. Mais je n'y crois guère. Pour qui suit un peu la politique aveyronnaise, il semble que l'actuel président du Conseil départemental, bien que très proche de l'élu de Sébrazac, ait plutôt misé sur les compétences (et la disponibilité) de l'ancien fiscaliste, de surcroît âgé de 68 ans, donc peu susceptible de s'incruster dans le poste. Il y a fort à parier que, s'il est élu président, l'ancien maire de Nant placera ses pas dans ceux de son prédécesseur.

   P.S.

   La désignation de Jean-François Galliard comme candidat de la Majorité départementale est aussi une petite révolution, puisque, s'il est élu en 2017, il sera le premier président du Conseil départemental à ne pas être né dans l'Aveyron depuis... Paul Ramadier, soit près de 70 ans. En effet, Jean-François Galliard est né à Alger, en 1948. Il est arrivé à Nant, avec ses parents, en 1962, année de l'indépendance de l'Algérie. C'est donc un "pied-noir".

dimanche, 27 novembre 2016

Une Vie

   Après le très contemporain (et formidable) La Loi du marché, Stéphane Brizé change complètement de domaine en adaptant le roman de Guy de Maupassant. Cela sentait le film "de qualité française", un genre qui produit aussi bien de petites perles que de grosses bouses. 

   Dès le début, on comprend qu'on va échapper au pesant didactisme qu'on aurait pu redouter. Le montage donne naissance à une construction impressionniste, par petites touches. Le film ne suit pas un schéma préétabli, avec une introduction, une développement et une conclusion. Si le déroulement est globalement chronologique, certaines scènes sont intercalées et entremêlent les époques de l'intrigue.

   Le principal code visuel est de l'ordre de la luminosité. Les scènes d'été, ensoleillées, sont en général celles du bonheur (la vie auprès des parents, la naissance de l'amour, les premières années d'un enfant...). Les scènes sombres, pluvieuses, froides, sont celles de la souffrance, du désespoir voire de la mort (la découverte de la première tromperie, le décès de la mère, le rejet du fils...).

   Une fois que l'on a compris cela, on peut savourer le jeu des acteurs, tous formidables. Je distingue quand même Judith Chemla (que j'avais vue dans Camille redouble et Rendez-vous à Atlit), aussi crédible en jouvencelle naïve qu'en épouse déçue et en mère éplorée. (Un César serait le bienvenu.) On peut aussi signaler Clotilde Hesme et surtout Nina Meurisse, qui incarne la servante et soeur de lait de l'héroïne.

   C'est donc un bel ouvrage, hélas un peu longuet et langoureux. Dans mon souvenir (de lycéen), le roman de Maupassant comportait quelques passages cocasses voire scabreux, visiblement passés ici à la trappe. Et je déconseille le film aux personnes dépressives : ce n'est pas avec cela que vous allez vous en sortir !

   Mais c'est quand même un rappel utile de la (sordide) condition féminine en France au XIXe siècle. Même les femmes de la noblesse et de la haute bourgeoisie subissaient les pesanteurs sociales. On peut toutefois regretter que Brizé n'ait pas fait une lecture plus contemporaine du roman : dans l'histoire, ce sont quand même les employées qui en bavent le plus.

22:35 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 26 novembre 2016

Le Rodez disparu, modifié... détruit

   C'est une thématique très présente dans l'actualité aveyronnaise. Elle est d'ailleurs l'objet de la chronique de Jacques Boutet "Hier encore", qui paraît le samedi dans Centre Presse et Midi Libre. Il y a quelques mois de cela, j'ai parlé de celle qu'il avait consacré au Broussy, un établissement emblématique de la place d'Armes ruthénoise. Aujourd'hui, il était question du Mazel, un passage commerçant de la vieille ville :

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   Coïncidence ? Certaines des questions abordées dans cet article ont été évoquées vendredi soir, lors de la célébration (avec un petit peu d'avance) des 180 ans de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l'Aveyron. A cette occasion, la pyramide du Louvre aveyronnaise les archives départementales ont accueilli, outre une assistance copieuse, trois communications.

   La première fut prononcée par Jacques Frayssenge, vice-président de la Société. Les yeux souvent rivés à ses notes, il a conté la naissance de l'association, sous la Monarchie de Juillet, citant de nombreuses anecdotes. Cherchant peut-être à aller à l'encontre des préjugés de certains des membres de l'assistance, il a insisté sur l'aspect non-partisan de l'association, fondée (entre autres) par un légitimiste (Hippolyte de Barrau) et une sorte de socialiste avant l'heure, Jules Duval. (Pour la petite histoire, celui-ci dirigea un temps le journal Le Ruthénois, lointain ancêtre de celui dont Hugues Robert fut plus récemment l'animateur.) Les accompagnaient des notabilités locales, parmi lesquelles le maire de Rodez et l'un de ses prédécesseurs. Les spectateurs dotés d'une bonne vue (ou qui étaient arrivés suffisamment tôt pour disposer d'un siège bien placé) ont pu remarquer d'autres détails sur le document projeté : la qualité de banquier de plusieurs des fondateurs. Notons que ceux-ci n'ont pas voulu faire de la Société une académie, au recrutement trop restreint. De plus, dès le début, ils ont voulu associer un musée à leurs travaux.

   Ce fut le thème de l'intervention d'Emily Teyssèdre-Jullian (l'actuelle présidente de la Société), la plus vivante de la soirée, puisqu'elle a pris soin de s'émanciper de ses notes. L'accumulation des collections de la Société a contraint celle-ci à chercher un lieu où les entreposer... voire les exposer. J'ai appris avec surprise que l'évêché fut un lieu de dépôt, tout comme, bien plus tard, les locaux actuels de la Société. Mais la révélation de la soirée fut celle du rôle du tribunal, construit au milieu du XIXe siècle (et visible au musée Fenaille, sur un tableau peint très peu de temps après son inauguration).

   Parmi les documents projetés par E. Teyssèdre-Jullian figure un plan sur lequel le mot "musée" est écrit à côté de l'aile nord-est du tribunal (celle qui longe le boulevard Guizard). Je ne sais plus si la mention est d'époque ou si c'est un ajout de la conférencière (je dois avouer qu'il m'est parfois arrivé de piquer du nez... les vendredis soirs sont difficiles !). En tout cas, les étages de cette aile ont été occupés par des collections et les bureaux de la Société. Dans la galerie qui relie les deux ailes avaient été accrochés les tableaux (qui se trouvent aujourd'hui au musée Denys-Puech). C'est lorsque Maurice Fenaille (devenu membre de la Société au début du XXe siècle) offrit le bâtiment qui porte aujourd'hui son nom que le musée trouva son emplacement définitif. Auparavant, il avait été question de l'installer dans le marché couvert situé place Eugène Raynaldy... ce qui nous ramène à l'article de Jacques Boutet.

   Ses préoccupations rejoignent celles des conférenciers (même s'il n'apprécie pas la copie de la statue), qui regrettent la disparition de nombre de bâtiments ou éléments d'architecture anciens. Ainsi, pour construire le tribunal, on a détruit ce qui restait du couvent des Cordeliers. Les modifications contemporaines du paysage architectural ruthénois ont fait l'objet de la troisième communication, celle de Pierre Lançon.

   Retour aux notes pour le bibliothécaire de la Société, dont l'intervention a suivi un de ces plans rigoureux dont il est coutumier, avec une mécanique que même l'interversion de deux écussons (sur une diapositive) n'est pas parvenue à enrayer. Il s'est appuyé sur un échantillon des dizaines de milliers de photographies prises jadis par Louis Balsan, une figure de la Société (aujourd'hui disparue). Le coeur serré, on a pu (re)découvrir les dégâts causés par l'urbanisme des XIXe et XXe siècles, qui font qu'aujourd'hui le centre historique de Rodez n'est pas dans le même état de conservation que celui d'Albi, un handicap à mon avis pour l'instant insurmontable dans la course au classement à l'Unesco.

   On pourrait commencer par supprimer l'une des verrues du centre-ville, le Monoprix, un commerce estimable certes, mais dont l'architecture jure avec celle de la cathédrale, dont, de surcroît, il bouche l'une des perspectives.

jeudi, 24 novembre 2016

Alliés

   Le titre est évidemment polysémique. D'un point de vue historique, il fait allusion à "l'alliance des démocraties" (avec l'URSS....) contre le nazisme, pendant la Seconde guerre mondiale. Brad Pitt incarne (de manière un peu pataude) un agent canadien des services britanniques, alors que Marion Cotillard propose une excellente composition, en résistance belle et indépendante, fréquentant les milieux huppés de la collaboration et gardant une part de mystère. Le titre annonce aussi un mariage... et une entente par-delà les préjugés.

   La première séquence, au Maroc est visuellement superbe. On sent aussi les références au film Casablanca. Cependant, si les lumières et la photographie sont splendides, cela manque de rythme et (dans la version française), il m'a semblé que le travail de postproduction (sur les sons) était incomplet. Mais cela passe parce qu'il est question de la naissance d'un amour, entre deux belles personnes.

   L'intrigue devient passionnante dans le cadre britannique. Ce n'est pas pour me vanter, mais j'ai senti le tournant arriver. Certes, le scénario n'est pas des plus imprévisibles, mais le jeu parfois très subtil de Marion Cotillard fait passer quelques messages, pour peu qu'on n'ait pas le nez rivé sur ses jambes ou son décolleté. L'histoire prend une teinte "Guerre froide", avec, me semble-t-il, un clin d'oeil anachronique des auteurs : dans son lit, un soir, Brad Pitt ne lit-il pas un roman de John le Carré ?

   Plusieurs séquences sont particulièrement bien fichues : celle de la baston au Maroc, celle du Blitz, dans la banlieue de Londres et celle du petit séjour du héros dans un coin paumé du nord de la France, à la recherche du passé dissimulé.

   Incidemment, le film assène quelques vérités méconnues sur la période de la guerre au Royaume-Uni. Pour certains marginaux et pour les femmes, le desserrement de l'étreinte sociale fut une bénédiction. On a aussi droit à une vision moins triomphaliste du rôle des aviateurs d'outre-Manche. Quant aux Français, ils découvriront peut-être avec stupéfaction que c'est aux services spéciaux britanniques que nombre de groupes de résistants devaient leur matériel.

   La deuxième heure est constituée d'une irrésistible montée en tension. (J'ai fait un gros pipi après la séance.) La grande histoire se mêle à l'affaire d'espionnage et à l'intrigue amoureuse. C'est fort et cela culmine dans les derniers gestes de Marion Cotillard, vraiment épatante. On en oublie les faiblesses du début.

23:09 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 22 novembre 2016

Meurtre au Laguiole

   Hier lundi, l'émission L'Heure du crime, présentée par Jacques Pradel, sur RTL, était consacrée à un mystérieux crime, qui a été perpétré dans le métro parisien, en 1937. La particularité de ce meurtre est d'avoir été commis avec un couteau Laguiole, qui fut planté dans le cou d'une jeune femme, Laetitia Toureaux. (Rappelons que l'an dernier, l'émission s'était intéressée à l'affaire Fualdès.)

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   Aucun Aveyronnais ne semble mêlé à ce crime, qui porte plutôt la marque des Italiens : le couteau a été laissé dans la plaie. Or, la victime (née Yolande Nourrissat) était originaire du Val d'Aoste, Toureaux étant le nom de son mari, décédé quelques années auparavant. Comme la jeune femme avait la réputation de servir d'indic à la police et qu'elle a été vue en compagnie d'Italiens supposés fascistes, on a pensé à un règlement de compte politique.

   Deux universitaires américaines sont allées plus loin et ont publié en 2010 un ouvrage dans lequel elles développent la thèse que l'assassinat est lié à la Cagoule, l'organisation d'extrême-droite qui a tenté d'instaurer un régime fasciste en France dans l'Entre-deux-guerres. Leurs arguments sont résumés ici.

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   Cependant, dans l'émission radiophonique, Jacques Pradel comme son invité privilégient l'hypothèse du crime passionnel, confortée par l'envoi d'une lettre anonyme de dénonciation, 25 ans après les faits ! L'auteur présumé (resté inconnu) étant originaire de Perpignan, il n'est pas invraisemblable qu'il ait été en possession d'un couteau aveyronnais.

samedi, 19 novembre 2016

De l'art en barres

   Le dernier numéro du Canard enchaîné contient une demi-page sur les suites de l'enquête menée sur le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy... de 2007. Si, en cette période préélectorale, il ne faut pas écarter la possibilité de coups tordus (à l'image de ce que la droite a connu en 1994-1995, au plus fort de la rivalité entre Chirac et Balladur), on en apprend quand même de belles à propos des fréquentations de quelques hommes politiques... et de certains journalistes.

   Mais c'est pour une autre raison que la page 4 de l'hebdomadaire satirique a attiré mon attention. Il y est question d'une conversation entre l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin et l'homme d'affaires-entremetteur-facilitateur Alexandre Djouhri :

Djouhri 16 11 2016.jpg

   Vous noterez le prix demandé par le spéculateur collectionneur suisse : 2,4 millions d'euros. Peut-être vous rappelez-vous qu'en 2008, lors d'une vente aux enchères, une oeuvre de Soulages ("Peinture, 21 juillet 1958") s'était vendue plus d'un million et demi d'euros.

   C'est une nouvelle confirmation que je ne vis décidément pas dans le même monde que ces gens-là.

vendredi, 18 novembre 2016

Les Animaux fantastiques

   J.K. Rowling a signé elle-même le scénario de l'adaptation de son roman, qui est une sorte de lointain prequel de la saga Harry Potter. L'action se déroule dans le New York de l'Entre-deux-guerres, formidablement reconstitué par le travail des décorateurs et des animateurs numériques. C'est le principal attrait de ce long-métrage, d'une grande  beauté visuelle, nourri d'effets spéciaux parfois stupéfiants... à tel point que j'ai presque regretté de ne pas l'avoir vu en 3D.

   J'ai dit "presque", parce que le port des horribles lunettes aurait sans doute contribué à accentuer un élément déplaisant, au niveau de l'image : son aspect souvent sombre. Certes, nombre de scènes se déroulent la nuit ou dans un monde souterrain (voire "dans" une valise !), mais il me semble qu'il y a quand même un petit problème d'éclairage. Cela n'entame guère le plaisir, si l'on a la possibilité de regarder le film sur un très grand écran.

   L'histoire est un roman d'aventures féériques, où certains personnages rencontrent l'amour. L'amitié est aussi de la partie... et il y a des méchants à combattre. C'est bien ficelé et l'on ne s'ennuie pas. J'ai par contre été gêné par quelques petits détails. Certains dialogues m'ont paru artificiels, un peu sentencieux. L'intrigue se prend parfois un peu trop au sérieux et plusieurs acteurs "prennent la pose". Je présume que c'est ce qu'on leur a demandé de faire.

   J'ai aussi été un peu agacé par le jeu d'Eddie Redmayne, qui incarne un mélange de savant distrait et de garçon maladroit. Ce sont deux figures éculées que le vieux cinéphile que je suis regrette de rencontrer à nouveau, sans le moindre apport original. L'acteur a de plus déjà incarné le jeune homme emprunté dans My Week with Marilyn.

   Bref, c'est un bon divertissement, très dépaysant, avec quelques touches d'humour, mais pas l'oeuvre flamboyante à laquelle je m'attendais.

23:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 13 novembre 2016

Un numéro collector

   Voici ce que j'ai récemment trouvé en furetant chez un marchand de journaux :

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   Les initiateurs de cette publication ont sans doute voulu réaliser un coup éditorial, en prévision de l'élection présidentielle américaine (dont je reparlerai bientôt)... sauf qu'Hillary Clinton a été battue (au nombre de grands électeurs). Cette revue n'en est pas moins fort intéressante.

   Disons-le tout de suite : imprimée sur papier glacé, nourrie de nombreuses photographies (parfois originales), cette publication ne vise pas à présenter une biographie totalement objective de la candidate démocrate. C'est globalement une apologie de la dame, même si les côtés sombres du couple Clinton ne sont pas cachés.

   A ceux qui ne connaîtraient pas bien la vie d'Hillary, la revue apprendra qu'elle est issue d'un milieu républicain. La père, commerçant, était très autoritaire... et misogyne. Le paradoxe est que le mépris dont il a accablé son épouse (qui votait sans doute démocrate) n'a pas rejailli sur sa fille aînée, obéissante et bonne élève, en qui il plaçait beaucoup d'espoir.

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   Pour la petite histoire, sachez qu'elle est née à Chicago, Etat dont Barack Obama est devenu bien plus tard un élu emblématique ! A la récente présidentielle, l'Illinois est d'ailleurs l'un des Etats à l'avoir placée en tête. Elle y a même obtenu son septième score national, avec 55,4 % des voix, loin devant Donald Trump, qui n'y a récolté que 39,4 % des suffrages exprimés. Quand on regarde les résultats en détail, on s'aperçoit que, conformément à ce qui a été constaté dans les autres Etats, la démocrate semble réaliser de meilleurs scores dans les zones urbaines plutôt que dans les zones rurales :

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   Sans surprise, c'est dans le comté de Cook (entouré en noir) qu'elle a "performé", avec 74,4 % des suffrages exprimés. Cette circonscription englobe le centre de Chicago (où Hillary a vécu ses premières années) et la banlieue chic de Park Ridge, où la famille s'est ensuite installée. C'est assez révélateur de la diversité de l'électorat d'Hillary Clinton : elle s'est attirée les suffrages des minorités (ici les Noirs du centre-ville) et de certaines populations aisées (en général d'un bon niveau scolaire).

   Mais revenons à notre revue. Plusieurs articles évoquent le précoce intérêt d'Hillary pour les élections. Au lycée, elle a cependant connu l'échec, battue par... un garçon quand elle briguait la présidence des élèves. Elle s'est rattrapée à l'université de Wellesley, réservée aux filles... et de sensibilité républicaine ! Dès la première année, elle s'est fait élire présidente des élèves, qu'elle tente d'orienter dans un sens plus "moderne".

   Cela m'amène à aborder une question que je ne pensais pas avoir à traiter : le physique d'Hillary Clinton. Ces derniers temps, j'ai entendu des propos peu obligeants à son égard, me rappelant la goujaterie dont Eva Joly fut aussi la cible.

   A la fac, elle est devenue une intello à grosses lunettes, pas très soucieuse de son apparence vestimentaire, visiblement :

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   En réalité, elle savait s'arranger quand elle le voulait :

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   Sur cette dernière photographie, elle est un petit peu plus jeune, mais là n'est pas vraiment la question. Dès qu'une femme brigue un poste politique d'importance, son physique est l'objet de toutes les attentions, ce qui n'est pas le cas de ses camarades ou concurrents masculins.

   Sur le fond, je dirais qu'Hillary est restée la femme engagée de sa jeunesse jusqu'au premier mandat présidentiel de Bill Clinton. Après l'échec de la création d'une sécurité sociale, confrontée à la haine des républicains et aux scandales sexuels de son mari, elle se blinde et devient une professionnelle de la politique. Ça lui a servi pour la suite (et sa carrière de sénatrice puis de secrétaire d'Etat), mais cela a constitué un inconvénient pour affronter Donald Trump, pourtant moins compétent qu'elle pour exercer la fonction présidentielle.

   Quelques mots sur la France. Bien que conçue au Royaume-Uni, la revue comporte un texte d'accompagnement qui a été rédigé à l'intention d'un lectorat français. On le voit aussi au niveau des photographies. L'une d'entre elles montre Hillary en compagnie de Nicolas Sarkozy, l'autre avec François Hollande, à chaque fois sur le perron de l'Elysée. Les auteurs ne se sont pas risqués à en ajouter une avec Alain Juppé !

vendredi, 11 novembre 2016

La Fille inconnue

   Cela fait un petit moment que j'ai arrêté de suivre les frères Dardenne. J'avais beaucoup aimé La Promesse, Rosetta et Le Fils, mais j'ai vite trouvé qu'ils peinaient à se renouveler. Du coup, je suis passé complètement à côté de la sortie de leur dernier film, pourtant présenté à Cannes cette année. Au départ, j'étais même venu voir autre chose !

   Sans surprise, la thématique est sociale. L'héroïne Jenny est médecin généraliste. Elle achève un remplacement dans un quartier populaire, en attendant d'intégrer un cabinet plus chic... et plus rémunérateur. C'est une travailleuse acharnée, perfectionniste, qui ne passe rien à son stagiaire. Un événement inattendu va bouleverser sa mécanique quotidienne.

   Je me suis attaché au personnage principal, bien interprété par Adèle Haenel. Elle donne vie à cette jeune femme dévouée, entière... mais pas toujours douée pour les rapports humains. Sa vie privée se réduit à queue de chique, son principal compagnon étant un célèbre smartphone qu'elle n'éteint jamais.  Elle finit même par s'installer dans la studette aménagée au-dessus du cabinet médical. Pour elle, s'agit-il d'une descente ou d'un retour à l'essentiel ?

   Le questionnement baigne dans une ambiance tendue, celle d'un quasi-polar, le médecin décidant de mener sa propre enquête (sur la jeune femme retrouvée morte). Elle en vient à croiser, volontairement ou involontairement, une galerie de suspects masculins : son propre stagiaire (qui ne revient plus au cabinet après le soir fatidique), un ado qu'elle suit (qu'un terrible secret semble tenailler), le copain de celui-ci mais aussi son père, sans oublier un entrepreneur (dont Jenny a jadis soigné la mère) et une bande de proxénètes locaux.

   L'histoire est prenante parce que les acteurs sont bons. On retrouve quelques habitués des Dardenne, au premier rang desquels Olivier Gourmet et Jérémie Renier. Les cinéphiles reconnaîtront aussi Marc Zinga, remarqué naguère dans Qu'Allah bénisse la France et Bienvenue à Marly-Gomont.

   C'est un bon film, au-dessus du niveau d'un épisode de série policière, mais ce n'est pas le chef-d'oeuvre qu'on serait en droit d'attendre des frères Dardenne. Traitant d'une thématique semblable, Médecin de campagne m'a davantage plu.

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jeudi, 10 novembre 2016

Le Ciel attendra

   Ce film de femmes, sur des femmes, porté par des femmes, mêle documentaire, portrait de famille et mélo pour nous faire vivre le parcours pas si atypique que cela d'adolescentes françaises embrigadées sur la Toile par des propagandistes de l'islamo-fascisme.

   Les auteurs (dont la scénariste Emilie Frèche, qui a travaillé sur 24 jours et Ils sont partout) ont voulu planter le décor d'un univers d'ados de la classe moyenne, rivées à leur smartphone ou à leur ordi portable... et travaillées par le manque de sens d'un monde devenu hyper matérialiste.

   Au niveau du déroulement, c'est parfois un peu difficile à comprendre au début, parce que différentes trames narratives (et époques) se superposent. De surcroît, il faut un petit moment pour saisir qui connaît qui et qui est le parent de qui.

   C'est parce que l'essentiel n'est pas là. On nous montre le cheminement de jeunes femmes qui se croient avisées (en tout cas plus que leurs camarades de lycée) et sont finalement assez crédules. Elles tombent dans le piège qui leur est tendu, notamment à l'aide de vidéos conspirationnistes.

   Le résultat est le conflit avec les adultes, qui se retrouvent désemparés face au changement inattendu de leur progéniture, parfois découvert très tardivement. C'est un aspect particulièrement réaliste de l'intrigue, en particulier grâce au talent des actrices. Les deux mamans sont interprétées par Sandrine Bonnaire et Clotilde Courau. Les deux ados sont incarnées avec un incroyable charisme par deux révélations : Noémie Merlant et Naomi Amarger.

   Même si je trouve que c'est un peu larmoyant par instants, l'ensemble forme un bon thriller sociétal, en prise sur notre époque.

samedi, 05 novembre 2016

Mercenaire

   Il a fallu presque un mois pour que ce film, dont l'acteur-vedette a été étudiant à Rodez (au lycée Monteil), soit programmé dans le cinéma du chef-lieu aveyronnais. D'ailleurs, le 7 octobre dernier, le quotidien Centre Presse, dans un bref article intitulé "Du XV à Aurillac à Cannes" regrettait l'absence du film des écrans aveyronnais :

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   Cap Cinéma s'est rattrapé mercredi dernier, en organisant une soirée spéciale, en présence de l'acteur principal, Toki Pilokio, actuellement joueur de rugby à Aurillac. Par contre, si l'on a raté cette occasion, il n'est pas facile de voir le film à Rodez, les autres séances ayant été programmées à des horaires propres à satisfaire uniquement les chômeurs, les retraités et les femmes au foyer.

   Mais revenons à l'oeuvre. Le titre fait référence à la réplique d'un personnage, qui reproche son comportement au héros. Pourtant, à ce moment de l'intrigue, ce n'est pas à un mercenaire que fait penser Soane, mais plutôt à un domestique, tant on peut dire que sa situation n'a rien de mirobolant.

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   L'histoire commence en Nouvelle-Calédonie, où réside la plus importante communauté wallisienne du monde (plus qu'à Wallis-et-Futuna même, une collectivité d'outre-mer qui a tendance à se dépeupler). Toute la première partie (en dialecte sous-titré, la plupart du temps) est un tableau sociologique d'une communauté méconnue. On découvre la complexité des liens familiaux, la précarité et les rapports de force à l'oeuvre dans la sphère masculine.

   La suite se déroule en France métropolitaine. Il arrive au héros un peu l'équivalent de ce que subit, dans le monde du football, le personnage principal de Comme un lion. Au départ, pour la plupart des Métropolitains, c'est un Maori. Personne ou presque ne semble être conscient de ses difficultés. Même dans la "communauté" wallisienne, il n'a pas que des amis. Mais il fait la rencontre de Coralie, une aventure d'un soir qui pourrait bien changer sa vie. Signalons la qualité de la composition de l'actrice Iliana Zabeth (dont certaines expressions du visage ne sont pas sans rappeler celui de Léa Seydoux), qu'on a vue récemment dans Les Cowboys.

   Le jeune Wallisien ayant des aptitudes physiques et de la pratique (au rugby), il se fait remarquer et comprend qu'il a de l'avenir dans ce sport... à condition d'accepter certains "accommodements". C'est courageux de la part du réalisateur de montrer les travers d'un monde qu'on a tendance à idéaliser, en comparaison de l'univers de football. Notons que les scènes de match et d'entraînement sont très réalistes.

   Pour Soane (le héros), cette aventure est initiatique. Il va devoir rapidement mûrir et régler ses problèmes, parfois de manière "virile". Rien n'est édulcoré, mais la mise en scène n'est pas racoleuse. Elle est bien servie par une musique et des chants parfois envoûtants.

   Vraiment, si vous avez l'occasion de le voir, ce film est une découverte à ne pas manquer.

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vendredi, 04 novembre 2016

Puissance éducative

   J'ai souri en lisant hier un article du quotidien aveyronnais Centre Presse. Il est consacré aux devoirs à la maison et à leur contestation par certains parents d'élèves espagnols. Ceux-ci trouvent qu'on bourre trop le crâne de leurs chérubins... mais on peut légitimement les soupçonner de ne pas apprécier d'avoir à surveiller les devoirs de leurs enfants le soir après le boulot.

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   Je me suis fait un plaisir de relever l'héneaurme faute d'orthographe présente dans le titre. Gageons que son rédacteur (pas nécessairement le même que celui de l'article) n'a pas dû consacrer beaucoup de temps, jadis, après les cours, à perfectionner sa maîtrise de la langue française.

   Sur le fond, l'article est aussi contestable en raison de la comparaison abusive qu'il utilise pour appuyer le mouvement des parents d'élèves. Il se contente de mettre en regard le nombre d'heures consacrées aux devoirs à la maison et les résultats aux tests Pisa... comme si un seul facteur permettait d'expliquer le succès ou l'échec d'une masse d'élèves !

   Il est aussi intéressant de relever les deux "bons" exemples mis en valeur par l'article : la Finlande et la Corée du Sud, dont les élèves obtiennent de bons résultats sans avoir à trimer après les cours chez leurs parents. Il est un autre facteur dont l'article aurait pu faire mention : le plus ou moins grande homogénéité des populations. Ainsi, l'écrasante majorité de la population finlandaise est issue du même groupe ethno-culturel, la principale minorité étant celle des suédophones, une population associée à un pays voisin et plus riche que la Finlande. Quant aux immigrés, ils représentent sans doute environ 4% de la population. En Corée du Sud, l'homogénéité est peut-être encore plus grande : la seule minorité est chinoise, qui pèse vraisemblablement moins de 1% du total. (Sur le plan religieux, la diversité est plus importante qu'en Finlande, avec la cohabitation du bouddhisme et de différentes formes de christianisme.) Attention : je ne dis pas que la diversité des origines ethno-culturelles des élèves suffit à expliquer leurs résultats, mais je fais remarquer que cela pourrait être un critère aussi (voire plus) pertinent que le nombre d'heures de devoirs à la maison.

   Enfin, l'article semble classer la Corée du Sud dans la catégorie des pays dont le système scolaire est très peu coercitif avec les enfants (puisqu'il impose peu de devoirs à la maison). C'est un contresens total. Si le temps scolaire semble s'arrêter assez tôt dans la journée, il est massivement suivi d'heures de cours complémentaires. De surcroît, le nombre de jours passés à l'école dans l'année est très élevé : 220 en Corée du Sud, 190 en Finlande... contre moins de 180 en Espagne (et moins de 150 en France).

   On pourrait continuer comme cela encore longtemps. Mon but n'est pas de dénigrer tel journal ou tel article, mais de faire comprendre que sur ce sujet (comme parfois sur d'autres), des médias, en reprenant des affirmations toutes faites, transmettent une image déformée de la réalité. Dans le cas qui nous occupe, il s'agit de faire croire que l'école, le collège et le lycée français seraient trop exigeants avec les élèves... une guignolade qui tombe d'elle-même quand on constate les lacunes de certains bacheliers (voire diplômés du supérieur) qui postulent à des emplois.

Snowden

   Avec Olivier Pierre Oliver Stone aux manettes, Nicolas Cage dans la distribution et une chanson signée Peter Gabriel, on est dans le "film de gôche"... qui plus est coproduit par des Frenchies. Alors on peut se demander s'il était bien utile de consacrer un nouveau long-métrage à l'informaticien et lanceur d'alerte Edward Snowden, moins d'un an et demi après le documentaire Citizenfour. J'ai été d'autant plus inquiet qu'au début, lorsque nous sont montrées les premières scènes d'hôtel (datant de 2013), j'ai eu comme une impression de déjà-vu. (Stone semble avoir allègrement pompé sur le documentaire.)

   Fort heureusement, la majorité de l'intrigue s'évertue à nous montrer d'où vient Snowden (sans remonter trop loin). L'action se déroule entre 2004 et 2013. On découvre un jeune homme, sans doute surdoué mais inadapté au système scolaire, plutôt conservateur et patriote de tempérament. Il cherche (vainement) à s'engager dans les forces spéciales puis se tourne vers la CIA... par conviction. Eh, oui. Pour nous, Européens, qu'un jeune Américain censé être éduqué (voire cultivé) puisse ambitionner sincèrement d'intégrer l'une des plus malfaisantes organisations du monde a de quoi stupéfier. C'est dire le bourrage de crâne qui a sévi (et qui sévit sans doute encore) de l'autre côté de l'Atlantique. On y croit d'autant plus que Joseph Gordon-Levitt s'est glissé à la perfection dans la peau du personnage.

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   Le scénario a choisi de contrebalancer l'intrigue politique par la description de la vie sentimentale du héros. Il rencontre une sorte d'intermittente du spectacle gauchisante... et canon, puisqu'elle a les traits (et les formes) de Shailene Woodley, en qui tous les ados reconnaîtront l'héroïne de Divergente. Le couple qu'ils forment, aussi charmant soit-il, m'a paru assez improbable.

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   De surcroît, on peut regretter le voile pudique posé sur les relations avec la Russie de Poutine, qui apparaît ici comme le sauveur du citoyen-engagé-rejeté-par-son-pays-d'origine. Cela aurait mérité une petite enquête, quitte à écorner un peu l'image du chevalier blanc de l'informatique.

   Tout cela passe néanmoins en raison de la qualité de la mise en images. Stone se livre à quelques effets de distorsion et joue sur tout ce qui est vitré (ou à cristaux liquides). Certains plans sont visiblement là pour nous faire penser au Big Brother de 1984. Mais, surtout, il a réussi à intégrer à l'intrigue et à l'écran l'utilisation de l'informatique. (En lisant le générique de fin, on s'aperçoit que plusieurs sociétés ont contribué à la création de ces effets.)

   C'est donc un film militant, plaisant, mais pas un chef-d'oeuvre.

mardi, 01 novembre 2016

Cigognes et compagnie

   Voilà un nouveau film d'animation pour lequel un adulte doit trouver une bonne excuse pour accompagner un ou plusieurs enfants. L'un des réalisateurs est un ancien de chez Pixar et le studio qui l'a produit a aussi donné naissance à La Grande Aventure Lego.

   J'ai trouvé le début hilarant. On en voit une partie dans la bande-annonce (ainsi que quelques images inédites, qu'on ne retrouve pas dans le film). On part donc sur de bonnes bases, avec l'histoire de l'activité de livraison des cigognes et leur reconversion. La suite est une satire du monde entrepreneurial, plus précisément d'une société qui pourrait ressembler à UPS.

   L'un des ressorts de l'intrigue est l'opposition de deux tempéraments. D'un côté, on a Hunter ("le chasseur" !), le patron cigogne... un rapace en fait. C'est une caricature de tycoon, un mec à poigne, très riche, arrogant, qui n'a pas hésité à marcher sur les autres pour réussir. Dans la version française, Hunter a la voix de Richard Darboix, qui double habituellement Harrison Ford.

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   Face à lui, Junior paraît un peu emprunté. Il semble destiné à lui succéder et, au départ, croit que la vie ne peut lui apporter que de bonnes choses. Mais il n'a pas la "trempe" de Hunter. En fait, c'est un chic type, mais il veut à tout prix rentrer dans les stéréotypes du héros viril et sans émotion. De ce point de vue, l'histoire est une leçon pour les petits garçons.

   Les filles elles peuvent s'identifier au principal personnage féminin, Tulip. A l'origine, elle est le dernier bébé humain que les cigognes n'ont pas pu livrer. Elle a donc grandi au contact des volatiles et a développé une indéniable créativité... mais elle ne mesure pas toujours les conséquences de ses actes. Dans la version française, Bérengère Krief (vue récemment dans Adopte un veuf) lui donne toute sa fougue.

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   Le monde des cigognes est riche de personnages hauts en couleur. Se détache un pigeon un peu collant, assez ambitieux, mais (au début) pas très habile. Il est néanmoins mis en valeur dans une scène qui parodie Les Experts. On le remarque tout de suite à sa coupe de cheveux :

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   Cependant, alors que l'histoire démarre sur les chapeaux de roues et que les gags s'enfilent les uns aux autres, le rythme retombe. C'est notamment dû à l'introduction d'autres personnages humains, ceux de la famille. Le portrait est gentiment caricatural. Les parents sont des sortes d'autoentrepreneurs, obsédés par leur travail, au point de quelque peu négliger leur fils unique, qui s'ennuie tout seul. Celui-ci décide donc de "commander" un petit frère ! Branle-bas de combat chez les parents, qui vont bien évidemment changer d'attitude et se rapprocher de leur enfant.

   Fort heureusement, l'intrigue rebondit avec la "naissance" du bébé, chez les cigognes. Les auteurs ont tout fait pour le rendre mignon. Il attendrit presque tous ceux qu'il croise... et c'est vrai qu'il a une belle bouille :

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   La rencontre avec une meute de loups est l'une des bonnes trouvailles du scénario. Ces redoutables animaux (d'une inventivité stupéfiante... je n'en dis pas plus) vont tomber eux aussi sous le charme du bambin. Désormais, ils ne traquent plus les héros uniquement pour les manger !

   L'une des meilleures séquences voit intervenir d'autres personnages : des pingouins ! Allait-on nous servir une resucée de ceux de Madagascar ? Heureusement non. Ce sont les sbires de Hunter, mais ils aiment les bébés. Cela nous vaut une désopilante scène de combat quasi muette entre les héros et la petite troupe noire et blanche.

   La fin de l'histoire est un peu trop consensuelle à mon goût, mais elle contient une scène qui mérite le détour : la rencontre de l'héroïne et des membres de sa (véritable) famille... Bon sang ne saurait mentir !

   Au final, on passe un agréable moment, visible par les petits et grands. L'animation est de bonne qualité sans être particulièrement brillante.

15:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films