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mercredi, 28 février 2018

La Juste Route

   Ce film en noir et blanc a pour cadre la Hongrie de l'immédiat après-guerre. En 1945, un bourg est en fête : l'épicier local marie enfin son fils, avec une fille de paysans (auparavant entichée d'un gars parti rejoindre la résistance communiste). Au village, tout le monde (ou presque) s'y prépare. Dans le même temps, à la gare ferroviaire voisine, descendent deux rescapés de la Shoah, qui transportent avec eux deux mystérieuses caisses, qui contiendraient des parfums ou des articles d'hygiène.

   Très vite, la nouvelle se répand dans le village. L'intrigue se déploie alors sur deux plans : on suit le parcours des juifs (à pieds) et des deux caisses (sur un chariot), de la gare jusqu'au centre du village. On ne sait pas trop où ils vont exactement ni ce qu'ils viennent faire ici... d'autant que les deux hommes (un âgé, l'autre jeune adulte) sont quasiment mutiques.

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   Au sein de la population du village, trois familles semblent en savoir plus. La venue de ces juifs ne les arrange pas du tout et réveille des souvenirs que l'on voudrait bien voir rester enfouis. C'est un peu comme si un battement d'ailes de papillon était sur le point de provoquer la naissance d'un cyclone dans ce village.

   Le plus gratiné est l'épicier, qui est aussi secrétaire de mairie. Dans l'arrière-boutique, il conserve un étrange album de famille. Quant au coffre de la mairie, il renferme quelques documents compromettants. Plusieurs des adultes du village sont prêts à en découdre avec les arrivants, bien que ceux-ci ne formulent a priori aucune revendication ni menace. D'un autre côté, certains habitants ne supportent plus cette ambiance délétère, ni le poids de la culpabilité.

   C'est tout l'intérêt de ce film que de montrer les différentes attitudes des habitants et les conséquences de leur choix sur leur vie de tous les jours. Il convient aussi d'éclaircir le mystère de la présence de ces voyageurs, qui ne sont pas du village, mais sont peut-être apparentés à certains des habitants.

   C'est un petit film bien ficelé, bien filmé, qui joue beaucoup sur le non-dit. Dans sa conclusion, il est assez ambigu, mais à nous, Français, dont le pays a aussi connu une période d'occupation allemande (et un gouvernement collaborateur), il évoque bien des choses.

mardi, 27 février 2018

Rodez, ville moyenne dynamique ?

   C'est l'une des questions que l'on pouvait se poser à la lecture d'un dossier paru dans le numéro du mois de février de la revue Alternatives Economiques. L'article "Requiem pour les sous-préfectures ?" est illustré par une intéressante carte, sur la quelle est représenté le degré de fragilité des unités urbaines "moyennes" de France métropolitaine :

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   J'ai mis en valeur le résultat de Rodez et Albi, qui s'en sortent assez bien (un peu mieux que la moyenne des unités urbaines, selon les auteurs de la carte). C'est le cas d'Albi qui a suscité le plus d'interrogations. L'an dernier, un article catastrophiste paru dans The New York Times avait fait naître la polémique. Presque un an plus tard, le blogueur que le journaliste américain avait rencontré maintient son analyse, quant à la progressive disparition des commerces traditionnels du centre-ville. De son côté, le dossier d'Alternatives Economiques semble plus optimiste, en particulier dans l'article intitulé "Albi, la ville qui se recentre".

   A Rodez, on s'est (bruyamment) réjoui du classement de l'agglomération dans le palmarès de L'Express ("Les 100 villes où il fait bon vivre et travailler"). Le chef-lieu aveyronnais se trouve même dans la première moitié, devançant Albi (45e contre 80e) dans la catégorie "travail". On s'est aussi réjoui de l'acquisition du label "Grand site Occitanie". On se targue de ce que, d'ici trois ans, toute l'agglomération soit reliée au très haut débit. Ce sont autant de facteurs d'attractivité.

   Cependant, quelques nuages pointent à l'horizon. La plus grande inquiétude concerne l'avenir de l'usine Bosch, qui pourrait rapidement voir ses effectifs divisés par deux... la survie du site étant, à moyen terme, menacée. Cela a même fait l'objet d'un article du Monde, en janvier dernier. Sans diversification, l'avenir s'annonce très sombre. En terme d'emplois induits, cela risque de faire très mal à l'agglo.

   S'ajoute à cela le serpent de mer de la RN 88, plus précisément de la partie ayant statut de rocade autour de Rodez. Il n'est hélas plus question de contournement. Christian Teyssèdre (maire de Rodez et président de la communauté d'agglomération) semble décidé à engager les travaux (au niveau des ronds-points de la rocade) en 2019, pour un achèvement en 2023. A cette date (à supposer que les travaux soient terminés), il restera à doubler le tronçon Rodez-Sévérac... et je pense que l'on risque d'attendre longtemps, vu que d'après le programme de modernisation des itinéraires routiers, cette portion de la RN 88 ne rentre même pas dans la catégorie "à l'étude"... Pourtant, il ne faudrait pas grand chose pour que les travaux commencent. L'itinéraire est déjà prévu, l'estimation des coûts réalisée.

   Bref, à court et moyen terme, l'enclavement de l'Aveyron (et de Rodez) ne risque pas de diminuer. il se pourrait même qu'il augmente, si le département perd ses lignes ferroviaires, comme le prône le rapport Spinetta. Le gouvernement dit ne pas vouloir en suivre toutes les recommandations, mais les promesses n'engagent que ceux qui les croient...

   D'ici cinq à dix ans, Rodez pourrait donc perdre sa gare SNCF, alors que l'agglomération serait, dans le même temps, engorgée par une circulation automobile mal contrôlée et en ayant perdu (au moins partiellement) son principal poumon économique (la Bosch). Conclusion ? Y a le feu, d'autant que l'incontestable réussite du musée Soulages n'a pas vocation à durer éternellement. (La fréquentation a d'ailleurs récemment baissé.)

   Quant aux Ruthénois, s'ils habitent le Faubourg, ils ont pu constater que le principal service public du quartier a fermé à la fin de l'année 2017. C'est seulement ces jours-ci que la presse locale (notamment La Dépêche du Midi) l'a réalisé. Mais, pour les habitants, c'est la conclusion d'un long processus de déliquescence. L'amplitude des horaires d'ouverture de l'établissement a souvent été une cause de mécontentement. Les habitants ont commencé à soupçonner le pire quand, à l'été 2016, pendant presque un mois et demi, le bureau de poste a fermé ses portes. L'année 2017 a elle été marquée par un considérablement rétrécissement des horaires d'ouverture, désormais limités à une courte plage (de 9h à 12h30), uniquement du lundi au vendredi (puis le mercredi exclu, me semble-t-il). A l'époque, un commerçant du coin m'avait dit que la direction attendait l'arrivée à échéance du bail pour fermer définitivement l'établissement... chose faite fin 2017. Pour l'instant, un distributeur automatique reste à la disposition des usagers. Pour l'envoi de courrier, il faut se rendre dans l'un des deux commerces de proximité désignés. Pour les opérations bancaires, il faut monter sur le Piton (à la poste centrale), pousser jusqu'à la place des Artistes (à Onet-le-Château)... ou se rabattre sur internet.

   On voit bien que, question dynamisme, la ville a encore pas mal de progrès à faire. D'ailleurs, dans une étude de l'INSEE, parue début février, la zone d'emploi de Rodez (qui, certes, s'étend du Ségala à l'Aubrac, territoire très disparate) est classée dans celles qui connaissent de réelles difficultés, non que le taux de chômage y soit élevé, mais la population diminue, tout comme le nombre d'emplois proposés.

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dimanche, 25 février 2018

Alice comedies 2

   Il y a un peu plus d'un an, j'avais signalé la sortie du premier volet des aventures de la gamine de chez Disney au pays des images animées. On nous propose quatre autres courts-métrages, dans lesquels l'héroïne est interprétée par trois actrices différentes. Ma préférée reste Virginia Davis, cette adorable choupinette (certes trop maquillée et court-vêtue), au visage expressif, qui correspond parfaitement à ce rôle d'enfant faussement sage... et diablement entreprenante :

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   Pour en savoir plus sur elle (et sur les films de la série), je recommande la lecture du dépliant et du dossier pédagogique que l'on peut télécharger sur le site de Malavida films.

   La petite Virginia apparaît dès la première histoire, intitulée "Jour de pêche" :

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   Alice, qui a envie de sortir avec ses amis, fait croire à sa mère qu'elle joue du piano. Pour ce faire, elle recourt aux services... de son chien ! Elle s'éclipse, rejoint la bande de garçons et les aide à se faire prendre en stop. S'en suit une courte balade en voiture. (Rappelons que tout ceci se passe au milieu des années 1920.) La séance de pêche ne démarre qu'après... dans un endroit interdit, bien entendu. Histoire de se faire mousser un peu, la gamine raconte à ses amis comment elle a sauvé les Esquimaux. La voici plongée dans ses souvenirs... et en pleine animation. Elle se fait aider de Julius, un chat devenu son acolyte de prédilection dans les films. Les poissons faisant la "grève de la pêche" (!), elle trouve un moyen astucieux pour les rapprocher des Esquimaux...

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   Dans la deuxième histoire, "La Magie du cirque", c'est Lois Hardwick (qui épousa bien plus tard un certain Donald Sutherland) qui incarne Alice. C'est une séquence essentiellement animée, composée de mouvements répétitifs. Le clou du spectacle est le numéro de dresseur de fauves. C'est assez surréaliste et pas du tout aseptisé : à l'image de ce que l'on voit dans les autres films, on n'hésitait pas, à l'époque, à représenter la mort ou des démembrements... sur un mode humoristique, bien sûr.

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   Dans la troisième histoire, "L'Ouest moutonneux", Alice est jouée par Margie Gay, qui n'a pas tellement marqué les esprits, alors que c'est elle qui a interprété l'héroïne dans le plus grand nombre de films. (Disney s'était visiblement fâché avec les parents de Virginia Davis, peut-être devenus trop gourmands...) L'intrigue oppose de méchants voleurs de grand chemin à deux justiciers, Julius le chat et Alice, qui vont faire rendre gorge à ces voyous. La forme est encore plus déjantée que dans le précédent... et le fond est aussi plus violent. Je me contenterai de dire que la justice est rendue de manière expéditive...

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   On retrouve Virginia Davis en compagnie de Julius dans la dernière histoire, "Alice, joueuse de flûte", qui voit les deux héros tenter de gagner ce qu'ils croient être une grosse somme d'argent en débarrassant une maison de tous les rats qui la peuplent. C'est moins sombre que le précédent film et tout aussi inventif. Je signale aux aficionados que la musique d'accompagnement est de Manu Chao.

   Voilà. Cela dure environ trois quarts d'heure et c'est visible par les petits comme par les grands.

23:19 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Moi, Tonya

   Craig Gillespie s'est fait connaître comme réalisateur de films d'action (notamment The Finest Hours). Ici, il change de registre, avec ce biopic anticonformiste et "politiquement incorrect", à l'origine duquel se trouve la rivalité qui a opposé, il y a une vingtaine d'années, deux patineuses états-uniennes, Nancy Kerrigan et Tonya Harding.

   La première est la petite fille modèle, sans aspérité apparente, bien dans le moule. Margot Robbie (vue dans Le Loup de Wall Street, Suite française et surtout Tarzan) incarne la seconde, la sale gosse, la teigneuse, la volcanique. Elle n'est pas née dans la soie. Le père, alcoolique, a fini par quitter le foyer, laissant une mère serveuse s'occuper seule de l'éducation de leur fille.

   Le coup de génie des auteurs est de construire le film autour de la relation d'amour-haine entre les deux femmes, la mère et la fille, toutes deux incarnées par des actrices formidables (Allison Janney pour la mère), toutes deux nommées aux Oscar d'ailleurs. LaVona Harding ne peut pas être qualifiée de mère indigne : elle sacrifie sa vie privée et ses économies pour que sa fille unique puisse vivre sa passion pour le patinage... et peut-être permette à sa génitrice de prendre (par procuration) sa revanche sur la société. Mais cette mère est insortable, fumant clope sur clope, même (surtout) là où c'est interdit, buvant de l'alcool sans retenue et jurant en public comme en privé, quitte à traiter de "connasse" une mère qui la reprend à la patinoire. On atteint un sommet de poésie quand elle déclare à une autre personne Lick my ass ! ("Lèche-moi le cul !"), que les sous-titreurs ont improprement traduit par "Va te faire foutre !" Sa fille a bien retenu la leçon : des années plus tard, elle lance à un membre de jury très guindé un vibrant Suck my dick ! (qui m'a plongé dans un abyme de perplexité anatomique).

   Bref, dans le monde de Tonya Harding, celui des petits Blancs du Nord-Ouest des Etats-Unis, on parle cru et on a parfois la main lourde. La mère n'hésite pas à cogner sa fille (au besoin avec tout ce qui lui passe sous la main) et, plus tard, c'est au tour du petit ami de celle-ci d'exprimer ses sentiments à coups de torgnoles. C'est un miracle qu'avec autant de handicaps dans la vie, la jeune femme ait pu devenir l'une des plus brillantes patineuses de sa génération. Notons que les scènes de patinage sont très bien filmées et mises en musique.

   Autour de Tonya gravitent plusieurs personnages douteux : son petit ami bien sûr, mais aussi le meilleur ami de celui-ci, un Tanguy qui se prend pour un caïd de banlieue... sans parler des deux branquignols qu'il va recruter pour effectuer un petit boulot bien sordide... La jeune patineuse est sauvée par quelques bonnes fées, en particulier ses entraîneuses successives, l'une d'entre elles étant interprétée par Julianne Nicholson, qui s'illustra jadis dans la série New York, section criminelle. (Franchement, quel casting féminin !)

   Même si le fond de l'histoire est assez noir, on rit souvent. Je trouve que les procédés utilisés par le réalisateur fonctionnent bien : certains personnages s'adressent directement à la caméra et, parfois, les images contredisent leurs propos, pour notre plus grand plaisir. C'est aussi un film sur la société américaine et la quasi ségrégation sociale qui était à l'oeuvre dans le patinage artistique, une chasse-gardée de la bourgeoisie bien-pensante qui n'a pas apprécié de voir débarquer cette talentueuse prolétaire.

   P.S.

   Au cas où vous trouveriez le trait trop appuyé, restez pendant le générique de fin, qui montre plusieurs des vrais personnages (aussi gratinés dans la vie qu'à l'écran). On y découvre aussi les images de l'exploit (le triple axel, en compétition) réussi par Tonya Harding.

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samedi, 24 février 2018

Pentagon Papers

   Le titre "français" du dernier film de Steven Spielberg est une nouvelle illustration du snobisme de certains distributeurs, qui remplacent le titre d'origine (en anglais), non pas par un équivalent en français, mais par... un autre titre anglais ! (On a récemment vu le même procédé à l'oeuvre pour The Passenger et 24H Limit.)

   The Post (dans la version originale, dont nous avons d'ailleurs pu bénéficier au CGR de Rodez... un mois après la sortie du film) raconte comment un rapport secret, faisant le bilan de la politique américaine au Vietnam, a fini par être publié, au début des années 1970, d'abord par le The New York Times (pas très content de la manière dont cette histoire est contée par Spielberg), puis par The Washington Post.

   Ce film est donc une ode à la liberté de la presse (démocrate), une dénonciation de l'unilatéralisme du pouvoir présidentiel (incarné ici par Richard Nixon, dont les coups de fil du soir sont sans doute une allusion aux tweets nocturnes de son lointain épigone) et l'histoire de l'affirmation professionnelle d'une femme, Katharine Graham (magistralement interprétée par Meryl Streep).

   C'est tourné comme un film d'espionnage, avec ses rendez-vous secrets, ses documents ultra-confidentiels, ses coups fourrés et ses (petites et grandes) trahisons. Fidèle à son style, Spielberg a aussi voulu rendre hommage et faire oeuvre d'historien. Certaines scènes ont donc un but strictement documentaire, comme celles qui montrent la machinerie d'une entreprise de presse, de la conception à l'impression et la distribution des journaux.

   Les comédiens ont dû se fondre dans leur rôle, d'autant plus que nombre d'acteurs de l'époque sont encore vivants, ou du moins très présents dans les mémoires, outre-Atlantique. Voilà donc Meryl Streep et Tom Hanks (excellent en rédac' chef roublard) dotés de coiffures aussi originales que démodées :

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   Deux personnages se trouvent au centre de l'intrigue. Il y a tout d'abord le (premier) lanceur d'alerte, Daniel Ellsberg, qui va être la source primaire du Times puis du Post. A travers lui, Spielberg veut rendre hommage à ses lointains successeurs, comme Bradley Manning et Edward Snowden (qui, lui, a déjà eu les honneurs d'un documentaire et d'une fiction signée Oliver Stone)... persécutés sous une administration démocrate (celle d'Obama).

   Il y a surtout cette "Kay" Graham, l'héritière du Washington Post, qui a dû succéder en catastrophe à son mari infidèle (et suicidaire). C'était il y a plus de quarante ans. A l'époque, la presse était dirigée et rédigée par des hommes, qui ne concevaient pas qu'un esprit en jupon puisse rivaliser avec eux. De surcroît, bien que connaissant parfaitement ce milieu, Kay Graham passait au départ pour une simple rentière. La mise en scène de Spielberg (bien aidée par l'interprétation de M. Streep) se charge de nous faire comprendre quelle était la pression qui pesait sur les épaules de cette femme. Au début, elle tâtonne, intimidée malgré sa connaissance des dossiers. Le film montre sa progressive montée en puissance, jusqu'à cette très belle scène, un soir de réception, dans un salon où, face à une troupe de vieux mecs en costume, Kay va tenir bon. C'est le grand talent de Spielberg que d'avoir réussi à créer quelques-uns de ces moments jubilatoires qui font passionnément aimer le cinéma.

Petite erreur de cadrage

   On peut la voir dans L'Origine du monde, le sixième et dernier épisode de la saison 1 d'une nouvelle mini-série diffusée sur TF1, Prof T :

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  Lorsque l'un des personnages principaux (Dan, dragueur lourd et lieutenant de police) prend son blouson pour sortir du commissariat, un micro-perche apparaît fugacement à l'écran. Bon, là, je cherche la petite bête, parce que cette série est en général très bien mise en scène. Le héros est un universitaire, qui enseigne la criminologie... et, surtout, qui évite tout contact physique avec ses contemporains, complètement obsédé qu'il est par l'hygiène. Il est incarné (avec talent) par Mathieu Bisson :

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   Bien évidemment, il est entouré d'une brochette de jolies femmes, avec lesquelles il entretient des relations ambiguës. Celle qu'il voit le plus souvent est sa secrétaire (Mariamne Merlo, excellente), une femme dévouée qui aimerait bien être autre chose qu'un larbin pour lui :

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   Quand il aide la police à résoudre des enquêtes, il travaille avec l'une de ses anciennes étudiantes, la ravissante Lise Doumère (interprétée par Fleur Geffrier), qu'il affecte de mépriser (alors qu'il a de l'estime pour elle) :

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   Mais la personne qu'il connaît le mieux n'est autre que la commissaire, son ancienne compagne. Il n'a toujours pas digéré la rupture avec celle-ci, incarnée par Zoé Félix :

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   Il côtoie aussi quelques hommes, des personnages hauts en couleur, comme le capitaine alcoolique, le frère boulanger-pâtissier, le président de l'université qui triche aux échecs... et le lieutenant hâbleur. On secoue le tout et cela donne un ensemble primesautier, agréable à suivre, avec une musique légère bien adaptée à son style. Je signale que la créatrice (Elsa Marpeau) a écrit plusieurs des épisodes de la série "Mystère à..." et qu'elle est aussi à l'origine de Capitaine Marleau (avec Corinne Masiero).

   Hélas, il risque de ne pas y avoir de saison 2 (pourtant prévue au programme), les téléspectateurs de TF1 n'ayant pas trop accroché. (Cela devait trop les changer des Tuche...)

vendredi, 23 février 2018

Pas de loup dans le PNR Aubrac ?

   Ça n'a pas traîné. Dès le lendemain de la parution d'une tribune, dans Centre Presse, le même quotidien a publié (aujourd'hui donc), en page 2 (et pas au coeur du journal, là où l'on trouve les contributions des lecteurs), la réaction d'André Valadier aux propos mettant en cause sa passivité sur la question du loup :

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   La mise au point est claire... et elle soulève d'autres questions. Elle rappelle que, si du côté aveyronnais du parc, on refuse les éoliennes, ailleurs (en Lozère), on n'est pas de cet avis. Et puis il y a cette allusion aux "voix discordantes" concernant la place du loup dans le PNR. Cela demande des éclaircissements.

   La fin du texte est une allusion au parc des loups du Gévaudan, situé à Saint-Léger-de-Peyre, en Lozère, dans la région naturelle de Margeride... mais à l'intérieur du périmètre du PNR Aubrac (à l'extrême-est), comme on peut le voir sur la carte officielle, ainsi que sur celle du périmètre d'étude, qui se trouve dans l'atlas cartographique accessible en ligne :

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   Il y aura donc bien des loups dans le PNR Aubrac, mais pas en liberté... enfin, tant que ceux qui se trouvent dans le parc du Gévaudan n'auront pas été relâchés, comme c'est arrivé il y a deux ans. C'est à ce moment-là qu'on a réalisé qu'il y avait plus de loups que ce qui était déclaré par le parc (qui les avait mal comptés ?)... et que donc, on ne savait pas vraiment combien s'étaient retrouvés en liberté. De là à y voir un lien avec  les récentes attaques dans le Nord Aveyron...

   D'après le site internet du parc du Gévaudan, les loups captifs seraient aujourd'hui environ une centaine (admirez la précision), contre 32 déclarés il y a deux ans (en réalité plus de 40). L'effectif aurait donc plus que doublé en moins de deux ans... Espérons qu'aucune personne mal intentionnée ne les aidera à prendre la tangente...

L'Apparition

   Xavier Giannoli s'embarque dans une enquête canonique, dont le but est de déterminer si la jeune Anna a bien eu les visions qu'elle raconte ou si c'est une affabulatrice, utilisée par le prêtre local pour accroître la renommée du lieu... et en tirer des revenus.

   Si l'équipe constituée à l'instigation du Vatican est composée de religieux et de laïques croyants, l'enquête va être menée par Jacques, un journaliste réputé mais agnostique, auquel Vincent Lindon prête ses traits. Cela devient une banalité à force de le dire, mais il faut le répéter : c'est un formidable acteur, qui nous entraîne dans ses failles et dans ses doutes. Le début de l'histoire présente ce grand reporter blessé en Syrie, où il a perdu son meilleur ami. La participation à l'enquête canonique est pour lui un moyen de changer d'air... et peut-être de trouver la réponse à certaines questions.

   Le deuxième pilier sur lequel repose l'histoire est le personnage d'Anna, incarnée à la perfection par Galatea Bellugi. Cette jeune actrice est stupéfiante de fraîcheur et de sincérité, à tel point que cela en devient troublant. A certains moments, j'ai eu l'impression de me trouver devant une Jeanne d'Arc de Provence. Le film vaut aussi par la description du mouvement que la visionnaire suscite. Dans la France laïcisée du XXIe siècle, on n'est plus habitué à ces scènes de dévotion, qui décrivent une réalité peu représentée par les médias dominants.

   L'intrigue prend la forme d'un polar. Plusieurs mystères entourent la personnalité d'Anna, enfant abandonnée, passée de familles d'accueil en foyers. Et si la réponse se trouvait dans son passé ? Jacques se lance à la recherche de tous ceux qui ont connu la (future) visionnaire. Ses convictions évoluent au cours de l'enquête : il soupçonne une supercherie, mais il est de plus en plus touché par Anna. Et puis, un jour, il découvre un objet qui le ramène à son travail en Syrie. Comment se fait-il que cette enquête canonique le propulse dans son passé journalistique ?

   Giannoli déroule le fil de l'intrigue en chapitres, la conclusion étant relativement ouverte. Chacun y trouvera matière à réflexion, même si l'enquête a permis de décrypter certaines énigmes. C'est un très bon film, de "qualité française", visible par les croyants comme par les non-croyants.

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jeudi, 22 février 2018

Plan loup : Macron et Philippe font du Hollande

   Presque dix mois après l'élection d'Emmanuel Macron, on peut affirmer que son mouvement, censé être transcourant, marche principalement (uniquement ?) sur sa jambe droite, à tel point qu'on peut se demander en quoi un gouvernement nommé par François Fillon (et s'appuyant sur une alliance droite-centre) aurait pu se différencier de la politique menée par Edouard Philippe.

   Tel n'est pas le cas de l'attitude face au loup. Le gouvernement semble avoir voulu ménager la chèvre et le chou (ou plutôt la brebis et le loup)... ce qui conduit, de toute façon, à la dégradation inéluctable de la situation des éleveurs extensifs des zones montagneuses. Voici pourquoi.

   Le Plan loup, cité par le quotidien Le Monde, estime à 360 le nombre de ces prédateurs présents en France. Or, l'objectif, à court terme, n'est pas la stabilisation de l'effectif, mais son augmentation, puisque le rapport parle de 500 loups d'ici quatre ans, soit une progression d'environ 40 % ! C'est se moquer du monde, alors que la situation est déjà intenable dans certaines zones de pâturage.

   Le pire est qu'il est sous-entendu que, si l'on veut assurer la pérennité de l'espèce, c'est un effectif de 2 500 à 5 000 loups qu'il faudrait atteindre ! Cela semble être un objectif à moyen-long terme. Du coup, c'est la survie de l'élevage ovin dans le Sud Aveyron (et même une partie de l'élevage bovin dans le Nord) qui est menacée. Ce plan ne tient pas compte d'un récent rapport de l'INRA, fondé sur une méthode rigoureuse et non sur des préjugés environnementalistes, coupés de la réalité du terrain.

   La contrepartie annoncée (des aides à la protection) n'est qu'un affichage, histoire de pouvoir affirmer qu'on ménage les deux parties. Mais le bilan n'est pas neutre. On sait que ne serait-ce que le maintien de l'actuelle population de loups dans les zones d'élevage pourrait, à terme, menacer l'existence de 25 % à 40 % des exploitations, dans un contexte qui est déjà celui d'une déprise agricole. Encore une fois, c'est le monde rural qui risque de trinquer à cause de politiques décidées en haut lieu sous l'influence de lobbys.

   Rappelons qu'au milieu du XXe siècle, le loup avait disparu de France métropolitaine. Cinquante ans plus tôt (comme le précise une vidéo du Monde, qui donne un peu trop la parole à une ethnozoologue plutôt favorable au canidé), il était déjà absent de l'Aveyron :

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   Quoi qu'il en soit, la gestion de ce problème repose sur des observations de terrain. Or, comme on peut le lire dans la version numérique du Plan loup, les agriculteurs ne représentent que 3 % des membres des réseaux de correspondants, contre, par exemple, 10 % pour les associations environnementalistes et 13 % pour les "particuliers"...

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   Ici et là, il se murmure que nombre d'observateurs (censés être neutres) évitent de transmettre une partie de leurs découvertes, pour empêcher la localisation des meutes de loups et aussi pour minimiser leur présence, pour que le grand public ne s'alarme pas de la forte (et récente) augmentation des effectifs.

   Cela permet de comprendre pourquoi une région comme l'Aubrac est désormais touchée. C'est un problème de plus qui va se poser au tout jeune PNR, dont l'objectif principal est de revitaliser la zone en s'appuyant sur la préservation du patrimoine, la valorisation de l'élevage et la promotion du tourisme. Quid du loup là-dedans ? C'est cette ambiguïté qui a sans doute suscité une virulente tribune ("Le loup traumatise la population de l'Aubrac") parue aujourd'hui dans Centre Presse.

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   Elle est, me semble-t-il, signée par un éleveur du Nord Aveyron, qui reproche à André Valadier (le "papa" du PNR) ses tergiversations. Celui-ci n'a pas osé prendre publiquement position contre la présence du loup. Je pense que c'est d'abord une question de contexte : le PNR n'existant pas encore officiellement (sa naissance devant être annoncée lors du Salon de l'agriculture), son promoteur, qui lui a consacré des années de sa vie, redoute qu'une énième contrariété ne vienne repousser à nouveau cette création tant désirée.

Les Très Riches Heures (de cours) du duc d'Auvergne

   Le président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, défraie la chronique avec ses déclarations à l'emporte-pièce tenues lors de cours donnés à l'Ecole de management de Lyon. (Rappelons qu'en théorie, ces cours devaient prendre la forme d'interventions apolitiques...) Mais ce n'est pas tant le fond qui a attiré mon attention que le tarif auquel l'intervenant a été payé. D'après Le Canard enchaîné sorti ce mercredi, une fois que Laurent Wauquiez aura achevé sa série de leçons (composée de 24 heures au total), il recevra 1 900 euros... soit 79 euros de l'heure. Pas mal pour soulager ses aigreurs !

   Voilà de quoi mettre du beurre dans les épinards de M. Wauquiez qui, en tant que président de conseil régional, gagne déjà de l'ordre de 5 000 euros par mois. N'étant plus maire, ni vice-président de communauté d'agglomération ni député (merci la loi sur le cumul votée sous la gauche !), il n'a a priori aucun autre revenu, puisque, maître des requêtes au Conseil d'Etat, il s'est (enfin) mis en disponibilité.

   Ah, j'oubliais : il s'est fait voter (par "son" conseil régional) une indemnité de séjour (à Lyon, puisqu'il réside officiellement au Puy-en-Velay) de 60 euros par nuit et 15,25 euros par repas. Précisons tout de suite que la mesure est parfaitement légale. Il me semble même qu'il aurait pu demander à disposer d'un logement de fonction, à Lyon. Mais, quand on a dit haut et fort qu'on voulait diminuer les gaspillages d'argent public, c'était difficilement exigible.

   Faisons un petit calcul. Admettons qu'en moyenne, sur une année, L. Wauquiez passe deux nuits par semaine à Lyon et y prenne six repas. Cela nous donne une dépense hebdomadaire de 2x60 + 6x15,25 = 211,5 euros. Sur un mois, cela correspond à plus de 800 euros... et cela comble largement la baisse d'indemnité des élus de 10 % votée au début de sa mandature. (Au passage, comme l'ancienne Rhône-Alpes était bien plus peuplée que l'Auvergne, pour les conseillers qui siégeaient autrefois à Clermont, la baisse d'indemnité imposée aux membres de la nouvelle assemblée, celle de la grande région, ne les a pas empêchés de profiter d'une hausse de leurs revenus, puisqu'ils sont désormais conseillers d'une région bien plus peuplée.)

   P.S.

   Ce n'est pas la première fois que L. Wauquiez est rémunéré pour une série de cours dans une école prestigieuse. Sa déclaration d'intérêts, publiée sur le site de la HATVP, précise qu'en 2012-2014 (alors qu'il était député, maire et vice-président de communauté d'agglomération...), il a touché deux fois 1 591 euros pour des interventions à l'IEP (sous-entendu Sciences Po Paris) :

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   Curieusement, sur le même site, sa fiche nominative ne mentionne pas exactement les mêmes sommes pour son activité rémunérée par la FNSP (Fondation Nationale des Sciences Politiques, qui gère l'IEP de Paris) :

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   Il serait tentant d'attribuer cette légère différence à un écart entre les montants bruts et nets. Or, les sommes sont plus élevées sur le second document, qui donne pourtant des montants nets. Quel est ce mystère ?

mercredi, 21 février 2018

24H Limit

   Le titre d'origine ("24 hours to live") est plus explicite. Tué au cours d'une mission, Travis Conrad (Kevin Bacon, tout plein de muscles et de fêlures) revient à la vie grâce à un programme expérimental, auquel il n'était pas censé survivre. A partir de là, il lui reste moins d'une journée pour tenter de réparer les dégâts qu'il a contribué à créer et (peut-être) sauver la femme dont il est tombé amoureux.

   Ce film d'action un peu bourrin entremêle plusieurs genres. Le polar est mâtiné de science-fiction et d'un brin de romantisme, le tout sur fond d'histoire(s) familiale(s) et d'alcoolisme prononcé. Au niveau de l'ambiance, on n'est pas très loin d'oeuvres comme Source Code et Looper.

   Honnêtement, les scènes d'action "dépotent". On est d'ailleurs cueilli dès le début par une séquence où s'illustre l'héroïne, Lin, une policière chinoise d'Interpol (est-il besoin de préciser que le film est une coproduction sino-américaine ?) qui réussit à contrer (partiellement) l'attaque d'un groupe d'horribles mercenaires. Mais ce n'est qu'ensuite qu'on comprend les tenants et aboutissants de cette séquence. Au premier regard, les "bons" pourraient passer pour les "méchants" et vice-versa.

   La suite immédiate m'a déçu. On découvre le héros sur une plage de Floride, en compagnie d'un homme plus âgé (incarné par un rescapé de Blade Runner !). Les images sont jolies mais les dialogues creux, accumulant les poncifs.

   Cela redevient intéressant quand les deux personnages principaux "font connaissance". Auparavant, on aura compris à quel point Travis peut être redoutable, puisqu'il lui suffit d'un manche à balai et d'un bidon de détergent pour mettre hors d'état de nuire les deux meilleurs agents de son (ancien) employeur. La scène est vraiment cool, bien orchestrée.

   A partir du moment où Travis et Lin allient leurs forces contre les méchants et les très très méchants (eh, oui : il y a différents degrés de "méchantitude"), l'histoire est sur d'excellents rails. Je recommande tout particulièrement la séquence du bidonville sud-africain, qui prend un tour inattendu... et très frappadingue.

   L'action culmine dans l'assaut du QG de l'entreprise de mercenaires. Si l'on fait abstraction de quelques incohérences (qui permettent au héros de déjouer presque tous les pièges au prix de quelques égratignures), on peut profiter pleinement d'une baston bien mise en scène.

22:16 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Wonder Wheel

   Cette grande "roue des merveilles" est l'une des attractions du parc de Coney Island (à New York), où se déroule l'action du dernier film de Woody Allen. Métaphoriquement, c'est aussi la roue du Destin, celui des quatre personnages principaux, qui va connaître des soubresauts.

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   Justin Timberlake incarne Mickey, le maître-nageur-sauveteur qui nous raconte l'histoire. C'est un beau gosse insouciant, mais qui a l'ambition de devenir auteur de théâtre. C'est le petit élément qui grippe un peu l'intrigue : autant Justin Timberlake (déjà remarqué dans The Social Network) n'a aucun mal à rendre crédible le personnage de maître-nageur, autant je ne le vois pas écrire une pièce. Ceci dit, l'histoire qu'il vit va contribuer à le faire mûrir : lui qui est attiré par les destins tragiques va être servi !

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   James Belushi interprète Humpty, l'exact opposé de Mickey : il est âgé, il est obèse, il s'habille mal et exerce un métier pas très valorisant (il entretient l'un des manèges du parc d'attraction). Mais c'est un brave type, qui a renoncé à l'alcool pour que la femme qu'il aime passionnément reste avec lui.

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   Cette femme est Ginny, une actrice ratée devenue serveuse, ancienne beauté fatale qui a encore de (très) beaux restes. Elle a le corps et la voix de Kate Winslet, qui nous livre là une composition formidable (qui aurait mérité une nomination aux Oscar). C'est le grand mérite de ce film que de mettre sous les projecteurs le personnage d'une femme ordinaire, prise dans les tourments de l'amour et des difficultés matérielles. Pourtant, quand l'histoire commence, elle mène sa petite vie tranquille, tout en planifiant un changement radical. C'est l'arrivée de sa nièce belle-fille qui va tout foutre en l'air.

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   Celle-ci est jouée par Juno Temple. De prime abord, c'est une sorte de poupée Barbie, un peu sotte, mais qui va se révéler plus intelligente que prévu. Sa beauté est particulièrement mise en valeur par le metteur en scène... et le chef-opérateur, comme on peut le voir sur l'illustration ci-dessus. Après Café Society, c'est la deuxième fois que Woody Allen travaille avec Vittorio Storaro. Force est de constater que, sur le plan visuel, c'est de nouveau une grande réussite.

   Une fois les personnages mis en place, la roue du Destin peut se mettre à tourner. Elle peut aussi bien permettre à Ginny de tromper facilement Humpty que mettre sa nièce belle-fille sur son chemin. Celle-ci peut, sur un coup du sort, échapper aux truands qui la recherchent et tomber sur son futur amoureux dans le parc. L'intrigue est construite autour de ces croisements.

   C'est toutefois un film un peu verbeux. On va me dire : quoi de plus normal, pour un Woody Allen ? C'est juste. Mais, d'habitude, la logorrhée est au service de la comédie. Or, ici, même si l'histoire est parsemée de pointes d'humour, c'est le drame sentimental qui est au coeur des dialogues. Cela nous vaut quand même quelques morceaux de bravoure, James Belushi et Kate Winslet ayant dû parfois ingurgiter des pages de texte pour une seule scène. Je recommande tout particulièrement celle (vers la fin) qui voit Ginny, revêtue d'une tenue de gala, exprimer toute sa détresse.

   C'est donc un bon Woody, assez inattendu de sa part.

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mardi, 20 février 2018

L'Etrange Forêt de Bert et Joséphine

   Elle n'est pas très connue du grand public, mais l'école d'animation tchèque produit, à intervalle régulier, de petits films (en général) destinés aux enfants, mais aussi visibles par les parents. (Dans un genre plus "sérieux", on a pu voir, il y a six ans, l'excellent Aloïs Nebel.)

   C'est animé image par image. A l'écran, les décors sont faits de tissus, papiers divers. Les personnages sont des sortes de marionnettes. Dit comme cela, cela donne l'impression d'être un peu vieux jeu et ordinaire. En réalité, le rendu est superbe, notamment parce que les animateurs ont veillé à ce que tout le cadre s'anime, et pas seulement les personnages principaux.

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   Ce moyen-métrage (qui dure environ 45 minutes) est découpé en sept historiettes. La première (la plus longue) nous présente le frère et la soeur (Bert et Joséphine), ainsi que les chanteuses de la forêt. Les enfants, qui entretiennent celle-ci et réparent au quotidien les dégâts qu'elle subit, vont se retrouver confrontés à une étrange voleuse, qui va finir par trouver sa voie. (Soyez bien attentifs aux micros et haut-parleurs !)

   La deuxième histoire se passe un matin, après d'importantes chutes de neige. Il s'agit d'abord de faire sortir Bert de son lit. Sa soeur et ses amis vont déployer des trésors d'inventivité...

   La troisième histoire est empreinte de mystère. Les personnages réunis dans la petite maison des enfants vont tenter de faire venir à eux un puissant esprit. Sans trop en dire, je peux révéler que le résultat va beaucoup les surprendre !

   La quatrième histoire est celle d'une errance dans la forêt embrumée. Selon la légende, un être maléfique y vit, terré. Bert et Joséphine parviendront-ils à surmonter cette terrible épreuve ?

   La cinquième histoire met en scène un nouveau personnage, "type-taupe", un animal sympathique mais maladroit... et un peu sale. Comment les enfants vont-ils se comporter avec lui ?

   La sixième histoire est l'aboutissement des précédentes, au cours desquelles on voit les héros préparer le futur repas de Noël. C'est le moment que choisit un écureuil pour taper l'incruste... et se comporter comme un goujat. Bert et Joséphine vont tenter de découvrir l'emplacement de son refuge...

   La septième histoire est une sorte de conclusion. Comme elle met en scène la naissance d'une fée, on pourrait y voir des réminiscences chrétiennes : elle suit immédiatement le repas de Noël et se produit le septième jour. Mais cela passe au-dessus de la tête des enfants. Dans la salle où je me trouvais, ils ont été étonnamment attentifs. Avant la séance, il y a avait une petite ambiance de cour de récré... ce qui n'a pas manqué de m'inquiéter. Eh bien, dès que la première histoire a débuté, ils se sont tus.

   A la qualité (et l'originalité) de l'animation s'ajoute le fond : ce sont de petits contes moraux. Bert apprend à dominer sa peur du noir... et à ne pas rester trop longtemps au lit. Lui et sa soeur découvrent qu'une apparence disgracieuse, une mauvaise réputation ou un comportement maladroit ne doivent pas les dissuader de se faire de nouveaux amis.

   P.S.

   Des bonus sont accessibles sur le site internet dédié.

13:09 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 19 février 2018

Sugarland

   Cet étonnant documentaire australien se place dans la lignée de Supersize me, de Morgan Spurlock, sorti il y a déjà une quinzaine d'années. Ici, au lieu de s'alimenter uniquement dans une chaîne de restauration rapide, l'auteur-interprète (Damon Gameau) choisit de faire l'expérience d'une alimentation sucrée, en excluant toutefois les produits les plus évidents : bonbons, chocolat, gâteaux, glaces... En théorie, il consomme de "bons" aliments, achetés (en général) en grande surface. On se rend rapidement compte qu'ils regorgent de sucres cachés.

   Comme Damon Gameau a le sens de l'humour, il se met en scène de manière comique, comparant le développement de son embonpoint abdominal à la progression de la grossesse de sa compagne. En deux mois, il aura pris plus de huit kilos... sans consommer davantage de calories (autour de 2 300 par jour) ! Il a pourtant pris soin de ne pas changer de rythme de vie, continuant à pratiquer du sport à intervalle régulier. Pour valider son expérience, il se fait suivre par quatre spécialistes, auxquels il donne des surnoms de super-héros.

   Le documentaire se veut pédagogique. Il explique quels sont les différents types de sucre. Il a aussi recours à des experts, dont les interventions apparaissent souvent en incrustation, sur les étiquettes des produits que consomme Gameau. On a même droit à quelques animations anatomiques, notamment pour découvrir le fonctionnement du foie.

   La première partie du film se déroule en Australie. En moyenne, ses habitants consommeraient l'équivalent de quarante cuillerées de sucre par jour ! Le "régime" auquel s'astreint Gameau le conduit à ingurgiter la chose à travers des aliments transformés. Un des exemples marquants est la comparaison entre la consommation de quatre pommes et celle du volume de jus de fruits correspondant. La différence est, qu'au bout de deux voire trois pommes, le sentiment de satiété se fait sentir, alors qu'avoir bu tout le jus ne suffit pas à couper la faim.

   Une des séquences les plus fortes se déroule dans un territoire aborigène. Les jeunes générations ont complètement rompu avec le modèle ancestral, d'où la consommation de sucre était absente. C'est arrivé à un point que les magasins de la région sont considérés par les plus profitables du monde par les vendeurs de sodas. Un homme a essayé de réagir face à cette situation de dépendance et à ses conséquences (en particulier l'obésité). Le film montre comment il est parvenu (avec d'autres), dans sa communauté, à faire en sorte que les gens reprennent goût à une alimentation saine. Hélas, son association a perdu ses subventions...

   La deuxième partie du film se déroule aux Etats-Unis, siège de la plupart des multinationales de l'agroalimentaire qui dominent le secteur. Sans avoir le talent d'un Michael Moore, Gameau dénonce l'influence néfaste de ce lobby et découvre jusqu'où les transformateurs vont fourrer le sucre (par exemple l'équivalent de quatre cuillerées dans un plat cuisiné à base de poulet !). Ne reculant devant aucun sacrifice, il va, sur une journée, jusqu'à remplacer les plats cuisinés par l'équivalent en sucre réel... à vous dégoûter d'en manger ! (C'est le but, d'ailleurs.)

   Ce séjour états-unien est aussi l'occasion de montrer les méfaits d'une consommation intensive et régulière de produits sucrés. Gameau suit un dentiste qui intervient (bénévolement semble-t-il) dans l'est du Kentucky, une région où le taux de pauvreté est élevé. Je pense qu'aucun des spectateurs de la salle n'oubliera le cas de ce jeune homme, dont toutes les dents sont pourries (et rongées), à cause de sa dépendance à un soda particulièrement sucré créé par Pepsi. (Coca n'est pas la seule boîte à vendre de la m...). Le pire est que le jeune homme n'envisage pas de changer de mode alimentaire, tant celui-ci est ancré en lui... peut-être depuis la plus tendre enfance, certaines mères de famille de la région n'hésitant pas à remplir le biberon de soda !

   Il y aurait encore plein de choses à dire à propos de ce documentaire, parfois un peu surjoué par son auteur, mais vraiment passionnant (et drôle). C'est à voir si vous en avez l'occasion.

dimanche, 18 février 2018

Agatha, ma voisine détective

   Cette animation danoise a pour héroïne une certaine Agatha Christine, une gamine imaginative, intuitive et entêtée, qui se rêve détective privée, telle une nouvelle Miss Marple (avec beaucoup beaucoup moins de rides).

   Son quotidien n'est pas des plus emballants : sa mère vient de décider de déménager en compagnie de toute sa petite famille (sauf le papa, curieusement absent de cette histoire de femmes). La voilà obligée de se faire de nouveaux amis, coincée qu'elle est entre une mère très protectrice (on comprend plus tard pourquoi), une grande soeur en pleine crise d'adolescence et un petit frère qui parle à peine, mais sait très bien dire "caca !"

   Avis aux inconditionnels des productions Disney-Pixar : le graphisme n'est pas très élaboré. Il permet toutefois de distinguer deux types de scènes : celles de la réalité et celles issues de l'imagination de l'enquêtrice en jupe courte (et imperméable).

   Agatha est certaine d'avoir identifié l'auteur des vols à l'épicerie du quartier. Elle propose au patron de celle-ci de l'engager. Elle est pleine de bonne volonté et très bricoleuse : elle conçoit des outils pour piéger l'odieux délinquant. Mais, hélas, à intervalle régulier, quelque chose vient enrayer la marche glorieuse de la justicière au service de l'intérêt général.

   Au quotidien, Agatha dialogue surtout avec un étrange lézard, qui grandit au fur et à mesure qu'elle se rapproche de la vérité. Je suis quelque peu perplexe quant à son interprétation symbolique. Cela n'a pas perturbé les bambins de la salle : l'intrigue se suit sans problème, lentement... trop à mon goût d'adulte. Mais l'histoire parle beaucoup aux jeunes : il est question des relations avec les parents, les frères et les soeurs, de l'amitié et du fait de posséder un animal domestique. On comprend aussi pourquoi des éléments anodins aux yeux des adultes peuvent prendre des proportions gigantesques aux yeux des enfants. Quant à ceux-ci, ils réalisent que de petites imprudences peuvent avoir des conséquences graves.

   Sans être un chef-d'oeuvre, ce film s'appuie sur une bonne connaissance de l'univers enfantin et instille, ici et là, quelques leçons de vie.

   P.S.

   Le site internet dédié est sympatoche.

23:53 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Oh Lucy !

   C'est l'histoire d'une Japonaise célibataire, un peu coincée, qui va prendre des cours d'anglais auprès d'un jeune (et séduisant) enseignant américain. Quand on a dit ça, on a tout dit et on n'a rien dit. Il faut d'abord préciser que c'est à l'initiative de sa nièce que Setsuko/Lucy (Shinobu Terajima, excellente) va se lancer dans l'apprentissage de la langue de Donald Trump. Cela nous vaut plusieurs scènes savoureuses, susceptibles de décomplexer les Français quant à l'acquisition des langues étrangères. (Et je ne parle pas du lieu dans lequel se tiennent les cours, qui prête à bien des suppositions...)

   Il faut dire qu'en plus d'être charmant, John (incarné par Josh Hartnett, mesdames) sait y faire. Ses méthodes d'enseignement semblent assez originales. De plus, il est très... tactile. Visiblement, les dames (et même les messieurs) adorent. Setsuko, qui s'ennuie dans un emploi rébarbatif (quoique rémunérateur), aux côtés de collègues hypocrites, y voit l'occasion de changer de vie.

   La deuxième partie nous transporte aux Etats-Unis, plus précisément en Californie, où (pour des raisons que je me garderai de révéler) nous retrouvons notre petit monde, à savoir John, Setsuko, mais aussi sa ravissante nièce Mika et Ayako, la mère de celle-ci (et donc la soeur de Setsuko, si vous avez bien suivi). On comprend vite qu'entre les deux frangines existe un sacré contentieux, dont on va finir par découvrir la cause.

   D'ailleurs, Cet événement ancien a sans doute des répercussions sur l'évolution de la situation actuelle, en particulier sur le comportement de Setsuko/Lucy, qui commence à kiffer la vie à la californienne. On rit presque autant que dans la première partie, même si, petit à petit, l'émotion prend le dessus.

   Au-delà des apparences (et des convenances), chaque personnage cache au moins une faille, que cette aventure va faire émerger. C'est traité avec délicatesse par la réalisatrice Atsuko Hirayanagi. Ce film est l'une des excellentes surprises de ce début 2018.

23:14 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 16 février 2018

Trois héros américains

   Il s'agit bien évidemment d'Anthony Sadler, Alek Skarlatos et Spencer Stone, les trois jeunes hommes qui ont déjoué, en 2015, l'attaque terroriste dans le train Thalys. Dans son dernier film, Clint Eastwood a raconté leur histoire, adaptée d'un livre qu'ils ont coécrit avec un journaliste, Jeffrey E. Stern :

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   Le bouquin se lit très facilement. Il est construit sous forme de courts chapitres, rédigés de deux manières différentes. L'essentiel du texte est une narration qui s'appuie sur les témoignages des trois héros. On part de l'enfance (et même du passé familial) pour rejoindre août 2015 et ses conséquences. A la fin de certains chapitres sont ajoutés des éléments plus strictement liés à l'attentat, avec une graphie différente. Parfois, c'est le journaliste qui ajoute des explications, comme lorsqu'il présente (schématiquement) le fonctionnement de l'espace Schengen à son lectorat américain ou lorsqu'il évoque la situation de la minorité arabo-musulmane en France (et dans les pays voisins, comme la Belgique). Il analyse la situation avec sa grille de lecture états-unienne (sous l'angle de la ghettoïsation) et évoque très peu la religion.

   A la lecture, cela donne une série de retours en arrière... qui ont parfois été intégralement "pompés" par la scénariste d'Eastwood, Dorothy Blyskal (par exemple : la rencontre entre les mères de famille et la directrice d'école, la découverte, par Anthony, des armes avec lesquelles le jeune Spencer joue ou encore la visite de Berlin à vélo, anecdote sur Hitler à la clé).

   Le livre est néanmoins beaucoup plus riche en détails. Il est encore plus clair qu'Eastwood sur l'aspect religieux de la vocation des jeunes hommes. A plusieurs reprises, on tente de nous faire accroire que rien de tout ceci n'est arrivé par hasard, qu'il faut y voir la réalisation d'un projet divin. Il est vrai que le parcours suivi par les trois futurs héros (de leur rencontre à leurs débuts dans la vie active), tout comme les péripéties de la lutte dans le train (avec les armes qui s'enraient au bon moment), ne manquent pas d'étonner.

   Parmi les éléments qui n'ont pas été retenus pour construire le scénario du film, il y a l'histoire familiale du djihadiste et sa vie en Europe. A mon avis, Eastwood a fait le bon choix (cinématographique) en campant un être maléfique sans voix, même si je regrette la mise sous le boisseau de l'islam intégriste. A ce sujet, on remarque que, dans le livre (qui détaille davantage la période de vacances en Europe), on comprend que deux des jeunes hommes sont étonnés (voire choqués) de croiser autant de femmes voilées en Allemagne...

   L'autre matériau qui a été négligé est le vécu particulier d'Anthony Sadler, le Noir de la bande, qui est fan de rap et s'intéresse à tout ce qui touche à sa "communauté", des deux côtés de l'Atlantique. Sa relation avec son père pasteur est aussi très intéressante, surtout à partir du moment où intervient Barack Obama. Celui qui était à l'époque le président des Etats-Unis a téléphoné directement au jeune homme, avant de recevoir les trois à la Maison Blanche. Quand on connaît l'hostilité qu'éprouve Eastwood à l'égard du premier président métis, on comprend qu'il ait "zappé" ces éléments, préférant mettre en valeur la ferveur populaire qui a accueilli les héros de retour au pays.

   Le livre les suit d'ailleurs au-delà. Alek le seul vrai militaire de la bande (à l'origine) est devenu une vedette de la télé-réalité : il a participé à l'émission Danse avec les stars... qu'il a remportée ! Anthony poursuit ses études et Spencer, naguère rejeté par l'armée, est désormais au service de l'US Air Force !

   Et la France dans tout ça ? Elle a une place ambiguë. La réputation des Parisiens à l'étranger est encore plus exécrable que ce qui apparaît dans le film. A plusieurs reprises, des personnes ont tenté de dissuader les jeunes hommes de se rendre dans la Ville Lumière, l'Allemagne et (surtout) l'Espagne apparaissant plus accueillantes. Le passage par les Pays-Bas est l'excellente surprise de leur voyage (peut-être pas pour des raisons avouables...). Concernant la France, de l'autre côté de l'Atlantique, les parents ont encore en mémoire les attentats de 2015. (Il est plusieurs fois fait allusion à Charlie.) Mais la culture française est quand même présente (y compris par une référence à La Guerre des boutons), tout comme la maîtrise technologique (à travers le fonctionnement du train). Un bref mais incontestable hommage est aussi rendu au Français qui, le premier, s'est opposé au terroriste du train.

   Voilà. Le bouquin fourmille d'anecdotes et, à mon avis, il est bien plus intéressant que le film.

mercredi, 14 février 2018

Le Retour du héros

   Mensonges, séduction et trahisons sont au programme de cette comédie romantique en costumes, un brin littéraire. Il faut dire que des lettres sont au coeur de l'intrigue : celles qu'aurait dû écrire le capitaine Neuville (Jean Dujardin, cabotineur impérial) à sa fiancée, celles en réalité écrites par Elisabeth, la soeur de celle-ci (Mélanie Laurent, intrigante royale). Il y a aussi celles écrites en réponse par la fiancée délaissée, Pauline (excellente Noémie Merlant, déjà remarquée dans Le Ciel attendra), une oie blanche qui va se révéler plus délurée que prévu.

   L'ambiance n'est pas sans rappeler certains films de Philippe de Broca, avec Jean-Paul Belmondo. L'intrigue n'est pas d'une inventivité folle (même si elle réserve quelques surprises), les situations ne sont pas d'une étourdissante originalité, mais les acteurs sont bons et les dialogues bien écrits, avec beaucoup de répliques qui font mouche. La musique, légère, accompagne idéalement le tout.

   Dujardin est vraiment épatant. Dans le registre comique, il arrive à varier l'interprétation... et se montre même émouvant, à l'occasion. Il est vrai que ce personnage de mythomane lui va à merveille. Neuville arrive tellement bien à incarner son personnage de héros de guerre que, lorsqu'il s'abandonne à décrire, une seule fois, une situation qu'il a vécue, on ne le croit pas !

   Sa rivalité/connivence avec Elisabeth/Mélanie Laurent est le principal atout de ce film, avec une mise en abyme à la clé. Lorsqu'il revient après plusieurs années d'absence, lui comme Elisabeth ont intérêt à faire durer l'illusion que la jeune femme a entretenue avec ses lettres. Et voilà la célibataire exigeante en train de faire répéter son rôle au déserteur volage et sans scrupule, dans une scène qui n'est pas sans évoquer le travail d'acteur.

   Une autre séquence m'a particulièrement marqué (et a fait beaucoup rire dans la salle) : celle de la soirée qui se termine dans un bois (et une cabane). Neuville part à la poursuite de son ancienne fiancée (qui brûle de succomber à ses assauts libidineux), tandis qu'Elisabeth fait tout pour éviter l'irréparable (sa soeur est désormais mariée, mère de famille... et elle-même n'est pas totalement indifférente au charme de l'ancien officier). Au détour d'un arbre, Neuville fait une très curieuse rencontre et la relation entre les deux personnages principaux prend un tour très... humide. J'ai adoré !

   Evidemment dès le début, on a compris comment les hostilités déclarées entre Neuville et Elisabeth risquent de se conclure. Cela n'empêche nullement de savourer cette comédie sympathique, pas méprisante ni vulgaire (ça nous change), et qui a le bon goût de ne durer qu'1h30.

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mardi, 13 février 2018

La Douleur

   Je me suis décidé à aller voir l'adaptation du livre autobiographique de Marguerite Duras, appelée ici Marguerite Antelme, puisqu'elle est l'épouse du résistant Robert Antelme, que la Gestapo parisienne (française...) vient d'arrêter. Quand j'étais plus jeune, c'est de l'époux dont j'avais entendu parler : son témoignage (L'Espèce humaine) est considéré un peu comme l'équivalent de Si c'était un homme (de Primo Levi), pour les camps de concentration. Ce n'est que bien plus tard que j'ai réalisé qu'il avait été marié à la célèbre (et atypique) écrivaine.

   La première partie est très prenante. Elle prend la forme d'un jeu du chat et de la souris entre la frêle et tenace Marguerite (Mélanie Thierry, éblouissante) et l'inquiétant Pierre Rabier (Benoît Magimel, très bon), un gestapiste qui se pique de littérature. (Derrière ce personnage se cache quelqu'un de bien réel, Charles Delval.) Le trouble de l'héroïne est restitué par la mise en scène, qui joue sur la netteté des images et les reflets. Un bon point pour le réalisateur Emmanuel Finkiel (auteur, entre autres, de Voyages et de Je ne suis pas un salaud). A un moment, j'ai même cru reconnaître le visage de Duras âgée dans le reflet d'un reflet de Mélanie Thierry.

   Hélas, la seconde partie (qui dure quand même plus d'une heure...) plombe le film. Rabier a disparu, laissant Marguerite face à ses doutes et à son angoisse. Celle-ci prend la forme de pesants monologues, en voix off. Dans ce magma de lourdeur pédante, je distingue toutefois une étincelle (outre la prestation de M. Thierry) : Shulamit Adar, qui incarne Mme Katz, une mère juive persuadée de bientôt retrouver sa fille, qui a été déportée en Europe de l'Est...

   Par dessus le marché, c'est le moment où le personnage de Dionys (interprété par Benjamin Biolay, dont le visage semble ne pouvoir prendre qu'une seule expression) devient très présent... trop présent. Du coup, quand on n'a pas succombé à l'envie de piquer un somme, on attend la fin avec impatience.

   Dommage.

samedi, 10 février 2018

Le 15h17 pour Paris

   L'ami Clint a décidé de se pencher sur l'attentat du Thalys d'août 2015, en embauchant certains des protagonistes (dont les trois jeunes Américains) pour qu'ils jouent leur propre rôle. Attention toutefois : l'essentiel du film n'est pas consacré au déroulement de l'attentat, mais au passé des trois héros. Même si la première scène nous montre (de dos) l'islamo-fasciste Ayoub El-Khazzani, la suite est constituée de longs retours en arrière.

   Ce n'est pas qu'une coquetterie de cinéaste. C'est lié au propos politique qui constitue l'ossature du film. Eastwood veut montrer deux choses : la première que ces jeunes hommes sont des types ordinaires, plutôt pas gâtés par le destin ; la seconde que, s'ils se sont comportés en héros, c'est en raison de l'éducation religieuse qu'ils ont reçue, de la formation que deux d'entre eux ont suivie et de leur goût pour les armes et le combat.

   C'est clairement un "film de droite", un poil manichéen, sur la lutte du Bien contre le Mal. Le Bien est incarné par les valeurs américaines (même si Eastwood lance quelques piques sur ce qui se passe dans son pays) et le lien avec la France. Au début, celle-ci n'est pourtant pas montrée à son avantage : les trois jeunes hommes en vacances en Europe hésitent à se rendre à Paris, rebutés par les rumeurs concernant le mauvais accueil qu'on y réserve parfois aux touristes. Mais, comme il y a la Tour Eiffel...

   Le Mal n'est que schématiquement représenté, par un homme costaud, surarmé et impitoyable. Il est de surcroît mutique, ce qui lui confère une aura menaçante supplémentaire. Notons qu'Eastwood n'associe aucun symbole religieux au personnage. Ce film n'est pas islamophobe. Il dénonce le terrorisme. C'est délicat de la part d'Eastwood, mais il est quand même culotté de passer sous silence l'idéologie mortifère qui anime le terroriste.

   Ce ne sont néanmoins pas pour moi des éléments rédhibitoires. Le problème vient plutôt de la direction d'acteurs et de l'interprétation. Les premiers retours en arrière nous montrent Spencer, Anthony et Alek jeunes, scolarisés dans une école religieuse. (Cette période de leur vie avait fait l'objet d'un reportage publié dès août 2015 dans Paris Match.) C'est l'occasion pour Clint de dire ce qu'il pense d'une partie du corps enseignant. Au fil des scènes, on découvre trois garçons plutôt complexés, l'un grassouillet, les deux autres petits et maigres. Cerise sur le gâteau : leur situation familiale n'est pas des plus apaisées. Ils sont élevés principalement par leurs mères (toutes ferventes croyantes apparemment). L'absence de la figure du père peut expliquer le parcours ultérieur de ces gars, en quête de reconnaissance virile. Hélas pour les spectateurs, les gamins ne jouent pas très bien et les dialoguistes leur font tenir des propos d'adultes. (J'ai vu le film en version originale sous-titrée.)

   On retrouve le même problème avec les trois jeunes hommes. Les scènes qui les font interagir sont à moitié jouées. C'est souvent maladroit. Il aurait fallu retourner certaines d'entre elles. (Peut-être serait-il préférable de voir le film en version française, si le doublage est de qualité.) J'ai cependant été touché par le parcours de Spencer (le plus charismatique de la bande), qui accumule les guignes mais essaie de garder un esprit positif.

   Le film ne prend vraiment son élan que dans la dernière partie. La séquence du Thalys est très bien filmée. Il y a de l'action et de l'émotion, même si l'on connaît déjà le déroulement des événements. Seul un détail m'a fait tiquer : les vues aériennes du train le montrent se déplaçant à une vitesse assez réduite, alors qu'il est censé aller très vite !

   Ah, et puis, il y a autre chose : Eastwood ne met en valeur que les passagers américains qui ont combattu le terroriste. On ne voit que brièvement le premier à s'opposer à lui, un Français (pas présenté comme tel) qui se trouvait au niveau des toilettes (et qui par la suite a souhaité garder l'anonymat). On distingue à peine le Britannique qui a contribué à maîtriser l'assassin. Il faut attendre la séquence de l'Elysée pour le découvrir vraiment. Pour cette partie, Eastwood a entremêlé les images d'archives et d'autres, retournées ensuite, avec notamment une doublure de François Hollande (incarné par Patrick Braoudé, selon Allociné). Notons que le film nous propose l'intégralité du discours présidentiel, qui est très beau.

   A vous de voir : c'est clairement un Eastwood mineur et surtout un film paresseux au niveau de la direction d'acteurs.

vendredi, 09 février 2018

La Sopave abandonnée

   Depuis fin 2017, il ne se passe pas une semaine sans que l'entreprise de Viviez (connue désormais sous le sigle SRVPA) ne fasse l'actualité, hélas pas pour le meilleur. Toutefois, il a fallu attendre l'annonce officielle de la fermeture prochaine du site pour que les élus locaux semblent sortir de leur torpeur.

   Il faut dire que, dans le Bassin, entre la disparition des commerces de centre-ville et les menaces qui pèsent sur les services publics, il y a de quoi s'occuper. Pourtant, depuis décembre dernier, un petit vent d'optimisme s'était mis à souffler sur le territoire. A Viviez même, c'est une autre entreprise industrielle, la SNAM (Société Nouvelle d'Affinage des Métaux), qui a annoncé un plan de développement. Dans la presse nationale, on a parlé d'environ 600 emplois putatifs (d'ici 2023), alors que Centre Presse a titré sur plus de 700, présentés dans l'article comme certains.

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   Dans le même temps, pas très loin de là, à Decazeville, le sort de SAM technologies suscitait de grandes inquiétudes... que l'intervention d'un groupe chinois est venue (temporairement ?) dissiper. Il reste à espérer que, dans cinq ans, le groupe Jinjiang ne lève pas le camp, emportant dans ses bagages la technologie de SAM, achetée à bon prix.

   Remontons un peu en arrière... toutefois pas jusqu'à 1986 (création de l'entreprise), ni même 2006 (année de la reprise par le groupe Suez). Arrêtons-nous en septembre 2012. Ce n'est pas si lointain. A l'époque, l'ambiance est au beau fixe. Pensez donc : une nouvelle ligne de production est lancée. Tout le gratin politico-administratif est là le jour de l'inauguration. L'entreprise emploie alors 73 salariés (à comparer aux 35 qui restent aujourd'hui...). Durant les années qui suivent, le site semble continuer sur sa lancée. En 2016, la Sopave a même remporté un appel d'offre "lointain" : la fourniture de sacs jaunes (pour les déchets recyclables) à la communauté Angers-Loire-Métropole.

   Cependant, la dynamique n'est plus la même. Ainsi, en janvier 2017, quand le nouveau directeur du site est interrogé, les effectifs ont fondu à 48 salariés, soit une diminution d'un tiers en environ quatre ans. Le chiffre d'affaires a reculé à cause de la baisse des commandes de sacs plastiques. L'article de La Dépêche auquel renvoie le premier lien de ce billet évoque la perte du marché des deux collectivités les plus proches (aujourd'hui fusionnées), celles de Decazeville-Aubin et de la Vallée du Lot, en 2015.

   La collecte et le traitement des déchets sont l'une des compétences de l'ancienne comme de la nouvelle communauté de communes. Celle-ci est toujours présidée par le maire d'Aubin (André Martinez), dont le deuxième vice-président, qui a en charge le développement économique, est François Marty, maire de Decazeville depuis 2014. Le maire de Viviez (Jean-Louis Denoit, en place depuis 2001), troisième vice-président, n'a en charge que l'urbanisme et l'habitat. L'environnement et le cadre de vie sont du ressort de Jean-Pierre Ladrech, premier vice-président et maire de Firmi (depuis 2008). Auparavant, il avait sous sa coupe le développement économique. Voilà plusieurs personnes qu'il serait intéressant d'interroger sur la non-reconduction des marchés avec la Sopave.

   Quant au groupe Suez, il se contente d'affirmer avoir beaucoup investi dans le site. Le choix d'arrêter la production de sacs plastiques a été déterminant pour la suite des opérations. Il est fort possible qu'à partir de ce moment-là, la fermeture du site ait été programmée sans que les employés n'en aient été informés.

   P.S.

   Je ne voudrais pas avoir l'air de lui jeter particulièrement la pierre (il est arrivé trop récemment aux commandes), mais François Marty s'est régulièrement distingué, dans ses déclarations, par sa volonté de réduire les coûts, aussi bien au niveau de la municipalité de Decazeville (récemment dans Centre Presse) que de la communauté de communes (en janvier 2017, par exemple).

   Je me demande si la Sopave n'a pas été considérée comme quantité négligeable, au regard de l'enjeu représenté par le maintien de la SAM et de la SNAM.

jeudi, 08 février 2018

Cro Man

   C'est la nouvelle production des studios Aardman, qui se sont fait connaître naguère avec les aventures de Wallace et Gromit, Chicken Run, plus récemment avec Shaun le mouton. Les héros sont des hommes préhistoriques, dont les ancêtres auraient inventé le football (d'une manière rocambolesque qui fait l'objet de la première séquence du film). Ces descendants de Cro-Magnon (du côté de Manchester) vont entrer en contact avec des peuples "modernes", mieux armés et mieux organisés.

   Autant le dire tout de suite : il faut faire preuve d'une bonne dose d'indulgence face aux incohérences historiques et civilisationnelles du scénario. Ne vous étonnez donc pas de voir des homo sapiens côtoyer des dinosaures, ni des hommes des cavernes vivre à la même époque que les populations de l'Age du bronze. Cela passe parce que nombre de gags jouent sur l'anachronisme. Le début est vraiment drôle. Certains traits d'humour sont un peu "crades"... j'ai kiffé !

   Par la suite (à partir du moment où les hommes de bronze ont pris le contrôle de la situation), on subit quelques temps morts. On sourit parfois, mais c'est moins emballant. L'intérêt se maintient grâce à plusieurs personnages secondaires. Le principal est "Crochon" (je recommande la version française, très bien faite), un suidé préhistorique doué pour le massage... et le football ! Le monde animal est décidément à l'honneur, puisque, au détour d'une scène, on peut croiser un lièvre particulièrement malin et l'impressionnant canardosaure, qui sème le chaos sur son passage.

   Mais c'est un autre personnage qui va faire "rebondir" l'intrigue : Mona, une jeune commerçante de la cité du bronze, passionnée par la "balle au pied", en tant que spectatrice... et en tant que joueuse. C'est un aspect attachant de cette histoire que de montrer la révolte des sans-grade, guidés par une entraîneuse sous-estimée dans son pays d'origine.

   Cela nous mène à la séquence la plus virtuose, celle du match final, entre les champions de la cité du bronze et les hommes des cavernes (menés par Mona). C'est très bien foutu sur le pan visuel et cela regorge de clins d'oeil et de "détails qui tuent". Sachez que la reine, qui vient assister au match, se fait accompagner de deux commentateurs maison. Dans la version française, on entend l'un d'eux, à l'accent du Sud-Ouest, répondre "Tout à fait" à son acolyte... Sachez encore que les auteurs ont trouvé un moyen de pallier l'absence de ralentis et de replay télévisuels, grâce à une astuce que je me garderai bien de révéler.

   Sur le fond, il y a un sous-texte. Les hommes de Cro-Magnon, héritiers des inventeurs du football, sont les Anglais, dépossédés de leur maîtrise du ballon rond par l'équipe des champions actuels, dans laquelle on peut reconnaître des joueurs de différentes origines (allemande, brésilienne, espagnole, portugaise...). Cette petite histoire est aussi un moyen pour nos voisins d'outre-Manche de surmonter le traumatisme d'avoir inventé un sport (sa version moderne, en fait) qui aujourd'hui leur échappe en grande partie. (Rappelons que, chez les hommes, l'Angleterre n'a remporté qu'une coupe du monde, en 1966, à domicile... et aucun championnat d'Europe.)

23:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 07 février 2018

I Am Not a Witch

   "Je ne suis pas une sorcière". C'est sans doute ce que pense en son for intérieur Shula, une gamine zambienne âgée de moins de dix ans qui, à cause de la superstition (et de la bêtise) de certains villageois, se retrouve au coeur d'un improbable procès. Face à une policière "moderne" (en apparence), les habitants du coin semblent sortis du Moyen-Age. Cette séquence, bien que triste sur le fond, ne m'en a pas moins rappelé une autre, beaucoup plus réjouissante, au cours de laquelle une jeune femme déclare "I am not a witch", face à une foule qui hurle "BURN !"

   On comprend donc assez vite que, bien que son style ne soit en rien militant, cette fiction est très engagée. Plutôt que la dénonciation, la réalisatrice (gallo-zambienne) Rungano Nyoni a choisi l'exposition, parfois froide, de situations abracadabrantesques... mais (hélas) fidèles à une réalité africaine : l'exclusion de certaines femmes, qualifiées abusivement de sorcières.

   Dès le début, on nous jette dans le bain, avec cette scène montrant des touristes dans un zoo humain, peuplé de sorcières présumées. On rassure bien vite les visiteurs : compte tenu de la manière dont elles sont attachées, elles sont inoffensives ! C'est d'ailleurs l'une des réussites visuelles de ce film : la mise en scène de ce groupe de femmes, chacune attachée à un gigantesque rouleau dont part une bande de tissu reliée à leur dos. Shula va faire l'expérience de cette privation de liberté.

   Un bon moyen d'y échapper est de se mettre dans les bonnes grâce de l'agent gouvernemental, une caricature de satrape : il est gras dans un pays où presque tous les hommes sont maigres, il porte des vêtements luxueux... et il monnaye la présence de "ses" sorcières, que l'on fait travailler aux champs, dans une émission télévisée... ou dans un tribunal. Cela donne une autre séquence percutante, qui allie de nouveau archaïsme et modernité, à travers la procédure de jugement et l'intervention d'un téléphone portable !

   J'ai gardé en mémoire d'autres scènes marquantes, comme l'initiation nocturne de la future "sorcière officielle" et, plus tard dans l'histoire, une cérémonie funéraire. Attention cependant : ce n'est pas une réussite totale. Le style épuré ne parvient pas à masquer quelques baisses de tension, des "coups de mou" que vient soudain éclairer une scène parfaitement maîtrisée. Je pense malgré tout que cette oeuvre très originale mérite le détour, ne serait-ce que par le propos qu'elle véhicule.

lundi, 05 février 2018

Downsizing

   Je suis finalement passé outre les mauvaises critiques (et les notes ridiculement faibles données sur Allociné) pour tenter l'aventure en compagnie de Matt Damon. La première partie de l'histoire, qui n'est pas sans rappeler des romans d'anticipation (ou de science-fiction) par son propos et son ambiance, est formidable. S'appuyer sur le changement climatique, la surpopulation et le gaspillage des ressources pour créer une intrigue à base scientifique et morale est une excellente idée, servie par de très bons comédiens. On rit souvent à partir du moment où le couple d'Américains moyens décide de franchir le pas. On ne nous épargne pas les épilations intégrales et l'arrachage de tous les implants dentaires...

   Le deuxième partie continue sur le même rythme, avec la découverte par le héros Paul Safranek (Matt Damon plus ordinaire que jamais) du monde en modèle réduit. Cela se gâte quand débarque son voisin Dusan, interprété de manière caricaturale par Christopher Walz, que je ne me souviens pas avoir jamais vu aussi mauvais.

   Fort heureusement, l'intrigue rebondit avec la découverte de la face cachée du monde merveilleux des mini-humains. Ici comme ailleurs, les inégalités subsistent. J'accorde une mention spéciale à la cité des travailleurs pauvres (souvent des immigrés hispaniques), que les scénaristes facétieux ont eu l'idée de placer derrière un mur... clin d'oeil à Donald Trump ?

   La majorité des spectateurs qui se déclarent déçus par le film évoquent la troisième partie, qui se déroule essentiellement en Norvège. C'est là que la première cité réduite a été fondée. Curieusement, depuis des années, aucune nouvelle ne filtre de l'endroit. Un mystère l'entoure. C'est là que le scénario bifurque. Comme beaucoup d'amateurs de science-fiction, j'aurais aimé que l'histoire continue dans la même veine, avec la poursuite de l'utopie ou, au contraire, son effondrement (avec un éventuel cataclysme à la clé). Les auteurs ont choisi une autre voie, à la fois sentimentale et moralisatrice, ce qui a dérouté.

   Je pense que d'autres éléments de l'intrigue ont rebuté une partie des spectateurs lambdas. Visiblement, Alexander Payne a refusé le clinquant hollywoodien : Matt Damon incarne un type très moyen qui, après avoir servi de larbin à une mère acariâtre (qui lui a fait interrompre ses études) et suivi comme un toutou sa compagne, tombe sous la coupe d'une réfugiée vietnamienne (à l'élocution approximative), certes charmante, mais diablement autoritaire. (Dans le rôle, Hong Chau est très bien.) Et, avis aux anciennes aficionados énamourées : finis les abdos chocolatés de Jason Bourne, voici le bidon de Paul, moulé dans un horrible T-shirt bleu. (Chers camarades masculins hétérosexuels, profitez bien du moment où, penché en arrière, le héros interpelle son voisin du dessus, révélant l'ampleur de sa graisse abdominale. Tournez-vous vers votre compagne, oui, celle qui vous reproche d'avoir perdu votre taille de jeune homme, et glissez-lui à l'oreille, l'oeil moqueur : "Crois-tu que ce film va faire un bide?") Cerise sur le gâteau, le héros, à qui l'on propose de participer au sauvetage de l'humanité, préfère rester au contact de ses proches et faire le bien au quotidien, autour de lui. C'est anti-glamour, mais c'est une morale qui se respecte.

   P.S.

   Je pense qu'une partie de la critique (et des spectateurs) a descendu le film pour des raisons moins avouables. La troisième partie donne une vision assez ironique des écolos norvégiens, qui ont formé une sorte de secte new age... Et je me suis laissé dire que les bonnes âmes ont été choquées qu'un personnage d'immigrée puisse très mal parler le français (l'anglais dans la version originale). C'est considéré limite comme du racisme... alors que c'est simplement conforme à une certaine réalité !

20:28 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 03 février 2018

L'Oscar du court-métrage d'animation

   Il sera décerné dans un mois. La liste des nommés est accessible en ligne, tout comme des extraits (voire la version intégrale, en cherchant un peu). Cette catégorie de récompenses peut sembler anodine, mais elle est susceptible de révéler un-e futur-e auteur-e de long-métrage... et elle met un coup de projecteur sur des oeuvres souvent très originales. En 2011 et en 2013, je m'étais déjà penché sur la sélection de l'Académie hollywoodienne. Voyons ce qu'il en est cette année.

   Le premier de la liste est Dear Basketball, déclaration d'amour autobiographique de l'ancien joueur Kobe Bryant, qui brilla au sein de l'équipe des Los Angeles Lakers. Le style est celui d'un crayonné, agrémenté de quelques touches de couleurs :

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   En numéro 2 se trouve Garden Party (mon préféré), une histoire cocasse de grenouilles ayant envahi une propriété à l'abandon. Sur le plan visuel, c'est d'une grande virtuosité :

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   Le tout premier film de Gabriel Grapperon (l'un des auteurs), Locked up, est accessible sur la Toile, tout comme le making-of de Garden Party, plutôt marrant.

   Le troisième concurrent (le favori, à mon avis) est Lou une production Pixar (qui a parfois été diffusée en salles avant Cars 3). C'est l'histoire d'un petit caïd de cour d'école qui, sous l'influence d'un être mystérieux, va évoluer :

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   Le quatrième de la liste a lui aussi déjà été diffusé depuis plusieurs mois, notamment sur Arte. Negative Space ressemble à certains films tournés image par image. Le style est assez créatif, mais l'ambiance un peu lugubre. (La chute est néanmoins très bonne.) Signalons qu'il a été réalisé en France, au Ciclic de Vendôme.

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   On termine avec Revolting Rhymes, une relecture roborative de certains contes de fées :

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   P.S.

   En bonus, voici Feast (Le Festin), produit par John Lasseter, lauréat 2014 dans la même catégorie.

19:34 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

3 Billboards

   Ces panneaux publicitaires sont désaffectés depuis que la route qu'ils longent est devenue secondaire, après la mise en service d'une voie rapide dans la région. C'est pourtant ce support que choisit l'héroïne Mildred Hayes (Frances McDormand, oscarisable) pour exprimer sa colère : sept mois après le viol et le meurtre de sa fille, l'enquête n'avance pas. Il faut dire que, lorsqu'on découvre les forces de police de ce coin perdu du Missouri, on se dit qu'elle a raison de les secouer. Au poste, les gars passent leur temps à bavarder et l'un des adjoints du shérif, gros lecteur de bandes dessinées, est surtout réputé pour sa promptitude à taper sur les Noirs...

   Pourtant, le chef de la police est un type bien. Il a la bonhomie de Woody Harrelson, professionnel scrupuleux, mari et père attentionné. Mais Mildred n'en peut plus d'attendre... d'autant plus que, comme on le découvre un peu plus tard dans l'histoire, un énorme sentiment de culpabilité pèse sur elle, en raison de la dernière conversation qu'elle a eue avec sa fille.

   C'est qu'ici on parle cru, même si les "personnes de couleur" ne sont plus appelées "négros". Les femmes ont du tempérament, en particulier Mildred, qui n'hésite pas à flanquer un grand coup de pied dans les roubignoles d'un adolescent mal élevé.

   Notons que ce tableau de province est aussi nuancé. Des personnes bien intentionnées peuvent commettre de terribles maladresses et, parmi les nombreux connards que la région semble abriter, certains sont susceptibles d'évoluer. C'est la grande qualité du scénario que de faire sortir les personnages principaux du chemin tracé qui semblait s'ouvrir devant eux.

   C'est de surcroît bien filmé, en particulier les scènes nocturnes, Martin McDonagh (7 Psychopathes, Bons Baisers de Bruges) se révélant très efficace dans la mise en scène des incendies. Ajoutez à cela une pléiade de très bons seconds rôles masculins (parmi lesquels on retrouve quelques figures connues), et vous obtenez un film coup-de-poing, parfois déroutant, mais brillant.

11:12 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 02 février 2018

L'Echange des princesses

   Par un curieux détour du destin, ce film, adapté d'un roman français, coproduit par France 3, réalisé par un Français, dans lequel ont tourné nombre d'acteurs français et où (conformément à la réalité historique) on parle français, même à la cour d'Espagne, est nommé aux César 2018 dans la catégorie... "meilleur film étranger".

   Il est réalisé de manière très classique, à tel point qu'on peut dire à son sujet qu'il s'agit d'une nouvelle illustration de la "qualité française". Certains trouvent cela ennuyeux. Moi, j'ai aimé cette mise en scène académique, parfois quasi picturale, à l'image du plan du début, décalque d'un tableau filmé en zoom arrière.

   Je suis aussi "client" des films en costumes, avec ces robes invraisemblables et ces tuniques amidonnées et boutonnées. J'en profite pour rendre hommage au travail des bruiteurs, qui ont parfaitement restitué les frottements des tissus, très agréables aux oreilles.

   Mais cette histoire de mariages (arrangés) croisés entre les familles royales de France et d'Espagne vaut surtout pour le jeu des acteurs... et des actrices. On a parlé d'Olivier Gourmet (qui incarne le Régent) et de Lambert Wilson (qui interprète un Philippe V tonitruant). On n'a pas assez souligné la performance d'une brochette de comédiennes épatantes.

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   A tout seigneur tout honneur. Voici donc Andréa Ferréol, qui incarne la princesse Palatine, la belle-soeur de feu Louis XIV, dont la verve est redoutée à la Cour, mais qui va s'attacher à la toute jeune princesse espagnole que l'on destine à Louis XV encore mineur.

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   C'est une autre figure tutélaire, de plus modeste extraction, que l'on voit assez souvent dans le film, Mme de Ventadour, gouvernante du futur roi de France puis de sa promise d'outre-Pyrénées. Dans le rôle, Catherine Mouchet (inoubliable jadis dans Thérèse) est impeccable de rigueur et de tendresse contenue.

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   De son côté, la piquante Ananamaria Vartolomei incarne la fille rebelle du duc d'Orléans, promise au très falot prince des Asturies. Sa beauté a visiblement conquis celui-ci à distance, puisque l'on suggère qu'il a rapidement pris l'habitude de se pogner devant le portrait de Louise Elisabeth...

   Mais la véritable révélation de ce film est une adorable poussinette, j'ai nommé Juliane Lepoureau, qui a la lourde tâche de rendre vraisemblable le personnage de la gamine espagnole donnée en pâture au futur roi de France. Elle est vraiment adorable, avec un regard où pétille l'intelligence :

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   Je me suis laissé prendre à cette étonnante intrigue, portée par la qualité de l'interprétation et la beauté de certains plans. L'information historique est ponctuellement mêlée à la fiction, à travers certains détails de la vie quotidienne ainsi que de petites incrustations évoquant le contexte ou le devenir des principaux personnages.