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jeudi, 27 décembre 2018

L'Empereur de Paris

   Jean-François Richet s'est lancé dans un semi-biopic d'Eugène-François Vidocq, l'ancien bagnard devenu l'employé (officieux) le plus efficace de la Sûreté de Paris, sous le Premier empire. Alors que Napoléon allait guerroyer de l'Espagne à la Russie, il fallait que la France et en particulier Paris, soient "tenus". A l'époque, la ville grouille de délinquants (qu'on traitait avec beaucoup moins d'égards qu'aujourd'hui).

   Richet reforme avec Vincent Cassel le duo qui a fait le succès de Mesrine. Il fallait un acteur qui ait la gueule d'un ancien bagnard, une trogne à la fois mutique et expressive. Et du charisme. Cassel a tout cela et, en plus, des répliques "au poil" et même quelques moments de bravoure.

   Attention toutefois. Il ne faut pas voir dans ce film la mise en scène rigoureuse d'un pan de notre histoire. Les relations avec Joseph Fouché, ministre de la Police, sont sans doute inventées : Vidocq n'est recruté par Henry (Patrick Chesnais, sans moustache) qu'en 1809, d'abord pour servir d'espion en prison (ce qui n'est pas montré dans le film, mais rend compréhensible l'insulte de "mouchard" qui est lancée au héros). Fouché quitte le ministère de la Police en 1810, alors que la "brigade Vidocq" n'est pas encore formée. Mais cela permet à Fabrice Lucchini de nous offrir un beau numéro.

   Ici, l'histoire est pétrie de manière à donner une matière romanesque, un peu dans le style d'Alexandre Dumas. Et, franchement, on en a pour son argent. Evasion, trahisons, amours, vengeances, rivalités en tous genres donnent une belle épaisseur à l'intrigue.

   Que dire de la distribution ? Outre ceux déjà cités, on peut noter la présence d'August Dihel (en faux frère de Vidocq), de Denis Lavant (qui incarne -comment s'en étonner- une ordure), de James Thierrée (excellent en aristocrate déchu, rallié à l'empire et prêt à faire le coup de main), de Denis Ménochet (en policier de base jaloux de Vidocq), de Freya Mavor (une inconnue pour moi, qui interprète la première compagne de la nouvelle vie du héros) et d'Olga Kurylenko (vue récemment dans La Mort de Staline et Dans la brume, elle incarne ici une redoutable intrigante, d'une beauté renversante).

  Au départ, Vidocq ne cherche qu'à mener une vie ordinaire, loin de son passé. Dans des circonstances que je ne vais pas révéler, il en vient à travailler pour la préfecture de Police de Paris. Richet ne tranche pas sur la psychologie du personnage. D'un côté, il fait dire à celui-ci qu'il n'a pas changé depuis sa jeunesse et sa première arrestation. De l'autre, il suggère que l'ancien bagnard se fait très bien à sa nouvelle vie bourgeoise, avec sa compagne et que, finalement, la société de l'Empire lui convient. Comme l'histoire s'interrompt avant la chute de Napoléon, on ne connaîtra pas la suite, alors que la vie de Vidocq a été de nouveau mouvementée sous la Restauration et la Monarchie de Juillet.

   Signalons que l'image est léchée, avec une belle reconstitution du Paris napoléonien. Par contre, la musique est un petit peu envahissante et emphatique, voire grandiloquente, à l'image du dernier plan, quasiment construit comme une carte postale touristique.

mardi, 25 décembre 2018

Utøya, 22 juillet

   Ce film d'Erik Poppe est consacré au massacre perpétré par l'extrémiste Anders Breivik sur l'île d'Utøya, en 2011, lors de l'université d'été des jeunes du Parti travailliste norvégien, alors au pouvoir à Oslo.

   Cette fiction à caractère documentaire (les personnages ont été inventés en partant des récits des rescapés) se présente sous une forme particulière : un seul plan séquence d'environ 1h30, tourné sur une île voisine d'Utøya, avec des acteurs pour la plupart non professionnels. Un sacré défi, qui a été relevé.

   Le début est constitué d'images d'archives, celles de l'attentat d'Oslo qui a précédé la tuerie. Ensuite démarre le plan-séquence, qui suit certains des jeunes, en particulier Kaja, une militante engagée, espoir du Parti (ravissante de surcroît). Je n'étonnerai personne en ajoutant qu'une partie des personnes que l'on voit au début ne va pas survivre à cet après-midi sordide.

   On découvre l'héroïne en animatrice du camp, sermonnant sa jeune soeur plus fêtarde que militante. A partir des premiers coups de feu, on va suivre Kaja avec le groupe réfugié dans une baraque, puis avec un petit nombre d'amis dans la forêt, ensuite seule avec une jeune fille blessée (très belle scène), puis n compagnie d'un garçon abandonné, enfin sur la plage rocheuse, cachée dans une anfractuosité. Le réalisateur veut nous montrer l'évolution du personnage, qui ne peut envisager de quitter l'île sans savoir ce qu'est devenue sa soeur, avec laquelle elle s'était disputée.

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   L'habileté du réalisateur est d'avoir filmé en caméra subjective, sans presque jamais nous montrer le tueur. (On l'entraperçoit juste une fois.) Par contre, on entend distinctement les coups de feu... et les cris de ceux qui tentent d'échapper au prédateur. Leurs réactions sont souvent filmées en plan rapproché ou gros plan.

   Je trouve que c'est à la fois une qualité et la limite du film. On n'est pas dans la réflexion, mais dans l'hommage et l'apitoiement. On découvrira sans surprise que, face au danger, les humains adoptent une grande diversité de comportements, la majorité cédant à la panique, faisant preuve de lâcheté. Je n'ai pas été particulièrement ému. Je trouve que les acteurs jouent bien, mais leurs personnages m'ont paru très immatures et imprudents. Ceci dit, il est facile de formuler ces critiques confortablement installé derrière l'écran de mon ordinateur. Je pense malgré tout que le réalisateur a voulu mettre en scène des personnages faibles, d'autant plus vulnérables face à un adulte déterminé et sans pitié. Malheureusement, cet aspect-ci n'est pas abordé par le film.

   PS

   Je pense qu'en évitant de représenter Anders Breivik à l'écran, le réalisateur a voulu lui dénier son humanité et éviter qu'il tire la moindre fierté de cette tentative de reconstitution. Néanmoins, je pense qu'il aurait été possible de filmer un acteur uniquement à partir du torse (en évitant le visage donc), ce qui aurait accentué son caractère impitoyable. Mais cela aurait sans doute rendu plus difficile le pari du plan-séquence.

   PS II

   Le tueur Breivik a bénéficié de la clémence de la justice norvégienne, qui ne prévoit pas de peine supérieure à 21 ans d'emprisonnement, dont dix incompressibles. En théorie, il pourrait donc sortir en 2021 (peut-être en semi-liberté). A mon avis, le mieux serait qu'il reste enfermé jusqu'en 2032 : le gars n'a rien renié de ses opinions extrémistes.

   PS III

   Breivik est indirectement arrivé à ses fins : en 2013 comme en 2017, la gauche, menée par le Parti travailliste, a perdu les élections législatives (même si le PT reste la première formation au Parlement). De plus, le Parti du Progrès, auquel a appartenu Breivik, est désormais solidement implanté dans l'hémicycle : avec 27 sièges, il en est la troisième formation.

Une Affaire de famille

   Cette année, au festival de Cannes, le cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda a obtenu la consécration (la Palme d'or) pour ce film, cinq ans après que le prix du jury a récompensé Tel père, tel fils. Sa virtuosité était aussi apparente il y a quelques mois, dans The Third Murder, reparti bredouille de la Mostra de Venise.

   C'est l'histoire de Juri, une gamine de cinq-six ans, sans doute battue par ses parents, qu'une famille de salariés modestes va recueillir, au départ pour une nuit, puis pour plus longtemps. Le père est intérimaire dans le bâtiment, la mère travaille dans une blanchisserie industrielle. Faute d'argent, ils ont emménagé chez la grand-mère et vivent un peu sur sa pension de retraite. En même temps, celle-ci garde les jeunes enfants... enfin sauf quand ils vont voler dans les magasins, en compagnie du père. Cette famille élargie serait incomplète sans la présence de la jeune (et ravissante) soeur de la blanchisseuse, qui gagne sa vie sans un peep-show, aux franges de la prostitution.

   Le réalisateur n'y est pas allé avec le dos de la cuillère ! A cette accumulation s'ajoute la volonté méticuleuse de mettre en scène le misérabilisme au quotidien. La maison dans laquelle loge ce beau monde est trop petite pour eux. Les objets s'y entassent dans un ordre approximatif. On ne sait pas trop ce qui devrait être jeté ou gardé. Les murs sont crasseux, la salle de bains sommaire. On se dit qu'en entrant, on doit être saisi par un drôle de fumet, mêlant transpiration froide, senteur de pieds, émanations de cuisine voire odeur d'urine.

   Cette famille n'est donc de prime abord pas recommandable. La mère fait les poches des vêtements qui passent entre ses mains à la blanchisserie. Le père n'enseigne que le vol aux enfants et essaie de travailler le moins possible. Enfin, quand on apprend qu'il a été blessé sur un chantier, dans la famille, la première question porte sur une éventuelle indemnisation.

   On serait donc tenté de croire que ce groupe de "cassos" n'a rien pour lui. Erreur, car le réalisateur a des intentions politiques (ce qui lui a d'ailleurs été reproché au Japon). Cette famille improbable va offrir ce qui manque le plus à la gamine recueillie : de l'amour (et de l'attention). La première heure est donc l'histoire de son intégration au groupe, en bien comme en mal, puisqu'elle va aussi apprendre le vol. Mais elle y découvre une forme de bonheur, loin de l'école et d'un bel appartement. (Notons que les enfants sont très bien dirigés, une qualité qui n'est pas nouvelle chez Kore-eda.)

   Le contraste est saisissant avec l'autre famille, non pas celle de la petite Juri, mais celle du défunt mari de la grand-mère Hatsue (formidablement incarnée par Kiki Kirin, déjà remarquée dans Les Délices de Tokyo). On finit par découvrir qu'il l'avait quittée pour fonder un autre foyer. Il a eu un fils, qui s'est marié et est à son tour devenu père. La séquence de la venue de Hatsue chez ces bourgeois est pleine de sous-entendus.

   Le réalisateur est plus explicite sur le fonctionnement (négatif selon lui) de la société japonaise contemporaine. Il dénonce la situation précaire de nombreux salariés : le père n'obtient finalement aucune pension pour son accident de travail et la mère risque de se faire licencier de la blanchisserie, non pas à cause de ses petits larcins, mais parce qu'elle coûte trop cher à son employeur. Signalons qu'elle est interprétée par Sakura Andô, qui a incarné l'une des héroïnes de Shokuzai (la fille-ours). Elle nous livre une magnifique composition.

   Je dois cependant dire qu'au bout d'une heure, j'en avais un peu marre. Je trouvais le trait trop appuyé, schématique. Et puis est arrivé le retournement. Auparavant, à plusieurs reprises, on sent que quelque chose ne tourne pas rond. C'est d'abord au cours d'une conversation entre le père et le fils, le père semblant détenir un secret que le fils a oublié. Plus tard, lorsque les deux soeurs discutent en cuisine, on se demande s'il n'y a pas anguille sous roche. Il faut aussi être attentif à la séquence de la visite de la grand-mère dans l'autre famille. On peut y découvrir l'une des supercheries. Enfin, le doute n'est plus permis lorsqu'on entend ce que se disent les deux époux lors d'une scène de salle de bains : cette famille est remplie de mystères, que la dernière demi-heure va éclaircir.

   Du coup, j'ai trouvé cela brillant. Le réalisateur a réussi à insérer les indices dans la première partie bien huilée de son histoire, celle qui a l'apparence d'un documentaire sur la vie des Japonais modestes (qui m'a un peu rappelé Nobody Knows). Les révélations de la dernière demi-heure ne font que renforcer son propos principal : les liens du coeur sont plus forts que les liens du sang (avec lesquels ils ne coïncident pas forcément).

12:40 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 24 décembre 2018

Leto

   "Leto" (λeτo), c'est l'été, en russe. A Léningrad (redevenue depuis Saint-Pétersbourg), donc sur la mer Baltique, au climat plus doux que la majorité du pays. On est en 1981-1982, à la fin du long règne de Leonid Brejnev (au pouvoir depuis 1964). L'Armée rouge est embourbée en Afghanistan et, à l'intérieur du pays, la population a perdu ses illusions sur le communisme. Dans le même temps émerge une scène rock, qui s'inspire beaucoup de groupes anglo-saxons, du moins de ce qui en parvient de l'autre côté du rideau de fer.

   Attention toutefois. Les amateurs de Guerre froide seront déçus. L'omnipotence du parti communiste local n'est que rarement visible à l'écran. C'est d'abord un film musical et une histoire sur la vie qui va, avec ses amours et ses emmerdes.

   La zique est bonne. Les fans de "vieux" rock (celui de Lou Reed, du Velvet underground, des Sex Pistols, d'Iggy Pop, de David Bowie, de T. Rex voire de Blondie) seront ravis, parce que les groupes mis en scène reprennent leurs standards. On y a ajouté des compositions originales. Mais, franchement, se fader trois quarts d'heure de musique filmée sur deux heures de film, c'est lassant. D'autant que, comme ils chantent en russe, on nous traduit les paroles... et c'est parfois risible, comme le sont souvent d'ailleurs les textes des "tubes" anglo-saxons.

   Reste donc cette histoire de jeunes avides de liberté. Le début montre bien leur envie de s'amuser ensemble, de profiter de la création musicale, tout en fumant et picolant. Tout cela finit en général à poil dans l'eau. On ressent l'authenticité de cette fraîcheur juvénile, qui gênait le pouvoir de l'époque comme elle gêne les actuels autocrates russes : le réalisateur Kirill Serebrennikov est harcelé par la justice de son pays.

   La mise en scène se fait l'écho de cette fraîcheur rebelle, certaines scènes faisant preuve d'une indéniable inventivité visuelle. Il y a celles au cours desquelles un standard occidental est repris (avec un découpage de l'écran en trois, le jeu des personnages étant encadré par les paroles en anglais et celles en russe). Mes préférées sont celles  qui partent en délire (l'un des personnages prenant soin de nous dire ensuite que "cela n'est pas arrivé"... ce qui finit par devenir lourd). Pour moi, la meilleure est celle qui se déroule au début, dans le train. C'est vraiment "punk". Le savoir-faire du réalisateur apparaît aussi dans les scènes tournées à l'intérieur de ces grands appartements communautaires, que ce soit lors des concerts illégaux que dans la vie quotidienne. Quelques plans-séquence sont de toute beauté, sertis dans un splendide noir et blanc.

   Le problème est que, pour moi, le film ne tient pas la route. J'ai eu du mal à m'attacher à des personnages, certes habiles à la guitare, mais qui chantent souvent des niaiseries. Je n'ai pas trop cru à cette histoire d'amour écartelé, le coeur de la belle Natasha balançant entre le leader du groupe et le petit nouveau très doué. Elle se partage un peu entre les deux, mais doit finir par choisir, on ne sait pas trop pourquoi ni comment.

dimanche, 23 décembre 2018

Diamantino

   Faut-il croire les auteurs de ce film lorsqu'ils affirment, dès le début, que l'histoire qui va nous être contée est pure fiction et qu'aucun chiot à poils géant n'a été maltraité durant le tournage ? Peut-être pour la seconde affirmation. Mais, pour la première, on a de quoi douter, sachant que le héros, Diamantino Matamouros, ressemble furieusement au footballeur Cristiano Ronaldo : le détail du diamant à l'oreille est assez secondaire, au regard des éléments constitutifs de ce personnage : vedette de l'équipe nationale portugaise, très fier de sa musculature, ayant la réputation de simuler sur le terrain... et soupçonné de fraude fiscale.

   C'est à Carloto Cotta (vu dans Les Mystères de Lisbonne, Les Lignes de Wellington et Les mille et une nuits) qu'a échu la tâche redoutable d'incarner l'idole... ou, du moins, son double burlesque. L'acteur réussit remarquablement à faire vivre ce personnage de sportif de haut niveau et... de crétin fini. Cela nous vaut d'ailleurs certains des bons gags de ce film.

   Les autres moments d'humour sont liés à l'apparition de ses soeurs, des jumelles (interprétées Anabela et Maragarida Moreira, dont on présume qu'elles aussi sont soeurs...), un duo d'horribles teignes, cupides, méprisantes et violentes. Un délice !... Elles profitent outrageusement de leur frère, bousculent le père et sont prêtes à tout pour écarter le petit nouveau, le réfugié que Diamantino  a décidé d'adopter.

   Elles ne savent pas que ledit réfugié est en fait une dame, une (jeune) policière infiltrée, chargée de récupérer des informations permettant de prouver la fraude fiscale à laquelle le joueur est supposé se livrer. Précisons que la policière est homosexuelle, ce qui va compliquer davantage les choses.

   Dans le même temps, le gouvernement conservateur tient à l'oeil la vedette nationale... et envisage de le cloner, pour qu'il serve sa propagande eurosceptique et xénophobe.

   Comme vous pouvez le constater, cela part dans tous les sens, avec plus ou moins de bonheur. Ceci dit, on ne s'ennuie pas. Attention toutefois : le film a été un peu "survendu" comme la comédie satirique de la fin d'année. Ce n'est que partiellement vrai. L'humour mordant est surtout présent au début, la suite de l'histoire prenant le chemin d'une improbable romance. Diamantino n'est pas tout le temps ridicule. Il est aussi montré comme un homme simple, le coeur sur la main, hostile à la violence et maladroit avec les femmes (ce qui confirme qu'il ne s'agit pas d'un portrait fidèle du footballeur qui a inspiré le personnage...).

   C'est de surcroît assez original au niveau de la réalisation. Les auteurs n'ont pas été rebutés par le farfelu, le grotesque, avec une touche de poésie, si bien que, parfois, cela m'a un peu rappelé le style de Michel Gondry. Mais, au moins autant que par le cinéma, ils semblent avoir été inspirés par la commedia dell'arte, comme l'indique le nom de famille du héros (que l'on peut traduire par Matamore).

   Cela ne dure qu'1h30. C'est une expérience cinématographique à tenter !

   PS

   Certains mauvais esprits affirment qu'il est un détail de l'histoire qui confirme qu'il s'agit d'une pure fiction : les auteurs avaient imaginé que le Portugal atteindrait la finale de la coupe du monde en Russie, contre... la Suède !

21:41 Publié dans Cinéma, Sport | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 22 décembre 2018

Mortal Engines

   Lorsqu'il est sorti, je n'avais pas l'intention de voir ce "Moteurs mortels", tant j'avais l'impression de risquer de me retrouver devant l'un de ces produits formatés pour les adolescents qui débarquent régulièrement sur nos écrans. Et puis j'ai appris que le réalisateur, Christian Rivers, a fait toute sa carrière aux côtés de Peter Jackson, qui produit le film. La vision d'extraits supplémentaires a achevé de me convaincre de tenter l'expérience.

   C'est un mélange de film post-apocalyptique et de science-fiction. La Terre est dévastée à la suite d'usage d'armes "quantiques" (dont on ne sait pas trop comment elles fonctionnent, mais cela file bigrement les jetons). La plupart des humains survivants se sont réfugiés dans de gigantesques cités mobiles, souvent prédatrices les unes des autres. C'est de celle appelée Londres qu'est originaire Tom, un beau gosse naïf et assez fade. Il croit que Thaddeus Valentine, le grand archéologue qui co-dirige la cité,  agit pour le bien de tous. Il aurait pourtant dû savoir qu'Hugo Weaving n'a pas pour habitude d'incarner de doux philanthropes.

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   Là-dessus débarque Hester Shaw, pleine de fougue et de ressentiment. Elle est incarnée par une petite bombe islandaise, Hera Hilmar, que d'horribles cicatrices faciales peinent à enlaidir. Les adultes présents dans la salle ont très très vite compris qu'entre l'intrépide rebelle et l'apprenti historien va se nouer une histoire d'amour au départ hautement improbable. (On appréciera que le scénario ait inversé les rôles traditionnellement dévolus à chaque sexe, le personnage d'action étant féminin et l'intellectuel le masculin.)

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   Visuellement, c'est très réussi. Que ce soient les plans des cités mobiles, les vues des paysages dévastés ou les (nombreuses) scènes d'action, cela dépote. Je recommande tout particulièrement l'une des premières, qui voit Hester tenter d'échapper à ses poursuivants en plein Londres, traversant ce qu'il reste d'une mini-cité qui vient d'être engloutie et que de gigantesques machines commencent à dépecer.

   Cela tient la route durant deux heures parce que de petites intrigues annexes nous sont proposées. Ce n'est pas toujours réussi, comme la relation naissante entre la fille de Thaddeus et l'ouvrier qui a assisté à l'un des crimes commis par son père. De manière générale, les personnages secondaires sont attachants, comme ce couple de petits vieux, qui vit et pilote une sorte de mille-pattes mécanique et recueille nos deux héros pourchassés. Il y a aussi l'étonnante Anna Fang, cheffe d'une bande de rebelles anti-cités, incarnée par Jihae, une chanteuse sud-coréenne androgyne.

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   Cela m'a faut chelou au départ, mais, finalement, l'actrice est bien dans le rôle. Toutefois, le personnage qui m'a le plus marqué est incontestablement celui de Shrike. Ce "ressuscité" au corps mécanique, qui semble quasi-indestructible, poursuit pour une raison mystérieuse la belle Hester. Son histoire m'a touché, jusqu'à sa conclusion, qui n'est pas sans rappeler une scène de Blade Runner.

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   Sur le fond, l'intrigue dénonce le côté apprentis-sorciers des (anciens) dirigeants du monde (visiblement occidentaux), qui ont mené la planète à sa ruine. Le message est hyper-souligné vers la fin, quand une population européenne (qui a auparavant aveuglément soutenu un dirigeant sanguinaire) est fraternellement accueillie par des Chinois... On sent que les producteurs comptent sur les spectateurs du "pays du milieu" pour rentabiliser leur film !

11:37 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 20 décembre 2018

Spider-Man - New Generation

   "Mesdames et messieurs ! Approchez, approchez ! Venez profiter de notre offre exceptionnelle ! Ecoutez-moi bien ! Ecoutez-moi bien ! Je vous propose non pas un, non pas deux, non pas trois, non pas quatre, ni même cinq ou six, mais sept Spider-Men ! Dans UN-SEUL-FILM !"

   Propos de bateleur ? Mensonge promotionnel ? Hallucination auditive ? Eh bien non ! La preuve :

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   Et là, j'attends qu'un petit malin me dise : "Dis donc, Riton, tu te fiches de nous, hein ! Sur cette image, il n'y a pas sept mais six super-héros !" C'est le moment où je souris intérieurement, intensément, prenant le temps de savourer les instants qui me conduisent à formuler ma réponse : "Jeune Padawan, tu t'emballes un peu vite. Sache que, si, sur cette image, il y a effectivement seulement six super-héros, dans le film, on en voit un septième, le Spider-Man officiel, âgé de 26 ans... qui meurt avant la fin du premier quart-d'heure."

   Ce n'est pas là déflorer l'intrigue, puisque c'est suite aux circonstances du décès du Peter Parker de notre monde que les six "doublures" vont faire leur apparition, cinq d'entre elles venant d'une autre dimension. Honneur aux dames avec une Spider-Gwen (mi-danseuse, mi-ninja), alter-ego de Gwen Stacy (le premier amour de Parker), qui, dans son monde, a été mordue par une araignée radioactive. Dans la version française, elle a la voix de Camélia Jordana. L'autre demoiselle nous vient du Japon. C'est une version manga de la super-héroïne. Le personnage est cocasse, mais faut aimer.

   Du côté des messieurs, on a Spider-Man Noir (originaire d'un passé alternatif) et un second Peter Parker, bedonnant et plus âgé que le héros des comics. Après l'avoir épousée, il a foiré son histoire d'amour avec Mary Jane Watson et, depuis, se goinfre de pizzas, pour le plus grand bonheur de ses poignées d'amour. Je dois reconnaître que, pour des raisons inavouables, j'ai un faible pour cet homme entre deux âges, qui a quelque peu perdu de sa splendeur de jadis...

   La relève pourrait être assurée par le jeune Morales, un Noir hispanique, fils de policier, lycéen doué, mais la tête entre deux cultures et deux destins. Son parcours est un peu trop prévisible à mon goût... mais il faut bien attirer le public djeunse, que les références à la culture de rue sont censées séduire.

   Il nous reste Spider-Cochon, qui semble de sexe masculin, mais qui n'évoque, pour moi, qu'un épisode de la série Les Simpson.

   Et l'histoire dans tout ça ? Ben il y a un gros méchant très riche qui pense rien qu'à faire du mal. Une scientifique un peu fofolle mais très dangereuse travaille pour lui, ainsi qu'un malabar avec un gros flingue. Nos héros vont devoir associer leurs talents pour venir à bout des vilains... et sauver le monde d'une catastrophe définitive.

   Au niveau de l'image, c'est assez chouette. Les réalisateurs ont marié le style d'animation numérique contemporain avec le graphisme des vieux comics. Cela rend bien, même si, par moments, on sent que l'image a été travaillée en priorité pour la 3D. (J'ai vu le film en 2D.) En effet, à plusieurs reprises, les spectateurs attentifs remarqueront qu'un détail ou un élément de l'arrière-plan s'affiche comme si on regardait la version 3D sans les lunettes. C'est furtif, mais cela se produit régulièrement. Dommage parce sinon, c'est du beau boulot.

   Autre qualité du film : l'humour. C'est bourré de clins d'oeil (dont un à Stan Lee) et de dérision, à propos des super-héros bien entendu, mais aussi dans le déroulement des scènes d'action. Je recommande tout particulièrement la cavalcade en rame de métro et la baston chez Tante May, qui réserve bien des surprises.

   J'ai passé un très bon moment.

22:19 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 07 décembre 2018

Astérix - Le Secret de la potion magique

   Quatre ans après l'adaptation du Domaine des dieux, Alexandre Astier remet le couvert avec une histoire cette fois totalement originale, dont on s'étonne d'ailleurs qu'elle n'ait pas déjà fait l'objet d'un album de la célèbre série de bandes dessinées.

   Le début virevoltant s'inspire visiblement du style des cartoons, même si l'on retrouve l'imagerie du précédent film. C'est assez drôle et, surtout, l'on commence à suivre un groupe de personnages auquel le réalisateur s'est attaché : les sangliers. Ceux-ci, les adultes comme le marcassin, ne vont pas finir en rôtis (du moins pas dans l'immédiat)... et leurs pérégrinations (cocasses) font rebondir l'intrigue.

   Par contre, on voit très peu Idéfix, dont le potentiel comique est sans doute à redéfinir. Les deux compères (Astérix et Obélix) n'occupent pas une place outrageusement dominante, puisque c'est Panoramix qui est au coeur de l'intrigue. C'est l'occasion de découvrir la troupe de vieux druides qui se réunit dans la forêt des Carnutes. Un invité surprise va tout faire capoter : Sulfurix. Son personnage est très réussi, bénéficiant de la voix de Daniel Mesguich. Y a pas à dire : un bon méchant contribue à faire une bonne histoire.

   Au niveau visuel, c'est du travail correct, avec plus de variété que dans le précédent film. J'ai aimé la séquence narrative, durant laquelle l'un des vieux druides (pas le plus doué...) raconte pour la énième fois l'histoire de la jeunesse de Panoramix. Plus tard, c'est une partie du périple en Gaule (à la recherche du bon apprenti pour Panoramix) qui est représentée dans un style très différent de l'habillage visuel dominant... et c'est drôle (avec beaucoup de clins d'oeil).

   Les scènes sont régulièrement ponctuées de gags, certains à destination des enfants, d'autres des adultes. On a soigné  les effets visuels comiques (notamment à travers les ombres et les formes de Sulfurix). Notons qu'à l'inverse de ce qui se passe dans les bandes dessinées, les femmes jouent un rôle assez important. L'un des personnages féminins est d'ailleurs la clé de l'histoire, ce que les spectateurs adultes pas trop mous du bulbe auront compris au bout d'un gros quart d'heure.

   C'est un divertissement sympathique, bien fichu, tout public. En cette période d'aigreurs et de montée du populisme, cela fait du bien.

21:24 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 30 novembre 2018

Le Grinch

   Ce film d'animation est tout public, certaines parties s'adressant plus particulièrement aux adultes, la majorité aux enfants. Je l'ai vu en version française, avec la voix de Laurent Lafitte : excellent choix. C'est surtout pertinent dans le premier tiers de l'histoire, le plus caustique. J'ai accueilli avec soulagement les premiers traits d'humour sarcastique, la présentation du village des Chous étant horriblement sirupeuse.

   Le couple formé par le vieux célibataire et son chien fait penser à Wallace et Gromit, même si, par sa (fausse) méchanceté, le Grinch rappelle plutôt Gru, le héros de Moi, moche et méchant. Quant au renne obèse, il a récupéré la coiffure des mammouths adolescents de L'Age de glace IV. En dépit de l'inventivité de certaines scènes, les vieux cinéphiles auront donc souvent une impression de déjà-vu.

   Néanmoins, je reconnais que c'est assez drôle, la plupart des gags étant toutefois destinés au jeune public, qui, dans la salle où je me trouvais, s'est visiblement régalé.

   L'autre intérêt du film est le personnage de Cindy-Lou, une adorable gamine avec de grandes couettes, qui vit avec sa maman et deux petits frères. Elle apporte une douce fantaisie... et fait rebondir l'intrigue.

   Toutefois, dans la troisième partie, cela devient un peu trop "gentil" à mon goût, à l'image des couleurs surchargées des plans. C'est trop lumineux, trop joli, trop bienveillant. Ceci dit, cet éloge des habitants du village, ni particulièrement beaux, ni particulièrement riches, ni particulièrement intelligents, m'a touché. L'histoire s'appuie sur la période de Noël pour enjoliver ce quotidien ordinaire de gens sans guère de relief, mais honnêtes et soucieux d'autrui.

22:48 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 28 novembre 2018

Robin Déboires

   Il était une fois, dans un pays fort fort lointain, un gentil seigneur de Locksley. Il était jeune et beau. Il n'adorait rien tant que de se salir les mains en accomplissant les basses besognes des manants. Un jour, dans l'écurie, il surprend une intrépide voleuse, qui a pénétré en son domaine. Cette insoumise (prénommée Marianne) a l'outrecuidance de vouloir redistribuer les biens des riches aux pauvres. Convaincu par son argumentation étayée (ainsi que par son regard de braise, son sourire enjôleur et sa poitrine généreuse), le jeune Robin s'inscrit au TAPA (Très Ancien Parti Anticapitaliste) et se met à la colle avec sa dulcinée. Durant les semaines qui suivent, le couple gambade dans les folles prairies de l'insouciance, enveloppé dans une douce félicité.

   Hélas ! Hélas ! Trois fois hélas ! Un jour arrive l'ordre funeste de se rendre en Terre Sainte, pour affronter les Barbares. Le coeur brisé, Robin le Patriote s'engage dans les commandos de marine part pour l'Orient compliqué, où il combat vigoureusement d'horribles sauvages de vaillants Arabes. Curieusement, leur chef est noir, mais c'est parce qu'au moment du tournage, seul Jamie Foxx était disponible pour le rôle. Robin va se lier à son plus redoutable adversaire, celui-ci tout étonné de tant de mansuétude de la part d'un chrétien. Il avait mis sa main à couper que l'autre allait le tuer... Il aurait pas dû :

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   De retour en Angleterre, Robin découvre son château abandonné, en sale état, un peu comme les Champs-Elysées après le passage des "gilets jaunes". Heureusement, Marianne est toujours aussi canon. Mais, croyant son Robinou décédé, elle s'est trouvée un nouveau mec, du genre acteur sado-maso.

   On sent que Robinou aimerait bien regoûter aux nibards de Marianne, mais son nouveau pote, un peu jaloux, lui dit que ça ferait tout foirer le plan génial qu'il a concocté pour eux. Le jeune Robin est troublé par la virilité tranquille de l'homme musclé et sûr de lui qui l'a pris en mains. Il accepte de suivre un entraînement à la Rocky IV, soulevant des trucs bizarres et lourds, tractant des objets du quotidien (qui, intérêt supplémentaire, ramassent bien la poussière). En guise de récompense, son nouvel ami lui offre son arc. Rendez-vous compte : un arc d'Arabe. (On ne l'avait pourtant plus vu avec depuis la Terre Sainte. Un de mes voisins suggéra qu'il avait sans doute réussi à le planquer dans son rectum pendant le voyage entre l'Orient et l'Europe, en fond de cale.) Robin apprend à lancer très vite de grosses flèches bien dures. Il retrouve le goût de bander.

   Comme les deux lascars sont du genre taquin, ils décident d'embêter le shérif de Nottingham, allié aux méchants ecclésiastiques qui dépouillent le peuple et tripotent les enfants abandonnés. De temps en temps, Robin est touché par une flèche décochée par l'un des méchants. Mais, comme il est costaud et que le scénario prévoit qu'il gagne à la fin, il serre les dents, arrache la flèche plantée dans son corps musclé et flanque aussitôt une raclée à ses ennemis.

   Robin devient très populaire, parce qu'il redistribue l'argent qu'il dérobe aux méchants... et parce qu'il a une belle gueule. (Moi je pense plutôt que dans le peuple y a plein de mecs qui ont vu qu'il avait une super-copine aux jolis nibards.) La colère gronde au sein des masses. Les puissants vont-ils s'en sortir ? La réponse vient au cours d'une séquence durant laquelle les militants altermondialistes se ruent sur les CRS mineurs de Nottingham bousculent la milice du shérif.

   Les scénaristes étaient tellement contents de leur histoire qu'ils avait déjà prévu une suite. Au vu des résultats du box-office, les producteurs ne semblent pas du même avis.

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dimanche, 25 novembre 2018

Les Bonnes Intentions

   Isabelle vit dans un grand appartement parisien (qui appartient à sa mère), est mariée à un assureur, a deux beaux enfants devenus adolescents... mais pense surtout à aider les plus démunis. Agnès Jaoui incarne avec fougue cette "bobo", jadis militante humanitaire, dont le mari est un ancien réfugié bosniaque (qui n'aime pas trop qu'on le lui rappelle). Elle donne des cours d'alphabétisation dans une association dirigée par un type peu sympathique (interprété par Didier Bénureau).

   L'intrigue mêle plusieurs thématiques. Il y a la vie de famille de l'héroïne, que ses enfants voient très peu et comprennent de moins en moins. Sa propension à dépenser sans compter l'argent du ménage en faveur des nécessiteux cause quelques soucis à l'époux compréhensif... jusqu'à un certain point. Et voilà le couple embarqué chez une conseillère conjugale qui sort de l'ordinaire. (J'ai beaucoup aimé ces scènes-là... et les conséquences qu'elles ont, notamment sur les dialogues)

   Au quotidien, Isabelle se démène pour aider ses "apprenants", presque tous des migrants analphabètes, auxquels s'ajoute une retraitée pauvre qui n'a sans doute jamais su écrire... et qui n'exprime pas un amour immodéré pour les "minorités visibles". Le réalisateur Gilles Legrand (auquel on doit un joli petit film méconnu, L'Odeur de la mandarine) n'a pas voulu (trop) tomber dans le "politiquement correct". On entend donc dire des horreurs (ou, du moins, des propos discriminatoires) dans ce film. Certaines sortent de la bouche d'Attila (Alban Ivanov, présent aussi dans Le Grand Bain), le gérant d'auto-école qui tire le diable par la queue, plutôt antipathique de prime abord, mais qui (évidemment) va se révéler plus altruiste qu'annoncé.

   Les migrants eux-mêmes ne sont pas montrés comme des anges. Pour eux, tout est bon pour sortir de la mouise... légalement mais aussi, à l'occasion, illégalement. Dans le groupe, je distingue la Bulgare Miroslava, interprétée par la chanteuse (d'origine lituanienne) GiedRé.

   Pour compléter le tableau, il faut ajouter les relations entre Isabelle et sa nouvelle collègue, Elke, plus jeune, plus inventive... et plus diplômée qu'elle. Dans le rôle, Claire Sermonne est criante de vérité.

   Le comique jaillit au détour des dialogues, mais aussi lorsque survient une péripétie cocasse. L'apprentissage du code puis de la conduite par les migrants est source de gags, tout comme les démarches parfois quasi désespérées auxquelles se livre Isabelle. Cela nous vaut un repas de Noël décapant, une découverte de Paris en vélibs, des révisions à domicile qui dérapent et un examen final qui ne se passe pas comme prévu (et qui m'a un peu rappelé Les Sous-Doués).

   J'aurais pu conclure de manière moins positive, à cause de la fin très convenue... mais l'action ne s'arrête pas au commencement du générique de fin. Restez dans la salle pour savourer une dernière scène !

vendredi, 23 novembre 2018

Overlord

   Aujourd'hui, le cinéma CGR de Rodez a participé au Black Friday : la place ne coûtait que cinq euros. J'en ai profité pour aller voir Overlord, dont l'action se déroule durant les trois jours qui précèdent le Débarquement de Normandie. Des commandos américains sont parachutés en France, avec pour objectif de neutraliser une station de radio allemande. Ils vont y découvrir un peu plus que ce qu'ils étaient venus chercher...

   Le début est très bon. On se retrouve dans un avion chargé de parachutistes, tentant d'échapper à la DCA allemande. C'est spectaculaire, réaliste. Signalons que l'on doit les (excellents) effets spéciaux de ce long-métrage à Lucasfilm.

   Hélas, très vite, les incohérences et les invraisemblances se bousculent. Dès le début, le scénario ne tient pas la route : vu la ségrégation qui régnait dans l'armée d'Oncle Sam à l'époque, il est impossible qu'une troupe multiraciale ait pu être constituée, commandée de surcroît par un sergent afro-américain !

   Cela continue lorsqu'on suit les rescapés du parachutage. Alors qu'ils viennent à peine d'échapper aux troupes allemandes, encore présentes dans le bois, voilà-t-y pas que nos héros se mettent à gueuler en pleine nuit. En dépit de leurs maladresses, ils réussissent à échapper à toutes les patrouilles, y compris dans le village. De la même manière, quand ils se retrouvent dans le grenier de la demeure d'une ravissante Normande (Mathilde Ollivier, qui incarne un personnage doté d'une belle paire d'ovaires), ils font un boucan du diable, sans attirer l'attention du moindre soldat ennemi.

   Ils faut dire que les (très) méchants nazis (qui semblent cumuler tous les défauts du monde) sont occupés à une tâche ultra-secrète, dans le sous-sol de l'église où est installé le poste de communication que les gentils Américains ont pour mission de détruire.

   Là, cela devient gore et, dans un premier temps, c'est réussi. C'est rythmé, filmé très correctement. Hélas, les invraisemblances reprennent vite le dessus. J'ai beau apprécier les éviscérations, les démembrements, les os brisés, le sang qui gicle et les résurrection miraculeuses, là, c'est vraiment trop... jusqu'au 800 mètres piqué par le héros en plein sous-sol, alors qu'un bâtiment s'effondre, les explosions se déclenchant juste après son passage...

   Comme il est techniquement bien fichu, le film, pris au second degré, n'est pas désagréable à regarder. Sans plus.

   P.S.

   Entre deux scènes de baston, les scénaristes ont glissé quelques réflexions. De nombreux plans contiennent des sous-entendus à propos des idées nazies (sur les "races supérieures"). Même le génie démocratique yankee passe aussi (un peu) à la moulinette : un des officiers américains se livre sur son rival allemand à une séance de torture dont la mise en scène évoque immanquablement les dérives constatées lors des opérations en Irak et Afghanistan.

dimanche, 18 novembre 2018

Les Animaux fantastiques - Les Crimes de Grindelwald

   Deux ans après avoir vu le premier volet des aventures de Norbert Dragonneau (Newt Scamander dans la version originale, dont j'ai pu profiter au CGR de Rodez, tout comme pour les récents First Man, Bohemian Rhapsody et Sale temps à l'hôtel El Royale), je dois avouer que j'en ai presque tout oublié, à l'exception du personnage principal, de sa valise magique et de quelques-unes des créatures qu'il a croisées sur son chemin.

   D'ailleurs, ces créatures constituent pour moi le principal intérêt du film. Elles bénéficient d'effets spéciaux étourdissants, encore meilleurs je crois que dans le premier volet. L'image demeure toutefois un peu trop sombre à mon goût. Ce doit être pire en 3D.

   Bon, ben, heureusement que l'habillage visuel est splendide, parce que, question caractérisation des personnages, c'est vraiment sommaire. Le seul à avoir un texte élaboré à déclamer est le héros, toujours interprété par Eddie Redmayne, dont je commence à me lasser de l'air godiche. Son personnage n'évolue pas. Ses interactions avec les amis comme les adversaires sont sans subtilité.

   Les autres protagonistes sont réduits quelques traits sommaires, à l'exception peut-être du super-méchant, Grindelwald, auquel Johnny Depp prête son visage tantôt hermétiquement froid, tantôt halluciné. Si l'on ajoute à cela une coupe de cheveux façon "dessous-de-bras", on obtient quelque chose d'assez convaincant.

   Par contre, tous les autres personnages sont extrêmement caricaturaux. Katherine Waterston et Alison Sudol jouent les supplétives, la première rappelant inévitablement la Trinity de Matrix (Carrie-Ann Moss... mmmm). Dan Fogler incarne le petit gros sympathique et rigolo, une figure déjà vue mille fois. Quant à Jude Law (qui joue quand même Dumbledore jeune !), il a l'air de terriblement s'ennuyer.

   Il faut dire que, la plupart du temps, ces acteurs évoluent devant un fond vert. Cela n'a pas dû être un travail exaltant. Mais il est vrai que l'assemblage final a de la gueule, sur le plan visuel. C'est donc plutôt à conseiller à des enfants (pas trop jeunes toutefois : c'est assez violent), des ados pas trop difficiles et des adultes qui n'ont pas la mémoire des films qu'ils ont déjà vus.

   PS

   La fin n'en est évidemment pas une. On nous prépare une suite... et il se dit qu'au total, ce sont cinq films qui sont programmés.

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samedi, 17 novembre 2018

Mon cher enfant

   Cet enfant n'est pas le héros du film. Mais tout tourne autour de lui. Sami est le fils unique d'un couple (âgé) de classe moyenne tunisienne. A force de travail, les parents Riadh et Nazli ont acquis une petite aisance matérielle (un appartement dans un quartier tranquille, une voiture récente...), que l'on perçoit toutefois comme fragile. Le fils est sur le point de passer le baccalauréat, mais souffre de migraines.

   La première partie de l'histoire ne m'a pas plu. J'ai trouvé le portrait de famille très conventionnel, filmé platement. On sent la volonté de montrer des "Tunisiens normaux", citadins occidentalisés, modérés. C'est vraiment souligné au marqueur fluorescent... et avec quelques incohérences. Ainsi, le père (insupportable papa-poule) n'assure plus son véhicule, sans doute par souci d'économie, mais dépense à mon avis bien plus d'argent dans des futilités.

   De l'inventivité aurait pu naître du monde adolescent-jeune adulte dans lequel évolue le fils, mais c'est escamoté, puisque tout ou presque est vu du point de vue des parents (du père principalement, au début).

   Le film démarre enfin quand le fils disparaît. Je ne vais pas en dire trop pour ne pas déflorer l'intrigue, mais sachez que c'est inspiré d'une histoire vraie. (Les spectateurs des Cowboys ne seront pas trop dépaysés.) Le père, désormais à la retraite, décide de partir à la recherche de son fils, au cours d'un périple qui va notamment le mener en Turquie. (Les observateurs attentifs remarqueront que, dans les deux premiers tiers de l'histoire, que ce soit en Tunisie ou en Turquie, on ne voit pas une seule femme voilée...) La scène la plus marquante est le dialogue entre Riadh et le propriétaire d'une maison transformée en hôtel, un vieillard que ses enfants ont laissé tomber et qui semble avoir compris beaucoup de choses.

   La troisième partie se déroule en Tunisie. Le personnage de la mère prend un peu plus d'ampleur. J'ai craint que l'on ne retombe dans des clichés mais, finalement, c'est assez inattendu et plutôt bien joué.

jeudi, 15 novembre 2018

En liberté !

   Je suis un fan des premiers films de Pierre Salvadori (Cible émouvante et Les Apprentis). J'ai un peu relâché depuis, même si je suis allé voir Dans la cour, qui ne m'a pas emballé. Ici, j'étais de nouveau réticent, de crainte que, en dépit des critiques  très positives, je ne connaisse une nouvelle déception. Mais, comme la bande-annonce est alléchante, je me suis laissé tenter.

   L'intrigue tourne autour d'Yvonne (Adèle Haenel, qui ne cesse de me surprendre agréablement), une jeune policière, veuve avec un enfant. Le meilleur ami de son défunt époux a les yeux de Chimène pour elle... tout comme un ancien taulard, condamné à tort, qui ignore tout d'elle, mais la voit comme sa planche de salut.

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   Le film démarre sur une scène trépidante, bourrée de clins d'oeil. On y voit le policier encore vivant (Vincent Elbaz, excellent) mener une intervention avec dynamisme... Du moins, c'est ce que sa veuve raconte à leur fils, qui n'a pas vraiment connu son père. On va revoir plusieurs fois cette scène, à chaque fois différente, selon l'humeur de la conteuse.

   Entre temps, on aura compris que le collègue d'Yvonne (Damien Bonnard, formidable) en pince grave pour celle qu'il croyait inaccessible. Il dispose d'un atout dans son jeu : il est (presque) un père de substitution pour le gamin.

   Tout s'effondre quand Yvonne apprend que son héros de mari était un peu ripoux sur les bords (et même franchement au milieu). Elle devient obsédée par l'injustice subie par Antoine (Pio Marmai, au niveau des autres), qui, à l'issue d'un incroyable quiproquo, la prend pour une prostituée ! Lui-même est sorti de prison passablement abîmé (sur le plan mental). Sa compagne (Audrey Tautou, peut-être un petit peu moins bonne que les autres) ne le comprend plus.

   C'est donc délicieusement loufoque, avec quelques scènes particulièrement tordantes, comme celles narrant les exploits du défunt, ou l'attaque finale de la bijouterie (vraiment géniale). J'ai aussi beaucoup apprécié la séquence "aquatique", au cours de laquelle on assiste à un joli retournement.

   Je mettrai quand même un bémol à mon enthousiasme, en raison de certaines scènes "intercalaires", dans lesquelles le propos du réalisateur se fait sociologisant (sur la prison qui détruit). La fin n'est pas non plus la partie la plus réussie du film. Mais cela reste une très bonne comédie.

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mardi, 13 novembre 2018

Kursk

   Le K-141 Koursk (un sous-marin nucléaire) était l'un des fleurons de la marine russe. Il portait un nom prestigieux, celui d'une des batailles décisives de la Seconde guerre mondiale. En 2000, au cours d'exercices militaires en mer de Barents (en plein nord, pas très loin de la Scandinavie...), il a été victime de plusieurs explosions. Ce film (une coproduction internationale non-russe) ambitionne de faire comprendre ce qu'il s'est réellement passé ces jours-là, tout en rendant hommage à des hommes et des femmes ordinaires, les sous-mariniers et les membres de leur famille.

   Le sujet est alléchant. Cela commence de manière ultra-classique, par une séquence montrant l'intense camaraderie qui régnait entre les membres de l'équipage. Dès le début, Mathias Schoenaerts est bluffant... alors que j'ai trouvé Léa Seydoux moyennement convaincante en épouse de marin russe.

   Cela s'améliore dès qu'on est au niveau du sous-marin. Le cadre de l'image change, prenant la forme du cinémascope. Le dernier départ est d'une incontestable beauté formelle. La suite, dans le huis-clos de vos salles de bain de la boîte à sardine nucléaire immergée, est bien maîtrisée. Thomas Vinterberg (que, depuis le brillant Festen, on croit surtout capable de mettre en scène des histoires familiales) réussit sa montée de tension, aussi bien à l'intérieur du sous-marin qu'à l'extérieur, quand, dans la ville côtière, les proches comprennent qu'il se passe un truc anormal... et que les officiels russes (les gradés de l'armée comme les bureaucrates poutiniens) les... mènent en bateau.

   Voilà pourquoi ce film ne pouvait pas être une production russe. Oh, il ne faut pas accabler l'autocrate du Kremlin, qui n'était pas depuis très longtemps au pouvoir. Mais cette histoire est quand même révélatrice de l'opacité, du nationalisme ombrageux et du mépris de la vie humaine des dirigeants russes. Le film a aussi le mérite de rappeler qu'après la fin de la Guerre froide, les crédits militaires avaient beaucoup baissé.

   Toutefois, la dénonciation est un peu hollywoodienne. J'ai senti dès le début qu'un truc se préparait autour de la montre. De plus, à plusieurs reprises, on nous montre bien le gamin au regard qui s'assombrit, signe qu'il va bien finir par exprimer son désaccord, d'une manière ou d'une autre. Malgré tout, je trouve ce film de bonne facture. C'est un divertissement très correct, pour amateurs du genre.

dimanche, 11 novembre 2018

Bohemian Rhapsody

   Voici donc le demi-biopic de Freddy Mercury et de Queen. Bien que durant 2h15, le film ne décrit ni l'enfance ni l'adolescence de celui qui s'appelait Farrokh Bulsara et l'intrigue s'interrompt sur un point d'orgue, la formidable séquence du concert de Wembley, laissant de côté les dernières années du chanteur.

   Je pense que c'est un bon choix. Il y avait tant de choses à dire et à montrer que, d'un point de vue cinématographique, il était plus pertinent de se concentrer sur la naissance du groupe, jusqu'à ce qui est parfois considéré comme son apogée (même si Mercury n'est plus tout à fait à son meilleur niveau lors du concert).

   Ce choix a aussi l'avantage de ne pas trop faire vieillir les personnages, qui sont donc toujours interprétés par les mêmes acteurs. J'ai un peu tout lu et entendu à propos de Rami Malek (qui s'est fait connaître en tant qu'Elliot dans Mr Robot). D'accord, ce n'est pas un sosie de Freddy Mercury. OK, sa prothèse dentaire est parfois gênante. Mais le comédien nous livre une sacrée performance. Il incarne véritablement l'artiste. (Au niveau du chant, il s'est évidemment contenté du play-back sur les pistes enregistrées de Mercury, une doublure-voix ayant été sollicitée pour certaines scènes.)

   Pour les seconds rôles, on a visiblement recherché des acteurs et des actrices ressemblant déjà physiquement à leurs personnages. L'alchimie fonctionne : on sent qu'ils forment un groupe, avec sa complicité, ses engueulades et ses non-dits. Bien que n'étant pas un grand fan de leur musique, j'ai quand même beaucoup aimé les scènes montrant leur travail d'artistes, en particulier toute la séquence aboutissant à la naissance du titre Bohemian Rhapsody. Il manque toutefois la genèse du clip vidéo, qui était novateur pour l'époque.

   La mise en scène elle-même ne se veut pas un plat filmage de la grandeur et de la décadence d'un artiste populaire d'origine modeste. J'ai déjà évoqué la séquence du Live Aid (dont une partie du matériau sert d'introduction au film). On sent la patte de Bryan Singer, qui s'est creusé la tête pour, d'une oeuvre essentiellement musicale, faire une oeuvre visuelle. Il y a aussi instillé de l'humour et de l'émotion (surtout vers la fin).

   C'est clairement un film qui vise le grand public. Il me semble qu'on a gommé certaines aspérités dans la vie personnelle de Mercury, ainsi que dans ses relations avec les membres du groupe. Mais, en gros, quand ce n'est pas montré, c'est suggéré.

   Il y a quand même quelques facilités et quelques maladresses. La première rencontre entre trois des quatre futurs membres du groupe ne m'a pas convaincu, tout comme la séquence de rupture entre le héros et son conseiller-protecteur-amant-homme-à-tout-faire Paul (qui débute par la visite de son ancienne compagne). Il y a aussi la tendance (agaçante) à filmer les visages des personnages secondaires, émus ou en admiration devant le héros. Enfin, je doute que l'évolution des dons (pendant le concert) soit aussi caricaturale que ce qui est montré. Mais, franchement, vu la qualité de l'ensemble, on peut se montrer indulgent pour les petits défauts du film.

   PS

   J'ai lu et entendu que Singer avait reconstitué l'intégralité de la prestation de Queen au Live Aid. Ce n'est pas exact, me semble-t-il. On ne voit pas Mercury jouer à la guitare sur Crazy little thing called love et le morceau (très moralisateur) Is this the world we created, interprété en fin de concert, est absent.

   PS II

   Les chats sont très mignons... mais, curieusement, on ne voit jamais Malek/Mercury les caresser, alors qu'il les adorait. L'acteur serait-il allergique ?... Apparemment oui !

vendredi, 09 novembre 2018

Sale temps à l'hôtel El Royale

   Il ne faut pas se fier à ses airs clinquants, le faisant passer de prime abord pour un établissement haut-de-gamme (qu'il fut peut-être dans le passé). El Royale est un hôtel miteux, bon marché, qui, au coeur des années 1960, est fréquenté par des clients qui ont tous quelque chose à cacher.

   L'intrigue nous est présentée sous forme de puzzle (avec un côté Pulp Fiction... mais  juste un petit côté, hein). L'hôtel lui-même est une sorte de labyrinthe, rempli de mystères. Petit à petit vont se dévoiler les secrets de chacun, en général lorsque l'un des autres personnages les découvre.

   L'habillage visuel et musical est "chaud", voire sensuel. On est plongé dans une sorte de cocon régressif, où surgit, de temps à autre, une péripétie hyper-violente. Les personnages sont bien caractérisés... et interprétés avec talent.

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   Le premier à occuper le devant de la scène est ce père de famille en déplacement, complètement paranoïaque... et qui finit par donner un coup de fil à un certain J Edgar. Il est visiblement venu dans cet hôtel dans un but bien précis. Il est parfaitement interprété par Jon Hamm, que l'on a pu voir récemment dans Baby Driver et Opération Beyrouth.

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   Encore plus mystérieux est le Père Flynn (Jeff Bridges, bridgessien comme jamais). Presque personne ne croit une seconde qu'il pourrait réellement être un ecclésiastique. Mais le personnage semble plus complexe qu'il n'y paraît. Il va connaître une évolution inattendue.

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   C'est en partie dû à sa rencontre avec Darlene Sweet, une chanteuse qui peine à percer, mais qui ne manque pas de jugeotte. Dans le rôle, Cynthia Erivo est une révélation. Dotée d'une très belle voix (pendant le tournage, elle a chanté dans les conditions du direct), elle dégage une belle intensité de jeu. De surcroît, le scénario ménage pas mal de rebondissements concernant ce personnage.

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   La redoutable Emily et le mystérieux réceptionniste Miles complètent l'équipe de l'hôtel (où ne semble travailler aucun autre personnel de service). Au début de l'histoire, Emily est celle qui semble cacher le plus gros secret. La dernière demi-heure est chargée de détromper les spectateurs.

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   Ah... mais... c'est que j'ai failli oublier l'invité de dernière minute, le gourou Billy Lee. C'est une petite crapule, à laquelle Chris Hemsworth (entre le tournage d'un Avengers et celui d'un Thor) prête sa plastique sculpturale, qu'il est impossible d'ignorer, vu que, lorsque l'acteur n'est pas filmé le dos dénudé, ses pectoraux et abdominaux sont généreusement offerts aux regards par des plans centrés sur une chemise inévitablement déboutonnée...

   Cela donne un bon film d'action, nourri d'humour et de musique séduisante, bien que désuète. Le rythme est parfois un peu lent (comme si Tarantino avait pris du Lexomil), mais c'est parce que le réalisateur Drew Goddard veut laisser le temps à ses acteurs de bien camper leur personnage. La dernière partie de l'histoire louche plutôt vers Jackie Brown... et c'est bien vu.

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jeudi, 01 novembre 2018

Chacun pour tous

   Ce n'est pas la comédie française sortie cette semaine qui a bénéficié du plus important tapage médiatique. Je ne m'attendais donc pas à ce que la salle où je l'ai vue soit aussi copieusement remplie, d'autant que, sur un sujet approchant, un film espagnol (Champions) était visible cet été.

   L'intrigue colle davantage à l'histoire vraie qui l'a inspirée : la constitution d'une équipe de basket-ball dans l'objectif de participer aux jeux paralympiques de Sydney (en 2000), mais avec une majorité de joueurs... valides. C'est en France que les auteurs situent le début de leur intrigue, avec d'un côté un entraîneur (Jean-Pierre Darroussin, très bon) qui voit ses meilleurs joueurs quitter le groupe et de l'autre des jeunes en galère de fric, pratiquant régulièrement le basket... mais parfaitement valides.

   Encore que... L'un des charmes de ce film est de montrer qu'entre handicapés mentaux et individus supposés "normaux", la frontière est plus fluctuante que ce que l'on croit. La première touche est donnée dès le début, avec le quiproquo dont est victime le nouvel éducateur, que Martin/Darroussin prend pour un handicapé. Cela continue tout au long de l'histoire avec les personnages de Michel et André, qui n'ont guère besoin de se forcer pour paraître simplets ou tout simplement bizarres. Du côté des handicapés, Yohan le vindicatif raisonne parfois bien mieux que les "valides". On notera que sa soeur Julia est incarnée par Camélia Jordana, que j'ai retrouvée avec plaisir, un an après Le Brio. Son personnage représente un peu la caution morale de l'équipe.

   Le scénario s'attarde peu sur la partie physique et tactique des entraînements. Une fois le groupe constitué et validé par la fédération, on nous emmène en Australie, où la compétition ne va pas se dérouler comme prévu...  pas plus que la vie quotidienne. La cohabitation entre valides et non-valides est délicate... mais l'alcool (la "limonade australienne"), la musique, le poker et la quête de l'amour vont souder l'équipe, malgré les non-dits.

   Je ne dirai pas comment cela se termine, mais sachez que ce conte (im)moral m'a donné la pêche.

   PS

   Aux âmes sensibles qui s'offusqueraient que l'on rie de personnes déficientes dans ce film, je signale que, dans la salle, étaient présents des handicapés (physiques et mentaux), qui n'étaient pas les derniers à s'esclaffer.

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mercredi, 31 octobre 2018

Un Peuple et son roi

   Se déroulant entre le 14 juillet 1789 (prise de la Bastille) et le 21 janvier 1793 (exécution de Louis XVI), le dernier film de Pierre Schoeller (auteur du brillant L'Exercice de l'Etat) propose une lecture de la Révolution française, à travers quelques grands moments et, en parallèle, les aventures de "Français d'en-bas".

   Des personnages "ordinaires" se détachent l'ouvrière Françoise (Adèle Haenel, très bien) et le verrier L'Oncle (Olivier Gourmet, dont je ne me lasserai pas de dire qu'il est un grand acteur). Ce sont les personnalités les plus travaillées et les plus convaincantes, les autres me semblant un peu trop taillées à la hache ou agaçantes (comme Basile, interprété par Gaspard Ulliel, qui en fait un peu trop).

   C'est que, malgré les deux heures, il était difficile de raconter une histoire complète tout en suivant le processus révolutionnaire. C'est l'erreur commise par le cinéaste (comme d'autres avant lui). Il aurait dû davantage se concentrer sur un ou deux épisodes (par exemple la prise de la Bastille et le vote de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen). Mais cela nous aurait privé de la vision d'ensemble, que Schoeller tenait visiblement à donner : le peuple s'est fait voler sa révolte par la bourgeoisie, une analyse un peu manichéenne, même si elle ne manque pas totalement de fondement. L'intrigue est aussi trop parisienne à mon goût, la capitale ne comptant que 2 à 3 % de la population du pays à cette date.

   Au niveau de la mise en scène, il n'y a pas à dire : c'est du bon boulot, avec quelques scènes particulièrement bien troussées, comme la destruction de la Bastille (malgré la symbolique lourde de la lumière qui pénètre dans les rues du quartier populaire à la suite de son effondrement), le défilé nocturne des révolutionnaires dans les rues de Paris, éclairées par les torches, la séquence du retour de Louis XVI (après sa fuite jusqu'à Varennes) ou encore la mort du roi, d'une indéniable force, en dépit du mauvais choix d'acteur. Non que Laurent Lafitte joue mal, mais le charisme qu'on lui prête tranche avec ce que l'on sait du roi défunt.

   On a droit aussi à de bonnes scènes théâtrales, au sein de l'Assemblée nationale (que ce soit sous le nom d'Etats généraux, d'Assemblée législative et de Convention). Même si certains acteurs prennent un peu trop la pose, j'ai aimé le moment du vote (lors du procès de Louis XVI), lorsque chaque député vient à la tribune expliquer son choix, avec ses mots... et son accent. (On ne voit pas d'élu aveyronnais.)

   Au final, le film est un peu frustrant, non en raison de sa faible qualité (c'est un bel ouvrage), mais par son côté papillonnant, sautant d'un événement à l'autre. Une série télévisée aurait été plus adaptée.

mardi, 30 octobre 2018

L'Amour flou

   Ce faux documentaire est une autofiction tragi-comique, s'appuyant sur des situations vécues, d'autres inventées. A la base, il est question de la séparation du couple formé par Romane Bohringer et Philippe Rebbot. On ne présente plus la fille de Richard, qui connut son heure de gloire dans les années 1990. Son ex-compagnon est pour beaucoup un quasi-inconnu, alors que son visage est apparu dans quantité de films/séries, au titre de second, troisième rôle voire de figurant.

   Nos deux lascars font preuve d'une incontestable autodérision. Au niveau professionnel, Rebbot ne cache pas que, bien qu'étant acteur, il vit dans l'ombre, tandis que Bohringer travaille régulièrement, mais plutôt désormais dans des productions assez confidentielles.

   La présentation de l'univers familial mérite aussi le détour. Rebbot est le portrait craché de son père (sur le plan physique), qui n'en désapprouve pas moins la rupture avec Romane, une femme qui a la tête sur les épaules... parce que, autant le dire tout de suite, si vous n'aimez pas le genre "intermittent du spectacle paresseux et gauchisant", le principal personnage masculin risque de sérieusement vous agacer ! Chez les Bohringer, la manière dont Romane choisit de gérer la rupture provoque, dans un premier temps, l'incompréhension. On se croirait (presque) dans une comédie italienne.

   C'est précisément dans la gestion de la rupture que le film fait preuve d'originalité : les anciens amoureux vont emménager dans un appartement double "expérimental" : les logements des parents sont quasi voisins, communiquant par l'intermédiaire de la chambre des enfants, située en position médiane. Evidemment, cela donne lieu à nombre de situations cocasses, les adultes rivalisant d'attentions pour attirer la progéniture de leur côté... Toutefois, ce n'est pas l'aigreur qui domine cette séparation. Les parents se veulent progressistes, mûrs... mais, parfois, le ressentiment l'emporte et l'on se dit franchement (voire méchamment) ses quatre vérités.

   Les autres bons moments de comédie sont liés aux tentatives de chacun pour vivre sa vie de son côté. Rebbot est pathétique dans sa quête de la jeunesse perdue. Bohringer a elle aussi envie de croquer de la chair fraîche. Elle découvre que, bien que superbement gaulée à 44 ans, la route est longue dans la quête d'un nouveau partenaire. J'ai trouvé particulièrement savoureuse la mise en scène des fantasmes féminins...

   Signalons que c'est très correctement filmé, avec un indéniable sens du rythme. On sent aussi une immense tendresse, principalement envers les enfants, mais aussi envers la famille et l'autre, l'ex, si irritant(e) parfois, mais avec lequel (laquelle) on a partagé tellement de choses.

   Même si tout n'est pas parfaitement réussi, je recommande chaudement cette comédie atypique, rafraîchissante.

dimanche, 28 octobre 2018

Cold War

   Cette "guerre froide" est d'abord le contexte dans lequel se déroule l'intrigue, dans la Pologne (puis -un peu- la France) des années 1949-1959, lorsque l'Europe de l'Est a été stalinisée sous la tendre férule des partis communistes locaux, appuyés par la délicate présence de l'Armée rouge. Au sens figuré, le titre évoque les amours tumultueuses d'une chanteuse et d'un compositeur-interprète.

   L'auteur, Pawel Pawlikowski, s'est fait remarquer il y a quatre ans par le fantastique Ida (qui a remporté l'Oscar du film en langue étrangère l'année suivante). On en retrouve les qualités formelles, à travers entre autres l'usage du noir et blanc, vraiment superbe, encore plus beau que dans son précédent film. Les plans urbains m'ont particulièrement marqué, notamment ceux de Paris. On sent aussi que le réalisateur sait où placer sa caméra et comment la bouger, jouant sur la complémentarité de l'image et du son.

   L'histoire commence, de manière inattendue, par la description du travail d'une équipe d'acteurs culturels chargée de répertorier les traditions populaires de la Pologne, à travers ses chansons. Au passage, on découvre l'existence d'une minorité, les Lemkos, qui parle une langue ruthène. (A ne pas confondre avec les Rutènes qui se sont installés dans l'actuel Aveyron.)

   La partie du film qui m'a enchanté est celle traitant de la naissance de l'amour entre le pianiste Wiktor et la chanteuse Zula (interprétée par Joanna Kulig). Celle-ci est fichtrement belle... encore plus lorsqu'elle n'est pas (ou très peu) maquillée. Je vais avoir l'air d'insister lourdement sur ce point, mais sa beauté est magnifiée par le noir et blanc (et le regard du réalisateur...).

   Zula a un joli brun de voix, mais elle n'aurait sans doute pas dû intégrer le groupe folklorique en cours de formation. Son astuce et son caractère ont joué pour elle... et mis le pianiste dans son lit.

   Evidemment, la demoiselle suscite les convoitises. S'ajoute à cela la tutelle plus ou moins pesante du pouvoir communiste. Les artistes aspirent à plus de liberté, en tout cas pas à servir de simple porte-voix de la propagande gouvernementale.

   C'est à peu près à partir de ce moment que cela se gâte, au niveau de l'intrigue comme de mon ressenti. Le côté tragique de l'histoire prend le dessus. Le réalisateur semble avoir échangé ses chaussons de danse contre des sabots boueux. Je ne peux pas trop en dire sous peine de déflorer l'intrigue mais, en gros, à chaque fois qu'un carrefour se présente au niveau de l'histoire, on peut être sûr que l'un des deux amoureux va faire le mauvais choix. Dans cette optique, la fin, bien que légèrement elliptique, est d'une logique implacable.

   En dépit de ces (grosses) réserves, comme le film ne dure qu'1h25, on peut tenter l'expérience, tant la forme est réussie.

samedi, 27 octobre 2018

Le Grand Bain

   Vaguement inspirée d'une histoire vraie (suédoise), cette comédie de Gilles Lellouche fait irrésistiblement penser à The Full Monty. Elle réunit une distribution prestigieuse.

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   L'intrigue nous est racontée par Bertrand, père de famille au chômage, soutenu par une épouse qui a la tête sur les épaules. Marina Foïs comme Mathieu Amalric sont épatants, s'étant parfaitement coulés dans les personnages, sans chercher à faire de performance.

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   La situation de Laurent (Guillaume Canet) est à l'opposé. Il dirige une entreprise prospère, est respecté de ses employés... mais son mariage part en sucette et il entretient une relation compliquée avec sa mère (Claire Nadeau, qu'on retrouve avec plaisir). Marcus (Benoît Poelvoorde, excellent comme d'hab') dirige lui aussi une boîte (qui vend des piscines), mais dont la santé financière est beaucoup moins assurée. C'est un beau parleur, plein de gouaille, mais un peu seul, au fond.

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   Simon et Thierry (Jean-Hugues Anglade et Philippe Katerine, très bons) sont les deux "cheveux longs" de la bande. Le premier, employé dans la cuisine d'un lycée, est un rockeur raté, qui vit dans une caravane. Le second travaille à la piscine municipale. Vieux garçon introverti, il est un peu le souffre-douleur des mecs de l'équipe de water-polo.

   A ces vedettes s'ajoutent un barbu farfelu, un jeune Indien obèse parlant à peine le français et un employé d'EHPAD ayant acquis, par la force des choses, une formidable capacité à retenir sa respiration.

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   L'équipe ne serait pas au complet sans le duo majeur constitué par les entraîneuses, incarnées par Leïla Bekhti et Virginie Efira. Ce sont deux anciennes championnes de natation synchronisée, dont l'amitié s'est fracassée sur l'interruption de leur carrière internationale. Amanda est handicapée et aigrie (mais son personnage est moins caricatural que ce que la prometteuse bande-annonce laisse voir). Delphine est une alcoolique repentie encore fragile, que l'on a envie de prendre dans ses bras et de consoler.

   Ce n'est donc pas qu'une comédie. C'est aussi un film sur la difficulté de vivre, dans la France d'aujourd'hui, notamment pour des mâles âgés de 35-50 ans. Leur engagement dans cette improbable équipe de natation synchronisée masculine est une sorte de bouée de sauvetage. Si leur parcours est construit selon un schéma hyper-balisé, je n'en ai pas moins pris beaucoup de plaisir à le suivre, d'autant que la musique (la pop des années 1980) me convient à merveille.

14:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 26 octobre 2018

The Predator

   La Fox a décidé de relancer la franchise, mais pas par un reboot (une remise à zéro). L'un des personnages finit par déclarer que les "prédateurs" sont déjà venus à plusieurs reprises sur la Terre, signe que l'on se place dans la continuité des films sortis dans les années 1980-1990 (mais pas ceux faisant intervenir les créatures aliens).

   Le début est très très laborieux, bourré de clichés. Le héros est un tireur d'élite de l'armée américaine, incarné par un habitué des seconds rôles (Boyd Holbrook, vu il y a peu dans Logan) qui ne s'en sort pas si mal. C'est bien entendu un soldat hyper-doué et rebelle. Il est séparé de sa superbe épouse, qui est... peintre et porte des salopettes trouées aux genoux. Tous deux ont un enfant, qui est... autiste... mais, attention, hein, pas le genre d'autiste totalement coupé du monde, victime d'un retard mental ou sujet à des comportements particulièrement désorganisés. Non, ce gamin-là est un petit génie. Et ça tombe bien : le scénario a besoin qu'un des personnages puisse décrypter les codes des "prédateurs". Elle est pas belle, la vie ?

   Comme ça manque de gonzesses, on est allé chercher une brillante biologiste, dont il n'est pas forcément utile que je précise qu'elle est canon. (Elle est incarnée par la délicieuse Olivia Munn, vue notamment dans X-Men - Apocalypse.) C'est la scène de son recrutement qui vaut son pesant de dreadlocks extraterrestres : alors qu'elle est en train de promener son chien, elle est abordée par des agents gouvernementaux (pas vraiment discrets), le chef de l'équipe tentant de la convaincre avec un argument du genre "Je crois savoir que vous aimez regarder les étoiles". Même le chien, qui aboyait bruyamment jusque-là, en est resté sans voix.

   Voilà pourquoi, en dépit de l'une des premières scènes (délicieusement saignante), au bout d'un quart d'heure, je me suis demandé si j'avais bien fait de choisir cette séance pour faire progresser ma digestion. Et puis sont apparus les futurs membres de l'équipe de bras cassés qui allait se constituer autour du héros. Ce sont tous d'anciens soldats (du genre commandos) et tous ont un truc qui cloche : l'un est atteint du syndrome de Gilles de La Tourette ('Culé d'ta race ! Mange ta merde !), un autre a flingué son unité entière (à l'exception d'un camarade, qui l'accompagne dans son délire), un quatrième a tenté de se suicider, le cinquième est devenu mystique.

   Cela devient drôle, tout en restant animé : le "prédateur" fait prisonnier réussit à s'échapper (en faisant évidemment beaucoup de dégâts)... et tombe sur un autre chasseur ultra-dangereux, venu sur notre planète pour récupérer un truc super-important... mais je ne vous dirai pas quoi. Sachez seulement que le fils autiste du héros détient la clé de l'énigme. Aux manettes se trouve Shane Black, auquel on doit Iron Man 3 et The Nice Guys.

   Nous voilà embarqués dans un camping-car, avec une bande de tarés, face à de sournois contractuels gouvernementaux et d'impitoyables prédateurs, ces deniers accompagnés de chiens de l'espace vachement effrayants. Le jeu consiste à parier sur le nombre et l'identité des survivants. Sachez que la fin ménage une suite...

13:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 25 octobre 2018

Amin

   C'est le prénom du principal personnage masculin, un immigré sénégalais (en situation régulière), travaillant dans une entreprise de BTP, en France métropolitaine. Toute sa famille est restée au village, situé dans la région de Thiès, à l'est de Dakar :

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   La première séquence nous présente un groupe d'ouvriers, tous d'origine africaine, semble-t-il. Il est marqué par une assez grande diversité, puisque les Sénégalais y côtoient des Marocains, des Maliens, entre autres. Il y a des jeunes et des vieux, une majorité d'hommes, mais aussi quelques femmes. Presque tous vivent dans ce qu'on appelait il y a des années un foyer Sonacotra (aujourd'hui Adoma).

   La deuxième partie montre le retour au pays d'Amin. Il revient habillé propre et chic, des centaines d'euros planqués dans les chaussettes. Une partie de cette somme va servir à faire construire sa maison, une autre à monter une boucherie avec ses frères, restés au Sénégal. Bien entendu, une part importante est réservée à la famille proche, une petite somme étant gardée pour financer l'école du village.

   Ici, on quitte la langue française (pour le wolof ou le sérère) et les vêtements très colorés remplacent le chemise-pantalon. Paradoxalement, ces retrouvailles ont pour fonction de nous montrer la dureté de la séparation : l'épouse d'Amin (ravissante et au caractère entier) Aïcha (Marème N'Diaye, très bien) a de plus en plus de mal à tenir le fils aîné. Au quotidien, elle doit gérer tous les soucis... et le poids des regards du village et de la famille élargie, avec laquelle elle ne s'entend pas forcément très bien.

   C'est lors du retour en France d'Amin que les choses se compliquent. Il a certes du travail (sans doute en partie payé au noir), mais il aspire à autre chose... tout comme Gabrielle, la cliente du chantier auquel il participe. Emmanuelle Devos incarne une quadra en pleine séparation, qui aimerait sans doute retrouver une part de ses rêves de jeune femme. La présence séduisante d'un homme bien bâti, respectueux et travailleur réveille le désir en elle. Toutefois, cette partie ne m'a pas paru très bien mise en scène. L'acteur Moustapha Mbengue n'est pas très à l'aise (ce n'est pas dû qu'au comportement de son personnage) et la "conclusion" arrive un peu vite.

   La suite gagne en subtilité. Indirectement, deux femmes se retrouvent en concurrence. Chacune essaie d'échapper à l'emprise masculine, plus forte toutefois au Sénégal qu'en France. Gabrielle évite tant que faire se peut son ex, qui a l'air d'un gros lourd (et dont le début laisse supposer qu'il a trompé sa compagne). Pour Aïcha, c'est plus compliqué, entre les enfants désormais adolescents, les travaux du quotidien, la maison qui se construit plus ou moins bien, ses beau-frères autoritaires... et les ragots du village.

   Je ne dirai évidemment pas comment cela se termine.

   J'ai aimé ce film parce que, sur un sujet sensible, il évite d'être manichéen, une constante dans le travail de Philippe Faucon (auteur, il y a trois ans, de Fatima). Les parties africaines m'ont cependant plus emballé (sur le plan cinématographique) que les séquences françaises.

mardi, 23 octobre 2018

La Saveur des ramen

   Les rāmen sont un plat typiquement japonais (importé de... Chine !), composé de nouilles et d'un bouillon, auquel sont ajoutés divers ingrédients. Le père du héros Masato excelle dans la préparation de ce mets populaire, ce qui vaut une renommée méritée à son petit restaurant de province, où il travaille avec son frère et son fils unique. La mère de celui-ci est morte voilà plusieurs années. Elle était d'origine singapourienne et le fils regrette d'avoir perdu les saveurs de la cuisine de son enfance.

   Un événement particulier va le pousser à partir pour Singapour. Il y (re)découvre la cuisine locale (plus épicée que son homologue japonaise), en particulier le bak kut teh, littéralement "thé à l'os de viande", un plat qu'adorait jadis son père et que sa mère et son oncle savaient si bien préparer. Les repas sont autant d'occasions de retrouver le souvenir de moments heureux du passé, à l'image de ce que produit notre "madeleine de Proust".

   Le séjour de Masato n'a pas qu'un objectif culinaire. Il veut retisser les liens avec la partie singapourienne de sa famille. Il va retrouver son oncle cuisinier et rencontrer ses cousines. Entre eux, c'est la langue anglaise qui fait le lien, Masato ne comprenant pas le mandarin. Mais le plus difficile va venir des retrouvailles avec la grand-mère maternelle. Le séjour permettra-t-il de mettre fin à des querelles très anciennes ? Mystère.

   En attendant, on peut savourer les scènes culinaires. Ce film donne furieusement envie de manger. Le réalisateur Eric Khoo (auquel on doit, entre autres, Hôtel Singapura) a un incontestable talent pour filmer la préparation (et la dégustation...) des plats. Ces scènes sont autant de moments de partage, en famille ou entre amis. C'est aussi le moment où s'effectue la transmission d'un savoir-faire traditionnel. Je pense que, parfois, les cinéphiles feront le rapprochement avec Les Délices de Tokyo (un superbe film que j'avais raté à sa sortie en salles et que l'on m'a fait découvrir en DVD).

   Le ton est donc délicat, certains moments se révélant très émouvants. J'ai particulièrement aimé les retours en arrière, qui font revivre les débuts d'un amour amputé, celui du père japonais et de la mère singapourienne. J'ai aussi été très touché par l'une des dernières scènes, entre la grand-mère et le petit-fils. Ce film est une très grande réussite.

   PS

   L'argument culinaire est susceptible d'intéresser tout particulièrement les Aveyronnais. En effet, les rāmen comme le bak kut teh sont des plats d'origine populaire (de récupération même pour le second), qui ont désormais une place reconnue dans la gastronomie asiatique, un peu à l'image de l'aligot chez nous.

23:32 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 22 octobre 2018

Mademoiselle de Joncquières

   Je me suis enfin décidé à voir cette adaptation d'une digression figurant dans Jacques le fataliste de Denis Diderot. J'ai longtemps hésité en raison du réalisateur, Emmanuel Mouret, dont j'ai tendance à éviter les films. Le sujet de celui-ci, les interprètes et le bouche-à-oreille ont eu raison de mes réticences.

   Quelque part entre Les Liaisons dangereuses, Ridicule et les films en costumes de Benoît Jacquot, cette oeuvre nous parle d'amour, d'amitié, de dissimulation et de mensonge. C'est d'abord très plaisant à entendre : les dialogues sont écrits dans un français de qualité, celui que l'on pratiquait jadis en se vouvoyant, dans la bonne société. (Fin de la séquence "vieux con réac"). Au début, c'est un peu verbeux, mais j'ai particulièrement apprécié les sous-entendus, ceux que les personnages s'envoient mutuellement (notamment quand la marquise de La Pommeraye fait sentir au marquis des Arcis qu'il ne lui déplairait pas qu'il allât plus loin), mais aussi ceux qui ne sont (dans un premier temps) compréhensibles que par certains personnages et les spectateurs qui savent de quoi il retourne.

   Les interprètes sont très bons, surtout Cécile de France. Edouard Baer est dans son rôle, d'autant plus que sa fantaisie est canalisée par le texte ciselé qu'il doit déclamer. Les seconds rôles sont au diapason, en particulier Natalia Dontcheva et Alice Isaaz, dont le jeu oscille entre celui de Léa Seydoux et celui de Virginie Ledoyen jeune.

   Même si l'on sait où tout cela va nous conduire, on suit avec délice l'abandon progressif de la marquise (qui, quoi qu'elle en dise, ne demande qu'à aimer), puis l'orchestration de son implacable vengeance, jusqu'à l'épilogue plutôt inattendu, mais dans le ton de l'histoire, assez morale (dans le sens noble du terme).

   C'est un film féministe dans sa dénonciation de l'assujettissement des femmes au désir des hommes et au regard de la société. C'est aussi un film sur la naissance de l'amour, souvent impromptue. Le sentiment peut grandir ceux qui le ressentent, ou les conduire à des extrémités.

23:56 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

First Man

   Je ne suis pas un inconditionnel de Damien Chazelle : j'ai été surpris par l'engouement suscité par son précédent film, La la land. On en retrouve d'ailleurs le principal interprète ici : Ryan Gosling est chargé d'incarner une idole américaine, l'astronaute Neil Armstrong. Autant le dire tout de suite : il le fait très bien.

   Dès le début, on est "cueilli" par une séquence d'action pleine d'intensité : un vol-test du jeune pilote Armstrong, dans un avion-fusée. La mise en scène et les décors (le chef décorateur a travaillé sur Interstellar) réussissent à nous faire percevoir la dangerosité de cette mission... et la fascination ressentie lors de la courte expérience en apesanteur, au-dessus des nuages.

   La séquence suivante constitue une rupture de ton, elle aussi très marquante et révélatrice de la conduite de l'intrigue. Il s'agit d'une séquence familiale. Le film alterne ces moments intimes de la famille Armstrong avec les scènes plus "technologiques" ou héroïques. Ici se noue le drame qui a peut-être irrémédiablement changé la personnalité du futur astronaute, qui semble y avoir perdu son insouciance. J'en profite pour signaler la qualité de la composition de Claire Foy, à qui a échu la tâche difficile d'interpréter l'épouse du héros, une femme au foyer des années 1960, qui avait abandonné ses études universitaires pour se consacrer à son mari et à ses enfants.

   Le contexte de Guerre froide est bien rendu. Mais la plus grande réussite est de nous faire toucher du doigt les difficultés rencontrées au cours des programmes Gemini et Apollo (avec quelques drames à la clé, comme en ont connu les Soviétiques à peu près à la même époque). J'ai été frappé par la minutie avec laquelle l'environnement technologique a été reconstitué.

   On peut néanmoins s'émanciper de tout ce contexte pour profiter d'un très bon film à suspens, héroïsant le mutique Neil Armstrong, que Ryan Gosling parvient à rendre émouvant.

   PS

   Les plans "spatiaux" sont splendides !

dimanche, 21 octobre 2018

Voyez comme on danse

   On présente ce film comme une suite (lointaine) à Embrassez qui vous voudrez, avec lequel il partage cinq personnages. C'est une comédie bourgeoise "à la française", qui vogue sur la crise du couple et les nouveaux codes amoureux. La distribution est prestigieuse.

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   Jacques Dutronc (qui a quelque peine à tenir debout) et Charlotte Rampling (assez lumineuse) incarnent Bertrand et Elizabeth, de grands bourgeois parisiens formant un couple de façade. Les péripéties auxquelles Elizabeth va se trouver confrontée vont révéler sa ténacité et sa générosité.

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   Cette générosité s'exerce notamment à l'égard de Véro (Karine Viard, à pleins tubes), veuve, en charge d'une adolescente qu'elle ne sait pas trop comment gérer. Par dessus le marché, elle a du mal à garder un emploi. Elle forme un drôle de duo avec son amie Laura (Emilie Caen, parfaite dans le rôle), qui, elle, a la quarantaine épanouie... et diablement gourmande.

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   Passons à Eva, la fille de Véro. C'est l'un des points faibles de ce film : le personnage est caricatural, agaçant. De surcroît, on ne comprend pas pourquoi elle est scolarisée dans un lycée nantais alors que sa mère travaille à Paris (le père étant décédé, si j'ai bien compris). William Lebghil (déjà vu dans Le Sens de la fête) relève le niveau dans le rôle de son copain Alex. Il joue de manière très juste le jeune homme plutôt cool mais pas sans caractère. Il a fort à faire avec son père, qui lui est un véritable gamin attardé.

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   Cela nous mène tout naturellement au couple suivant, Julien (le père d'Alex) et Lucie (Carole Bouquet, géniale), très riche, propriétaire (entre autres) du restaurant dans lequel travaille (plus ou moins) son compagnon. Celui-ci la trompe sans vergogne... mais, depuis peu, se sent suivi (ce qui va donner naissance à quelques gags savoureux).

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   Voici donc le dernier couple... qui n'en est pas un. Mais, pour ne pas déflorer l'intrigue, je ne peux pas dire pourquoi. Sachez seulement que Sara Martins (qui a marqué les premières saisons de Meurtres au paradis) incarne Serena, la maîtresse de Julien. C'est aussi une vieille connaissance de Loïc, le fils de Véro (et donc frère d'Eva, si vous avez bien suivi), chauffeur VTC très travailleur, qui essaie d'arrondir les angles... et devrait sans doute davantage penser à lui.

   Cela donne un bon film choral, avec des hauts et des bas. J'ai souvent ri, voire ricané, tant c'est délicieusement sardonique. Même si certains dialogues sont un peu trop littéraires, c'est une comédie jouissive, qui relève le niveau des productions françaises du genre.

12:16 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

16 levers de soleil

   C'est le documentaire consacré à l'aventure spatiale de Thomas Pesquet, en 2016-2017. J'y suis allé parce que, à l'époque, je n'avais guère suivi l'emballement médiatique... et parce que j'espérais voir projetés de beaux plans de l'espace et de la Terre vue de la station internationale.

   Cela commence doucement, au Kazakhstan, à Baïkonour. Outre la vie dans le centre spatial (et l'entraînement des cosmonautes), on découvre que, dans ce bout d'ex-URSS, on a gardé le souvenir des exploits de Youri Gagarine (le premier homme dans l'espace, en 1961). On est frappé par la minutie des préparatifs... mais ce n'est pas hyper-passionnant.

   Cela s'anime avec le décollage de la fusée. On nous propose des vues de l'intérieur de la capsule où sont placés les spationautes. On comprend aussi que, par rapport à l'époque des pionniers, d'énormes progrès (en termes de sécurité et de confort) ont été faits.

   La partie se déroulant à l'intérieur de la station internationale est la plus attendue. Elle n'est pas inintéressante, mais elle m'a un peu déçu. Côté découvertes, il y a la combinaison de couchage vertical (confortable, selon Pesquet), la consommation d'aliments dans des sachets rechargeables et les activités liées à la maintenance technique. Côté déception, il y a le faible nombre de vues de l'espace et de la Terre (celles-ci non renseignées : c'est de l'esthétisme pur). Je n'ai pas non plus été sensible aux citations des oeuvres de Saint-Exupéry. Cela se voulait profond et original, mais cela m'a paru déplacé, voire kitsch.

   Au quotidien, la vie ne semble pas avoir été trépidante. Heureusement, certains événements sont venus l'égayer. J'ai apprécié l'arrivée d'un astronaute américain, porteurs de pantalons fantaisistes. Les spectateurs les moins attentifs reconnaîtront sans peine la voix de l'illustre personnage qui est entré en communication avec lui et ses camarades, courant  2017.

   Bon, voilà. Cela se regarde. Mais, à moins d'être passionné-e par l'aventure spatiale, on risque de s'y ennuyer.

00:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films