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lundi, 22 octobre 2018

Mademoiselle de Joncquières

   Je me suis enfin décidé à voir cette adaptation d'une digression figurant dans Jacques le fataliste de Denis Diderot. J'ai longtemps hésité en raison du réalisateur, Emmanuel Mouret, dont j'ai tendance à éviter les films. Le sujet de celui-ci, les interprètes et le bouche-à-oreille ont eu raison de mes réticences.

   Quelque part entre Les Liaisons dangereuses, Ridicule et les films en costumes de Benoît Jacquot, cette oeuvre nous parle d'amour, d'amitié, de dissimulation et de mensonge. C'est d'abord très plaisant à entendre : les dialogues sont écrits dans un français de qualité, celui que l'on pratiquait jadis en se vouvoyant, dans la bonne société. (Fin de la séquence "vieux con réac"). Au début, c'est un peu verbeux, mais j'ai particulièrement apprécié les sous-entendus, ceux que les personnages s'envoient mutuellement (notamment quand la marquise de La Pommeraye laisse entendre au marquis des Arcis qu'il ne lui déplairait pas qu'il allât plus loin), mais aussi ceux qui ne sont (dans un premier temps) compréhensibles que par certains personnages et les spectateurs qui savent de quoi il retourne.

   Les interprètes sont très bons, surtout Cécile de France. Edouard Baer est dans son rôle, d'autant plus que sa fantaisie est canalisée par le texte ciselé qu'il doit déclamer. Les seconds rôles sont au diapason, en particulier Natalia Dontcheva et Alice Isaaz, dont le jeu oscille entre celui de Léa Seydoux et celui de Virginie Ledoyen jeune.

   Même si l'on sait où tout cela va nous conduire, on suit avec délice l'abandon progressif de la marquise (qui, quoi qu'elle en dise, ne demande qu'à aimer), puis l'orchestration de son implacable vengeance, jusqu'à l'épilogue assez inattendu, mais dans le ton de l'histoire, assez morale (dans le sens noble du terme).

   C'est un film féministe dans sa dénonciation de l'assujettissement des femmes au désir des hommes et au regard de la société. C'est aussi un film sur la naissance de l'amour, souvent inattendue. Le sentiment peut grandir ceux qui le ressentent, ou les conduire à des extrémités.

23:56 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

First Man

   Je ne suis pas un inconditionnel de Damien Chazelle : j'ai été surpris par l'engouement suscité par son précédent film, La la land. On en retrouve d'ailleurs le principal interprète ici : Ryan Gosling est chargé d'incarner une idole américaine, l'astronaute Neil Armstrong. Autant le dire tout de suite : il le fait très bien.

   Dès le début, on est "cueilli" par une séquence d'action pleine d'intensité : un vol-test du jeune pilote Armstrong, dans un avion-fusée. La mise en scène et les décors (le chef décorateur a travaillé sur Interstellar) réussissent à nous faire percevoir la dangerosité de cette mission... et la fascination ressentie lors de la courte expérience en apesanteur, au-dessus des nuages.

   La séquence suivante constitue une rupture de ton, elle aussi très marquante et révélatrice de la conduite de l'intrigue. Il s'agit d'une séquence familiale. Le film alterne ces moments intimes de la famille Armstrong avec les scènes plus "technologiques" ou héroïques. Ici se noue le drame qui a peut-être irrémédiablement changé la personnalité du futur astronaute, qui semble y avoir perdu son insouciance. J'en profite pour signaler la qualité de la composition de Claire Foy, à qui a échu la tâche difficile d'interpréter l'épouse du héros, une femme au foyer des années 1960, qui avait abandonné ses études universitaires pour se consacrer à son mari et à ses enfants.

   Le contexte de Guerre froide est bien rendu. Mais la plus grande réussite est de nous faire toucher du doigt les difficultés rencontrées au cours des programmes Gemini et Apollo (avec quelques drames à la clé, comme en ont connu les Soviétiques à peu près à la même époque). J'ai été frappé par la minutie avec laquelle l'environnement technologique a été reconstitué.

   On peut néanmoins s'émanciper de tout ce contexte pour profiter d'un très bon film à suspens, héroïsant le mutique Neil Armstrong, que Ryan Gosling parvient à rendre émouvant.

   PS

   Les plans "spatiaux" sont splendides !

dimanche, 21 octobre 2018

Voyez comme on danse

   On présente ce film comme une suite (lointaine) à Embrassez qui vous voudrez, avec lequel il partage cinq personnages. C'est une comédie bourgeoise "à la française", qui vogue sur la crise du couple et les nouveaux codes amoureux. La distribution est prestigieuse.

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   Jacques Dutronc (qui a quelque peine à tenir debout) et Charlotte Rampling (assez lumineuse) incarnent Bertrand et Elizabeth, de grands bourgeois parisiens formant un couple de façade. Les péripéties auxquelles Elizabeth va se trouver confrontée vont révéler sa ténacité et sa générosité.

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   Cette générosité s'exerce notamment à l'égard de Véro (Karine Viard, à pleins tubes), veuve, en charge d'une adolescente qu'elle ne sait pas trop comment gérer. Par dessus le marché, elle a du mal à garder un emploi. Elle forme un drôle de duo avec son amie Laura (Emilie Caen, parfaite dans le rôle), qui, elle, a la quarantaine épanouie... et diablement gourmande.

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   Passons à Eva, la fille de Véro. C'est l'un des points faibles de ce film : le personnage est caricatural, agaçant. De surcroît, on ne comprend pas pourquoi elle est scolarisée dans un lycée nantais alors que sa mère travaille à Paris (le père étant décédé, si j'ai bien compris). William Lebghil (déjà vu dans Le Sens de la fête) relève le niveau dans le rôle de son copain Alex. Il joue de manière très juste le jeune homme plutôt cool mais pas sans caractère. Il a fort à faire avec son père, qui lui est un véritable gamin attardé.

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   Cela nous mène tout naturellement au couple suivant, Julien (le père d'Alex) et Lucie (Carole Bouquet, géniale), très riche, propriétaire (entre autres) du restaurant dans lequel travaille (plus ou moins) son compagnon. Celui-ci la trompe sans vergogne... mais, depuis peu, se sent suivi (ce qui va donner naissance à quelques gags savoureux).

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   Voici donc le dernier couple... qui n'en est pas un. Mais, pour ne pas déflorer l'intrigue, je ne peux pas dire pourquoi. Sachez seulement que Sara Martins (qui a marqué les premières saisons de Meurtres au paradis) incarne Serena, la maîtresse de Julien. C'est aussi une vieille connaissance de Loïc, le fils de Véro (et donc frère d'Eva, si vous avez bien suivi), chauffeur VTC très travailleur, qui essaie d'arrondir les angles... et devrait sans doute davantage penser à lui.

   Cela donne un bon film choral, avec des hauts et des bas. J'ai souvent ri, voire ricané, tant c'est délicieusement sardonique. Même si certains dialogues sont un peu trop littéraires, c'est une comédie jouissive, qui relève le niveau des productions françaises du genre.

12:16 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

16 levers de soleil

   C'est le documentaire consacré à l'aventure spatiale de Thomas Pesquet, en 2016-2017. J'y suis allé parce que, à l'époque, je n'avais guère suivi l'emballement médiatique... et parce que j'espérais voir projetés de beaux plans de l'espace et de la Terre vue de la station internationale.

   Cela commence doucement, au Kazakhstan, à Baïkonour. Outre la vie dans le centre spatial (et l'entraînement des cosmonautes), on découvre que, dans ce bout d'ex-URSS, on a gardé le souvenir des exploits de Youri Gagarine (le premier homme dans l'espace, en 1961). On est frappé par la minutie des préparatifs... mais ce n'est pas hyper-passionnant.

   Cela s'anime avec le décollage de la fusée. On nous propose des vues de l'intérieur de la capsule où sont placés les spationautes. On comprend aussi que, par rapport à l'époque des pionniers, d'énormes progrès (en termes de sécurité et de confort) ont été faits.

   La partie se déroulant à l'intérieur de la station internationale est la plus attendue. Elle n'est pas inintéressante, mais elle m'a un peu déçu. Côté découvertes, il y a la combinaison de couchage vertical (confortable, selon Pesquet), la consommation d'aliments dans des sachets rechargeables et les activités liées à la maintenance technique. Côté déception, il y a le faible nombre de vues de l'espace et de la Terre (celles-ci non renseignées : c'est de l'esthétisme pur). Je n'ai pas non plus été sensible aux citations des oeuvres de Saint-Exupéry. Cela se voulait profond et original, mais cela m'a paru déplacé, voire kitsch.

   Au quotidien, la vie ne semble pas avoir été trépidante. Heureusement, certains événements sont venus l'égayer. J'ai apprécié l'arrivée d'un astronaute américain, porteurs de pantalons fantaisistes. Les spectateurs les moins attentifs reconnaîtront sans peine la voix de l'illustre personnage qui est entré en communication avec lui et ses camarades, courant  2017.

   Bon, voilà. Cela se regarde. Mais, à moins d'être passionné-e par l'aventure spatiale, on risque de s'y ennuyer.

00:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 20 octobre 2018

Venom

   Sony s'est appuyée sur la société chinoise Tencent (récemment entrée au capital de Skydance, qui gère la franchise Mission impossible) pour produire ce nouveau film de super-héros. L'enjeu est de soutenir la comparaison avec les grosses machines du groupe Disney (qui, après avoir avalé successivement Pixar, Lucasfilm et Marvel, s'est récemment offert la Twentieth Century Fox, qui a la main notamment sur les adaptations des X-Men et de Deadpool).

   L'un des intérêts de cette histoire est que le futur super-héros aurait pu devenir un super-vilain. Mais, avant d'en arriver à cette question existentielle, la batterie de scénaristes employée par la Columbia a choisi d'orienter la première demi-heure de manière plutôt sociale. On découvre les personnages principaux, en particulier Eddie... "belle gueule", puisqu'il est incarné par Tom Brady Hardy, le visage constamment mangé par une barbe de trois jours, quel que soit le moment du film. (Est-il besoin d'ajouter qu'on ne le voit jamais se raser ?) C'est un mec brillant et cool, genre reporter rebelle des temps modernes, vivant dans un appart de rêve, en couple avec une avocate canon (Michelle Williams, affublée de godasses horribles dans la première partie de l'intrigue).

   Sur la route du bonheur va se dresser un jeune milliardaire des biotechnologies, Carlton Drake, interprété par Riz Ahmed (vu récemment dans Les Frères Sisters). On a voulu en faire un mélange d'altruisme dévoyé et de mégalomanie... mais dont les médias ne montrent que la partie lumineuse.

   Là-dessus se greffe (si j'ose dire) l'arrivée d'entités extraterrestres, à la recherche d'hôtes. Dans des circonstances que je me garderai de révéler, Eddie va servir d'enveloppe corporelle à un parasite invité surprise à la voix très grave. Le voilà quasiment dans la situation du héros du récent Upgrade, à ceci près que ses nouveaux pouvoirs ne viennent pas d'une puce implantée mais d'un autre être vivant.

   La deuxième réussite du film est la mise en scène de l'étrange cohabitation entre l'ancien journaliste devenu quasi-clodo et le mercenaire de l'espace, de prime abord impitoyable (et un peu puéril). Comme il s'agit d'une symbiose, chacun des deux va petit à petit influer sur l'autre. C'est souvent drôle, avec des traits d'humour qui n'aspirent pas à la plus grande finesse. J'ai encore en mémoire la scène où le héros souhaite atteindre un bureau situé dans les derniers étages d'une tour. Il refuse la solution proposée par son parasite invité (l'escalade de la paroi très lisse), ce qui lui vaut en retour le qualificatif de "flipette".

   Au niveau de l'action, on sent que les producteurs ont mis le paquet. Cela nous vaut une spectaculaire scène de poursuite moto/automobile dans les rues de San Francisco, pendant laquelle il vaut mieux toutefois mettre en veilleuse ses aspirations à la vraisemblance. Par contre, je n'ai pas trop aimé la baston finale entre les deux entités (de surcroît très laides). On ne distingue pas grand chose tant les mouvements sont rapides. Quelques effets visuels et sonores sont censés nous guider, mais j'ai préféré les moments hors corps-à-corps.

   C'est au final un agréable divertissement, avec une histoire plutôt originale et un humour "corsé".

   PS

   Personne n'a quitté la salle lorsqu'a débuté le générique de fin. Le public de connaisseurs savait qu'il fallait attendre deux moments : la classique scène post-générique qui annonce la suite des aventures... et, tout à la fin, en bonus, un court-métrage suggérant une relance des aventures de Spiderman.

13:42 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 15 octobre 2018

La France fait rêver Murdoch

   France 3 vient d'achever la diffusion de la onzième saison des aventures de William Murdoch, le détective scientifique de la maréchaussée de Toronto. Durant cette saison, la France est souvent revenue dans les conversations. Durant les premiers épisodes, on a appris que l'assistant de Murdoch, Crabtree, a accompagné la danseuse Nina Bloom à Paris. Cette escapade a eu des conséquences en fin de saison, que l'on peut voir dans l'épisode 18.

   La danseuse n'est pas la seule à rêver de la capitale française. Au détour d'une scène, on découvre le docteur Julia Ogden (l'épouse de Murdoch) sur le point d'entrer dans une mystérieuse boutique :

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    Cette agence de voyage propose des séjours en France, plus précisément à Paris (qualifiée de "Ville Lumière" en anglais), Versailles ("Palais des Rois"), Monte Carlo ("Casinos Opulents") et Nice, mise en valeur par une formule en langue française : "Promenade des Anglais". Le tout est encadré par la Tour Eiffel.

   D'un point de vue historique, l'action se déroulant au début du XXe siècle (sans doute en 1906), il est vraisemblable de présenter ces atouts français. Vu l'attirance des Anglo-Saxons pour la Côte-d'Azur, il est même possible que les charmes de la French Riviera aient supplanté, aux yeux des sujets de Sa Majesté, ceux de la Ville Lumière (parfaitement illustrés dans le dernier film de Michel Ocelot, Dilili à Paris).

dimanche, 14 octobre 2018

Dilili à Paris

   Deux ans après Ivan Tsarevitch et la princesse changeante, Michel Ocelot revient avec une fiction ancrée dans la Belle époque française, en plein Paris, au début du XXe siècle. C'est peu de dire que les vues de la capitale, sublimée par les couleurs et les effets de l'animation, contribuent fortement à l'intérêt du film.

   Dès le début, on nous fait comprendre qu'il ne s'agit pas que d'un divertissement. Dans un premier temps, l'oeil des spectateurs est volontairement trompé, avant que l'on ne découvre le zoo humain. (La scène s'inspire de l'Exposition coloniale de 1931.) Régulièrement, des éléments sont instillés pour détruire les préjugés : la gamine à la peau foncée parle très bien le français... et non, elle n'est pas noire, mais métis, victime du racisme aussi bien en Nouvelle-Calédonie qu'en France métropolitaine.

   Mais l'argument principal de l'intrigue est la défense de la cause des femmes, de 7 à 77 ans ai-je envie de dire. Cela commence par les enfants et Dilili en particulier, cette adorable Choupinette habillée comme une princesse et s'exprimant dans un français impeccable. Compte tenu de son vécu et de l'éducation qu'elle a reçue, elle est mûre pour son âge... et très courageuse.

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   Dans son périple pour retrouver les enfants enlevées par la mystérieuse bande des "Mâles Maîtres", Dilili va recevoir l'aide d'adultes, comme l'actrice Sarah Bernhardt, la chercheuse Marie Curie, la Goulue du Moulin rouge... et surtout la cantatrice (d'origine aveyronnaise) Emma Calvé, qui devient la protectrice attitrée de l'héroïne. (Natalie Dessay prête sa formidable voix à ce personnage rayonnant.)

   Pour la petite histoire, j'ajoute que l'Aveyron est aussi présent (indirectement) à travers les personnages de Toulouse-Lautrec (qui a passé une partie de sa jeunesse au château du Bosc) et d'Orel, le nouvel ami de Dilili. Celui-ci est l'homophone d'Aurel, le sculpteur parisien dont les célèbres chiens ornent la façade du musée Denys-Puech, à Rodez, dont la construction fut en partie financée par... Emma Calvé. Enfin, quand celle-ci évoque (dans le film) son château du Languedoc, elle fait sans doute allusion à celui de Cabrières, situé sur la commune de Compeyre, à côté de Millau.

   Grâce à la diligence d'Orel (qui roule en triporteur), Dilili est entraînée dans un tourbillon de rencontres, de l'écrivain Marcel Proust au clown Chocolat, en passant par des scientifiques (Louis Pasteur et Gustave Eiffel), des peintres (Monet, Renoir, Degas, Picasso, Matisse...), des sculpteurs (Auguste Rodin et Camille Claudel), des musiciens (Reynaldo Hahn et Claude Debussy) et des politiques (le prince de Galles et, tout à la fin, sans doute Georges Clemenceau). Cela constitue un catalogue que certains peuvent trouver lassant, mais c'est inséré avec une certaine habileté. Je reconnais néanmoins que l'on tombe parfois dans l'effet "carte postale". Je regrette aussi un certain schématisme esthétique : la tendance à faire des gentils des personnages séduisants, réservant la laideur physique aux méchants.

   Mais le principal défaut du film réside à mon avis dans ses dialogues, trop littéraires, pas assez marqués par l'oralité. Cela n'a cependant pas déconcerté les bambins de la salle, qui ont été emballés par le film, les petits Rouergats blancs de peau s'identifiant sans peine à la gamine métisse (ou peut-être à son grand copain débrouillard). C'est d'autant plus agréable que, sur le fond, le film dénonce les mauvais traitements faits aux femmes, au début du XXe siècle... mais aussi au début du XXIe. Au premier degré, l'intrigue vilipende les Blancs misogynes. Au second degré, le sort réservé aux "quatre-pattes", voilées de la tête aux pieds, ne peut pas ne pas faire penser aux victimes de l'islamo-fascisme.

   Pour toutes ces raisons, et en dépit des réserves émises, c'est un film à voir, par les petits et les grands.

   PS

   Le site dédié est sympa.

samedi, 13 octobre 2018

Détective Dee - La Légende des rois célestes

   Séance rattrapage avec ce film de Tsui Hark, sorti confidentiellement en France en août dernier... et qui a fait un bide. Et pourtant... Son personnage principal (Di Renjié) est un enquêteur impérial (chinois) du VIIe siècle qui a réellement existé. En Occident, il a été popularisé (sous le nom de Juge Ti) par les romans policiers de Robert van Gulik. Le réalisateur hong-kongais (prolifique) en a fait le héros d'une série de films de cape et d'épée fantasmagoriques.

   Bien que l'action se déroule dans la Chine du VIIe siècle, plusieurs éléments "parlent" aux spectateurs du XXIe. Il s'agit tout d'abord d'une histoire de complot politique, avec son contingent de faux-semblants, de manipulations et de trahisons. C'est aussi je pense une réflexion sur l'altérité, le salut des "gentils" venant de la sagesse indienne. (Précisons que l'intrigue se place sous le règne de l'impératrice qui a contribué à développer l'implantation du bouddhisme en Chine.) Il y aurait aussi des choses à dire sur le super-pouvoir des méchants, consistant à produire des illusions collectives, bien pratiques quand il s'agit de mener à bien un complot.

   Comme j'ai vu le film en version originale sous-titrée, il m'a semblé entendre soit deux langues, soit deux accents différents. Quelques personnages partagent une origine commune, Tiele, ce qui les distingue des Hans parlant mandarin. Mais ils sont parfaitement intégrés au groupe dominant... ce qui se serait effectivement produit au VIIe siècle. Là, il est possible que l'on soit face à une insidieuse propagande, mettant l'accent sur l'unité du peuple chinois.

   Il faut dire qu'ils ont fort à faire d'abord avec une clique de magiciens très moches, recrutés par une personne ambitieuse au possible. Cependant, petit à petit, on comprend que derrière ces protagonistes se cachent des individus bien plus dangereux, qui attentent leur tour, en coulisses.

   Le héros enquêteur (chef du Temple) est donc confronté à un double mystère et à des adversaires particulièrement redoutables, contre lesquels il doit se battre, dans un premier temps, sans l'aide de son meilleur ami, membre éminent de la Garde impériale et donc sous les ordres de la perfide impératrice.

   On comprend que l'intrigue est feuilletonnesque. On y a glissé quelques pointes d'humour, notamment à travers la romance tumultueuse (hyper prévisible) qui naît entre l'assistant maladroit de Dee et une intrépide ninja, qui n'hésite ni à reluquer des hommes nus, ni à cogner rageusement. On a  aussi droit à une petite parodie de King Kong. Le tout est servi par une débauche d'effets spéciaux, des costumes, des décors somptueux et une musique entraînante. Parfois, c'est vraiment "trop". Mais c'est très agréable à suivre.

13:38 Publié dans Chine, Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 06 octobre 2018

Upgrade

   Un jeune homme, victime d'une agression en compagnie de son amie, se retrouve tétraplégique. Un entrepreneur versé dans les technologies de pointe propose de lui implanter une puce de conception totalement nouvelle. Les conséquences de cette intervention ne vont pas manquer de nous surprendre...

   L'action se déroule dans un futur proche (dans 20-30 ans). Les voitures autonomes sont devenues monnaie courante et nos quasi-contemporains côtoient des "humains augmentés", dont les capacités ont été décuplées grâce à d'étranges opérations.

   L'habillage est réussi. Des décors aux effets spéciaux (en particulier sur les nanotechnologies), on baigne dans un univers de science-fiction très réaliste. La musique convient aussi parfaitement à cette ambiance étrange, où nombre de personnages sont des êtres mi-homme mi-machine.

   Le héros va profiter de sa seconde chance pour chercher à se venger de ceux qui l'ont agressé. Le mystère plane sur leurs motivations : ils ne sont rien venus voler. On ne sait pas trop non plus s'ils visaient le héros ou sa compagne, qui travaillait dans une entreprise dont l'activité est propre à susciter les convoitises.

   A partir de là, on part dans un film d'action marqué par l'hyper-violence, parfaitement chorégraphié, parfois atrocement drôle : le héros ne contrôle pas tout... et il a désormais une petite voix dans la tête. Il doit aussi se méfier de la policière chargée de l'enquête, pas très efficace pour résoudre son affaire, mais qui va rapidement le soupçonner de cacher son jeu.

   Evidemment, derrière tout cela, il y a un complot, que j'ai assez rapidement éventé. Mais, comme le scénariste est un petit malin, il nous réserve un ultime retournement, une sorte de complot dans le complot, qui donne encore plus d'intérêt au dernier quart d'heure.

   Ce film bien foutu et sans prétention est une excellente surprise.

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vendredi, 05 octobre 2018

Un président économe

   Le soixantième anniversaire de la naissance de la Ve République a donné lieu à des articles plus ou moins intéressants. L'un d'eux, publié dans Le Monde, a retenu mon attention : il est consacré à Jérôme Solal-Céligny, l'un des rédacteurs méconnus de notre Constitution, qui a travaillé, sous les ordres de Michel Debré, à mettre en forme les idées politiques de Charles de Gaulle. (Au passage, ceux qui l'ignoreraient apprendront que le futur président de la République voulait un texte limpide et que celui qu'il nous a légué, pour alambiqué qu'il puisse paraître parfois, est une version simplifiée de ce qui lui avait été soumis...)

   A partir de cet article, on peut rebondir sur un autre papier, publié au cours de cet été, dans le cadre d'une série consacrée aux présidents de la République, après leur départ de l'Elysée. Concernant de Gaulle, la journaliste Béatrice Gurrey rappelle son souci d'économiser les deniers publics. Après l'échec du référendum de 1969, le grand Charles a quitté la scène politique aussi brusquement que discrètement, renvoyant la protection rapprochée dont il bénéficiait et refusant de toucher aussi bien sa retraite de président que l'indemnité qui lui était due en tant que nouveau membre du Conseil constitutionnel. De surcroît, il a maintenu jusqu'au bout son refus d'obsèques nationales, souhaitant être enterré à Colombey-les-Deux-Eglises aux côtés de sa fille Anne, née trisomique et décédée à l'âge de 20 ans, en 1948.

   Cette (relative) austérité personnelle s'était vue dès le début de la Ve République, lorsque le tout nouveau président français avait lancé le rapprochement franco-allemand en recevant chez lui, à Colombey, le chancelier de la RFA, Konrad Adenauer. Certes, il y avait un peu de mise en scène dans cette rencontre supposée privée entre les deux dirigeants. Il n'est pas moins vrai que de Gaulle avait, à cette occasion, évité de recourir aux "Ors de la République" pour servir sa politique.

   Les plus âgés d'entre nous connaissent cette anecdote tant répétée autrefois, selon laquelle les époux de Gaulle payaient leurs factures de gaz et d'électricité de l'Elysée, veillant à ce que les lumières soient éteintes quand une pièce se vidait. C'était un autre temps...

   Il n'est peut-être pas si éloigné que cela. L'actuel président de la République, Emmanuel Macron, semble vouloir placer ses pas dans ceux de "Mongénéral", comme le révèlent plusieurs détails récemment rendus publics. Hier, il s'est rendu à Colombey-les-Deux-Eglises pour déposer une gerbe sur la tombe de son illustre prédécesseur, sans oublier de lâcher, au passage, une formule lapidaire dans le genre de celles qu'il affectionne. Dans la foulée, on a appris le retour de la croix de Lorraine sur le blason présidentiel.

   Ce ne fut pas une surprise pour les clients de la Boutique de l'Elysée (ni pour ceux du site parodique d'ailleurs), puisque sur les produits que l'on y commande figure le logo orné de ladite croix, comme ici :

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   Sans être un héritier officiel du général, Emmanuel Macron a perçu dans son propre parcours un écho à la geste gaullienne, en particulier quand, au début de la IVe République, l'ancien chef de la Résistance s'était lancé dans l'arène politique en fondant un mouvement, le RPF, qui avait ratissé large, à droite et à gauche, tout comme l'avait fait le nouveau parti gaulliste quand son fondateur était revenu aux affaires, en 1958. A l'époque, les commentateurs politiques doutaient de la survie du mouvement après le départ de de Gaulle, tant son existence semblait liée à la vie du grand homme...

   Cerise sur le gâteau, celui qui est régulièrement caricaturé comme "le président des riches" semble aussi s'inspirer des vertus domestiques de son (lointain) prédécesseur, puisque le couple Macron règlerait de sa poche la plupart de ses dépenses quotidiennes.

Chris the Swiss

   Ce documentaire prend racine dans les conflits yougoslaves de la fin du XXe siècle (autour de 1991-1995).  La réalisatrice Anja Kofmel a cherché à éclaircir les circonstances dans lesquelles son cousin (qu'elle adulait à l'époque) a été assassiné, dans l'est de la Croatie, du côté d'Osijek. Auparavant, il était passé par Karlovac, à l'autre bout du pays :

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   Pour ressusciter ce cousin aimé, elle recourt au dessin. A plusieurs reprises dans le film, on la voit "croquer" un élément du paysage ou un bâtiment. A l'aide de la palette graphique, elle met en scène des personnages décédés, ou auxquels elle n'a pas pu parler pour d'autres raisons.

   Il faut dire que le sujet sur lequel elle enquête gêne plusieurs de ses interlocuteurs. (Dans les anecdotes d'Allociné, on peut lire que des pressions ont été exercées pour empêcher le film d'aboutir.) Certains lui tiennent des propos convenus, très généraux, sur la dureté de la guerre, les risques encourus etc.

   La réalisatrice nous fait découvrir le jeune Christian Wurtenberg, passionné de rock, en quête de sensations fortes... au point de se rendre en Namibie et en Afrique du Sud (à l'époque de l'apartheid), où il a servi dans des forces militaires.

   Voilà qui contrebalance bigrement le portrait du journaliste sensible à la détresse humaine, que fut incontestablement ce Chris. Mais il semble avoir eu de très mauvaises fréquentations, qui l'ont conduit à intégrer une milice croate, composée de volontaires étrangers très très marqués politiquement...

   Ici les scènes animées, en noir et blanc, osent montrer ce que les personnages réels évitent de déclarer face à la caméra. Chris semble avoir été très naïf, même s'il subsiste un doute quant aux raisons de sa proximité régulière avec des types d'extrême-droite.

   Cela donne un film sombre, très intéressant pour qui cherche à connaître l'histoire des Balkans. (Au début, l'auteure se lance dans une courte introduction historique sur les tensions dans l'ex-Yougoslavie. Elle aurait quand même pu dire que Tito était croate !) Contrairement à d'autres, j'ai apprécié les passages en images animées, parfois très poétiques.

mardi, 02 octobre 2018

Manuel, l'Européen

   L'annonce de la candidature de Manuel Valls aux prochaines élections municipales de Barcelone a suscité une mini-tempête médiatique... et une avalanche de commentaires orduriers, hélas révélateurs de la faiblesse intellectuelle du débat politique en France aujourd'hui. On a de surcroît pu entendre diverses affirmations aussi farfelues qu'infondées sur le parcours politique de l'ancien Premier ministre français.

   Il a été d'accusé de renier la France et de faire peu de cas de sa nationalité... sauf qu'il a toujours revendiqué (encore en 2015) son identité plurielle, française bien sûr, mais aussi espagnole, catalane... et (un peu) italo-suisse (par sa mère). Bref, c'est un Européen, ce qui, soit dit en passant, aurait pu faire de lui un bon candidat aux élections de 2019 (ce qui fut le cas du franco-allemand Daniel Cohn-Bendit, alors de nationalité allemande, tête de liste nationale des Verts en 1999 et élu de la circonscription Ile-de-France en 2009).

   On a aussi entendu des propos nauséabonds déniant la qualité de Français à Manuel Valls. S'il est né espagnol à Barcelone, il a passé toute son enfance et son adolescence à Paris, où il a entamé des études d'histoire. Sans avoir la nationalité française. De sa part, demander la naturalisation à 19-20 ans n'était pas anodin. C'était une adhésion personnelle.

   Son récent choix de tenter sa chance à Barcelone est-il un crachat à la France qui lui aurait tout donné ? Pas davantage. On ne lui a pas "donné" les mandats (de député, de maire) qu'il est allé gagner au cours de campagnes électorales animées. Lui par contre a donné beaucoup de son temps pour agir en politique... peut-être pas toujours avec la plus grande justesse.

   Une autre imbécillité proférée à son encontre est que l'aventure espagnole serait le choix de la facilité... alors qu'il lui aurait été tellement plus aisé de pantoufler comme tant d'autres à l'Assemblée nationale, où il avait un revenu mensuel de plus de 5 000 euros nets (le double avec les frais de mandat) garanti jusqu'en 2022. Il aurait pu se contenter d'attendre tranquillement cette échéance, comptant sur l'érosion d'Emmanuel Macron et la médiocrité de ses rivaux de gauche pour pouvoir se présenter en recours. On a déjà vu des retours en grâce bien plus spectaculaires dans l'histoire de la Ve République, à commencer par celui de Charles de Gaulle, sans oublier ceux de François Mitterrand (déclaré à plusieurs reprises perdu pour la politique), Jacques Chirac (au fond du trou en 1988 et en 1994) ou encore de Nicolas Sarkozy.

   Au contraire, la campagne des municipales de Barcelone s'annonce semée d'embûches... et il risque d'y achever  définitivement sa carrière politique. Il aura une multitude d'adversaires, des nationalistes catalans aux socialistes locaux, en passant par la majorité actuelle, d'une sensibilité proche de notre France Insoumise (ce qui explique sans doute en partie la hargne avec laquelle les mélenchonistes s'acharnent sur M. Valls). Pour la petite histoire, signalons que l'orientation de la liste que devrait conduire Manuel Valls serait en quelque sorte un retour aux sources familiales, puisqu'il me semble que ses grands-parents paternels étaient de sensibilité conservatrice...

   Une autre raison peut expliquer le retour du tropisme catalan dans le cheminement de l'ancien Premier ministre : sa vie privée et la relation qu'il a récemment nouée avec Susana Gallardo. Les gazettes ont lourdement insisté sur la fortune de la nouvelle compagne de Manuel Valls. On pourrait aussi noter que, contrairement à nombre de ses collègues qui, une fois la cinquantaine venue, refont leur vie avec une femme qui pourrait être leur fille, l'ancien Premier ministre s'est lié à une personne de sa génération (elle a seulement trois ans de moins que lui). Tous deux semblent partager un fort attachement à la Catalogne et le refus de l'aventure indépendantiste.

   D'une certaine manière, Manuel Valls se montre plus internationaliste que nombre de politiciens de gauche, qui se contentent de gérer leur petite boutique nationale (voire locale), faisant peu d'efforts pour tenter de construire une alternative progressiste en Europe.

   Je suis quand même d'accord (en partie) avec ceux qui affirment qu'à l'heure actuelle, Manuel Valls est un peu "grillé" en France. (Mais il aurait pu se contenter d'attendre 2022.) Se lancer dans l'aventure espagnole est peut-être un moyen de continuer à croire à son importance politique, lui qui est tombé dans la marmite quand il était étudiant et n'en est jamais sorti.

lundi, 01 octobre 2018

Les Frères Sisters

   Ces Brothers Sisters ("Frères Soeurs" !) sont un peu comme l'eau et le vin, avec le jeune et le vieux, l'impulsif et le réfléchi, le violent et le tendre (Joaquin Phoenix et John C. Reilly)... enfin, en théorie. On comprend rapidement qu'ils sont complémentaires et qu'ils ne peuvent vivre l'un sans l'autre, quoi qu'ils affirment.

   Que l'on se rassure : Jacques Audiard (dont j'ai beaucoup aimé les premiers films : Regarde les hommes tomber, Un Héros très discret et Sur mes lèvres) ne tombe pas dans l'intrigue psychologisante. Fidèle aux modèles qui l'ont inspiré, son western est d'abord une oeuvre sensitive, qui s'appuie sur des paysages magnifiques, un environnement sonore épuré et des soubresauts émotionnels contenus avec peine.

   Dès le début, on est cueilli par cette superbe scène de fusillade nocturne, à laquelle répond une autre, en fin d'histoire, alors que les rôles ont été quelque peu bouleversés. Cet effet de symétrie se retrouve dans les passages par le "bureau" du Commodore, sorte de parrain de la côte Ouest, qui embauche des mercenaires pour défendre ses intérêts financiers. Entre la scène de début et le retour des frangins, des semaines plus tard, de l'eau a coulé sous les ponts... et les relations entre les deux principaux protagonistes ont bigrement évolué.

   C'est ce retournement qui nous est (tranquillement) conté, d'abord au cours d'une chasse à l'homme (retardée à cause d'un ours et... d'une araignée), puis à travers l'expérience d'une fraternité émergente, en pleine ruée vers l'or. Jake Gyllenhaal et Riz Ahmed apportent beaucoup à l'intrigue. (A certains moments, je me suis même demandé s'il n'y avait pas quelques sous-entendus "brokeback mountainiens"...)

   Franchement, j'ai été emballé, malgré les longueurs... jusqu'à l'épilogue complètement inattendu, qui fait mentir (en partie) la devise du Commodore, complaisamment affichée au fronton de son immeuble : "in cauda venenum"...

22:56 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films