vendredi, 27 février 2009
Les petits malins d' "Europe 1"
Comment faire pour retransmettre la cérémonie des Césars quand une chaîne de télévision en possède l'exclusivité ? La radio Europe 1, qui essaie de remonter la pente en se la jouant "super radio de l'information", a mis au point une petite combine. Le créneau est hyper concurrentiel : France info et B.F.M. sont bien en place et les chaînes d'information en continu (L.C.I., B.F.M. T.V. et I Télé) pensent que, tôt ou tard, l'un d'entre elles sera la C.N.N. française.
Qu'a fait Europe 1 ? Ben on a décidé de filmer plusieurs journalistes (dont Marie Drucker, à qui il arrive de lire ses sms alors qu'elle est à l'image) et un écran de télévision sans doute branché sur Canal +.
On peut visionner le résultat à l'adresse suivante :
http://www.europe1.fr/Decouverte/Talents-et-personnalite/...
Bon, on peut voir les journalistes se faire apporter de la bouffe et de la boisson... ça a un côté "coulisses de l'info".
Ceci dit, ils donnent quand même grosso modo l'impression de se faire chier... et ils ne se foulent pas quand Dustin Hoffman cause en anglais : la traduction est assez lâche...
L'info reste la priorité : alors qu'Elie Seymoun débarque déguisé en "Tootsie" (c'est moyennement drôle... sauf quand il se fout gentiment de la gueule des actrices qui recourent à la chirurgie esthétique), l'un des journalistes prend la peine d'annoncer la victoire de la France sur le Pays-de-Galles au tournoi des Six Nations.
Au bout d'un moment, on sent vraiment que Marie Drucker préfèrerait passer la soirée ailleurs, loin, très loin : elle vient encore de lire ses sms et elle a fini par glisser un écouteur dans son oreille gauche... et puis, quand Agnès Varda, émouvante, fait son petit discours de remerciement, la fille à son papa prend carrément le portable en main. C'est quand même beau, le professionnalisme !
Ah, ce coup-ci, changement : l'écouteur est dans l'oreille droite !...
Le meilleur moment de la soirée : quand les jeunes acteurs de Entre les murs viennent remettre le césar du meilleur décor... l'un d'entre eux, notamment, souhaitant que Sean Penn remplace l'actuel président de la République. (Et j'ai bien aimé quand l'adolescente rebelle du film a fait sa déclaration "Vincent Cassel, je t'aime !")
Ah, maintenant, une greluche (une comique je crois) a un nibard à l'air... (Clin d'oeil à l'Amérique de Sean Penn, Dustin Hoffman... et Janet Jackson !) Qu'est-ce qu'il faut pas faire ! (Elle joue une starlette particulièrement cruche... Y a un paquet de gonzesses dans la salle qui doivent se sentir concernées...)
Cette fois-ci, Marie Drucker, véritablement captivée par son travail, a mis les deux écouteurs (pas dans la même oreille, voyons !).
Je suis content pour Richet, qui décroche le césar de la mise en scène. (Marie Drucker a l'écouteur dans l'oreille gauche.) Et Vincent Cassel obtient ce qu'il mérite ! (Séquence émotion... et l'on se rend compte, à travers la famille Cassel, que le petit monde du cinéma français est décidément très endogame.
Je trouve piquant de voir tous ces snobs ovationner la populo Yolande Moreau... Ceci dit, je n'ai pas vu Séraphine, le grand vainqueur de cette cérémonie, mais cet engouement me semble très politiquement correct. (Cela me rappelle un peu le triomphe de L'Esquive, il y a quelques années... film au demeurant très intéressant.)
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lundi, 23 février 2009
19e prix des auditeurs du "Masque et la plume"
Il s'agit d'une récompense décernée par l'émission de France inter au nom des auditeurs qui ont voté pour leurs deux films préférés de l'année, l'un français (ou francophone), l'autre étranger.
Dans la catégorie "meilleur film français", le classement est le suivant :
1) Un Conte de Noël
2) Séraphine
5) Stella
7) Le premier jour du reste de ta vie
8) Les Plages d'Agnès
9) Home
10) Rumba
Comme vous pouvez le constater, je n'en ai vu qu'une minorité... sans regret, sauf pour Home. N'allez pas croire pour autant que je dédaigne les oeuvres hexagonales. En voici quelques unes, sorties en 2008, mais qui n'ont pas bénéficié des mêmes faveurs de la critique professionnelle bien à l'aise dans ses charentaises :
- Mesrine, l'instinct de mort et Mesrine, l'ennemi public numéro 1, qui peuvent se voir comme deux volets d'un polar social violent
- Si le genre cérébral vous agrée davantage, alors Cortex devrait faire l'affaire.
- Il existe des gens capables, en France, de sortir du périphérique et de délaisser les émois post-pubères des enfants gâtés de la bourgeoisie parisianiste : Dernier maquis est un film fort sur la France d'aujourd'hui, celle qui trime.
- De la fiction à caractère documentaire au documentaire-fiction, il n'y a qu'un pas, franchi avec talent par l'auteur de L'Apprenti (bien plus réussi que le film de Depardon, encensé par les bobos, mais pas très bien reçu dans les campagnes aveyronnaises)
- Si la belgitude ne vous est pas totalement étrangère, alors vous serez sensibles au charme indéniable de J.C.V.D.
Dans la catégorie "meilleur film étranger", les auditeurs du Masque et la plume qui ont voté ont fait émerger le classement suivant :
2) Two Lovers
5) Les citronniers
6) Into the wild
7) Le Visiteur
8) L'Echange
10) Vicky, Cristina, Barcelona
Comme vous pouvez le constater, je suis un peu plus en phase avec le palmarès étranger. Et pourtant... quelques perles ne figurent pas :
- dans la catégorie "film social", je regrette fort l'absence de It's a free world et de Chop shop
- dans la catégorie "le Moyen-Orient nous intéresse", je trouve scandaleux que des films comme Battle for Haditha et Redacted ne figurent pas ; dans un autre genre, Le Cahier aurait mérité un accessit
- dans la catégorie "film historique grand public", on a semble-t-il un peu méprisé Les Faussaires et Mongol, pourtant de grandes réussites ; moins spectaculaire, Et puis les touristes est tout aussi fort
- si les horreurs de l'Histoire ne vous passionnent pas, vous pouvez toujours vous reporter sur celles du monde contemporain (assaisonnées d'humour acide) : [Rec] et Teeth vous feront passer d'agréables moments
- Vous préférez un humour moins morbide ? Pas de problème ! Notre Michel Gondry est là pour vous satisfaire avec son savoureux Be kind rewind... à moins que vous ne soyez portés sur l'animation : Kung fu Panda et Wall-E vous tendent leurs pattes !
19:03 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : film
samedi, 21 février 2009
La crise guadeloupéenne vue par "Le Monde"
Depuis une quinzaine de jours, les articles se multiplient sur le sujet. Nombre de ceux publiés par Le Monde sont fort intéressants. Parmi ceux qui sont accessibles en ligne, un, très récent, donne de la profondeur historique :
http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2009/02/19/quatre-...
Dans la version papier du journal du même jour, la page de droite était consacrée à l'économie des Antilles. Plusieurs encadrés accompagnent le texte. ceux sur le chômage et les prix dans les D.O.M. (comparés à ceux de la métropole) sont fort instructifs. Mais l'une des vignettes de présentation des territoires comporte une erreur (cliquez sur l'image pour l'agrandir) :
Peut-être y a-t-il d'autres approximations, en tout cas, je n'ai relevé qu'une erreur de calcul. Regardez bien :
C'est en comparant les deux premières vignettes que l'incohérence m'a sauté aux yeux. Alors que la Guadeloupe compte moins de jeunes que la Martinique, sur un territoire pourtant un peu plus vaste, le pourcentage de ceux-ci serait plus élevé ? Non, bien sûr ! J'ai refait le calcul pour la Martinique. 36 % de la population est âgée de moins de 20 ans, si l'on se fie aux statistiques données par le quotidien.
Sur la population martiniquaise, j'ai trouvé les résultats des enquêtes de recensement de l'I.N.S.E.E.
Pour revenir au Monde, un autre article intéressant est en accès libre :
http://www.lemonde.fr/economie/article/2009/02/13/antille...
Toujours sur le même sujet, il peut être utile de lire l'entretien accordé il y a peu par Christiane Taubira (députée de Guyane) au Journal du dimanche :
Sur l'économie de la banane, le site de R.F.O. propose un article détaillé.
17:06 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : de tout et de rien
jeudi, 19 février 2009
Adolf Hitler repéré par les R.G.
Oui, nos bons vieux Renseignements généraux (aujourd'hui intégrés à la D.C.R.I., la direction centrale du renseignement intérieur, où ils ont en fait fusionné avec feue la D.S.T.) ont eu à l'oeil le futur dictateur. On en a la preuve dans le numéro de mars 2009 de Sciences et avenir, dont voici la couverture :
Un article est consacré aux "pépites" des Archives de France, dont le mensuel a eu l'exclusivité. On découvre d'abord avec quel luxe de protection des documents précieux sont conservés. Parmi ceux-ci donc, on trouve la fiche rédigée par les R.G. en 1924. A l'époque, il vient de sortir de prison après son coup d'Etat raté de 1923 et les Français occupent une partie de l'Ouest de l'Allemagne... d'où sans doute les recherches effectuées sur quelques personnages réputés remuants. Voici la fiche en question :
Je vous laisse le soin de découvrir, dans le magazine, le contenu de cette fiche. Je me contenterai de relever une étrangeté, au début. Regardez bien... Vous ne voyez pas ? Bon, je vais vous aider :
Il s'agit des prénoms. Jamais je n'ai lu ou entendu que l'ex-caporal portât un autre prénom qu'Adolf (orthographié ici à la française). D'où vient ce "Jacob" ? Sans doute d'une erreur d'un agent des R.G.. Mais comment s'est-elle produite ? (Je ne vais pas vous ressortir les élucubrations fumeuses de quelques esprits faibles qui se sont évertués à faire croire que l'un des grands-pères d'Hitler était juif, ce qui pourrait expliquer le choix du second prénom...).
Vous remarquerez aussi que le profession officielle d'Hitler semblait être journaliste, même si la fiche le classe parmi les agitateurs démagogues (pour le compte de plus puissants que lui), le qualifiant même de "mussolini allemand".
Pour terminer sur le prénom, deux anecdotes piquantes. La célébrité de cet Adolf semble avoir dissuadé les parents de nommer leur progéniture ainsi :
http://tf1.notrefamille.com/v2/services-prenom/prenom.asp...
... en France, du moins, parce qu'aux Etats-Unis, on peut décidément rencontrer tous les types de tarés :
http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/ameriques/20081...
http://www.lematin.ch/actu/monde/hitler-perturbe-gouter-a...
http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/6171...
12:56 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : de tout et de rien
Au diable Staline, vive les mariés !
Le titre original est "La noce silencieuse", qui met l'accent sur la deuxième moitié du film... et sur les conséquences à long terme, tandis que le titre français met en valeur l'une des grandes qualités du film : sa truculence... parce que les Roumains sont un peu les Ritals de l'Europe de l'Est. Le film s'inspire donc de la comédie italienne des années 1950-1970, mais aussi du style "Europe centrale" (Kusturica, dit-on parfois pour simplifier) : les personnages sont hauts en couleur et l'ensemble donne parfois l'impression d'un fouillis plus ou moins bien organisé.
L'histoire se passe à deux époques différentes : les années 2000 (au début et à la fin du film) et l'année 1953, plus précisément le mois de mars, au moment du décès de Joseph Staline. La Roumanie, dont les frontières et les régimes politiques ont fortement varié au XXème siècle, se retrouve, à la fin des années 1940, sous la botte du voisin soviétique. Les communistes roumains gèrent le pays pour le compte du "grand frère". Cela nous vaut de savoureuses scènes, dans lesquelles les bolcheviques locaux sont le plus souvent tournés en ridicule. (L'un des militants, chargé de la politique culturelle, est même affublé d'une moustache hitlérienne !) Cela contraste avec l'image des Soviétiques, toujours inquiétante.
Les héros sont des paysans alcooliques et obsédés, ce qui donne le ton général du film. Celui-ci commence d'ailleurs par un dialogue (à l'époque contemporaine, dans un minibus), un personnage évoquant la régularité de ses déjections :
- Le matin, à 7 heures je pisse et à 8 heures je chie.
- Mais à quelle heure te lèves-tu ?
- A 9 heures !
La petite heure et demi est parsemée de saillies de ce genre, pas toujours réussies, parfois gâchées par le jeu un brin outrancier des acteurs, mais bon, on rigole. La séquence du repas de noces est particulièrement savoureuse, avec cette scène de "téléphone arabe" et surtout, au commencement, un pet d'anthologie !! (Hélas, l'auteur n'exploite pas l'aspect olfactif de la chose, ce qui aurait pu donner encore davantage de force à sa scène.)
Cependant, le rire n'est jamais loin des larmes et, si les personnages sont portés sur la gaudriole, c'est parce que la vie n'est pas toujours drôle. Je vous laisse le soin de découvrir l'arrière-plan dramatique de cette histoire, en partie inspirée de faits réels.
00:27 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : film, de tout et de rien
samedi, 14 février 2009
Brendan et le secret de Kells
C'est un dessin animé très original, étrange parfois. Il allie un graphisme parfois primitif à des effets d'animation très sophistiqués. Les personnages ont ainsi des formes peu élaborées, l'aspect de leur corps étant en général révélateur de leur principal trait de caractère. Les Vikings eux n'ont droit qu'à une ombre menaçante, aux contours certes bien définis. Apparemment, les auteurs se sont inspirés de vrais dessins médiévaux et d'enluminures pour réaliser leur film.
C'est une légende médiévale, irlandaise. Il est donc question de magie, de fée. La forêt a sa vie propre. Les loups sont menaçants, mais ils peuvent se révéler de précieux alliés.
Sur ce substrat se greffe la culture chrétienne, avec ce monastère et son scriptorium. Tout le mystère porte sur un livre mystérieux et sur un cristal.
Le héros est le neveu de l'abbé. Celui-ci ne pense plus qu'à renforcer les défenses du monastère, pour résister à l'invasion viking qui menace (on notera que, contrairement à la vision que les historiens ont fait émerger depuis une trentaine d'années, le film véhicule une image exclusivement négative des envahisseurs nordiques). Le jeune Brendan lui, est fasciné par les livres et l'art de l'enluminure. Peut-être y trouvera-t-il un secours contre les menaces qui pèsent sur le monastère.
La question n'est pas sans intérêt pour un illustrateur : la bande dessinée en général et le dessin en particulier, ont longtemps été considérés comme des genres mineurs (le seul dessin noble étant celui qui sert d'esquisse à un tableau).
Entre l'histoire féérique et la réflexion autobiographique, il y a de quoi combler les petits et les grands.
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vendredi, 13 février 2009
J'irai dormir à Hollywood
C'est du moins ce que se promet de faire le concepteur-réalisateur-interviouveur de ce documentaire pas banal, Antoine de Maximy. De nombreuses personnes connaissent ce personnage pour l'avoir vu à l'oeuvre, en d'autres lieux, dans des séquences diffusées sur France 5, je crois. Il s'agit donc d'un road movie, un genre finalement assez classique. La particularité est que le réalisateur tente à chaque fois de manger et coucher chez l'habitant.
Son périple commence à New York, où il finit par être hébergé par un couple de papys adeptes de la gymnastique, rencontrés dans la rue. A 92 ans, le pépé, ancien acrobate, dispose encore d'une souplesse qui ferait bien des envieux chez les adolescents ! A un moment, on est quand même inquiet de le voir tousser sans relâche. Faudrait pas qu'il casse sa pipe devant la caméra !
Par la suite, notre héros, à vélo (il s'en fait prêter un avec une facilité déconcertante), tente de s'incruster chez les Amish, en Pennsylvanie. Plus loin, les scènes d'autostop sont l'occasion d'un montage un peu plus élaboré : deux caméras filment en permanence et elles sont fixées sur le personnage. Mais, parfois, on sent la mise en scène : des portions ont été tournées dans la seule perspective du montage final. Il ne s'agit donc pas du simple filmage en continu de situations toutes improvisées. Il passe aussi du temps dans les bus (une fois dans le train : il fait la rencontre d'un type condmané à 15 ans de taule... j'ai du mal à croire à toute son histoire, ceci dit) et se trouve même à la source d'une altercation "multiraciale". Comme on le lui dira franco en Louisiane, les tensions sont encore grandes dans ce domaine.
Ensuite, direction le Sud-Est. C'est fou le nombre de gens sympathiques qu'il rencontre... et c'est fou le nombre de 4x4 (ou véhicules similaires) qu'on voit circuler sur les routes états-uniennes ! En se rapprochant de la Louisiane, il rencontre des Cajuns (une femme parle français) et finit par débarquer en plein ghetto nouvel-orléanais. On sent qu'il fait bien de ne pas s'éterniser...
L'appel de l'Ouest se fait le plus fort et, nourri de mythologie américaine, notre reporter fait l'acquisition d'un véhicule original : un corbillard, qu'il repeint en rouge ! Emotion garantie lorsqu'il part à la recherche d'une voiture conforme à l'idée qu'il se fait de l' "Amérique éternelle" (avec garagiste-bricoleur haut en couleur).
La séquence chez les Navajos est touchante, tant parce qu'elle dit de la précarité de leur situation que par l'humanité qui s'en dégage. (On remarquera qu'aux Etats-Unis, les pauvres ne s'entassent pas dans des HLM de banlieue, mais dans des maisons préfabriquées parfois sans eau ni électricité.)
Après un passage par Las Vegas, la Californie se présente enfin à ses yeux émerveillés. On ne peut pas dire qu'il soit facile de s'incruster chez une vedette hollywoodienne... mais le rencontre d'un sans domicile de la plage se révèle tout aussi enrichissante.
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jeudi, 12 février 2009
Hunger
C'est à la fois un film sur le conflit nord-irlandais (à travers la lutte des républicains incarcérés) et un film sur le corps. Attention, si le réalisateur s'appelle Steve McQueen, il n'a rien à voir avec l'acteur rendu célèbre par la série Au nom de la loi.
Il y a donc d'abord et encore ces corps d'hommes jeunes, minces (de plus en plus pour certains) et musclés, qui, faute de mieux, utilisent leurs déjections comme outils de révolte. Non pas qu'ils les jettent à la figure de leurs geôliers, mais ils jouent sur le dégoût qu'ils inspirent : les murs des cellules sont badigeonnés d'excréments et ils ont mis au point un procédé pour faire passer leur pisse de la cellule au couloir sans qu'elle retourne d'où elle vient. Ils refusent de se laver et, au début, de s'alimenter.
La première partie du film met donc en scène une confrontation, entre l'autorité britannique et ces jeunes révoltés. Voir ce film en 2009 est d'autant plus intéressant qu'il met le doigt sur les dérives d'une démocratie libérale (le Royaume-Uni gouverné par la délicieuse Margareth Thatcher) tentée par l'intransigeance. Cela peut toujours servir...
A ce sujet, le réalisateur a l'honnêteté de nous présenter aussi le point de vue d'un gardien. On ne comprend pas tous ses gestes la première fois qu'on le voit mais, par la suite, tout s'explique. La raideur et la symétrie des uniformes s'oppose à la faiblesse et l'anarchie des corps. Les images sont à la fois terribles et belles : l'éclairage est soigné et le souci du détail conduit le réalisateur à travailler ses plans, qui parfois fourmillent d'indications.
Un dialogue de plus d'un quart d'heure sert de transition. Une grande partie est filmée en plan-séquence. Vous allez me dire : une caméra fixe durant près de quinze minutes, avec devant un face à face assez conventionnel, voilà qui doit être ennuyeux. Eh bien, pas du tout. La joute verbale qui oppose le prêtre à Bobby Sands (qui a décidé de reprendre la grève de la faim, cette fois-ci jusqu'au bout) est passionnante, tant au niveau de la gestuelle, du positionnement des corps que de la confrontation des arguments. Celui qui semblait avoir le dessus au départ n'a pas forcément le dernier mot.
Il faut dire deux mots de l'acteur principal : Michael Fassbender (qui joue Bobby Sands). Il est excellent. Au début, je ne le voyais pas forcément comme le personnage le plus marquant. Petit à petit, il prend toute la place. La dernière demi-heure est parfois à la limite du soutenable... et il est évident que l'interprète s'est engagé physiquement dans son rôle, lui donnant une connotation christique.
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mercredi, 11 février 2009
Frozen river
Quentin Tarantino a fait la pub de ce polar social très particulier, remarqué au festival Sundance (il a eu le prix de Grand Jury en 2008). L'action se déroule à la frontière américano-canadienne, matérialisée par un fleuve (le Saint-Laurent), gelé en l'occurence (d'où le titre). On est donc à la limite de l'Etat de New York et de l'Ontario, si je ne m'abuse. (Le film lui a été tourné plus au sud, du côté de Pittsburgh, en Pennsylvanie.) Le territoire est aussi occupé en partie par une réserve indienne, celle des Mohawks. Voilà pour le contexte.
Les personnages principaux ont une vie de merde. L'héroïne a un boulot à temps partiel (vendeuse, en gros), alors que son employeur lui a fait miroiter un temps plein, qu'il réserve en fait à sa collègue, plus jeune et plus "appétissante"... Là dessus se greffe le départ subit de son mari, qui a la délicatesse d'emporter les économies du ménage, alors que le paiement du nouveau mobil-home arrive à échéance ! En face, la jeune Mohawk, qui a perdu son compagnon, n'a pas la garde de son fils (confié à sa belle-mère) et souffre de problèmes de vision. Elle déprime, malgré le soutien que tentent de lui apporter des membres de sa communauté.
C'est donc une histoire de femmes, dans laquelle Tarantino a pu se retrouver. L'érotisme en moins, il y a du Jackie Brown dans cette mère de famille opiniâtre (et armée) qui choisit d'enfreindre la loi pour conserver le niveau de vie de sa petite tribu. Les actrices (Melissa Leo et Misty Upham en particulier) sont excellentes. Tous les seconds rôles, masculins comme féminins, sont impeccables.
L'autre personnage principal est ce fleuve gelé, par où transitent les immigrants clandestins et sur lequel il peut être dangereux de circuler. C'est aussi le symbole de la limite entre le légal et l'illégal, une sorte de zone d'ombre (ça tombe bien, de nombreuses scènes ont été tournées de nuit).
Mais le principal intérêt du film est la "pâte humaine" qu'il pétrit. Aucun des personnages n'est riche, ni miséreux. Tous vivotent et tentent de surnager. L'une doit se dépatouiller avec sa communauté Mohawk, l'autre avec ses gamins qui veulent des cadeaux... et surtout garder la belle télévision à écran plat ! Même la police est marquée par son humanité : le flic local est plutôt paternaliste (on sent qu'il a peut-être le béguin pour l'héroïne) et la police tribale semble d'abord avoir une fonction sociale.
Un film étonnant donc, et bien ficelé.
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mardi, 10 février 2009
Walkyrie
C'est ce que l'on pourrait appeler un thriller militaro-historique. A la base, les faits racontés sont réels : le 20 juillet 1944, le colonel von Stauffenberg a tenté de tuer Adolf Hitler à l'aide d'une bombe déposée dans la salle de réunion où il s'était rendu. La charge n'étant pas assez puissante et la serviette dans laquelle elle était rangée étant placée contre une pile, l'explosion n'a que légèrement blessé Hitler.
L'organisation de cet attentat est le coeur du film. Mais, auparavant, on nous présente Stauffenberg en Tunisie, puis les autres conjurés, pas forcément sous un jour favorable d'ailleurs. Seuls les personnages du général Beck (Terence Tamp, très digne) et du colonel Mertz von Quirnheim surnagent. En face, les nazis militants paraissent rigides, inquiétants. Seul Hitler semble mou. A ce sujet, il me semble que l'acteur qui l'incarne semble s'inspirer très nettement de l'interprétation de Bruno Ganz dans La Chute (mais en moins bien), à ceci près que l'Hitler d'avril 1945 n'est pas celui de 1943 ou juillet 1944
Si la reconstitution historique semble minutieuse, le film suit quelques penchants. Le premier est l'héroïsation du personnage de Stauffenberg qui, s'il ne manquait pas de courage et de convictions, n'était certainement pas l'archange de la liberté dépeint sous les traits de Tom Cruise (très bon au demeurant). De surcroît, les choix scénaristiques pourraient faire croire à un spectateur non averti qu'à partir de 1943 (voire avant) Hitler était entouré d'authentiques démocrates comploteurs, nationalistes certes, mais dont aucun ne semble raciste ou antisémite. Le film ressuscite une coupure considérée aujourd'hui en partie comme artificielle, celle entre la Wehrmacht et les SS. A cette dernière on a attribué tous les maux et on a eu tendance à en décharger l'armée allemande. Depuis, on a appris que, sur le front de l'Est notamment, les choses ne furent pas aussi simples.
C'est la tension qui fait tenir le film. Le montage est efficace. On remarque que les gros plans sont nombreux : on a sans doute demandé aux acteurs de bien travailler leurs expressions faciales ! La musique est hollywoodienne : elle ne fait pas dans la subtilité, mais elle souligne efficacement les moments importants. C'est finalement un bon spectacle.
12:04 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinema


