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dimanche, 08 juillet 2018

Mutafukaz

   Sous ce titre mystérieux se cache l'adaptation d'une série de bandes dessinées de Guillaume Renard. Cela a déjà donné naissance à un court-métrage (Opération Blackhead), dont la substance est reprise dans l'une des premières séquences du film.

   Pour le long-métrage, le réalisateur s'est appuyé sur une équipe japonaise (le coréalisateur a notamment travaillé sur Amer Béton), ce qui donne une coloration manga à sa bd de style "culture de rue". Le mélange est détonnant, puisque des personnages semblant sortis d'une production japonaise évoluent dans un Los Angeles de fiction, uniquement constitué de ghettos, dans un futur proche.

   Le scénario est assez travaillé. L'histoire démarre sur une poursuite et une exécution, l'enjeu étant la récupération/sauvegarde d'un bébé. On va évidemment retrouver celui-ci des années plus tard. Il n'en a pas conscience au début, mais le jeune Lino est doté de super-pouvoirs, qui ne demandent qu'à s'exprimer. En attendant ce jour glorieux, il trime d'emploi précaire en emploi précaire, habite un appartement miteux et a pour meilleurs amis deux relous, l'un avec une tête en forme de crâne enflammé, l'autre habitant une caravane pourrie, adepte des plans foireux. Bref, c'est la lose.

   Seul éclair de bonheur dans la vie de Lino, la présence dans le quartier d'une beauté fatale, une jeune femme mince, aux jambes longues, à la poitrine opulente, portant exclusivement des mini-jupes "ras-la-touffe". Et voilà le romantisme qui débarque dans cette histoire de crasse et de violence !

   Pour la violence, on est servi. Ce n'est pas pour les marmots. Le film est plutôt destiné aux ados et aux adultes. Entre les gangs qui s'entretuent au moindre regard de travers, la police qui tire sans sommation et un mystérieux groupe crapuleux qui semble en vouloir au jeune homme, les sources d'ennuis pullulent dans le quartier.

   On nous embarque dans une aventure folle, pleine de péripéties tragi-comiques. Si le dessin des personnages principaux est assez sommaire, il faut quand même signaler que les décors sont soignés. Les mouvements sont eux aussi réussis (même si parfois on a l'impression de se retrouver dans Ken le survivant), avec une grande variété de cadrages. Le réalisateur a visiblement mis du coeur à l'ouvrage.

   Bien sûr, c'est très différent des Indestructibles 2 (destiné à un public familial), mais c'est une animation originale, souvent drôle, mettant en scène une violence déjantée qui n'est pas sans rappeler certains films de Quentin Tarantino.

samedi, 07 juillet 2018

Volontaire

   Passée derrière la caméra, l'actrice Hélène Fillières (qui s'est réservé un petit rôle dans ce film) a placé son intrigue à l'école des commandos de la Marine française, en Bretagne. L'héroïne, Laure Baer (Diane Rouxel, vue il y a deux ans dans l'excellent Moka) n'a a priori rien d'une "fana mili". C'est la fille d'un couple d'intellectuels bobos (une actrice, superbement incarnée par Josiane Balasko, et sans doute un écrivain), en couple avec un charmant garçon. Elle a décroché un double master anglais-russe... et voilà qu'elle décide de s'engager dans l'armée.

   On se dit que la frêle jeune femme, bien que charmante, risque d'en chier. En fait pas trop, au début, puisqu'elle a été recrutée sur ses compétences. Elle est donc chargée d'un travail administratif, sans avoir eu à passer la sélection physique. Elle se retrouve sous les ordres directs du directeur-adjoint de l'école, le mystérieux et inquiétant commandant Rivière (Lambert Wilson, marmoréen). Très vite, on sent qu'il y a comme un truc entre cet officier de carrière, pour qui l'armée est toute sa vie, et la civile à cent lieues de ses préoccupations, qui semble fascinée par cet univers nouveau pour elle.

   C'est le coeur du problème... et ce n'est pas bien traité. On sent que l'héroïne est à la recherche d'un idéal masculin. Les hommes de son entourage sont des citadins conventionnels, le petit copain limite métrosexuel. La jeune Laure se sent attirée par des hommes plus physiques, plus intenses, mais pas bourrins. Le commandant semble incarner pour elle un modèle de virilité respectueuse. Mais la réalisatrice peine à faire passer l'évolution intérieure du personnage... tout comme son évolution physique d'ailleurs : alors que, dans la seconde partie, elle suit un entraînement très rigoureux, son corps ne subit aucun changement notable.

   Le personnage du commandant conserve longtemps son caractère énigmatique. Il faut s'appuyer sur son vieux pote des bérets verts pour en savoir plus. De ce point de vue-là, Lambert Wilson fait le job. On se demande s'il considère "la miss" (surnom de l'héroïne) comme la fille qu'il aurait aimé avoir ou une version féminine, "moderne" et plus jeune de lui... ou bien une chance inespérée de connaître enfin le bonheur (lui qui, durant sa vie, a fait passer le devoir avant tout). Seule la fin nous permet de conclure.

   Le film souffre de deux autres défauts. En dépit de ses efforts, l'actrice n'a pas le physique du rôle, compte tenu de ce qui se passe dans la seconde partie. Là, on est proche du conte de fées. J'ai aussi des doutes quant à la quasi-absence de réaction misogyne ou homophobe, y compris dans les chambrées. Cela fait un peu carte postale, même si les rares moments de groupe sont bien filmés. J'ai aussi apprécié la mise en scène des cérémonies militaires, avec leur symbolique et leurs rituels. Mais le film manque de chair.

14:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 06 juillet 2018

Les Indestructibles 2

   Il a fallu près de quinze ans à Pixar et Brad Bird pour produire la suite des Indestructibles, une animation qui, à l'époque, m'avait paru un peu en-dessous par rapport aux films du même genre. Pour ce second volet, pas de doute, on a mis le paquet.

   Le film mélange les genres espionnage et super-héros, avec une pincée de comédie familiale, le tout dans un cadre à la fois futuriste et vintage, si l'on s'en tient aux voitures et aux téléphones. La musique est jazzy, très entraînante. Elle a été composée par Michael Giacchino, que l'on pourrait considérer comme un pendant états-unien d'Alexandre Desplats. Il a le talent de créer des musiques diverses et entraînantes pour des productions destinées au grand public (récemment pour Jurassic World 2, La Planète des singes : suprématie et Rogue One).

   On ne s'ennuie pas dans cette histoire d'environ deux heures. Le scénario fourmille de péripéties, mais surtout, l'intrigue est complètement dynamitée par le personnage du bébé, qui voit ses pouvoirs extraordinaires progressivement se révéler, à l'étonnement de son père, de son frère, de sa soeur...et d'une galerie de personnages plus ou moins bien intentionnés qui vont se frotter au bambin.

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   Celui-ci fait son apprentissage avec un raton-laveur goinfre et agressif, dans une séquence vraiment tordante. Le meilleur est à venir quand le bébé est confié aux soins d'une tatie, l'inénarrable Edna Mode, qui a les traits de l'actrice Linda Hunt (vue dans Prêt-à-porter de Robert Altman et dans la série NCIS Los Angeles) et la voix d'Amanda Lear (dans la version française) :

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   Le début nous montre la famille en pleine action, avant que Monsieur Indestructible ne soit contraint de retourner à la vie de père au foyer. Le voilà qui se consacre à la tâche ardue (et ingrate) du soin des enfants, entre un bébé hors du commun mais instable, un garçon pas doué en maths et une aînée en pleine crise d'adolescence. On sent que le vécu de Brad Bird a dû contribuer à la création des nombreuses situations cocasses dans lesquelles le père se trouve empêtré. C'est souvent hilarant.

   A côté de cela, Madame Indestructible, alias Elastigirl, est engagée par un étrange milliardaire et sa géniale soeur pour lutter contre le crime. On se dit qu'il doit y avoir anguille sous roche... et on n'est pas détrompé par la suite. Cela donne du rythme à l'intrigue, une brochette de nouveaux super-héros venant pimenter le tout, avec, par dessus le marché, les enfants qui viennent au secours des parents.

   J'ai passé un excellent moment. Dans la salle, petits et grands ont ri de bon coeur.

19:59 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 05 juillet 2018

Demi-soeurs

   Trois demi-soeurs qui ne se connaissaient pas sont réunies par un notaire à l'occasion de la mort de leur père, un sacré coureur de jupons, qui leur laisse... un appartement. N'importe quel spectateur français de base fait immédiatement le lien avec Les Trois Frères, d'autant que la caractérisation des personnages principaux n'est pas sans rappeler le glorieux ancêtre.

   Ainsi, l'une des trois soeurs, Lauren (incarnée par Alice David, vue notamment dans Babysitting), est une sorte d'intermittente du spectacle, qui peine à percer dans le milieu de la mode, tout comme Bernard Latour/Campan peinait à percer dans le monde audiovisuel.

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   La culture et la mode relieraient plutôt Lauren à Pascal Latour/Légitimus, mais je pense que celui-ci a davantage inspiré la présence de Salma (Sabrina Ouazani, resplendissante), autre exemple de personne issue des "minorités visibles" et qui a fait son petit trou dans la société française.

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   Le dernier membre du trio se trouve dans une sorte d'entre-deux. Lui comme elle semble appartenir à la bourgeoisie, mais connaît finalement une situation plus précaire que ce qu'il paraissait au départ. A Didier Latour/Bourdon correspond Olivia (Charlotte Gabris, pas mal dans un rôle difficile). A propos de celle-ci, on appréciera qu'on ait évité de nous resservir certains clichés sur les juifs.

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   Evidemment, les trois jeunes femmes (toutes ravissantes, bien entendu), que rien ne semblait rapprocher vont apprendre à se connaître et faire cause commune pour garder leur héritage, face à la famille légitime du défunt, qui ne supporte pas cette survivance successorale des fautes du passé.

   C'est aussi intéressant pour la description du milieu dans lequel évolue chaque héroïne. On n'est certes pas au niveau d'une étude universitaire, mais on a droit à quelques scènes bien troussées sur la petite main du monde puant de la mode, la prof musulmane d'un établissement de banlieue et la petite fille juive modèle qui risque de passer à côté du bonheur.

   Les trois actrices se sont données à fond et les dialogues sont plutôt bien écrits, avec plusieurs répliques particulièrement mordantes. (L'une d'entre elles fait allusion à Jean-Vincent Placé, dans un contexte que je laisse à chacun-e le plaisir de découvrir.)

   Par contre la fin est convenue, trrrrrèèèèèès "politiquement correcte". Cela montre les limites de cette comédie, pas déshonorante du tout, mais qui n'atteint pas des sommets.

mercredi, 04 juillet 2018

Au Poste !

   Quentin Dupieux est un cinéaste atypique et plutôt inventif. (Il n'a pas énormément de mérite à cela, tant la concurrence est faible en France dans ce domaine.) Il y a quelques années, le public cinéphile l'a découvert grâce à Rubber, sans doute son meilleur film jusqu'à aujourd'hui (ce qui m'autorise à renommer le réalisateur "Quentin Dupneu"...). Les suivants m'ont déçu, surtout Wrong Cops. Réalité était un peu mieux foutu, mais se perdait trop dans les jeux intellectuels.

   Le cadre est évidemment un hommage à Garde à vue, le chef-d'oeuvre de Claude Miller. Un commissaire gouailleur et roublard fait face à un témoin emprunté, affamé... et moustachu. Signalons tout de suite l'excellence du casting, avec, en tête d'affiche, un Benoît Poelvoorde en pleine forme et un Grégoire Ludig très bon. Deux caractères s'opposent... ou pas. Les deux hommes semblent pouvoir s'accorder.

   Il est question d'un corps ensanglanté qu'on a retrouvé au pied de l'immeuble où habite Fugain, le témoin qui a appelé les secours... et oublié son fer-à-repasser à côté du cadavre. De surcroît, cette nuit-là, Fugain est sorti à sept reprises de l'appartement qu'il partage avec sa compagne somnambule. C'est du moins ce qu'affirme une voisine (interprétée par un homme que l'on voit ailleurs dans le film... cherchez bien !).

   La suite est donc en partie constituée de retours en arrière, qui nous donnent la version du témoin. Que s'est-il donc passé les sept fois où, en pleine nuit, il a quitté son domicile, avant d'y revenir ? Le commissaire Buron prend sa déposition à la machine à écrire, relevant le moindre détail, pinaillant sur une formule... sans oublier de planifier ses loisirs dans le même temps.

   Il va se passer de drôles de choses dans ce commissariat... et aussi en dehors, les retours en arrière ne se déroulant pas tout à fait comme on l'attend. Le non-sens prend parfois le dessus, jusqu'au retournement, que je me garderai bien de révéler.

   Malheureusement, le film, parti sur de bonnes bases, ne trouve pas vraiment sa conclusion. Il s'achève de manière abrupte, décevante pour moi. Et puis, comme il dure à peine plus d'une heure, j'ai pris la peine de rester pendant le générique de fin. Dupneu Dupieux y remercie tous ceux qui ont permis la concrétisation de ce film... notamment Placid et Muzo (ceux de la période Arnal, je pense : le réalisateur y a peut-être puisé sa manière de détourner les codes).

   Arrive enfin ce que tout cinéphile qui se respecte attend : la scène post-générique, susceptible d'apporter un éclairage supplémentaire à l'histoire. Je ne vais pas en dévoiler le contenu, mais sachez que le réalisateur tire la langue (de manière symbolique) à ses spectateurs.

   Espèce d'enfoiré !

23:13 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 02 juillet 2018

How to talk to girls at parties

   Le titre pourrait faire croire que l'on va voir une version britannique (et vintage) d'American Pie. Il n'en est rien, même si, de temps à autre, un petit côté cracra transgressif surgit à l'écran... ce qui n'est pas pour me déplaire.

   L'action débute en 1977, en pleine émergence du mouvement punk. Cela ne suscite aucune nostalgie en moi, vu que, dans ma prime jeunesse, j'assimilais les punks à de gros sales qui passaient leur temps à gueuler et boire des bières... Beurk ! Au moins, ici, si l'on cherche à nous faire comprendre le besoin de révolte d'une jeunesse corsetée par la bien-pensance britannique, la dérision n'est pas loin et quelqu'un qui n'a pas vécu l'époque comprend à quel point c'était parfois bordélique.

   Mais ce n'est pas un film punk. Il y a bien quelques séquences (plutôt musicales) qui se déroulent de manière punk, ou qui sont filmées de manière punk. Un autre style vient se mêler au premier : le psychédélique, qui permet notamment d'introduire le versant science-fiction de l'intrigue. Ceci dit, c'est parfois tellement barré que l'on se demande ce que les auteurs ont consommé avant de produire ce truc ! (Du réalisateur, John Cameron Mitchell, on a déjà pu voir le sulfureux Shortbus...)

   Il est aussi question des premières amours, avec la formation d'un couple attachant. Au niveau du casting, c'est incontestablement Elle Fanning qui se détache. C'est presque scandaleux d'être aussi belle et bonne comédienne ! Elle retrouve l'une de ses comparses des Proies, Nicole Kidman, qui kiffe sa life en femme mûre anticonformiste... et avide de produire des chanteurs à succès.

   En passant, on peut noter que presque tous les personnages féminins sont incarnés par des actrices à la plastique très avantageuse. (Ah, ces tenues moulantes en plastique !...) On a été visiblement moins regardant sur le physique de leurs homologues masculins...

   Je pense que vous avez compris que c'est du genre frappadingue. Cela part un peu dans tous les sens. C'est souvent drôle, de temps en temps émouvant et, à quelques occasions, sensuel, sans être vulgaire. Bref, c'est un ovni cinématographique dont je conseille la découverte.

dimanche, 01 juillet 2018

Have a nice day

   Ce film d'animation chinois est plutôt destiné aux adultes. L'intrigue se déroule dans une petite ville de province, plus ou moins contrôlée par des mafieux. Dans le lot, il y a quelques pieds nickelés, sans parler des francs-tireurs, individus sans véritables attaches, prêts à tout pour grappiller une parcelle de bonheur pognon.

   C'est ce qui donne son côté noir à l'histoire. L'argent semble obséder nombre de personnages... en tout cas beaucoup plus que le respect de la loi ou l'accomplissement professonnel. On se croirait presque dans une petite ville américaine, ni pauvre ni riche, mais où les rêves des habitants se sont fracassés sur une réalité sordide. (L'un de ces rêves est mis en scène de manière comique, lorsque deux personnages voient l'avenir que pourrait leur offrir l'acquisition frauduleuse d'une grosse somme d'argent.)

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   Sur le plan formel, ce n'est pas une oeuvre virtuose. Elle ressemble d'ailleurs à beaucoup de productions de base américaines. En tout cas, elle est assez expressive et, dans la deuxième partie, devient un peu gore : la violence est le moyen privilégié par la majorité des protagonistes pour résoudre leurs problèmes.

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   Tous sont liés les uns aux autres, sans qu'ils en aient forcément conscience. Du jeune homme adepte des jeux vidéo (et voleur d'un sac d'argent) à la restauratrice copine d'un drôle de vieux type (qui, sous l'apparence d'un plouc, cache un fan de technologies), en passant par les petites mains du caïd local (qu'on appelle "Oncle Liu") et un tueur à gages boucher dans le "civil", tous connaissent quelqu'un qui connaît l'un des intervenants de l'histoire.

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   C'est donc dur mais parfois assez cocasse, comme lorsque le tueur est interrompu en pleine action par un coup de fil lui vantant des placements immobiliers. On est aussi surpris par les développements que prennent des événements en apparence complètement anecdotiques, comme cette rivalité sur la route, qui va finir en carnage (quasi) général.

   Cela ne dure qu'1h15 et c'est un point de vue original sur la Chine contemporaine... point de vue que Pékin n'a pas apprécié, puisque le gouvernement chinois a tenté d'empêcher la diffusion du film à l'étranger.

19:47 Publié dans Chine, Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 30 juin 2018

Sicario - La Guerre des cartels

   Il y a presque trois ans, j'avais bien aimé le premier volet des aventures des tueurs au pays des trafiquants de drogue. Pour le deuxième film, on a changé le réalisateur et presque toute l'équipe technique... mais pas le scénariste, Taylor Sheridan, qui a récemment réalisé Wind River.

   Et on a bien fait. De surcroît, ce film n'est pas un décalque du précédent. L'intrigue est construite différemment, de manière moins linéaire, avec des péripéties inattendues et des pistes qui resteront inexplorées. (Seuls les amateurs de la série Blacklist devineront qu'on leur prépare une fin légèrement différente de ce qui est montré à l'écran concernant l'un des personnages principaux...) On commence avec une prenante séquence liant immigration et terrorisme, assez révélatrice des craintes ressenties par une certaine Amérique blanche. Mais, vu de France, on peut aussi trouver des points de comparaison.

   Le fil narratif qui commençait à s'esquisser est assez rapidement brisé, après une séquence africaine qui n'est pas sans rappeler Zero Dark Thirty. Interviennent de plus en plus ce que l'on appellerait chez nous des "barbouzes", des paramilitaires engagés en douce par Oncle Sam.

   Un enlèvement va tout faire basculer. On retrouve quelques personnages du précédent opus mais, surtout, on comprend qu'on ne peut se fier à personne... ou presque. Reste à savoir qui va trahir qui, et comment. Cela devient un jeu du chat et de la souris, dans lequel un traqueur peut se retrouver traqué à son tour... et réciproquement.

   C'est très bien interprété, notamment par Benicio del Toro et Josh Brolin (aussi à l'affiche de Deadpool 2 et de Avengers - Infinity War). La gamine n'est pas mal, avec du tempérament... C'est surtout un petit canon en puissance. Ah, les directeurs de casting...

   Quelque part entre le Traffic de Soderbergh et le Léon de Besson, ce film d'action remplit très bien son office, grâce notamment à une photographie superbe, des décors impeccables et une musique d'accompagnement parfaitement placée. (On la doit à Hildur Gudnadottir, qui avait travaillé sur Hijacking.)

22:27 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 28 juin 2018

Retour à Bollène

   J'ai failli passer à côté de ce petit film sorti le mois dernier. C'est une fiction à caractère autobiographique, le réalisateur Saïd Hamich (producteur entre autre de Much Loved) ayant passé une partie de sa jeunesse à Bollène, une petite ville du département du Vaucluse (en région Provence-Alpes-Côte-d'Azur) :

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   L'intrigue repose sur des contrastes. La ville elle-même est partagée entre l'image "vieille France" et proprette qu'elle veut donner (à travers ses dirigeants de la Ligue du Sud) et la présence d'une forte communauté d'origine maghrébine, précarisée.

   La famille du héros Nassim est aussi le siège de divisions. La père a eu au moins deux épouses différentes (en même temps). On y parle deux langues (voire trois avec l'anglais) : l'arabe dialectal (dominant chez les parents) et le français (courant chez les enfants). Les premiers rêvent de repartir "au pays" (c'est-à-dire au Maroc), les seconds de s'en sortir, en France.

   Le héros lui-même est une contradiction vivante : c'est un fils de la cité qui a réussi à l'école, puis à Paris et enfin aux Emirats arabes unis. D'un côté, il est très bien inséré dans le monde global, parle couramment anglais (langue qu'il préfère utiliser à Dubaï plutôt que l'arabe, avec le chauffeur de taxi), mais ressent le besoin de se ressourcer à Bollène. Pourtant, tout l'oppose à sa famille. Il a réussi, alors que les autres galèrent. Il n'est pas religieux, boit de l'alcool et goûte les concerts de musique classique (ainsi qu'Alain Bashung), alors que ceux qui sont restés en France sont tentés par le repli islamo-conservateur. De surcroît, il a épousé une non-musulmane, une Américaine, qui trouve ce coin de France très "provincial"... voire un peu puant, quand elle entend les propos du maire.

   Celui-ci connaît très bien le héros, qu'il a eu comme élève alors qu'il était enseignant dans le lycée public, un enseignant connu pour ses opinions de gauche... Le voilà devenu chantre de la droite identitaire. (Dans la réalité, la commune est gérée par le couple Bompard, issu du FN.) Les retrouvailles entre les deux hommes ne manquent pas de saveur, même si ce n'est pas super bien joué. Je trouve qu'Anas El Baz est plus expressif quand il ne parle pas ou quand il débite juste des monosyllabes. Il a du charisme, mais n'est pas très à l'aise avec les longues répliques.

   Signalons que c'est bien filmé, avec de jolies scènes de nuit... et une belle musique d'accompagnement, que l'on doit à Pauline Rambeau de Baralon. Je conseille vivement cet essai pseudo-autobiographique, qui pose de bonnes questions sur l'identité, en évitant les idées préconçues.

mercredi, 27 juin 2018

Sans un bruit

   Je ne vais plus trop voir les films d'épouvante, sauf s'ils semblent se distinguer par un soupçon d'originalité (une denrée rare dans les productions de ce genre, qui, en général, se contentent de recycler du matériau ancien, avec un poil de technologie). Il y a deux ans, je m'étais laissé tenter par The Witch. Ici, outre l'argument principal (ne pas faire de bruit pour échapper aux monstres), c'est l'affiche qui m'a attiré, avec la charmante Emily Blunt (vue récemment dans Edge of tomorrow, Sicario et La Fille du train) et la jeune pousse Millicent Simmonds, remarquée dans Le Musée des merveilles.

   Autant le dire tout de suite, cette histoire, pour originale qu'elle soit, est nourrie de clichés. Certaines péripéties se voient venir à des kilomètres, comme le gamin avec son avion à piles, le coup du clou dans l'escalier ou encore l'usage qui va être fait d'un fusil. S'ajoute à cela une certaine tendance à abuser du "juste à temps".

   Et pourtant... j'ai trouvé cela prenant. C'est d'abord dû à la qualité de l'interprétation, celle d'Emily Blunt en tête. Millicent est aussi très bien, dans un rôle moins lisse que dans le film qui l'a révélée. C'est une pré-adolescente un brin rebelle, mal dans sa peau, mais qui va jouer un rôle clé dans l'intrigue.

   Cela se passe dans un futur proche. De redoutables extraterrestres (des sortes d'hommes arachnoïdes) ont débarqué aux Etats-Unis sur Terre... et ils ont bigrement faim. Ils sont rapides, cruels, carapaçonnés... mais aveugles. Ils se guident en se fiant à leur ouïe ultra-développée. C'est leur point fort... et cela pourrait devenir leur point faible.

   On suit une famille de rescapés (un couple avec trois gosses). Les parents sont très ingénieux. Ils ont développé une série de stratagèmes pour ne pas éveiller l'attention des envahisseurs omnivores. C'est là que naît la tension, parce qu'évidemment, il est impossible à une famille normalement constituée de vivre au quotidien sans produire le moindre bruit. Cette famille-là bénéficie quand même d'un atout : elle a appris à vivre avec l'infirmité dont souffre la fille aînée, ce qui lui a été d'une grande utilité lors du débarquement des visiteurs affamés.

   Au niveau du son, on a veillé à alterner les scènes quasi-silencieuses avec celles où l'on entend de la musique d'accompagnement et celles où l'on perçoit des bruits (plus ou moins naturels). Cela contribue à rendre le film facile à suivre.

   La conclusion est toutefois abrupte. Je suis un peu resté sur ma faim, d'abord parce que j'aurais aimé en savoir davantage sur les circonstances de l'arrivée des extraterrestres. Cela reste néanmoins un spectacle tout à fait correct.

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mardi, 26 juin 2018

Une année polaire

   Cette fiction à caractère documentaire est signée Samuel Collardey, auquel on doit notamment Comme un lion et L'Apprenti. Comme dans ce dernier film, le héros (ici Anders, jeune instit) joue son propre rôle, dans une histoire qui, si elle s'inspire fortement de la réalité, a été inventée par l'auteur.

   Le professeur des écoles danois, fils de paysans (peu désireux de prendre la suite de ses parents), décide de tenter sa chance au Groenland, où trois postes sont libres. On lui suggère de choisir celui de Nuuk (sur la côte ouest), le chef-lieu où se concentre un tiers des quelque 55 000 habitants du gigantesque territoire (et où l'on trouve toutes les commodités). Mais il lui préfère le village de Tiniteqilaaq, situé sur la côte est, la plus sauvage :

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   La rencontre est un petit choc culturel. Le jeune homme va en baver, entre des enfants récalcitrants, des parents absents (pour des raisons culturelles que l'instit va mettre du temps à comprendre), une population au mieux indifférente (qui le voit comme un colon)... et des conditions matérielles pas idéales. Il est un peu dans la situation d'enseignants français métropolitains, qui demandent une mutation outre-mer sans y être toujours bien préparés. Pour le public francophone, il est important de signaler que deux sous-titrages différents sont utilisés, le blanc pour la traduction du danois, le jaune pour celle du dialecte inuit.

   L'intrigue nous fait donc suivre le professeur des écoles, un bon gars, (trop) gentil, souvent maladroit, qui tente de s'acclimater à la vie du village. Le sentier n'est pas pavé de roses mais, parfois, le jeune homme reçoit un coup de main. C'est son implication personnelle et son empathie qui vont lui permettre de gagner progressivement sa place.

   Entre temps, on aura eu droit à de magnifiques vues du territoire, du ciel (ah, les aurores boréales...), de la neige, de la glace et de l'eau. (Je pense que c'est encore plus beau que dans Le Voyage au Groenland, sorti il y a un an et demi.) L'aspect documentaire est renforcé par la description d'activités traditionnelles : la chasse, la pêche, le dépeçage... et la conduite d'un traineau. L'une des plus belles séquences voit un groupe de personnages partir à la chasse, se faire prendre dans une tempête de neige, construire un igloo de fortune... et croiser une maman ours avec ses petits. J'ai aussi été particulièrement attendri par les chiens.

   Bref, c'est un très bon film, particulièrement rafraîchissant en ce début d'été.

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lundi, 25 juin 2018

Bienvenue en Sicile !

   Une fois n'est pas coutume, je trouve le titre français meilleur que l'original (At War for Love ou In Guerra per amore), que l'on pourrait traduire par "A la guerre par amour". Celui-ci fait allusion à l'histoire d'amour contrariée qui sert de squelette à l'intrigue, alors que le titre français évoque, sur le ton de la comédie, le débarquement des Américains en Sicile, en 1943.

   C'est donc d'abord une comédie à l'italienne, avec ses caricatures, son exubérance, sa joie de vivre (et cette langue si musicale). Arturo le charmeur sans le sou rêve d'épouser la belle Flora, que son oncle envisage de marier au fils de l'une de ses relations. On est dans le petit monde des Italo-américains new-yorkais, limite (voire franchement) mafieux. Or, à la même époque, les Alliés préparent l'opération Husky. Du côté américain, on compte s'appuyer sur les liens qui existent entre certains immigrés et le pays d'origine de leurs parents. D'ailleurs, le propre père de Flora vit encore là-bas. Sa bénédiction serait bien utile à Arturo pour empêcher le mariage arrangé par l'oncle. Mais le (possible) futur beau-père de Flora possède lui aussi des relations dans son pays natal. Il va tenter de contrecarrer le projet du rival de son fils.

   L'aspect comédie est renforcé par la truculence des villageois qui vont voir débarquer les Yankees. Il y a cet étrange duo, composé d'un aveugle et d'un boiteux, qui seront mêlés à la plupart des péripéties siciliennes. Il y a ce père de famille, dont le fils porte l'uniforme italien (fasciste) et qui garde religieusement une statue du Duce dans un placard. Une intense rivalité l'oppose à sa voisine qui, au moindre bombardement, sort mettre à l'abri une statue de la Vierge. Il est aussi souvent question d'ânes, des vrais, des symboliques... et ceux d'une chanson pour enfant, à laquelle un garçon est particulièrement attaché. C'est l'un des fils rouges de l'intrigue, avec une photographie d'amoureux (maladroitement) prise devant un pont new-yorkais. Cet ancêtre du selfie devient le running gag de l'histoire.

   Et puis il y a ces trognes de mafieux. Ah, pour sûr, ils sont gratinés ! Le chef local est une pourriture débonnaire et ventripotente. Ses sbires portent d'horribles moustaches et froncent les sourcils. Vous avez compris que l'on rit souvent à cette comédie... avant que le ton ne change, dans le dernier tiers de l'histoire. Celle-ci s'appuie sur des faits réels. Le gouvernement américain, soucieux de se ménager des soutiens sur place, a conclu un pacte avec le chef mafieux Lucky Luciano. Résultat : le débarquement allié s'est très bien passé (avec peu de pertes). En contrepartie, les conquérants du jour vont confier les clés du pouvoir à des truands, certains se parant des couleurs d'un nouveau parti tout propre, la Démocratie chrétienne.

   C'est l'une des forces de ce film (hélas passé quasi inaperçu) que de parvenir à mêler une bluette sentimentale (inspirée de la commedia dell'arte) et une réflexion politique sur un sujet qui a, aujourd'hui encore, un impact sur la société italienne.

samedi, 23 juin 2018

Manifesto

   C'est du cinéma expérimental. Le réalisateur a voulu mettre en scène une douzaine de textes littéraires engagés, des manifestes artistico-politiques. Pour cela, il a créé autant d'historiettes, dont l'héroïne est toujours incarnée par la même actrice, Cate Blanchett. Celle-ci s'est mise dans la peau d'une clocharde, d'une chercheuse, d'une employée de déchetterie, d'une mère ultra-conservatrice, d'une tradeuse, d'une punk, d'une présentatrice de télévision, d'une reporter, d'une chorégraphe, d'une marionnettiste, d'une oratrice funèbre, d'une organisatrice de soirées "prout prout" et d'une professeure des écoles.

   Chaque séquence se veut l'illustration du propos sur le fond, mais parfois aussi sur la forme. Ainsi, le discours marxiste dénonçant l'art bourgeois est plaqué sur une scène montrant une clocharde traversant un site industriel à l'abandon, d'autres femmes (âgées et riches) s'amusant à tirer des feux d'artifice à quelques pas de là. Mais la forme reste classique.

   La suite a de quoi déprimer. Les extraits des mouvements dadaïste, surréaliste et futuriste dépeignent un monde en pleine décrépitude, dont il faudrait quasiment faire table rase... et il m'a semblé que le film était parfois (volontairement ?) en contradiction avec ce qu'il défendait. Ainsi, à plusieurs reprises, il est dit qu'il ne faut plus faire référence aux oeuvres du passé... et voilà-t-y pas que, dans la séquence de la chercheuse, l'héroïne se retrouve dans une pièce dont le décor est composé de trompe-l'oeil géométriques, avec, au centre, un grand monolithe noir. (Il s'agit bien entendu d'une allusion à 2001, L'Odyssée de l'espace, de Stanley Kubrick.) Ceci dit, il est quand même troublant que certains textes écrits il y a 80-100 ans fassent autant écho à notre époque.

   Vers la fin, il est question de Jean-Luc Godard et du Dogme (Lars von Trier). L'artiste est censé-e s'effacer derrière son oeuvre et ne pas la signer. Peu de temps après, on pourra constater que le générique de fin commence par les noms de Cate Blanchett et Julian Rosefeldt...

   En changeant de séquence, on passe parfois d'un extrême à l'autre, entre ceux qui finissent par affirmer que l'art n'existe plus et ceux qui pensent (pour différentes raisons) que tout peut être art. On en arrive fort logiquement à l'art conceptuel, mis en scène... et démonté au cours d'un faux journal télévisé, plein de malice, dans lequel l'éblouissante Cate incarne à la fois la présentatrice permanentée et la journaliste en extérieur, sous la pluie. Le but de la séquence est de dénoncer le toc, le prétentieux...

   Si on ne goûte guère les débats intellectuels autour de l'art et de sa place dans la société, on peut se contenter de jouir de la performance de l'actrice... surtout quand on sait que l'ensemble a été tourné en moins de deux semaines. Rien que pour cela, c'est un film à voir.

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mercredi, 20 juin 2018

Avengers - Infinity War

   Je me suis finalement décidé à voir la grosse machine hollywoodienne, censée être le couronnement de dix ans de remise à jour de l'univers de super-héros marvéliens. J'ai raté plusieurs épisodes en cours de route (concernant Captain America, Spider-Man, Black Panther... et le précédent Avengers), mais j'ai pu suivre sans problème l'intrigue.

   C'est d'abord un bon film d'aventures, qui suit un schéma rôdé jadis par les productions Lucasfilm : la mise en parallèle de plusieurs fils narratifs, liés les uns aux autres, qui finissent par se rejoindre. L'un de ces fils est constitué par les pérégrinations de Thor (dont le personnage a acquis une épaisseur qui n'est pas que physique), en compagnie d'une partie des Gardiens de la galaxie (mes petits chouchous). L'autre partie de l'équipe va très vite se frotter au méga-hyper-giga-super vilain Thanos... avant de tomber sur Iron Man et Spider-Man, qui font cause commune avec Docteur Strange. De son côté, Hulk va retrouver Captain America et Black Panther (entre autres).

   Tout ce beau monde doit donc se coltiner Thanos et ses affidés. Je reconnais que ce personnage contribue à l'intérêt de l'intrigue. Ce n'est pas un vulgaire tyran génocidaire. Il a une conception "réaliste" (je dirais plutôt cynique) de la vie des peuples. En massacrer une partie permet de sauver l'autre. Il ne cherche même pas l'enrichissement ou l'accumulation de conquêtes féminines. Sur le fond, c'est effrayant, mais c'est mis en scène avec (une relative) subtilité.

   Le problème est que l'ensemble a beau être assaisonné d'humour, le gros du film est constitué de bastons plus ou moins numériques, parfois très proches du jeu vidéo. (Ce n'est pas un compliment.) De plus, certains acteurs ne m'ont pas paru très convaincants... au premier rang desquels je place Chris Pratt (le moins bon des Gardiens) et Mark Ruffalo (qui fait pitié). Et puis le vieux cinéphile que je suis en a un peu marre de ces dialogues creux dont l'objet est de faire comprendre aux spectateurs que le sort du monde dépend d'une boule de feu, d'une toile d'araignée ou d'un énorme pain dans la gueule...

   Ceci dit, comme c'est bien foutu, cela se regarde sans déplaisir... mais figurez-vous qu'il y a une suite ! Déjà, au cours du film, on comprend (notamment grâce à Strange) que ce que l'on voit n'est qu'une version de l'histoire. Il va donc falloir patienter un peu pour assister à la suite ou, si vous préférez, à la fin alternative, une trèèèèès longue fin, puisqu'elle promet de durer plus deux heures.

23:43 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : ciéma, cinema, film, films

mardi, 19 juin 2018

La Révolution silencieuse

   Cette "salle de classe silencieuse" (titre originel, en allemand) est celle de lycéens de RDA (l'Allemagne communiste), sur le point de passer leur Abitur (baccalauréat), en 1956. Un jour, par solidarité avec les Hongrois révoltés contre la domination soviétique, ils décident de se taire pendant deux minutes, en cours d'histoire. Ce battement d'ailes de papillons va déclencher une tempête politique.

   Ce n'est pas la première fois que le cinéma allemand se lance dans l'analyse de la période de Guerre froide. Les cinéphiles se souviennent de l'excellent La Vie des autres, en 2007. Plus récemment, on a eu droit à De l'autre côté du mur (dont l'actrice principale est présente ici) et D'une vie à l'autre. L'originalité du film est de se situer avant la construction du Mur de Berlin, quand seuls des contrôles policiers séparaient les deux parties de la ville.

   L'univers adolescent est bien restitué, montrant des garçons qui cherchent à voir des femmes nues et des couples qui se forment, avec la maladresse des premières amours et des malentendus. L'habileté du scénario consiste à intégrer l'aspect sentimental à l'intrigue politique. On est visiblement dans un lycée au recrutement populaire (et provincial), avec un public mélangé, puisque les enfants d'un vétérinaire et le fils d'un membre éminent du conseil municipal côtoient des rejetons d'ouvriers. Compte tenu de la relative uniformisation vestimentaire qui régnait à l'époque, il n'est pas facile de les distinguer à leur apparence.

   Les auteurs ont aussi voulu éviter le film uniquement à charge. D'un côté, ils montrent quand même que ce pays dirigé par d'anciens opposants au nazisme est devenu une prison pour une grande partie de sa population (la Stasi se comportant quasiment comme la Gestapo). D'un autre côté, les défenseurs du régime communiste (et contempteurs de la démocratie bourgeoise, assimilée au fascisme...) ont voix au chapitre. Concernant l'éducation, le propos n'est pas sans faire écho à notre époque, où se pose la question de la réussite scolaire des enfants des catégories populaires.

   Mais il s'agit surtout de l'histoire d'une rébellion pacifique, celle de lycéens en quête d'absolu, mais auxquels on va tenter d'imposer des préoccupations plus terre-à-terre. Le harcèlement moral qu'ils subissent est particulièrement bien mis en scène. (Le réalisateur, Lars Kraume, est aussi l'auteur de Fritz Bauer, un héros allemand, dans lequel joue celui qui incarne le père de l'un des lycéens) Cela fait remonter les vieilles histoires du passé, celui de l'Entre-deux-guerres (avec les allusions au Front Rouge, auquel a appartenu le père de l'un des élèves), celui de la Seconde guerre mondiale... et celui, plus récent, de la révolte ouvrière de Berlin-Est.

   C'est dire la richesse des thématiques abordées par ce film qui, de surcroît, s'inspire d'une histoire vraie. (Restez pendant le générique de fin.) Alors, même si c'est parfois un peu mélo, j'ai beaucoup aimé, tant les acteurs sont convaincants et l'arrière-plan historique soigné.

dimanche, 17 juin 2018

Le Cercle littéraire de Guernesey

   ... et de la tarte aux pelures de pommes de terre, puisque tel est le nom complet du club éponyme, composé d'habitants de l'île anglo-normande de Guernesey, qui fut occupée par l'armée allemande durant la Seconde guerre mondiale.

   Il y a donc un aspect historique à l'intrigue. Pour les Britanniques, l'Allemand est surtout vu comme l'envahisseur que l'on repousse ou celui que l'on va combattre en France. A Guernesey, la population restée sur place a dû cohabiter, tant bien que mal, avec un occupant qui a pu se révéler odieux... ou sympathique. C'est ce que l'on découvre à la suite d'une série d'allers-retours entre les années 1940-1944 et l'après-guerre.

   A Londres, une jeune écrivaine (Lily James, vue récemment dans Baby Driver), qui commence à rencontrer le succès, échange des lettres avec un habitant de l'île. Grâce à lui, elle découvre une partie de l'histoire des habitants, mais elle meurt d'envie d'en savoir plus, pensant de surcroît en faire le sujet d'un article. Dans le même temps, sa vie personnelle est sur le point de basculer, en compagnie du dévoué mais très pressant Mark, un riche et séduisant Américain.

   Le séjour de Juliet sur l'île va tout changer. Elle est d'abord surprise de ne pas être aussi bien accueillie que ce qu'elle escomptait. C'est l'occasion pour le réalisateur Mike Newell (auteur jadis de Quatre Mariages et un enterrement) de nous dresser le portrait ironique de la vie provinciale sur cette île reculée, avec un entrelacs de relations humaines complexes, ses petits secrets et ses jalousies rances.

   Les personnages sont très bien campés, de la logeuse bigote au postier débonnaire, en passant par la veuve acariâtre, la vieille fille un peu fofolle et Dawsey, le charmant éleveur de cochons, qui ne laisse pas l'héroïne indifférente. Sur le groupe plane l'esprit de la plus rebelle de la bande, Elizabeth, dont l'absence est inexpliquée.

   Mêlant comédie romantique et drame historique, le film est subtil, emprunt de douceur. Il est furieusement moderne, parce que son intrigue suit les actions de deux femmes indépendantes, l'écrivaine et la rebelle, la Londonienne et la Guernesiaise, les hommes jouant un rôle plus secondaire. Il est toutefois d'un autre temps par la manière dont les sentiments sont exprimés (à entendre de préférence en version originale sous-titrée). C'est aussi un hommage à la littérature et à la lecture, à travers ces personnages ordinaires, qu'un festin de porc grillé va réunir, mais que la mort pourrait finir par séparer.

   C'est l'une des excellentes surprises du moment (avec Trois Visages).

19:55 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 16 juin 2018

Comment tuer sa mère

   Cette comédie franchouillarde est l'adaptation d'une pièce de théâtre, dans laquelle le rôle principal était interprété par Eva Darlan. Dans le film, c'est Chantal Ladesou qui reprend les rênes, avec un bel entrain, ma foi. Derrière la caméra se trouve David Diane, qui a notamment travaillé sur Babysitting (en tant que premier assistant-réalisateur). Comme on trouve aussi au générique Vincent Desagnat, Julien Arruti et Joséphine Drai, certains ont franchi le pas et parlé de "la bande à (Philippe) Lacheau", bien que celui-ci ne soit pas lié au film. (Il travaille actuellement sur une adaptation du manga Nicky Larson.)

   L'intrigue fonctionne sur la base d'une opposition, entre une mère égocentrique et méprisante (bref, castratrice) et des enfants complexés (à divers degrés), qui vont se rebeller. C'est incontestablement Chantal Ladesou qui s'en sort le mieux. Face à elle, en général, Desagnat tient la route, mais on ne peut pas en dire autant des deux autres. Je crois que le moins crédible est Julien Arruti. En fait, le problème vient que trop de scènes sont approximatives. Il aurait fallu réaliser plus de prises, faire davantage rejouer les comédiens... et améliorer certains dialogues.

   Ceci dit, je reconnais que le film contient quelques moments savoureux et des répliques qui font mouche. J'ai souri et parfois franchement ri. Mais c'est trop inégal, mal maîtrisé. Il reste toutefois une (contre)morale, que la mère tente d'inculquer à ses enfants : l'aîné chef d'entreprise perd sa vie à vouloir la gagner, la cadette se meurt dans une vie familiale peu épanouissante et le benjamin passe à côté du bonheur en se mentant sur son identité sexuelle.

   A tenter si vous êtes un-e inconditionnel-le de l'actrice principale ou un jour de Fête du cinéma.

12:07 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 15 juin 2018

Ocean's 8

   Steven Soderbergh a décidé de produire une version "féminine" d'Ocean's 11 (prolongé par Ocean's 12 puis Ocean's 13), avec tout plein d'actrices connues, du strass, des paillettes, des "pipoles", de la frime, de la bonne zique... et (surtout) des arnaques.

   La première partie raconte la formation de l'équipe, sous la houlette de Debbie, supposée soeur de Danny (Sandra Bullock, très à son aise, en dépit d'un visage dont certains traits ne sont pas sans évoquer Michael Jackson... après le bistouri), et de son acolyte Lou (Cate Blanchett, délicieuse en garçon manqué, portant pantalon et chevauchant moto). Chaque recrue est dotée de qualités particulières. Au niveau de la distribution, on a mélangé les femmes d'expérience (Helena Bonham Carter et Sarah Paulson) aux jeunes pousses talentueuses (l'inconnue Awkwafina et Rihanna, plus convaincante ici en hackeuse qu'en pin-up dans Valérian).

   La deuxième partie montre les préparatifs de l'arnaque... enfin, pas tous. Mais je me garderai bien de révéler ce qui est -provisoirement- caché aux spectateurs, histoire de préserver l'effet de surprise. Au niveau du scénario, on passera sur quelques facilités, indispensables si l'on veut que le "casse" se déroule bien (pour nos cupides héroïnes). C'est très bien filmé, par le réalisateur de Free State of Jones et de Pleasantville. Les dialogues claquent. (A Rodez, quelques séances sont proposées en version originale sous-titrée.) On ne s'ennuie pas.

   La troisième partie voit le projet se réaliser... pas tout à fait comme prévu d'ailleurs. Cela pimente un peu l'action, d'autant qu'un autre personnage féminin voit son rôle augmenter : il s'agit de Daphne Kluger, interprétée par la délicieuse Anne Hathaway.

   A l'image des films avec George Clooney, c'est brillant et clinquant, sans être enthousiasmant. On passe un bon moment, ce qui n'est déjà pas si mal.

22:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinema, film, films, cinéma

jeudi, 14 juin 2018

Trois Visages

   J'ai un faible pour le réalisateur Jafar Panahi. Quelque part entre Buster Keaton et Droopy, il réussit à mener sa barque, malgré les tracasseries des culs-bénis iraniens qu'il s'ingénie à titiller. Ces dernières années, on l'a vu à l'oeuvre dans Le Miroir et surtout dans l'excellent Taxi Téhéran.

   Le film présenté cette année à Cannes (où il a reçu le prix du scénario) se situe dans cette lignée. Panahi a tourné avec une économie de moyens : un ordiphone (utilisé par la jeune femme qui appelle au secours), une mini-caméra fixée à l'avant de la voiture et une autre, plus haut-de-gamme, manipulée par un technicien (ou Panahi lui-même).

   L'action se déroule loin de Téhéran (et de la police du régime des mollahs) dans le nord-ouest de l'Iran, où vit une population turcophone :

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   Pour un public peu attentif, cela n'a guère d'importance. Ceux qui tendent l'oreille s'apercevront que les sonorités changent selon la personne qui parle. Les villageois s'expriment majoritairement en turc, les citadins en farsi (persan). Le réalisateur est d'ailleurs originaire de cette région, berceau de sa famille.

   Cela conduit les spectateurs à se poser des questions. Est-ce bien une fiction qui se déroule sous leurs yeux ? Ne s'agit-il pas plutôt d'un documentaire ? Ou bien le réalisateur ne mêle-t-il pas les deux ? L'actrice principale, qui joue son propre rôle (celui d'une comédienne célèbre dans tout le pays, qu'une jeune femme a appelée au secours), se demande dans quelle galère elle s'est embarquée, d'autant plus qu'elle n'a pas la même vision des choses que Panahi. Elle en vient même à contester son expertise de la vidéo qui a été envoyée par téléphone, vexant le réalisateur, qui sort de la voiture et continue à pieds, boudeur !

   C'est la première séquence qui a tout déclenché. Une jeune femme (visage n°1) se filme dans un endroit isolé et vide son sac. Elle était sur le point de réaliser son rêve (intégrer la très sélective école des Beaux-Arts de Téhéran... une sacrée performance pour une fille de paysans azéris), mais voilà que sa famille et le village se liguent contre elle, la traitant d'écervelée. On veut la forcer à se marier très vite. La séquence, filmée au téléphone, est d'un réalisme troublant.

   La suite est une conversation en automobile, entre la fameuse actrice (visage n°2) et Panahi, dont la voix vient la plupart du temps du hors-champ. C'est beaucoup moins intéressant. Il convient cependant de ne pas négliger cette partie : l'image que l'on a du personnage de l'actrice va changer par la suite.

   C'est en s'approchant du village où habite la jeune femme que le duo fait diverses rencontres. Il y a tout d'abord un sympathique passant, qui lui fait utiliser un étrange code, à l'aide du klaxon de l'automobile. Il y a ensuite le grand-père accueillant, dont la famille semble célébrer un événement. Puis c'est au tour d'une vieille femme qui sent sa fin approcher... et qui commence à s'habituer à sa future nouvelle demeure...

   C'est à ce moment qu'on se rend compte que c'est trop bien joué pour être parfaitement naturel. Panahi et l'actrice sont accueillis comme des rois par des villageois qui croient d'abord qu'ils sont venus pour les aider à rétablir le gaz ! Dès qu'il est question de la jeune fille rebelle, les visages se ferment. Aussi bienveillants soient-ils, les villageois ont une vision traditionaliste de la société, l'étudiante en arts rejoignant l'actrice dans la catégorie des quasi-prostituées... même s'ils admirent la vedette du petit écran.

   Panahi et sa complice vont passer la nuit au village. Cela nous vaut un plan magnifique de la nuit tombant sur une misérable bicoque, où s'est réfugiée une ancienne actrice, mise au rancart après la Révolution islamique. On ne verra pas ce troisième visage, juste le personnage de dos, peignant dans un pré. Le fil est ainsi remonté, de la jeune "écervelée" à l'ancêtre qui a connu l'Iran au temps du Shah, la vedette actuelle permettant de tisser les liens.

   On comprend que c'est une histoire engagée, de nouveau en faveur de la liberté des femmes. Incidemment, Panahi règle quelques comptes. C'est notamment le cas dans la séquence nocturne au village. L'actrice vedette est allée au café local pour téléphoner à la production du film dont elle a quitté le tournage pour partir à la recherche de sa jeune fan. C'est le moment où réapparaît le grand-père du début. Il invite l'actrice à boire un thé. S'engage alors une discussion à la fois sociologique et surréaliste autour d'un... prépuce ! C'est subtil et délicieux... et cela débouche sur une critique du régime iranien. Le grand-père se désole que son acteur fétiche (Behrouz Vossoughi) ne soit pas accessible (il vit exilé aux Etats-Unis). Il ne comprend pas que Panahi ne puisse pas le joindre (il lui est interdit de quitter l'Iran).

   D'un point de vue visuel, le début m'est apparu assez cheap. Mais, dès que la caméra embarquée dans la voiture prend le dessus, les plans prennent une tout autre ampleur. Les vues nocturnes sont superbes. J'ai aussi encore en mémoire cette plongée sur la route sinueuse, où il peut se passer tant de choses.

   C'est un film superbe, foisonnant, caustique... qui aurait peut-être mérité la Palme d'or.

samedi, 09 juin 2018

Jurassic World - Fallen Kingdom

   Environ trois ans après l'opus précédent (qui fut extrêmement rentable, à défaut d'être un grand film), revoilà les dinosaures créées/ressuscités, avec un nouveau réalisateur aux manettes. L'île sur laquelle on avait laissé les gros lézards connaît une intense activité volcanique, signe de son proche effondrement (l'une des grandes réussites du film). La question est : que faut-il faire des dinos ?

   Mais, avant que l'on ne se lance dans cet intense débat existentiel (entre des bobos écolos et des militaires caricaturaux), une piquante introduction nous plonge dans un océan de références aux Dents de la mer. (Il est question d'humains qui explorent le fond marin et de gigantesques portes que l'on ferme... ou pas.) On sent à peu près tout arriver à dix kilomètres... sauf l'ultime péripétie, qui associe horreur et humour, la marque de fabrique de cet épisode très réussi sur le plan formel.

   Les effets spéciaux sont vraiment excellents (vus en 2D). Les grosses bêtes sont criantes de vérité et l'on  a parfaitement su gérer leurs interactions avec les acteurs en chair et en os. Notons que l'on a doté certains dinosaures d'attitudes qui les font ressembler à des mammifères. Je ne suis pas certain que cela soit conforme à l'histoire naturelle... mais, après tout, on n'est pas là pour rédiger une thèse de troisième cycle.

   Les spectateurs familiers du genre savent que les dinos (à l'image du grand requin ou des aliens) sont des succédanés de tueurs en série... d'autant plus que les derniers modèles "mis en service" réfléchissent aussi bien (voire mieux) que des bipèdes. C'est une nouvelle fois l'occasion pour les scénaristes de fustiger les apprentis-sorciers de la science... et les milliardaires sans scrupules. Dans une production grand public, ce n'est pas désagréable.

   Le problème est que les personnages humains sont peu convaincants C'est stéréotypé au possible. On retrouve le duo du précédent film, incarné par Bryce Dallas Howard et Chris Pratt, pas mauvais mais sans saveur. On leur colle une gamine entre les pattes... qui a dû être sélectionnée sur sa capacité à hurler de manière stridente. C'est in-sup-por-table ! De surcroît, on crée un faux suspens la concernant. A plusieurs reprises, elle échappe de justesse aux griffes du tout nouveau, redoutable et impitoyable Indoraptor. On sait bien qu'il ne va pas parvenir à la boulotter, hein !

   Reste à savoir qui, parmi les nombreux seconds rôles et figurants, va servir de pâtée pour dinosaure. C'est un aspect de l'histoire qui a retenu mon attention, d'autant plus que c'est brillamment mis en scène, avec un zeste d'humour. Cela suffit pour passer un bon moment... et attendre la suite, hyper prévisible compte tenu du geste irresponsable commis par l'une des protagonistes à la fin.

13:24 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 06 juin 2018

Foxtrot

   J'ai enfin pu voir ce film, qui a débarqué à Rodez plus d'un mois après sa sortie nationale... Il est signé Samuel Maoz, auquel on doit l'excellent Lebanon, qui date de déjà presque dix ans. Sans surprise, le titre est à sens multiple : c'est le nom du poste de contrôle auquel des appelés du contingent israéliens sont affectés ; c'est évidemment aussi le nom d'une danse... et une métaphore de ce qui se passe (ce que l'on ne comprend pleinement qu'à la fin).

   L'histoire est divisée en trois parties, complétées par un court épilogue. L'appelé du contingent Yonatan est le héros de la deuxième partie, qui répond à la première, où l'on voit principalement ses parents, incarnés par deux acteurs chevronnés, Lior Ashkenazi et Sarah Adler (vue il y a trois ans dans Self Made).

   La première partie tourne autour du deuil. En dépit de quelques longueurs, j'ai été touché par le personnage du père, vraiment très bien interprété. Ce bloc de granit, peu expressif, masque des failles que la suite va nous faire découvrir. Vers la fin du premier tiers, un coup de théâtre survient, qui change le ton de l'histoire.

   C'est à travers le fils que l'on va découvrir l'une des failles du père. Un soir, dans le container rouillé (et instable) qui sert de caserne aux appelés du contingent, le jeune homme raconte à ses camarades une stupéfiante anecdote, qui permet de surcroît de comprendre l'hostilité manifestée (dans la première partie) par la grand-mère vis-à-vis de son père.

   Cette deuxième partie met en contact les soldats avec des Palestiniens (sans doute du Sud de Cisjordanie), qui empruntent une de ces routes réservées, dont l'armée israélienne garde la possibilité de bloquer la circulation. Dès la première scène, on comprend que c'est tendu entre les soldats et les adultes qu'ils contrôlent. L'abus de pouvoir n'est pas loin... mais c'est plutôt l'inexpérience et la maladresse qui sont à redouter.

   C'est dans cette partie que la réalisation est la plus brillante. Je n'ai jamais vu un vieux poste de radio aussi bien filmé. J'ai aussi en tête la scène qui se conclut par le surgissement d'une canette de bière. Les plans sont remarquablement construits et la lumière est superbe.

   Dans la troisième partie, on retrouve les parents, après une ellipse. Cette fois-ci, c'est sur la douleur de la mère que le réalisateur insiste. J'ai beau apprécier l'actrice, j'ai été moins touché. J'ai quand même aimé la scène qui voit intervenir une substance hallucinogène, à la grande surprise de la fille du couple qui débarque à l'improviste. Quant au père, il finit par faire une révélation qui éclaire les parties précédentes.

   C'est vraiment un très bon film, pas toujours facile d'accès, mais parfois virtuose au niveau de la mise en scène.

dimanche, 03 juin 2018

Opération Beyrouth

   Le Liban sert de cadre à ce thriller politique, qui est aussi un peu un film d'espionnage. Derrière la caméra se trouve Tony Gilroy, auquel on doit notamment Michael Clayton, mais que l'on connaît surtout comme scénariste des Jason Bourne (et de Rogue One).

   L'intrigue se déroule en deux temps, dans les années 1970 puis dans les années 1980. La première partie, assez brillante sur le plan formel, ressuscite la ville libanaise avant la guerre civile. A l'époque, on parlait du pays comme d'une petite Suisse du Proche-Orient. Voitures, vêtements et coupes de cheveux rétro sont de sortie...

   Mais le drame n'est pas loin, qui va transformer le héros d'agent gouvernemental vibrionnant en commercial alcoolique et désabusé. C'est ainsi que l'on retrouve Mason Skiles une dizaine d'années plus tard. Dans le rôle, Jon Hamm (vu récemment dans Baby Driver) est excellent, même s'il nous ressert une énième version du mec brillant qui a perdu ses illusions, porté sur l'alcool fort, barbe de trois jours et sourire engageant à la clé. Il le fait très bien, quelque part entre Jeffrey Dean Morgan et Robert Downey Jr.

   Il est entouré par une brochette de seconds rôles de très bonne qualité, avec Rosamund Pike et quelques vieux routiers comme Dean Norris, Shea Whigham et Jonny Coyne (ainsi que Leïla Bekhti, dans la première partie). A noter que, dans la version française, on n'a doublé que les dialogues en anglais, laissant les discussions en arabe sous-titrées.

   Le scénario, en béton armé, s'inspire (sans la suivre de trop près) d'une histoire vraie, celle de l'enlèvement du chef de poste de la CIA à Beyrouth, William Buckley. Mais les auteurs ont choisi de changer partiellement l'arrière-plan. Le conflit israélo-palestinien (et ses multiples ramifications) prend le dessus sur le contexte strictement libanais. Cela conduit à minorer le rôle du Hezbollah et de la Syrie (dirigée par Hafez el-Assad, le papa de Bachar).

   Mais l'on peut parfaitement ignorer ces considérations et se contenter de suivre un excellent suspens, sur fond de manipulations et de corruption.

vendredi, 01 juin 2018

Solo : a Star Wars story

   Disney continue à exploiter le filon de La Guerre des étoiles, ici avec un épisode situé entre La Revanche des Sith et Rogue One, le précédent film dérivé de cet univers. On nous conte une partie de la jeunesse de Han Solo (adulte) et l'on nous révèle quelques-uns des secrets de la saga.

   Ainsi, on découvre pourquoi il s'appelle ainsi. On assiste à sa rencontre avec Chewbacca, l'un des meilleurs moments du film, plein d'humour... et avec une scène très "intime" entre les deux personnages... On apprend enfin dans quelles circonstances Solo a piqué le Faucon Millenium à Lando Calrissian (Donald Glover, très bien). On comprend aussi pourquoi Calrissian est viscéralement attaché au vaisseau... et l'on "vit" de l'intérieur l'exploit qui l'a rendu célèbre, une course spatiale au travers d'un impressionnant maelstrom.

   Les décors sont superbes (bien que pas toujours assez éclairés... je plains ceux qui l'ont vu en 3D). Les scènes d'action "dépotent" avec, en tête de liste, l'attaque du train double, virevoltante, comprenant l'intervention d'une bande de trafiquants concurrents de ceux auxquels Solo et "Chewie" se sont liés. (A noter l'excellente composition de Woody Harrelson, vu récemment dans La Planète des singes : suprématie et surtout 3 Billboards.)

   C'est aussi assez drôle, avec notamment l'apparition d'un nouveau droïde (de sexe féminin), L3-37, qui a noué une relation très spéciale avec son maître Calrissian... mais qui est prête à tout plaquer pour lancer la révolte des robots !

   Au niveau du sous-texte, je signale une dénonciation du pillage de l'Afrique par les firmes transnationales. (C'est suffisamment développé pour éviter d'avoir à se cogner l'intégralité de Black Panther.)

   Bref, on ne s'ennuie pas, même s'il faut reconnaître qu'Alden Ehrenreich n'arrive pas à la cheville d'Harrison Ford. Il n'est pas mauvais, mais son interprétation n'est pas enthousiasmante. Il est vrai que les scénaristes ont voulu nous le montrer en évolution. On le rencontre jeune homme, un peu naïf. On le voit devenir de plus en plus débrouillard, mais pas encore cynique. (L'histoire d'amour ne m'a cependant pas transporté.) Le film s'achève d'ailleurs sans que toutes les ficelles aient été tirées... et l'on aperçoit, peu avant la fin, une vieille connaissance.

   J'attends la suite !

16:53 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 29 mai 2018

Deadpool 2

   J'avais raté le premier en salles, à sa sortie... et je l'ai regretté. Un mardi soir, en sortant d'un autre film, j'avais discuté avec l'un des employés du cinéma de Rodez. Celui-ci était étonné que je n'aie pas vu Deadpool, tant il pensait que son humour déjanté me conviendrait. Il m'avait permis de jeter un oeil aux dernières minutes de l'ultime séance, ainsi qu'au générique. J'en avais été alléché, si bien que, quelque temps plus tard, je me suis procuré le DVD lors d'une opération prix réduit. J'ai kiffé.

   Dans ce numéro 2, j'ai retrouvé l'humour potache (très orienté cul), le second degré, les clins d'oeil au public... et l'ultra-violence. Ce n'est clairement pas un film pour les jeunes. Cette enfilade de déchirures, d'éviscérations, de décapitations, d'embrasements, d'écrasements, de démembrements arrosés à la sauce tomate en devient surréaliste. C'est franchement gore... et horriblement drôle.

   Et attention, n'arrivez pas en retard, sous peine de rater la délicieuse ouverture, avec une figurine de Wolferine (clin d'oeil à Logan). Suit un petit retour en arrière qui voit les grosses bastons sanguinolentes débarquer... et quel générique ! (Soyez attentifs aux incrustations...) L'une des bonnes surprises est la séquence carcérale, qui relie l'histoire à l'univers X-Men. Je recommande aussi tout ce qui se passe chez la vieille aveugle, en particulier la scène avec les jambes à peine repoussées... Mais le meilleur est le moment où le héros se constitue une équipe de frappadingues à peine moins atteints que lui. J'ai adoré la manière dont les scénaristes ont choisi de montrer les débuts approximatifs de cette équipe. C'est culotté... et hi-la-rant.

   Aux manettes se trouve David Leitch, auquel on doit, entre autres, John Wick. La distribution associe de vieux briscards comme Josh Brolin et de jeunes pousses comme Zazie Beetz, une révélation dans le rôle de l'ultra-chanceuse Domino. Le personnage est très bien écrit, mais l'actrice s'est visiblement coulée avec délectation dans le rôle. Au-dessus de la mêlée plane Ryan Reynolds (en pleine forme), qui s'est attribué la plupart des meilleures répliques.

   Pour ceux que les méga-grosses productions sentencieuses ont fini par lasser, Deadpool 2 propose une rafraîchissante variation sur le film de super-héros... à réserver toutefois à un public averti.

23:14 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 16 mai 2018

Death Wish

   Le distributeur ne s'est pas donné la peine de trouver un titre prononçable pour les Français moyens. Il suffit qu'ils sachent que c'est un film d'action avec Bruce Willis (qui, outre-Altantique, les enchaîne à un rythme soutenu). Pour les vieux cinéphiles (et les téléphages), on pourrait se contenter de dire qu'il s'agit d'une nouvelle mouture du Justicier dans la ville, B. Willis succédant à Charles Bronson.

   Même si l'interprétation n'est pas démentielle (et le doublage perfectible), j'ai apprécié de retrouver des visages connus dans les seconds rôles. On commence avec la famille du héros : sa femme est incarnée par Elisabeth Shue (remarquée notamment dans Les Experts) :

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   Le père de celle-ci a les traits d'une vieille connaissance, Len Cariou, que l'on voit ces dernières années en patriarche d'une famille de flics dans Blue Bloods :

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   Enfin, dans le rôle du frangin, on reconnaît Vincent d'Onofrio :

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   Parmi les autres visages connus, je signale un vétéran des seconds rôles, à la télévision comme au cinéma : Dean Norris.

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   Le film démarre par une scène bien léchée (une vue aérienne de Chicago la nuit), sur fond de délinquance exacerbée. Par contraste, la séquence suivante présente le monde calme et feutré d'une riche famille de Blancs, le père étant chirurgien, la mère achevant un doctorat et la fille étant sur le point de partir à la fac (à New York). Tout cela n'est pas anodin. Le film étant assez orienté politiquement, il souligne volontairement le côté bobo de la famille du héros.

   On retrouve celui-ci en situation, aux urgences de l'hôpital de Chicago. On ne nous cache pas l'horreur de certaines situations et l'on nous montre un grand professionnel, précis et compassionnel, le serment d'Hippocrate chevillé au corps : il peut soigner successivement un policier et le délinquant qui vient de lui tirer dessus.

   Un événement traumatique va le faire évoluer psychologiquement. On nous y mène tout doucement et, ce soir-là, on sent la tension monter. Le réalisateur a quand même eu le tact de pratiquer une petite ellipse visuelle (au moment d'un meurtre)... mais l'on se rend rapidement compte que c'est pour maintenir un peu de suspens, puisque l'on va mettre du temps à découvrir qui des trois agresseurs a tiré les coups de feu mortels.

   Le pacifique Paul Kersey / Brice Willis va progressivement se muer en loup. Et c'est là que le film fait preuve d'un peu d'habileté. Il ne se précipite pas dans les scènes attendues de vengeance. Il nous montre un gars un peu maladroit, qui hésite entre régler ses comptes et servir la société. Son travail aux urgences va lui être d'un précieux secours, parfois de manière inattendue.

   Dans cette version moderne du Justicier dans la ville, les smartphones, les réseaux sociaux, les radios populistes et les chaînes d'information en continu rythment la vie des personnages. C'est un portrait plutôt réussi de l'univers urbain contemporain... un portrait de droite, pro-gun, même si, dans l'une des scènes se déroulant dans l'armurerie, on nous fait comprendre que le contrôle des armes (et des acheteurs) et très laxiste.

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samedi, 12 mai 2018

Rampage - Hors de contrôle

   Le réalisateur de films à grand spectacle Brad Peyton (San Andreas, Comme chiens et chats 2) retrouve Dwayne Johnson (rescapé de Baywatch) pour une histoire rocambolesque, rehaussée par une batterie d'effets spéciaux.

   On commence par une séquence dans l'espace, au sein d'une station orbitale vouée à de mystérieuses recherches. Elle est sur le point d'exploser, mais là n'est pas le seul danger auquel une ravissante scientifique est exposée : elle tente d'échapper à une étrange et dangereuse grosse bébête.

   Bienvenu dans Aliens.

   Je ne vais pas révéler comment, mais sachez que cette catastrophe spatiale a des répercussions sur Terre, notamment dans un zoo, où un gorille adepte de la langue des signes va subir une étonnante métamorphose.

   Bienvenue dans La Planète des singes et dans King Kong.

   Dans le même temps, on suit une équipe de mercenaires. Ils ont de gros muscles, de grosses voix, des tatouages, des cicatrices et l'on sent que leur caleçon abrite des burnes de mammouth. Les voilà propulsés dans une forêt dense, où sévit une autre grosse bébête, qui a très faim.

   Bienvenue dans Predator.

   Une troisième bébête va jouer un rôle crucial dans l'intrigue. On ne la découvre que tardivement quand, émergeant de l'eau, elle se lance à l'assaut de Chicago, détruisant tout sur son passage... sauf si une autre grosse bébête l'en empêche.

   Bienvenue dans Godzilla.

   Brad Peyton connaît son affaire... et ses classiques. L'intrigue est sans réelle surprise, mais les scènes d'action sont bluffantes, avec d'excellents effets spéciaux. Ce n'est que vers la fin que, sur certains plans, on remarque l'utilisation d'un fond vert. (C'est d'ailleurs assez étrange, vu que, dans le reste du film, l'image est irréprochable.) C'est aussi à ce moment que j'ai remarqué le même phénomène que celui constaté dans Les Derniers Jedi : un changement de focale entre l'avant et l'arrière-plan, avec une légère déformation de l'image. Là aussi, cela se passe dans un plan qui associe des acteurs réels et un fond vert où l'on a incrusté des images animées, sans doute en 3D. (Mais j'ai vu le film en 2D.)

   Notons qu'entre deux bastons, on nous propose quelques scènes humoristiques. Elles sont presque toujours liées au gorille, prénommé George (et pourquoi pas Jean-Claude ?). Les interactions avec Dwayne Johnson sont souvent comiques (c'est lié à l'utilisation des doigts... je n'en dis pas plus !). D'un point de vue technique, le gorille est la créature la plus réussie : il est superbe et l'on est parvenu à lui faire exprimer des émotions.

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   De son côté, Dwayne Johnson est toujours aussi décontracté, avec cette pointe d'autodérision qui le distingue des gros bourrins dans son genre. Il est épaulé par quelques bons seconds rôles, comme Naomie Harris (remarquée naguère dans Skyfall et 007 Spectre... elle est aussi Tia Dalma dans Pirates des Caraïbes) et Jeffrey Dean Morgan (vu récemment dans la série Extant et surtout le film Desierto). Celui-ci semble avoir pris beaucoup de plaisir à incarner un agent secret hors norme, une sorte de cow-boy gouvernemental.

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   Cela m'amène à une dernière réflexion : c'est une fiction "de gauche", qui dénonce, non pas l'omniprésence d'un Etat supposé totalitaire (fantasme des libertariens), mais la puissance d'une firme transnationale, prête à tout pour arriver à ses fins. Du coup, je suis sorti de là assez satisfait.

   P.S.

   Au cours des combats urbains, on assiste à l'effondrement d'un gratte-ciel, provoquant la formation d'un énorme nuage de poussières. Pour un Américain, c'est une référence au 11 septembre 2001, une allusion déjà perceptible dans San Andreas. Ici, elle gagne en subtilité : la tour s'effondre du fait de l'action des trois monstres, qui sont, indirectement, des créations américaines, tout comme les tours new-yorkaises ont été détruites par des membres d'Al-Qaida, héritiers des djihadistes d'Afghanistan auparavant soutenus par la CIA...

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mercredi, 09 mai 2018

Everybody knows

   "Tout le monde (le) sait"... mais quoi ? Un secret de famille, qu'un spectateur doté de quelques neurones aura éventé au bout d'une dizaine de minutes. Le réalisateur Asghar Farhadi (auquel on doit notamment Une Séparation) a eu l'obligeance de lâcher très tôt un indice, au cours d'une scène qui fait intervenir une chiure d'oiseau. Soyez attentifs à ce que l'un des personnages principaux dit à l'autre...

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   L'intrigue repose sur trois caractères très marqués. Penélope Cruz est Laura, la fille cadette d'un agriculteur quasi-grabataire (et alcoolique), qui revient au pays (dans le sud de l'Espagne) pour assister au mariage de la benjamine. Force est de constater qu'à 44 balais, "Pene" est encore gaulée comme une déesse, les jeunettes de vingt ans peinant à rivaliser avec elle. Je regrette toutefois que le potentiel de l'actrice soit sous-utilisé par Farhadi.  Il la confine dans un rôle de belle pleureuse, alors qu'elle a prouvé par le passé qu'elle dispose d'une palette de jeu assez étendue.

   Du coup, c'est Javier Bardem qui attire la lumière... de manière paradoxale. Il incarne Paco, l'ex de Laura, le fils de l'ancien commis de son père, qui, à la force du poignet, s'est élevé socialement, au point de susciter quelques jalousies.

   Ricardo Darin (remarqué dans Les Nouveaux Sauvages et Dans ses yeux) interprète l'époux argentin de Laura, un type doux, compréhensif... et bigot. C'est peu de dire que le personnage est terne et monolithique. J'ai eu de la peine pour l'acteur, que j'ai connu autrement plus brillant.

   Fort heureusement, le scénario comme la réalisation sont de bon niveau. Farhadi a construit une intrigue complexe comme il les aime, avec ses ramifications familiales et sociales. Au niveau de la mise en scène, tout n'est pas réussi, mais il faut reconnaître que c'est quand même globalement très inspiré.

   L'histoire commence d'ailleurs par de fort jolis plans, au coeur du clocher du village. Elle se poursuit malheureusement par une enfilade de moments très convenus, que ce soit dans la voiture ou à l'arrivée des "Argentins" à l'hôtel familial. En dépit de la faiblesse de ces scènes, je pense qu'elles sont indispensables à l'intrigue. Farhadi en a besoin pour placer les pièces sur son échiquier, avant de les faire bouger.

   La séquence du mariage est incontestablement l'un des sommets du film. C'est aussi l'un des rares moments où percent l'humour et le bonheur. Dès qu'une disparition survient, on tombe hélas dans un mélo peu subtil. En même temps monte une incroyable tension. C'est évidemment lié à l'incertitude qui règne quant au sort de la personne enlevée. Mais c'est aussi un polar, qui invite les spectateurs à tenter de deviner qui est derrière ce qui ressemble à une machination. Le passé refait progressivement surface... et le monde actuel (avec ses problèmes sociaux) se fait douloureusement sentir. Franchement c'est mené avec brio et, même si la fin n'est pas emballante, le film tient globalement ses promesses.

 

ATTENTION !

LA SUITE RÉVÈLE

DES ÉLÉMENTS CLÉS

DE L'INTRIGUE !

 

   Le film est aussi une réflexion sur la paternité et le sens de l'existence. Au départ, on est tenté de penser que Paco a réussi dans la vie. Lui le fils d'un commis de ferme est devenu le gérant d'une florissante exploitation viticole. Il est respecté (et craint) à son travail. Il a épousé Bea, une femme ravissante, indépendante et intelligente. Mais l'enlèvement d'Irene lui fait comprendre qu'il lui manque quelque chose. C'est d'abord la paternité qu'il n'a pas pu exercer, Bea ne voulant pas d'enfant. C'est ensuite son amour d'enfance, Laura, qui lui a préféré un homme terne mais, à l'époque, beaucoup plus riche que lui. C'est enfin l'hostilité de la majorité des membres de la famille de Laura, qui ne lui pardonnent pas d'avoir réussi socialement, peut-être à leur détriment. De surcroît, on comprend à demi-mots que Paco est en train de développer une maladie grave. Cela peut expliquer son geste pour faire libérer sa fille. Le pire est que cela ressoude le couple Laura-Alejandro. A la fin, il a tout perdu, sauf l'honneur... et, peut-être, la reconnaissance de celle qui ne sait pas encore qu'il est son père biologique.

   Tout cet arrière-plan révèle aussi ce qui me semble être la mentalité patriarcale du réalisateur (déjà perceptible, me semble-t-il, dans Une Séparation). De manière générale, les personnages féminins sont dépeints comme émotifs et passifs, alors que leurs homologues masculins rationalisent et agissent davantage. (Au contraire, dans la vraie vie, combien de fois me suis-je retrouvé face à des hommes qui perdent leurs moyens face aux difficultés, alors que tant de femmes ont les "couilles" de les surmonter...) Paco est présenté comme victime des femmes, la belle Laura qui l'a quitté, l'a privé de sa fille et va contribuer à le ruiner, la caractérielle Bea qui a refusé d'avoir un enfant (et va le quitter à son tour) et enfin la comploteuse nièce de Laura qui est mouillée dans l'enlèvement.

23:37 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 08 mai 2018

Nous sommes l'Humanité

   J'ai eu l'occasion de voir ce documentaire engagé, tourné en Inde, plus précisément dans les îles Andaman, ce territoire d'outre-mer où (sur)vit un peuple premier, les Jarawas, qui a longtemps vécu sans le moindre contact avec le monde moderne.

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   On commence avec une scène de pêche, comme je n'en avais jamais vu. Le pêcheur est un jeune adulte, muni d'un arc et de seulement deux flèches. On le voit d'abord évoluer dans une zone humide à faible profondeur. Mine de rien, le gars est très habile.

   On enchaîne avec le témoignage d'un adulte plus âgé, qui se souvient d'un gigantesque tsunami, sans doute celui de 2004 (qui a été mis en scène naguère par Clint Eastwood, dans Au-delà). Si l'ampleur des vagues a incontestablement marqué les habitants de l'île, ils en ont cependant surtout gardé de bons souvenirs... pour une raison que je me garderai de révéler.

   Vient enfin le tour des femmes, ici des jeunes épouses. L'une d'entre elles semble n'avoir que 15-16 ans. A travers elles (et les hommes musclés très présents à l'écran dans la seconde partie du film), on comprend que le réalisateur a été marqué par la beauté de ce peuple, une beauté quasiment sans afféterie, le maquillage (à l'aide de glaise) constituant une notable exception, nous valant une séquence superbe, par la description du processus et par la manière d'en filmer le résultat. J'ajoute qu'un réel travail a été effectué sur les sons. Dans une grande salle, bien équipée, on se sent comme immergé dans la jungle.

   Les enfants constituent sans doute le groupe vedette du documentaire. On les voit très souvent, soit en compagnie des adultes, soit seuls, soit en bandes. On les voit s'amuser, faire des bêtises, tester, apprendre, dormir, manger... Visiblement, ils n'ont pas besoin de toboggan !

   Le film insiste sur la manière dont ce peuple se nourrit, en se contentant de puiser dans la nature les ressources qui lui sont utiles. Ce sont des chasseurs-pêcheurs-cueilleurs. Ils prisent le cochon sauvage mais, celui-ci se raréfiant (notamment à cause du braconnage des Indiens), ils s'attaquent aux daims. On voit aussi un petit groupe tenter de se procurer du miel, dans une scène particulièrement acrobatique... et, hélas, coupée. Pour une raison que j'ignore, on ne nous a pas tout montré.

   Quand ils ne chassent ni ne pêchent ni ne cueillent, les Jarawas bricolent. Les femmes comme les hommes semblent habiles de leurs mains. On les voit travailler le bois et les feuilles. On s'aperçoit ainsi qu'ils disposent de quelques outils métalliques (fournis, d'après le site Allociné, par des gardes forestiers indiens) et d'objets en plastique, comme un seau et des bouteilles. Certaines femmes semblent particulièrement douées pour le maquillage, les visages devenant de véritables compositions artistiques, qui ne sont pas sans rappeler certaines oeuvres des Aborigènes australiens.

   Le film se termine par les dégâts provoqués par l'intrusion du monde moderne. Les Jarawas l'appellent "l'autre monde", incarné par l'Inde émergente, perçue négativement. Pour le peuple d'Andaman, notre monde est surpeuplé, bruyant et sale... autant d'affirmations qu'il est difficile de contester. Leur île paradisiaque est convoitée par les chasseurs illégaux et les promoteurs touristiques. Ils subissent indirectement l'influence de la Civilisation, à travers les déchets qui aboutissent sur certaines plages. Notons que le documentaire ne se veut pas (totalement) angélique : le rejet du monde moderne peut prendre des formes violentes, comme le reconnaissent plusieurs hommes, fiers d'avoir tué des braconniers.

   Le réalisateur semble avoir été particulièrement touché par ce peuple, qu'il voit peut-être comme une humanité vivant une sorte de bonheur primitif, en harmonie avec la nature, loin du stress urbain, de la pression au travail, du consumérisme et des voisins mal élevés. Ces Jarawas sont une curiosité, dont le mode de vie est menacé d'extinction.

lundi, 07 mai 2018

Paul, apôtre du Christ

   Depuis une quinzaine d'années (et notamment La Passion du Christ, de Mel Gibson), on assiste, outre-Altantique, à une renaissance du péplum chrétien apologétique. Récemment, cela nous a valu une Résurrection du Christ et une Marie-Madeleine.

   Au centre de l'intrigue se trouvent deux personnages historiques, sur lesquels on sait peu de choses : Paul de Tarse et l'évangéliste Luc. Le premier est incarné avec une force stupéfiante par James Faulkner (un quasi-inconnu pour moi). Le second a les traits de Jim Caviezel (révélé au grand public par la série Person of interest).

   Le début nous plonge dans la Rome de Néron, peu après le gigantesque incendie, sans doute provoqué par l'empereur fou lui-même... mais attribué par sa propagande aux chrétiens qui commencent à peine à se développer dans la région. On a pris soin de nous faire toucher du doigt certains détails de la vie quotidienne du peuple de Rome... et des tentations qui s'offrent à l'homme vertueux.

   Ce contexte, comme le tableau qui est brossé des chrétiens persécutés est plutôt intéressant. Par contre, les élites romaines sont portraiturées de manière assez caricaturale. L'un des personnages principaux, qui dirige une prison, est interprété par une vieille connaissance à nous, Olivier Martinez. Il a la carrure du rôle mais, dès qu'il se met à parler, il devient moins crédible.

   Le film est porté par l'interprétation de Faulkner, qui a la lourde tâche d'incarner celui qui est parfois présenté comme le véritable fondateur du christianisme (Jésus n'ayant créé qu'une nouvelle secte juive autour de lui). Le paradoxe est que cet apôtre est un ancien persécuteur de chrétiens et qu'il était à la fois juif (Saül de son premier nom) et citoyen romain, un statut peu fréquent dans le jeune empire julio-claudien.

   Cela nous vaut quelques retours en arrière, qui nous montrent le jeune Saül, fanatiquement antichrétien. Habilement, le réalisateur y a glissé quelques visions prospectives, qui prennent tout leur sens dans l'épilogue. Le problème est qu'en dépit de la qualité de la photographie, le rythme est mal maîtrisé. De plus, les dialogues ne sont pas très bien écrits. Seul Faulkner/Paul est convaincant.

   Je pense que les fervents chrétiens apprécieront ce film, mais il risque de ne guère toucher les autres.

22:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 05 mai 2018

Winter Brothers

   Cette histoire tourne autour de trois héros : deux frères et la mine de calcaire danoise où ils travaillent, au sein d'une communauté qui vit dans des préfabriqués. C'est le Danemark d'en bas, isolé, précaire, avec un environnement de travail étrangement sommaire.

   De ce matériau brut, le réalisateur islandais Hlynur Palmason a fait un film noir... dans un écrin blanc, qu'il soit neigeux ou crayeux. Incontestablement, il a le sens du cadrage, nous proposant de très belles scènes d'extérieur. Il a su aussi jouer sur les formes géométriques des bâtiments et les lumières utilisées (ou pas) dans les tunnels. Parfois, il faut un peu de temps pour comprendre ce qu'il se passe.

   On suit plus particulièrement Emil, le cadet des deux frères, plus maigre que l'aîné et que les autres mineurs. On le pense asocial, un peu dérangé... mais il est habile de ses mains. C'est notamment lui qui bricole un tord-boyau artisanal (à partir de produits chimiques...), qu'il vend (en douce) dans l'enceinte de la mine. C'est aussi un chapardeur. En dehors du boulot, il dort, se balade en forêt, regarde des cassettes vidéo (sur le maniement des armes)... et mate une ravissante brune, qu'il rêve de conquérir.

   Autant vous prévenir : l'intrigue ne prend pas le chemin de la comédie sentimentale. L'un des mineurs tombe gravement malade, peut-être à cause de ce qu'il a bu. Les relations se tendent à la mine... et au campement. Cela donne un beau film, implacable et sobre, mais qui n'incite pas à l'optimisme.

15:48 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films