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dimanche, 26 juillet 2015

Les Bêtises

   C'est le titre du premier film d'Alice et Rose Philippon, une comédie poétique qui louche sur le cinéma muet de l'Entre-deux-guerres. Au centre de l'intrigue se trouve François (Jérémie Elkaïm, correct dans le rôle), un trentenaire très maladroit, ce que la première partie est chargée de nous faire comprendre : cela commence par une sacoche oubliée, avant de continuer par un lacet, une barre d'autobus, pour finir par un joli lancer. C'est du bon comique de situation.

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   L'histoire est toutefois teintée de tristesse : le héros a été abandonné à la naissance (pour une raison qu'on ne découvre que très tard dans le film), ce qui est métaphoriquement très bien rendu par la première séquence. De surcroît, sa mère, qui a refait sa vie, ne veut plus entendre parler de lui. Malin comme un singe, François parvient à la retrouver et s'incruste dans une soirée d'anniversaire qu'il va contribuer à faire déraper.

   Il va y croiser une adorable jeune femme : Sonia, l'autre serveuse engagée pour l'occasion, violoniste à ses heures perdues, mais surtout incurable hoqueteuse... sauf, curieusement, quand François se trouve à ses côtés. Dans ce rôle, Sara Giraudeau est lumineuse et totalement crédible avec son TOC.

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   A la fête, l'enchaînement des maladresses est inégal. Tantôt c'est raté, tantôt on est mort de rire. C'est un peu à l'image du film, sur la corde raide. Mais, globalement, les acteurs "assurent".

   L'un des rebondissements est le retour du héros dans la soirée. Si certains spectateurs pensaient qu'elle ne pouvait pas plus dégénérer, ils ont dû être surpris par la suite. Une nuée de resquilleurs envahit la villa, changeant complètement l'ambiance de la réunion de famille un peu "prout-prout". Cela culmine dans l'interprétation, par le héros, de la chanson éponyme (de Sabine Paturel). Cela démarre de manière timorée... et cela se termine en fanfare !

   Un autre ressort comique est constitué par les relations entre François et ses demi-frères (qui ignorent son existence). On peut signaler l'excellente composition de Jonathan Lambert, dans un rôle à contre-emploi... et le dernier quart d'heure nous réserve un joli coup de théâtre !

   L'ambiance joyeuse alterne habilement avec les moments d'émotion, qui mettent souvent en scène la mère, incarnée par Anne Alvaro. Il y a aussi cet amour naissant entre les deux serveurs, tous deux charmants et maladroits dans leur genre. Leur relation est l'objet du dernier gag du film, que je me garderai bien de raconter. Sachez seulement que le héros ne guérit pas que le hoquet des demoiselles en détresse !

   Sans être aussi poilante que Microbe et Gasoil, cette comédie rafraîchissante est l'une des bonnes surprises de cet été.

22:26 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 25 juillet 2015

Les Nuits blanches du facteur

   Andrei Kontchalovski a posé sa caméra dans la Russie rurale, dans le nord-ouest du pays, dans l'oblast (la région) d'Arkhangelsk, qui est à peu près aussi vaste que la France métropolitaine, mais peuplé d'à peine plus d'un million d'habitants.

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   L'action se déroule à l'intérieur des terres, loin de la capitale régionale (même si l'un des personnages finit par partir y travailler). Le héros, un facteur qui a pas mal roulé sa bosse, travaille dans un village perdu sur les rives d'un lac, dans le parc national de Kenozero. A plusieurs reprises, il se rend dans un bourg proche, où vit sa soeur. Seule véritable rupture dans un quotidien répétitif, un mini-périple le conduit dans la ville fermée de Mirny, pour y rencontrer un général.

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   Pour la petite histoire, c'est à proximité de cette ville qu'est situé le cosmodrome de Plessetsk, moins connu que celui de Baïkonour, mais qui a joué un rôle important dans le développement de la puissance spatiale soviétique. Il est aujourd'hui associé aux activités d'Arianespace (notamment au projet OneWeb). Il est aussi toujours lié à l'industrie aérospatiale russe : c'est de Plessetsk qu'a été lancée l'an dernier la fusée de nouvelle génération Angara.

   Dans le film, on voit le facteur pénétrer sur le cosmodrome, en compagnie du jeune fils d'une voisine (sur laquelle il a des vues). Un peu plus tard, il faut être attentif à l'arrière-plan d'une scène qui se passe au bord du lac. On y voit une fusée en pleine ascension.

   A une exception près, les acteurs sont des non-professionnels. Ils jouent souvent leur propre rôle, si bien que le film a des airs de documentaire-fiction. Si l'on ajoute à cela la grande attention portée à la nature, les gros plans sur certains animaux (une araignée d'eau, une fourmi...), on ne peut que penser à Farrebique, de Georges Rouquier. Toutefois, l'oeuvre de Kontchalovski n'a pas la rigueur du chef-d'oeuvre aveyronnais.

   Le film n'en est pas moins fort intéressant à suivre. On y découvre des personnages hauts en couleur, qui vivent souvent de peu. Leur bien principal est leur maison, assez rudimentaire, accompagnée de quelques terres. Pour l'alimentation, on complète par la pêche, plus ou moins légale (ce qui provoque des tensions avec les agents chargés de faire respecter la réglementation)... et l'on se rend, quand on peut, à la supérette du bourg, dont la patronne accepte parfois de faire crédit. Les principales distractions sont les discussions entre voisins (c'est-à-dire les personnes qui habitent à plusieurs centaines de mètres)... enfin ceux avec lesquels on n'est pas fâché. Faute de mieux, il reste la télévision, avec des émissions qui, si elles recueillent de l'audience, ne semblent pas d'une haute tenue intellectuelle...

   L'action est rythmée par la vie du héros, son lever, ses rituels du matin, puis son travail et ses rencontres. Plus qu'un facteur, il est le lien social qui contribue à faire vivre le village. (En plus, il joue de l'accordéon.) Mais il se sent seul et se dit qu'il commence à perdre le boule : la nuit, il voit par intermittences un chat gris dans sa maison, sur le sol, sur un meuble... voire sur son ventre ! Pourtant, il a arrêté la vodka, un fléau dont on perçoit les ravages jusqu'au fin fond de la Russie. La situation se complique quand, un matin, il découvre qu'on a volé le moteur de son bateau, celui avec lequel il fait la liaison entre les différentes rives du lac.

   Même si ce n'est pas toujours très bien joué, c'est un film à voir, une belle "tranche de vie" de la Russie d'en-bas, rurale, qui n'est pas sans rappeler certaines campagnes françaises. Et les images sont superbes, notamment celles tournées sur le lac.

13:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 24 juillet 2015

Ant-Man

   Cet homme-fourmi est un super-héros de la galaxie Marvel. En fait, dans les comic-books, il y a eu trois Ant-Men. Le long-métrage sorti récemment nous en présente deux : le créateur du personnage (et du costume), interprété par Michael Douglas, et son jeune successeur, qui a les traits de Paul Rudd.

   A travers ces deux acteurs, j'ai eu l'impression de faire un bond de vingt-trente ans en arrière. C'est d'abord l'arrivée de Michael Douglas à l'écran (dans la séquence introductive, sensée se dérouler dans les années 1980), qui a provoqué un choc. Le papy du cinéma semble plus jeune encore que dans Basic Instinct. C'est quand même beau, le numérique ! Que l'on se rassure : à partir des séquences suivantes, on retrouve le "vrai" Michael Douglas, dont le vieillissement naturel est à peine masqué par les rafistolages successifs qu'il a subis.

   L'impression de déjà-vu s'est confirmée quand le jeune héros est apparu. Le visage comme les mimiques de Paul Rudd m'ont irrémédiablement rappelé le Ben Affleck de jadis. Cela ne peut pas ne pas être intentionnel. Comme, de surcroît, l'acteur ne fait pas montre d'un talent étourdissant, cela a un peu gâché mon plaisir.

   Et pourtant... au sein de la distribution, il y a avait de la qualité. Le meilleur personnage masculin est sans conteste celui du "méchant" Darren Cross, auquel Corey Stoll donne vie, avec nuance. A signaler aussi, dans l'un des seconds rôles, Michael Pena, qui est, depuis une dizaine d'années, une sorte d'Hispanique de service, sympa et (parfois) maladroit. Ses interventions, souvent comiques, contribuent à égayer le film.

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   Côté féminin, Evangeline Lilly (Tauriel dans Le Hobbit) est délicieuse en scientifique et femme d'action. En ce qui la concerne, le scénario ne nous ménage guère de surprise : elle est évidemment en conflit avec son père (avec lequel elle va évidemment se réconcilier) et, après une période de tensions, elle va non moins évidemment succomber au charme du héros. Par contre, ne partez pas quand le générique de fin s'enclenche. Celui-ci s'interrompt un moment pour nous indiquer une évolution possible de son personnage.

   Finalement, ce sont peut-être les insectes les véritables héros de cette histoire. Les fourmis dressées par les humains vont se révéler de précieuses alliées... et leurs évolutions sont souvent spectaculaires... voire des sources de gags. Cela donne du tonus à l'histoire, un peu trop linéaire.

   Il aurait de plus fallu mieux travailler le rythme. On a pensé à intercaler les scènes d'action et d'autres, plus "familiales". Mais ces dernières sont le point faible du film, alors qu'on ne s'ennuie pas une seconde le reste du temps. J'ai particulièrement aimé la baston dans la chambre de la gamine et l'effraction sur un site des Avengers (un groupe que le nouveau super-héros va sans doute rejoindre, à moins qu'on ne le rapproche des "nouveaux" 4 Fantastiques).

   Cela donne un honnête divertissement, qui ne se prend pas trop au sérieux, mais qui comporte des longueurs.

23:42 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 23 juillet 2015

Les mille et une nuits portugaises

   C'est une entreprise un peu folle, un triptyque (de plus de six heures au total) du Portugais Miguel Gomes, remarqué il y a deux ans et demi avec Tabou. Mi-fiction mi-documentaire, cette oeuvre prend pour prétexte les célèbres contes pour traiter du Portugal d'aujourd'hui.

   Le premier film, L'Inquiet, alterne humour et constat de désespoir. On y voit le réalisateur fuir le tournage, poursuivi par un preneur de son, un caméraman et le reste de l'équipe technique. (Aux cinéphiles avertis, cela rappellera une scène de C'est arrivé près de chez vous.) La suite est moins drôle, avec la crise des chantiers navals. Notons que l'intrigue suit parfois des chemins détournés, comme lorsqu'il est question des ravages des guêpes.

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   La venue des envoyés de la Troïka (FMI, BCE et Commission européenne) remet un peu d'ambiance... de manière inattendue : il est question d'érection. Je n'en dirai pas plus... Mais la séquence la plus marquante est sans conteste celle du chant du coq, dans laquelle on aurait tort de voir un simple conflit de voisinage. De là, on passe (façon marabout de ficelle) à une histoire d'amour, sur fond d'incendie et de travail des pompiers.

   La dernière partie est consacrée à ceux qui sont appelés "les merveilleux". Cela commence par trois portraits, ceux d'individus broyés par la crise. Il y a ce cadre licencié, qui s'était dévoué corps et âme à son entreprise, et dont on découvre la chute progressive. Il y a aussi ce couple "à l'ancienne", modeste dans tous les sens du terme. Il y a enfin ce jeune homme, qui a tendance à "péter les plombs". Le fil conducteur est un syndicaliste, tombé malade. Pour contrebalancer cette vision un peu sombre, la scène finale montre un bain collectif roboratif.

   Si j'ai eu quelques difficultés à rentrer dans le premier film, le deuxième volet, intitulé Le Désolé, m'a tout de suite captivé. Trois histoires nous sont contées. On commence avec celle de Simao "sans tripes", un vieux roublard, à moitié délinquant, qui a pris le maquis. Bien que son comportement ne soit pas irréprochable, il bénéficie du soutien d'une partie de la population, qui voit en lui un rebelle, un homme qui ne se plie pas aux diktats des autorités qui ont trahi le peuple. Dans cette histoire (comme dans la suivante, d'ailleurs), le rapport aux femmes est ambigu. A plusieurs reprises, dans le triptyque, on remarque que M. Gomes a mis en scène une société assez patriarcale, sans que cela soit montré de manière négative. (Fort heureusement, le troisième volet va corriger cette impression.)

   La deuxième partie est assez théâtrale. Il y question d'une juge, confrontée a priori à un cas assez simple de conflit entre un propriétaire et ses locataires. De fil en aiguille, on découvre que cette affaire a de multiples implications, chaque "accusé" arguant qu'il/elle avait des raisons valables de mal agir.

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   Ainsi, les locataires (une mère et son fils) ont vendu les meubles du logement (appartenant au propriétaire) pour payer une indemnité due à la belle-fille, qui en avait assez d'être maltraitée par son mari. Le propriétaire lui-même était à la recherche d'argent depuis qu'il s'était fait tuer ses vaches par son voisin. Il a poussé une muette à commanditer un vol de bétail, qui ne s'est pas très bien passé, un des bovidés s'étant échappé. L'animal, bloquant la route, a empêché les secours d'arriver à temps pour sauver la vie d'un enfant, frappé à mort par l'un des frères. Tout cela à cause d'un repas qui n'avait pas été préparé. Dans le même temps, on constate que les femmes, portugaises comme chinoises (celles-ci ayant un lien avec les vaches !), sont souvent traitées comme des objets.

   La dernière partie de ce film tourne autour d'un chien, appelé Dixie, qui va changer de maître à plusieurs reprises. L'histoire se déroule dans un quartier pauvre, dans des immeubles d'habitat bon marché. Il est d'abord question d'une dame âgée, dont le premier chien est mort et qui ne veut plus s'occuper du nouveau. Un couple en détresse sociale va hériter de Dixie, qui va ensuite passer entre les mains d'un duo de jeunes qui tire le diable par la queue. Le chien va poursuivre son existence entre une grand-mère concierge et ses petits-enfants. L'idée est que l'animal apporte un peu de bonheur à des personnes que la vie a abîmées. Mais cela ne suffit pas toujours.

   Ce deuxième volet est moins drôle que le précédent, mais il est plus fort, mieux maîtrisé au niveau du scénario et du montage.

   Le troisième volet, intitulé L'Enchanté, renoue un peu avec l'esprit parfois enjoué du premier, tout en étant moins déprimé. Dans les histoires pointe plus souvent une lueur d'espoir. La première met en scène une Schéhérazade (très jolie) en femme libre. On lui fait rencontrer un magnifique éphèbe, jeune, beau et musclé... mais terriblement bête. Cela donne du piquant à cette intrigue (tournée du côté de Marseille), qui ne m'a pas franchement emballé.

   Lui succède le plat de résistance, autour d'éleveurs de pinsons, dont les chants sont l'objet d'une véritable passion. On découvre le mode de capture des animaux sauvages et la manière de les élever pour en faire des champions des vocalises. L'histoire culmine lors d'un concours, organisé en périphérie d'une grande ville, à proximité d'un aéroport, dans une grande cage aménagée à cette intention.

   On pourrait croire que l'ambiance allait retomber avec la dernière séquence. Pas du tout. "Forêt chaude" est la traduction du nom de l'héroïne, une étudiante chinoise qui va dans un premier temps se perdre dans la ville portugaise, avant de rencontrer son destin. Elle est un peu à l'image de la tonalité que M. Gomes a voulu donner à son entreprise : un fond assez noir (parfois même très noir), mais d'où émergent des raisons d'espérer.

   Tout n'est pas bon dans cet ensemble disparate. Il aurait sans doute fallu procéder à davantage de coupes. Mais c'est un passionnant portrait poétique du Portugal du début du XXIe siècle, dans lequel d'autres pays peuvent se retrouver.

mercredi, 22 juillet 2015

Ex Machina

   Ce film britannique de science-fiction est sorti un peu confidentiellement, en juin dernier. Le réalisateur Alex Garland n'est certes pas très connu (c'est un scénariste, à la base), mais la distribution, tout comme l'histoire, avait de quoi allécher.

   Domhnall Gleeson (vu récemment dans Invincible) incarne un jeune programmeur, employé dans une très grosse boîte informatique, BlueBook, qui a inventé un moteur de recherche internet et tout une série de services liés. (Cela ressemble bigrement à Google.) Un jour, il gagne à la loterie de l'entreprise : il va pouvoir passer une semaine en compagnie du président-fondateur, Nathan, un génie qui vit désormais reclus dans un bunker, à l'écart du monde.

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   Celui-ci est interprété par Oscar Isaac, méconnaissable par rapport à sa prestation dans Inside Llewyn Davis. Pourvu d'une barbe fournie, il a le crâne rasé et passe le plus clair de son temps à alterner picole et exercices physiques. C'est une sorte de gourou sympa, en apparence. Une mystérieuse assistante muette accomplit diverses tâches pour lui. L'action se déroule chronologiquement, le long des sept jours passés par Caleb au sein du complexe.

   Le jeune héros est associé au nouveau projet révolutionnaire de Nathan : la création d'un être pourvu d'une intelligence artificielle indétectable. Bref, un androïde que l'on prendrait pour une vraie femme. (On pense évidemment à Blade Runner.) Celle-ci est incarnée par Alicia Vikander, remarquée naguère dans Anna Karenine et surtout Royal Affair. Comme elle est mignonne et désireuse d'en savoir plus sur le nouvel arrivant, une relation ambiguë se noue entre elle et Caleb.

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   Est-ce ce que souhaite Nathan ? La situation n'est-elle pas en train de lui échapper ? L'intelligence artificielle d'Ava (prononcez "Eva"... bien entendu) va-t-elle jusqu'à pratiquer la dissimulation, la manipulation et le mensonge ? Est-elle capable d'attachement ? Et pourquoi Caleb a-t-il vraiment gagné à la loterie ? L'intrigue est riche en mystères, qui vont petit à petit se dévoiler.

   Cela se passe dans des décors très soignés (les pièces du bunker à demi-enterré). On a réussi à suggérer à la fois la modernité et l'étrangeté. Quant aux effets spéciaux, ils sont bien dosés et épatants, notamment au niveau du corps de l'androïde. Et n'oubliez pas de tendre l'oreille : un travail intelligent a été effectué sur le son.

   Si l'occasion se présente, jetez-vous sur cette pépite pleine d'étrangeté, qui, par certains aspects, n'est pas sans rappeler l'univers de David Cronenberg.

16:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 21 juillet 2015

La Isla minima

   Cette "petite île" est située quelque part dans les méandres du Guadalquivir et de ses affluents, dans le sud de l'Espagne. Ce n'est que dans la dernière partie du film que l'on apprend le rôle qu'elle a joué dans l'intrigue. D'ici là, on aura eu droit à un polar noir, très noir, sur fond de démocratisation de l'Espagne, au début des années 1980.

   Cet aspect, bien que non central dans l'histoire, joue un rôle important, parce qu'il oppose les deux enquêteurs de la police criminelle. Pedro est un jeune ambitieux, sans doute "de gauche"... un peu trop fouineur, peut-être. On l'a muté loin de sa famille sans doute pour calmer ses ardeurs. Son acolyte Juan est un flic à l'ancienne, aux méthodes pas toujours orthodoxes. C'est un ancien franquiste qu'on a mis au rancart.

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   Si l'association de deux policiers aux tempéraments très différents est un classique de ce genre d'histoire, le scénario a l'habileté de brouiller un peu les pistes. Il fait de Pedro un mec pointilleux, à cheval sur le règlement et menant une vie assez conformiste (marié, avec un enfant en bas âge... et fréquentant peu les bars). Juan est un bon vivant, amateur d'alcool et de femmes "ouvertes". Mais il est seul, au fond. Les qualités respectives des deux hommes vont leur être utiles pour démêler les fils d'une affaire complexe.

   Elle est complexe parce que l'enquête vient déranger les habitudes prises par certains habitants de la région. Pour arrondir leurs fins de mois, des paysans et des pêcheurs traficotent (plutôt du tabac). D'autres se sont lancés dans un commerce plus lucratif, celui de la drogue. Se greffe là-dessus un réseau de prostitution, né de la misère et du désespoir. La disparition de deux jeunes femmes vient tout perturber. La situation devient encore plus troublée quand les policiers découvrent qu'ils ont peut-être affaire à un tueur en série.

   L'histoire est servie par des interprètes excellents (parfois connus du public français amateur de films ibériques), dans les premiers comme dans les seconds rôles. Et surtout... les images sont magnifiques. Certains plans sont à couper le souffle, qu'ils soient aériens ou tournés au niveau du sol, entre les chenaux qui forment un véritable labyrinthe.

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   Ce film est l'une des bonnes surprises de l'été, marqué, une fois n'est pas coutume, par une brochette de sorties de qualité au mois de juillet.

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lundi, 20 juillet 2015

Une Seconde Mère

   Cette mère est Val, femme de ménage et un peu bonne à tout faire d'un couple aisé, depuis plus de dix ans. Ce couple a un fils, Fabinho, dont elle a été la nounou et dont elle est restée la confidente. Plus que la seconde mère, elle est sa mère de coeur, au contraire de la génitrice du jeune homme, qui semble le mépriser.

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   Ce film brésilien d'Anna Muylaert met en scène ce qu'il faut bien appeler les inégalités de classes... qui se doublent d'une autre inégalité : les riches sont visiblement d'ascendance européenne, alors que les pauvres sont d'ascendance africaine ou amérindienne.

   L'intrigue confronte deux tempéraments, celui de la mère et celui de la fille. Val est contente d'avoir un travail, de s'occuper d'un enfant, même si elle loge dans un cagibi. Elle a intériorisé sa soumission. De surcroît, ses maîtres employeurs ne sont pas odieux et la traitent avec un relatif respect. C'est la perversité du système. Toutefois, à quelques occasions, on voit que de vieilles habitudes ne sont pas loin de ressurgir.

   C'est ce que ne peut pas supporter Jessica, qui a vécu son enfance loin de sa mère. Elle en veut à celle-ci de l'avoir "abandonnée" pour un travail qui est de plus asservissant. On peut penser que sa famille est originaire d'une région pauvre (sans doute le Nordeste), alors que l'action se déroule dans la banlieue de Sao Paulo.

   Là où l'histoire devient piquante, c'est quand on réalise que la jeune femme, qui vient s'installer dans la mégapole pour poursuivre ses études, est vraiment douée, cultivée, intelligente... plus en tout cas que le fils à papa qui cherche, comme elle, à intégrer une prestigieuse école d'architecture. Comme en plus elle est mignonne, elle attire les regards de la gent masculine, jeune comme moins jeune...

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   Pourtant, les pères ne sont pas très présents à l'écran. Celui de Jessica est séparé de sa mère depuis des années (et il a rejeté sa fille, pour une raison que l'on finit par découvrir). Celui de Fabinho passe une grande partie de ses journées au lit ou bien dans son atelier de peinture. A la maison, c'est l'épouse qui "porte la culotte"... mais l'argent vient d'abord du mari. On réalise que, même quand les hommes sont au second plan, ils jouent un rôle important, parce que la société brésilienne est encore patriarcale. Au cours de l'histoire, on apprend l'existence d'un autre père qui, directement ou indirectement, a pesé sur la vie de plusieurs personnages.

   Plus qu'une comédie, c'est un portrait social du Brésil en mouvement, avec ses mauvaises vieilles habitudes et le vent du changement, porté principalement par les femmes. Même Val finit par être contaminée...

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samedi, 18 juillet 2015

Microbe et Gasoil

   Le titre du nouveau film de Michel Gondry (auteur, l'an dernier, de l'étonnant Conversation animée avec Chomsky) est composé des surnoms de ses deux personnages principaux, deux adolescents de 14-15 ans un peu hors normes.

   A ma gauche, voici Daniel dit Microbe. C'est un garçon très imaginatif, habile dans le dessin, mais qui s'ennuie terriblement au collège. Il s'y plaît d'autant moins qu'il est l'objet de moqueries de la part de certains djeunses qui se la pètent. Par dessus le marché, il est complexé par son physique androgyne... et commence à en avoir marre qu'on le prenne pour une fille !

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   (Dans ce rôle, j'ai trouvé qu'Ange Dargent avait des airs de Sylvie Testud jeune.) Son environnement familial ne contribue pas trop à épanouir "Microbe". Il est en conflit avec son frère aîné, qui a viré punk. Il ne supporte pas les attentions dont sa mère l'entoure. Elle est incarnée par Audrey Tautou, excellente en maman compréhensive, new age... et dépressive.

   A ma droite, voici Théo alias Gasoil. C'est la grande révélation de ce film. Théophile Baquet (un nom à retenir) interprète avec beaucoup de culot ce gamin d'origine plus populaire que son nouveau pote Microbe. Ses parents gèrent une boutique d'antiquités. Gasoil doit son surnom notamment à ses mains perpétuellement sales, à cause des travaux de bricolage auxquels s'adonne cet as de la mécanique.

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   Il est aussi doté d'un bagout à toute épreuve. Il lui arrive souvent de parler comme un adulte (voire mieux que les adultes), mais avec son accent d'adolescent. Le pari était risqué... mais ça marche du tonnerre. J'ai souvent ri en entendant les analyses pertinentes, parfois un peu péremptoires, assénées par ce bout d'homme mal dégrossi. Le pire est que le garçon est tout à fait crédible, alors qu'il passe les trois quarts du film en mocassins et culotte de survêtement ! (Ce n'est pas donné à tout le monde...)

   La première partie de l'histoire nous montre la rencontre de ces deux francs-tireurs, également rejetés par la masse conformiste. Comme ils ne se sentent pas très à l'aise non plus dans leurs milieux familiaux respectifs, ils décident de prendre la tangente.

   La seconde partie de l'histoire est un road-movie fait de bric et de broc. On y voit des gendarmes réaliser un selfie devant un véhicule camouflé en cabane de jardin. On y découvre l'existence d'un gang de voyous coréens, en plein coeur de la France. On y apprend comment échapper à la vengeance d'une équipe de rugbymen... et comment gagner/perdre un concours de dessin !

   C'est incontestablement l'un des films les plus drôles de ces derniers mois. De plus, il aborde l'adolescence sans vulgarité ni démagogie. S'il se moque (gentiment) de ses personnages, il aide toutefois à mieux les comprendre.

   Je suis sorti de là avec une pêche d'enfer !

   PS

   A l'origine de la fugue des deux garçons, il y a le désir de Gasoil de revoir le camp de vacances où il s'est jadis tellement plu... sur l'Aubrac ! Même si on peut le soupçonner de regretter surtout les nichons des monitrices, son attirance pour cette région du Massif Central le rend encore plus sympathique.

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Unfriended

   Pas facile de traduire en français le titre de ce petit film d'épouvante. Littéralement, cela donnerait "désamicalisé". Cela consiste à retirer quelqu'un de sa liste d' "amis" sur un célèbre réseau social. C'est ce que fait le personnage principal, Blaire, au début de l'histoire, quand elle reçoit un message du compte Facebook de sa meilleure copine décédée un an plus tôt.

   Le principal intérêt de ce film est la mise en scène de certains usages d'internet : les réseaux sociaux, la musique en ligne, le recherche d'informations, le téléchargement de documents et le dialogue en direct via Skype. L'action se déroule donc en temps réel. L'écran est partagé. On y voit les six amis, chacun-e devant son écran d'ordinateur portable, filmé-e par la web-cam. On y voit aussi le dialogue privé entre l'héroïne Blaire et son petit copain Mitch. On suit toutes les actions de la jeune femme, du choix d'une musique d'accompagnement aux hésitations dans la frappe des messages.

   L'habillage est réussi. On y croit et il n'y a pas de temps mort. Notons qu'on ne distingue des logements que ce qui apparaît à l'arrière-plan des personnages. Pour la version française, un gros travail a été fourni, puisque presque tout a été traduit. Les spectateurs attentifs remarqueront que les "tchateurs" commettent très peu de fautes d'orthographe !

   L'intrigue tourne autour de l'intervention d'un septième personnage, qui a piraté le compte Facebook de Laura Barns, une lycéenne qui s'était suicidée après avoir été dénigrée sur la Toile. Ce personnage réapparaît sous le pseudo de Billie, qui peut désigner aussi bien un homme qu'une femme. il semble vouloir venger Laura de ses supposés meilleurs amis.

   Honnêtement, l'intrigue tient pendant un peu plus de trois quarts d'heure. On se demande qui est le "hackeur". Fait-il (elle) partie de la bande des six (façon Agatha Christie) ? Est-il (elle) un-e proche de la défunte, qui rumine son chagrin et sa rancoeur (façon série policière) ? Ou bien s'agit-il d'une intervention surnaturelle (façon Projet Blair Witch ou Paranormal Activity) ?

   Quand on a compris cela, l'histoire perd beaucoup de son intérêt. Pour un film de genre, c'est peu effrayant et le vieux cinéphile que je suis est un peu lassé de voir une bande de jeunes crétins commettre toujours les mêmes imprudences.

   Il reste l'aspect sociétal de l'intrigue : le rôle des réseaux sociaux dans le dénigrement et le harcèlement. Au fur et à mesure que l'intrigue se développe, on découvre les aspects peu ragoûtants de "l'amitié" qui lie les personnages principaux. L'action du mystérieux hackeur (qui connaît beaucoup de secrets inavouables) s'inscrit aussi dans cette thématique.

   Cela donne un ensemble disparate, pas inintéressant, mais à mon avis inabouti.

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jeudi, 16 juillet 2015

Terminator Genisys

   Le premier mystère posé par ce cinquième épisode de la franchise est son titre. Pourquoi avoir écrit "genisys" et pas "genesis" (genèse) ? Sans doute parce qu'il n'est pas question que d'une création, mais aussi d'un programme informatique (en gestation), dont le nom est précisément "Genisys". C'est l'ancêtre de Skynet, le réseau qui, dans les épisodes précédents, a provoqué une guerre nucléaire et la révolution des machines. (A ceux qui ne sont pas familiers de l'univers terminatoresque, je conseille de se pencher sur les articles Wikipedia consacrés aux différents films - en évitant, bien entendu, de lire le dernier).

   Dans cet opus, on retrouve Arnold Schwarzenegger en Terminator "Papy", une excellente trouvaille. Ce robot-tueur adouci par des années de fréquentation des humains est assez attachant et, surtout, il est source de nombreux gags. Je fais d'ailleurs partie de ceux qui trouvent Schwarzenegger meilleur au second degré que dans les rôles de brute épaisse.

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   L'une des bonnes scènes met le Terminator vieux-mais-pas-obsolète en contact avec une version beaucoup plus jeune de lui-même. Les autres machines, plus sophistiquées, sont incarnées de manière plus classique. Seul Jason Clarke (vu notamment dans Zero Dark Thirty et La Planète des singes : l'affrontement) tire un peu son épingle du jeu. Notons qu'au niveau de la distribution, on a essentiellement choisi des gars musclés, pas très brillants (à moins que ce ne soit lié à la version doublée).

   Face à cette bande mecs gavés de stéroïdes se détache incontestablement Emilia Clarke, qui incarne Sarah Connor. Le scénario lui donne une place considérable, modernisant l'intrigue traditionnelle de cette catégorie de films. (Est-il nécessaire de préciser qu'en plus d'être talentueuse, l'actrice est dotée d'une plastique irréprochable ?) On peut d'ailleurs s'amuser à relever les éléments qui rendent hommage aux oeuvres de James Cameron et ceux qui s'en détachent. (Il y a aussi des références à L'Armée des douze singes, de Terry Gilliam.) Entre temps, Schwarzy a vieilli, ce qui nous vaut quelques répliques à double-sens. On lui laisse quand même dire une fois I'll be back ("Je reviendrai").

   Il faut dire quelques mots du scénario, qui mêle habilement plusieurs époques : les années 2029, 1984 (modifiée par rapport à la version traditionnelle), 1997 et 2017. Le principe est l'envoi de personnes dans le passé. Le spectateur moyen doit être un peu attentif mais, franchement, alors que je n'ai pas vu tous les films de la série, je n'ai pas du tout été perturbé.

   Les effets spéciaux sont excellents. La caméra s'attarde peut-être un peu trop sur certains d'entre eux, histoire de nous montrer à quel point on est virtuose. Mais bon, ça passe. En ce qui me concerne, à part les pointes d'humour, ce sont les scènes d'action qui m'ont marqué. La destruction de bâtiments et de morceaux de villes est impressionnante, comme dans beaucoup de films contemporains. Cet aspect grandiloquent est souligné par la musique dirigée par Hans Zimmer. Mais les meilleures séquences sont sans nul doute celles de poursuite, en hélicoptère comme en bus, cette dernière s'achevant sur un célèbre pont états-unien (qui a récemment servi de cadre à plusieurs scènes de La Planète des singes : les origines, de Godzilla et de San Andreas).

   Les défauts sont ceux des films du même genre, mais en moins pire, je trouve. On n'abuse pas trop du juste-à-temps ni de l'émotion à deux balles. On s'évertue quand même à éviter de faire mourir ceux qu'on veut garder jusqu'au bout... voire au-delà : ne partez pas au début du générique, du moins pas avant d'avoir une idée de la suite qu'on nous prépare.

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mardi, 14 juillet 2015

Les Minions

   Cette animation franco-américaine met à l'honneur les petits personnages jaunes apparus il y a quelques années dans Moi, moche et méchant. Ceci dit, leur (futur) maître Gru n'est pas absent de cet opus. Les spectateurs attentifs remarqueront sa présence au "congrès des vilains" (en compagnie de sa mère) ; les autres se contenteront de noter son apparition à la toute fin de l'histoire.

   D'ici là, on nous aura raconté une série d'aventures des Minions, en particulier dans les âges anciens. La longue bande-annonce qui a été abondamment diffusée nous prive hélas de l'effet de surprise. Ces scènes sont pour moi les plus hilarantes du film. Il est dommage qu'elles interviennent aussi tôt. Ceci dit, elles sont un peu plus développées que dans les extraits qui ont été offerts au public en avant-première... et attention à ne pas arriver en retard : les petits bonshommes commencent leur spectacle dès le pré-générique ! Au passage, on peut relever un hommage à Hergé, dans la séquence en mer. Stuart se comporte avec ses compagnons comme le capitaine Haddock avec Tintin dans Le Crabe aux pinces d'or (la banane ayant remplacé la bouteille de champagne !) :

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   La suite est quand même entraînante, avec une excellente séquence en automobile, qui garde un peu de l'irrévérence des précédents films (ce qui manque par contre souvent au reste de l'histoire).

   Paradoxalement, c'est quand les héros se retrouvent dans l'assemblée de "méchants" que l'intrigue devient plan-plan. Certes, on sourit, mais il n'y a plus ce petit coup de folie perceptible dans Moi, moche et méchant 2. D'un point de vue sonore, l'arrivée aux Etats-Unis se traduit par un déluge de chansons (anglo-saxonnes) des années 1960-1970. Au début, ça passe. A la longue, ça saoule.

   Le départ pour le Royaume-Uni relance un peu l'action. Certains clins d'oeil sont réussis. Mais le personnage de la reine Elizabeth II est un peu raté... et pas du tout conforme au modèle. J'ai tout de même bien aimé les gardes qui se transforment en rockeurs chevelus et la poursuite endiablée dans les rues de Londres. Cette partie est marquée par des hommages à James Bond et à certains films à grand spectacle. L'humour est plutôt destiné aux enfants (pas trop jeunes toutefois).

   L'intrigue en devient secondaire. On se fiche un peu du devenir de la couronne britannique et la référence à Chaplin (lorsque l'un des Minions prononce un discours du haut d'un balcon) tombe à plat. Heureusement, Gru se décide à débarquer...

   Evidemment, il ne faut pas quitter la salle trop tôt, le générique de fin réservant quelques surprises... et quand on croit que c'est terminé, il y en a encore, au bout du bout !

   C'est un agréable divertissement, mais qui, pour des adultes, ne tient pas tout à fait la route. J'ai été un peu déçu et j'espère qu'avant de sortir le suivant, les auteurs vont prendre le temps de bien préparer la chose.

   PS

   Entre deux facéties terminales, j'ai eu le temps de lire le générique de fin. J'ai remarqué que, parmi les personnes remerciées, on avait clairement distingué Frédérique Bredin, une ancienne élue socialiste aujourd'hui... présidente du CNC (Centre National de la Cinématographie et de l'image animée). Précisons qu'elle a été nommée en 2013 par François Hollande, son ancien condisciple de la promotion Voltaire de l'ENA.

   Mais revenons à nos Minions. La production du film avait de bonnes raisons de remercier (à travers Frédérique Bredin) le CNC : celui-ci  a attribué un crédit d'impôt international à ce long-métrage, comme aux précédents, d'ailleurs. Et là, j'ai tiqué. Autant cela se comprenait pour soutenir l'équipe à ses débuts, autant ici, c'est de l'argent trop généreusement distribué, à ce qui est devenu une grosse production, de surcroît accompagnée d'un merchandising particulièrement envahissant.

21:27 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 13 juillet 2015

Self Made

   Le titre de ce passionnant film israélien est difficile à traduire. Il peut signifier "fait tout seul" ou "monté soi-même". Dans ce cas, c'est une allusion aux meubles en kit Eteca (une sorte d'Ikea proche-oriental), qui jouent un rôle important dans l'intrigue.

   Ce mobilier de qualité approximative est la cause des tourments des deux héroïnes. L'Israélienne Michal voit son sommeil écourté par la chute du lit conjugal et elle va avoir toutes les peines du monde à monter le nouveau, acheté (laborieusement) par correspondance. De son côté, la Palestinienne Nadine effectue un travail abrutissant dans un entrepôt d'Eteca, d'où elle va d'ailleurs être licenciée.

   A priori, c'est la seule chose qui rapproche les deux femmes. Michal est une artiste renommée, qui rejette la maternité. Nadine est la cinquième roue du carrosse familial, qui elle aimerait bien avoir un enfant. Le contraste est aussi grand entre les deux milieux sociaux : l'Israélienne est une "bobo", la Palestinienne une prolétaire. Leurs destins vont pourtant se croiser... et s'échanger, comme on nous l'annonce dans le résumé du film.

   Pourtant, cette permutation intervient assez tard dans l'histoire. De surcroît, à l'écran, chaque personnage garde le physique qu'il avait dans sa précédente vie, alors que les proches ne se rendent pas compte de la substitution. A cela s'ajoutent ce qui semble être des incohérences et des choses inexplicables, qu'on a tendance à mettre au compte de l'aspect surréaliste d'une partie du film. Comme l'histoire tourne en eau en boudin, certains spectateurs sont sortis de là furieux.

   C'est parce qu'ils n'ont pas compris qu'il y a un "twist"...

 

ATTENTION, LA SUITE REVELE DES ELEMENTS CLES DE L'INTRIGUE, QU'IL VAUT MIEUX SANS DOUTE NE PAS CONNAITRE AVANT D'ALLER VOIR LE FILM.

 

   L'intrigue s'inspire visiblement de Muholland Drive (de David Lynch) et un peu d'un autre film israélien, 7 minutes au paradis. Il y a bien eu échange des rôles, mais plutôt des personnalités, pas des corps... et cela s'est produit avant que ne démarre l'histoire telle qu'elle nous est montrée.

   Un attentat-suicide a bien eu lieu. Peut-être a-t-il été déclenché par le garçon que l'on voit accompagner Michal devenue Nadine. En tout cas, les deux femmes étaient sans doute présentes au moment de l'explosion, qui a provoqué l'échange de personnalités. Une fois ce principe posé, on peut mieux comprendre certaines scènes et le comportement des personnages principaux.

   Commençons par Michal. Elle souffre d'amnésie et a visiblement été blessée à la tête. Son compagnon fait allusion à une opération et à un événement traumatique, qu'il vaut mieux ne pas ressasser. Je pense qu'il ne parle pas uniquement de l'hystérectomie qu'a subie l'artiste. Son corps a bien été touché dans l'attentat-suicide mais, comme désormais c'est l'esprit de Nadine qui l'occupe, elle ne se souvient de rien, en particulier des rendez-vous pris par Michal pour ce jour-là. On comprend aussi pourquoi son compagnon la trouve (encore plus) différente depuis "l'accident".

   Quant à la Nadine qui nous est montrée, elle a l'esprit de Michal en elle. Cela explique qu'elle ait besoin des vis pour marquer son chemin. Le fait qu'elle ne le marque que dans un sens tendrait à prouver que l'attentat a eu lieu au checkpoint, où les Palestiniens subissent parfois tant de vexations. De plus, le désir soudain de maternité de Nadine, qui brise les tabous et couche avec le premier venu (le recruteur de terroristes, sans doute lié au Hamas ou au Djihad islamique), tient à son impossibilité d'avoir des enfants avec son précédent corps et à ses regrets d'avoir pratiqué une hystérectomie.

   On pourrait continuer encore et analyser finement chaque séquence, pour tenter d'y distinguer ce qui est issu de la première vie des deux jeunes femmes de ce qui appartient au fantasme de la seconde. Le bouquet de fleurs est un indice.

   Sinon, on peut se contenter de se laisser porter une oeuvre pleine de style, qui aborde de manière originale le conflit israélo-palestinien. Shira Geffen est vraiment une réalisatrice à suivre.

samedi, 11 juillet 2015

Le Souffle

   Ce souffle est d'abord (à l'écran), celui du vent qui secoue la steppe kazakhe (superbement filmée). C'est aussi celui qui émane des humains. Au sens symbolique, c'est la vie et l'amour qui vont traverser cette histoire. C'est aussi hélas parfois le vent de la mort.

   Le réalisateur Alexander Kott réussit le tour de force de mener son intrigue sans le moindre dialogue, pendant 1h25. Les paroles sont remplacées par les expressions des visages, les attitudes des corps, mais aussi les sons, qu'ils soient d'origine naturelle (le vent, le chant des animaux, le bruit de l'eau qui coule) ou humaine (produits par les véhicules et les objets qu'on manipule). S'y ajoutent quelques cris, quelques pleurs et la musique d'accompagnement, parfois rehaussée de chants féminins.

   Le début du film nous fait découvrir la vie quotidienne d'un père et de sa fille. Tous deux sont mutiques mais pas inexpressifs. A travers quelques situations bien choisies et une économie de mouvements, le réalisateur nous fait comprendre toute l'affection qui lie l'un à l'autre. Le papa ne manque pas d'imagination, lui qui fait semblant de gober le soleil couchant sous les yeux de son adorable progéniture. Il est aussi conscient des nécessités de la vie : il lui a appris à conduire... et à se servir d'un fusil.

   La demoiselle, qui garde par devers elle des traces de son passage à l'école, sait presque tout faire. Comme, de surcroît, elle est plutôt canon, elle est convoitée par l'héritier d'une grosse propriété des alentours, un type sympathique mais un peu lourdaud. Il aime à jouer au cowboy devant la donzelle, qui n'est toutefois pas très impressionnée.

   La donne change lorsqu'un jour, un jeune homme est envoyé chercher de l'eau par le propriétaire d'une voiture en panne. Le garçon est charmant, poli, bricoleur... Désormais, la vie ne sera plus comme avant.

   Très longtemps, le film nous maintient dans l'ignorance ou l'incertitude. Où le père part-il travailler tous les matins ? Pourquoi est-il tombé subitement malade ? Que viennent faire ces militaires autoritaires dans la région ? (L'action se déroule en URSS, peu après la Seconde guerre mondiale.) Dina va-t-elle choisir l'aventure avec le photographe imprévisible ou la sécurité avec le paysan fidèle ?

   Avant d'obtenir les réponses à toutes ces questions, on aura eu droit à une série de tableaux éblouissants. Chaque plan contient au moins une idée marquante de mise en scène. J'ai encore en mémoire l'eau du puits, agitée par le prélèvement qu'on vient d'y opérer et qui, en redevenant plane, révèle le face-à-face énamouré entre deux personnages. Ou encore cette corde à linge, sur laquelle sont pendus leurs vêtements, les bras de la chemise de l'un enlaçant la robe de l'autre, sous l'effet du vent. Magnifique !

   PS

   Derrière l'oeuvre de recherche, aux grandes qualités esthétiques, se cache un propos politique que je ne peux pas dévoiler ici. Cette année, c'est au moins la deuxième fois (après Crosswind) qu'un film très ambitieux tente d'allier la forme et le fond. Je trouve néanmoins que Le Souffle est un ton au-dessus. Ce sera sans doute un de mes films de l'année 2015.

22:12 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 10 juillet 2015

Dior et moi

   A priori, rien n'aurait dû me pousser à aller voir ce documentaire de Frédéric Tcheng, consacré à la première collection mise au point (dans l'urgence) par Raf Simons pour la célèbre maison de couture. Mais il m'a semblé que je pourrais y trouver un intérêt semblable à celui que j'avais éprouvé en regardant The September Issue. On finit d'ailleurs par croiser Anna Wintour, dans la dernière partie du film.

   Le réalisateur a eu l'intelligence d'insérer des images d'archives dans celles qu'il a tournées à Paris. On (re)découvre d'anciennes collections et, surtout, on a un aperçu de la vie de Christian Dior, au tout début du film puis, à petites doses, à intervalle régulier. C'est particulièrement intéressant pour ceux qui, comme moi, ne connaissaient pas grand chose du bonhomme. Par contre, l'espèce de dialogue (fictif) engagé entre le fondateur (décédé) et le nouveau directeur de collection m'a paru artificiel et la voix off m'a parfois agacé.

   En revanche, la description du travail des "petites mains" (les couturières et les -rares- couturiers) est passionnante. On nous présente davantage certaines d'entre elles. On comprend qu'au sein de cette ruche, il existe une hiérarchie. Toutefois, tout le monde semble travailler en harmonie. A-t-on gommé les tensions, dans le souci de plaire à Dior ? Pas forcément, puisque lorsque Raf Simons exprime son mécontentement vis-à-vis des délais non tenus, la scène n'est pas censurée.

   Du créateur belge on retiendra une indéniable audace et de l'imagination. Cela le conduit à tenter de créer des robes à partir de l'impression de toiles contemporaines. Pour que le rendu final soit meilleur, il exige l'impression, non pas sur un tissu déjà assemblé, mais sur chaque fil, séparément, à charge ensuite pour les couturières de faire les robes. Le film ne nous montre pas le détail du travail artisanal (il y a peut-être quelques secrets de fabrication à préserver...), mais on a quand même une idée de la complexité de la chose. Le résultat est surprenant... et finalement assez joli, alors que les toiles d'origine ne sont vraiment pas emballantes.

   Mais la collection que Simons est chargé de présenter ne se limite pas à ces quelques robes. C'est tout un ensemble qu'il s'agit de concevoir, dans la tradition Dior. Pour ce faire, on n'a pas manqué d'énergie ni de créativité.... mais de temps ! Dans sa seconde partie, le film restitue bien la tension qui monte, surtout quand le créateur exprime son mécontentement, ou réclame des retouches de dernière minute, certaines nécessitant de revoir presque entièrement l'une des créations.

   A l'écran, le bonhomme est calme, amical en dépit du barrage de la langue (il parle anglais, mais assez mal le français). Ce n'est qu'à la toute fin du film qu'on le voit craquer, sous l'effet de la tension produite par la présentation de la collection complète.

   Celle-ci va bénéficier d'un écrin magnifique : une maison particulière, à Paris, qui était à louer et qu'on va réaménager pour le défilé. Raf Simons a l'idée de décorer les pièces avec des tapisseries de fleurs (naturelles). Au vu du coût, on va jusqu'à consulter le patron de LVMH et propriétaire de Dior, Bernard Arnault (dont on se garde bien de préciser à quel point il aime la Belgique). Il donne son accord et, franchement, le résultat est splendide.

   On termine par l'organisation et le déroulement du défilé. On recrute les mannequins, on décide du parcours... et on invite des "pipoles". Ce n'est pas la partie la plus intéressante, même si (peut-être involontairement) le film met à jour une sorte de mécanique, les modèles ressemblant davantage à des robots qu'à des humains.

   L'ensemble forme un documentaire indéniablement original, parfois passionnant.

   PS

   Incidemment, le film évoque les relations de la maison de couture avec ses clientes. Les exigences de l'une d'entre elles (américaine) ont compromis l'achèvement de la collection dans les délais. Mais, comme le déclare la gestionnaire, quand une personne qui vous commande chaque année pour 350 000 euros de vêtements demande que la "Première" (couturière) vienne effectuer des retouches, on ne dit pas non.

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mardi, 07 juillet 2015

Tale of Tales

   C'est une adaptation du Conte des contes (dit aussi le Pentamerone), de l'Italien Giambattista Basile, datant du premier tiers du XVIIe siècle, avant donc les oeuvres de Charles Perrault. Trois des histoires du recueil ont été choisies. Indépendantes les unes des autres, elles finissent toutefois par se croiser.

   Dans La Reine, Salma Hayek incarne une souveraine belle mais infertile, malédiction qu'elle va tenter de rompre à l'aide de son royal époux... et d'un conseiller un peu spécial. Cela nous vaut la première scène du film faisant intervenir un monstre et, un peu plus tard, la première scène un peu "crade". Chaque histoire comporte sa part de merveilleux et de sordide (et même d'horreur), une caractéristique propre aux contes traditionnels, écrits pour émerveiller et effrayer à la fois... ce que les critiques qui ont "descendu" le film ont semble-t-il oublié.

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   Contrairement à ce que certains ont affirmé (notamment au Masque et la Plume diffusé dimanche 5 juillet), Salma Hayek joue bien... mais, pour certaines personnes, il était impensable de faire l'éloge de l'épouse de François-Henri Pinault. Par souci de réalisme, on peut quand même regretter que la reine ne vieillisse quasiment pas, alors que l'histoire s'étend sur près de vingt ans. Au niveau de la distribution, l'actrice franco-mexicaine est épaulée par John C. Reilly (vu notamment dans Carnage) et un excellent duo de jumeaux (les frères Lees).

   Dans La Puce, un roi veuf (interprété par Toby Jones, abonné aux seconds rôles dans les grosses productions) se prend d'affection pour un insecte, qu'il va abondamment nourrir... Dans le même temps, sa fille est devenue une belle jeune femme, qui rêve d'amour et de vaillant chevalier. La réalité va quelque peu la décevoir... C'est la plus violente des trois histoires. Notons qu'elle fait intervenir un ogre, auquel le Français Guillaume Delaunay prête ses traits. (On a pu le voir récemment dans Michael Kohlhaas.) Celui-ci se lie (d'une manière que je me garderai bien de révéler) à la princesse, incarnée avec talent par la jeune Bebe Cave. Dans ce conte, les rebondissements sont particulièrement nombreux. Le réalisateur Matteo Garrone y fait aussi montre d'un grand savoir-faire.

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   Mais la plus "glauque" des histoires est sans conteste celle des Deux Vieilles, qui met en scène un roi libidineux, auquel Vincent Cassel donne toute sa fougue et toute sa verve. On y voit beaucoup de chair étalée, de la jeune douce et lisse et de la moins jeune, plus fripée. Un quiproquo sert de base au conte. Le roi veut à tout prix rencontrer la femme dont le chant l'a captivé. Cela va conduire deux soeurs inséparables à organiser des stratagèmes pour le duper... et se sauver. C'est excellent, avec des pointes d'humour.

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   L'ensemble bénéficie d'un très bel "emballage", avec des costumes superbes et des décors somptueux. Il convient aussi de souligner l'excellent travail réalisé par l'équipe de maquillage. Le tout est accompagné d'une musique envoûtante, signée Alexandre Desplat. Seul bémol à mon enthousiasme : c'est long (2h15) et ça se sent. Il aurait fallu pratiquer quelques coupes. Sinon, c'est une magnifique oeuvre d'imagination, pour grands enfants.

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dimanche, 05 juillet 2015

Vice Versa

   La dernière production Disney-Pixar joue sur une intrigue dédoublée, une se déroulant dans le monde réel, l'autre dans la tête de l'héroïne Riley. La première partie du film montre les premiers pas de l'enfant et la formation des émotions, de la mémoire et de la personnalité dans son cerveau. C'est d'une indéniable originalité... et cela témoigne d'un grand amour de l'enfance, sans que ce soit cucul-la-praline. Je crois que je n'ai jamais vu de séquence qui rende aussi bien hommage aux débuts d'un bout-de-femme.

   Notons que la (très belle) musique est signée Michael Giacchino, qui oeuvre aussi bien pour la télévision (Alcatraz, Fringe) que pour le cinéma (La Planète des singes : l'affrontement et, très récemment, Jurassic World).

   Les jeunes spectateurs ont sans doute été plus sensibles à l'apparition des personnages incarnant les émotions. Joie est une sorte de Fée Clochette, archétype de la grande soeur responsable et pleine d'entrain. Tristesse est une gamine boulotte et dépressive. Peur est un grand échalas pas sûr de lui. Dégoût est une djeunse en pleine crise d'adolescence et Colère une petite boule de nerf (mon préféré). Ce second degré est une des bonnes trouvailles des scénaristes. Il s'ajoute à leur représentation visuelle : ce sont bien évidemment des "émoticônes". Cette animation donne vie à des symboles qui pullulent sur la Toile.

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   La bonne surprise suivante est de découvrir que l'on a eu l'idée d'adapter le procédé à d'autres personnages. On apprend ainsi ce qui se passe dans la tête de chacun des parents. C'est hilarant. Le comble est atteint en fin d'histoire, où l'on nous livre une série d'impressions en rafale. J'ai particulièrement aimé celles du chauffeur de bus... et celle du "guique" complexé qui se retrouve face à cet être étrange et inquiétant... UNE FILLE ! Alerte !!!

   Un déménagement vient rompre la mécanique mise en place. De plus, Riley a grandi. La pré-adolescente ne réagit plus tout à fait comme l'enfant que ses parents ont connue. Le récit se fait plus sombre. Ici Pixar se montre fidèle à la tradition des contes adaptés jadis par Disney : à l'arrière-plan d'une histoire féérique se trouve parfois un fond macabre. Que les parents se rassurent : le film n'en devient pas effrayant pour autant. Néanmoins, il suscite une certaine inquiétude... et permet à l'intrigue de "tenir" la durée (1h40).

   C'est désormais dans la tête de Riley que les événements se précipitent. Joie et Tristesse se lancent dans une quête périlleuse au sein de la mémoire profonde et des "îles de la personnalité". Elles vont y faire plusieurs curieuses rencontres et en apprendre plus sur elles-mêmes et leurs missions.

   Sans être aussi drôle que d'autres productions Pixar, Vice Versa n'en est pas moins un excellent divertissement, avec un contenu élaboré.

   P.S.

   A Rodez, on n'a pas eu droit au court-métrage Lava qui passe en première partie, dans certaines salles...

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samedi, 04 juillet 2015

Fantasia

   Certains vont dire : encore un film sociétal chinois ! Récemment, on a déjà pu apprécier les excellents Black Coal et A Touch of sin. La particularité de celui-ci est d'avoir été réalisé par un ancien ouvrier, Wang Chao, qui s'est reconverti dans le cinéma. Il s'est d'abord fait connaître par L'orphelin d'Anyang.

   On ne s'étonnera donc pas que l'histoire tourne autour du destin d'un ouvrier, que l'on découvre travaillant dans une usine, sans aucune protection, aussi bien au visage, aux oreilles qu'aux mains. La cinquantaine venue, une leucémie se déclare. C'est l'occasion pour le réalisateur de montrer plusieurs aspects de la Chine ultralibérale, où des usines licencient, où les soins ne sont plus garantis aux citoyens pauvres et où l'argent achète (presque) tout.

   La paradoxe est que c'est la solidarité familiale qui va déstructurer la vie des membres du groupe. C'est parce qu'ils veulent aider le père malade que la mère, la fille aînée et le fils cadet vont entrer dans une spirale dangereuse, chacun de leur côté.

   On les suit tous successivement. Entre deux séjours à l'hôpital (ceux-ci filmés avec une sobriété glaçante), le père se traîne et découvre qu'il est désormais mal vu de certains de ses collègues de travail.

   Son épouse est une "mère-courage". Elle cumule deux emplois dans la journée. Le matin, elle se lève avant tout le monde pour livrer du lait. Ensuite, elle enchaîne avec son kiosque à journaux. Petit à petit, on découvre son passé, celui d'une chanteuse-danseuse qui a été licenciée... et sans doute abandonnée par le père de sa fille.

   Celle-ci, une superbe jeune femme, mène au départ une vie totalement insouciante. L'histoire est un peu celle de sa chute. Elle qui voyait la vie en rose va découvrir le cynisme d'une partie de ses concitoyens. La description de ses relations avec sa mère est pleine de subtilité. Elles ne se disent rien mais l'on comprend tout.

   Le film s'attarde un peu plus sur Lin, l'adolescent taciturne, travaillé par ses hormones et pas bien intégré à l'école. Lui qui était néanmoins bon élève inquiète son professeur principal, un type bien qui n'ose pas avouer à la mère à quel point l'assiduité de son fils s'est dégradée. Le gamin s'est mis à fréquenter des trafiquants sur les berges du Yangzi Jiang (l'action se déroule à Chongqing). L'une des premières scènes, qui montre le garçon s'approchant des berges avec, à l'arrière-plan, les immeubles modernes qui apparaissent nimbés dans un brouillard de pollution, est magnifique. On a d'autres occasions de vérifier que l'ancien assistant de Chen Kaige a retenu les leçons de ce cinéaste formaliste, notamment lorsque la ville est filmée de nuit.

   Auprès du fleuve, l'adolescent cherche d'abord du réconfort, puis de l'argent... et il pourrait découvrir beaucoup plus, s'il parvient à se rapprocher de la ravissante jeune femme qui travaille pour les trafiquants.

   Il convient d'être aussi attentif aux sons. Wang Chao se moque de la propagande maoïste comme de la musique sirupeuse qui masque les aspects sordides de la vie quotidienne des humbles. En à peine 1h25, le réalisateur réussit à boucler son intrigue et à nous livrer une oeuvre d'une belle qualité visuelle.

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jeudi, 02 juillet 2015

Jurassic World

   Voici les dinosaures de retour, avec un petit nouveau... ou plutôt, une petite nouvelle, résultat de bidouillages génétiques pour le moins téméraires. C'est la seule création (de taille, parce que la petite nouvelle grandit vite... et plus qu'attendu) de ce film qui recycle quantité d'éléments vus ailleurs... notamment dans le premier opus de la série, auquel il est lourdement fait référence à plusieurs reprises. On s'attend donc à voir surgir à un moment ou à un autre un tyrannosaure... Il convient d'être patient.

   Comme la dinosaurette devient une tueuse en série et que l'action se déroule dans une zone touristique, on pense évidemment aux Dents de la mer, volume 3, à cause du sexe féminin de l'animal et du cadre (un parc d'attractions).

   Notons que les effets spéciaux sont très réussis. Ils rendent vivants aussi bien les velociraptors que les diplodocus (la mort de l'un d'entre eux étant particulièrement émouvante). Ils culminent dans un affrontement que rien ne laisse prévoir... mais qui ne surprendra pas ceux qui ont vu le dernier Godzilla.

   Quant aux acteurs, ils font ce qu'ils peuvent... et ils se débrouillent assez bien, ma foi. On a recruté du lourd, avec, dans le premier rôle féminin, Bryce Dallas Howard (la fille de Ron), dont on a déjà pu apprécier le talent dans Au-delà et La Couleur des sentiments. Lorsque l'actrice est filmée en gros plan, les spectateurs attentifs remarqueront qu'en dépit de son incontestable beauté, la jeune femme a visiblement cru avoir besoin de recourir à quelques retouches chirurgicales. Triste époque... A son actif, on peut lui reconnaître une belle énergie, qu'elle met à profit pour piquer plusieurs sprints salvateurs, à des moments-clés de l'intrigue. Les spectateurs sont priés de croire que, dans la jungle comme sur le bitume, l'héroïne "performe" en talons hauts... Les voyeurs apprécieront néanmoins de constater que sa tenue impeccable du début se dégrade progressivement... Elle finit par ressembler à certaines compagnes de King Kong, à ceci près qu'ici c'est une executive woman qui ne s'en laisse pas compter.

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   A ses côtés, ce sont les seconds rôles masculins que l'on remarque, même si Chris Pratt se débrouille correctement. (Dans la version française, il a la voix de David Krüger, qui double notamment Shemar Moore -alias Derek Morgan- dans la série Esprits criminels.) Vincent d'Onofrio (inspecteur Goren pour les intimes), que l'on a vu récemment dans Night Run, incarne un méchant au bide proéminent. Chez lui aussi une partie de l'anatomie a été "améliorée" : les dents.

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   Chez les scientifiques, c'est le personnage interprété par BD Wong qui ressort. Rappelons que cet habitué de New York Unité Spéciale était présent dans le premier Jurassic Park. Se distinguent aussi Irrfan Khan, qui nous avait ravi en 2013 dans The Lunchbox... et Omar Sy, impeccable dans la petite part qui lui est réservée.

   Les dialogues ne se signalent ni par leur brio ni par leur platitude, contrairement à ce que l'on peut voir dans nombre de superproductions. De plus, le film n'est pas exempt d'humour. A plusieurs reprises, il se moque (gentiment) des ados et, assez tard dans l'histoire, on nous propose la mise en scène du "râteau du siècle" ! Même la dinosaure mutante sait se montrer vicieuse espiègle... à sa manière. Ce personnage de prisonnier aux super-pouvoirs, qui, échappé de son univers carcéral, devient un danger pour toute la société, est très réussi, au premier comme au second degré. Il compense les invraisemblances dont l'intrigue est parsemée : on sent bien quand les scénaristes ont décidé de ne pas faire mourir tel ou tel personnage.

   Le fond n'est pas idiot. On perçoit la dénonciation des apprentis-sorciers de la science, ainsi que le rejet des militaristes sans scrupules. Après, comme c'est une production Spielberg, il ne faut pas s'étonner d'y retrouver un éloge appuyé des "valeurs familiales".

   Le résultat est plaisant, sans être enthousiasmant. Et, attention, on nous prépare une suite...

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dimanche, 28 juin 2015

Cavanna, jusqu'à l'ultime seconde, j'écrirai

   C'est le titre du documentaire que le journaliste Denis Robert (dont le travail d'investigation a été récemment l'objet d'une fiction, L'Enquête) et sa fille ont consacré à feu François Cavanna, l'un des "historiques" de Charlie Hebdo. C'est une oeuvre au goût d'inachevé, parce que l'écrivain est mort en janvier 2014... et parce que les journalistes n'ont pas eu le temps d'interroger en profondeur tous ceux qui l'ont connu, les frères Kouachi s'étant chargés (en janvier 2015) de réduire d'un coup la liste des interviouvables.

   Ce sont d'abord les images qui marquent. Il y a celles du Cavanna plus jeune. Je n'ose pas dire jeune, parce qu'il avait déjà la quarantaine quand Hara-Kiri a rencontré le succès. Les gens de ma génération ne l'ont connu que grisonnant, voire blanchi sous le harnais, les moustaches bien pendantes. Le choc principal vient des entretiens filmés peu avant sa mort. Lui qui débordait d'énergie était visiblement très diminué, quoique globalement lucide.

   Le documentaire se concentre sur deux points : les années de gloire (autour de Hara-Kiri et du premier Charlie Hebdo) et le travail de l'écrivain. A ceux qui sont familiers de l'histoire de ces journaux, le film n'apprendra rien, sauf peut-être par la voix de Sylvie Caster (qui a longtemps tenu une rubrique dans Le Canard enchaîné), qui fut très proche de lui, à une époque.

   Quant au travail de l'écrivain, il est abordé essentiellement à partir de la réception de quelques oeuvres emblématiques. Les séquences sont d'ailleurs rythmées par des extraits de sa prose. Toutefois, j'ai trouvé cela un peu convenu. Pourtant, on a essayé d'introduire un peu d'inventivité visuelle dans le documentaire (avec notamment l'incrustation du bonhomme préhistorique), mais il manque la truculence de l'écrivain, que Denis Robert n'est pas parvenu à restituer. Quant aux extraits de la cérémonie d'hommages qui avait été organisée en son honneur, ils n'ont d'intérêt que par leur côté inédit et parce qu'on y retrouve des personnes aujourd'hui disparues.

   Un problème se pose au niveau de la dernière "carrière" de Cavanna : celle de simple chroniqueur dans le Charlie deuxième mouture (sous la houlette de Philippe Val), alors qu'il était devenu officiellement propriétaire du titre. Les productions de cette époque sont totalement absentes du documentaire, alors que l'écrivain s'y est révélé excellent pamphlétaire, s'attaquant aux intégristes de tout bord, à la corrida, à l'inculture...bref à la connerie.

   Denis Robert a choisi une assez grande diversité de témoins. Parmi ceux-ci, il donne beaucoup la parole à Siné. C'est évidemment voulu ainsi. Lorsqu'il est question de la période Val, il tente d'en faire dire le plus de mal possible par Cavanna. Il ne tient pas du tout compte de l'évolution qu'a connue l'hebdomadaire satirique entre sa renaissance, en 1992, et le départ de Philippe Val, en 2009. Les années 1992-2004 ont été pleines de vigueur et de diversité. Ce parti-pris est regrettable, parce que l'on sent bien qu'il manque quelque chose à ce documentaire.

21:07 Publié dans Cinéma, Presse | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 21 juin 2015

Goshu le violoncelliste

   Cette animation japonaise d'Isao Takahata (dont on a récemment pu voir Le Conte de la princesse Kaguya) date du début des années 1980. Elle a révélé un réalisateur de grand talent. Elle est aussi connue pour marier le dessin et la musique, celle de Ludwig van Beethoven, dont la Symphonie pastorale traverse l'histoire.

   Goshu est un jeune musicien maladroit, "gauche", mais désireux de s'améliorer. Il appartient à un petit orchestre, qui ambitionne de remporter une compétition régionale. Pour cela, il faudrait que tout le monde joue à son meilleur niveau. Goshu, qui vit à l'écart de la ville et mange les produits de son jardin, va être aidé par des animaux, en lesquels il voit d'abord une gêne. Leurs relations vont être plus ou moins conflictuelles.

   Le premier visiteur est un chat facétieux, qui vit un peu aux crochets de Goshu, tout en en étant indépendant :

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   Je n'ai pas du tout aimé le traitement que Goshu fait subir au sac-à-puces (j'aime pô qu'on s'en prenne aux chats !), mais je reconnais que c'est le prétexte à une belle séquence, qui allie musique contemporaine et torture ! Lui répond l'une des dernières scènes du film, dans un contexte très différent.

   Le deuxième visiteur est un coucou, virevoltant et exigeant :

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   Il va faire répéter ses gammes au jeune violoncelliste, avant de le quitter, de manière incongrue.

   Le troisième "invité" est un jeune blaireau (une espèce qu'il vaut mieux éviter de côtoyer dans une salle de cinéma... et dans la vie, en général), adepte lui aussi de la musique classique. Les spectateurs attentifs reconnaîtront le petit personnage qui a salué l'assistance juste avant le début du film.

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   Pour terminer, c'est un duo qui rend visite au héros : une maman souris et son fils, en mauvaise santé. Comment le jeune violoncelliste pourrait-il guérir le souriceau ? Je vous laisse le découvrir.

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   Quand il se rend dans la salle de répétition, Goshu retrouve les autres membres de l'orchestre. Il est le plus jeune ou l'un des plus jeunes de la bande... qui comprend des adultes de tous âges et même quelques personnes dont l'acuité auditive doit être singulièrement détériorée ! En fait aussi partie une demoiselle qui semble "en pincer" pour le héros. Mais il n'a pas trop le temps de songer à la bagatelle, vu que le chef d'orchestre ne laisse rien passer à ses musiciens. C'est un personnage haut en couleurs, à l'image de ce que l'on trouve dans d'autres mangas.

   L'animation a un peu vieilli. Les décors ont visiblement été réalisés à la gouache. C'est tout de même parfois superbe. On y a superposé des éléments animés qui témoignent d'un indéniable savoir-faire. L'ensemble dure à peine plus d'une heure et l'on passe un bon moment.

mercredi, 17 juin 2015

La Belle Promise

   Cette "promise" est Badia, une adolescente orpheline, obligée de quitter l'institution où elle avait été placée à la mort de ses parents. Elle part s'installer chez ses trois tantes, à Ramallah, en Cisjordanie. Entre la jeune femme et les trois soeurs, c'est le choc.

   La première, toute timide, aspire à vivre comme une ado de son époque, alors qu'elle a face à elle trois femmes que la vie a blessées. L'aînée, Juliette (interprétée par Nisreen Faour, remarquée il y a quelques années dans Amerrika), a dû renoncer à son amoureux pour élever ses soeurs cadettes. La deuxième a été brièvement mariée, à un homme âgé qui a succombé peu après la nuit de noces. La troisième, encore jeune et belle, n'a pas osé partir avec son chéri en Amérique. (Elle est jouée par Cherien Dabis, la réalisatrice d'Amerrika).

   Ces femmes sont victimes d'un quadruple enfermement. Ce sont d'abord des Palestiniennes, qui subissent les incursions de l'armée israélienne, que l'on entend de temps à autre. De surcroît, à la suite de la guerre des Six-Jours, elles ont perdu la plupart de leurs propriétés. Ce sont aussi des chrétiennes, minoritaires dans une communauté massivement musulmane. Qui plus est, en dépit de leur appauvrissement récent, elles ont un niveau de vie plus élevé que celui de la moyenne de leurs concitoyens. Dès qu'elles sortent dans l'espace public, les tantes tiennent à marquer leur statut. Enfin, ce sont des femmes indépendantes, dans un monde où le pouvoir et la parole ont tendance à être monopolisés par les hommes.

   Très vite, elles se mettent en tête d'éduquer leur nièce (certes ravissante, mais au comportement jugé inconvenant), dans l'espoir de rapidement la marier à un bon parti. Cela donne de jolis moments de comédie, les actrices ayant visiblement pris leur rôle très à coeur. (Soyez particulièrement attentifs aux expressions des visages.) Quant à Badia, elle reçoit tout ce qui lui arrive, le bon comme le mauvais... et elle va peut-être se montrer plus habile que ses tantes dans la quête de l'âme soeur. Mais, attention, sur cette terre chargée de sang, la politique finit par se mêler aux affaires de coeur.

   Ce n'est pas un grand film, mais un nouveau petit bijou proche-oriental, entre chaleur, humour et désespoir.

mardi, 16 juin 2015

Un Français

   Voilà un film qui a fait beaucoup de bruit dès avant sa sortie. Le Français dont il est question est Marco. Au début, on le voit s'amuser avec ses potes, écouter très fort de la musique peu raffinée, insulter les gens dans la rue, dans le bus et même s'en prendre physiquement à des passants ou aux clients d'un bar. Ce pourrait être une "racaille" de banlieue... sauf que Marco est un nostalgique du IIIe Reich, adepte de la suprématie blanche.

   Le scénario nous fait suivre les "héros" (Marco et ses proches) sur plus d'une vingtaine d'années. On les découvre en 1988, colleurs d'affiches pour le FN. On les retrouve à la présidentielle suivante. Marco a intégré le service d'ordre du parti d'extrême-droite. Plus tard, il est en Guadeloupe, employé dans un bar, à l'été 1998. La quatrième époque nous le montre, de retour en Métropole, au moment des manifestations contre "le mariage pour tous". Entre chaque, des ellipses ont été ménagées.

   On perçoit le changement à travers l'évolution de l'apparence physique des principaux personnages. Ainsi Marco (Alban Lenoir, formidable) est d'abord un skinhead très mince et musclé, avant de devenir un gorille baraqué aux cheveux courts (et non plus rasés), enfin un quadra barbu avec des poignées d'amour. D'après les secrets de tournage d'Allociné, le réalisateur a tourné les séquences à rebours, demandant aux acteurs de perdre du poids et de raccourcir progressivement leur coupe de cheveux, un peu de maquillage faisant le reste.

   Du côté de l'interprétation, outre Alban Lenoir, il faut citer Samuel Jouy (dont le personnage semble inspiré d'une personne réelle), Jeanne Rosa et Lucie Debay, une brochette de jeunes acteurs peu connus du grand public et pourtant très talentueux.

   C'est donc du cinéma de bonne facture, mais dont le fond a parfois suscité le malaise. C'est d'abord assez violent, comme la vie des personnages qui nous est racontée. C'est aussi très cru au niveau des dialogues, avec de nombreux propos orduriers et racistes, surtout dans la première partie. Des spectateurs "de gauche" ont été dérangés par cette présentation très réaliste et sans jugement moral. Les skinheads sont dépeints, dans leur majorité, comme des jeunes en perte de repères, un peu cons, mais pas si mauvais que cela, au bout du compte.

   A droite, c'est la seconde partie du film qui est restée en travers de la gorge. Elle montre que les anciens voyous se sont parfois bien intégrés au parti de la famille Le Pen. (On en retrouve aussi dans les partis de la droite "classique".) Elle met en scène les fractures de classes qui traversent la droite nationaliste, entre les prolos bas-du-plafond et la bourgeoisie "prout-prout", qui salive en songeant à une alliance avec la droite de l'UMP.

   Marco va connaître un parcours atypique, grâce principalement à deux rencontres, déterminantes dans des genres différents. Il y a d'abord ce pharmacien humaniste, très bien interprété par Patrick Pineau. Il y a aussi son amoureuse, avec laquelle il va connaître une relation tumultueuse.

   Cela donne un film fort, remuant, pour moi plus réussi dans la première partie que dans la seconde, qui tombe parfois dans le simplisme.

mercredi, 10 juin 2015

San Andreas

   Cela commence par une scène assez jouissive : une jeune automobiliste, qui écoute une daube pop au volant de sa voiture, répond au téléphone, sans cesser de conduire... et commence à moins regarder la route. On se dit qu'un accident va lui arriver... sauf que c'est un séisme qui va le provoquer. A l'image d'autres épisodes du film, c'est spectaculaire... mais l'on se dit que la donzelle met quand même un peu de temps à défunter... C'est parce qu'il fallait permettre au héros de débarquer.

   Voilà donc une équipe de secouristes qui déboule en hélicoptère. A l'intérieur, que du lourd : des anciens d'Afghanistan et surtout Ray, pilote sans peur et sans reproche, incarné par Dwayne Jonhson, musclé comme un déménageur qui aurait dévoré deux culturistes au petit-déjeuner. On nous fait comprendre qu'en plus d'être hyper-compétents, ces mecs en ont dans le pantalon.

   Après ça, on nous plonge dans un amphi universitaire californien, dans lequel on ne peut pas ne pas remarquer que presque tous les étudiants sont équipés d'un ordinateur portable d'une marque fruitière. Les dialogues sont là pour donner une caution scientifique à l'intrigue. On en découvre une application pratique dans la séquence suivante, autour du barrage Hoover, dans le Nevada. Là encore, les effets spéciaux sont bluffants, mais le côté humain est très convenu.

   La pause suivante nous présente la fille du héros, Blake, incarnée par un petit canon auquel le scénario prévoit de donner une place importante dans l'action. Sans trop en dire, je peux révéler que son personnage n'est pas sans ressembler, par certains aspects, à celui des héroïnes de la série Révolution et du long-métrage Divergente. Ici, les auteurs ont tenté de donner une épaisseur familiale à l'histoire. Les parents sont séparés, la mère (interprétée par une ancienne beauté dont le visage a subi les ravages du bistouri) s'étant même installée chez son nouveau petit copain, un architecte millionnaire dans lequel les amateurs de la série Forever (actuellement diffusée sur TF1) reconnaîtront sans peine l'immortel Henry, alias Ioan Gruffudd.

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   Hélas, ici, on lui a attribué un rôle assez antipathique. De surcroît, il n'est pas doublé par la même voix que dans la série, ce qui est fort dommageable. Ce n'est par contre pas le cas de Hugo Johnstone-Burt, dont on reconnaît bien la voix française. Ici, il est un charmant garçon, un peu maladroit, mais qui va se révéler d'un précieux secours dans les moments difficiles, un peu à l'image du brigadier Collins, qu'il incarne dans l'excellente série policière (historico-féministo-humoristique) Miss Fisher enquête.

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   On a à peine le temps de se réjouir de retrouver ces vieilles connaissances que de nouvelles secousses se produisent. Cette fois-ci, Los Angeles est touchée. Pour moi, c'est à ce moment-là que le film atteint son apogée. Entre le sol qui se soulève, se craquelle, et les immeubles qui s'effondrent de différentes manières, on est servi, question effets spéciaux. Quand, un peu plus tard, vient le tour de San Francisco, on est presque déçu. La séquence de L.A. est aussi marquante par ce qu'elle évoque. Dans la manière de filmer, dans le choix des plans, on perçoit clairement des références au 11 septembre 2001.

   A San Francisco toutefois, on nous a préparé une belle surprise : un tsunami, mis en scène avec brio. (Il tient la comparaison avec ce que l'on a pu voir dans Au-delà, de Clint Eastwood.) Le problème est que, depuis que certains personnages sont montrés évoluant dans ce qui est censé être San Francisco, on voit clairement à l'écran qu'ils ne se trouvent pas sur le même plan que les décors. J'ai du mal à comprendre que, dans une production à gros budget comme celle-ci, on n'ait pas prêté plus d'attention à "l'effet fond vert". (Remarque : j'ai vu le film en 2D.)

   S'ajoute à cela une fin très convenue, avec un ultime sauvetage qui n'est pas le moins invraisemblable de tous. C'est dommage, parce que le spectacle de la première moitié du film m'avait beaucoup plu.

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dimanche, 07 juin 2015

Citizenfour

   C'est l'un des noms de code d'Edward Snowden, cet ingénieur informaticien américain qui a dénoncé l'espionnage industriel pratiqué par la NSA par l'intermédiaire des moyens de communication numériques. Ce documentaire de Laura Poitras montre comment le scandale a éclaté. Il a été tourné de l'intérieur, au fur et à mesure que les premières révélations ont été publiées par la presse, en particulier The Guardian.

   Le début n'est pas des plus passionnants, d'un point de vue filmique. On entend la réalisatrice, en voix off, sur des images sans grand intérêt. Elle raconte comment elle a été amenée à rencontrer Snowden.

   Cela s'anime à partir du moment où l'on se trouve dans la chambre d'un hôtel de Hong Kong. Le "lanceur d'alerte" y dialogue avec la réalisatrice, mais surtout Glenn Greenwald et Ewen MacAskill, un de ses collègues chevronnés du Guardian.

   On se retrouve dans un film d'espionnage, avec un personnage principal calme, mais complètement paranoïaque, allant jusqu'à débrancher le téléphone filaire de la chambre. Il prend aussi d'infinies précautions pour qu'on ne puisse pas utiliser le film en cours de tournage contre lui et ses alliés. Pendant huit jours, d'un lundi à l'autre, l'action va être rythmée par les entretiens entre les membres du petit groupe et l'intervention progressive des médias de masse.

   Les péripéties sont plus nombreuses sur la fin, quand Snowden est identifié par les services états-uniens. Il arrive quelques bricoles à Greenwald et Laura Poitras est contrainte de s'installer à Berlin, pour éviter les tracasseries de son pays d'origine.

   A ceux qui ont suivi l'affaire, le film n'apprendra pas grand chose (sauf, à la fin, mais j'y reviens). Aux profanes, je conseille de lire un peu avant d'aller en salle. Même si Snowden se veut pédagogue quand il explique le système de captation des communications aux journalistes, il vaut mieux en savoir un peu au départ.

   Edward Snowden ne vient pas de nulle part. Bien entendu, on pense à Julian Assange (et à Bradley Manning, sans lequel il n'y aurait sans doute pas eu WikiLeaks). Des années auparavant, Gorge profonde avait joué un rôle semblable... et il semblerait que l'informaticien ait suscité des vocations. Après avoir quitté Hong Kong, il rencontre à nouveau Greenwald. Celui-ci lui apporte une nouvelle "matière", qu'il lui communique avec du bon vieux papier et un stylo, histoire d'échapper à une caméra certes amie mais trop invasive.

   On finit par comprendre que l'Allemagne (dont les services se sont montrés extrêmement coopératifs avec la NSA) serait le centre névralgique des frappes de drones. Il est aussi question d'un pays dont la population entière serait l'objet d'une surveillance des communications. D'après Rue89, ce seraient les Bahamas... mais le système s'est déjà étendu à d'autres.

   Je suis sorti de là partagé. D'abord ravi de l'ingéniosité et du civisme des lanceurs d'alerte. Ensuite consterné par cette épidémie d'espionnite qui touche beaucoup trop de gouvernements.

vendredi, 05 juin 2015

Les Terrasses

   Merzak Allouache est l'un des cinéastes les plus intéressants du monde arabe. Après Le Repenti, il nous livre une photographie d'Alger vue des toits, plus précisément des toits-terrasses, caractéristiques de la région et de la ville. Il en a choisi cinq (situés à Bab El Oued, la Casbah, Notre-Dame d'Afrique, Belcourt, Telemly) où se déroulent cinq histoires en apparence indépendantes les unes des autres, mais toutes le même jour, d'une aube à l'autre.

   L'habileté du scénario est de ne pas tout nous dire dès le début. On se pose des questions sur les différents usagers des terrasses. C'est aussi l'occasion d'apprécier la beauté de certains plans. La lumière est superbe et les vues d'Alger souvent étonnantes.

   A Bab El Oued, quartier populaire, une mère occupe illégalement avec ses deux enfants adultes une partie du toit. La fille semble un peu dérangée et le fils est sur le point de mal tourner. Par dessus le marché, le propriétaire de l'immeuble s'est mis en tête de les expulser. Police et justice finissent par intervenir dans cette histoire sociale.

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   Dans la Casbah, on découvre un groupe de jeunes musiciens. A première vue, ils pourraient nous faire penser à ceux qu'on rencontre en France (et ailleurs). Mais le contexte algérien pèse sur les relations entre les personnages... sans compter qu'une autre terrasse, proche, va jouer un rôle dans leur histoire. Ici, c'est de la situation des femmes qu'il est surtout question.

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   La violence est immédiatement plus grande à Notre-Dame d'Afrique, ancien quartier colonial où se développe la spéculation immobilière. Deux groupes qui n'auraient jamais dû se rencontrer vont se télescoper. L'un d'entre eux est composé d'une équipe de télévision. La "patronne" a l'air moderne mais l'on comprend assez vite qu'elle a un projet derrière la tête : montrer qu'Alger est la perle du monde arabo-musulman... à tel point qu'elle en nie sa part d'identité chrétienne et juive. Notons que les vues de la baie d'Alger sont superbes.

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   A Belcourt et Telemly, on retombe dans le drame social, avec des nuances. L'une des terrasses est occupée par un vieil homme enfermé dans une cabane. Il semble avoir perdu la tête mais l'on finit par comprendre qu'il sait sans doute des choses qui dérangent. Seule une petite fille vient lui rendre visite. Mais le propriétaire des lieux ne tolère la présence du vieillard que parce qu'elle lui permet d'utiliser le toit à d'autres activités...

   Enfin, pas très loin de là, c'est la grande affluence sur la dernière terrasse. L'occupant permanent est aussi un squatteur, du genre à mener ses petits trafics au vu et au su de tous. C'est aussi le lieu qu'a choisi un boxeur pour s'entraîner... et un imam pour "conseiller" (à sa manière) une épouse intégralement voilée. C'est enfin l'endroit où va se dérouler une fête de mariage bourgeois, signe que les toits sont désormais extrêmement convoités. Cela se termine en nocturne, sur une très belle musique.

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   On peut y ajouter les chants religieux. L'action du film est rythmée par les appels à la prière. Il n'est pas nécessaire d'être un pieux musulman pour être touché par leur beauté.

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mercredi, 03 juin 2015

Histoire de Judas

   Rabah Ameur-Zaïmeche aime les sujets borderline. Après la bande de Mandrin, voici qu'il s'attaque au duo formé selon lui par Jésus et Judas Iscariote (qu'il incarne d'ailleurs dans le film). Il s'inspire bien entendu des évangiles canoniques, qu'il interprète à sa façon, mais aussi d'un texte non reconnu par l'Eglise catholique, l'Evangile de Judas, qui semble avoir connu un certain succès dans les premiers siècles du christianisme, bien que rejeté par l'Eglise officielle.

   Autre particularité de ce film : il a été tourné avec des acteurs musulmans, en Algérie, mais en pays berbère, qui fut longtemps marqué par la culture juive (un aspect aujourd'hui méconnu dans le monde arabo-musulman).

   A l'écran, lorsque l'action se déroule en pleine campagne, on est porté par la beauté des paysages. Les scènes d'intérieur, durant lesquelles le réalisateur s'est plu à jouer sur les ombres et lumières, sont de beaux moments de théâtre. Néanmoins, parfois, on sent que le film a été tourné avec des bouts de ficelle, notamment lors de l'épisode des marchands du Temple. Ameur-Zaïmeche a beau placer habilement sa caméra, on se rend parfaitement compte que les personnages se trouvent plutôt devant une bicoque qu'à l'entrée d'un important lieu de culte.

   D'autres "passages obligés" sont portés à l'écran, comme l'onction de Béthanie (décrite dans trois des quatre évangiles), la "trahison" de Judas ou encore la rencontre de la femme adultère, une anecdote qui, par contre, ne figure que dans le plus récent des évangiles, celui selon Jean. (Dans deux des synoptiques, on peut reconnaître la tradition qui a donné naissance à l'histoire racontée par Jean : il y est question de la répudiation d'une épouse.)

   Le réalisateur se lance aussi dans une tentative d'explication des similitudes des évangiles synoptiques (Marc, Matthieu et Luc). Des chercheurs sont arrivés à la conclusion qu'il a sans doute existé une source primitive, dit source Q, qui pourrait être un proto-évangile, écrit du vivant même de Jésus ou juste après sa mort (soit bien avant les évangiles canoniques, qui datent des années 60-90). Le scénario fait donc intervenir un mystérieux scribe, qui va susciter la curiosité de Judas, présenté comme un disciple particulièrement vigilant.

   C'est là que le film choisit le texte gnostique (l'Evangile de Judas) plutôt que la "version officielle", qui fait de Judas un traître aux motivations louches. Marc et Matthieu évoquent l'appât du gain, tandis que Luc fait intervenir Satan, qui se serait emparé du bon disciple. Jean marie les deux thèses, Judas étant décrit comme un voleur dans l'épisode de l'onction de Béthanie, tandis qu'au moment de sa trahison (ici, lors de la Cène), l'intervention satanique est introduite. Pour l'Eglise catholique primitive, il fallait trouver une explication plausible à la trahison, qui avait mené à l'arrestation puis l'exécution de Jésus.

   L'Evangile de Judas (et le film de Rabah Ameur-Zaïmeche) va plus loin, faisant du supposé traître le meilleur disciple de Jésus, celui par lequel la volonté divine va le mieux se réaliser.

   Cela donne un film inclassable, qui invite à (re)lire les textes fondateurs du christianisme.

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jeudi, 28 mai 2015

Mad Max : Fury Road

   George Miller relance le film post-apocalyptique, avec en têtes d'affiche Tom Hardy (vu récemment dans Enfant 44 et Quand vient la nuit) et Charlize Theron (qui m'avait jadis agréablement surpris dans Dans la vallée d'Elah). Le premier nous livre une nouvelle variante du beau ténébreux au regard de braise... va falloir changer un peu de registre, mon gars ! La seconde étonne (et séduit) dans un rôle qui aurait pu convenir à la jeune Sigourney Weaver.

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   De toute façon, même si les acteurs sont bons, c'est d'abord un film de mise en scène. L'histoire est construite autour de séquences d'action très spectaculaires, qu'il a fallu relier entre elles. Mission accomplie pour les scénaristes : à l'écran, l'intrigue tient la route et l'on n'a pas l'impression qu'on déroule la pellicule entre deux moments marquants.

   Ceux-ci sont vraiment très bien réalisés. C'est du film d'action haut-de-gamme, qui allie la rigueur de la construction des plans à des cascades véritablement chorégraphiées, le tout parachevé par des effets spéciaux qui déchirent sans être ostentatoires.

   On est pris à la gorge avec la seconde séquence, celle de la tentative de fuite du héros. Mais c'est la première attaque du camion-forteresse qui est à couper le souffle. Cerise sur le gâteau : on a soigné la photographie. Sans surprise, on se retrouve avec de beaux plans jaunes-ocres du désert (namibien, sud-africain ou australien)... mais aussi avec d'inattendues scènes crépusculaires ou nocturnes, bleutées, magnifiques. Et que dire de la séquence dans la tempête !

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   La première heure passe donc comme un rêve. La seconde réserve quelques surprises. On en apprend davantage sur les principaux personnages... et l'on fait la rencontre d'un étrange groupe d'amazones. Suite à cela, l'action-adrénaline est de retour, pour ne plus nous lâcher presque jusqu'à la fin.

   C'est donc pour moi un très bon divertissement qui, accessoirement, dit quelques petites choses sur le comportement humain... et qui accorde aux femmes une place inhabituellement importante dans les films de ce genre.

   PS

   Ceux qui tendent l'oreille reconnaîtront le thème principal, qui ressemble beaucoup à l'un des airs de la bande originale de 300 - La Naissance d'un empire... et pour cause : Junkie XL a oeuvré pour les deux films.

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dimanche, 24 mai 2015

La Loi du marché

   Vincent Lindon vient de remporter (à raison) le prix d'interprétation au Festival de Cannes, pour son rôle dans ce film très dur, mais en prise sur notre époque. En le voyant, on ne peut pas ne pas penser au très récent Jamais de la vie, de Pierre Jolivet, où se distingue un autre acteur formidable, Olivier Gourmet.

   Les deux longs-métrages se ressemblent pour leur aspect sociétal et le tournage en zone commerciale. Mais le film de Jolivet est d'abord un polar, assez stylisé dans la forme, alors que le film de Stéphane Brizé est une oeuvre militante, à caractère documentaire, qui louche du côté des frères Dardenne.

   Ceux qui ne connaissent pas découvriront l'ambiance de réunions de chômeurs demandeurs d'emploi, l'organisation interne d'une grande surface, les rendez-vous avec la conseillère financière ou encore le directeur d'un centre éducatif spécialisé. Voilà pour le cadre.

   Autant le dire tout de suite : voir La loi du marché n'est pas de tout repos... alors qu'il n'y a aucune scène d'agression physique. C'est la grande force de la mise en scène que de suggérer la violence sociale à partir de scènes en apparence anodines. (L'une des plus marquantes ne joue qu'un rôle annexe dans l'intrigue : il s'agit de la négociation autour de la vente d'un mobile home. On y sent une énorme tension, entre le premier couple, qui doit vendre mais ne veut pas se faire arnaquer, et les acheteurs, en meilleure situation financière... mais qui n'ont pas l'intention de faire le moindre cadeau aux vendeurs.)

   Je trouve quand même qu'on a un peu chargé la barque au niveau du duo de héros : Karine de Mirbeck et Vincent Lindon (qu'on a vu récemment dans Le Journal d'une femme de chambre) incarnent un couple de la petite classe moyenne, dont l'époux se retrouve au chômage et qui élève un garçon handicapé. Celui-ci souffre de troubles moteurs : il est intelligent mais, au quotidien, il faut l'aider à se laver, s'habiller, se nourrir... et sans doute aussi à faire ses besoins. (Seules les trois premières activités sont montrées à l'écran.)

   Je pense avoir compris pourquoi le scénario est aussi appuyé. Cela sert la démonstration. Au fur et à mesure que l'histoire se déroule, on se rend compte que ce n'est pas le handicap physique qui est le plus pénible dans la vie quotidienne, mais le handicap social. La perte de l'emploi, le déclassement, la peur du lendemain, le stress intense dans le nouvel emploi sont bien plus difficiles à supporter que la situation du gamin. Dans son cas, l'attention et l'amour aident beaucoup. Dans le monde du travail, c'est de plus en plus chacun pour soi.

   Les scènes en rapport avec celui-ci sont de deux types. Soit ce sont des dialogues extrêmement bien écrits, qui mettent à jour en général une situation de crise, soit ce sont des déambulations ou des visions, qui montrent (indirectement) les sentiments des personnages. (A ceux qui détestent la caméra à l'épaule, je recommande de ne pas trop manger avant la séance.)

   Vincent Lindon est épatant en ancien ouvrier pas content de Pôle Emploi, ou en désaccord avec l'ancien délégué syndical. Dans d'autres scènes, il n'a pas besoin de mots pour faire passer le message. C'est notamment le cas lorsqu'il est filmé de dos, à l'hypermarché. La caméra, mouvante, aide beaucoup, tout comme les acteurs dans les rôles secondaires. On a choisi des personnes aux physiques assez ordinaires pour incarner des caissières, des vigiles, des clients (jeunes ou vieux).

   Cela m'a fait aussi penser à Discount, sauf qu'ici, il n'y a guère d'espoir, pas d'utopie et qu'on se dirige droit vers un drame, mais qui ne sera pas celui qu'on croit. Le réalisateur nous prend au ventre sans nous avoir rien montré. C'est très fort, mais d'un pessimisme total sur la société française actuelle.

20:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 21 mai 2015

Good Kill

   L'expression, que l'on peut traduire par "Bon boulot", est utilisée quand le pilote d'un drone parvient à mettre hors d'état de nuire la cible qui lui a été désignée. Encore que... les spectateurs attentifs noteront que la formule n'est pas utilisée à la fin de chaque "mission"... parce qu'il en est certaines dont les protagonistes ne sont pas très fiers.

   C'est l'un des intérêts de ce film : nous montrer les questionnements des militaires qui participent aux assassinats (plus ou moins) ciblés, confortablement installés dans un conteneur climatisé en plein Nevada, loin, très loin de leurs cibles. Andrew Niccol (auteur, il y a quelques années, de Time Out) réussit une nouvelle fois son coup : susciter l'étrangeté en faisant se télescoper vie quotidienne et technologie (ici militaire).

   Il met pourtant en scène une véritable coupure entre le monde de l'armée et la vie civile. Du côté des militaires, une grande variété de tempéraments et d'opinions est représentée. Les acteurs sont bons... mais je trouve que la tête d'affiche Ethan Hawke en fait un peu trop dans le genre mec-travaillé-par-sa-conscience-qui-picole-pour-oublier-sans-pouvoir-en-parler-à-personne.

   Je dois reconnaître qu'il est très bien entouré : sa compagne est incarnée par January Jones (qu'on a pu voir récemment dans l'excellent Sherif Jackson), qui fait ce qu'elle peut, mais on se demande vraiment à quoi son personnage occupe ses journées et pourquoi elle s'est entichée de l'abruti d'aviateur qui fait office de mari. Bref, la crise de couple ne m'a pas convaincu.

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   Comme les scénaristes ont l'esprit foncièrement malsain, ils balancent entre les pattes du héros une nouvelle collègue, jeune bien roulée et pleine d'illusions. Au départ, on ne se méfie pas (en fait, moi si, parce que j'avais reconnu la donzelle). Mais, bon, sanglée dans son sac à patates magnifique uniforme, Zoë Kravitz ne semblait pas de prime abord particulièrement impressionnante :

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      Le regard de ses collègues va changer au cours d'une soirée, où elle se rend dans une tenue beaucoup moins protocolaire, à tel point que l'on pourrait avoir l'impression qu'il ne s'agit pas de la même personne. Je laisse aux mâles hétérosexuels le plaisir de découvrir la scène... mais voici de quoi les appâter :

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   Quand le regard se fait moins libidineux, on peut s'intéresser à la réalisation. Franchement, elle est brillante. Tout d'abord, on a vraiment l'impression que les personnages principaux pilotent des drones à distance. En réalité, les scènes se déroulant au sol (et vues du ciel) ont sans doute été tournées avant celles du conteneur, selon un plan précis. A charge ensuite aux acteurs assis dans la grosse boîte de faire comme s'ils étaient la cause des événements visibles sur leurs écrans.

   L'autre univers autour duquel tourne l'histoire est aussi méthodiquement mis en scène. Il est même parfois lui aussi filmé du dessus. Il s'agit d'une cité-dortoir de banlieue, bon chic bon genre. Derrière la façade rutilante se cachent des existences vides, où un sinistre barbecue entre voisins constitue l'événement du siècle.

   Il y a paradoxalement plus de vie dans ces contrées d'Afghanistan, du Yémen ou de Somalie, pourtant durement frappées par la misère, la guerre voire tout simplement la violence machiste. Ce n'est pas dans les scènes de potes ou de famille que l'on vibre le plus, mais lors des missions, pourtant parfois anecdotiques : il peut ne s'agir que d'observer la vie quotidienne de gens sans histoire ou bien d'assurer une veille protectrice pour des troupes au sol au repos.

   D'un point de vue idéologique, le film se veut critique du recours de plus en plus fréquent aux drones : aux dégâts "collatéraux" subis par les populations du Moyen-Orient s'ajoute la déstabilisation de la vie affective des "opérateurs". On n'est toutefois pas obligé d'adhérer à la façon manichéenne dont les agences sont représentées : le Pentagone apparaît comme un modèle de rigueur et de vertu, face à la CIA, chargée de tous les maux.

   PS

   Pas besoin de chercher très loin pour trouver un exemple de "bavure" américaine : le mois dernier, c'est un tir de drone qui a provoqué la mort de deux otages occidentaux, au Pakistan.

jeudi, 14 mai 2015

Les 101 Dalmatiens

   Ce classique du film d'animation bénéficie actuellement d'une ressortie en salles, dans le cadre du programme "Disney Heritage". En province, récemment, on a ainsi pu (re)voir Pinocchio et Le Roi Lion. Le truc est d'avoir un bambin sous la main qui n'ait pas déjà maté trois fois le film en DVD.

   Dès le départ, on est cueilli par un superbe générique, une animation en construction, sur fond de musique jazzy. L'histoire commence ensuite à nous être contée, par un narrateur dont on va assez rapidement découvrir la véritable identité.

   C'est souvent drôle, en particulier quand le héros, Pongo, se met en quête d'une compagne pour son maître... et pour lui. Plusieurs candidates s'offrent à ses yeux... et c'est fou comme chaque chienne ressemble à sa maîtresse ! (A moins que ce ne soit l'inverse...) La naissance et les premiers pas des chiots sont d'autres sources de gag, même si c'est d'abord sur le mode tendresse qu'ont été écrites ces séquences. 

   Si l'animation a un peu vieilli au niveau des décors, elle reste en revanche impressionnante de fluidité au niveau des personnages canins. Leurs évolutions sont l'un des principaux intérêts de l'histoire. Notons que les défauts de certains d'entre eux font rebondir l'histoire : le gourmand comme le fan de télévision vont mettre en péril toute la portée... et même au-delà, puisque les quinze petits de Perdita et Pongo vont rencontrer 84 autres dalmatiens ! Les chiots étant un substitut des enfants humains, il convient de saluer la prescience des scénaristes, qui, dès le début des années 1960, avaient compris quels allaient être certains des fléaux de la jeunesse : l'obésité et la fascination pour les écrans.

   Les méchants sont bien campés, de manière toutefois très stéréotypée : ils sont laids (y compris dans la fiction télévisée), alors que les gentils sont plutôt beaux. Le personnage le plus gratiné est sans conteste Cruella, ultra-maquillée, fumeuse, criarde, klaxonneuse et surtout amatrice de fourrures authentiques.

   L'ensemble est bon enfant, un peu naïf mais, franchement, j'ai passé un bon moment.

19:19 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films