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vendredi, 27 janvier 2017

Une ministre qui manque de lettres

   Ce n'est qu'aujourd'hui (en lisant le dernier numéro de L'Hebdo) que j'ai pris connaissance de l'anecdote : en visite à l'école de gendarmerie de Tulle (le 13 janvier dernier), la ministre de l'Education nationale Najat Vallaud-Belkacem a laissé un petit mot sur le livre d'or... avec quelques fautes de français, que le quotidien Le Figaro s'est fait un plaisir de relever. Le document d'origine est visible sur le site de France 3 Limousin :

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   On va me dire : ce n'est pas grave, ce sont juste quelques erreurs d'étourderie ; concentrons-nous sur le fond plutôt que sur la forme. Voilà qui ne manque pas de pertinence... sauf que... la ministre semble coutumière du fait. Ainsi, Le Figaro (toujours lui) rappelle qu'on peut trouver ce genre de "bourdes" jusque sur le site internet de la ministre. Curieux, je suis allé y jeter un oeil... pour constater que les erreurs n'ont pas été corrigées (on pourrait aussi gloser sur l'emploi immodéré des majuscules) :

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   C'est tout de même la page de présentation de la ministre, qui (elle ou un-e quelconque employé-e) aurait pu faire l'effort de la rectifier. Ceci dit, après avoir consulté plusieurs billets publiés sur le site, je dois reconnaître que l'expression est en général de qualité irréprochable. D'autres que moi (un peu obsessionnels, peut-être... sont-ils aussi vigilants quant à la qualité de l'expression écrite des politiques qui ne sont pas issus de l'immigration ?) ont épluché le compte Facebook de la ministre... Faut vraiment avoir du temps à perdre... De mon côté, plus que l'orthographe de Mme Vallaud-Belkacem, c'est la teneur de certains commentaires à ses billets qui m'a fait bondir. En voici un exemple :

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   Comme vous l'avez sans doute deviné, le commentaire négationniste (qui pourrait valoir des poursuites à son auteure) a été "écrit" en réaction (je trouve que le terme est bien choisi) à un billet sur la journée de la mémoire des génocides. A ce propos, il serait bon quelqu'un signale à la ministre qu'elle devrait arrêter d'employer le mot "Holocauste", qui prête à confusion.

   Mais revenons à nos moutons. On attend de la ministre de l'Education qu'elle donne l'exemple. Trop de jeunes arrivent sur le marché du travail sans savoir rédiger la moindre phrase anodine sans faute. La récente volonté de la ministre d'appliquer une ancienne réforme de l'orthographe, dont presque plus personne ne voulait, réveille le soupçon de nivellement par le bas, qui a pesé sur tant de ses prédécesseurs...

mardi, 24 janvier 2017

Un Sac de billes

   C'est Christian Duguay (auteur récemment de l'inégal Belle et Sébastien : l'aventure continue) qui s'est chargé de cette deuxième adaptation du récit autobiographique de Joseph Joffo. Il s'est appuyé sur une distribution de luxe, les parents du gamin étant interprétés par Patrick Bruel et Elsa Zylberstein (tous deux très bien). De plus, au détour d'une scène, on croise Christian Clavier (en médecin patelin) et surtout Bernard Campan, excellent en libraire pétainiste.

   Mais la meilleure surprise fut pour moi la prestation de Kev Adams, surprenant en résistant juif. Le concernant, on sera attentif au dialogue qu'il entretient avec un officier SS, auquel il finit par lâcher : "Je suis juif... et je t'emmerde !" Je pense que, dans ce cas comme à quelques autres occasions dans le film, les situations ou les dialogues, qui s'écartent parfois un peu de l'oeuvre d'origine, répondent à des problématiques contemporaines.

   La première partie de l'histoire est assez emballante. Le film reprend la fameuse scène des clients allemands du coiffeur parisien, l'image lui donnant une tension supplémentaire par rapport au papier. Mais le plus marquant des moments est sans conteste cette soirée au cours de laquelle le père, naguère très fier de sa judéité, donne à ses fils une leçon qu'ils ne sont pas prêts d'oublier...

   Peut-être est-ce dû à mon grand âge, mais j'ai davantage apprécié les scènes faisant intervenir les adultes... peut-être tout simplement parce qu'ils jouent mieux que les enfants... surtout mieux que celui qui incarne le héros, à qui j'ai eu plus d'une fois envie de coller des gifles. Il n'y a pas que son jeu qui m'a agacé. Son personnage n'évolue quasiment pas. Il est trop souvent dans la chialerie, alors que le livre de Joffo montre bien qu'il s'est petit à petit endurci, qu'il a beaucoup mûri et, surtout, qu'il est devenu très débrouillard (tout comme son aîné d'ailleurs). Autant de choses qui sont mal rendues dans le film.

   Il reste plusieurs très jolis moments à savourer, comme ce morceau de violon en pleine cavale, ou les éructations du libraire antisémite devant son jeune protégé, qu'il prend soin d'emmener à l'église... Je suis donc sorti de là partagé. Le film est tout à fait visible et contient de très bonnes scènes, mais il est gâté par certains défauts. On pourrait aussi regretter que, par rapport au livre, il ait passé sous silence trop d'épisodes marquants (je pense notamment aux rencontres de paysans).

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   P.S.

   La déportation des juifs de Nice fut l'oeuvre notamment d'Aloïs Brunner, une des pires crapules auxquelles le IIIe Reich ait offert une carrière inespérée. On a récemment entendu à nouveau parler de lui. Une enquête publiée dans le magazine XXI affirme qu'il serait mort en 2001, dans les geôles syriennes, après avoir beaucoup servi le père de Bachar el-Assad.

dimanche, 22 janvier 2017

Basculements démographiques

   Les médias se sont récemment fait l'écho des derniers résultats du recensement partiel de la population française, qui aboutissent aux populations légales 2014. (Il y a trois ans de décalage entre la publication des estimations et la référence des données.)

   Au niveau national, on a souligné le fait que la population de la France continue d'augmenter et qu'elle dépasse désormais les 67 millions d'individus. Au niveau régional, on a mis en valeur le dynamisme de la région Midi-Languedoc. Au niveau départemental, on s'est félicité que l'Aveyron ait enrayé son déclin démographique, même si l'augmentation est une des plus faibles du pays.

   Quand on regarde le détail des résultats, on s'aperçoit que les évolutions sont très contrastées en Rouergue. L'essentiel du dynamisme repose sur l'aire urbaine de Rodez, la commune chef-lieu exclue... ou pas ? En fait, quand on compare les données chiffrées les plus récentes (celles fournies en 2016 et 2017, pour les années 2013 et 2014), on constate que, quel que soit le critère retenu (la population municipale ou la population totale), Rodez a regagné des habitants (un peu moins de 400 en terme de population totale, un peu plus de 340 en terme de population municipale), y compris par rapport aux années précédentes. Certes, ce n'est pas une augmentation fulgurante, mais cela ressemble quand même à un retournement de tendance.

   Là n'est pas toutefois la principale information contenue dans les récentes publications. La hiérarchie des villes aveyronnaises a été modifiée. Ainsi, Onet-le-Château peut désormais prétendre à la place de troisième commune aveyronnaise, sa population municipale (11 837 habitants) ayant dépassé celle de Villefranche-de-Rouergue (11 822 habitants). Cependant, au niveau de la population totale, cette dernière reste troisième (12 592 contre 12 406).

   Le basculement est plus prononcé dans un autre cas. Derrière Rodez, Millau, Villefranche, Onet et Saint-Affrique, Luc-La-Primaube a subtilisé la sixième place à Decazeville : 6 084 contre 5 899 habitants (en population totale), 5 898 contre 5 686 (en population municipale).

samedi, 21 janvier 2017

Julieta

   Séance de rattrapage cette semaine, grâce au Festival Télérama, qui permet de (re)voir certains des films art et essai qui ont marqué l'année dernière. Dans la liste, je me permets de recommander Elle (ne serait-ce que pour Isabelle Huppert), Café Society (un bon Woody Allen), Frantz (malgré Pierre Minet), Midnight Special (inclassable), Ma Vie de courgette (une animation audacieuse sur le fond). Pour la beauté des images (et pour 3,5 euros), on peut aussi éventuellement tenter La Tortue rouge.

   L'auteur de ces lignes fut un fan de Pedro Almodovar, jusqu'au milieu des années 1990. J'aimais son côté déjanté, un peu obsédé sexuel, hein, et je trouvais qu'il savait choisir ses actrices. Ce dernier point n'a pas changé, mais, depuis vingt ans, le cinéaste a pris du bide et semble bander mou. Voilà pourquoi je n'étais pas allé voir Julieta à sa sortie. Concernant Almodovar, je m'étais arrêté définitivement à Volver.

   Nous voilà en présence d'un mélo, dont les personnages principaux sont des femmes, en particulier l'une d'entre elles, dont le prénom a donné son titre au film. Elle est incarnée par deux actrices, à deux époques différentes. Celle qui nous guide dans l'histoire a plus de quarante ans. A l'aise financièrement, elle s'apprête à quitter l'Espagne pour partir vivre au Portugal avec son nouveau compagnon, qu'elle a rencontré dans sa "deuxième vie". Mais, soudain, la première va ressurgir.

   On la découvre par l'entremise du journal intime que l'héroïne se décide à écrire, en forme de lettre à sa fille qu'elle a tant aimée et qu'elle n'a pas revue depuis plus de dix ans. Les retours en arrière nous font découvrir les débuts de vie d'adulte, avec la séquence marquante du train, puis le séjour en bord de mer. C'est là que tout s'est joué. Les actrices sont épatantes. On retrouve même avec plaisir Rossy de Palma, dans un second rôle piquant voire inquiétant...

   Le problème est que c'est cousu de fil blanc. N'importe quel spectateur doté de quelques neurones comprend la véritable raison de la séparation de la fille et de la mère. Les rares péripéties de l'intrigue sont quand même téléphonées (du compagnon pécheur qui prend la mer en pleine tempête à la gamine qui s'éloigne soi-disant pour vivre une retraite spirituelle). Il reste heureusement le savoir-faire d'Almodovar, qui joue avec nous dès la première image, intrigante. Cela donne un film plaisant, sentimental dans le bon sens du terme, mais loin des chefs-d'oeuvre qu'il a réalisés auparavant.

20:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 20 janvier 2017

Une claque pour un gymnase

   C'est un peu la conclusion que l'on peut tirer de la lecture d'une tribune publiée dans le dernier numéro du Bulletin d'Espalion, qui consacre une page entière à la récente élection du président de la nouvelle communauté de communes Comtal-Lot-Truyère, qui s'est déroulée il y a à peine plus d'une semaine.

   Cette tribune est signée Jean-Noël Ruffat, conseiller municipal d'opposition, élu en 2014 sur une liste de sympathisants de l'ancien maire Gilbert Cayron ("Espalion dans l'action"). Que peut-on y lire ? Que le vote du maire d'Espalion et de ses proches aurait fait basculer le scrutin, permettant à Jean-Michel Lalle de damner le pion à Jean-Claude Anglars. Or, il se trouve qu'Eric Picard (le maire d'Espalion) est aussi le suppléant d'un conseiller départemental élu en 2015... Jean-Claude Anglars ! Comment expliquer ce revirement ?

   D'après Jean-Noël Ruffat, le choix de l'emplacement où devait être construit un nouveau gymnase a été déterminant dans cette querelle. L'ancien maire d'Espalion Gilbert Cayron (dont J-N Ruffat a été l'adjoint de 2008 à 2014) avait envisagé de l'installer dans la partie basse de la commune, à proximité d'un axe structurant, rendant son accès aisé. Arrivé à la tête d'Espalion en 2014, Eric Picard s'est empressé de modifier le projet, pour tenter d'implanter ledit gymnase tout en haut de la commune, sur le plateau de la gare, un endroit souvent encombré auquel, de surcroît, l'accès n'est pas aisé. On évoquait aussi les risques que les travaux d'aménagement pourraient faire courir à certaines rues environnantes.

   Le maire d'Espalion a dû finalement manger son chapeau. A la bronca d'une partie des habitants (dont Jean-Noël Ruffat) s'est ajouté le lâchage par la communauté des communes Espalion-Estaing, présidée par... Jean-Claude Anglars. Qui a dit que la vengeance est un plat qui se mange froid ?

   Au passage, signalons que, dans l'article adjacent qui raconte la soirée qui a vu Jean-Michel Lalle triompher de J-C Anglars, la photographie d'illustration montre les deux principaux protagonistes presque au même moment que celle parue dans la version papier de Centre Presse.

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   Toutefois, sur celle publiée par le Bulletin, le vaincu du jour ne fait pas la gueule. Etonnant, non ?

jeudi, 19 janvier 2017

The Birth of a Nation

   Ce biopic rend hommage, d'une certaine manière, à Nat Turner, un esclave noir américain qui s'est révolté en 1831, dans l'Etat de Virginie. Derrière et devant la caméra, l'acteur-réalisateur Nate Parker a tenté de concilier film militant et production hollywoodienne.

   Pour cela, il a réuni une brochette de comédiens très convaincants, les méchants comme les gentils. Au niveau de la mise en scène, on remarque la volonté d'appuyer là où ça fait mal, sur les nombreuses (et diverses) violences dont les esclaves ont été victimes. Impressionnante est la scène au cours de laquelle un red neck esclavagiste casse les dents de l'une des ses "propriétés", calmement,  à coups de marteau. Le metteur en scène n'a toutefois pas osé aller "trop" loin : les viols ne sont que suggérés. On en perçoit toutefois parfaitement les conséquences, grâce au talent des actrices.

   La réalisation est assez scolaire et, à ce que j'ai pu en juger, s'inspire de prestigieux précédents. Ainsi, l'inévitable scène du fouet n'est pas sans rappeler ce que l'on voit dans 12 Years a Slave... mais en moins bien. Vers la fin, la bagarre de rue qui oppose esclaves révoltés et milice esclavagiste est un évident décalque du magnifique début de Gangs of New York... sans le talent de Scorsese. Enfin, l'esprit de révolte est bien mieux mis en scène dans l'excellent Django unchained du non moins excellent Quentin Tarantino.

   A part cela, c'est du cinéma très correct, mais qui souffre de la comparaison avec d'autres productions, assez récentes et bien meilleures. De surcroît, je soupçonne les scénaristes d'avoir un peu (beaucoup) "tordu" la réalité historique pour servir leur propos (fort louable), à savoir la dénonciation de l'exploitation de l'homme par l'homme. C'est l'impression que j'ai eue après avoir lu  Confessions de Nat Turner, un excellent petit livre, publié aux éditions Allia (qui ont eu l'intelligence d'en mettre un extrait en ligne).

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   Encadré par une présentation et une mise en perspective, on trouve le récit du rebelle, mis par écrit par son avocat juste avant son exécution. On en regrette davantage le film auquel cela aurait pu donner naissance.

dimanche, 15 janvier 2017

Un détail révélateur

   J'aime bien les séries policières, surtout quand elles comportent une touche d'humour. Dans le genre, depuis une dizaine d'années, je trouve que c'est NCIS (la série d'origine, pas les pâles copies qui sont sorties ensuite) qui réussit le mieux. Mais, depuis quelques années, je prends plaisir à regarder Meurtres au paradis, une coproduction franco-britannique tournée en Guadeloupe (et en anglais). Signe que j'aime cette série : j'apprécie d'en revoir des épisodes, de temps à autre.

   Ce fut le cas récemment, la chaîne France Ô rediffusant la saison 1, à l'époque où officiait le plus attachant des duos d'enquêteurs, composé du britishissime Ben Stiller et de la piquante Sara Martins (qu'on a pu voir récemment dans un épisode de Cherif).

   La vision successive des épisodes 5 et 6 (L'Ange gardien et Dernière plongée) a été l'occasion d'une découverte, grâce à un détail que je n'avais jamais remarqué auparavant :

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   Cette capture d'écran a été effectuée au début de l'épisode 5. On y voit l'inspecteur nettoyer le tableau blanc dont il se sert pour synthétiser les éléments d'une enquête en cours. Pour lancer la nouvelle, il enlève les éléments de la précédente.

   Or, ce qui est écrit sur le tableau blanc correspond aux éléments de l'épisode suivant, au cours duquel un plongeur, nommé Benjamin Lightfoot, est retrouvé mort noyé. A un moment de l'enquête, les policiers vont s'intéresser à un plaisancier, qui se fait appeler Danny Barba (Fernandez de son vrai nom).

   Voilà qui tend à prouver une chose : soit les épisodes ne sont pas tournés dans l'ordre, soit l'ordre de diffusion des épisodes a été modifié après leur tournage.

samedi, 14 janvier 2017

La cathédrale de Rodez sur France 3

   Elle est apparue dans l'un des reportages de l'émission Les Nouveaux Nomades, diffusée ce samedi sur la chaîne publique. C'est d'ailleurs le premier des quatre sujets du programme, annoncé par une lucarne dans laquelle on a bien pris soin de rappeler un détail crucial concernant l'édifice :

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   Rappelez-vous, il y a environ trois ans : la couleur de l'église avait fait le buzz, à cause de l'émission On va s'gêner, animée à l'époque par Laurent Ruquier (avant qu'il ne rejoigne RTL et ses "grosses têtes"). Au passage, la vue aérienne permet d'observer, par temps ensoleillé, le superbe jardin de l'évêché, que la plupart des Ruthénois ne voient jamais...

   Dans l'émission, notre guide est Dominique Vermorel, qui a créé l'entreprise du même nom, dont le siège se trouve à Salles-la-Source, tout près de l'aéroport. Je trouve d'ailleurs que le bâtiment est assez joli, en comparaison de ce que l'on peut voir le long de la route dès qu'on quitte Rodez :

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   Concernant la cathédrale, les plus belles images qui nous sont proposées sont, pour moi, outre les vues aériennes, les plans sur les gargouilles restaurées, certaines depuis quelques années.

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   Par contre, je ne pense pas qu'il faille se fier à son analyse étymologique du mot "clochard". Cela n'a rien à voir avec les cloches d'une église, mais plutôt avec un ancien verbe qui signifier boiter (ou un nom qui désigne quelqu'un d'incapable).

La Mécanique de l'ombre

   Ce polar hexagonal a puisé sa matière dans l'histoire politique récente de la France, en mêlant plusieurs époques, à ce qu'il m'a semblé. Ainsi, en toile de fond, on reconnaîtra des aspects aussi bien de la campagne présidentielle de 1988 (avec la libération des otages du Liban en jeu) que de la rivalité Chirac-Balladur de 1995 ou encore de l'ascension politique de Nicolas Sarkozy (puisqu'il est question d'argent libyen).

   Au coeur de l'intrigue se trouvent des écoutes téléphoniques, sans doute illégales. Mais le véritable mystère porte sur le(s) commanditaire(s), que l'on va mettre du temps à découvrir. Nous voilà donc embarqués aux côtés d'un homme ordinaire, cadre moyen qui se retrouve au chômage, en dépit de réelles qualités professionnelles. Cet homme bienveillant, méthodique, qui tente de surmonter sa dépendance à l'alcool et une séparation douloureuse est incarné avec beaucoup de retenue par l'excellent François Cluzet (déjà très bon dans le récent Médecin de campagne).

   Mais le film ne serait pas aussi prenant s'il n'était pas épaulé par une formidable batterie de seconds rôles. Parmi eux, qui distinguer ? Evidemment Denis Podalydès, froid et mystérieux. Mais aussi Simon Abkarian, étonnant en agent de terrain fougueux voire incontrôlable. Je n'oublie pas non plus Sami Bouajila, Philippe Resimont (un visage connu des amateurs de séries télévisées) et Alba Rohrwacher (que l'on a pu voir récemment dans L'Ami, François d'Assise et ses frères).

   L'autre bonne surprise de ce film est la qualité de la mise en scène. Thomas Kruithof est pour moi un illustre inconnu, mais il fait preuve d'un incontestable savoir-faire. Son principal talent est de savoir susciter le malaise et l'étrangeté autour de l'ambiance de barbouzes. On perçoit très bien la paranoïa qui gagne progressivement le personnage principal, qui va d'ailleurs beaucoup évoluer dans l'histoire. Notons que les scènes d'action comme les moments intimistes sont réussis.

   Le scénario est habilement construit. Il associe la vie quotidienne d'un homme qui tente de ne pas perdre pied à la mise en place d'un complot à visée politique. Assez austère sur la forme, le film n'en constitue pas moins une excellente surprise.

vendredi, 13 janvier 2017

Passengers

   Ces "passagers" sont les 5 000 personnes en hibernation sur un vaisseau spatial en route pour une lointaine colonie. Mais l'on va s'attacher au sort de deux d'entre eux (dans un premier temps), un électro-mécanicien (Chris Pratt, très musclé et très débrouillard) et une journaliste (Jennifer Lawrence, dont le corps -magnifique- a visiblement tapé dans l'oeil du metteur en scène...).

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   Autant le dire tout de suite : j'ai été passionné par ce film, alors que les deux acteurs principaux font partie des vedettes que j'estime "surcotées". Oh, ils ne jouent pas mal (heureusement !), mais leurs performances n'ont rien d'exceptionnel. (Pour moi, c'est Michael Sheen qui est le plus convaincant, dans le rôle d'un barman-androïde !)

   Par contre, derrière la caméra, il y a un type (Morten Tyldum, auquel on doit notamment Imitation Game) qui connaît son affaire. Ce que l'on voit à l'écran est un habile assemblage de décors futuristes très variés et de paysages numériques d'une beauté somptueuse. Dès le début, j'ai été cueilli par cette vision du vaisseau dans l'espace. Et que dire des deux "promenades en terrasse", au cours desquelles les héros profitent de la vue, en scaphandre ! On pourrait aussi parler des plans du réacteur, très réussis.

   Mais la scène la plus emballante est celle qui se déroule à l'occasion d'une des pertes de gravité. L'héroïne est alors en train de nager dans la piscine-hublot (une excellente trouvaille, soit dit en passant). La voilà piégée dans une gigantesque bulle d'eau, alors que tous les objets flottent dans la pièce ! Quand on n'a pas l'oeil rivé sur le maillot de bain (exquis) que porte J. Lawrence, on peut pleinement profiter du spectacle.

   Ceci dit, le scénario n'est pas d'une grande originalité. Si plusieurs mystères planent sur le vaisseau et son fonctionnement, l'intrigue suit un chemin assez linéaire. La première partie est assez surréaliste : on suit un homme (presque) seul dans une immensité technologique. Les plafonds ont beau être très hauts, c'est parfois étouffant. Puis commence une histoire d'amour un peu particulière, qui va connaître ses hauts et ses bas. Là-dessus se greffe un joli suspense. A un moment, j'ai pensé que l'on se rapprochait un peu trop de Mission to Mars.

   On nous ménage suffisamment de rebondissements pour que l'intérêt soit maintenu jusqu'à la fin, que j'ai toutefois trouvée décevante. Mais cela reste un très bon divertissement grand public (moins prise de tête que Premier Contact), à voir absolument sur (très) grand écran.

23:04 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 12 janvier 2017

Deuxième gifle pour Jean-Claude Anglars

   En a peine plus d'un mois, c'est la deuxième fois que le maire de Sébrazac, vice-président du Conseil départemental de l'Aveyron (et titulaire de bien d'autres fonctions) échoue à se faire désigner au poste qu'il convoite, alors qu'il est le favori.

   A la fin de novembre 2016, c'est le basculement d'une voix qui l'avait empêché de remporter l'investiture du centre et de la droite pour la prochaine élection du président du Conseil départemental, qui devrait avoir lieu mardi 24 janvier. Hier, pour l'élection du président de la nouvelle communauté de communes Comtal-Lot-Truyère, l'écart a été plus grand, puisque son adversaire du jour, Jean-Michel Lalle, l'a emporté par 24 voix contre 16, d'après Centre Presse.

   Pour comprendre le résultats de ce vote, il faut analyser la composition de cette nouvelle structure intercommunale, résultat de la fusion de trois communautés, celles d'Entraygues-sur-Truyère, d'Espalion-Estaing et de Bozouls-Comtal :

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   Cette fusion est une conséquence de la loi NOTRe, qui impose un seuil de 20 000 habitants, avec dérogation pour les territoires montagnards ou à faible densité. Dans le cas qui nous intéresse, la création de la communauté Comtal-Lot-Truyère est la conclusion d'un mouvement en plusieurs étapes, dont Jean-Claude Anglars comptait bien profiter.

   Sur la carte ci-dessus, j'ai entouré en jaune la communauté de communes d'Estaing, qu'il présidait. Elle a compté 4 puis 5 communes membres, avec l'arrivée du Nayrac, au début du XXIe siècle. Il y a un peu plus de deux ans, cet ensemble a fusionné avec les communes de l'Espalionnais et Campuac, isolée tout à l'ouest. Cette nouvelle communauté, baptisée Espalion-Estaing, regroupait un peu moins de 10 000 habitants, soit quasiment  autant que celles de Bozouls-Comtal (environ 7 500) et d'Entraygues (environ 2 500) réunies. Voilà qui posait son président J-C Anglars en favori pour mener la nouvelle structure. De surcroît, le vice-président du Conseil départemental de l'Aveyron, aussi président du pays du Haut-Rouergue, pensait pouvoir compter sur l'influence qu'il exerçait par ce biais.

   Mais, face à lui, il avait un vieux routier de la politique aveyronnaise, un de ses alliés du temps où il siégeait lui aussi au conseil général. La différence entre les deux est que le maire de Rodelle a lâché son mandat de conseiller, pour se concentrer sur ses mandats locaux. De plus, étant plus âgé que son collègue et rival, il a déjà fait valoir ses droits à la retraite. Il est donc totalement disponible pour la fonction, ce qui a pu faire pencher la balance de son côté.

   On ne peut pas non plus écarter l'hypothèse que le récent échec de J-C Anglars à la primaire départementale ait fait la preuve de sa perte d'influence.

   En tout cas, quelque chose me dit que le maire de Sébrazac n'a pas pris ce second échec avec philosophie. C'est en tout cas ce que l'on pouvait déduire de la photographie d'illustration publiée dans l'édition papier de l'article de Centre Presse : On voit clairement que J-C Anglars (qui se trouve à gauche) tire une tronche de dix kilomètres.

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   Curieusement, lorsque la version numérique a été mise en ligne, c'est une autre photographie qui a été choisie pour l'illustrer :

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   Etonnant, non ?

 

mercredi, 11 janvier 2017

Tintin colorisé

   Dans le petit monde de la bande dessinée, c'est l'événement de janvier 2017 : la sortie (pour la première fois) en couleurs du premier album dans lequel apparaît un jeune reporter appelé à devenir célèbre, Tintin au pays des Soviets.

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   Notons que l'oeuvre a été republiée sous deux formats, l'un classique, sans "bonus", mais doté d'une couverture originale (pour moins de 15 euros), l'autre, plus grand, présenté sous un titre légèrement modifié et augmenté d'une préface illustrée (le tout pour un peu plus de 30 euros). C'est cette seconde version que j'ai achetée.

   La préface est signée Philippe Goddin, éminent spécialiste de l'oeuvre d'Hergé. On y apprend (si on l'ignorait) que le personnage inventé par Georges Rémi s'inspirait sans doute d'un jeune globe-trotter danois, Palle Huld. Le contexte dans lequel la bande dessinée a été créée est rappelé, illustrations à la clé. Philippe Goddin évoque aussi le style d'Hergé, pas encore abouti. Au cas où on ne le saurait pas, on découvre un homme en prise avec son époque et fasciné par la vitesse. La représentation de l'automobile en mouvement qui illustre la couverture de l'édition en couleurs s'inspire sans doute d'une photographie. Intéressante aussi est la double-page consacrée aux liens entre Hergé et les marques publicitaires. En se plongeant ensuite dans la (re)lecture, on peut s'amuser à les débusquer, au détour d'une vignette.

   Cela nous amène à l'oeuvre en tant que telle. Je trouve que les couleurs accentuent les contrastes : elles soulignent davantage les faiblesses de certaines pages et, au contraire, mettent encore plus en valeur les passages les plus réussis de l'album. Du coup, le lecteur de la version en noir et blanc retrouve les mêmes qualités et défauts.

   Cette bande dessinée qui dénonce la propagande des Bolcheviks est elle-même une oeuvre de propagande, parfois outrancière... et porteuse de sous-entendus, comme lorsqu'apparaît, au détour d'une page, un tailleur russe. Celui-ci, à l'apparence physique "codée", s'exprime aveg un agzent chermanique, manière de faire comprendre à un lectorat de culture catholique et conservateur qu'il s'agit d'un juif...

   Fort heureusement, l'humour d'Hergé est là, notamment grâce à la présence de Milou, auquel la colorisation n'apporte rien... et c'est tant mieux !

   Signalons que l'édition collector contient une planche bonus, la fameuse planche surnuméraire d'origine, celle qui décalait la mise en page lorsque l'album a été constitué (après la publication en feuilleton). Elle avait été retirée de la version en noir et blanc rééditée jadis, facilitant la lecture de l'album, souvent conçu sur le principe de doubles-pages. On pouvait néanmoins la retrouver dans le premier tome des Archives Hergé, publié en 1973. Elle s'intercale entre les planches 97 et 98.

   C'est donc un plaisir d'adulte que la relecture de cet album m'a procuré. On y perçoit les prémices de l'oeuvre à venir, certaines vignettes annonçant  des scènes que l'on retrouve dans des albums ultérieurs.

   Pour compléter cette lecture, je conseille un autre ouvrage, paru fin 2016, sous la plume d'un autre éminent tintinologue, Albert Algoud :

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   Dans cette somme (composée de plus de 230 entrées), il est notamment question des principaux personnages, avec un article assez osé sur la Castafiore (homme ? femme ? castrat ?), plusieurs autres où il est question de l'origine du capitaine Haddock (Hergé lui-même ? Un personnage de Jules Verne ? La catastrophe du Titanic ?)... et une révélation sur Milou, qui serait... une chienne ! On le voit, c'est à la fois drôle et érudit, sans éviter les questions qui fâchent (sur le racisme, l'antisémitisme). A picorer au lit, au coin d'un feu, dans le train, dans une salle d'attente...

mardi, 10 janvier 2017

Your Name

   Au Japon, Makoto Shinkai est un auteur reconnu, dont les précédents longs-métrages ne sont pas sortis en salles en France. C'est donc avec cette oeuvre ambitieuse que le grand public va le découvrir. Le scénario mêle la tradition japonaise (les relations entre adolescents), le fantastique et un romantisme échevelé, surtout vers la fin.

   Cependant, dès le début, on est frappé par la qualité des images. Sur un grand écran, c'est un réel plaisir des yeux. S'y ajoute une incontestable virtuosité technique, visible par exemple quand une femme fume une cigarette ou quand des personnages se retrouvent dans une voiture : ils sont "filmés" de l'extérieur, à travers le pare-brise et les multiples reflets.

   La première partie de l'histoire est assez cocasse : une lycéenne qui s'ennuie dans son village montagnard va vivre temporairement dans la peau d'un garçon de Tokyo qui, à cette occasion, se réveille avec une jolie paire de nichons : le voilà dans le corps de la lycéenne. Cela donne naissance à de bons moments de comédie, un peu appuyés parfois.

   Les ados qui ne se connaissent pas vont apprendre à communiquer (leur interversion n'est qu'intermittente). Chacun va essayer d'améliorer la vie de l'autre. Ainsi, le garçon un peu bourru se découvre une part de féminité, ce qui ne laisse pas indifférent une partie de son entourage. Quant à la jeune fille, elle devient tout à coup plus audacieuse et même caractérielle.

   Les deux histoires vont évidemment finir par se rencontrer, une fois qu'un mystère aura été résolu. Je ne peux pas en révéler la teneur, mais l'intrigue est marquée par un coup de théâtre qui donne une autre ampleur au film. Il prend alors le chemin d'une mission impossible, à laquelle on a envie de croire... jusqu'à la toute fin, qui n'est pas sans rappeler (partiellement) celle de L'Effet papillon.

   En attendant, on aura découvert un peu le "Japon de l'envers", montagnard, rural, où subsistent certaines traditions... et des pouvoirs magiques.

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dimanche, 08 janvier 2017

Faut pas lui dire

   A première vue, on serait tenté de classer cette production franco-belge dans la catégorie des chick flicks, une expression anglo-saxonne parfois abruptement traduite en "films de gonzesses". Comme les héroïnes sont issues de la classe moyenne, on pense à Sex and the city.

   La principale qualité est le rythme. Le tempo est rapide, sur une musique entraînante... et ça ne dure qu'1h30. Les actrices (qu'on a voulues assez différentes les unes des autres) ont la pêche. Toutes les quatre sont belles, amoureuses... et trompées, d'une manière ou d'une autre.

   Au coeur de l'histoire se trouve la préparation du mariage de Yaël (Stéphanie Crayencour, qui a des airs d'Alexandra Lamy), un peu la nunuche du groupe. Ses cousines apprennent que le futur, Maxime (Arié Elmaleh, à qui l'on a envie de filer des claques), n'est pas irréprochable. Son infidélité est même un peu plus "corsée" que ce qui est dévoilé dans la bande-annonce. Pour compliquer le tout, l'ancien grand amour de Yaël (caricature d'ex-djeunse qui a gardé sa barbe de trois jours... comme la plupart des personnages masculins, d'ailleurs) est de retour.

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   Mais la véritable héroïne est la femme de tête du quatuor, Laura l'avocate, dont le personnage s'inspire sans doute du vécu de la réalisatrice, Solange Cicurel, à laquelle ressemble physiquement Jenifer Bartoli, qui interprète le personnage. Elle s'en sort d'ailleurs plutôt bien. Elle aussi se retrouve coincée entre deux mecs, son futur ex-mari (qui semble penser avec sa bite) et un nouveau client, charmeur mais un peu dépassé par les événements.

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   Ma préférée, la plus drôle de la bande, est Anouch, l'Arménienne folle de son papa (qu'aucun homme ne peut égaler). Du coup, elle batifole, évite de s'attacher... et traite les mecs assez durement. Tania Garbarski donne toute sa fougue à ce personnage moins lisse que les autres.

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   On termine avec Eve, celle qui semble la plus heureuse, au début. Elle s'agace que tout le monde lui répète sans cesse à quel point elle a de la chance d'avoir un mari séduisant, attentionné et fidèle. Le problème est que cela dure depuis vingt ans et qu'elle s'emmerde un peu ! Comme ses cousines, elle va se retrouver coincée entre deux mecs... et avec une rivale. Dans le rôle, Camille Chamoux est vraiment très bien :

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   Par contre, si les personnages féminins sont globalement sympathiques, leurs homologues masculins sont plutôt à pleurer. Grosso modo, ce sont des mous et/ou des lâches et leurs interprètes ne contribuent pas à leur donner du relief... sauf Laurent Capelluto (qu'on a vu incarner Imad Lahoud dans L'Enquête). Cela se vérifie au niveau des scènes : celles qui ne font intervenir que les femmes sont très bonnes. Par contre, quand un couple est seul à l'écran, c'est plus inégal.

   Heureusement, les dialogues sont assez bons, avec beaucoup de réparties (certaines graveleuses) qui font mouche. Alors, on se laisse volontiers entraîner dans les aventures du sympathique quatuor, en sachant que la conclusion de l'histoire risque d'être prévisible, voire politiquement correcte.

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samedi, 07 janvier 2017

Père fils thérapie !

   Tout d'abord, l'intrigue est plus complexe que ce que laissait supposer la petite bande-annonce que j'avais vue avant : ce n'est pas qu'une histoire de deux duos père-fils qui vont tenter de se rabibocher. C'est aussi une enquête policière. Sans que cela soit transcendant, cela donne un peu de piment à l'intrigue.

   Ceci dit, elle en avait besoin, parce que le début du film m'a fait craindre le pire. La mise en scène des conflits familiaux est très appuyée, mais ces scènes sont indispensables pour que la pelote se déroule complètement par la suite. Bref, l'un des duos est composé de flics, l'autre d'un avocat et de son fils drogué. Dans les deux cas, la personnalité du père (Richard Berry, Jacques Gamblin) est écrasante. Se greffe là-dessus un troisième "couple" père-fils, celui du truand intouchable (Féodor Atkine, très bien, comme d'hab') et de son rejeton un peu crétin, qui vient d'être incarcéré.

   Une fois posées les fondations, le film peut vraiment décoller avec le début du "stage de réconciliation", géré par la pétulante Julie Ferrier, qui nous livre ici une excellente composition, quelque part entre Benoît Poelvoorde et Bérengère Krief.

   Très drôles aussi sont les présentations des autres duos père-fils. Les seconds rôles sont formidables. On est encore plus emballé quand commence la série d'épreuves de réconciliation. Dès la première (le choix d'une poupée ou d'un objet pour représenter l'autre), on rit beaucoup. J'ai aussi adoré la séquence du cri primal ainsi que celle du combat de boue.

   Ah, j'oubliais : l'un des (autres) duos de participants ment, pour une raison que je ne peux pas révéler. En outre, les flics père et fils sont assistés à distance par deux collègues, l'ex-petite amie du fils (Alice Belaïdi, toujours aussi  craquante... et qui a droit à sa minute féministe) et le subalterne préféré du père (qui cache plus ou moins bien son secret).

   Du côté des papas, j'ai préféré Jacques Gamblin, qui a un rôle plus difficile que Richard Berry, et qui développe une plus grande palette de jeu, à mon avis.

   Evidemment, les pères et les fils vont se réconcilier (après moult péripéties), d'une part parce que les "vieux" vont finir par faire l'effort de se tourner vers les "jeunes", d'autre part parce que les fils vont davantage s'affirmer.

   Ce n'est pas la comédie du siècle, mais elle permet de passer un agréable moment.

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vendredi, 06 janvier 2017

Le Fondateur

   Le titre appuie là où ça fait mal : qui est le véritable créateur de la chaîne de restaurants McDonald's ? Les deux frères éponymes, Dick et Mac, inventeurs d'un nouveau type d'établissement, de "recettes" particulières, ou bien Ray Kroc, le commercial qui a contribué à répandre l'enseigne et structurer un groupe devenu tentaculaire ?

   Le scénario évite de trancher dans le vif, sans doute parce que les trois hommes sont des incarnations de la réussite à l'américaine. Dick et Mac McDonald's sont des archétypes de petits patrons besogneux, économes, honnêtes et ingénieux. Ray Kroc est une grande gueule entreprenante, avide de conquête(s) et d'enrichissement.

   Le début de l'histoire nous prend toutefois presque à contrepied. On nous présente les frères McDonald's comme des types très à cheval sur la qualité de leurs produits et la présentation de leurs restaurants. Ils sont incarnés par des acteurs "de second rang" (très bons au demeurant) : Nick Offerman (dont le public américain connaît surtout la voix, entendue dans de nombrex films d'animation) et John Carroll Lynch (un habitué des séries télévisées).

   Face à eux, Michael Keaton (ressuscité depuis Birdman) est grandiose. Dans un premier temps, on le trouve pathétique, en commercial adepte de la méthode Coué, mais qui accumule les échecs. On le sent aussi en porte-à-faux avec le milieu social dans lequel évolue son épouse, visiblement issue de la "Haute". Ceci dit, on rit volontiers de ses mésaventures. De plus, la rencontre entre le vibrionnant VRP et les taiseux frères McDonald's ne manque pas de saveur.

   La suite tente de ménager la chèvre et le chou. On nous montre Kroc comme un type très entreprenant, ayant parfois des intuitions géniales, mais ne s'embarrassant pas de scrupule pour arriver à ses fins. Quant aux frangins californiens, ils sont dépeints de telle manière que chaque spectateur en tire les conclusions qui l'arrangent. Les partisans de Kroc relèveront leur frilosité et leur côté vieux garçons coincés. Les adversaires du commercial souligneront l'éloge de leur intégrité et de leur ténacité au quotidien.

   Le basculement va s'opérer autour de la propriété des restaurants (qui commencent à ouvrir dans tout le pays) et du fonctionnement du système de franchise. Un conflit va aussi naître à propos des ingrédients. Notons que le scénario s'est efforcé d'intégrer des aspects économiques et commerciaux à l'intrigue, sans que cela soit difficile à suivre.

   Le plus cocasse est que, lorsqu'il est question de prendre un bon repas, tout ce beau monde (y compris le personnel que Kroc va recruter pour diriger les nouveaux restaurants ou gérer la société commerciale qui commence à grossir) se rend dans un établissement traditionnel, à l'opposé de la machine alimentaire fordiste dont ils assurent le développement... sans que cela paraisse contradictoire. Le film est donc assez ambigu, n'ayant pas réellement choisi de point de vue. Mais il nous raconte une formidable histoire.

jeudi, 05 janvier 2017

La Bataille géante de boules de neige

   Pour nous Français, victimes des conséquences du réchauffement climatique, cette animation canadienne joue sur la nostalgie, celle de l'époque où l'on pouvait, pendant les vacances de Noël, faire de la luge et construire des bonhommes de neige, même dans des régions situées à basse altitude.

   L'intrigue met l'accent sur l'aspect guerrier de ces divertissements hivernaux : la bataille de boules de neige. C'est aussi la mise en scène de l'antagonisme factice qui oppose souvent filles et garçons dans ces tranches d'âge (6-12 ans).

   Les auteurs ont pris soin de créer une grande variété de personnages, nombreux étant ceux dotés d'un minimum d'épaisseur. De prime abord, on aurait pu craindre que tout fût centré autour du couple de héros, le général des garçons et la meneuse du groupe adverse. Fort heureusement, il n'en est rien. Parmi les personnages principaux, on trouve un gamin très inventif, un autre adepte des gadgets que lui offrent ses parents, un troisième très attaché à sa chienne, Cléo, celle-ci occupant beaucoup d'espace, avec sa masse poilue comme avec ses flatulences... Notons aussi la présence d'un grand costaud balourd et d'une ribambelle de tout-petits, les "mini-tuques" ! Du côté des filles, c'est la soeur cadette (et rouquine) de Sophie qui m'a marqué. Quel tempérament !

   Le début met en place la rivalité qui va s'installer, sur fond d'ennui pendant des vacances passées au fin fond d'une province au climat très rude. Ensuite apparaît à l'écran ce qui va devenir l'enjeu de la bataille : un château-fort, élaboré par le petit génie de la bande de garçons. La bâtisse recèle beaucoup de surprises. Les scènes de "combat" sont très chouettes, à la fois drôles et animées.

   Les scènes intermédiaires ne sont pas bâclées pour autant. Les adultes en sont curieusement absents. On découvre le côté fragile de certains de ces enfants. Je trouve que leurs interactions sont très réalistes. Les auteurs semblent bien connaître leur sujet et évitent de tomber dans la caricature. Du côté de l'animation, c'est assez joli et propre, sans être d'une étourdissante virtuosité.

   Signalons que, dans la dernière partie de l'histoire, la comédie mélancolique subit une rupture de ton, assez gonflée, mais qui a tout son sens : plutôt que de jouer à s'entretuer, les enfants vont choisir de travailler tous ensemble. Les personnages comme leurs jeunes spectateurs auront appris une bonne leçon.

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mercredi, 04 janvier 2017

Un demi-euro balte

   J'ai récemment eu une bien belle surprise, après avoir glissé une pièce dans la fente d'un distributeur automatique de boissons.  Après avoir récupéré mon café et la monnaie, j'ai pensé à jeter un coup d'oeil aux pièces... et voici ce qui figure sur la face nationale de celle de 50 centimes :

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   Il s'agit d'une pièce lituanienne, comme l'indique la mention "LIETUVA". Elle est illustrée par le Vytis, le "chevalier poursuivant", équipé d'un bouclier orné d'une croix d'Anjou (dite aussi croix de Lorraine). C'est la reproduction des armoiries de la noblesse lituanienne et du grand-duché, dont l'existence s'étendit sur le Moyen Age et le l'époque moderne.

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   Voilà qui complète ma collection de pièces baltes, après celle venue d'Estonie (récupérée en 2011) et celle venue de Lettonie (récupérée en 2015). Signalons que la Lituanie est, à l'heure où j'écris ces lignes, le dernier pays à avoir intégré la zone euro, le 19e sur 28 pays membres de l'Union européenne.

dimanche, 01 janvier 2017

La dernière légion

   C'est la dernière promotion dans l'ordre de la Légion d'honneur que François Hollande a désignée. Comme d'habitude, on y remarque la présence de beaucoup d'amis politiques. Je déplore toujours autant que des élus, des magistrats, des universitaires et des artistes qui ne font que leur métier soient distingués. (Cette fois-ci, on peut trouver le musicien électronique Laurent Garnier, par exemple...) Les médias ont souligné la présence de personnes qui ont fait preuve de courage lors de l'attentat de Nice du 14 juillet dernier. Leurs noms figurent sur la dernière page de la liste des nommés/promus du jour. (Ceux qui vont être décorés de l'Ordre national du mérite sont plus nombreux.)

   En la consultant, on tombe assez vite (page 6) sur une vieille connaissance des Aveyronnais : Cécile Pozzo di Borgo. L'ancienne préfète de notre département (entre 2011 et 2014) est, depuis son départ, en charge des T.A.A.F. (Terres Australes et Antarctiques Françaises). Elle devient officier, sur le contingent du Premier ministre Bernard Cazeneuve qui est, ne l'oublions pas, l'ancien ministre de l'Intérieur de Manuel Valls.

   Un autre haut fonctionnaire de la République est distingué : Pierre Valleix, procureur général près la Cour d'appel de Montpellier (dont dépendent les tribunaux aveyronnais, rappelons-le). Il devient chevalier, sur le contingent du ministère de la Justice. Les Aveyronnais ont entendu parler de lui à plusieurs reprises. L'an dernier, il était venu assister à l'installation, à Millau, d'une chambre détachée du TGI de Rodez. Il a aussi été mêlé à la série de procès mettant en cause les auteurs d'une page Facebook : après la relaxe du groupe en appel, il avait formé un pourvoi en cassation. (Hélas, la plus haute juridiction française a donné raison aux conducteurs inciviques.)

   Mais revenons à la liste des promus. Elle comporte de nombreux élus, notamment de la région Midi-Languedoc. La majorité d'entre eux se trouvent page 20 :

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   La liste comprend une Aveyronnaise, Anne Blanc, maire de Naucelle et conseillère départementale. Elle est accompagnée d'un ancien adjoint au maire de Toulouse (et ancien conseiller régional) centriste, Michel Valdiguié, d'un élu tarbais (Jean-Claude Palmade) et d'un autre, tarn-et-garonnais, Denis Roger. Du même département est issu, page suivante, l'ancien député-maire de Montauban (Roland Garrigues), qui figure lui sur le contingent du ministre de l'Intérieur, alors que les précédents sont promus sur celui du ministre des Collectivités territoriales, qui n'est autre que Jean-Michel Baylet, grand manitou du PRG. O surprise ! Outre Anne Blanc, deux des nouveaux chevaliers (Michèle Garrigues et Denis Roger) sont membres de ce parti, tout comme Bernard Charles, ancien député-maire de Cahors, que l'on trouve page 7, sur le contingent du Premier ministre.

   Du côté midi-pyrénéen, Rolande Sassano complète la liste (page 13), sur le contingent du ministère de l'Economie et des Finances. Ce n'est donc pas  tant l'ancienne conseillère régionale (figurant sur la liste de gauche soutenant Martin Malvy en 2004 et en 2010) que l'ex-bouchère et ex-présidente de la Chambre des métiers de l'Ariège qui a été distinguée.

    La gauche languedocienne n'a pas été oubliée, puisque le socialiste Michel Gaudy, vice-président du Conseil départemental de l'Hérault, est lui aussi présent page 20. (Il est promu officier.) Deux pages plus loin, au grade de chevalier, on trouve sa collègue gardoise Anne-Marie Vendeville, actuelle conseillère régionale de Midi-Languedoc (déjà présente sur la liste conduite par Damien Alary en 2010).

   A titre d'anecdote, je signale que, sur la même page, quelques lignes au-dessus, on sera surpris (ou pas) de découvrir le nom de Gilbert Mitterrand (un des fils de l'ancien président de la République), qui fut lui-même longtemps élu socialiste... et qui a dû attendre plus de 20 ans après la mort de son père pour être décoré. Peut-être lui avait-on déjà proposé la légion d'honneur auparavant et peut-être l'avait-il refusée ?

   Je termine sur une note d'humour. J'ai cherché à en savoir plus sur Isabelle Anglade, nommée chevalier (page 14). On nous la présente comme la présidente d'une société d'esthétique capillaire. En clair, son entreprise s'occupe de perruques et d'implants. Quand on sait quel prix François Hollande accorde à l'entretien de ses cheveux, on n'est qu'à moitié étonné. Mais le plus cocasse est que cette nomination est faite sur le contingent du ministère de l'Economie et des Finances. Il n'a échappé à personne que le titulaire du poste est Michel Sapin, qui pourrait bien avoir besoin des services de la dame !

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samedi, 31 décembre 2016

Une Semaine et un jour

   C'est le temps pour que passe le deuil traditionnel, chez les juifs. On découvre donc une famille de la classe moyenne israélienne (la mère est institutrice, le père employé dans un magasin de prêt-à-porter), frappée par le décès du fils unique (sans doute victime d'un cancer). Vus de l'extérieur, de prime abord, les "héros" ne sont pas sympathiques. Elle (Evgenia Dodina, remarquée il y a quelques années dans L'Attentat) semble assez froide, très sûre d'elle. On sent qu'elle "porte la culotte" dans le couple. Lui paraît immature. Il a des sautes d'humeur et des réactions de gamin.

   Le talent du réalisateur est de finir par nous les rendre sympathiques, parce qu'il nous fait comprendre ce qu'ils endurent. Les époux ne réagissent pas au deuil de la même manière. Vicky tente de ne rien laisser paraître et de reprendre sa vie comme auparavant. Pour décompresser, elle court. Eyal (le mari) végète à la maison, se laisse aller et tente (pathétiquement) de se rouler des joints.

   L'arrivée du fils des voisins (censés être des amis) va changer la donne. C'est un djeunse, un peu crétin, mais qui a bon fond. Dans le passé, c'était un bon copain du fils disparu. Avec le temps, la différence d'âge entre les deux garçons a fait que le livreur s'est détaché du gamin malade. Il est néanmoins resté assez proche du père, auquel il va être très utile... parfois à son corps défendant !

   C'est la bonne surprise de l'intrigue : au deuil se superposent des instants de comédie, vraiment bienvenus. Il y a évidemment tout ce qui touche au cannabis. Mais il convient aussi de mentionner les délicates relations avec les amis, en particulier avec le couple très "ardent", qui n'a pas compris à quel point il peut être inconvenant de copuler bruyamment pendant le deuil des voisins !

   L'histoire se conclut au cimetière, mais lors d'un autre enterrement que celui du fils des héros. Pour le père, c'est une catharsis et pour les spectateurs, un petit bijou d'émotion.

L'Ami, François d'Assise et ses frères

   Cette évocation de la vie du saint du XIIIe siècle s'appuie sur une prestigieuse distribution franco-italienne. A l'image de son sujet, la réalisation se veut sans concession. Du coup, même si la mise en scène fait preuve d'un incontestable brio, l'ensemble est assez austère, un peu à l'image de ce qu'on a pu voir récemment dans Une Vie.

   Quel que soit l'intérêt que l'on porte aux paysages et aux animaux qui peuplent la campagne italienne de l'époque, ce sont les rapports humains qui éveillent l'intérêt. Cette reconstitution tente de nous faire comprendre les débats qui agitaient les chrétiens de l'époque. Le groupe qui suit François d'Assise est particulièrement tourné vers la pauvreté.

   Mendiants, les Franciscains les plus endurcis prennent la parole d'Evangile au pied de la lettre et rejettent toute possession matérielle... et toute autorité. Plus pragmatique, une minorité (autour d'Elie, qui fut le plus fidèle disciple), pense qu'il faut s'accommoder des pouvoirs existants et qu'il ne faut négliger aucun moyen pour venir en aide aux pauvres. J'ai été plus convaincu par ceux-ci, menés par un Jérémie Rénier très inspiré.

   L'histoire est découpée en chapitres, qui portent le nom d'un ou plusieurs personnages. Fort logiquement, le premier s'intitule "François". On y découvre l'homme charismatique et pénétré de sa mission, ainsi que l'influence qu'il exerce sur son entourage. Le deuxième s'intitule "Etienne". On y rencontre un nouveau membre de la troupe, un bébé abandonné qui va grandir au contact des frères. Dans le troisième chapitre, "Dominique", il y est plus question de l'un de ceux-ci, un peu exalté. La quatrième partie, "Elie", est davantage centrée sur le disciple qui va trahir le maître, mais finalement peut-être pour le bien de son oeuvre. L'intrigue se conclut sur "Les Frères", qui évoque surtout les derniers moments de François.

   Le problème est, qu'outre son austérité, le film ne veut pas choisir entre les deux camps... et qu'il me semble manquer d'objectivité quant au personnage de François, qu'on croirait sorti d'une hagiographie.

jeudi, 29 décembre 2016

La Jeune Fille sans mains

   A l'origine, c'est un conte des frères Grimm. (Attention : sur le site auquel mène le lien qui précède, la version anglaise est sans doute plus fidèle à l'original que la traduction française.) Il a été adapté en film d'animation par Sébastien Laudenbach, dont l'oncle Philippe (un des seconds rôles les plus connus du cinéma français) a prêté sa voix au personnage du diable.

   C'est d'abord une histoire de cupidité, celle du père de l'héroïne, un meunier que le diable va prendre dans ses filets. Plus loin, on voit que la fille accorde peu de prix aux prothèses en or (en argent, dans le conte) que le prince lui a fait faire.

   C'est aussi une histoire d'amour. Celui des parents pour leur fille et celui qui va naître entre le prince et celle-ci. C'est la mère qui laisse d'abord le plus libre cours à ses sentiments, le père étant rattrapé par ceux-ci (ainsi que par la culpabilité) bien plus tard. Ces éléments, très allusifs dans le conte, sont développés dans le film. lls densifient l'intrigue et, à mon avis, sont bien dans l'esprit d'une histoire destinée aux enfants.

   Comme c'est un conte à l'ancienne, il n'est pas aseptisé. L'héroïne se fait amputer des mains et le diable tente de la faire assassiner, une fois qu'elle a été épousée par le prince et qu'elle a donné naissance à un enfant. Dans le film, le démon semble mû par le désir de soumettre la volonté de la jeune femme trop pure à son goût. Le réalisateur a évacué l'arrière-plan chrétien que les frères Grimm avaient donné à l'histoire. Il est remplacé par des références plus panthéistes, comme cette déesse aquatique qui va aider la jeune fille. Celle-ci a la (délicieuse) voix d'Elina Löwensohn, ancienne égérie de Hal Hartley, qu'on a pu voir ces dernières années dans Romaine par moins 30, Vénus noire ou encore La Chambre interdite.

   Si le fond de l'histoire est parfois très dur, il est contrebalancé par la voix douce de certains personnages, l'héroïne (Anaïs Demoustier), le prince (Jérémie Elkaïm) et la déesse. Et puis il y a les dessins. C'est de la peinture animée, volontairement incomplète : les personnages ne sont pas complètement "remplis", ce qui donne une grande fluidité à leurs mouvements.

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   Le style a pu déconcerter certains spectateurs. Moi, j'ai aimé et j'ai été emporté par cette histoire d'amour et de mort, qui voit une jeune femme abandonnée tenter de se créer un petit paradis terrestre.

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Norm

   Cette animation de saison a puisé son inspiration (notamment) dans L'Age de glace et Madagascar. Les personnages les plus attrayants sont d'ailleurs les petits lémuriens indestructibles, sortes de mini-samouraïs au service du héros et de sa cause (la défense de l'Arctique)... et puis, surtout, ils pètent, ils rotent et ils pissent !

   Le problème vient plutôt de Norm, l'ours polaire qui parle et comprend le langage humain (comme son grand-père d'ailleurs). Pour les adolescents et les adultes, c'est conceptuellement évident. En revanche, pour les petits, étant donné que rien ne distingue le langage de Norm selon qu'il s'adresse aux autres animaux ou aux humains, cela n'est pas super-évident. Ça l'est d'autant moins que, par moments, l'intrigue va trop vite, ne prenant pas assez de temps à expliquer certains éléments. Du coup, des ellipses mal choisies nuisent à notre plaisir.

   Pourtant, le film démarre bien avec cette poursuite du phoque... que l'ours ne parvient pas à manger. C'est assez original et il y a du gag à la clé. Mais cela retombe assez vite (sauf quand les lémuriens sont de la partie).

   L'intervention des humains est censée faire remonter la tension. J'ai apprécié que soient tournés en ridicule ces touristes de l'extrême. J'ai aussi trouvé gonflé qu'un dessin animé destiné au grand public soit autant de parti-pris : l'intrigue est furieusement écologiste, voire anticapitaliste, quand on voit le portrait qui est fait des investisseurs. (En tendant l'oreille, on pourra même percevoir une allusion au mouvement Occupy Wall Street.) Hélas, les bonnes intentions ne suffisent pas à faire un bon film.

   Au niveau de l'animation, c'est moyen, ni très bon, ni mauvais. La plupart des personnages sont réussis (et bien doublés), mais, graphiquement, cela dépasse à peine la qualité des productions télévisuelles. On peut même remarquer quelques faiblesses, au niveau des déplacements de certains objets (bateau, grue, voiture hélicoptère) : cela manque de naturel.

   L'ensemble n'est pas déplaisant mais, comparé aux films d'animation qui sont sortis ces dix-quinze dernières années, c'est décevant. Mieux vaut aller avoir Vaiana ou Ballerina.

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mercredi, 28 décembre 2016

Algérie du possible

   Ce documentaire tourne autour de la mort d'Yves Mathieu, anticolonialiste français décédé dans un mystérieux accident de la route, en 1966, dans l'Algérie indépendante. Il a été réalisé par sa fille, Viviane Candas. Pour cela, il lui a fallu du temps, plus de quatre ans : parmi les personnes interrogées, on reconnaît l'avocat Jacques Vergès, mort en 2013 (et dont le frère est décédé le mois dernier).

   La première partie du film présente la lutte pendant la guerre d'Algérie. Yves Mathieu, ancien résistant, est à l'époque un avocat communiste, qui défend les combattants du FLN et les Métropolitains ou les pieds-noirs qui soutiennent sa cause. L'affaire la plus retentissante est celle de l'attentat contre les installations industrialo-portuaires de Marseille. Techniquement, à l'écran, la réalisatrice croise les images d'archives avec des reconstitutions s'appuyant sur des objets : toge d'avocat, stylo, carte d'identité... Cela donne un aspect concret aux propos qui sont tenus. Je reproche toutefois au film de ne pas clairement distinguer (pour les spectateurs non avertis) les images d'archives des extraits de fiction. Tout est mis sur le même plan.

   Pour les militants, le plus dur a commencé après la guerre, lorsque l'Algérie est devenue indépendante. Yves Mathieu est resté en Algérie. Il faisait partie de ceux qui pensaient que la libération de l'Algérie ne devait pas se limiter à un mouvement nationaliste, mais qu'elle devait s'accompagner d'une révolution sociale. A l'époque, le modèle yougoslave a du prestige chez les gauchistes. On a donc tenté une expérience d'autogestion dans les campagnes algériennes. Je dois avouer qu'à ce moment-là, j'ai un peu décroché.

   Mon intérêt s'est réveillé dès qu'il a été question d'éclaircir les circonstances de la mort d'Yves Mathieu. La réalisatrice nous décrit les tensions qui agitaient le pouvoir algérien à cette époque. En s'appuyant sur des témoignages précis, elle a le courage de dire ce que beaucoup savent depuis longtemps à propos du pouvoir exercé par le FLN : certains clans ont confisqué la révolution algérienne à leur profit et ont mis en place une dictature qui n'avait rien à envier à la domination coloniale française, dont elle a repris bien des travers. D'ailleurs, c'est fou comme la disparition d'Yves Mathieu m'a rappelé celle de Maurice Audin, autre pied-noir communiste favorable à l'indépendance de l'Algérie.

   Il reste que la mort d'Yves Mathieu conserve son parfum de mystère. Sur ce sujet précis, la réalisatrice n'a pu recueillir que des témoignages de seconde main. Officiellement, le décès est dû à un accident de la route, la voiture dans laquelle circulait l'avocat ayant été percutée par... un camion de l'armée algérienne. Curieux, tout de même.

   P.S.

   Les amateurs de curiosités apprécieront d'entendre un extrait d'un discours prononcé en français par Che Guevara, à l'occasion de sa venue en Algérie, en 1965. (Il y était déjà venu en 1963.)

mardi, 27 décembre 2016

Assassin's Creed

   Ce "credo de l'assassin" est l'adaptation d'un célèbre jeu vidéo... mais on peut (comme moi) voir le film sans être un "gaimeur" ou une "gaimeuse"... à condition de passer outre certaines invraisemblances scénaristiques.

   L'action se déroule à notre époque et à la fin du XVe siècle (autour de la prise de Grenade, qui conclut la Reconquista). Or, sont présents à l'écran des Templiers, dont l'ordre a pourtant été supprimé au début du XIVe siècle, l'essentiel de ses biens revenant aux Hospitaliers. Quitte à situer l'intrigue en Espagne, on aurait plutôt dû évoquer l'ordre de Calatrava, dont des membres ont participé à la prise de Grenade.

   Un autre problème est la proximité affichée dans le film entre les pseudo-Templiers et l'Inquisition... une totale incohérence historique ! Et que dire de la présence dans la péninsule ibérique de ces Assassins, dont on nous rappelle l'origine proche-orientale... Cerise sur le gâteau : les "gentils" Assassins veulent empêcher les méchants de s'emparer de la "pomme d'Eden" (pas la pomme d'Adam, hein !), sorte de boule de pétanque méga-puissante.

   Bref, au niveau de l'intrigue, c'est un gloubi-boulga de références mal maîtrisées... mais le pire est que cela marche ! Une fois qu'on est entré dans l'histoire et qu'on a compris qui est qui, où sont les méchants, où sont les gentils et qui est susceptible de changer de camp (ça se devine assez vite), on peut savourer un excellent film d'aventures.

   Pour moi, les meilleures scènes sont celles censées se dérouler à Grenade, en 1492. C'est d'une force et d'une beauté extraordinaires, avec une réelle maîtrise de la direction d'acteurs. A chaque fois qu'on nous transporte à cette époque, on sait qu'on va en avoir plein la vue. Au début, c'est la libération du fils de l'émir qui est en jeu. La seconde fois, on assiste à une étourdissante course-poursuite dans les rues (et sur les toits) de la ville fortifiée. Plus tard, les deux époques finissent par se rejoindre...

   Cela nous amène aux scènes contemporaines, se déroulant pour la plupart dans un complexe secret, évidemment ultramoderne. L'une des réussites du film (et de la réalisation) est la synchronisation (à l'écran) des deux époques, principalement à travers le personnage du héros, Cal Lynch (Michael Fassbender très bon, un peu à l'image de ce qu'aurait pu faire Viggo Mortensen dans le rôle). Les cinéphiles repèreront dans une scène de prison du début un clin d'oeil à Hunger, le film qui a jadis révélé l'acteur.

   Dans ce complexe, on reconnaît une multitude de visages connus, à commencer par celui de Marion Cotillard, dont j'ai pu constater (pour avoir vu le film en V.O. sous-titrée), qu'elle maîtrise désormais très bien langue de Donald Trump Barack Obama. L'actrice n'a pas un rôle aussi fouillé que dans le récent Alliés, mais elle est quand même meilleure que dans The Dark Knight rises.

   Parmi les autres figures, je distingue Ariane Labed (remarquée dans Voir du pays), Michael K Williams et Denis Ménochet. Du côté des anciens, Jeremy Irons fait le job, mais j'ai été un peu déçu par les prestations de Charlotte Rampling et Brendan Gleeson. Enfin, sous les traits de la mère de Cal Lynch, j'ai eu le plaisir de retrouver Essie Davis, la piquante interprète de Phryne Fisher, héroïne la série consacrée aux aventures de cette détective australienne de l'Entre-deux-guerres.

   Pour la petite histoire, signalons qu'Essie Davis est la compagne du réalisateur Justin Kurzel. Celui-ci semble aimer travailler en famille, puisque la musique (au diapason de l'action) a été composée par son frère Jed. (On pourrait ajouter que Cotillard et Fassbender étaient déjà à l'affiche de son précédent film, Macbeth.)

   Voilà. Cela ne va pas changer l'histoire du cinéma, mais, vu dans une grande salle, c'est un beau spectacle. Outre les limites énoncées au début, je lui reprocherais aussi un fond un peu manichéen. Les méchants sont les élites catholiques du XVe siècle et leurs lointains successeurs comploteurs-apprentis-maîtres-du-monde de nos jours. Les gentils sont les rebelles à capuche... On comprend quel est le public ciblé...

   Un conseil pour terminer : choisissez soigneusement votre place dans la salle, parce qu'il semblerait que ce film soit un aimant à blaireaux !

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dimanche, 25 décembre 2016

Baccalauréat

   Sous ce titre se cache un film roumain (récompensé à Cannes par le prix de la mise en scène) de Cristian Mungiu, dont l'action se déroule dans une petite ville de Transylvanie.

   Le héros est médecin à l'hôpital local. Il est respecté à la fois pour ses compétences et pour son intégrité, une rareté dans la région, gangrenée par la corruption et les passe-droit. Bien qu'appartenant à la bourgeoisie locale (son épouse est bibliothécaire), il habite dans un appartement que nous Français aurions tendance à trouver ordinaire (mais le couple en est propriétaire). On comprend très vite qu'une part non négligeable des revenus des parents a été "investie" dans l'éducation de leur fille unique Eliza (Maria Dragus, bourrée de talent), une adolescente en apparence sans histoire, bosseuse et douée pour les études.

   Ah, j'oubliais : le papa médecin (prénommé Romeo !) a une vie secrète. A quelques indices, on comprend qu'il a dû avoir une aventure avec l'une des infirmières de l'hôpital. Surtout, au moment où commence l'histoire, il entretient une liaison avec une charmante institutrice, de dix ans plus jeune que son épouse.

   Après avoir brossé ce tableau de vie de province, le scénario nous entraîne lentement sur la voie du dérèglement. C'est un accident qui fait déraper la machine : Eliza est victime d'une agression, juste avant de passer les écrits du bac, dont les notes sont déterminantes pour valider l'inscription dans une prestigieuse université britannique.

   A partir de là, on suit le déroulement de plusieurs pelotes : le médecin intègre doit décider jusqu'où il est prêt à aller pour que le programme établi pour sa fille se concrétise. C'est d'autant plus délicat qu'au départ, il n'est question que de services mutuels. Rien de trop illégal. Mais, une fois qu'on a le doigt dans l'engrenage... Les seconds rôles masculins sont excellents, criants de vérité.

   La deuxième pelote est celle de la vie privée de Romeo. La relation avec l'institutrice se complique, tout comme la vie avec son épouse. Mais le pire est qu'il sent qu'il perd prise vis-à-vis de sa fille. L'agression dont elle a été victime semble l'avoir changée. De surcroît, le papa découvre que le petit copain exerce une influence plus grande que prévu sur sa progéniture. Enfin, quelle autorité peut-il conserver sur Eliza (à laquelle il a inculqué ses principes moraux), quand celle-ci découvre son infidélité et les manoeuvres dans lesquelles il s'est engagé ?

   La troisième pelote est l'évolution psychologique de la fille. Au départ, on ne nous la présente que comme une très bonne élève. Ensuite, on a tendance à la voir comme une victime, traumatisée par l'agression dont elle a été victime. Enfin, elle apparaît sous un jour nouveau, plus indépendante, plus mature.

   La tension monte progressivement, d'autant plus que Romeo se sent observé. Une pierre a été lancée dans la vitre de son salon. Plus tard, c'est la voiture qui subit une dégradation. Là-dessus débarquent des magistrats, qui enquêtent sur les manigances d'un caïd local. Cela culmine une nuit, dans un quartier louche, quand le père tente de trouver la solution de l'une des énigmes. A ce moment-là, la caméra à l'épaule suit le personnage. On partage son trouble, tout en percevant l'aspect inquiétant de son environnement.

   Voilà donc une oeuvre majeure de l'année 2016, portrait intime d'une famille en dé/re-composition, tableau d'une société très inégalitaire et questionnement moral.

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samedi, 24 décembre 2016

Ressorties de Noël

   La période est propice aux rééditions. Plusieurs films d'animation de qualité en ont bénéficié en cette fin d'année. Il convient donc de surveiller la programmation des cinémas qui sont proches de chez vous : ces ressorties ne sont pas forcément annoncées avec fracas.

   On commence avec Wallace et Gromit - Les inventuriers, qui recycle deux épisodes des aventures des personnages créés par le studio Aardman (le vieux célibataire et son chien très futé) : Une Grande Excursion (A Grand Day out, qui voit nos héros se rendre sur la Lune) et Un Mauvais Pantalon (The Wrong Trousers, inspiré sans doute de Fenêtre sur Pacifique, avec Michael Keaton), deux petites merveilles qui datent d'un peu plus de vingt ans. A l'époque, la sortie de ces animations en pâte à modeler avait provoqué un mini-séisme dans le monde du cinéma. Aujourd'hui, on les ressort toilettées par la technologie numérique. On y a ajouté un court-métrage, qui se moque gentiment de la mode du selfie de l'autophoto. Notons que, pour toucher le jeune public, on  ne nous propose le plus souvent que la version française, ce qui nous prive du délicieux accent anglais de Wallace.

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   On continue avec Le Géant de fer, la première grande réalisation de Brad Bird, qui nous a donné par la suite Les Indestructibles, Ratatouille ou encore Mission : impossible - protocole fantôme. Même si l'animation n'a pas, à l'époque (1999) atteint la qualité de ce que l'on a connu plus tard, on s'aperçoit quand même du grand soin apporté aux détails du dessin. De surcroît, le scénario est béton : l'action se déroule en pleine Guerre froide, à la fin des années 1950, alors que les Etats-Unis sombrent en pleine paranoïa antisoviétique. Le film ne manque pas d'humour... ni d'émotion. A un moment, vers la fin, j'ai même eu les yeux qui piquent... Satanées poussières qui encombrent les salles obscures !

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   On termine avec un sacré retour en arrière, Alice comedies, une série de courts-métrages produits par le jeune Walt Disney dans les années 1920. Ces oeuvres mélangent scènes réelles et images d'animation. Trois des quatre petits films ont pour héroïne une adorable petite chipie blonde, incarnée par Virginia Davis, une gamine qui n'avait pas froid aux yeux ! C'est drôle, rafraîchissant... et révélateur de la maîtrise technique de la première équipe qui travaillait autour de Walt Disney. (Au passage, au vu des tenues portées par les gamines et des attitudes qu'elles adoptent, on remarquera que le puritanisme n'avait pas encore touché les productions destinées aux enfants.)

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   Joyeux Noël !

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vendredi, 23 décembre 2016

Ballerina

   Je n'avais a priori pas prévu d'aller voir ce film d'animation. Mais, le bouche-à-oreille étant bon, j'ai sauté sur l'occasion d'accompagner deux personnes de ma connaissance. J'espérais que ce que j'avais aperçu du contexte de l'histoire dans la bande-annonce se retrouverait dans le film... et je n'ai pas été déçu.

   L'ambiance est un mélange des oeuvres de Charles Dickens et de Jules Verne, avec une pincée des univers de Disney et des mangas (comme Steamboy, dont l'action se déroule dans l'Angleterre victorienne). On se trouve dans un condensé des années 1870-1880, en France (en Bretagne et à Paris), alors que la Tour Eiffel est en construction... ainsi qu'un autre monument célèbre, que l'un des personnages baptise maladroitement la "Statue de la Puberté" ! (Du côté de l'humour, le scénario a visiblement cherché à ne pas choquer, ne préservant que quelques rares moments pipi-caca-prout.)

   La salle était majoritairement remplie de dames et de demoiselles, peut-être parce que l'héroïne et la plupart des personnages sont de sexe féminin. De surcroît, c'est Camille Cottin (qui a incarné «l'héroïne» de Connasse !) qui prête sa voix à Félicie. Mais j'ai aussi beaucoup aimé le personnage de la femme de ménage, qui va devenir une sorte de mère de substitution pour la gamine... et qui cache un passé que l'intrigue va contribuer à dévoiler.

   C'est un autre intérêt de ce film, en apparence enfantin : le soin apporté à l'évolution de certains personnages. On le voit au travers de deux hommes (le codirecteur de l'orphelinat et le maître de ballet), mais aussi de plusieurs femmes/filles. Les deux héros eux-mêmes (Félicie et son ami d'enfance Victor) sortent de l'aventure transformés, mûris. On nous propose une sorte d'adaptation de roman d'apprentissage, avec des leçons pour nos chères têtes blondes (brunes, rousses...) : dans la vie, il faut travailler pour réussir et il convient de ne pas se laisser décourager par quelques échecs. On suggère aussi aux bambins d'être compréhensifs vis-à-vis des adultes... et de leurs camarades.

   Ce fond assez noble s'appuie sur une belle technique. Les décors sont particulièrement soignés et les mouvements fluides et maîtrisés. S'ajoute à cela une représentation assez convaincante de la danse (de l'entraînement au ballet), bien que certaines scènes ne soient pas réalistes. On reste quand même proche du conte de fées (avec une méchante presque sorcière), Félicie l'enfant abandonnée ambitionnant de danser à l'Opéra de Paris. Mais, à cette époque de l'année, c'est le genre d'histoire qui fait du bien.

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jeudi, 22 décembre 2016

A Fond

   Cette comédie française associe l'ancien et le nouveau. Pour l'ancien, on a André Dussolier (en pépé libidineux... qui en fait des tonnes), José Garcia (plutôt bon) et Florence Foresti (caricaturale au possible... mais, parfois, ça lui va bien). La "nouvelle" génération est représentée par une partie de l'équipe de Babysitting : Vincent Desagnat, Charlotte Gabris, Vladimir Houbart (excellent en beauf rivé à sa bagnole) et surtout le réalisateur Nicolas Benamou. On peut aussi saluer la performance de Jérôme Commandeur en requin commercial de l'automobile.

   Dès le début, on est mis dans de bonnes dispositions, avec la description de la vie d'une famille de classe moyenne et quelques gags basiques mais efficaces. (Je suis client des coups portés par inadvertance, une pratique que l'on retrouve plus loin, une fois que les principaux personnages sont enfermés dans la voiture.) Par contre, j'ai eu du mal avec l'interprétation de Dussolier, un acteur que j'estime pourtant beaucoup et qui semblait avoir réussi sa conversion tardive dans la comédie populaire avec Adopte un veuf.

   L'un des ingrédients essentiels de l'histoire est le fameux monospace. Présenté comme un bijou de technologie, il fascine Tom (José Garcia), qui est comme un gamin devant ce nouveau (coûteux) jouet. Cela fait partie des petites observations, glissées ici ou là, qui donnent un peu de profondeur sociologique à un scénario somme toute très linéaire. Avant même que le régulateur de vitesse ne se mette à déraper, la pauvre voiture va subir ses premières avaries. Je ne vous dirai pas dans quel état elle achève le périple.

   C'est toute la famille qui va vivre ces aventures. A Tom et son père s'ajoutent l'épouse du premier, très bien jouée par une actrice inconnue (Caroline Vigneaux), et leurs enfants, un garçon et une fille qui ont leurs qualités et leurs défauts. On aurait pu s'attendre à ce que le scénario tombe dans la facilité à leur égard, en en faisant de petites pestes fouteuses de merde. Ce n'est pas le cas.

   Par contre, on ne peut pas dire que le portrait des gendarmes soit nuancé. C'est une caricature grossière, mais qui sert bien l'intrigue. Un autre personnage brut de décoffrage donne du tonus à l'histoire : Jacky, le pilote conducteur de la BMW jaune, qui va subir une série d'avanies qui ont fait hurler de rire la salle où je me trouvais. Puisque la couleur jaune joue un rôle dans cette histoire, je vous laisse imaginer quel liquide corporel se trouve au coeur d'un gag ENORME...

   Du coup, même si certaines scènes souffrent de quelques faiblesses, on est emporté par le rythme et les traits d'humour, qui tombent à intervalle régulier. J'ai aussi été agréablement surpris par la qualité des scènes d'action, un phénomène rare dans les comédies françaises contemporaines. Cela donne au final un bon divertissement, qui a ravi le public hétérogène qui avait rempli la salle.

   Une question demeure : pourquoi ce film a-t-il subi cet éreintement injustifié, de la part des critiques et de certains spectateurs de base (censés avoir assisté à une avant-première) ? On peut y voir plusieurs raisons.

   Tout d'abord, rappelons qu'il convient de se méfier des notes attribuées par les spectateurs sur Allociné. En règle générale, elles surévaluent les films. Il est logique de penser que les personnes qui ont apprécié, même moyennement, un long-métrage vont davantage s'exprimer que celles qui ont été déçues (sauf si elles se sont vraiment fait chier). De plus, une partie des appréciations laudatives sont le fait de faux spectateurs, des personnes qui ont intérêt à ce que le film marche. A l'inverse, le sujet ou la distribution d'un long-métrage peuvent inciter des internautes à "descendre" un film sans même l'avoir vu.

   Ici, c'est aussi le contenu qui a pu provoquer des réactions de rejet. L'une des séquences fait intervenir une famille d'obèses, présentés comme assez à l'aise financièrement, mais pas très propres et plutôt crétins. Ces clients d'une concession automobile (la même que celle dans laquelle s'est rendu Tom) vont subir un traitement grotesque, qui a bien fait rire dans la salle. Mais ce rire est-il sain ?

   D'autre part, la satire de la vie de famille que contient le scénario a pu gêner des spectateurs. Sans en dire trop, je peux affirmer que les circonstances exceptionnelles vont pousser les parents et le papy à révéler leurs petits secrets, pas très ragoûtants. Mais c'est aussi cela, la vie.

   Ne négligeons pas non plus le malaise qu'a pu susciter chez certains spectateurs masculins le portrait à charge du fana de bagnole. Quel plaisir que de voir ridiculiser ce genre de blaireaux, qui nous empoisonnent la vie sur les routes ! Mais tout le monde n'a sans doute pas la même opinion sur le sujet...

   Enfin, le rejet de la critique peut lui s'expliquer par d'autres facteurs. Il n'aura échappé à aucun des spectateurs que M6 soutient ce film, dans lequel la chaîne BFMTV est mise à l'honneur (encore que... les reporters montrés à l'écran ont l'air un peu stupides). Cela suffit peut-être à expliquer que certains professionnels aient regardé A Fond avec des oeillères. Ce n'est certes pas le film de l'année, mais c'est une comédie efficace, qui fait passer un bon moment.

01:22 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 21 décembre 2016

La Sociale

   Je me suis un peu fait violence pour aller voir ce documentaire. Il y a trois ans, je m'étais ennuyé à la vision des Jours heureux, le précédent film de Gilles Perret (que je n'ai pas chroniqué sur le blog, comme cela m'arrive de temps à autre). Et, comme c'est une création de Rouge productions, je redoutais l'oeuvre militante lourdingue.

   Première bonne surprise : c'est un documentaire rigoureux, dans sa construction comme dans sa démarche, même si l'on comprend très vite qu'il ne faut pas s'attendre à une irréprochable objectivité. Bien au contraire : le but du film est de montrer combien la "Sécu" est vitale pour notre pays. Au moins, les auteurs n'avancent pas masqués... et ils donnent la parole à des personnes "du camp opposé", même si je les soupçonne d'avoir sélectionné les plus caricaturales. (Je recommande tout particulièrement le médecin libéral, qui dénonce une France presque totalement communiste !)

   Deuxième bonne surprise : les images d'archives. Beaucoup m'étaient inconnues (celles des années 1940-1950). On a puisé dans les fonds du Parti communiste et de la CGT, présentés comme les principaux artisans de la création de la Sécurité sociale, à travers notamment l'action d'Ambroise Croizat, militant communiste dévoué, travailleur acharné, mort prématurément à 50 ans. Certes, on n'oublie pas de rappeler le rôle d'un haut fonctionnaire, Pierre Laroque. Cependant, de la même manière que les autorités ont eu tendance à minimiser le rôle des communistes dans la création de la Sécu, ce film a tendance à minimiser le rôle de ceux qui ne sont pas communistes. Juste retour du balancier, diront certains.

   Le documentaire est vivant parce que les images d'archives sont entrecoupées d'entretiens avec des chercheurs (un historien, un économiste et un sociologue), très intéressants. On voit et entend aussi souvent l'un des survivants de l'époque, Jolfred Frégonara (hélas décédé en août dernier) qui, jeune adulte, fut l'un des responsables départementaux chargés de mettre en oeuvre cette véritable révolution sociale. (Au passage, l'insistance sur la capacité de travail de ces militants communistes est une leçon pour les gauchistes du XXIe siècle, plus prompts à lever le coude et beugler dans les rues qu'à déployer des efforts au service de la collectivité.) Agé de plus de 90 ans, cet ancien cégétiste est la trouvaille de ce film. Il avait encore toute sa tête et sa rencontre avec les jeunes (futurs) cadres de la Sécu mérite le détour.

   L'histoire ne s'arrête pas aux années 1940-1950. Le documentaire évoque les premières tentatives de détricotage du filet social et souligne l'impact de l'arrivée au pouvoir du duo Thatcher-Reagan (au Royaume-Uni et aux Etats-Unis), au tournant des années 1970-1980. Il néglige toutefois de rappeler que, si le système a tenu aussi longtemps, c'est aussi parce qu'à droite, une partie non négligeable du personnel politique s'est rallié à cette pincée de socialisme dans notre économie de marché.

   A ce sujet, les temps semblent avoir changé, avec la victoire du plus libéral des candidats aux primaires de LR. Même si ce film a d'abord été tourné pour célébrer le 70ème anniversaire de la création de la Sécurité sociale, il est évident que son propos entre en résonance avec la campagne présidentielle qui est déjà engagée.

   P.S.

   Par un curieux effet du hasard, le documentaire est projeté à Rodez la semaine où sort un numéro du Canard enchaîné qui évoque les projets de François Fillon. Dans l'entourage de celui-ci, on tente de minimiser les dégâts provoqués dans l'opinion par la révélation de son programme social, d'inspiration néo-libérale. Ainsi, le détail des mesures prônées par celui qui est devenu le candidat officiel de LR a disparu de son site internet. Le Canard s'est fait un plaisir de le remettre en ligne. Bonne lecture !

   P.S. II

   Sur le site dédié au film, on peut télécharger un dossier pédagogique assez bien conçu.