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samedi, 08 juin 2024

Comme un lundi

   Inspiré d'Un Jour sans fin, le scénario de cette comédie sociétale japonaise nous fait découvrir le travail des employés de ce qui est sans doute une entreprise de sous-traitance dans la communication. Chacun lundi matin, ils ont l'impression que c'est la même semaine qui recommence. C'est une évidente allusion à la routine d'un travail qui semble parfois aliénant. Mais, dans leur cas, c'est la vérité !

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   Au titre français je préfère la version internationale, le pluriel, associé à la mise en abyme au niveau de la lettre O, me semblant plus révélateurs du contenu du film.

   Dans celui-ci, plusieurs personnages prennent conscience de l'éternel recommencement de cette semaine fatidique : leur boîte doit terminer dans l'urgence une commande importante. Dans le même temps, l'héroïne cherche à se faire embaucher par une grosse entreprise, l'un de ses supérieurs à acheter un billet pour un concert de K-pop, un autre tente d'organiser ses vacances... sans parler de celui qui rêve d'être reconnu comme auteur de mangas !

   On suit l'histoire du point de vue de l'héroïne Akemi. On découvre assez rapidement qu'au bureau, elle n'est pas la première à se rendre compte du caractère exceptionnel de la situation. Certains de ses collègues ont déjà expérimenté des dizaines de tentatives pour briser le cercle vicieux. Ils sont arrivés à la conclusion que la solution passe par la prise de conscience progressive de chaque membre de la hiérarchie, celui-ci convaincu par son(sa) subordonné(e) immédiat(e). Voilà qui est très japonais...

   La première partie contient quelques moments cocasses, comme quand certains salariés agissent vis-à-vis de leurs collègues en montrant leur connaissance de ce qui va se produire. J'ai aussi en mémoire la scène du chargeur de téléphone, vraiment réussie et une autre, sur le toit de l'immeuble, avec des lunettes de protection.

   Mais, attention, ce n'est pas la comédie délirante qu'on nous a parfois vendue. L'essentiel de l'intrigue est une réflexion sur l'addiction au travail, l'ambition et les choix de vie. Peut-on sacrifier ses rêves à sa réussite personnelle ? A l'inverse, à quoi est-on prêt(e) à renoncer pour réaliser ses rêves ? Les réponses à ces questions, qui diffèrent d'un personnage à l'autre, ne m'ont pas forcément convaincu. Mais j'ai passé 80 minutes divertissantes... en restant jusqu'à la fin du générique, qui contient un petit bonus.

17:08 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 02 juin 2024

La reine du crime présente : invitation à un meurtre

   Ce dimanche soir, France 3 interrompt la diffusion de la série McDonald's & Dodds pour nous proposer un nouvel épisode d'une franchise télévisuelle britannique "à la manière" d'Agatha Christie.

   Les trois premiers, qui présentaient une Agatha Christie enquêtrice (et prise dans les tourments de sa vie affective), ont été diffusés en 2021. L'un d'entre eux, La Malédiction d'Ishtar, est reprogrammé aujourd'hui en deuxième partie de soirée.

   Mais concentrons-nous sur l'inédit, inaugurant semble-t-il une nouvelle trilogie, dans laquelle ne figure plus le personnage fictif d'Agatha, mais un substitut de ses héros... ici une héroïne, la fleuriste Miranda (interprétée par Mischa Barton) :

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   Sans surprise, cette célibataire est une fan des romans policiers écrits par Agatha. Elle se pique aussi de criminologie et dévore tout ce qui concerne les enquêtes policières. Enfin, elle semble dotée d'un sens aigu de l'observation et d'une mémoire impressionnante.

   Sur le plan physique, en revanche, on en a fait une Anglaise plutôt quelconque, un peu enveloppée et habillée comme une grand-mère, alors qu'elle n'a que 25-30 ans.

   Elle est donc visiblement un mélange de Miss Marple, Hercule Poirot et Sherlock Holmes. Comment donc un meurtre mystérieux pourrait-il échapper à sa sagacité ?

   On est encore plus en terrain connu quand on découvre qu'en ce jour de 1934, en plus de l'héroïne, cinq personnes qu'elle ne connaît pas sont invitées pour le week-end dans le manoir d'un riche industriel. Très vite, une personne va décéder, alors que l'un des six lapins de la cabane de jardin a disparu... Cela ne vous rappelle rien ? Mais, si, bien sûr, Dix Petits Nègres, dont la BBC nous a naguère gratifié d'une adaptation politiquement correcte.

   J'ai été pris par cette intrigue à double détente. Le jeu consiste évidemment à deviner pourquoi ces six personnes ont été invitées... mais aussi à démasquer l'assassin, dont le meurtre n'était au départ pas prévu au programme !

   La distribution comprend plusieurs visages connus des téléspectateurs (anglo-saxons), comme Chris Browning, Seamus Dever (un des policiers de Castle) ou encore James Urbaniak.

   Pendant 1h15 environ, on est tenu en haleine, jusqu'à la découverte finale... décevante. Finalement, tout ça pour ça ! De plus, pour une raison que je ne peux révéler, les dernières scènes entre les personnages principaux sont trop sirupeuses à mon goût. Dommage, parce que le côté polar était bien fichu.

samedi, 01 juin 2024

Le Deuxième Acte

   C'est le nouveau Dupieux, le deuxième (et peut-être pas second) de l'année 2024, après l'enthousiasmant Daaaaaali ! On y retrouve le goût du réalisateur pour la mise en abyme (déjà visible dans Réalité) et la confusion entre fiction et réalité.

   Le titre est polysémique. On peut le comprendre comme une annonce du déroulement du film : la séquence initiale (le premier acte) n'est pas incluse dans le dispositif qui s'enclenche avec la seconde (donc le deuxième acte). C'est aussi une manière d'exposer la construction de la majorité des séquences, qui sont constituées de deux trames scénaristiques différentes (et successives), l'une prenant place dans une fiction dirigée par... une intelligence artificielle, l'autre trame évoquant la vie personnelle des acteurs. (Il y a même trois trames, puisque le scénario conçu par l'IA « David » contient déjà une mise en abyme, à laquelle Dupieux ajoute la sienne...)

   En plus de la découverte de la construction intellectuelle, le plaisir vient de l'interprétation à multiples facettes des comédiens, quatre pointures qui se sont prêtées au jeu de Dupieux. Les deux qui m'ont le plus impressionné sont Léa Seydoux et Vincent Lindon. On ne s'étonnera pas que la première incarne une comédienne ambitieuse, mais je trouve qu'elle interprète son personnage avec une fraîcheur inédite, peut-être parce que ce rôle-ci lui parle plus que ceux, glamours, auxquels on a tendance à la confiner. Et puis, quel plaisir que de l'entendre affirmer, dans les toilettes d'un restaurant miteux de Dordogne, qu'elle est « une voyante du cul » !

   Le film contient d'autres petits morceaux de bravoure, comme lorsque deux hommes sont filmés en travelling arrière, en train de discourir des choses de la vie et que l'un d'entre eux finit par s'exclamer que « Les nouilles, elles sont bien dures, là ! »

   A sa manière, Dupieux philosophe sur le monde contemporain (occidental), ses manies, ses modes, ses angoisses... et il adresse quelques piques au monde du cinéma. (Je pense que les gens de ce milieu ont dû comprendre mieux que moi à qui en particulier s'adresse telle ou telle critique formulée à travers le comportement d'un des personnages.)

   En vedette vieillissante du Septième Art, Vincent Lindon nous livre une fort belle composition, réussissant, dans la même prise (un de ces plans séquences qu'affectionne Dupieux) à interpréter successivement deux personnages aux tempéraments différents. (Léa Seydoux y parvient de manière tout aussi convaincante, alors que Louis Garrel et Raphaël Quenard ont plus de mal à passer rapidement d'un registre à l'autre.)

   Même si certains plans semblent avoir été tournés avec les pieds, l'énergie qui se dégage de l'ensemble m'a conquis... et j'ai souvent ri !

23:39 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 25 mai 2024

Furiosa

   Neuf ans après Mad Max : Fury Road, George Miller revient avec une préquelle, nous racontant une partie de l'enfance de Furiosa, sa captivité, ses apprentissages, sa semi-liberté... et sa vengeance.

   La première partie est celle qui détonne le plus dans l'ambiance traditionnelle des films post-apocalyptiques de la franchise. On y voit une sorte de paradis perdu, une oasis où les femmes jouent un rôle essentiel... un évident contraste avec le monde de routards et de bikers du désert, auquel certaines vont se retrouver confrontées. Cet alléchant début fait intervenir deux beaux personnages, celui de Furiosa enfant, interprétée par Alyla Browne (aperçue dans Trois mille ans à t'attendre), et celui de sa mère, une tireuse d'élite sans peur et sans reproche, incarnée par la délicieuse (et vindicative) Charlee Fraser.

   La suite est moins surprenante, mais remarquablement mise en scène. En nous plaçant dans les pas de la jeune héroïne, le scénario nous fait successivement découvrir la bande de pillards gouvernée par Dementus (Chris Hemsworth, bien allumé), la Citadelle, Gastown (Pétroville) et le Moulin à (trous de) balles, autant de mondes dominés par des mâles alphas cruels, où la vie humaine n'a pas la moindre valeur. Ici, il faut souligner la qualité du travail des équipes de maquillage, d'habillage et de décorateurs. Combinés aux effets numériques, leurs efforts contribuent à créer une ambiance unique, un univers spectral et déjanté, très bien accompagné par la musique de Junkie XL.

   Un film Mad Max ne serait rien sans les cascades... et, dans ce domaine, on est copieusement servi. Cela commence, modestement mais efficacement, par la poursuite à motos du début. Le véritable morceau de bravoure du film est constitué par l'attaque du super poids-lourd forteresse, un truc dingue qui a sans doute nécessité des prodiges de mise en scène. Plusieurs séquences ultérieures contiennent des moments d'action bien conçus mais, pour moi, aucun n'atteint la virtuosité de cet assaut en marche, digne des meilleures attaques de train des westerns traditionnels.

   C'est peut-être pourquoi les 30-40 dernières minutes m'ont un poil déçu. Elles sont pourtant traversées par le même souffle. On ne s'y ennuie point. Mais l'on attend peut-être trop de la vengeance de Furiosa. Aussi élaborée (et impitoyable) soit elle, elle déçoit un peu, peut-être parce que la confrontation finale entre l'héroïne et son ennemi intime n'est pas réussie, notamment au niveau des dialogues. J'ai aussi été un peu gêné par le physique d'Ana Taylor-Joy. La comédienne joue bien, mais c'est une brindille, qui n'est pas aussi crédible que l'était naguère Charlize Theron dans le rôle.

   Malgré ces limites, je recommande ce film, à voir sur le plus grand écran possible, avec un son qui déchire.

12:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, film, films

samedi, 18 mai 2024

Wake Up

   C'est ce que proclament de jeunes militants écologistes à la face du monde de leur ville... et c'est, un peu plus tard, ce qu'ils aimeraient bien faire : se réveiller du cauchemar dans lequel ils sont tombés, alors qu'ils pensaient pouvoir s'éclater en toute impunité dans un magasin d'ameublement.

   Sans surprise, le début nous présente les deux groupes de protagonistes. A ma gauche se trouvent six jeunes adultes, qui se voient comme de preux chevaliers de cause animale. Les trois mecs sont un Afro-américain, un Arabe et un djeunse coiffé comme un skater... et doté d'une de ces horribles petites moustaches qui font actuellement fureur chez les mâles de moins de trente ans. (Rien que pour ça, le mec mérite de ne pas s'en sortir.)

   Complètent ce trio plus ou moins testostéroné une gothique, une jolie blonde et une métis, visiblement la plus intelligente (et authentiquement altruiste) du groupe... et la seule d'origine modeste. (Ses comparses sont tous équipés de smartphones haut-de-gamme et portent aux pieds de quoi nourrir pendant plusieurs mois certains villages africains.)

   A ma droite (extrême ?) se trouve un duo de frangins. Le plus posé des deux est alcoolique, mais sait comment gérer son patron... tandis que le second semble psychologiquement (de plus en plus) perturbé. Tous deux sont veilleurs de nuit dans un magasin d'ameublement (House Idea) qui fait penser à Ikea. Le plus intéressant, dans cette caractérisation manichéenne, est d'opposer d'authentiques prolétaires (les agents de sécurité) à des rejetons de la bonne bourgeoisie urbaine.

   Ceux-ci se sont infiltrés dans le magasin, juste avant la fermeture... et ils vont se déchaîner une fois la nuit tombée. Ils nous sont montrés comme particulièrement immatures. Leur maladresse va déclencher les foudres de l'un des agents, déjà frustré de ne pas pouvoir participer à la partie de chasse à laquelle il s'était inscrit des mois auparavant. Du coup, les allées d'exposition et la réserve vont devenir son terrain de jeu, un peu à l'image de ce que fait le personnage incarné par Denzel Washington, dans le premier Equalizer. Attention toutefois : les cibles de la vindicte de l'agent de sécurité (du moins celles qui ne meurent pas trop vite) vont se rebeller, provoquant une belle surenchère d'hémoglobine...

   Quelque part entre Death Wish (Le Justicier dans la ville) et nombre de slashers, ce petit film sanguinaire est à ranger dans la catégorie des "plaisirs coupables" (comme Crazy Bear l'an dernier). Il ne fait preuve d'aucune subtilité, mais la manière dont les blessures sont infligées est efficacement mise en scène... et, bien que ne durant qu'1h20, le film réserve quelques surprises, jusqu'à la fin.

22:38 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 15 mai 2024

Un p'tit truc en plus

   Ce petit truc en plus peut être un grain de folie... ou un chromosome 21 surnuméraire, ce petit plus qui semble être de trop. Voilà donc Artus qui nous embarque dans une comédie sociétale centrée sur les handicapés mentaux. Un groupe est sur le point de partir en vacances dans un gîte, à la montagne (dans le Vercors ?). Il manque toutefois un passager, qui est retard. Le premier quiproquo porte sur l'identité de ce passager. Pour des raisons que je n'expliquerai pas, Paulo, le comparse maladroit d'un braqueur de banques, est pris pour le retardataire. Les deux voyous s'incrustent dans la colonie de vacances très très spéciale... (Le devenir du véritable retardataire, qui se trompe de bus, devient une respiration régulière de l'intrigue, souvent cocasse, mais qui a aussi pour but de montrer qu'un handicapé peut très bien faire la fête avec des "valides".)

   On s'attend évidemment à retrouver les saillies dont la bande-annonce est nourrie. Pour celles et ceux qui ont vu et revu celle-ci, cela manque toutefois un peu de saveur. Mais la scène de douche est plus piquante (et plus longue) que ce que l'on nous a montré. La première partie de l'histoire reste marquée par l'irruption tonitruante des personnages handicapés et leur confrontation avec les "valides".

   Je trouve que le film vaut toutefois mieux que l'étiquette de gaudriole qui lui a été collée. Plus que sur les handicapés eux-mêmes, le comique porte sur le regard que l'on porte sur eux. Certains des protagonistes du film vont d'ailleurs évoluer à ce sujet. Contraints de partager le quotidien du groupe de vacanciers, les deux braqueurs doivent s'adapter... et vont même nouer des liens.

   Sans surprise, Artus (vu récemment dans J'adore ce que vous faites) incarne le gentil, un type que son paternel a entraîné dans ses combines, mais qui a juste besoin d'une bonne occasion pour retourner dans le droit chemin. La mise en scène (pourtant guère imaginative) réussit à nous faire toucher du doigt la complicité qui naît entre Paulo et les véritables handicapés, qu'il ne réussit pas à tromper très longtemps. (La séquence de préparation collective du repas est très belle.)

   Sans plus de surprise, Clovis Cornillac interprète le paternel bourru, de prime abord égoïste, voire méprisant. C'est le personnage qui évolue le plus dans le film.

   Le scénario rend aussi hommage aux accompagnateurs des handicapés, des personnes dévouées, altruistes, pas cher payées, parfois elles-mêmes un peu barrées. Alice Belaïdi (découverte jadis dans Radiostars) rayonne en quasi-sainte laïque, d'une beauté éclatante. Céline Groussard est un peu en-dessous, même si son personnage nous réserve quelques surprises. Enfin, Marc Riso est chargé d'incarner le "poissard" de l'intrigue, un loser généreux, un peu pathétique, mais lui aussi gentil au fond. (La fin de l'histoire "récompense" ce personnage un peu trop caricatural.)

   Voilà. C'est assez prévisible, pas aussi désopilant que ce que la bande-annonce laisse espérer, mais c'est finalement mieux, avec un peu d'émotion et une belle morale.

dimanche, 12 mai 2024

L'Esprit Coubertin

   Cette pochade d'1h18 imagine qu'aux prochains Jeux Olympiques d'été, les Français auront les plus grandes peines à décrocher ne serait-ce qu'une médaille d'or. L'un des derniers espoirs repose sur le multiple champion du monde de tir sportif (au pistolet), Paul, un jeune gendarme monomaniaque, psychorigide, coincé du cul... et un peu raciste sur les bords.

   Je pense que vous avez compris que la subtilité n'est pas la marque de fabrique de cette comédie "à la française"... ce qui ne veut pas dire qu'elle soit sans qualités.

   Je dois reconnaître que le début m'a plu. Je ne peux pas trop en dire, sous peine de dévoiler l'un des (rares) bons gags du film, qui concerne la préparation du héros à ses premiers Jeux. Sachez néanmoins que, dès cette séquence, on comprend que les principaux atouts de cette "œuvre" sont deux de ses comédiens : Benjamin Voisin (révélé par Illusions perdues) et Emmanuelle Bercot (dont la seule présence est -presque- capable de sauver un film). Le premier incarne le champion de tir. C'est un vrai rôle de composition, dans lequel il est méconnaissable. La seconde joue une coach à l'américaine (chewing-gum ostensible à la clé)... un peu agaçante tout de même, à la longue.

   Hélas, le reste de la distribution est beaucoup moins reluisant. On pourrait faire preuve d'indulgence envers les figurants inconnus, qui n'ont visiblement pas été bien dirigés. On est en revanche déçu par certaines prestations : on a vu Laura Felpin meilleure ailleurs, tandis qu'Aure Atika est consternante de maladresse. (Ce n'est pas que celle de son personnage ; elle surjoue, à l'évidence.) Quant à Grégoire Ludig, dont le personnage semble inspiré de David Douillet, il n'a qu'une expression sur le visage... mais une bonne dizaine d'apparitions à son actif, qu'il gère médiocrement.

   Du coup, j'ai cherché mon bonheur ailleurs... et je l'ai (en partie) trouvé dans les flashs info... non pas tant dans la caricature des journalistes (qui feraient passer ceux de CNews pour des parangons de subtilité) que dans les dépêches qui défilent en bas d'écran. Ce sont bien entendu des informations bidons, mais elles sont presque toutes cocasses, surtout quand elles évoquent les sportifs français. Elles répondent aux images qui évoquent les échecs successifs des membres de la délégation tricolore, plutôt bien mis en scène, ma foi.

   Malheureusement, dès le début, on sent comment cela va tourner, à quel type d'obstacle le héros va être confronté. On sent venir à des kilomètres les "messages" véhiculés par le film (sur le climat, le "vivrensemble", la coolitude...).

   Notons que certains aspects de l'intrigue sont inspirés de la réalité, comme la fiesta quasi permanente dans une partie du village olympique, l'usage important des préservatifs (même si, dans le film, on surestime le nombre distribué aux sportifs : une cinquantaine, au lieu de vingt... petits joueurs !). Quant à l'histoire du nageur du Vanuatu, elle puise sans doute un peu dans celle d'Eric Moussambani, à Sydney, en 2000. On l'a repeinte d'un vernis climatique pour se mettre dans l'air du temps. (Mais attention, hein : son pays est bel et bien victime des changements en cours.)

   Sur le fond, le défaut le plus important du film est sa référence à la formule de Pierre de Coubertin (« Le plus important aux Jeux olympiques n’est pas de gagner mais de participer »). Le bon baron poursuivait en insistant sur la nécessité de donner le meilleur de soi lors de la compétition... pas dans les soirées alcoolisées ou au plumard, avec d'ailleurs des sportives qui ne participaient qu'exceptionnellement aux Jeux, lors des premières éditions. La citation, sortie de son contexte, est utilisée pour faire l'apologie de la bringue à tout va et de la consommation d'un tas de produits qui ne sont pas vraiment recommandés pour maintenir un corps en bonne santé. En revanche, on ne peut que soutenir le propos en faveur de l'amitié entre les peuples. Mais c'est mis en scène avec une telle maladresse que cela devient gênant.

   Le film s'achève par deux séquences d'intérêt inégal. La première conclut les Jeux de manière grotesque, tandis que la seconde nous fait un peu respirer... mais elle est tout aussi fantaisiste que la précédente.

   C'est plutôt un film à visionner un soir d'ennui, sur son ordi (pour pas cher), avec de quoi grignoter à proximité.

McDonald & Dodds, force 3

   Ce soir, France 3 commence à diffuser la troisième saison des enquêtes du duo de policiers les plus mal assortis de toute l'Angleterre, à savoir le pantouflard Dodds (Jason Watkins, toujours aussi épatant) et la dynamiteuse McDonald (Tala Gouveia, parfaite dans le rôle).

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   Un seul épisode inédit nous est offert : « Belvedere ». Il commence par une course-poursuite dans les rues du centre-ville de Bath, qui illustre bien la différence de tempéraments entre les deux principaux enquêteurs. Mais, une fois leur malfrat coffré, ils sont confrontés à une tout autre affaire : le meurtre d'une jeune femme, survenu en public, dans un parc, la victime étant décédée curieusement souriante...

   L'intrigue est très bien écrite, sinueuse à souhait, faisant intervenir l'Irlande, des secrets de famille, un témoin sous protection... et les différences d'accent anglais. Voilà pourquoi je recommande de visionner cet épisode dans sa version originale sous-titrée, les principaux personnages parlant presque tous un anglais légèrement différent de celui de leurs interlocuteurs : oxfordien, anglais du sud-est, anglais du sud-ouest, manchestérien, londonien bourgeois ou populaire...

   C'est à la foi énigmatique et drôle, avec des rebondissements. J'ai beaucoup aimé.

   P.S.

   En deuxième partie de soirée est rediffusé Le Petit Homme qui n'était pas là, dont j'avais parlé l'an dernier.

samedi, 11 mai 2024

Le Tableau volé

   Inspiré d'une histoire vraie (comme La Femme au tableau, qui lui traitait du devenir d'une œuvre de Gustav Klimt), ce film de Pascal Bonitzer est à la fois un polar économico-artistique, un portrait de notre époque et une aventure humaine.

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   Il bénéficie d'une distribution quatre étoiles, avec Léa Drucker, Nora Hamzaoui, Louise Chevillotte, Laurence Côte, Alain Chamfort (que, dans un premier temps, je n'avais pas reconnu), Arcadi Radeff... et surtout Alex Lutz, dont je vais redire qu'il est l'un des acteurs les plus doués de sa génération.

   Ici, il incarne André Masson, un commissaire-priseur riche et arrogant, aimant les belles montres, les belles voitures, les beaux costumes, les bons whiskys. Il est surtout passionné par l'art, notamment pictural. Après quelques hésitations, il accepte d'évaluer une toile retrouvée dans un grenier, en compagnie de son ex-femme Bertina (spécialiste d'Egon Schiele). La famille propriétaire de la maison est du genre prolétaire, tandis que les ayant-droit, résidant aux États-Unis, sont plus à l'aise financièrement.

   A cette intrigue fil rouge se greffent des arcs narratifs secondaires. Le premier que l'on découvre est celui qui concerne la stagiaire d'André, une menteuse pathologique qui nous réserve bien surprises. Un autre arc évoque les rivalités à l'intérieur de la société de commissaires-priseurs qui emploie André. Un autre volet encore évoque la situation familiale délicate de Martin, l'ouvrier qui a découvert la toile.

   Quand il s'avère que le tableau n'est pas une imitation, l'enjeu qu'il représente (symboliquement... et surtout financièrement) commence à soulever des passions, plus ou moins avouées. Le film prend donc un tour policier pas déplaisant du tout.

   Croisant souvenirs de la Seconde Guerre mondiale, fracture sociale, mondialisation et tensions familiales, ce film est une excellente surprise, où se révèle la maîtrise d'un cinéaste à la carrière discrète.

Le Royaume de la planète des singes

   C'est la traduction littérale du titre anglais de ce film. Je ne vois pas pourquoi le distributeur français a voulu parler de "nouveau" royaume, à part peut-être pour faire le lien avec "la trilogie marseillaise de César", achevée en 2017 avec Suprématie.

   A celles et ceux qui auraient oublié ces films, le début fait office de petite piqûre de rappel, sous forme d'hommage au Messie des singes, dont les obsèques ont un petit côté Wakanda Forever.

   Plusieurs générations plus tard, les singes parlants vivent en clans séparés, parfois ignorant la présence des autres. Durant cette partie, on a visiblement tenu à nous faire découvrir en long et en large la vie quotidienne des primates, en particulier celle d'un trio de jeunes, un peu casse-cou. Les spectateurs dotés d'un minimum de neurones comprendront très vite que l'un des trois, Noa, est voué à un prestigieux destin. Ce film-ci est l'histoire de son apprentissage, à travers une chute puis une résurrection, qui sera une révélation. Bref, rien de nouveau sous le soleil. Hollywood recycle ses vieilles recettes, en s'appuyant sur une technologie bluffante. C'est d'ailleurs le principal intérêt de cette première partie, trop longue à mon goût.

   Dans un second temps, cela s'anime. On découvre d'autres catégories de singes... et des humains... en particulier une humaine, dont personne ne s'étonnera que, sous les couches de crasse, elle soit un petit canon, bad ass de surcroît. Dans un premier temps, faute de connaître son identité, les singes la nomment Nova... comme la gamine survivante de Suprématie... tiens, tiens...

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   Du côté des primates, je note plusieurs bonnes surprises, avec notamment l'introduction du personnage de Raka, un orang-outan lettré, un brin philosophe, dont on espère qu'il fera son retour dans l'épisode suivant. (Le présent volet n'est sans doute que le premier d'une nouvelle trilogie.) Concernant ce personnage, l'animation est impressionnante, en particulier celle des traits du visage, une maestria que l'on retrouve chez Proximus César, le méchant de l'histoire, un grand bonobo tenaillé par une ambition démesurée.

   L'intrigue devient palpitante quand on découvre le gigantesque campement des singes, installé à proximité de l'entrée fortifiée d'un ancien blockhaus, dont Proximus veut s'approprier les secrets. Il n'est pas le seul à vouloir y pénétrer...

   Les amateurs d'action et de suspens sont servis. A la séquence d'attaque du village de Noa succède celle de la bataille du blockhaus, assez magistrale, le tout se concluant dans un duel que l'on sent venir de loin, y compris sa conclusion.

   L'impression de déjà-vu se confirme à travers les allusions à d'anciens films. Je pense à un plan tourné sur une plage (peut-être californienne, alors que, dans un vieux film, elle est atlantique). Je pense aussi à la séquence de chasse, qui rappelle les productions des années 1960-1970, y compris la série (que j'avais à l'époque trouvée très réussie).

   Je trouve que le film se termine mieux qu'il n'a commencé. Quelques ultimes révélations nous mettent l'eau à la bouche. On attend la suite.

10:19 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 10 mai 2024

The Fall Guy

   Inspiré (plus ou moins) de la série L'Homme qui tombe à pic, le nouveau film de David Leitch (Bullet Train, Deadpool 2...) est un vibrant hommage au métier de cascadeur et à un certain cinéma populaire, mêlant romantisme et scènes d'action.

   Pour le côté romantique, on a l'histoire d'amour contrariée entre Colt et Jody, le cascadeur et la cadreuse devenue réalisatrice. Ils sont incarnés par deux des plus belles plantes du cinéma hollywoodien : Ryan Gosling (dont le banc de muscu a dû beaucoup souffrir) et Emily Blunt, gaulée comme une déesse.

   A travers leur histoire, Leitch nous montre un peu l'envers du décor... et quelques secrets de fabrication. C'est aussi pour Hollywood une façon de se regarder le nombril. Il y a donc de la mise en abyme dans l'air et quelques allusions compréhensibles des initiés. La principale concerne un acteur très connu, qui prétend réaliser lui-même ses cascades. Plusieurs indices concernant son identité sont disséminés dans le film...

   Celui-ci montre donc un tournage en cours, celui de Metalstorm, une œuvre qui, a priori, n'est pas destinée à bouleverser l'histoire du cinéma. Mais ce n'est pas le seul emboîtement mis en scène. On découvre rapidement que le scénario du semi-nanar s'inspire du passé sentimental des deux protagonistes, qui se retrouvent après une rupture d'un an. Enfin, en cours de route, les spectateurs les plus attentifs comprendront que ce que sont en train de vivre les personnages influe sur le contenu du film... et vice versa.

   C'est donc une œuvre malicieuse, remplie de clins d’œil et de références cinématographiques, de Deux Flics à Miami à Mad Max, en passant par Mission : impossible, James Bond, L'Homme qui valait trois milliards... et même Dune, dont Leitch se moque gentiment à l'occasion d'une des dernières séquences.

   En tentant de reconquérir sa dulcinée, le cascadeur malchanceux se retrouve impliqué dans un complot, lié à la disparition de l'acteur-vedette qu'il doublait naguère, ainsi qu'à un meurtre. Le film sur le tournage d'un film d'action prend donc le chemin d'un autre film d'action, nourri d'impressionnantes cascades, allant de multiples tonneaux sur une plage (record du monde battu à l'occasion de ce tournage) à un saut périlleux, en passant par une poursuite avec un camion-benne. N'oublions pas les scènes de baston, la première (très chorégraphiée) dans une boîte de nuit, la meilleure opposant... les deux amoureux !

   C'est virevoltant et épicé d'humour. A ce sujet, je conseille la version originale sous-titrée, dans laquelle on peut entendre Ryan Gosling parler en français... uniquement quand il s'adresse à Jean-Claude, l'un des plus redoutables protagonistes de cette histoire. La langue de Joe Biden permet aussi d'apprécier à leur juste mesure certains jeux de mots, comme ce ice crime qui joue un rôle clé dans l'intrigue.

   C'est drôle, rythmé, romanesque... et la musique est bonne... sauf quand c'est du Taylor Swift. (Mais là, on pardonne, parce que la scène est humoristique.)

   J'ai passé un excellent moment.

   P.S.

   A la fin, Lee Majors (le Colt Seavers d'origine) fait un caméo (peut-être en compagnie d'Heather Thomas, son ancienne partenaire).

23:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 08 mai 2024

Un Homme en fuite

   Dans ce polar aux accents franco-belges, il n'est pas question d'un pensionnaire d'EHPAD souffrant d'incontinence. Nous suivons deux trajectoires en apparence parallèles, mais qui en réalité tendent à converger : celle d'une OPJ de la gendarmerie et celle d'un écrivain-voyageur. Tous deux sont originaires de la commune (fictive) de Rochebrune, où un braquage sanglant vient d'être commis.

   La gendarme avait quitté cette ville avec ses parents, alors qu'elle était encore gamine, plusieurs dizaines d'années auparavant, tandis que l'écrivain s'était littéralement enfui à l'âge adulte, pour une raison que l'on peine à déterminer. Léa Drucker (vue notamment dans Couleurs de l'incendie) et Bastien Bouillon incarnent ces deux personnages dont les parcours se répondent sans, dans un premier temps, se croiser. La première m'a impressionné en enquêtrice tenace et sans parti-pris, plutôt du genre taiseuse. Le deuxième, que j'avais trouvé très bien dans La Nuit du 12, m'a paru un peu en-dessous ici. Il se fait voler la vedette par les interprètes des seconds rôles, Marion Barbeau et surtout Pierre Lottin... oui, Wilfried Tuche ! (Je n'en reviens pas d'avoir écrit ce qui précède...)

   Les ouvriers sont eux aussi très bien campés, tout comme le truand belge emprisonné, qui a les traits de Wim Willaert, qu'on peut actuellement retrouver dans Une Affaire de principe.

   J'ai choisi d'aller voir ce film en partie en raison du cadre de son histoire : le nord des Ardennes, entre Charleville-Mézières, Revin et Fumay, celle-ci située dans la fameuse "pointe de Givet", l'index français (le majeur ?) qui gratifie la Belgique d'un toucher rectal...

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   Je me suis déjà rendu dans le coin à plusieurs reprises, mais l'été. C'est en général assez animé et le temps ensoleillé rend la région très agréable à parcourir. Ce n'est hélas pas le cas dans le film, tourné pendant les mois de novembre-décembre. C'est gris, pluvieux, les bâtiments semblant tous en mauvais état... et la population guère mieux. Chômage, déprime, maladies semblent être le quotidien d'un bassin d'emploi menacé de perdre un de ses derniers fleurons industriels. Le braquage du fourgon n'aurait-il pas été commis par le "Robin des bois" de la région, ce Johnny, rebelle inclassable, qui soutient la cause des ouvriers ?

   Patiemment, Anna (la gendarme) mène l'enquête, s'efforçant de ne pas céder aux pressions qui viennent d'en-haut, tout en renouant avec une partie de son enfance. Ici, contrairement à ce qu'on peut voir dans tant de films et séries policières hexagonales, le travail des forces de l'ordre n'est pas représenté de manière fantaisiste. De son côté, Paul (l'écrivain) retrouve ses parents... et son ex, pas vue depuis quinze ans.

   Petit à petit, on comprend que l'une des clés du mystère se trouve dans le passé, une nuit durant laquelle sont survenus deux événements que personne, à l'époque, n'avait pensé à relier. Le réalisateur nous y amène assez finement, grâce notamment à des retours en arrière qui nous conduisent de l'enfance de Paul à cette fameuse nuit, en passant par une fin d'adolescence tourmentée. C'est donc aussi une histoire d'amour(s) et d'amitié, avec des regrets, des rancœurs, des non-dits.

   C'est enfin un film politique, engagé... de manière un peu trop manichéenne pour moi. Les patrons sont des méchants, les politiciens sont corrompus et les flics sont (presque) tous des salauds (surtout les CRS). Certains fils scénaristiques sont même tissés pour guider notre regard (et donc notre jugement) sur les événements. Alors que deux meurtres ont été commis (à quinze ans d'intervalle), nous sommes incités à trouver des excuses à certains personnages. Mais, dans les deux cas, on ne dispose que d'une version de l'histoire, la mise en scène évitant de surcroît de montrer frontalement les deux décès.

   Du coup, on n'est guère surpris par la conclusion, en particulier par l'attitude de la gendarme, totalement irréaliste. C'est décevant et très dommage, parce que l'habillage, tant visuel que musical, est joli et les acteurs convaincants.

(C'est plutôt un film à recommander aux électeurs de gauche radicale.)

mardi, 07 mai 2024

Vampire humaniste cherche suicidaire consentant

   Ce faux film d'horreur québécois est distribué de manière confidentielle dans notre pays. Je suis tombé dessus par hasard, lors d'un déplacement professionnel.

   La mise en bouche est emballante. Dans une famille d'aspect un peu traditionnel, on célèbre l'anniversaire de la petite dernière. Papa, maman, tata et la cousine se réunissent autour de Sasha et lui offrent... un clown ! La gamine est folle de joie, tandis que le reste de la famille attend avec impatience que l'intermittent du spectacle finisse son numéro... parce qu'ils ont les crocs !

   Le décalage est donc la marque de fabrique de cette comédie fantastique, sur fond sociétal. Sachez que les vampires ont eux aussi leurs problème de famille, les couples s'engueulent, les ados dépriment... à ceci près que l'ado en question a... soixante-huit ans ! Au grand désespoir de certains membres de la famille, elle n'a toujours pas commencé à "chasser" et doit se contenter de consommer des pochettes de sang, un peu comme une jeune humaine boirait du jus de fruit.

   Un soir, pourtant, l'espoir renaît dans la famille, quand les parents découvrent que Sasha a "fait ses dents"... comme c'est émouvant ! Mais la demoiselle ne se met dans cet état que lorsqu'un humain très gentil est en danger... ou quand elle voit du sang couler.

   La suite oscille entre comédie et film(s) de genre. Le gars tout gentil, victime de harcèlement, voudrait mourir, tandis que Sasha hésite à croquer le seul humain dont la compagnie lui est agréable. Ils signent alors un pacte, dont les conséquences n'ont pas fini de nous étonner.

   C'est une fort belle découverte. La mise en scène reprend les codes du film d'horreur et de la comédie pour ados, en les détournant pour traiter une belle histoire d'entrée dans l'âge adulte, amour et vengeance étant au programme.

   J'ai adoré.

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vendredi, 03 mai 2024

Une Affaire de principe

   Antoine Raimbault (révélé il y a quelques années par Une Intime Conviction) a adapté l'un des chapitres du livre de José Bové Hold-up à Bruxelles, sorti en 2014. Décrivant de l'intérieur le fonctionnement de deux institutions européennes (la Commission et le Parlement), ce long-métrage est à la fois un thriller politique et un film-dossier, un peu à l'image du récent Dark Waters et du plus ancien Révélations (de Michael Mann).

   Bouli Lanners s'est fait les moustaches de l'ancien paysan aveyronnais (reconverti en politique), tandis que Thomas VDB réussit à incarner de manière crédible son assistant parlementaire. Au niveau de la distribution, la révélation est la jeune Céleste Brunnquell, qui incarne une stagiaire idéaliste qui tente de faire bouger les choses. Quant aux amateurs de films de l'univers DC, ils apprécieront de retrouver la délicieuse Lisa Loven Kongsli, alias l'Amazone Ménalippe dans Justice League et Wonder Woman.

   J'ai failli oublier : une jolie (ré)apparition, celle de Maria de Medeiros, en cadre de l'OMS.

   Il vaut mieux le dire dès maintenant : ce n'est pas un film facile d'accès. J'ai trouvé le début laborieux, bien qu'indispensable à la compréhension de l'histoire. Il faut accepter d'être un peu perdu et maintenir son attention le temps que la pelote se dévide, au fur et à mesure des découvertes de la petite équipe de héros.

   C'est joué sobrement, sans effet de manche. C'est presque une œuvre d'instruction civique, du genre de celles qui montrent que la démocratie n'est pas chose facile. Non, la facilité en politique, c'est le populisme, d'extrême-droite comme d'extrême-gauche. L'engagement politique, le vrai, ne consiste pas à foutre le feu ou propager des propos extrémistes, mais à analyser, rechercher, argumenter, agir au nom de l'intérêt général.

   C'est un film nécessaire.

jeudi, 02 mai 2024

Les Maîtres du temps

   Ce vieux film d'animation français (datant des années 1980) ressort sur les écrans en version restaurée. C'est l'occasion de vérifier qu'il y a une quarantaine d'années, du point de vue technique, l'animation hexagonale n'avait pas à rougir de la comparaison avec son homologue japonaise. La ressortie est tout de même l'occasion de constater que beaucoup de chemin a été parcouru depuis.

   Sur le fond, l'intrigue entremêle des thèmes assez répandus dans l'univers SF adulte. Il s'agit d'une dystopie, qui évoque un régime totalitaire, des préoccupations environnementales, avec une représentation assez "genrée" des protagonistes masculins et féminins. Précisons que ce n'est pas tout public : certaines scènes sont assez dures, trop pour des enfants en bas âge (qui, de surcroît, se perdraient dans la complexité de l'intrigue).

   Au niveau du rythme, c'est assez poussif au début, avant que la survenue de péripéties ne fasse remonter l'intérêt. Le meilleur survient quand deux vaisseaux entrent en contact...

   J'ajoute que l'histoire se termine sur une pirouette, un paradoxe temporel qui incite à revoir toute l'intrigue sous un autre jour. C'est malin mais pas très rigoureusement raccordé au reste.

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mercredi, 01 mai 2024

N'avoue jamais

   Le bouche-à-oreille est bon... et j'apprécie les deux acteurs principaux. Sabine Azéma et André Dussolier ont accompagné ma vie de cinéphile et ils ont de beaux restes.

   François est un général à la retraite, âgé de 75 ans. Sa maison respire le patriotisme, entre figurines napoléoniennes, drapeaux tricolores et souvenirs de la Seconde Guerre mondiale (sans doute du Débarquement de Provence, dont nous célèbrerons le 80e anniversaire en août prochain). L'introduction du film, mi-ironique mi-sérieuse, présente en images cet aspect du contexte familial.

   L'ex-militaire a (presque) tout pour être heureux : une belle maison, une épouse formidable, Annie (Sabine Azéma, une fois de plus épatante), trois enfants, l'aîné, Amaury, lui ayant "donné" quatre petites-filles. Il manque juste une chose pour que son bonheur soit complet : un héritier mâle à la génération des enfants. Le fils aîné suit les traces de son père sous l'uniforme, tandis que la cadette Capucine demeure (apparemment) célibataire, le benjamin Adrien, antimilitariste et écologiste, semblant hostile à l'idée d'avoir une progéniture.

   Pour François, cet univers rassurant commence à s'effondrer quand, en rangeant le grenier, il découvre un livre peu ordinaire, en réalité une boîte où sont cachées des lettres d'amour, celles que son épouse a jadis reçues d'un ami du couple... alors qu'elle était déjà mariée à François ! La décision de celui-ci de retrouver ce Boris, pour lui casser la gueule, enclenche une série de péripéties au départ insoupçonnées.

   J'ai eu un peu peur au début. Si Sabine Azéma est vraiment très bien dans le rôle de l'ex-fautive restée par amour auprès de son mari, André Dussolier en fait un peu trop en vieux mâle dominant en perte de repères. Cela s'arrange par la suite, notamment grâce à la mise en scène. Si les dialogues sont parfois un poil trop littéraires, l'insertion de détails cocasses et un sens indéniable du comique de situation font de la première heure un moment très agréable, bien porté aussi par certains personnages secondaires, comme celui de Boris, l'homme tentateur, incarné avec un évident plaisir par Thierry Lhermitte. J'ai aussi aimé la prestation de Joséphine de Meaux en fille cadette rebelle mais très attachée à son père. (Les téléspectateurs ont pu la voir ces dernières années dans la série César Wagner ainsi que dans Tout le monde ment.)

   Sans surprise, la petite expédition punitive montée par François en direction de Nice ne va pas se passer comme prévu. Les rebondissements sont assez nombreux, parfois très inattendus. De franchement comique, l'intrigue devient plus douce-amère. Le personnage d'Annie, la "coupable" du début, acquiert une belle épaisseur, celle d'une femme qui a dû sacrifier beaucoup de choses pour son mari et qui n'est plus prête à se laisser faire. Dussolier nous touche aussi en homme certes autoritaire, mais pas méchant, prêt à évoluer... cependant, n'est-il pas trop tard ?

   Cela se conclut de manière malicieuse... laissant la porte ouverte à une suite.

   Deux semaines après Nous, les Leroy, la comédie française confirme qu'elle peut sortir du caniveau où certains la confinent un peu trop souvent.

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mardi, 30 avril 2024

Drive-away Dolls

   Cette "virée des (deux) poupées" n'est évidemment pas sans rappeler Thelma & Louise, avec un duo composé d'une délurée et d'une coincée... à ceci près qu'ici les protagonistes sont homosexuelles, Ethan Coen finissant même  par intituler son film Drive-away Dykes ("La Virée des gouines" ou "Les Gouines en balade").

   Ce n'est donc pas une œuvre à conseiller à celles et ceux que la représentation de l'amour lesbien débecte. On nous en verse plusieurs louches, la meilleure lampée étant pour moi celle du début (avec la policière, interprétée par Beanie Feldstein, au tempérament volcanique).  C'est aussi, pour certains mâles hétéros, l'occasion de découvrir l'existence d'un mobilier original, comme le godemiché mural.

   L'esprit des frères Coen souffle (un peu) sur l'intrigue, à travers l'introduction de types patibulaires, à la recherche d'un mystérieux carton à chapeau et d'une mallette au contenu précieux. Un trio de larbins pas franchement dégourdis se lance à la poursuite de nos deux gouines en goguette. La meneuse est une libertaire, du genre sans gêne, tandis que sa copine semble plus réfléchie. Si la première a eu tendance à me taper sur les nerfs, j'ai bien aimé la manière dont Geraldine Viswanathan a interprété la seconde, avec son regard de cocker et ses expressions consternées (devant la bêtise de certains mecs, l'outrecuidance de sa copine ou l'injustice de la vie).

   Je note que deux personnages (très différents) sont montrés en train de lire un livre (d'Henry James), une rareté dans le cinéma contemporain.

   Parmi les invités de cette pochade, signalons Matt Damon, qui incarne un sénateur républicain très porté sur les "valeurs"... et doté d'un appendice génital qui fait des envieuses... parce que ces dames, bien que branchées goudous, ne sont pas contre l'utilisation d'un phallus pour atteindre l'orgasme. Problème : comment y parvenir sans céder à l'immonde patriarcat ? Je laisse à chacun(e) le loisir de découvrir comment Ethan  Coen et sa compagne Tricia Cook ont traité le nœud de cette intrigue.

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dimanche, 28 avril 2024

Back to Black

   Le biopic est un genre cinématographique florissant, en particulier quand il est consacré à un chanteur ou une chanteuse. Voici donc venu le tour d'Amy Winehouse, sous le titre de son album iconique... que j'avais, à l'époque, acheté... à la grande surprise de mon entourage, d'ailleurs ! (Je viens d'en achever la réécoute, pour me remettre dans le bain.)

   Signalons tout de même que ce film-ci n'évoque que les neuf-dix dernières années d'Amy, à partir du moment où elle se lance dans la musique. Ce n'était pas qu'une voix, quand bien même celle-ci était incomparable.

   Restait à trouver la perle rare, une (bonne) comédienne qui ressemblerait un peu à la défunte diva, de préférence avec des qualités vocales. Pari tenu avec Marisa Abela, une quasi-inconnue, qui a fait de la figuration dans le récent Barbie.

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   L'impression de ressemblance a été renforcée par un bon maquillage, de l'entraînement, un coach vocal, un coach comportemental (pour acquérir la gestuelle et la démarche d'Amy)... et un même un coach "dialectal" (pour le parler cockney londonien). Je recommande donc de voir le film en version originale sous-titrée, d'autant que ce que j'ai entendu de la VF ne m'a pas emballé.

   La première fois que j'ai entendu une chanson d'elle, je ne savais pas du tout qui elle était... et j'ai d'abord pensé qu'il s'agissait d'une chanteuse afro-américaine. Je n'étais finalement pas si loin de la réalité, puisque les influences jazz, blues et soul, venues de l'autre rive de l'océan Atlantique, ont été déterminantes dans la formation musicale de la Londonienne.

   Deux autres personnes ont joué un rôle clé dans son existence : son père, chauffeur de taxi et crooner à ses heures perdues (Eddie Marsan, plutôt bien, peut-être trop), et sa grand-mère paternelle, véritable figure tutélaire, excellemment incarnée par Lesley Manville.

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   L'enfance de la future vedette est peu creusée. On comprend qu'elle a beaucoup souffert du divorce de ses parents. Le biopic évite aussi de représenter l'autre membre de la famille proche : le frère aîné.

   En revanche, il nous narre en détail son début de carrière... et la naissance d'un amour fou, toxique, pour le jeune Blake, un beau gosse drogué, avec du bagout, dont Amy s'est entichée, pour le meilleur (des moments de pur bonheur et l'inspiration de certains de ses succès) et le pire (l'alcool, la drogue... et la violence). Sur ce point, je trouve qu'à l'image de ce qu'on a pu voir concernant Freddie Mercury (dans Bohemian Rhapsody), le film atténue le comportement autodestructeur de l'artiste. Concernant Amy, on évite de nous la montrer incapable de chanter, dans ses derniers concerts. (Les sifflets entendus ne visaient pas tant son attachement pour son (ex-)compagnon que son attitude vis-à-vis du public.) Parfois, c'est un peu trop sentimental à mon goût, et un peu aseptisé.

   Sans être très profond, le film permet tout de même de toucher du doigt les causes du succès : une voix peu commune, l'aspect vécu (et universel) des textes de ses chansons, un caractère bien trempé, un accoutrement singulier, des tatouages... et un joli minois. (Si la demoiselle avait pesé trente kilos de plus et avait souffert d'un strabisme, elle n'aurait sans doute pas suscité le même enthousiasme...)

   Les "passages obligés" (alcool, drogue, relation amoureuse en dents de scie, harcèlement par les paparazzi) sont correctement traités, sans plus.

   Il reste le parcours d'une étoile filante, une jeune femme qui avait ce petit quelque chose en plus qui ne s'apprend pas dans les écoles de chant ou de danse, le tout bien rendu par une excellente interprète.

Le Déserteur

   Tourné avant le pogrom du 7 octobre dernier, ce film israélien entre étrangement en résonance avec l'actualité proche-orientale, même si l'intrigue se situe dans le contexte de 2014, celui d'une (autre) intervention militaire de Tsahal dans la bande de Gaza, à une époque où Benyamin Netanyahou était déjà Premier ministre.

   Le premier quart d'heure est emballant. On n'y entend pas le héros parler et les rares dialogues que l'on perçoit peuvent être qualifiés d'atmosphère. Avec les sons du bruitage, ils produisent une ambiance dont on comprend qu'elle met mal à l'aise Shlomi.

   Très vite, la caméra se met à suivre le jeune homme en mouvement. Le réalisateur a notamment recours au travelling (avant, arrière et latéral) pour montrer la fuite du soldat, sans que ses motivations soient claires. Est-ce de la lâcheté, est-ce le résultat d'une réflexion politique ou de l'envie de revoir sa petite amie, pour tenter de la convaincre de ne pas partir pour le Canada ?

   Le premier être vivant auquel Shlomi s'adresse est... le chien de la famille. C'est à ce moment-là que les choses se gâtent, le trait devenant appuyé, accompagné d'invraisemblances.

   Si l'acteur principal, Ido Tako, ne manque pas de charisme, la manière dont il est dirigé (ou dont on le laisse improviser) pose problème. Le premier élément qui m'a gêné est la manière dont on le voit manger. Cela commence avec une écolo-marxiste pastèque, sauvagement éventrée et malaxée. Cela continue au restaurant, où l'on voit le héros se goinfrer maladroitement et s'enfiler plusieurs grands verres d'eau sans que l'on sache pourquoi. Cela revient dans l'appartement de luxe (à Tel Aviv, je crois), autour d'un plat de pâtes dans lequel Shlomi finit par puiser avec ses doigts tout en maniant la télécommande de la télévision et en touchant sa copine (que ça n'a pas l'air de déranger) ! Il est possible qu'à travers ce comportement exacerbé le réalisateur ait voulu montrer l'appétit de vivre du personnage, mais, franchement, c'est mal fichu.

   Un autre aspect de l'intrigue pose plus problème : la présence de touristes français (qu'on présume juifs). Dans un premier temps, ils sont dépeints comme des soutiens imbéciles d'Israël, faciles à pigeonner. On les recroise par la suite. A l'une de ces occasions, là encore, c'est mal mis en scène : le jeune homme en voiture avait la possibilité de s'échapper sans sortir de son véhicule... mais cela aurait empêché le réalisateur de filmer un déshabillage forcé. C'est totalement artificiel. Le pire est que, lorsqu'on entend les touristes lui faire des reproches, l'une des voix s'exclame « avec tout ce qu'on vous donne ! » (sous-entendu : quelle ingratitude alors que la France soutient financièrement votre pays !). C'est factuellement inexact. Cela aurait été plus approprié si les touristes avaient été états-uniens (à ceci près que l'essentiel de l'aide est d'ordre militaire). Concernant la France, c'est plutôt le côté palestinien qui est soutenu financièrement, à travers notamment les engagements de l'UE.

   Ce n'est pas la seule fois où le réalisateur tombe dans la facilité. Lors de la scène de bar, qui montre une brochette d'«Israéliens moyens», au comptoir, sans doute avec un coup dans les carreaux, on sent la volonté de les présenter comme des crétins racistes. C'est le genre de scène que l'on pourrait tourner à peu près n'importe où. La placer ici, dans ce film-là, n'est pas anodin.

   En dépit de ces défauts, je dois reconnaître que l'intérêt remonte dans les vingt dernières minutes. A ce moment-là, le scénario se fait malin. En voulant échapper à l'engagement militaire, Shlomi provoque un mini-drame national : on le croit mort ou pris en otage par le Hamas. Dans un premier temps, le quiproquo provoque des tensions familiales (pas très bien mises en scène, même si le personnage de la mère est bien campé). C'est quand le héros doit faire un choix crucial que cela gagne en qualité, avec notamment une scène inattendue, qui n'est pas ce qu'elle paraît être de prime abord.

   J'ai de surcroît bien aimé la conclusion de l'histoire. Le film n'est pas sans intérêt, faisant preuve parfois d'une réalisation inspirée, mais ce n'est pas toujours maîtrisé, loin de là... et c'est assez orienté.

samedi, 27 avril 2024

LaRoy

   La première question à se poser n'est pas Qui est LaRoy ?... mais est LaRoy ? On comprend assez vite qu'il s'agit d'une petite ville, située dans le nord du Texas.

   Les deux premières séquences semblent n'avoir aucun lien entre elles... et pourtant, elles disent l'essentiel. La première montre un automobiliste déjà âgé accepter de prendre en stop un gars dont la camionnette vient de tomber en panne. Les deux acteurs sont excellents, suscitant chacun à son tour le trouble quant à ses intentions. La séquence suivante nous fait découvrir l'anti-héros de cette histoire, Ray, une sorte de loser : trompé par sa femme, grugé par son frère, méprisé par ses collègues, il est sur le point de commettre un geste irréparable...

   C'est là que le Destin s'empare de lui. Il lui suffit de se garer, un soir, sur un parking (presque) désert, pour se retrouver embarqué dans l'une des plus incroyables histoires que j'ai pu voir récemment sur grand écran.

   Un "meurtre par inadvertance" est le déclencheur, mais derrière tout cela se trouve une masse de pognon qui suscite la convoitise de presque tous les protagonistes : un concessionnaire automobile infidèle, un avocat véreux, une maître-chanteuse, son nouveau petit ami, l'épouse du concessionnaire, Ray lui-même, mais aussi son épouse, son frère, le pseudo-détective Skip... sans oublier l'impitoyable tueur à gages croisé au début de l'histoire. Cela nous vaut de savoureux entrecroisements, des rencontres fortuites, des quiproquos... et des meurtres. L'esprit des frères Coen (notamment Fargo) souffle sur ce film, assaisonné d'une pincée de Tarantino.

   C'est souvent drôle, mais aussi mélancolique (puisqu'il est souvent question d'amours déçues)... et parfois très joli à l'écran, le tout rehaussé par une musique folk/country parfaitement adaptée, que l'on doit (entre autres) à la Frenchie Delphine Malausséna.

   Je me suis régalé.

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samedi, 20 avril 2024

Spy x Family - Code : White

   Je ne connaissais pas le manga d'origine, pas plus que les premières adaptations animées. J'ai tenté l'aventure de ce film en raison du bouche-à-oreille positif et des extraits que j'ai vus.

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   Au cœur de l'intrigue se trouve une famille recomposée... eh oui, une de plus. Mais celle-ci est très décalée, franchement marrante. Le jeune papa est Loid (nom de code : Twilight), un espion de l'Ouest (Westalis) infiltré à l'Est (Ostania)... Nous sommes en pleine Guerre froide, d'un genre nouveau. C'est un as du déguisement, un pro du cambriolage, un expert en combat rapproché. Comme, en plus, il est beau gosse, il plaît à quantité de femmes... mais il pense avant tout à sa mission. Voilà pourquoi il a adopté une étrange orpheline, Anya, qui semble très mûre pour son âge... et pour cause : elle peut lire dans les pensées d'autrui. Elle seule est au courant que son papounet psychiatre est en réalité un agent secret... et elle trouve ça trop cool !

   Pour valider l'adoption et l'inscription de la gamine dans une école friquée pour jeunes prodiges, Loid se doit d'être en couple. Il a donc contracté un mariage blanc avec une charmante fonctionnaire, Yor, dont il ignore qu'elle est en fait une redoutable (et ravissante) tueuse à gages. Elle-même a choisi ce jeune et charmant psychiatre, au comportement anodin, comme couverture pour ses activités illicites... mais elle ne se doute pas de ce qu'il fait en dehors de sa clinique...

   Seule Anya sait tout, ainsi que son compagnon à poils, un bon gros gentil chien télépathe (portant nœud papillon), capable d'entrevoir le futur et appelé... Bond !

   Tout ça pour dire qu'on nage en pleine ambiance de film d'espionnage... 007 bien sûr, mais aussi Mission : impossible, dont le générique iconique sert à plusieurs reprises de musique d'ambiance, avec différentes orchestrations.

   J'ai beaucoup aimé les décors, qui mélangent un peu de futurisme à une architecture XIXe siècle, avec aussi de superbes intérieurs en bois. Un côté "nid douillet" se dégage de plusieurs scènes, tandis que d'autres sont marquées par une animation virtuose, quand il y a de l'action.

   ... et ça ne manque pas. Le plus cocasse est que l'intrigue va tourner, directement ou indirectement, autour d'un dessert particulier, un peu passé de mode, appelé "meremere". La capacité d'Anya à reproduire ce gâteau pour le concours organisé dans son école pourrait influer sur le sort de sa famille. La quête des ingrédients va embarquer ce petit monde dans une conspiration militaire, dont l'enjeu est la possession d'un mystérieux microfilm (plutôt une micro-carte SD), dont tout le monde finit par comprendre qu'il a sans doute été avalé par... cette gloutonne d'Anya ! En découlent de savoureuses péripéties, autour de la rapidité avec laquelle la jeune fille va "évacuer" la chose. Cela nous vaut notamment une extraordinaire séquence psychédélique, au cours de laquelle l'héroïne rencontre... "le dieu du caca" ! Celui-ci (un sympathique vieillard barbu qui pète en vert...) lui fait découvrir le "Paradis des toilettes". J'ai adoré !!

   Aux spectateurs moins portés sur le scabreux, je signale la présence de superbes scènes de combat, la maman tueuse se retrouvant confrontée à une sorte d'agent-prototype, contre lequel elle va devoir faire preuve d'agilité, de courage... et d'imagination.

   Il y a bien quelques défauts dans cette histoire un peu déglinguée : le côté enfantin de certaines scènes d'école et le manque de maturité des adultes dans l'expression de leurs sentiments. (La pudeur japonaise est ici exacerbée, à tel point que les jeunes adultes peuvent parfois passer pour des adolescents.)

   A part cela, j'ai passé un très bon moment, un peu comme avec Detective Conan (qui est toutefois meilleur, selon moi).

23:23 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 18 avril 2024

Civil War

   Le distributeur français ne s'est pas foulé. Il aurait pu traduire le titre d'origine en "Guerre civile" ou, plus judicieusement, le renommer "Sécession", puisque, dans l'histoire états-unienne, "Civil War" est le nom donné au conflit qui, entre 1861 et 1865, opposa grosso modo le Nord et le Sud du pays.

   Ici, on retrouve cet antagonisme géographique, puisque le gouvernement "officiel" semble contrôler notamment New York et Washington DC, tandis que les sécessionnistes de "l'Armée de Ouest" sont au départ la Californie et le Texas, auxquels s'est jointe la Floride. Beaucoup d’États intermédiaires semblent s'être déclarés neutres.

   En écrivant son scénar, Garland (auquel on doit, entre autres, l'excellent Ex Machina) a un peu brouillé les pistes, notamment en associant dans la coalition rebelle des États qui ont des traditions opposées (démocrate pour la Californie, républicaine pour les autres)... mais les évolutions tant démographiques que socio-économiques tendent petit à petit à faire basculer la majorité du Sud dans le camp démocrate. De surcroît, quand on regarde la composition des troupes, on voit nettement plus de minorités ethniques du côté de l'Armée de l'Ouest. En face, le président des États-Unis croupions, s'il n'est pas un décalque de Donald Trump, semble avoir un profil républicain... et mener le pays d'une manière un tantinet dictatoriale. (C'est peut-être plus évident pour le public états-unien.) Les spectateurs attentifs auront aussi remarqué que certains personnages évoquent la détestation dont les journalistes sont l'objet, entre New York et Washington DC.

   Au départ, l'incertitude pesant sur la nature de chaque camp nous oblige à être attentifs aux détails et à réfléchir. Mais, à la longue, ce flou artistique devient irritant et mène à une grosse déception. Garland n'a pas l'intention de traiter des déviances de l'Amérique actuelle (la complotisme et la mentalité réac d'une partie de la droite, la cancel culture et les délires sur le genre d'une partie de la gauche). Je crois qu'au fond il s'en fiche (du moins, dans ce film-ci).

   C'est d'abord une œuvre sur les reporters de guerre... et une histoire de passation de témoin, entre deux femmes. Kirsten Dunst incarne Lee, la photographe chevronnée, une dure à cuire dont on comprend qu'elle en a vu des vertes et des pas mûres au Moyen-Orient, en Afrique comme dans les Caraïbes. Cailee Spaeny interprète Jessie, la relève, une jeune présomptueuse ignorante du danger, admiratrice de Lee.

   La première partie n'est guère emballante. C'est trop verbeux, avec des situations souvent déjà vues ailleurs. Parfois, certains personnages se comportent comme des protagonistes des films d'horreur bas-de-gamme : ils font ce qu'aucune personne sensée ne ferait dans la vraie vie... ce qui permet à un scénariste en panne d'inspiration d'épicer son intrigue.

   Le moment clé est pour moi l'épisode de la fosse commune, avec l'intervention d'un personnage vu dans la bande-annonce, un inquiétant militaire incarné par Jesse Plemons (qui, dans le civil, est le compagnon de... Kirsten Dunst !).

   A partir de là, on reste scotché à son siège, jusqu'à l'emballante séquence de l'assaut de Washington DC, très bien mise en scène.

   Du coup, je devrais être plus enthousiaste que cela... mais j'ai été gêné par quelques grosses ficelles, en particulier tout ce qui touche à la relation entre les deux femmes photographes. Son évolution est tellement prévisible ! Au début, Lee joue un peu le rôle de mentor de Jessie, même si c'est à son corps défendant. La jeune apprentie commet des erreurs, s'expose imprudemment... mais, petit à petit, affine son style. Arrive, de manière particulièrement abrupte, le moment de bascule : lors de l'assaut de Washington, Lee, qui a pourtant derrière elle 20 à 25 ans de couverture de conflits sanglants, perd tout à coup ses moyens tandis que Jessie se montre meilleure que jamais... et je ne parlerai pas de la péripétie qu'on sent venir à des (centaines de) kilomètres, qui entache une fin d'histoire pourtant plutôt bien menée.

   Je suis sorti de là un peu déçu, en dépit de la force de certaines scènes.

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mardi, 16 avril 2024

Nous, les Leroy

   On sait, au moins depuis les Rita Mitsuko, que les histoires d'amour finissent mal... en général. Une nouvelle déclinaison nous est proposée à travers l'évolution du couple formé par Sandrine (épatante Charlotte Gainsbourg) et Christophe (José Garcia, en clown triste et attachant).

   J'ai été pris par le début, qui nous présente le passé du couple à travers un montage de messages laissés sur des répondeurs téléphoniques ou des boîtes vocales. On sent bien qu'au départ, ce fut passionnel, rock'n'roll même. Cet amour s'est densifié, ramifié... et semble ensuite se rabougrir : Sandrine a envie d'autre chose.

   Les deux interprètes principaux sont excellents. José Garcia n'en fait pas trop dans le rôle du père qui en fait trop pour tenter de sauver son couple. Charlotte Gainsbourg prouve à nouveau qu'elle dispose d'une palette de jeu étendue. Je signale aussi la bonne composition de Lily Aubry et Hadrien Heaulmé, qui ont la charge d'interpréter les enfants du couple, âgés de 16-18 ans. C'est suffisamment rare pour être signalé : je n'ai pas eu envie d'en prendre un pour frapper l'autre. Ce ne sont pas des ados caricaturaux. Les personnages sont sans doute bien écrits, mais je pense que le talent des comédiens y est aussi pour quelque chose.

   Le scénario se nourrit évidemment d'anecdotes vécues, dans lesquelles peuvent se retrouver des parents comme des enfants. Devant certaines situations, j'ai eu comme une impression de déjà-vu...

   La première partie mise principalement sur le ressort comique. Le désamour, le risque de séparation et les tentatives pathétiques de Christophe pour ressouder le couple suscitent souvent les rires. Il y a bien évidemment la séquence de l'ancien appartement, en zone HLM, avec la participation marquante de Jérôme Niel. Il y a aussi la séquence inattendue du square, drôle et touchante, qui ne se déroule pas du tout comme on le pressent... avec, en bonus, une référence très surprenante à Michel Sardou (d'autant qu'il ne fait partie de l'univers musical d'aucun des protagonistes). La voix du chanteur populaire surgit à l'occasion d'une autre séquence, celle du caricaturiste, bien plus subtile que ce qui est montré dans la bande-annonce. Sébastien Chassage y est excellent en dessinateur sûr de son art... et pas du tout flatteur avec ses clients !

   Le film évite de tomber dans le travers de la comédie hyper-balisée. Ce n'est pas une re-love story, mais quelque chose de différent, entre tendresse, nostalgie et ressentiment. On va finir par se dire ses quatre vérités (et même plus que cela). Mais, une fois l'abcès crevé, que va-t-il rester ?

   Le film se conclut sur une fin qui est à la fois heureuse et triste (selon le point de vue que l'on adopte). Cela donne une sorte de comédie de la maturité, pas exempte de (petits) défauts, mais visible par tous.

lundi, 15 avril 2024

S.O.S. Fantômes - La Menace de glace

   Pour fêter ses cent ans, la Columbia a décidé de financer une nouvelle suite aux aventures des chasseurs de fantômes. Cela en fait le cinquième film de la franchise, en incluant la tentative de reboot au féminin (qui n'a pas donné les résultats escomptés).

   Que les amateurs de "politiquement correct" se rassurent. Comme dans toute grosse production hollywoodienne qui se respecte, on a veillé à valoriser le plus grand nombre possible de "communautés", catégories diverses de la population. Ceci dit, comme l'action se déroule à New York, c'est parfaitement plausible, bien qu'amené avec de gros sabots.

   Cela commence de manière intéressante, plus de cent ans avant notre époque, quand l'immeuble des ghostbusters était encore une caserne de pompiers. Comme dans beaucoup de productions de ce genre, c'est l'occasion de présenter la grande menace qui va peser sur les héros. Cela n'a pas grand chose d'innovant, mais c'est bien fichu. De manière générale, c'est du beau boulot, avec aussi un scénario suffisamment fouillé pour retenir l'attention.

   Suit une entraînante poursuite dans les rues de Big Apple, de nos jours. C'est bien filmé, efficacement monté (même si les esprits vétilleux repèreront quelques faux-raccords), avec de bons effets spéciaux. On retrouve la (jeune) famille recomposée de l'épisode précédent, avec ses tensions éculées et ses manifestations aussi maladroites que guimauvesques d'affection. Le retour à l'écran de fantômes anodins, comme le glouton et les mini-bibendums, est sympatoche.

   Petit à petit, certains anciens viennent faire un petit coucou : Annie Potts (l'ex-secrétaire, qui, désormais, met la main à la pâte quand il s'agit de dézinguer les fantômes), Ernie Hudson (l'ancien sous-fifre afro-américain devenu le boss d'une entreprise de pointe), William Atherton (jadis bureaucrate environnemental sourcilleux, devenu... maire) et, bien sûr, Dan Aykroyd (au charisme chaleureux) et Bill Murray (très peu présent, uniquement sans doute pour "cachetonner").

   Des nouveautés je retiens une amourette homosexuelle transdimensionnelle, assez finement mise en scène... et de nouveaux locaux pour nos chasseurs de fantômes, mais pas créés par eux. Ils sont bien utilisés dans l'intrigue et donnent lieu à d'intéressantes péripéties.

   Cela se regarde comme un film d'aventures, qui vont ressouder les liens familiaux, le tout essayant de ne choquer personne... au risque de manquer de relief. Le film d'origine (que j'ai revu il y a deux ans) était une comédie un peu déjantée, parfois transgressive, avec des dialogues piquants. Ici, c'est plan-plan, voire cucul-la-praline.

   Les enfants apprécieront sans doute. Les (grands-)parents, moins.

23:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 14 avril 2024

Le Jeu de la reine

   Séance en costumes pour cette reconstitution de l'Angleterre du XVIe siècle, au crépuscule du règne du très autoritaire Henri VIII, connu pour avoir rompu avec l'obédience papale... et pour avoir épousé successivement six femmes (et en avoir fait décapiter deux).

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   Dans le rôle du vieux porc barbu, Jude Law est stupéfiant de vérité... lui qu'en France on a plutôt l'habitude voir incarner des gentlemen (ou, du moins, des types propres sur eux) ! Il me semble qu'il a même pris du poids pour le rôle.

   A ses côtés rayonne, irradie, illumine, scintille la délicieuse, la ravissante, la subtile Alicia Vikander qui, depuis Royal Affair, ne m'a jamais déçu, même si le dernier film dans lequel je l'avais vue (Tomb Raider) na cassait pas des briques.

   Le comédienne interprète Cartherine Parr, la sixième et dernière épouse d'Henri VIII. Elle parvient à faire ressortir les différentes facettes de son personnage : un côté séducteur (le film sous-entend qu'elle tenait le roi par le bout de la bite savait comment satisfaire le roi, à défaut d'en jouir), un côté infirmière voire mère-poule et un aspect intellectuel. La dame se piquait de philosophie et de religion. Elle s'est aussi en partie occupée de l'éducation des enfants des précédents mariages du roi, tous destinés à régner (ce dont ils n'étaient pas certains, à l'époque) : le futur Edouard VI (fils de Jeanne Seymour), la future Marie Tudor (fille de Catherine d'Aragon) et (surtout) la future Elizabeth Ière (fille d'Anne Boleyn), que la structure du film présente comme une sorte d'héritière spirituelle de Catherine, la véritable fondatrice de l'anglicanisme, que le règne d'Henri VIII n'avait fait qu'esquisser.

   Le début du film montre une femme de pouvoir et d'idées, dont la fragilité de la position apparaît dès que son seigneur et époux revient de la campagne de France, en mauvaise santé. La mise en scène comme le jeu des acteurs nous font comprendre quelles étaient les marges de manœuvre (plus ou moins grandes) d'une épouse royale, dont le principal atout pouvait être de donner naissance à un héritier (mâle). On finit par sentir que, derrière le tableau historique, perce un discours féministe contemporain, au point de tordre un peu le cours des événements.

   J'ai été emballé par les décors, les costumes, l'éclairage de certaines scènes à la bougie et le jeu des acteurs (Erin Doherty, Junia Rees, Eddie Marsan...). Parfois, cela m'a rappelé La Favorite, de Lanthimos.

   J'ai deux réserves scénaristiques à émettre. Elles sont sans doute liées au fait que le film adapte un roman. Ce n'est donc pas une œuvre historique au sens strict.

   Ainsi, il me semble que l'épisode du collier est inventé... et inspiré d'une péripétie des Trois Mousquetaires. La mise en danger de Catherine Parr fut réelle, en raison de ses convictions religieuses. Si Henri VIII avait bien rompu avec le Pape, il souhaitait mettre en place (en Angleterre) une sorte de catholicisme d’État, rénové, mais pas un protestantisme façon Luther, encore moins le calvinisme que prêchaient les réformés qui ont fini par triompher en Écosse. Durant la seconde partie de son règne, le souverain a joué de l'équilibre qu'il souhaitait préserver entre les poussées réformistes, incarnées par le clan Seymour (dont Catherine était proche), et le clergé traditionaliste, encore marqué par le catholicisme (à l'image de l'évêque de Winchester Étienne Gardiner, très bien interprété par Simon Russell Beale, déjà excellent en Béria dans La Mort de Staline).

   Mon autre réserve porte sur la fin, totalement inventée (et un peu ridicule dans sa mise en scène). Je comprends qu'elle ait suscitée des applaudissements, à Cannes, mais, franchement, le film n'avait pas besoin de cela.

samedi, 13 avril 2024

Bye bye Tibériade

  Environ trois ans après Leur Algérie, Lina Soualem continue d'explorer son histoire familiale, qui a croisé l'Histoire à plusieurs reprises. Cette fois-ci, elle explore le côté maternel, celui de sa mère Hiam Abbass, actrice et réalisatrice (Héritage) palestinienne (arabe israélienne).

   Ce documentaire est clairement un film de femmes. Les hommes de la famille sont au second plan. La cinéaste explore la vie et les liens entre quatre générations, de son arrière-grand-mère à elle-même, en passant (surtout) par sa mère.

   L'arrière-grand-mère a connu la période du mandat britannique et le déplacement forcé de Tibériade vers le village de Deir Hanna, lors du grand Exil (en 1948-1949), que la réalisatrice prend soin de ne pas appeler Nakba, le terme, engagé, orienté même, utilisé dans des textes militants. Elle n'a d'ailleurs pas besoin de recourir à l'exagération linguistique. La simple évocation du vécu familial suffit.

   Um Ali (l'arrière-grand-mère) a dû s'occuper d'une dizaine d'enfants tout en exerçant le métier de couturière. L'une de ses filles, Neemat, la grand-mère de la réalisatrice (et donc mère d'Hiam Abbas), fut institutrice et connut une ébauche d'émancipation, à une époque où, d'après les images d'archives, très peu de femmes musulmanes portaient le voile.

   Cela nous mène, par petites touches, au parcours plus chaotique d'Hiam. Cette belle jeune femme, qui avait entamé des études universitaires (au sein d'un État israélien qui n'était donc pas aussi ignoble qu'une certaine propagande tente de le faire croire) tout en suivant des cours de théâtre. Elle étouffait dans une société qu'on n'ose pas qualifier de patriarcale. Comme beaucoup de femmes de l'après-Seconde Guerre mondiale, elle s'est mariée en partie pour fuir le milieu familial, même si elle était très attachée à ses sœurs et à ses parents. Beaucoup de choses sont dites en filigrane, avec délicatesse, avec même une forme de douceur, alors que parfois les situations sont tristes.

   Je recommande ce documentaire, à la fois pour la tendresse des liens familiaux qu'il expose et pour son intérêt historique, même si c'est par le petit bout de la lorgnette.

mardi, 09 avril 2024

Godzilla x Kong : le nouvel empire

   Pour la deuxième fois en quatre ans, la Warner réunit ses deux plus célèbres monstres à l'écran. Mais, cette fois-ci, ils ne vont pas (beaucoup) se bastonner ; ils vont plutôt devoir unir leurs forces contre une terrible menace, capable de prendre le contrôle de la planète entière.

  Toutefois, avant de voir les deux grosses bébêtes se faire des câlins, il va falloir patienter... plus d'une heure. En guise de mise en bouche, on nous propose chaque méga-héros séparément, dans son environnement quotidien. Konguy participe à une partie de chasse, durant laquelle on se demande qui est le gibier... puis il prend une bonne douche. De son côté, Godzy fait (brièvement) étalage de sa puissance contre une horrible bestiole, sans trop se préoccuper des dégâts collatéraux... mais qui oserait lui ordonner de ranger sa chambre, après s'être amusé ?

   Les scénaristes ne se sont pas trop foulés. On sent qu'ils ont pompé Jurassic World (en particulier le deuxième volet), Indiana Jones, Les Mystérieuses Cités d'or, Voyage au centre de la Terre (de Jules Verne), Le Monde perdu (de Conan Doyle)... De plus, comme si une "Terre creuse" ne suffisait pas, voilà qu'ils nous en proposent une deuxième, située sous la première, elle-même se trouvant à des kilomètres de la surface terrestre. Dans les deux cas, on est prié de croire qu'une végétation chlorophyllienne peut se développer sans lumière solaire. C'est le moment de conseiller aux biologistes, géologues et physiciens de laisser leur cerveau au vestiaire... ou tout simplement d'éviter ce film. (Je me demande dans quelle mesure il ne va pas propager des idées farfelues dans la tête de certains spectateurs.)

   Les personnages humains sont taillés à la hache, sans la moindre subtilité. Certains de leurs comportements sont invraisemblables (provoquant la mise en danger d'autrui), d'autres extrêmement prévisibles. Je pense notamment à la fille adoptive de la scientifique, qu'on voit constamment dans la première heure en train de tirer la même tronche de dépressive, avant qu'elle ne se mue en quasi-sauveuse de l'humanité...

   Heureusement qu'il y a les grosses bébêtes numériques. King Kong est touchant, en vieux loup solitaire qui se cherche une famille... et croit la trouver en la personne d'un jeune singe abandonné... mais fourbe... un vrai petit kong ! il y a aussi de l'humour dans cet épisode, notamment quand il est question de la dent cassée du King... et de son haleine de chacal !

   La découverte de la nature exacte de la menace est un poil surprenante. Les gros balèzes comprennent qu'il leur faut travailler en équipe pour venir à bout de la bande de méchants... et je ne crois rien révéler d'incroyable en affirmant que la conclusion de l'histoire est positive. Les effets spéciaux sont bons mais, franchement, on pourrait se passer des personnages humains.

   Je note quand même que, des deux "monstres gentils", c'est Kong qui semble le plus réussi. La représentation de Godzilla (réapparu sur nos écrans en 2014) a pris un petit coup de vieux depuis la sortie cette année du film japonais, tourné avec beaucoup moins de moyens, mais plus d'inspiration.

   Quant à King Kong, dont la franchise a été relancée par Hollywood en 2017, il devrait être bientôt de retour, puisque je me suis laissé dire que la production avait dans les tuyaux un nouvel opus, centré sur le personnage de "mini-Kong".

17:15 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 06 avril 2024

Black Flies

   Ces "mouches noires" sont celles qui volent autour des cadavres en décomposition. Elles perçoivent l'odeur de la mort avant les humains. Les héros de cette histoire (des urgentistes new-yorkais, de nuit) tentent d'éviter celle-ci, en se portant au secours de leurs concitoyens.

   Tye Sheridan (moins insignifiant que dans d'autres films) incarne un jeune homme altruiste, né dans le Colorado, inspiré par Saint-Michel, engagé dans le service de secours en attendant de pouvoir intégrer Médecine. Il va faire équipe avec trois "tauliers" : Verdis, plutôt empathique, Lafontaine, fan de death metal... et Rutkovsky, un vétéran du 11-Septembre, multi-divorcé, auquel Sean Penn prête sa force tranquille et son physique malmené.

   Pendant presque deux heures, à l'image des protagonistes, on va s'en prendre plein la gueule. Blessés par balles, drogués, sans-abri, mère célibataire, suicidaires, cadavres en décomposition... rien ne nous leur est épargné, le tout porté par une mise en scène nerveuse, qui allie plans-séquences et montage haché. On ne s'ennuie par une minute, même si les scènes de transition (notamment les nus pseudo-artistiques entre Ollie et sa copine) ne m'ont pas vraiment emballé.

   Le "Bleu" (Rookie dans la version originale) du Colorado va d'abord faire ses classes, commettre des erreurs avant de progressivement prendre de l'assurance, sous la houlette de l'expérimenté (mais imprévisible) Rut. Petit à petit, leur relation évolue. L'élève va s'émanciper du maître... jusqu'à une conclusion que je ne révèlerai pas.

   Un autre intérêt du film est sa représentation sans fard de l'Amérique d'en-bas, la face peu glorieuse de la ville-monde. Les secouristes sont très souvent confrontés à des "cas sociaux", rarement reconnaissants... et parfois même menaçants. Face à cela, les vieux briscards se blindent... ou deviennent cyniques.

   C'est un film à voir, si l'on supporte le côté brut de décoffrage de la peinture de Big Apple et de ses habitants.

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dimanche, 31 mars 2024

Haut l'aisselle !

   C'est ce que j'ai pensé aujourd'hui en regardant en avant-première (avant sa diffusion ce soir, sur France 3) « Effet domino », le quatrième et dernier épisode de la vingt-troisième saison de la série Midsomer Murders, autrement dit Inspecteur Barnaby.

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   La personne ci-dessus, au bras droit levé, est une drag-queen (prénommée Malik à l’État civil). Elle (Il ?) et ses copines sont l'atout dépaysant de l'épisode qui, au-delà d'une énième peinture des tourments de la vie provinciale anglaise, vise à valoriser une minorité sexuelle qui cherche à gagner en visibilité.

   Le scénario est plutôt bien écrit, avec une intrigue sinueuse, même si cette fois-ci j'ai deviné assez vite qui avait commis les meurtres. Le (faussement) débonnaire inspecteur-chef fait de nouveau preuve de toute sa sagacité, face à une galerie de personnages finalement assez antipathiques (sauf les travestis...). Cependant, le dynamisme des débuts n'est plus là. On sent que Neil Dudgeon, en dépit de ses qualités, n'est plus très loin de la sortie. (Rassurons toutefois les fans français : il est présent dans la vingt-quatrième saison, déjà diffusée outre-Manche.)

   Les épisodes se laissent voir sans déplaisir, notamment par leur sens du détail cocasse, comme cette scène de crime qui se révèlera plus compliquée à analyser qu'il n'y paraît :

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   A voir aussi, les précédents épisodes de la saison. Le premier (disponible comme les autres sur le site de France Télévisions) s'intitule « La Fin du monde ». On y trouve une peinture ironique des survivalistes, sur fond de vengeance familiale. Le titre français du deuxième épisode (« Secrets et mensonges ») fait référence à un film de Mike Leigh (de 1996). Les secrets de famille s'entremêlent avec une vieille affaire de vol, le tout dans le cadre d'une maison de retraite pour anciens officiers de police. Enfin, la semaine dernière a été diffusé « Qui sème le vent », un épisode dans lequel le décès d'un jeune homme, mal élucidé, a un impact sur le fonctionnement actuel d'une boulangerie bio. Le schéma récurrent des scénarios de cette saison semble donc être le télescopage d'une mort (plus ou moins) ancienne avec les aigreurs et les jalousies du temps présent.

   La semaine prochaine, France 3 enchaîne avec les nouvelles aventures de Rex, chien policier... sans intérêt pour moi.

Blue Giant

   Ce film d'animation japonais adapte un manga consacré au jazz. (C'est peut-être le premier volet d'une trilogie.) C'est une histoire de quête de soi, de quête de succès et d'amitié.

   On suit les pérégrinations de trois jeunes hommes, trois provinciaux "montés" à Tokyo. Dai est le saxophoniste, pour qui jouer est vital. Mais il ne maîtrise pas encore parfaitement la technique. Yukinori est le pianiste, issu d'une famille privilégiée. Il s'est déjà fait un petit nom dans le milieu, mais il veut plus, beaucoup plus. Shunji semble être d'origine plus populaire. C'est l'ami d'enfance de Dai. Il est le batteur (quasi débutant) du groupe... et un fan de football.

   Le trio à peine formé va répéter dans les locaux d'un petit bar à concerts, tenu par une ancienne artiste, elle-même fan de jazz, mais un peu mélancolique. Chaque personnage va évoluer : le saxo doit améliorer sa technique et affiner son style, le pianiste faire preuve de plus d'originalité, le batteur se montrer digne d'accompagner les deux autres. A la japonaise, dirais-je, leurs efforts sont filmés comme le serait un entraînement sportif en vue de réaliser un exploit physique. La musique est belle, quand bien même, dans un premier temps, elle est jouée avec un peu d'approximation. Ce sont des compositions originales, de Hiromi Uehara, une musicienne reconnue au Japon, qui de surcroît double le jeu au piano de Yukinori.

   Arrivent les scènes de concert, les plus virtuoses. Elles mélangent différents types d'animation. Le résultat est assez sidérant. Le réalisateur a tenté de rendre visuellement la frénésie musicale. La diversité des effets, des angles de prise de vue, associée à un montage particulier, débouchent sur une incarnation colorée du jazz, qui mérite d'être vue. Précisons que le réalisateur n'est autre que Yuzuru Tachikawa, auquel on doit certaines des adaptations cinématographiques de Détective Conan.

   L'aventure des trois garçons connaît quelques soubresauts, chacun ayant évolué différemment à la fin de l'histoire.