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mardi, 11 août 2026

L'Odyssée

   Christopher Nolan est du genre à prendre son temps : il n'a tourné que treize films en trente ans et, dans la seconde partie de sa carrière, l'écart entre deux longs-métrages semble se stabiliser à trois ans. Il n'aime pas bâcler le travail... et il réussit à faire venir du monde dans les salles de cinéma, ce dont je lui serai toujours reconnaissant. Avant même la sortie de L'Odyssée, mon cinéma CGR ayant eu l'intelligence de reprogrammer plusieurs de ses précédents films (notamment The Dark Knight et Interstellar), j'ai pu constater que cela attirait du public, y compris en version originale sous-titrée. La particularité était de voir représentées deux générations de spectateurs : les 15-30 ans, qui n'ont pas dû découvrir beaucoup d’œuvres de Nolan en salles, et les 50-70 ans, qui le suivent depuis des années.

   J'ai souvent souri (ou tiqué) en entendant ou lisant des critiques de ce film, soit pour l'encenser, soit pour le dénigrer. Rarement a été avancée l'idée qu'il y avait en réalité deux films en un : l'adaptation (libre) du poème homérique et une œuvre politique contemporaine, engagée.

   Si le matériau de base est bien L'Odyssée d'Homère, des ajouts (issus eux aussi de l'Antiquité) ont été pratiqués. Il semble évident que L'Enéide de Virgile (auteur romain contemporain de Jules César) a été mise à contribution (notamment pour le récit de la conquête de Troie), ainsi que divers textes épars qui font partie de la légende de Troie.

   On pourra toujours contester les choix de Nolan (il n'a pas gardé tous les épisodes du poème), mais, globalement, il  a construit un bon péplum, avec du souffle, de l'action et de l'émotion. Parmi les séquences qui m'ont marqué, il y a la conquête de Troie (qui nous est présentée en plusieurs phases séparées), la rencontre de Circé, le passage par Charybe et Scylla... ainsi, bien sûr, que le massacre des prétendants. En revanche, je suis un peu déçu par l'épisode du Cyclope, apparemment si redoutable et auquel Ulysse et ses hommes finissent par échapper assez facilement. Il me semble qu'ici Nolan a été prisonnier de ses effets spéciaux, qui l'ont empêché de donner à ses scènes toute la dynamique qu'elles méritaient. On retrouve cet inaccomplissement dans la séquence chez les Lestrygons et celle des sirènes. C'est assez spectaculaire, visuellement bien fait, mais trop bref. Peut-être, au vu de la durée estimée du film, a-t-on pratiqué quelques coupes au montage.

   Ces coupes ont toutefois épargné certains moments moins réussis que les autres. Je pense en particulier au décès du chien d'Ulysse. Le cabot était resté en vie pour pouvoir assister au retour de son maître (brave bête...). Il est l'un des rares à le reconnaître dans le vagabond qui demande l'hospitalité à Ithaque... et il meurt illico, à la manière du personnage incarné par Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises, ce qui n'est vraiment pas un compliment. (C'était mieux mis en scène dans The Return, un film aux ambitions plus modestes, sorti l'an dernier, dont le principal atout était la présence au générique de l'excellent Ralph Fiennes.)

   Le lien entre le péplum et le film politique se noue dans la séquence à Sparte, où Télémaque rencontre Hélène et Ménélas. Là, on s'éloigne vraiment beaucoup du texte comme de l'esprit des poèmes homériques. Ce n'est pas tant le fait qu'Hélène ait les traits d'une actrice "afro-descendante" qui pose problème (même si, dans les poèmes homériques, à plusieurs reprises, on la qualifie de femme "aux bras blancs"). Lupita Nyong'o est crédible en ravissante femme adule, capable de faire tourner les têtes. Mais le couple qu'elle forme avec Ménélas (celui-ci toujours qualifié de "blond" dans les poèmes... et incarné par un acteur brun) a plus à voir avec le XXIe siècle qu'avec l'époque antique. Il s'agit ici de dénoncer le masculinisme toxique. Or, chez les poètes homériques, le couple s'est réconcilié, Ménélas ayant pris conscience que son épouse avait été davantage envoutée par Aphrodite que par ce petit insolent de Pâris. De surcroît, il avait de nouveau succombé au charme de la belle Hélène.

   L'absence (physique) des divinités grecques (à l'exception d'Athéna... mais l'interprétation évanescente de Zendaya a le même résultat) occulte tout un pan des poèmes, qui traitent du déterminisme et de la liberté. Pour employer un vocabulaire plus contemporain, on pourrait dire qu'une partie des actes des humains dépend d'eux, tandis que l'autre est le résultat des circonstances / de la fatalité / de la volonté divine (rayer les mentions inutiles). De la mentalité homérique, Nolan choisit de ne garder que la remise en question (par les auteurs de L'Odyssée)  de l'héroïsme de L'Iliade.

   Cela concorde avec son propos politique. Il est évident que la troupe de soldats qui conquiert Troie ne représente pas différentes cités du monde grec mais la société multiculturelle états-unienne, dont (selon Nolan) l'action perturbe plus qu'elle ne libère le Proche-Orient. Ce n'est pas un hasard si Ulysse est incarné par Matt Damon, alias Jason Bourne. L'ex-super-agent de la CIA est un peu comme l'ancien guerrier grec couvert de gloire : il a pris du recul par rapport à ses exploits passés et considère désormais que son bonheur consiste en une vie simple, auprès de la femme qu'il aime. (Cette remise en question de l'héroïsme masculin traditionnel n'est pas sans rappeler ce qu'on a récemment vu dans On l'appelait Robin des Bois... à ceci près que l'Américain Damon rencontre moins de difficulté à bander son arc que l'Australo-Britannique Jackman-Robin.)

   Concernant les Troyens, le film est ambigu, jouant sur tous les tableaux. D'un côté, il représente les soldats d'Ilion comme de quasi-doubles des Grecs, portant un équipement assez proche du leur et adorant les mêmes divinités. D'un autre côté, dans plusieurs retours en arrière évoquant la prise de Troie, on aperçoit des "civils" (des habitants non combattants), qui ont la peau foncée. Enfin, le comportement prédateur des Grecs/États-uniens est exagéré. Ni les premiers ni les seconds n'ont mené de guerre d'extermination (contrairement à ce qui est montré dans le film). Les Grecs antiques, une fois leurs ennemis vaincus, avaient plutôt tendance à emporter du "butin" : nourriture, objets, bijoux, femmes, enfants. Mais, pour Nolan, l'important semble être que le public fasse le lien avec une certaine image qu'ils se font des conflits du Moyen-Orient.

   Enfin, il est cocasse que des critiques se réjouissent à la fois des distances prises par Nolan vis-à-vis du texte d'origine et de l'aspect féministe de son intrigue... Or, L'Odyssée des poètes homériques regorge de personnages féminins forts, à commencer bien entendu par Pénélope (plutôt bien représentée dans le film). Circé aussi est correctement campée, même si Nolan en fait plus une sorcière de type médiéval qu'une magicienne séduite par Ulysse... Charlize Theron n'est pas un mauvais choix pour Calypso, mais je trouve qu'elle aurait été plus à sa place en Hélène. L'épisode qui la voit interagir avec Ulysse n'est pas le plus réussi du film. Je ne reviendrai pas sur Athéna, dont l'incarnation aurait dû être l'occasion de mettre en avant une jeune femme guerrière et rusée. Il manque aussi notamment Nausicaa, la princesse phéacienne qui apporte son aide à Ulysse. Ainsi, les poètes homériques se révèlent plus féministes que Christopher Nolan, puisqu'ils font dépendre le succès d'Ulysse de l'action de plusieurs personnages féminins, notamment Athéna et Nausicaa, ce que ne montre pas le cinéaste dans son film.

   Je trouve que, depuis qu'il ne cosigne plus ses scenarii avec son frère (qui se consacre désormais plutôt à des séries télé), Nolan, dont les films, à l'origine, ne se situaient dans aucun camp et abordaient les questions sociétales avec une certaine nuance, a tendance à vouloir incarner une figure morale. Le succès remporté par Oppenheimer aux Oscars 2024 l'a, je pense, conforté dans ce choix (avec l'appui des producteurs). On verra au prochain film si Nolan redevient le cinéaste de la complexité qu'il fut ou s'il se contente d'être une sorte de porte-drapeau du "camp du bien".

vendredi, 07 août 2026

Giscard au Musée Fenaille

   J'ai récemment ressenti une drôle d'impression, en déambulant dans la dernière exposition temporaire du musée archéologique ruthénois, « La sculpture en Rouergue à la fin du Moyen-Age » (visible jusqu'au 22 novembre 2026).

   Non, je n'ai pas croisé le fantôme de l'ancien président de la République (1974-1981), décédé en 2020. Cependant, au détour d'une salle, je suis tombé sur une sculpture (du XIVe siècle) qui a, je trouve, un petit air de ressemblance avec Valéry Giscard d'Estaing, tel qu'il était dans les années 1970-1980 :

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   Ladite sculpture faisait partie des réserves du musée, où elle était entreposée depuis une quarantaine d'années... soit depuis le premier septennat de François Mitterrand, qui avait battu VGE en 1981. Serait-ce une coïncidence ?

   Quant à la ressemblance, ne serait-elle pas due à un lien familial ? La sculpture pourrait s'inspirer d'une personnalité rouergate du Moyen-Age, dont VGE serait un (très) lointain descendant... Rappelons que les membres de la famille Giscard (le père et l'oncle du futur président) ont obtenu, dans l'Entre-deux-guerres, de pouvoir ajouter la particule "d'Estaing" à leur nom, en prétendant descendre (de manière un peu détournée...) d'une cousine de l'amiral d'Estaing, dernier héritier mâle (légitime) de la lignée, qui fut guillotiné en 1794... (La commune d'Estaing se trouve dans l'Aveyron, à 30-40 minutes de route, au nord de Rodez.)

   La réponse à ces palpitantes questions se trouve peut-être dans le descriptif de la statue, dont je peux vous dire qu'elle "trône" et qu'elle est accompagnée de deux animaux... Il faut aller au musée pour en avoir le cœur net !

   Cette exposition est étonnante. Elle est composée en grande partie de "reliquats", de pièces rapportées. Soit elles avaient été soustraites à la vue du public (l'une d'entre elles était même dissimulée derrière un mur de briques, dans l'église Saint-Amans, dont ce n'est pas le seul secret...). Soit elles sont incomplètes (voire sont des fragments), victimes des affres du temps... ou de la violence révolutionnaire, qui a fait bien des dégâts, entre 1789 et 1795...

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   J'ai été ému par ces fragments de mains, exposés dans une vitrine du début de l'exposition. Ils font partie d'éléments retrouvés à l'occasion de travaux ou de fouilles, dans la cathédrale de Rodez, à la fin du XXe ou au début du XXIe siècle. Bien entendu, à l'origine, ces mains faisaient partie de corps sculptés. Mais les voir ainsi présentés, tels des membres amputés, a quelque chose de troublant.

   Dans le florilège des pièces (presque) complètes, les figures féminines sont très présentes. Sans surprise, c'est la Vierge Marie que l'on rencontre le plus souvent, soit seule, soit dans un groupe, soit en compagnie de l'enfant Jésus. L'une des plus belles sculptures (en albâtre, datant du XIVe siècle) la montre avec l'enfant debout (sur son genou gauche), une rareté.

   Mon coup de cœur va toutefois à une autre œuvre, une représentation de Sainte Foy datant du XVe siècle, extraite du Trésor de l'abbaye de Conques :

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   Le bois est recouvert d'argent. Admirez la finesse des traits, la précision des détails. Couronnée, la sainte tient dans sa main droite les instruments de son martyre (le gril et l'épée).

   Une autre belle pièce risque d'attirer vos regards : un haut-relief représentant la descente de Jésus aux Limbes :

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   La gueule du Léviathan n'est pas sans rappeler celle qui figure sur le (magnifique) tympan de l'église abbatiale de Conques :

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   La différence est qu'à Conques, les démons font entrer les pécheurs en Enfer, tandis que Jésus essaie de sortir certains "élus" des Limbes.

   Du côté masculin, outre le Christ, on croise à plusieurs reprises Saint Antoine, souvent accompagné d'un animal, sans doute un cochon... mais, si vous vous rendez sur place, vous réaliserez que l'identification n'est pas toujours évidente.

   Très anciennes et dégradées par le temps ou la bêtise humaine, ces œuvres ont bénéficié de restaurations, dont les techniques sont expliquées par divers panneaux et vidéos. Située en sous-sol (la partie la plus fraîche du musée), cette expo mérite vraiment le détour.

jeudi, 06 août 2026

Délice de cathédrale

   Cette année, Rodez célèbre le 500e anniversaire de la reconstruction du clocher de sa cathédrale, achevée en 1526. (En réalité, il s'agissait d'une re-reconstruction, puisque si la dernière église romane avait été partiellement détruite en 1276, le premier clocher du nouvel édifice gothique s'était à son tour effondré en 1510, à cause d'un incendie provoqué par la négligence de certains ouvriers.)

   Bref, la commune de Rodez fourmille d'activités diverses... et, parfois, certains commerçants ont le nez creux. Il y a quelques mois de cela, j'avais remarqué un étrange objet, dans la devanture d'une boutique de chocolat située rue Neuve, dans la vieille ville (derrière la cathédrale) :

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   Attention, il ne s'agit pas d'un simple carré de chocolat, mais d'une plaque entière, d'un peu moins de 17 centimètres de côté. Elle s'inspire évidemment de la façade ouest de la cathédrale, celle qui donne sur la place d'Armes :

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(source de la photographie)

   Aux amateurs, je signale que l'objet est composé de deux catégories de chocolat : noir et au lait, afin de satisfaire tous les goûts... et je confirme le pertinence du choix : lorsque j'ai apporté un exemplaire de la chose pour un repas en petit comité, les morfales n'en ont pas laissé une miette !

Chirac à Conques

   C'est l'une des surprises qui attend les touristes et les pèlerins qui débarquent dans le (splendide) village médiéval aveyronnais : la présence, en deux endroits, du nom de l'ancien président de la République, qui fut aussi maire de Paris... et député de la rurale Corrèze, pas si éloignée que cela de l'Aveyron. Se pourrait-il qu'il y ait un lien ?

   - Ce n'est même pas nécessaire ! me répliquerait l'un de mes amis qui, il y a quelques années, a découvert qu'on avait donné le nom de l'ancien président à un lycée agricole rouergat... avec lequel il n'a sans doute jamais entretenu la moindre relation.

   La première mention du nom Chirac figure sur une place ombragée, entre le nouvel office tourisme (déplacé, rénové, très bien aménagé) et la célèbre église abbatiale. Vacanciers et pèlerins y profitent d'un moment de fraîcheur, parfois y pique-niquent, à proximité d'un surprenant panneau :

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   Cette pause salutaire est aussi l'occasion de découvrir qu'il ne s'agit pas de Jacques, mais de Pierre Chirac, né à Conques en 1657, mort en 1732. Ce médecin talentueux, qui a principalement vécu sous le règne de Louis XIV, a accompagné les troupes françaises, soigné le futur Régent et géré le Jardin des Plantes, avant d'obtenir son bâton de maréchal : l'anoblissement et la fonction de premier médecin du roi (Louis XV). Le nom Chirac ne s'est pas transmis par sa descendance.

   L'autre Chirac de Conques se découvre à l'intérieur du Musée Joseph Fau, situé dans une ancienne maison de chanoine. J'en recommande la visite guidée, ses collections, en apparence anodines, révélant toute leur richesse grâce aux commentaires de la guide.

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   L'objet ci-dessus est un... pied de lit, résultat sans doute du réemploi d'un objet liturgique. (Il se trouve au premier étage du musée.) Il est bien au nom d'un Chirac, mais pas Pierre, ni Jacques : le prénom suggéré par la forme raccourcie GME est Guillaume. Ce Guillaume Chirac (peut-être apparenté à Pierre, sans être son père, qui se prénommait Jean ou Jehan) était un menuisier réputé.

   Quant au nom Chirac, on le rencontre aussi en Auvergne et en Lozère. Il est vain de chercher une origine aveyronnaise à l'ancien président de la République.

   Le Musée Fau lui recèle d'autres trésors, que l'on peut découvrir notamment au sous-sol ou au rez-de-chaussée (où il fait relativement frais). Je n'en citerai qu'un : une sculpture de sainte Foy :

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   La présence du socle (qui n'est sans doute pas d'origine) indique que la statue se trouvait auparavant dans un tout autre contexte. On découvre celui-ci en observant attentivement une très ancienne gravure (datant des années 1830), qui figure en général parmi les documents que les guides de Conques commentent au cours de l'une des visites.

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   La statue se trouvait à l'entrée de l'église abbatiale, sous le tympan sculpté, entre les portes d'entrée et de sortie. (A toutes fins utiles, j'ajoute qu'il convient de ne pas confondre cette statue avec le célèbre reliquaire de sainte Foy, qui est exposé dans la salle du trésor, une autre visite qui s'impose en cas de passage à Conques.)

lundi, 03 août 2026

The Ugly

   Moins de deux mois après la sortie du décevant Colony, Sang Ho-Yeon est de retour sur nos écrans avec un film plus intimiste, mais qui traite un peu la même thématique, celle de la monstruosité (ou de la laideur) : est-elle plus externe qu'interne ? Ici, les zombies infectés sont remplacés par un artisan aveugle et son épouse, à laquelle les habitants du quartier donnaient un surnom infamant, en raison de son visage (supposé) disgracieux.

   Tout commence, de nos jours, par le tournage d'un reportage. Les journalistes s'intéressent à un graveur de sceaux, réputé pour son travail de qualité... alors qu'il est aveugle de naissance ! De surcroît, il a élevé seul son fils unique (qui l'épaule à l'atelier), à partir de la disparition de son épouse, il y a quarante ans.

   La découverte des ossements d'une jeune femme, dans le bois jouxtant la ville, réoriente le reportage. Les journalistes cherchent désormais à en savoir plus sur l'épouse. Leur enquête prend la forme d'une série d'entretiens : avec d'anciens collègues de travail, avec l'ancienne supérieure hiérarchique de la jeune femme, avec l'ancien patron de l'atelier de couture où elle travaillait. Ces entretiens sont des prétextes à retours en arrière, qui nous plongent dans la Corée du Sud des années 1970-1980, en pleine croissance économique. (Ce furent un peu ses "trente glorieuses".)

   Très vite, il apparait que la jeune femme a été assassinée, à l'époque, et que son corps a été enseveli. Les suspects ne manquent pas, à commencer par les membres de la famille. Les obsèques sont l'occasion de rencontrer les deux sœurs de la défunte (et le fils de l'une d'entre elles). Celle-ci était brouillée avec sa famille d'origine... Cela ne pourrait-il pas constituer un mobile de meurtre ? On est aussi intrigué par l'attitude du veuf, qui ne semble pas si éploré que cela. Mais c'est peut-être dû à son tempérament, ou à l'usure du temps. Ceci dit, la séquence "familiale" mérite à elle seule le détour, tant elle sort du cadre des convenances.

   D'autre suspects plausibles émergent au fur et à mesure des rencontres menées par la journaliste et le fils du graveur. Lui cherche à mieux connaître sa défunte mère, maintenant qu'il sait qu'elle ne l'a pas abandonné. De son côté, la jeune journaliste se prend de passion pour ce sujet et pour cette femme victime à la fois d'un acte de violence et des préjugés sociétaux : elle a été mise à l'écart et dénigrée à cause de sa laideur.

   Ainsi, l'ancienne supérieure hiérarchique pourrait avoir eu envie de se venger d'elle, pour une raison que je ne révèlerai pas. Le patron de l'atelier avait aussi un bon mobile, puisque son employée s'était mise à dénoncer publiquement son comportement déplacé. Complètent la liste des suspects une bande de voyous locaux (souvent employés pour "faire le ménage") et le bras droit du patron indélicat, dont l'autorité (et l'emploi) était menacée par l'attitude de l'ouvrière.

   Le mystère est longtemps maintenu, la solution émergeant lors de la visite d'un taudis, dont les murs sont tapissés de vieilles photographies, parmi lesquelles, qui sait, se trouve peut-être celle de la décédée. Durant tout le film, l'actrice qui l'incarne est, soit cadrée bas (sous la tête), soit filmée de dos, ou en gros plan, mais la majorité du visage dissimulée derrière ses longs cheveux noirs.

   Même si la fin m'a un peu déçu, j'ai trouvé le film très prenant, avec un bel hommage rendu au travail manuel, aux "gens de peu", et une solide dénonciation des préjugés basés sur le physique.

   Pour expliquer les quelques réserves que j'ai à l'égard de ce film, je suis obligé de dévoiler certains détails... Du coup,

 

ATTENTION

 

 

DIVULGÂCHAGES !

 

 

   Ce n'est qu'à la toute fin de l'histoire que l'on découvre le visage de Jeong Yeong-he, sur une photographie dénichée par la journaliste... et là, stupeur, on découvre qu'elle avait un physique assez ordinaire, ni beau ni horrible. La jeune femme avait le teint un peu mat, des traits pas très fins, mais j'ai du mal à comprendre ce qui pouvait justifier qu'on la qualifie de "mocheté" voire de monstre. Bien des personnes qui, dans le film, se moquent d'elle, ne sont pas plus jolies.

15:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 02 août 2026

I want your sex

   Jusqu'à il y a peu, cette phrase n'évoquait pour moi qu'une (médiocre) chanson de (feu) George Michael. On ne l'entend d'ailleurs pas dans le dernier long-métrage de Gregg Araki, une vieille connaissance des cinéphiles amateurs de films "indé" américains. Jadis, je me suis risqué à voir The Doom Generation, Nowhere, Mysterious Skin, Smiley Face. Je me suis arrêté à Kaboom, en 2010.

   J'ai retenté ma chance en raison de la présence au générique de la délicieuse Olivia Wilde, ex-"Numéro Treize" (Thirteen) dans Dr House, et qui, il y a quatre ans, s'est révélée très habile derrière la caméra avec Don't worry darling. Ici, elle incarne Erika Tracy, une artiste performeuse provocante, manipulatrice et nymphomane, qui met ses expériences sexuelles au service de son art... à moins que ce ne soit l'inverse. Les incroyables tenues qu'Araki fait porter à l'actrice ne permettent pas d'ignorer qu'à plus de quarante balais, elle est mieux gaulée qu'une étudiante anorexique. (Paradoxalement, c'est quand, vers la fin, on la voit nettement plus habillée, "en civile", qu'elle est la plus séduisante.) 

   L'autre protagoniste de cette histoire de domination et de désir est Elliot Bell, un jeune homme ordinaire, pas particulièrement beau, pas franchement intelligent, ni cultivé, ni doué pour faire rire autrui. En revanche, il fantasme comme un malade sur Erika... et, surtout, il est prêt à se soumettre au moindre de ses caprices. Nous voilà embarqués dans un maelstrom de sexe, drogues, alcools et musique tapageuse. Le problème est qu'on se demande ce que la ravissante dominatrice peut bien trouver à ce type quelconque, à part le fait d'en faire son esclave. La réponse finira par surgir... mais les spectateurs un tant soit peu futés auront deviné depuis un petit moment déjà.

   Olivia Wilde a visiblement pris beaucoup de plaisir à interpréter cette maîtresse-femme. Son principal partenaire fait le job... à moins qu'il n'ait pas eu besoin de faire d'effort pour être crédible en ancien puceau toujours coincé, une grosse feignasse sans guère d'ambition dans la vie. (Il est incarné par Cooper Hoffman, fils de Philip Seymour.) Un autre acteur m'a davantage marqué : Mason Gooding (fils de Cuba Gooding Jr... purée, aux States, ils font comme en France !). Il joue (avec conviction) Zap, un homo très actif sexuellement, très musclé, qu'on croirait sorti du tournage de Jim Queen !

   C'est donc assez caricatural, sans l'humour salvateur (pas forcément subtil) qui marquait les anciens films d'Araki. Sur le fond, son propos n'a plus rien de révolutionnaire. Même si une forme de puritanisme ressurgit de nos jours dans certains pays occidentaux, les modes de vie des habitants des pays libres subissent bien moins de contraintes qu'autrefois... contrairement à ce qu'on peut observer dans d'autres contrées, soumises à la férule archaïque des religieux.

   Il reste un portrait au vitriol du monde de l'art contemporain. Là, c'est savoureux et l'on retrouve la verve d'Araki. Mais l'histoire de cul est presque plus ennuyeuse qu'autre chose.

01:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 31 juillet 2026

Spider-Man : Brand New Day

   Disney-Marvel a attendu plus de quatre ans avant de sortir la suite de l'épisode précédent (No Way Home). On se doute que la production a voulu "chiader" le travail sur cette franchise ultra-profitable.

   Le début m'a pourtant déçu, trop dans la nostalgie d'un monde disparu... mais, très vite, on a droit à une première scène d'action. Celle-ci, tout comme les suivantes, est très bien conçue, avec du mouvement, des effets spéciaux (un peu trop d'ailleurs...) et une pincée d'humour. Même si j'ai parfois eu l'impression de me trouver dans un jeu vidéo, j'ai goûté ces séquences pleines d'adrénaline.

   Un autre intérêt du film est la relation renouvelée entre Peter Parker et sa MJ d'amour, qui l'a oublié. C'est vraiment bien traité, de manière mature (moins adolescente en tout cas que dans l'épisode précédent). On sent la volonté de montrer que les personnages ont un peu mûri. L'alchimie entre Tom Holland et Zendaya est évidente... et s'explique encore mieux depuis que je sais qu'ils sont en couple. En tout cas, ils sont bien meilleurs que dans L'Odyssée de Nolan (Zendaya y étant particulièrement transparente). Du coup, je conseille aux producteurs de plancher sur un autre type de scénario susceptible de réunir les deux acteurs : ils sont visiblement plus performants ensemble qu'individuellement.

   De plus, le scénario est vraiment élaboré, puisqu'après nous avoir servi le business as usual du Spider-Man redevenu un inconnu, on lui fait rencontrer un mystérieux adversaire, diaboliquement habile. Dans le même temps, Parker est confronté à l'évolution de son corps, un élément susceptible de connaître des développements ultérieurs. Enfin se pose la question du rôle du Damage Control, une entreprise travaillant pour le gouvernement états-unien et s'intéressant aux individus dotés de capacités hors du commun... Aux vieux fans de comics, cela rappellera un arc narratif des X-Men... auquel fait aussi allusion un personnage révélé tardivement, dont le nom sonne comme une résurrection...

   Du côté de la nostalgie, il y a aussi cette formidable scène de baston entre Spidey et une bande de ninjas acrobates, qui a un petit goût de Matrix et de Tigre et dragon. Cerise sur le gâteau, on retrouve la délicieuse Florence Pugh, la nouvelle Veuve noire, qui dirige ses activités depuis... un bain public (privatisé). J'ai beaucoup aimé, tout comme l'aspect feuilletonnesque des péripéties. Au final, ce film-ci me convient davantage que le précédent, qui ciblait davantage le public adolescent. Les créateurs semblent avoir fait le pari que les fans avaient grandi et qu'ils étaient prêts pour une histoire (et une ambiance) un peu plus évoluée.

   P.S.

   Le générique de fin se conclut évidemment par une scène bonus.

23:01 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Charlie et les kangourous

   L'un des (petits) filons du cinéma consiste en des œuvres associant des humains (adultes, mais surtout enfants) et des animaux (sauvages, la plupart du temps) : lions, jaguars, tigres, manchot, dinosaures, morpions pubiens... Il y a quelques mois, on a eu droit à un fennec et à des autruches, dans L'Enfant du désert, inspiré d'une histoire vraie.

   C'est aussi le cas dans ce long-métrage, dont les héros sont investis dans la protection des kangourous, en particulier les jeunes, appelés Joey en Australie. En cas de décès de la mère, leur espérance de vie est inférieure à un mois... mais, en général, la majorité de la population ne s'en souciait guère jusqu'à il y a peu, parce que le kangourou n'est pas une espèce protégée et qu'il prolifère au pays de Crocodile Dundee.

   L'introduction nous présente les deux protagonistes qui, à l'origine, ne se connaissent pas. Charlie est une jeune Aborigène, que l'on voit courir dans l'outback, du côté d'Alice Springs (dans le Territoire du Nord), au milieu des kangourous. Cette scène m'a saisi, par la beauté des paysages et celle des animaux, la plupart de ceux qui sont filmés étant authentiques, les outils numériques ayant été mis à contribution pour faire interagir l'adulte Roger (prononcer Rodjeur) avec les humains.

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   Chris, lui, est un présentateur météo de Sydney, sur la côte est. Au départ, on nous le dépeint comme un bobo narcissique, un poil méprisant, dont la carrière subit un contrecoup après sa tentative de sauvetage d'un dauphin... dans des circonstances que je laisse à chacun le plaisir de découvrir.

   (Celles et ceux qui suivent l'actualité, souvent macabre, remarqueront que l'on voit Chris évoluer dans un lieu désormais célèbre de la région de Sydney : Bondi Beach, où, en décembre 2025, s'est déroulé un massacre antisémite. Le film a bien entendu été tourné avant. Il est sorti en Australie en septembre dernier, à peine trois mois avant la tuerie...)

   Grillé dans la plupart des médias, Chris entreprend un périple vers l'intérieur du pays, en espérant rebondir. Mais son passage chez chez les "bouseux" ne va pas se dérouler comme prévu. D'abord condescendant, suscitant l'hostilité, il va petit à petit s'intégrer, notamment parce que, sous ses dehors prétentieux, c'est un homme qui a du cœur. 

   C'est ce qui va le rapprocher de Charlie, pré-adolescente caractérielle, qui a tendance à sécher l'école depuis que son père est décédé. Elle s'implique de plus en plus dans la préservation des jeunes kangourous, pensant par là perpétuer la mémoire paternelle. Dans le rôle, il faut signaler la bonne performance d'une novice, Lily Whiteley, qui crève l'écran.

   Les autres personnages qui retiennent l'attention sont... les kangourous. Les plus jeunes sont absolument adorables... enfin, moi, je craque... pas vous ?

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  Il y a aussi beaucoup de drôlerie dans la manière dont Chris va à la fois se faire accepter des habitants du village et devenir peu à peu un expert en gestion des kangourous... à l'exception de Roger, un mâle dominant qui, à plusieurs reprises, lui fait bien sentir qui est le patron !

   Pour construire une comédie "familiale", les scénaristes ont quelque peu modifié l'histoire d'origine : le vrai Chris n'était pas présentateur météo, mais guide touristique, et le personnage de Charlie a été inventé. Ces retouches ne nuisent en rien à l'intrigue, correctement ficelée.

   J'ai notamment bien aimé les développements autour de la jeune fille. Elle doit faire le deuil de son père, sortir de sa coquille qui la fait fuir les garçons et les filles de son âge (qui pratiquent le Footie, le populaire football australien). De son côté, en mûrissant, Chris pourrait jouer le rôle de "tonton" ou de père de substitution, à condition qu'il fasse passer la perspective d'une vie authentique avant les paillettes de la renommée.

   C'est une belle histoire, visible par tous, avec de belles images et de beaux sentiments. Sans être une œuvre d'exception, ce genre de film fait du bien par les temps qui courent.

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jeudi, 30 juillet 2026

De la Comédie-Française

   Tourné dans les locaux du Temple de l'Excellence Théâtrale Frannnnçaise, ce film voit des pensionnaires et des sociétaires dudit temple jouer... des acteurs du Français, ainsi que quelques "petites mains" (costumière, régisseur, placier...) fort utiles au fonctionnement de l'institution, même si elles en recueillent rarement les lauriers. Il y avait donc un risque de nombrilisme, fort heureusement contrebalancé par une ironie mordante et un réel sens de l'auto-dérision.

   Bien que ne fréquentant pas le théâtre (sauf pour quelques représentations scolaires, que j'ai accepté d'accompagner... au risque de le regretter), j'ai retrouvé avec plaisir plusieurs visages vus principalement en salle obscure : Pauline Clément (enfin gratifiée d'un premier rôle... ce qui confirme qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même, la comédienne étant coscénariste du film), Laurent Stocker (en mâle blanc hétérosexuel dominant, parfois dépassé par les événements), Marina Hands (au personnage assez piquant), Guillaume Gallienne (dont la participation à la scène introductive est encore plus savoureuse que ce que la bande annonce laisse entrevoir)... et Benjamin Lavernhe, l'invité surprise de la seconde partie... Je n'en dirai pas plus, si ce n'est que la disposition de sa moustache factice m'a un peu perturbé.

   L'intrigue n'est pas d'une extraordinaire inventivité, puisqu'elle décrit les heures précédant la Première de Macbeth. Tout devrait fonctionner comme sur des roulettes mais, bien entendu, cette demi-journée va voir s'accumuler les contretemps, très cocasses en général.

   A ce comique de situation il faut ajouter d'excellents dialogues, souvent sarcastiques. Ah, j'aime cet humour vache, qui donne un sel particulier à certaines scènes ! Elles alternent avec des moments plus doux, dont la fonction semble être de faire passer des messages sociétaux ou de valoriser certaines catégories de population. C'est un peu maladroit (voire prévisible), mais cela passe, tant le montage est réussi. En resserrant leur histoire pour qu'elle tienne en 1h15, les auteurs parviennent à conserver le rythme trépidant qui convient à ce compte-à-rebours à la fois comique (pour les spectateurs) et angoissant (pour les personnages). Tout le monde en prend pour son grade, mais, à la fin, l'esprit de troupe prend le dessus.

   L'ensemble constitue une réjouissante petite fraîcheur d'été.

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Code Rouge

   Cette série britannique se compose, pour l'instant, de deux saisons de six épisodes, chacune racontant une histoire complète. Ce mercredi, France 2 a commencé la diffusion de la première saison, avec trois épisodes, l'intégralité étant déjà disponible sur le site de France Télévisions.

   Lors d'un congrès médical se tenant en Chine, l'un des intervenants, l'Anglais Matthew Nolan, est mêlé malgré lui à une sale affaire : le meurtre de la fille d'un général chinois, cadre du Parti communiste. Il s'est dépêché de quitter le pays mais, à son arrivée à Londres, il est arrêté. Il ne comprend pas ce qui lui arrive, tout comme ses quatre amis chercheurs, de retour eux aussi du congrès, et convoqués en Chine à titre de témoins. Du moins, c'est ce qu'on leur dit... Vous vous doutez bien qu'il y a anguille sous roche, d'autant que les gouvernements britannique et chinois sont en pleines négociations (à propos du nucléaire civil).

   Dès le premier épisode, les protagonistes sont renvoyés à Pékin sur un vol commercial, accompagnés d'une policière britannique et d'une kyrielle de passagers, certains plus louches que d'autres. Quand une première mort suspecte se produit dans l'avion, on comprend que la situation se complique. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises...

   J'ai tenté le premier épisode, sans trop savoir si cela allait me plaire... J'ai finalement ingurgité les six, à la suite (avec pauses pipi, tout de même). Cela dure au total 4h30, soit environ 1,5 Odyssée (de C. Nolan).

   L'intrigue est fouillée, nourrie de rebondissements. Il y a bien évidemment un complot à l’œuvre... mais lequel ? On est parfois un peu perdu, tant les services impliqués (de près ou de loin) sont nombreux : MI-5, MI-6, MI-7, CIA, police criminelle britannique, gouvernement chinois, police de l'air...

   Environ 75 % de l'histoire se déroule dans un avion et je dois dire que l'intérieur de ce long-courrier chinois est parfaitement utilisé par le réalisateur Kieron Hawkes. C'est quelque chose entre un labyrinthe et un château-fort, avec ses passages secrets...

   J'ajoute que l'interprétation est de qualité. Deux actrices m'ont particulièrement marqué :  Jing Lusi et Lesley Sharp.

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   La première (aperçue récemment dans Argylle) interprète une policière britannique d'origine hongkongaise, du genre tenace. On lui assigne la pénible mission d'accompagner le suspect Nolan en Chine. Elle n'a peut-être pas été choisie par hasard...

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   La seconde (qu'on a vue dans Naked, de Mike Leigh, The Full Monty et la série Scott & Bailey) incarne la cheffe du MI-5 (le contre-espionnage britannique), dont l'époux est gravement malade... et qui entretient une liaison avec un agent d'une puissance étrangère. Les péripéties liées à l'avion vont la mettre sur la sellette.

   En revanche, l'un des personnages m'a horripilé, celui de la demi-sœur de la policière, une sorte de gourdasse arriviste (qui cherche à percer dans le journalisme, par tous les moyens). Sans surprise, les épisodes voient son rôle évoluer (au départ nuisible, elle va évidemment devenir utile aux enquêteurs), les deux frangines finissant par se rapprocher. En mettant en avant ce personne accro à son smartphone, il semblerait que les auteurs aient cherché à se concilier le jeune public...

   Du côté des messieurs, je pourrais signaler deux interprètes de salauds, vraiment très bons, mais ce serait un peu trop déflorer l'intrigue.

   Bref, si on laisse de côté quelques défauts mineurs, on passe un très bon moment, plein de suspens. La révélation finale décevra peut-être certains spectateurs (elle est un peu cliché, alors que les épisodes en général ne font pas dans la facilité). J'aimerais bien voir la suite dans la foulée. Je pense que sa programmation dépendra des audiences de la première saison.

mercredi, 29 juillet 2026

La Fille dans les nuages

   Le titre de cette animation franco-belge est à double sens. L'héroïne, Providence, une jeune fille de onze ans, a tendance à vivre "dans son monde" (de lectures), sans toujours faire attention à son environnement immédiat... et l'on finit par la voir, au propre, "dans les nuages", puisqu'elle acquiert la faculté de voler.

   L'intrigue mêle donc le fantastique à une quête personnelle, d'inspiration écologiste, le tout sur fond d'histoire familiale triste : la gamine est orpheline et vit chez son oncle, lui-même handicapé moteur... mais redoutablement ingénieux. Grégoire Ludig prête sa voix à ce tonton Jason, sorte de Géo Trouvetou hyper-protecteur, dont les inventions contribuent à améliorer son quotidien... à condition qu'elles fonctionnent.

   C'est donc souvent drôle... mais aussi agaçant. J'ai trouvé plutôt maladroite la caractérisation du personnage principal. Certes, on en a fait quelqu'un de spontané et généreux, mais d'une imprudence et d'une inconscience folles : hors de chez elle, elle ne fait guère attention à ce qu'il se passe sur le trottoir et sur la route, bouscule une vieille dame, renverse la marchandise d'un commerçant, "oublie" de payer, traverse sans regarder... Cela n'a l'air de rien, mais, les adultes qui accompagnent leurs (petits-)enfants à ce genre de séance ne s'attendent pas à ce qu'on leur serve un anti-manuel de savoir-vivre... Les idées généreuses de l'héroïne n'excusent pas tout. (On est loin du niveau de Zootopie, qui allie la virtuosité de l'animation à un propos civique autrement plus abouti.)

   Fort heureusement, elle est accompagnée d'un personnage comique, le cochon d'Inde Airbag (doublé par Jamel Debbouze), adepte de la malbouffe (mais bio). C'est une source récurrente de gags, surtout à partir du moment où il est doué de parole.

   Cette transformation (comme celle de Providence) vient de l'usage d'une plume magique, qui joue un rôle crucial dans l'histoire (que je laisse à chacun le plaisir de découvrir).

   Une menace terrible pèse sur le monde. La solution semble se trouver quelque part en Afrique orientale, où nos héros parisiens décident de se rendre, en ordre dispersé. Cela prend la forme d'un film d'aventures, entremêlant création littéraire et réalité fantastique. L'animation est de qualité. C'est vraiment joli à regarder, même si c'est parfois (à cause de l'héroïne) un peu agaçant.

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dimanche, 26 juillet 2026

La Bataille de Gaulle - J'écris ton nom

   Sorti quelques semaines à peine après L'Âge de fer, ce second volet traite des années 1942-1944, sous l'angle double de la liberté et de la souveraineté.

   La première est sous-entendue par le titre, qui fait allusion à un poème de Paul Eluard, écrit en 1942. Elle est illustrée par la lutte menée par les résistants, à l'intérieur contre l'occupation allemande, à l'extérieur contre les troupes de l'Axe. Toutefois, force est de constater que le film est meilleur dans la mise en scène des combats des Forces Françaises Libres que dans celle des actes de la Résistance intérieure.

   La trame suivie ressemble à celle du premier volet. Le fil rouge est la difficile construction d'un pôle de résistance unifiée, Charles de Gaulle étant toujours confronté à la mauvaise volonté des Alliés, cette fois-ci particulièrement des États-Unis de Roosevelt, entrés en guerre à la fin de 1941. Les relations avec Churchill sont toujours aussi ambiguës, tendues... de Gaulle se montrant à la fois colérique et habile manœuvrier.

   Le film nous fait percevoir l'importance du rôle des médias, à travers deux situations qui ont chacune donné lieu à une photographie. La première a été prise lors de la Conférence de Casablanca, en janvier 1943 :

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   A ce moment, les Américains pensent avoir fait le plus dur, en imposant le rapprochement entre l'ancien vichyste (le général Giraud) et le chef de la France Libre. Antonin Baudry montre bien à quel point les (anciens) partisans du maréchal Pétain se sont accrochés au pouvoir, aussi bien en métropole qu'outre-mer et que tout ce que de Gaulle et ses partisans avaient accompli depuis 1940 risquait de s'effondrer en 1943. De son côté, Thierry Lhermitte incarne très bien Giraud, qui fut sans doute, par la volonté des Américains, le rival le plus redoutable de Charles de Gaulle, alors qu'il n'avait ni l'intelligence ni les tripes pour s'imposer face à lui.

   La seconde photographie fut un peu la manière dont de Gaulle a rendu la monnaie de sa pièce à Roosevelt. Elle a été prise à Washington, en juillet 1944 :

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   Ce fut au tour du général français d'instrumentaliser les médias pour, au lendemain du Débarquement de Normandie, asseoir l'idée qu'il était le chef légitime du gouvernement français de transition, forçant un peu la main des dirigeants états-uniens.

   Sur le terrain, c'est tout aussi épique que dans le premier volet. A la bataille  de Bir-Hakeim répond celle (encore plus méconnue) de Ksar Ghilane, au sein de la campagne de Tunisie. Au général Koenig succède le général Leclerc (Niels Schneider, excellent), auquel le film rend un hommage mérité.

   Je suis moins satisfait de la manière dont la Résistance intérieure est représentée. L'accent est mis sur les difficultés à l'unifier, mais les actions réalisées au quotidien ne sont pas assez bien mises en valeur (à mon avis). Je ne suis pas très convaincu non plus par la manière d'incarner Jean Moulin. Peut-être aura-t-on une bonne surprise cet automne avec Gilles Lellouche.

   Quoi qu'il en soit, ce deuxième volet est marqué, comme le premier, par un certain souffle. La mise en scène est efficace et souvent inspirée. Simon Abkarian emporte définitivement l'adhésion en Charles de Gaulle. Les spectateurs préfèreront peut-être ce volet, parce qu'il montre l'ascension, jusqu'à la Libération de Paris, à laquelle ont participé tant d'anonymes, français comme étrangers (notamment les Espagnols de La Nueve). De mon côté, j'ai plutôt un faible pour la première partie, qui met davantage en exergue les difficultés des débuts... et instille un humour incongru, salutaire, moins présent dans ce second volet. Le film n'en est pas moins hautement recommandable.

samedi, 25 juillet 2026

Gorgona

   Cette Gorgone des temps modernes (un peu dystopiques) pourrait être la mafia masculiniste qui contrôle une cité pétrolière : son chef s'est fait tatouer une tête de Méduse sur le torse... C'est peut-être aussi la fille de ce chef, dont le regard ne pétrifie pas, mais peut provoquer bien des dégâts...

   Faire dialoguer des éléments mythologiques grecs avec notre époque est de saison. (A suivre, bientôt : L'Odyssée de Christopher Nolan.) Réemployer du matériau cinématographique à la sauce féministe est aussi une tendance lourde, plutôt dans les films de super-héros... mais la mythologie n'est-elle pas après tout qu'un (lointain) ancêtre des comics peuplés de costumes moulants ?

   ... Sauf qu'ici les mecs musclés ne sont pas à l'honneur. Ils sont l'incarnation du masculinisme triomphant. Travailleurs manuels, ils gèrent leur exploitation pétrolière, tandis que les femmes sont chargées de les nourrir et de les divertir... de différentes manières.

   Cet ordre patriarcal "naturel" est menacé lorsque le chef, se sentant faiblir, décide de procéder à sa succession. Il a l'audace d'autoriser sa fille chérie (Maria) à y concourir, au scandale des gros bras tatoués qui travaillent sous ses ordres. A première vue, la jeune femme ne paie pas de mine, mais cela fait des années qu'en secret son papounet (quand il ne la tripote pas) l'entraîne à la sanglante compétition qui finira, tôt ou tard, par être organisée. De plus, la rugueuse demoiselle possède une botte secrète, qu'elle a sans doute héritée de sa (défunte) mère...

   Là-dessus débarque le nouvel objet sexuel du chef, une ravissante chanteuse brune, échangée contre un baril de carburant. (Elle est donc précieuse...) Entre elle et plusieurs membres du gang (masculins comme féminins) commence un jeu de pouvoir et de séduction qui ne peut que mal se terminer...

   Cela louche ostensiblement sur l'univers Mad Max (notamment Furiosa) et les films pulp Gindhouse (comme Planète terreur de Tarantino). A un moment (lesbianisme oblige), j'ai aussi pensé à Drive-away dolls. Mais Gorgona ne prend finalement pas tout à fait cette direction, d'abord parce qu'il est singulièrement dénué d'humour, ensuite parce qu'au bout d'une quarantaine de minutes, cela tourne un peu en rond. Si j'osais, je dirais qu'à l'image de certains personnages masculins qui se piquent aux hormones, ça bande mou. J'attendais donc avec impatience de voir la fin, qui promettait d'être animée... et j'ai été déçu. Il semblerait que la réalisatrice ait manqué de moyens pour concrétiser ses idées à l'écran. Je suis d'accord avec le fond, mais j'ai trouvé la forme très maladroite, trop kitsch. Dommage, parce qu'au départ, il y avait de l'idée.

vendredi, 24 juillet 2026

Cowboy Bebop

   Cette première partie d'été est décidément riche en classiques de l'animation japonaise. Ainsi, après Ghost in the Shell et Le Tombeau des lucioles, c'est au tour de Cowboy Bebop de ressortir en version restaurée. Précisons qu'il s'agit de l'adaptation en long-métrage d'une série télévisée, qui n'a connu qu'une saison, devenue culte.

   Les héros sont les membres d'une équipe de chasseurs de primes, qui représente une famille de substitution en formation... pour peu que chacun y mette du sien. Le plus âgé de la bande est un ancien flic, qui essaie de faire tenir la baraque. Il est associé à deux électrons libres, Faye Valentine et Spike Spiegel. La première est une jeune femme hyper-sexualisée (elle porte des tenues invraisemblables... qui ne permettent pas d'ignorer à quel point elle est bien gaulée), qui souffre de sa passion du jeu, où elle engloutit ses primes. Elle cohabite tant bien que mal avec le second, un expert en arts martiaux, futé, très sûr de lui... tant qu'on n'évoque pas son passé (il a fait partie d'un redoutable gang). Complètent le tableau une gamine douée en informatique (et contorsionniste à ses heures)... ainsi que Ein, un chien d'une intelligence stupéfiante. Je précise qu'il est de race corgi et qu'il est remarquablement animé.

   L'intrigue mêle polar et film d'espionnage. Dans un futur proche, l'humanité s'est réfugiée notamment sur Mars, qui a été "terraformée". Les avancées technologiques ont permis de guérir nombre de maladies, mais les sociétés humaines n'en sont pas moins menacées par la criminalité et les complots. L'un d'entre eux a pour projet de répandre une mystérieuse infection, contre laquelle il n'existerait pas de remède.

   Pour nos héros, dans un premier temps, il n'est pas question de sauver l'humanité. Faye veut toucher une nouvelle prime, mais sa cible lui échappe... et semble liée au complot. De leur côté, les mecs du groupe sont alléchés par l'énorme montant promis par le gouvernement de Mars à qui permettra de débusquer les terroristes. Spike est d'autant plus impliqué qu'il a affaire à forte partie. L'initiateur du complot est un ancien membre des forces spéciales, qui a survécu à d'étranges expériences. C'est un as du combat rapproché, qui donne beaucoup de fil à retordre à ses poursuivants... jusqu'au combat final, au cœur d'une reproduction de la Tour Eiffel.

   C'est feuilletonnesque, emballant, parfois drôle, avec une musique rythmée, souvent jazzy. La mise en images alterne des passages quasi statiques et des séquences virevoltantes, de toute beauté. J'ai passé un très bon moment.

   P.S.

   La capitale martienne est un mélange de plusieurs mégapoles, notamment Hongkong et... New York, dont on voit une copie des tours jumelles. (Le film est sorti en salles en 2001, peu de temps avant les attentats du 11 septembre.)

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lundi, 20 juillet 2026

Enquêtes au paradis, saison 2

   L'an dernier, c'est au mois de juin que France 2 a commencé à diffuser la première saison de cette série australienne, dérivée de la britannique Meurtres au paradis. Cette année, Coupe du monde (masculine) de football oblige, la chaîne publique a préféré attendre un mois de plus pour balancer de l'inédit, depuis donc ce lundi.

   Ce soir, nous n'avons eu droit qu'au premier des six épisodes composant cette saison. Il est intitulé « Superprédateur ». Il y est question d'utilisation des requins dans la recherche contre le vieillissement. On retrouve avec plaisir la détective « Mack » Mackenzie Clarke (Anna Samson), qui a finalement renoncé à retourner à Londres, où un poste intéressant lui tendait pourtant les bras. Cette brillante enquêtrice, pas très douée pour les relations sociales, est évidemment le pendant féminin des héros de la série-mère, mais la comédienne y ajoute de la cocasserie et du charme, bien servie il est vrai par une réalisation parfois inventive, toujours soignée.

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   Sur l'image ci-dessus figurent deux autres protagonistes de la série : la chienne Frankie... et (de dos) son maître officiel, le charmant médecin-légiste Glenn, ex-fiancé de Mack, sur le point d'épouser Daisy, la tenancière d'une guinguette locale. Les préparatifs de ce mariage servent de fil rouge à la saison.

   La semaine prochaine sera diffusé le deuxième épisode, « Fausse note », dans lequel il est question du retour d'un groupe de rock local. Il n'est pas très difficile de déterminer qui a commis le meurtre, mais les motivations réelles demeurent longtemps mystérieuses.

   Les suivants sont eux aussi déjà disponibles en ligne. Le troisième, intitulé « Team building » n'est pas d'une originalité folle, mais déterminer pourquoi et surtout comment le crime a été commis va exiger d'intenses efforts de la part de Mack.

   Le quatrième épisode, « Les Erreurs du passé », est particulièrement retors et, une fois n'est pas coutume, il met au premier plan Colin, l'adjoint rondouillard et emprunté de Mack. Toutefois, la solution de l'énigme, quand on la compare à une scène du début (qu'il faut revoir attentivement), comporte une erreur (une personne qui devrait se trouver derrière une porte, visible dans la seconde version de la scène, à la fin, mais pas dans celle du début). Il y a comme cela quelques petites erreurs dans certains épisodes, mais cela passe parce que les acteurs sont bons, les dialogues souvent piquants et l'habillage visuel vraiment chouette, avec beaucoup de couleurs vives (sans qu'elles soient criardes) et de superbes plans de zones littorales.

   Le cinquième épisode, « Une vie de roman »  est de la même veine, avec une intrigue bien tordue dans les détails, mais un schéma global assez facile à décrypter, pour qui a l'habitude de ce genre d'histoires.

   La saison se conclut avec le sixième épisode, « Noces empoisonnées », qui a pour cadre le mariage (perturbé) de Glenn et Daisy... C'est aussi une enquête à double-fond, brillamment résolue par l'héroïne qui se demande à nouveau, à la fin, si elle doit rester au pays des kangourous ou bien retourner à la grisaille londonienne.

   Je ne sais pas comment les scénaristes ont écrit la suite (qui a déjà été tournée), mais je suis impatient de découvrir la saison 3.

   P.S.

   L'intégralité de la saison 1 est également disponible sur le site de France Télévisions.

Le Passage

   Ce film militant débute par une citation de Shakespeare, puis un plan d'une mégapole états-unienne, au cours duquel on aperçoit une tour portant un nom célèbre... Le décor est planté de manière un peu manichéenne : il y a le camp du Bien et celui du Mal. Je craignais donc le pire.

   La suite nous plonge dans ce qui est vraiment du cinéma, avec un découpage en cinq parties, chacune ayant pour titre la fonction d'un protagoniste :

La médecin

Le soldat

Le passeur

Le poète

Le capitaine

   Les deux bornes sont constituées par l'histoire des deux personnages les plus attachants : une pédiatre faisant office de chirurgienne dans un hôpital d'Alep (en Syrie), en pleine guerre civile, et le commandant (grec) d'un bateau de garde-côtes, autour de l'île de Lesbos.

   La première est Amira que, dès le début, nous voyons dans deux contextes, celui du début des années 2010 et celui, actuel, aux Etats-Unis. Elle s'en est donc sortie, mais au prix d'un périple éprouvant... et ce n'est qu'à la toute fin que l'on comprend vraiment tout ce à quoi elle a dû renoncer. C'est plutôt bien mis en scène. De surcroît, dans la partie syrienne, le réalisateur prend soin de montrer que, bien qu'issue sans doute de la communauté chiite (qui, à l'époque, est plutôt dans le camp de Bachar el-Assad), elle soigne tous les blessés, ce qui n'est pas sans créer quelques tensions...

   ... notamment avec le soldat, un fervent défenseur du régime, très hostile à ceux qu'il nomme "terroristes", mais qui va commencer à douter. Cette partie ne rebondit pas totalement sur la précédente. Le dispositif n'est pas exactement celui d'un "marabout-de-ficelle", l'histoire suivante ne commençant pas exactement là où la précédente s'est arrêtée. Mais l'on revoit une partie de la séquence sous un autre angle, avec des développements supplémentaires. Le procédé est bien maîtrisé et accroît l'intérêt du film en dépit de ses faiblesses.

   Ces faiblesses sont patentes à partir de la troisième histoire, Omar Sy (plutôt à contre-emploi) y incarnant Marwan, un passeur mi-brute cynique, mi-papa poule, en Turquie. L'intérêt de cette partie est de mettre en scène divers passeurs  et de ne pas chercher à édulcorer le caractère nuisible de ces individus. Concernant Marwan, la volonté d'adoucir le portrait est trop voyante. Il n'est pas vraisemblable qu'un père laisse quasiment chaque jour un jeune enfant malade seul à son domicile (dont il ne verrouille pas la porte), aucune autre présence adulte n'étant visible à l'horizon. On cherche évidemment à nous faire comprendre que lui aussi est un migrant (peut-être même un réfugié, la confusion entre les deux étant entretenue par le film).

   C'est au cours de cette partie que l'on croise le protagoniste de l'histoire suivante, le poète... et là aussi cela se gâte. Les violons sont de sortie, sans modération. On semble avoir accumulé le plus de péripéties possibles pour tirer les larmes des spectateurs. Je suis d'accord avec l'idée que le parcours de certains peut être particulièrement dramatique mais, ici, l'accumulation et la mise en scène ont fini par m'agacer.

   Cette quatrième histoire est l'occasion de retrouver (brièvement) la médecin syrienne, que l'on revoit dans la cinquième, où c'est le point de vue grec qui, dans un premier temps, nous est proposé. On a droit à un beau portrait de "capitaine courage", sans négliger de nous présenter des Grecs moins sensibles au sort des migrants.

   C'est à la fin que l'on retrouve la médecin, mais aussi des personnages issus de toutes les histoires, ce que j'ai trouvé maladroit. J'ai bien aimé le procédé kaléidoscopique du film, avec des séquences qui, souvent, s'interrompent brutalement, sans livrer une histoire complète. (Mais n'importe quel spectateur doté de quelques neurones comprend comment cela se conclut.) On a visiblement voulu rassurer les spectateurs un peu plus lents à la comprenette et inséré une brochette de fins pas forcément utile.

   Du coup, ce film me laisse partagé.

dimanche, 19 juillet 2026

Le Héros de Berlin

   Décédé avant la sortie de ce film, le réalisateur Wolfgang Becker s'était fait connaître jadis avec Good Bye Lenin !, dont l'acteur principal, Daniel Brühl, vient faire un petit coucou ici. Il n'est pas la seule référence à cette précédente œuvre, dont l'ambiance de fin de RDA filtre à travers l'évocation du rôle de la STASI et l'annonce du trentième anniversaire de la chute du Mur de Berlin.

   En découvrant peu à peu l'ascension d'un mythomane, les cinéphiles penseront aussi à Un Héros très discret (de Jacques Audiard) et au récent Marco, l'énigme d'une vie. Aux contextes de la Guerre civile espagnole et de la Seconde Guerre mondiale succède celui du régime communiste (finissant) est-allemand, avec l'histoire d'une fuite en RER, qui aurait été orchestrée par un employé des chemin de fer tombé dans l'oubli.

   L'intrigue suit deux voies parallèles : celle de la relation problématique à la vérité du héros, devenu une quasi-loque humaine, tenant poussivement un vidéo-club au bord de la faillite... et celle des autorités officielles, avides d'encenser un "héros ordinaire" et de renouveler les discours concernant la chute du Mur.

   Je n'ai été que moyennement convaincu. Charly Hübner (qui, jadis, a joué dans La Vie des autres, film autrement plus puissant que celui-ci) fait le job dans le rôle d'un pauvre type qui a été mêlé bien malgré lui à une étrange affaire, mais le scénario accumule trop les invraisemblances pour être crédible. La démystification intervient trop tard et la peinture du petit monde politique allemand m'est apparue vraiment caricaturale. (Qu'en ont pensé les Allemands ?)

   A côté de cela, il y a bien l'émergence d'une improbable histoire d'amour, pas si mal menée que cela mais, globalement, je trouve le film très ambigu dans son propos, notamment quand il affirme (à plusieurs reprises) que l'histoire n'est qu'un assemblage de mensonges. Il met dans le même sac tous les régimes (totalitaires comme démocratiques) et ne fait pas l'effort de distinguer la politique mémorielle d'un État de l'écriture réelle de l'histoire, par des professionnels rigoureux.

   Ce n'est pas déplaisant à suivre, mais c'est décevant. Il y a bien mieux à l'affiche actuellement.

vendredi, 17 juillet 2026

The Last Viking

   S'il n'en reste qu'un (de Viking), alors ce sera (peut-être) Manfred... sauf que l'ancien gamin amateur de runes et porteur de casque à cornes se prend désormais pour... John Lennon. Une quinzaine d'années auparavant, il fut le dernier recours de son frère, un braqueur de banque qui lui a confié sa part de butin, avec pour mission de la cacher en attendant qu'il sorte de prison. Le duo de frangins va se retrouver embarqué dans d'abracadabrantesques aventures, pour notre plus grand plaisir.

   Pourtant, le binôme est des plus classiques. A voir Anker le brutal et Manfred/John le barjot, on a l'impression de retrouver Gérard Depardieu/Lino Ventura/Gérard Lanvin, accompagné de Pierre Richard/Jacques Brel/Benoît Poelvoorde.

   Cela fonctionne, parce que les acteurs sont excellents, au premier rang desquels un Mads Mikkelsen aussi fantastique que méconnaissable. La comédien impressionne dans ce rôle décalé, plus subtil qu'il n'en a l'air.

   L'intrigue non plus n'est pas hyper-inventive, puisqu'un gros sac de pognon est au cœur de toutes les convoitises, celle des frangins, mais aussi celle de l'ancien partenaire du taulard... et celle de la tenancière d'un gîte rural. On finit par avoir l'impression que les frères Coen ont débarqué au Danemark ou en Suède.

   Le polar se double d'un arrière-plan sociétal, principalement familial, les gamins (et leur sœur aînée) ayant été élevés par un père alcoolique et ultra-violent. On pense que cela explique leurs actuels troubles du comportement... mais on ne nous dit pas tout. Il faut vraiment attendre la fin pour bien comprendre la nature des traumatismes et les motivations profondes des uns et des autres.

   D'ici là, on aura passé un savoureux moment en compagnie d'une bande de doux dingues, un prétendu psychiatre ayant la folle idée de reconstituer les Beatles... à partir d'une sélection de malades mentaux se prenant pour tel ou tel membre du groupe... l'un d'entre eux (aux personnalités multiples) alternant entre Paul McCartney,  George Harrison, Björn (du groupe Abba) et... Heinrich Himmler. Tout cela se conclut en pleine forêt où, quand on creuse un trou, on ne sait pas forcément ce sur quoi on va tomber...

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mercredi, 15 juillet 2026

Kayara, princesse inca

   Ce bref film d'animation (1h20) se situe dans la lignée de la précédente œuvre de son réalisateur Cesar Zelada : Ainbo, princesse d'Amazonie. Il conte l'histoire d'une émancipation féminine, celle de l'héroïne qui, de surcroît, va sauver son peuple. 

   Attention toutefois : celle-ci n'est pas plus princesse que "caillera", même si c'est une rebelle, fille unique d'un chasqui... dont la fonction (contrairement à ce qu'une homophonie facile pourrait laisser croire) n'est pas de s'occuper des chasse-neige et des après-ski.

   C'est l'un des intérêts de cette modeste production plutôt destinée aux enfants : l'insertion d'éléments civilisationnels dans l'intrigue, liés aux Incas et à d'autres peuples amérindiens, au début du XVIe siècle.

   Dans un premier temps, le propos se veut surtout féministe, avec une gamine débrouillarde qui veut braver une société patriarcale qui interdit aux femmes d'exercer la fonction de messager, quand bien même elles seraient douées à la course. Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir comment Kayara va parvenir à ses fins... Dans la salle, même les petits garçons étaient captivés. (Il faut dire que le meilleur ami de l'héroïne est le fils de l'empereur inca, un jeune gars plutôt sympa... mais pas très enclin à bousculer les traditions.)

   La suite voit se déployer un complot, dont je ne révèlerai rien. Sachez que, pour des adultes, c'est limpide. C'est donc compréhensible par de jeunes enfants. La situation va toutefois se compliquer avec l'arrivée de mystérieux étrangers, sur de grands bateaux à voile... eh, oui, les Espagnols sont (tardivement) de la partie !

   Entre messages codés, quipus, poisons, passages secrets et divinités de la nature, on ne s'ennuie pas, même si l'intrigue est, pour des adultes, conduite de manière simpliste (voire naïve), les problèmes se résolvant assez rapidement. Au niveau de l'animation, c'est correct, sans plus. On passe un agréable moment (au frais)... et on apprend deux-trois trucs sur les cultures précolombiennes.

mardi, 14 juillet 2026

Jim Queen

   A priori, les histoires d'homos (plus ou moins) bodybuildés, c'est pas trop mon truc... mais le bouche-à-oreille étant bon, la forme animée m'intéressant, je me suis offert une petite séance climatisée supplémentaire par temps caniculaire.

   Cela démarre sur les chapeaux de roues, avec une scène clinquante, qui joue sur les clichés homosexuels (masculins, les lesbiennes étant quasi absentes de cette histoire). J'ai trouvé cela très bon, avec de l'autodérision... et c'était nécessaire, puisque l'un des deux héros, Jim Parfait, est (du moins au début) un connard égocentrique. On présume que les épreuves qu'il va rencontrer vont le rendre plus empathique... notamment grâce à Lucien, le fils de bonne famille qui, à 23 ans, n'est pas encore "sorti du placard".

   L'habileté des scénaristes est de réemployer des éléments authentiques (l'épidémie de sida, les thérapies de conversion à l'américaine, l'homophobie réelle de certains politiques français...), pour en faire autre chose. Ainsi, la pandémie qui frappe peu à peu les homos est "l'hétérose", dont les symptômes sont particulièrement cocasses : les "malades" perdent leurs abdos plaque de chocolat et ils se mettent à aimer le football ! Les plus fanatiques de la "communauté", regroupés dans l'immeuble "Gaystapo" ont recours à des méthodes extrêmement brutales pour faire revenir les "infectés" dans le droit chemin (rectal)... eh, oui, chez les homos, y a des fachos !

   Cela ne dure qu'1h25, mais c'est bourré de détails, souvent drôles (et crus...), comme ces flashs info de Bollo News (décalque évident de CNews), durant lesquels il faut particulièrement s'intéresser à ce qui s'inscrit au bas de l'écran... J'ai aussi aimé le recours au médecin miracle, le docteur Ragoult, qui, pour guérir les victimes de l'hétérose, propose un mystérieux remède, la chloroqueen...

   Au niveau du dessin, ce n'est pas très élaboré. Cela rappelle beaucoup les productions télévisuelles japonaises des années 1990, mais c'est efficace. On passe un bon moment.

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lundi, 13 juillet 2026

Vaiana (le film)

   Dix ans après la version animée (mais moins de deux ans après le deuxième épisode), Disney relance la machine à cash en proposant une nouvelle mouture, avec des comédiens en graisse et en os (des Polynésiens en surpoids, plus ou moins musclés). J'ai l'impression que les scénaristes ne se sont pas foulés : ils ont copié la trame originale.

   Le début prend donc la forme d'une carte postale d'une île de l'océan Pacifique, dont les habitants, entre deux danses collectives, ne se nourriraient que de poissons et de noix de coco. (Va comprendre d'où viennent tous ces bourrelets...) Ah, oui, au fait : ils chantent toujours. En version française, cela ne s'est pas amélioré par rapport au film d'animation.

   La morale de l'histoire n'a donc pas changé : les parents doivent apprendre à lâcher du lest vis-à-vis de leur progéniture. Quant aux enfants, on leur dit que, si partir à l'aventure semble enthousiasmant, ce n'est pas sans risque, et qu'il ne faut pas se décourager à la première difficulté.

   Les effets spéciaux sont de qualité et compensent la médiocrité de la caractérisation des personnages. Dès qu'il est question de l'océan ou du monde animal, c'est épatant : baleine, raie, crabe géant sont superbement rendus, dans de magnifiques décors. En revanche, le poulet est toujours aussi agaçant. Dommage qu'on ne voie pas plus le petit cochon, pas mal du tout dans sa version numérique.

   L'intrigue devient intéressante quand Vaiana rencontre le demi-dieu Maui. Dwayne Johnson est parfait dans le rôle, auquel il apportait déjà sa voix dans la version originale animée. (De surcroît, il coproduit le film.) Du coup, dans la VF, c'est l'excellent David Krüger qu'on entend, alors qu'il y a dix ans, on avait confié le doublage du personnage à Anthony Kavanagh. Même si voir le musculeux acteur avec tout plein de cheveux est quelque peu perturbant, de prime abord, son sens de l'auto-dérision et ses tatouages animés emportent l'adhésion.

   De son côté, dans le rôle-titre, la jeune Catherine Laga'aia n'est pas indigne, mais ne fait pas d'étincelles. (On remarque que, contrairement à la comédienne qui l'incarne enfant, qui est un peu boulotte, l'adolescente est elle bien svelte. On reste dans les canons hollywoodiens...)

   Les séquences avec le crabe géant et le monstre volcanique sont vraiment emballantes (sur le plan visuel)  mais, si l'on connaît déjà l'histoire, cela manque un peu de sel.

   Les enfants s'y retrouveront plus que les (grands)parents.

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Kill Bill - The Whole Bloody Affair

   C'est sans contestation possible la sortie en salles la plus intéressante de cette semaine. Ce (double) film culte de Quentin Tarantino nous revient dans la version director's cut, avec un petit bonus en toute fin.

   Il s'agit donc d'une séance de 4h35, ce qui, par ces temps caniculaires, constitue un long et agréable séjour en zone climatisée (surtout si l'on ajoute les bandes-annonces, les publicités... et l'attente avant l'accès à la salle). En théorie, cette version intégrale est coupée par un entracte... que les exploitants choisissent de marquer ou pas. Là où je l'ai vu, une pause de quinze minutes a été pratiquée, la salle restant obscure, avec un écran fixe. Tout le monde est sorti se dégourdir les jambes et/ou faire un petit (ou un gros) pissou. Trois personnes ne sont pas revenues dans la salle (un couple et leur fils adolescent)... et elles ont bien eu tort, parce que la seconde partie est encore meilleure que la première... et que c'est à la fin de celle-ci que l'on a droit au bonus.

   Mais revenons à la première partie qui, par certains aspects (notamment l'exagération "sauce-tomatesque") peut sembler avoir vieilli, mais où le savoir-faire de Tarantino est déjà à l’œuvre. Mes deux séquences préférées sont celle de l'hôpital (qui, aujourd'hui, fait curieusement écho à l'affaire Pelicot) et celle du massacre des "Crazy 88", une boucherie gargantuesque... et une orgie cinématographique. Tarantino est quand même bigrement bon dans la démesure, ainsi que dans les ruptures de ton. Dans ce domaine, outre le montage, les dialogues jouent un rôle fondamental, soit qu'ils retardent volontairement le surgissement de la scène violente que tout le monde attend, soit qu'ils en cassent le rythme, de manière incongrue... et furieusement drôle. Je pense notamment, évidemment, au retour de l'école de l'enfant d'une ex-tueuse...

   J'ai quand même préféré la seconde partie, elle aussi construite de manière apparemment abracadabrantesque, les chapitres ne se suivant pas chronologiquement. Mes coups de cœur vont à l'inhumation de l'héroïne (scène qui, paraît-il, fut particulièrement difficile à tourner pour Uma Thurman) et à la baston entre Elle Driver (Daryl Hannah) et Beatrix Kiddo (Uma, étincelante de rage et de beauté). Plus de vingt ans après, cela reste un gros kif... et je ne peux pas ne pas parler de la séquence de formation de l'héroïne, l'un des nombreux hommages du film, ici au genre kung-fu. Gordon Liu y est formidable. (L'une des spectatrices a quitté la salle à ce moment-là.)

   Tarantino a beau avoir créé sa propre histoire, il ne cesse de faire référence aux films qui l'ont influencé, du western-spaghetti au sabre japonais, en passant par le manga, les productions hongkongaises... et même françaises : Georges Lautner est cité dans le générique de fin et la musique de l'un de ses films est utilisée dans la partie II. (A toutes fins utiles, je rappelle que G. Lautner est le réalisateur, entre autres, des Tontons flingueurs, du Monocle noir, des Barbouzes, du Pacha, du Professionnel...)

   Et donc, au bout du bout du bout du générique de fin, on nous propose... une séquence animée. (On en a déjà vu une dans la partie I, qui évoque la jeunesse de l'une des tueuses que Beatrix veut dézinguer.) Elle constituerait "le dossier (ou chapitre) retrouvé" et confronte l'héroïne à une redoutable adversaire, avide elle aussi de vengeance... Mouais, bof.

   Pour le reste, je me suis régalé... et, quand je suis sorti du cinéma, il faisait bon.

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samedi, 11 juillet 2026

On l'appelait Robin des Bois

   Quelque part sur la lande anglaise, au XIIIe siècle, un homme âgé, barbu, aux longs cheveux gris, se repose. Cet homme est une légende vivante... et un hors-la-loi parfois détesté : Robin des Bois.

   Hugh Jackman a beau lui prêter son corps musculeux, on sent que le héros a perdu de sa superbe. Pour preuve : il a parfois du mal à bander... son arc. Mais il a encore de la réserve, comme vont le découvrir quelques sacripants, dans la première partie de l'histoire.

   En attendant ces moments homicidaires, on nous propose la rencontre entre le vieux solitaire et une jeune femme. J'ai bien aimé cette introduction, économe en dialogues, tirant profit de paysages superbes... et nous laissant dans l'incertitude quant à la conclusion de la scène.

   La suite voit Robin retrouver Petit-Jean (Bill Skarsgård, lui aussi très bien). Mais, les concernant, on est loin de la lutte contre l'odieux shérif de Nottingham et le perfide Jean-sans-terre. On a l'impression de voir deux délinquants qui se retrouvent des années après leur dernier forfait. Là est le cœur du sujet, l'écart (présumé) entre la légende de Robin des Bois et la réalité de son existence. Robin ne veut plus qu'on évoque devant lui ces chansons populaires, véritables contes pour enfants qui masqueraient les aspects sombres de son existence... et enjoliveraient ses faits d'armes.

   Le retour à la réalité prend la forme d'une vendetta, où la vengeance succède à la vengeance, sans fin. C'est du brutal, sans fioriture, filmé souvent en lumières naturelles, au soleil levant, couchant ou à la lueur de chandelles, voire d'un incendie. J'ai beaucoup aimé cette partie, qui montre la lutte entre les instincts primaires et la civilisation.

   La seconde partie voit Robin débarquer dans une île-refuge, tenue par une charmante nonne qui, à l'instar d'autres habitants, tient à garder secrète une partie de son passé. Celui de Robin (récent comme ancien) va d'ailleurs ressurgir, à plusieurs reprises. Le changement de ton est impressionnant. L'atmosphère est plus douce, en partie grâce à l'interprétation de Jodie Comer, vue notamment dans Free Guy et Le Dernier Duel.

   Malheureusement, l'intrigue s'étire (inutilement) et la troisième partie nous emmène sur un chemin balisé (expiatoire) qui ne m'a guère convaincu. C'est dommage, parce que ce film est bien joué, parfois visuellement emballant, sous la patte de Michael Sarnoski, qui, en 2024, avait signé Sans un bruit : jour 1.

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mardi, 07 juillet 2026

Supergirl

   On avait entraperçu ce personnage dans le dernier Superman. Voici donc le long-métrage consacré à la cousine rebelle de l'Homme au Grand Slip rouge, ce super-héros bien comme il faut qu'elle surnomme « the nerd » dans la version originale.

   Milly Alcock (sorte de Sydney Sweeney de secours) prête sa plastique avantageuse au personnage principal, celui d'une adulescente alcoolique et fêtarde, dont on découvre la chambre d'étudiante l'intérieur de la capsule spatiale au début de l'histoire. Cela sent visiblement l'alcool, la pisse de chien (Merci, Krypto !), la transpiration, la nourriture avariée et, aussi, sans doute, un peu, la foufoune pas propre. La caractérisation classieuse de l'héroïne culmine dans les scènes où on la voit vomir ou uriner. (Je rassure les âmes délicates : cela s'arrange par la suite.)

   Qu'est-ce qui fait changer Kara (prénom officiel de la supermeuf) ? Le fait qu'on s'en prenne à son chien... et l'obstination d'une orpheline vengeresse, plus accrochée à elle que ses morpions pubiens. Du coup, l'intrigue de ce qui ressemble tout de même à un roman de formation ne conduit pas l'héroïne à trouver le prince charmant (ni la princesse charmante). Elle est plutôt amenée à corriger, en toute sororité, une bande de gros vilains, d'horribles masculinistes percés et tatoués, dirigés par un cinglé de première, fort bien incarné par un Matthias Schoenaerts halluciné.

   Du coup, cela manque de mâle positif. Il y aurait bien la génération d'avant, mais le paternel dévoué à sa patrie a échoué... et il est mort. Superman fait trop boy-scout et tous les autres mecs sont soit des lâches, soit des salopards... à l'exception, peut-être, de Lobo, un chasseur de primes un peu lourdingue (il se prend pour un dieu vivant), mais sympatoche au fond, d'autant qu'il est interprété par Jason Momoa.

   L'histoire est très prévisible, mais servie par une mise en scène dynamique, de bons effets spéciaux et un zeste d'humour. (Le réal Gillespie s'est fait connaître avec The Finest Hours, Moi, Tonya et Cruella.) Ce n'est pas un grand DC, juste un honnête divertissement, dans l'air du temps.

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lundi, 06 juillet 2026

Notre Histoire - Chroniques du Caire

   Abu Bakr Shawky a puisé dans son histoire familiale pour écrire le scénario de cette fiction historique, à la fois dramatique, colorée et (parfois) humoristique, dont l'action se déroule de 1967 à la seconde moitié des années 1980, sous les présidences successives de Gamal Abdel Nasser, Anouar el-Sadate et Hosni Moubarak.

   L'arrière-plan politique intervient doublement dans la saga familiale, puisque les fils sont susceptibles d'être mobilisés dans le cadre des conflits israélo-arabes (en 1967 pour la Guerre des Six-Jours et en 1973 pour celle de Kippour)... et qu'il convient d'être très prudent quand on émet une opinion politique dans un pays qui est une dictature militaire... très policée. A cet égard, la manière dont deux membres de la famille, à vingt ans d'intervalle, vont gaffer, ne manque pas de saveur...

   Cette famille réside presque entièrement dans le même appartement, où se côtoient quotidiennement le père, la mère, trois oncles, trois fils, bientôt une belle-fille... et même le voisin du dessus, qui ne supporte pas d'entendre le héros s'exercer au piano... mais vient soutenir ses voisins quand l'équipe locale, dont ils sont fans, dispute un match, le plus souvent perdu...

   J'ai été particulièrement sensible aux trois oncles, trois "tontons" aux tempéraments différents... et bien affirmés. L'un d'entre eux a le statut de porte-malheur, plusieurs péripéties permettant de vérifier cette incroyable réputation ! Mais le personnage qui réserve le plus de surprises est sans doute celui de la mère, qui connaît de beaux développements dans la seconde partie de l'intrigue.

   La musique est omniprésente dans cette histoire, la populaire comme l'élitiste. On découvre la première dans l'appartement familial et chez les parents de la dulcinée autrichienne, tandis que la classique est la passion du héros Ahmed (sans doute le père du réalisateur). Jeune pianiste doué, il décroche une bourse pour un conservatoire autrichien, avec de grandes ambitions artistiques... et l'envie folle de rencontrer sa correspondante locale, dont il est tombé amoureux. Cette love story complètement improbable (mais a priori vraie) est le fil rouge de l'intrigue. Elle va survivre aux aléas politiques, aux drames familiaux et aux péripéties de la carrière d'Ahmed, qui connaît des hauts et des bas.

   Le film s'interrompt peu après la naissance du petit-fils, dans une Égypte à la croisée des chemins, où l'on sent monter l'intégrisme religieux.

   Je n'attendais pas grand chose de ce film et il m'a littéralement happé, grâce à son énergie et au talent des comédiens, pourtant peu connus.

dimanche, 05 juillet 2026

Le Tombeau des lucioles

   Un mois après Ghost in the Shell, c'est au tour d'un autre grand classique de l'animation japonaise de ressortir dans nos salles, en version restaurée. De son auteur, Isao Takahata (cofondateur du studio Ghibli, avec Miyazaki), on connaît plutôt les œuvres ultérieures, comme Pompoko, Mes Voisins les Yamada et Le Conte de la princesse Kaguya. Il y a quelques années de cela, on avait aussi ressorti en France l'un de ses premiers longs-métrages, Goshu le violoncelliste.

   L'intrigue s'étale sur quelques semaines, entre juin et septembre 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. On suit deux enfants, un frère et sa sœur, Seita et Setsuko, habitants de Kobé. Ils n'ont pas vu leur père (qui sert dans la marine impériale) depuis des années. Leur mère est malade... et la région subit des bombardements incendiaires de l'armée américaine.

   Les deux enfants se retrouvent presque livrés à eux-mêmes, ballotés entre le domicile d'une tante pas hyper-accueillante, les centres de secours et une étrange grotte, qui a servi d'abri anti-aérien. Les gamins vont la transformer en une sorte de cabane de Robinsons, à côté d'un lac sur les rives duquel, la nuit, évoluent des milliers de lucioles.

   Les scènes au cours desquelles on voit ces insectes sont d'une beauté époustouflante. L'animation a peu vieilli mais sa virtuosité est toujours perceptible, notamment dans les mouvements de la petite Setsuko, dessinés avec une impressionnante méticulosité. Ce personnage de gamine est d'ailleurs très bien caractérisé, oscillant entre les pleurs enfantins, à la moindre contrariété, et les éruptions de joie, à la vue des lucioles, d'un bol de riz ou de bonbons au goût fruité.

   La présence des insectes s'inscrit dans la représentation de la nature, douce et belle, en contraste avec le monde des humains, dur et parfois odieux. Comme le manga Gen d'Hiroshima, ce film a l'originalité d'évoquer un Japon pas vraiment solidaire, bouleversé par l'effondrement du régime impérial et la domination états-unienne, où une grande partie de la population souffre d'une faim atroce. Dans ce contexte, les lucioles sont aussi un moyen d'évoquer les âmes qui partent... et les petites bombes incendiaires qui font des ravages dans les villes, principalement construites en bois et papier de riz.

   La dernière demi-heure est la plus poignante... et conserve toute sa force, trente ans plus tard. J'ai une fois de plus été très ému, davantage même qu'en lisant la nouvelle dont est adapté le film et dont je recommande la lecture.

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samedi, 04 juillet 2026

Espions, une histoire vraie

   Il y a cinq ans, j'ai découvert cette émission de radio, produite et présentée par Stéphanie Duncan, à travers l'histoire d'Amaryllis Fox, ex-agent de la CIA. Depuis, d'autres portraits sont venus enrichir la collection, qui bénéficie d'une rediffusion estivale, depuis lundi dernier, sur France Inter. Dans le même temps, il y a quelques mois, est paru en édition de poche un florilège de portraits d'espions (17 au total) :

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   La version livresque est une sorte "d'extrait sec" de chaque biographie radiodiffusée. Il y manque les illustrations sonores, la musique, les documents d'époque. Mais cela se lit vite (chaque bio s'étendant sur sept à dix pages) et c'est bien écrit.

   Trois des cinq portraits rediffusés cette semaine figurent dans le florilège : ceux d'Oleg Gordievski (émission de mardi), de l'ancienne maîtresse de Fidel Castro Marita Lorenz (émission de mercredi) et de l'agent double britannique Kim Philby (émission de jeudi).

   Complètent la série l'histoire de l'hôtesse de l'air israélienne Yola Reitman (émission de lundi) et celle de l'ancien journaliste du Canard enchaîné Jean Clémentin (émission d'hier vendredi), dont la révélation du passé de "correspondant" des services tchécoslovaques avait défrayé la chronique en 2022.

   Aux "vieux" auditeurs de la radio publique, cette émission en rappellera une autre, la fameuse Rendez-vous avec X, multirediffusée, qui conjuguait rigueur des sources et talent de mise en scène (le "Monsieur X" étant un personnage de fiction, interprété par un acteur).

mardi, 30 juin 2026

Des Minions et des monstres

   Quatre ans après le deuxième volet (mais seulement deux ans après Moi, moche et méchant 4, dans lequel on peut croiser à plusieurs reprises les petits bonshommes jaunes), le duo Meledandri-Coffin nous propose les nouvelles aventures des sbires les plus maladroits de l'histoire de la criminalité.

   Ces nouvelles aventures ne sont pas une suite à proprement parler, plutôt une préquelle, puisque le scénario nous embarque dans les années 1890-1920, période des débuts du cinéma. En guise d'introduction, on nous montre les héros toujours à la recherche du Big Boss, le super-méchant auquel ils ont l'intention de se dévouer corps et âmes. On retrouve l'esprit facétieux du premier volet... avec un clin d’œil à l'actualité cinématographique estivale, puisque l'un de ces "grands méchants" n'est pas sans lien avec un certain Ulysse...

   Dans cette première partie, les jeunes spectateurs s'amusent des bêtises faites par les Minions, tandis que les grands (entre deux éclats de rire) savourent les nombreuses allusions. Ainsi, les réalisateurs ont eu le culot d'insérer certains personnages jaunes (mais ici en noir et blanc) dans les premiers films tournés, comme L'Arroseur arrosé, La Sortie des usines Lumière, L'Arrivée d'un train à La Ciotat.

(Je profite de l'occasion pour conseiller à toutes et à tous de re-voir les documentaires consacrés par Thierry Frémaux à l’œuvre des frères Lumière.)

   On les aperçoit aussi dans une reconstitution des courts-métrages décomposant les mouvements d'un homme, d'un cheval, d'un chien... On n'oublie pas de rendre hommage aux prestigieux anciens, de Georges Méliès (Le Voyage dans la Lune) à Chaplin (Les Temps modernes), en passant par Harold Lloyd (Monte là-dessus !). C'est fait avec tellement de talent et de drôlerie qu'on pardonnera une certaine confusion chronologique.

   La transition entre la première partie et la seconde s'effectue par le biais d'une séquence totalement délirante (sans doute inspirée des historiettes de jadis, en noir et blanc), qui mène nos héros du Far-West aux studios de Hollywood, notamment ceux des Bright Brothers (allusion transparente à la Warner Bros).

   La suite voit les Minions se diviser, entre ceux qui veulent à tout prix faire carrière à Hollywood et ceux qui privilégient la quête du Big Boss. C'est feuilletonnesque, nourri de rebondissements parfois abracadabrantesques, mais furieusement drôle... et plus facile à suivre que le deuxième volet. Vers la fin, le scénario se révèle particulièrement malin, avec une série de mises en abyme qu'on ne voit pas venir.

   Je me suis ré-ga-lé.

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samedi, 27 juin 2026

Les Caprices de l'enfant-roi

   Le film tire son titre de la pièce de théâtre romantico-comique que Jean-Baptiste Poquelin et Savinien de Cyrano de Bergerac (enfin, ceux de fiction, pas les vrais, bien sûr) finissent par co-écrire, au cours de la cavale du jeune Louis Dieudonné, pas encore Louis XIV, mais déjà un peu casse-couilles.

   C'est revendiqué comme tel dès le début : il n'y a rien (ou plutôt : pas grand chose) d'historique dans ce long-métrage, qui multiplie les anachronismes pour servir un propos parfois très militant, amené avec de gros sabots.

   J'ai beau apprécier les acteurs et avoir fait preuve d'indulgence, je ne pas convaincu par les personnages masculins. Franck Dubosc livre une version parodique de D'Artagnan, qui, lui-même, finit par pasticher des extraits de sketch du Dubosc humoriste. Le comédien fait plus que cabotiner... (Non mais, franchement, Franck, t'as tant besoin de thunes que ça ?)

   Artus est moins catastrophique dans le rôle de Cyrano, un Cyrano en grande partie imaginaire, puisque, dans la réalité, c'était un libertin et un excellent bretteur. Or, dans ce film-ci, Artus est chargé d'interpréter un personnage plutôt triste, voire pathétique. (Seule sa bisexualité est sans doute conforme à la réalité.) J'ai de plus été déçu par les scènes de baston, que je trouve mal chorégraphiées, un comble pour un film de cape et d'épée.

   Quant au gamin qui incarne un rôle double (le petit Louis et son sosie issu des bas-fonds), il n'est pas si mauvais que cela... mais j'ai été gêné par un détail le concernant : dans certaines scènes, j'ai eu l'impression qu'il portait un appareil dentaire... mais le réalisateur n'est visiblement pas à une "fantaisie" près.

   Seul Nemo Schiffman m'a paru bien dans le tempo de son rôle (celui de Molière)... mais il est vite éclipsé par les femmes, en particulier Julia Piaton, que j'ai trouvée très juste en Madeleine Béjart. D'ailleurs, de manière générale, j'ai préféré les principaux personnages féminins. Ainsi, Doria Tillier est délicieuse en Anne d'Autriche, à la fois pète-sec et manipulatrice. Mais la palme de la garce revient sans conteste à Suzanne de Baecque, qui incarne la Grande Mademoiselle, la cousine germaine de Louis XIV, une princesse de sang royal qui a joué les perturbatrices... et a su garder une grande indépendance (dans la vraie vie). Ici, elle tient le rôle de la principale méchante... fort bien, ma foi. (Et quelles coiffures !)

   Bref, c'est un film inégal, comportant des scènes complètement ratées et d'autres d'une indéniable drôlerie. C'est un petit moment à passer au frais, pendant la Fête du cinéma, sans plus.

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vendredi, 26 juin 2026

Celui dont on ne doit pas prononcer le nom

   Avant-hier, mercredi, certains lecteurs de Centre Presse ont dû penser à un bug en lisant l'un des articles du quotidien aveyronnais :

Lauras CP 24 06 2026.jpg

(cliquer sur l'image pour l'agrandir.)

   Il y est question d'un mouvement de grève dans un collège de l'agglomération ruthénoise, dirigé contre la nomination d'un nouveau principal-adjoint... dont le nom n'est jamais mentionné !

   Compte tenu des craintes exprimées par les grévistes qui ont communiqué avec la presse, pour un habitant du coin, il n'est pas difficile de faire le lien... d'autant qu'un autre média aveyronnais, L'Hebdo, avait vendu la mèche quelques jours auparavant, le vendredi 19 juin :

Lauras L'Hebdo 19 06 2026 b.jpg

   Pour résumer : la nomination de M. Lauras au collège des Quatre-Saisons s'est faite dans la plus grande discrétion, discrétion suivie par les grévistes, qui manifestent contre sa venue sans (semble-t-il) le nommer... discrétion prolongée par le principal quotidien aveyronnais, qui se garde de donner l'identité de la personne dont l'arrivée est tellement redoutée. (C'est même à un point où je ne suis pas parvenu à retrouver l'article sur le site du quotidien, alors que la version publiée dans La Dépêche du Midi est accessible en ligne... Cerise sur le gâteau : aucun de ces deux articles n'est signé, ce qui signifie soit que c'est l'ensemble de la rédaction qui l'endosse, soit qu'il s'agit d'une version à peine remaniée du papier communiqué par les grévistes. Ainsi va la presse locale...)

   Cette mini-polémique n'est que la dernière péripétie d'un contentieux qui remonte au moins à 2021. A cette époque, M. Lauras, principal du collège Fabre à Rodez, est contesté par une partie du personnel, notamment enseignant, qui obtient sa suspension par le ministère de l’Éducation nationale. L'ex-principal (qui est aussi à l'époque adjoint au maire de Rodez) conteste cette décision, qui l'a conduit à être muté dans le Gard, dans le lycée-collège de la commune de... Milhaud ! (A ne pas confondre avec Millau l'Aveyronnaise... Qui a dit que les fonctionnaires de l'EN manquaient d'humour ?)

   Voilà pourquoi sans doute M. Lauras a choisi le tribunal administratif de Nîmes (dans le Gard) pour contester cette décision... et il a obtenu (partiellement) gain de cause, comme on peut le lire dans la décision, accessible en ligne (et dont une version pdf figure ci-dessous) :

DTA_2104178_20240326.pdf

   Le tribunal a cassé la suspension du principal parce que l'EN n'a pas bien respecté la procédure... et parce que cette sanction n'était pas suffisamment motivée. En d'autres termes : cela manquait de preuves.

   Voulant sans doute calmer le jeu, le ministère n'a pas fait appel de la décision et a re-muté M. Lauras, d'abord dans un autre collège aveyronnais, à Cransac, dans le bassin decazevillois, à une quarantaine de kilomètres de Rodez, où le fonctionnaire demeurait adjoint au maire. On peut présumer qu'il est intervenu pour décrocher un poste plus proche... et, le mois dernier, il a fini par en obtenir un, au lycée Foch, le grand établissement public de centre-ville, à Rodez. (Entre temps, il a perdu sa fonction d'adjoint au maire, la liste du sortant Christian Teyssèdre ayant été battue.)

   Cette nomination surprise a provoqué un premier psychodrame, le mois dernier. Contre toutes les règles administratives (dont eux-mêmes sont bénéficiaires, quand ils demandent une mutation), les enseignants du bahut se sont mobilisés contre l'arrivée de l'ex-principal dans leur lycée... et ils ont obtenu gain de cause ! Nul doute que le succès de ce premier mouvement a donné des idées à leurs collègues des Quatre-Saisons, dont il n'est pas impossible qu'ils adhèrent aux mêmes syndicats...

   Bilan ? M. Lauras a peut-être trop précipité les choses, voulant à tout prix revenir travailler dans la ville où il a officié pendant des années. Il aurait peut-être dû laisser un peu plus de temps au temps... mais, d'un autre côté, on ne peut qu'être inquiet du fonctionnement proche de celui d'un Soviet de certains établissements d'enseignement. Dans le public, à l'heure actuelle, la direction ne peut pas choisir les titulaires (fonctionnaires) qui viennent y enseigner... mais, visiblement, les profs peuvent décider qui a le droit de les diriger.