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vendredi, 30 septembre 2016

Les 7 Mercenaires

   A Hollywood, la mode semble être aux remakes et au reboots. Ce mois-ci, après le péplum Ben-Hur, c'est au tour d'un monument du western de passer à la casserole. On n'a visiblement pas voulu surcharger le film d'effets spéciaux. On a misé sur du classique : des coups de feu et des cascades. Aux manettes, on trouve Antoine Fuqua, qui nous a régalés avec Equalizer, il y a deux ans.

   Le réalisateur semble avoir voulu travailler avec des acteurs qui lui sont familiers. Outre Denzel Washington, la distribution comprend Ethan Hawke et Vincent d'Onofrio (l'ex-inspecteur Goren, qui n'arrive plus à maigrir). Un autre mercenaire crève l'écran : Martin Sensmeier, qui incarne un Indien. Par contre, Chris Pratt m'a gonflé en dragueur alcoolique.

   Pour faire un bon western, plusieurs ingrédients sont nécessaires. Il faut bien entendu des duels au flingue. Ne pas oublier d'engager des "gueules" d'acteurs... et, surtout, il faut un bon gros méchant. Peter Sarsgaard s'est glissé avec délectation dans le rôle d'une pourriture de sa race d'un homme d'affaires aux méthodes peu conventionnelles, Bartholomew Bogue.

   L'une des premières séquences voit le "méchant" venir faire sentir sa domination aux habitants d'une bourgade qui seraient tentés de se révolter. Elle est excellente. Elle donne le ton de la lutte qui va suivre, âpre et sans concession.

   La deuxième séquence marquante arrive bien plus tard dans l'histoire. Entre temps, on a assisté au recrutement successif des sept crapules qui vont se mettre au service des citadins opprimés (contre espèces sonnantes et trébuchantes). J'ai beaucoup aimé leur arrivée en ville et la première confrontation avec des hommes de main de Bogue. A ce moment-là, l'esprit de Sergio Leone flotte sur le film (des plans des yeux à la musique de fond... hommage ou plagiat, je vous laisse le soin de choisir).

   On attend évidemment l'affrontement final, durant lequel la poudre parle. Les défenseurs se montrent ingénieux et l'intrigue ménage pas mal de rebondissements. Ces citadins mal armés ne sont pas sans rappeler les chrétiens menés par Balian (dans Kingdom of Heaven) ou encore ces rebelles réfugiés dans un temple qu'ils vont transformer en forteresse (dans A Touch of Zen).

   C'est donc spectaculaire et souvent brut de décoffrage. Cependant, en dépit du talent des acteurs, on n'atteint pas la splendeur des chefs-d'oeuvre de Sergio Leone. Il manque un peu de poésie et d'humour. On pourrait aussi faire la liste des facilités que s'autorise le scénario. On sait immédiatement quel citadin va se faire tuer par Bogue. On comprend aussi qu'un des mercenaires risque de quitter la bande... tout en sachant qu'il va ensuite revenir. Et que dire de ces sept tireurs d'élite, qui font mouche à chaque coup, tandis que leurs adversaires, pourtant tueurs chevronnés, peinent à provoquer la moindre égratignure !

   Quant au principal personnage féminin, il est certes moderne dans son attitude (c'est tout le contraire d'une femme soumise), mais elle passe les trois quarts du film à se balader dans une robe outrageusement (délicieusement ?) décolletée, sans que cela suscite plus que quelques vagues regards concupiscents. On est décidément bien respectueux des dames dans cette ville de gangsters et de chercheurs d'or !

   Pour se consoler, on peut chercher à deviner quel est le secret de l'un des mercenaires, la raison qui fait qu'il n'est pas motivé que par l'argent dans cette affaire... ou l'on peut se contenter de jouir du spectacle créé par ces hommes en armes qui, sous la houlette d'Antoine Fuqua, se balancent quantité de dragées...

23:13 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 29 septembre 2016

Frantz

   Quand on n'est fan ni de François Ozon ni de Pierre MNiney, il faut de solides raisons pour se décider à aller voir ce film. La première est l'originalité de l'histoire. (Je ne connais ni la pièce de théâtre ni l'adaptation réalisée jadis par Ernst Lubitsch.) La seconde est le choix (artistique et économique) du noir et blanc. Seuls deux instants en couleurs encadrent le film, au tout début et à la fin. C'est évidemment porteur de sens.

   La mise en scène est soignée. On sent le réalisateur sûr de son art. Certains moments sont particulièrement inspirés, comme le voyage en train de l'héroïne qui, par la fenêtre, voit les dégâts de la guerre encore visibles plusieurs années après, en France. (Le coup du reflet dans la vitre est superbe.) Saisissante aussi est la scène qui se conclut par une Marseillaise collective, dans un café parisien. Ozon est toujours habile à entremêler l'image et le son, chacun portant l'autre, à son tour.

   Du côté des acteurs, ce n'est pas Pierre Niney qui m'a impressionné, mais Paula Beer, impeccable en fiancée éplorée, touchée à nouveau par l'amour et devenue audacieuse par obligation. Grâce à son jeu tout en retenue, elle fait passer quantité de choses. A ses côtés, les seconds rôles assurent, parmi lesquels on relève Johann von Bülow, remarqué récemment dans Elser, un héros ordinaire et Le Labyrinthe du silence. Ernst Stötzner est excellent en père du soldat décédé.

   L'intrigue ménage plusieurs rebondissements. Il y a tout d'abord le secret que le soldat français venu en Allemagne garde en lui. (Je pense que n'importe quel spectateur devine très vite de quoi il s'agit.) Il y a ensuite le retournement de situation, avec l'Allemande qui décide de partir en France. Ce périple constitue pour moi le meilleur de l'histoire. L'héroïne va découvrir un autre monde... et en apprendre sur le passé de son défunt fiancé.

   Cela pourrait former un excellent film si le rythme n'en était pas si languissant. On sent l'heure cinquante passer, moi je vous le dis ! Mais c'est bien joué et remarquablement réalisé.

 

samedi, 24 septembre 2016

Iqbal, l'enfant qui n'avait pas peur

   J'avais raté ce film d'animation lors de sa programmation à Rodez. Il faut dire qu'il n'avait bénéficié que de trois ou quatre séances, pas souvent placées à un horaire convenable pour un actif. Heureusement, le film, placé sous le patronage de l'UNICEF, tourne beaucoup dans la région. Et c'est parti pour une séance de rattrapage !

   Le début m'a fait un peu peur. J'ai trouvé qu'on en faisait trop au niveau du pathos... et l'animation n'est pas exceptionnelle. Le résultat ressemble un peu à ce qu'on a pu voir dans Adama, mais en moins bien. Toutefois, on finit par s'y habituer, d'autant plus que l'intrigue, linéaire, est entrecoupée de quelques scènes fantasmagoriques, qui apportent un peu de merveilleux à une histoire assez triste.

   Comme on s'adresse d'abord au jeune public, on a atténué les malheurs que subit le garçon (qui a réellement existé)... et l'on arrête l'histoire avant son assassinat, ce qui lui donne une conclusion positive.

   J'ai été captivé à partir du moment où le héros se retrouve chez le marchand de tapis esclavagiste. On découvre la bande de gamins kidnappés (ou vendus...), contraints de tisser des tapis pour le compte du couple qui dirige les lieux. Celui-ci est une bonne trouvaille, qui rappellera au public français les Thénardier créés par Victor Hugo. Ils sont inquiétants à souhaits, même si certaines des scènes qui les font intervenir sont drôles. Pour s'en sortir, les enfants vont devoir faire preuve d'imagination, surmonter leurs peurs... et rester solidaires les uns des autres.

   C'est une belle histoire, terrible parfois... et une petite leçon de vie pour certains enfants gâtés de l'Occident, qui pensent que le monde est vraiment trop tynjuste quand on sanctionne leurs caprices.

vendredi, 23 septembre 2016

Une ville de délinquants

   Portant (en français) le titre "La ville des exclus" ("Pariahville" dans la version originale), l'épisode 6 de la onzième saison de la série Esprits criminels (diffusé sur TF1 lundi dernier) a pour cadre une zone urbaine particulière. Les maisons y ont été rachetées par une association, à la tête de laquelle se trouve un révérend désireux de réinsérer des délinquants.

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   Ceux-ci sont fichés "délinquants sexuels non violents" : la plupart du temps, ce sont des voyeurs ou des exhibitionnistes. Certains cas sont à la limite de la délinquance : une femme, ex-enseignante, a embrassé l'un de ses élèves ; un jeune homme a commis l'erreur de sortir avec une adolescente jugée un peu trop jeune pour lui etc.

   Mais il apparaît qu'un prédateur est à l'oeuvre dans la petite ville. Est-ce l'un des résidents ? Est-ce un voisin qui profite de cette proximité pour détourner les soupçons ? Ou bien est-ce un proche d'une ancienne victime d'un des condamnés ? Le scénario maintient longtemps le suspense.

   On se dit que les auteurs ont décidément une imagination débordante... à ceci près que cette ville existe bel et bien, en Floride. Il y a un peu plus de deux ans, le quotidien Libération a publié un reportage AFP très intéressant à son sujet.

jeudi, 22 septembre 2016

War Dogs

   Dans les duos d'ami(e)s, l'un(e) est souvent le(la) dominant(e), l'autre le(la) dominé(e). Dans le cas qui nous occupe, de prime abord, on serait tenté de penser que c'est le beau gosse David qui a le dessus sur son meilleur pote Efraim, grassouillet et mal fringué. Sauf que le premier végète dans l'activité de massage pour homme (source de situations délicates pour un hétérosexuel sans compromission), alors que le second semble avoir "fait son trou" et palpe bien plus de thunes que son ancien camarade de classe.

   La relation est assez convenue, d'autant plus que David le bogoss vit avec une créature intelligente et désespérément belle (Ana de Armas, qui a dû arrêter de compter les demandes en mariage depuis bien longtemps). Mais, dans le rôle d'Efraim, Jonah Hill (qu'on a pu voir récemment dans Django unchained, Le Loup de Wall Street et Ave, César !) est excellent. Il incarne avec un plaisir évident ce type abject, faux dévot (juif), faux vendeur de couvertures et surtout faux meilleur ami. Il n'hésite même pas à truander des truandeurs professionnels... c'est dire le culot (et l'inconscience) du personnage ! Il est de plus très bien doublé en français.

   Le fond de l'histoire est pourtant déplaisant. Le scénario (qui s'inspire de faits réels) transforme en héros un duo d'opportunistes sans scrupules, poussés essentiellement par l'appât du gain. C'est une nouvelle illustration des petits malins qui font la nique aux gros (un peu comme dans The Big Short)... à ceci près qu'ici il est question de vente d'armes et de la mort de centaines de milliers de personnes. La mise en scène ne prend presque aucun recul avec les personnages principaux, se contentant de présenter l'un des deux comme plus moral que l'autre. Et je ne parle pas de l'apologie de la consommation de drogues diverses...

   Cela donne un film inégal, parfois inventif (chaque séquence étant introduite par une citation de l'un des personnages, le jeu étant de deviner qui va l'énoncer), souvent drôle, mais un peu malsain.

23:16 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 21 septembre 2016

Le Fils de Jean

   Philippe Lioret est un cinéaste qui se fait rare. Il a fallu attendre cinq ans après le formidable Toutes nos envies pour que sorte sa nouvelle réalisation. Entre temps, l'auteur de Welcome a produit une autre pépite du cinéma hexagonal, Un Français.

   L'histoire tourne autour d'un mystère, celui du père biologique de Mathieu, un jeune commercial français, séparé de son épouse. Le jeune homme (Pierre Deladonchamps, très bien) ne l'a jamais connu et ne sait pratiquement rien de lui, sa mère ayant toujours refusé de lui en parler. Pourtant, un jour, un étrange coup de fil arrive du Québec, avec la nouvelle du décès de son géniteur (Jean), qui lui aurait laissé quelque chose. Intrigué, le jeune homme décide de se rendre sur place.

   Là-bas, le mystère s'épaissit : le corps du défunt est introuvable (il a disparu dans un lac)... et Mathieu découvre qu'il a des demi-frères, qui ignorent son existence. Au Québec, son guide est Pierre, le meilleur ami de Jean, avec lequel se noue une relation de méfiance teintée d'estime réciproque.

   Lioret joue donc sur le registre de l'incertitude : celle de la mort du père et celle de la vérité à révéler (ou pas). Entre temps, le jeune Français découvre a posteriori quelle fut la vie de ce Jean qui lui lègue un tableau... et il rencontre l'entourage familial, qui ne sait pas toujours qui il est réellement. Et puis il y a cette histoire de tableau... L'argent se met de la partie... et Mathieu n'est pas au bout de ses surprises.

   J'ai un peu traîné les pieds pour aller voir ce film, mais je ne regrette pas du tout d'avoir succombé. Lioret nous conte une belle histoire de paternité(s), nimbée d'un mystère fort bien mis en scène. Les interprètes sont bons, avec Gabriel Arcand très touchant dans le rôle de Pierre, et deux femmes très attachantes : la fille de Pierre, incarnée par l'appétissante Catherine de Léan, et sa mère (l'épouse de Pierre), interprétée par Marie-Thérèse Fortin, vraiment épatante. J'ai notamment en tête la scène où elle découvre le fin mot de l'histoire. Elle nous fait tout comprendre, sans quasiment s'exprimer, épaulée par une mise en scène totalement maîtrisée.

20:16 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 18 septembre 2016

Confucius a des poils

   Ce Confucius n'est pas le penseur chinois, mais un chat de fiction, qui occupe une place non négligeable dans l'épisode 15 de la deuxième mouture des Petits meurtres d'Agatha Christie, diffusé vendredi. Dans cette "affaire de Styles", on découvre le matou lorsque la journaliste Alice Avril rend visite à la propriétaire d'une institution de soins. Curieusement, alors que le félin se méfie grandement des étrangers, il adopte immédiatement l'héroïne :

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   Un peu plus tard, en raison de circonstances que je ne peux pas révéler, le chat devient le compagnon d'Alice, désormais installée dans l'hôtel pour écrire son article... et mener l'enquête (dans le dos du commissaire Laurence) :

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   Ce n'est toutefois pas la seule personne dont la proximité n'effraie pas Confucius. Lorsque l'une des employées de l'institution rend visite à Alice, non seulement il ne fuit pas, mais voilà qu'il fait le "kéké", signe qu'il est en confiance :

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   Il faut dire que les deux jeunes femmes sont liées (sans le savoir au départ) et que c'est ce lien qui pourrait expliquer l'attitude du chat envers elles. C'est tout de même Alice qu'il préfère. Elle lui laisse faire à peu près ce qu'il veut !

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   Je vous laisse découvrir ce qui lui arrive dans la suite de l'épisode. Il joue un rôle important dans le déroulement des événements.

   Ce n'est toutefois pas le seul intérêt de cette série, vraiment savoureuse. L'histoire qui nous a été proposée vendredi (qui est une réécriture du roman d'Agatha Christie) mélange intrigue policière, marivaudage et satire sociale. Le commissaire Laurence, touché par la cinquantaine, cherche à faire jeune (mais toujours classe). La journaliste va apprendre l'identité de sa mère biologique. Enfin, au commissariat, débarque un nouveau médecin légiste, dont le tempérament va heurter quelques habitudes.

   Pour mieux connaître les personnages principaux, on peut regarder les petites vidéos mises en ligne sur le site de France 2. Je recommande particulièrement celle confrontant Elodie Frenck à Marlène... où comment les costumes, le maquillage et le talent d'actrice peuvent transformer une femme d'apparence ordinaire en vamp télévisuelle. Notons qu'on avait déjà pu voir ce dédoublement à l'oeuvre, dans l'épisode Pension Vanilos, dans lequel l'actrice incarnait à la fois la secrétaire du commissaire et la soeur de celle-ci.

   Quant au chat si docile, il me semble l'avoir vu ailleurs, au cinéma. C'est peut-être le même animal qui officiait comme compagnon d'Isabelle Huppert dans Elle.

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   Il ressemble aussi au matou de Josiane Balasko, dans Retour chez ma mère.

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Free State of Jones

   Le titre fait référence  à une tentative utopique, celle de fonder, en pleine guerre de Sécession, un Etat libre, dans lequel cohabiteraient Noirs et Blancs, les premiers esclaves en fuite, les seconds soldats sudistes déserteurs. Ce n'est pas une fiction, puisque cette tentative a été menée à bien.

   On commence par une séquence de guerre, avec une bataille de tranchées, ses morts et ses blessés. En une dizaine de minutes, le réalisateur Gary Ross nous fait toucher du doigt l'horreur de la guerre, une guerre différente de celles qui l'ont précédée : quasi industrielle, elle annonce déjà la Première guerre mondiale. La mise en scène est brillante. Ames sensibles s'abstenir.

   La suite montre le héros prendre du recul, au départ pour rendre hommage à un gamin tué au combat. Le soldat devenu brancardier en a marre de la boucherie... et il se rend compte que lui, le fermier pauvre, risque sa vie pour que les grands planteurs esclavagistes conservent leurs privilèges.

   Les acteurs sont bons, très bien dirigés. Dans ce genre de production, qui recourt à quantité de figurants, on est parfois indulgent avec le jeu de certains d'entre eux, lorsque les mouvements d'ensemble sont réussis, sous la houlette des acteurs principaux. Ici, on a l'impression que tout le casting s'est évertué à donner le meilleur de soi.

   En tête d'affiche, il y a Matthew McConaughey... impressionnant. (A Rodez, on peut même l'entendre en version originale sous-titrée.) Sa barbe lui donne un petit air de Christian Bale... mais, surtout, qu'est-ce qu'il est bon ! Un deuxième Oscar est-il en vue ?

   A ses côtés l'on trouve notamment Gugu Mbatha-Row, un nom qui ne vous dit sans doute pas grand chose, mais qu'on risque de beaucoup entendre à l'avenir. On l'a déjà remarquée dans Seul contre tous. Ici, elle incarne l'esclave domestique, qu'on croit privilégiée par rapport à ceux qui courbent l'échine dans les champs de coton, mais qui est soumise aux "appétits" de son maître... Ce beau personnage s'implique dans une révolte clandestine, tout en apprenant à lire. Il lui arrive aussi de chaparder dans la maison de ses "propriétaires". Dans une scène, on la voit s'emparer discrètement d'un objet brillant. C'était pour l'offrir au héros, Newton Khight... et, ô surprise, il s'agit d'un petit couteau pliable, aux formes caractéristiques... un Laguiole ? Est-ce possible au début des années 1860, dans le Mississippi ?

   L'un des personnages principaux est un marais, celui dans lequel les esclaves en fuite et les soldats déserteurs vont se réfugier et y acquérir une véritable autonomie, à la fois matérielle, militaire, intellectuelle et politique. On a l'impression de se trouver dans un entre-deux, une sorte d'univers parallèle où les lois du vrai monde ne s'appliquent pas. Le film ne cache cependant pas les difficultés de la petite nation, certains soldats sudistes déserteurs peinant à se débarrasser de leurs préjugés racistes.

   La part la plus inattendue de l'histoire est celle qui se déroule après la guerre. Le changement, c'est maintenant ! ont dû penser les anciens esclaves. Dans un premier temps, il apparaît que plus jamais rien ne sera comme avant. Mais les élites blanches esclavagistes n'ont pas renoncé, et c'est une nouvelle guerre, plus sournoise, qui se déclenche dans les Etats du Sud, avec l'émergence du Ku Klux Klan. Le héros tente de s'y opposer.

   Notons que les séquences des années 1860-1870 sont parfois entrecoupées de scènes se déroulant plus de soixante-dix ans plus tard, en pleine ségrégation. Petit à petit, on appréhende certaines des conséquences les plus absurdes de la mise en place d'une politique raciste... et l'on découvre le devenir de certains des descendants du héros.

   C'est pour moi un très beau film, qui prend son temps, servi par des acteurs impeccables.

jeudi, 15 septembre 2016

Jason B(o)urne

   Séance de rattrapage ce soir, avec les nouvelles nouvelles nouvelles aventures du plus célèbre ex-agent de la CIA. J'ai beaucoup hésité avant d'aller voir ce film, d'abord parce que je ne suis pas particulièrement fan du tueur amnésique (qui n'en finit pas de recouvrer la mémoire), ensuite parce que le bouche-à-oreille n'est pas excellent. Mais, derrière la caméra, il y a quand même Paul Greengrass, auquel on doit, entre autres, Vol 93, Green Zone et Capitaine Phillips. Devant, il y a certes Matt Damon. Mais il y a aussi (et surtout) Alicia Vikander... et Vincent Cassel.

   Les vingt premières minutes sont emballantes. La séquence se déroulant à Athènes, en pleine contestation sociale, est une petite merveille de mise en scène, avec un savant enchevêtrement des fils de l'action. J'ai retrouvé le réalisateur de Bloody Sunday, qui maîtrise les mouvements de foule, avec, ici, l'ajout des technologies de pointe. Signalons que Greengrass n'est pas esclave de ses joujoux numériques. Ils sont au service de son intrigue. A l'écran, c'est superbe.

   De leur côté, les acteurs assurent. Matt Damon a dû passer un sacré moment dans les salles de sport pour perdre les bourrelets que ses récents rôles laissaient entrevoir. Le voilà gaulé comme un gladiateur, capable d'assommer un boxeur serbe d'un pain dans la gueule ! C'est jouissif si l'on a le point de vue d'un amateur de jeux vidéo. C'est décevant si l'on a en tête le pedigree du réalisateur, qui nous a habitués à plus de rigueur.

   Heureusement, aux côtés de David Webb (la véritable identité de Bourne) va apparaître une délicieuse analyste de la CIA. Alicia Vikander apporte son charme et son mystère à ce personnage énigmatique, qui allie l'ambition à une pincée d'idéalisme. A quel moment est-elle la plus sincère ? Le sait-elle vraiment ?

   Face à ces charismatiques gentils, on a placé une doublette de redoutables crapules : un chef de la CIA sans le moindre scrupule, secondé par un agent déterminé... et revanchard. Le premier est interprété par un Tommy Lee Jones accablé de fatigue, à tel point qu'on lui souhaite de prendre sa retraite. Jason Bourne semble penser de même. Mais, sur son chemin, il va trouver une sorte de double maléfique, un autre tueur-né, qui lui ne renie rien de ce qu'il a accompli. Dans le rôle, Vincent Cassel est excellent, jusqu'au combat final.

   Celui-ci prend place dans la dernière demi-heure, presque aussi réussie que le début. Malheureusement, entre temps, il a fallu se taper plus d'une heure d'entremets plus ou moins digestes. Les scénaristes se sont creusés la cervelle pour tenter de faire émerger de nouveaux secrets dans la vie du héros. A vrai dire, on s'en tape un peu.

   Le film souffre de deux autres défauts, un de forme et un de fond. Sur la forme, les scènes d'action sont gâchées par un montage épileptique, accumulant les micro-plans d'une demi-seconde, jusqu'à la nausée. On n'a même pas le temps de savourer ! Sur le fond, on nous ressert une vieille rengaine anti-étatique, typiquement anglo-saxonne : tout le mal vient du "gouvernement" (comprenez : l'Etat), alors que les richissimes (et tentaculaires) entreprises du net sont présentées comme des bienfaiteurs de l'humanité. Pourquoi devrait-on redouter l'intrusion de l'Etat sur la Toile et, dans le même temps, confier sans état d'âme toute sa vie privée à des marchands cupides ? De la part de quelqu'un comme Greengrass (qui a participé à l'écriture du scénario), c'est très décevant.

   Si j'étais de mauvaise humeur, je pourrais aussi passer en revue les petites incohérences des scènes d'action, de la voiture hyper-accidentée où aucun air-bag ne se déclenche à l'agent touché par une balle, perdant du sang, qui trouve le moyen d'enchaîner un rallye, un semi-marathon et trois rounds de lutte... en ne saignant presque plus. Trop fort, ce Jason !

   Il reste que les scènes d'action sont prenantes, malgré la musique un peu trop présente. A voir un soir, pour digérer un bon repas.

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mercredi, 14 septembre 2016

PSG - Arsenal, match doublement nul

   Mardi 13 septembre, l'équipe qatarie a reçu l'équipe anglaise au Parc des princes. Le match s'est achevé sur un score de parité : 1-1. Mais ce n'est pas le seul domaine dans lequel les protagonistes ne se sont pas départagés. Pour le comprendre, il suffit de consulter la composition des équipes :

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   Le Paris-Saint-Germain, censé défendre les couleurs de la France, ne comptait que trois Bleus : le gardien Alphonse Aréola, le milieu Adrien Rabiot et son collègue Blaise Matuidi.

   A priori, en face, la "francitude" semblait moins bien représentée (ce qui ne serait pas illogique, vu que l'équipe est anglaise), avec deux Frenchies dans le onze de départ : le milieu Francis Coquelin et le défenseur Laurent Koscielny. Mais il faut leur ajouter l'attaquant Olivier Giroud, rentré en seconde mi-temps.

   Match nul ? En fait non, puisqu'il ne faut pas oublier l'entraîneur d'Arsenal, Arsène Wenger. Avantage donc au club londonien, plus français que le parisien... et même plus français qu'anglais (au niveau de l'effectif), puisqu'un seul joueur à la rose a foulé la pelouse du stade hier soir (Alex Oxlade-Chamberlain). On notera que le manager venu de chez nous a beaucoup puisé dans le vivier hispanique pour composer son équipe, qui comptait ce soir-là trois joueurs espagnols, ainsi qu'un Chilien et un Colombien.

mardi, 13 septembre 2016

Capitaine Jeanne d'Arc

   Depuis quelques mois, France 3 diffuse, de manière irrégulière, les épisodes d'une mini-série policière intitulée "Capitaine Marleau". L'héroïne est un officier de gendarmerie atypique, grande gueule, un peu anar et pas très soucieuse de son apparence physique. Elle est incarnée (avec fougue) par Corinne Maserio :

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   L'actrice est devenue une figure familière du petit écran et des salles obscures, où elle occupe rarement la première place. Ces dernières années, on a pu la voir dans La Marche, L'Hermine et surtout Discount.

   L'épisode diffusé la semaine dernière a pour titre "Les mystères de la foi". Il s'appuie sur une pléiade de seconds rôles connus du grand public, ainsi que sur quelques vedettes, dont Victoria Abril (en mère supérieure tourmentée) et Irène Jacob (en nonne zélée).

   L'histoire a été tournée dans une bourgade alsacienne, Altorf, connue pour son patrimoine religieux. On en voit plusieurs aspects au cours de certaines scènes. L'une d'entre elles montre l'héroïne se rendant au poste de gendarmerie en voiture. Elle passe rapidement devant un drôle de monument :

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   Il s'agit bien d'une statue de Jeanne d'Arc, située sur le monument aux morts de la commune. Elle est l'oeuvre d'un sculpteur strasbourgeois, Guillaume Schroth. La facture est un peu rugueuse. On a donné à la Pucelle un air martial, qui la rapproche de figures teutoniques :

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   Par sa stature massive, elle n'est pas sans ressembler à la sculpture (toutefois plus "sexy") présente à Albi, à proximité de la gare SNCF, mise en place à la fin du XIXe siècle :

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   Même si les moeurs de la capitaine incarnée par Corinne Maserio semblent (a priori) peu compatibles avec le tempérament de la sainte, la manière dont la gendarme houspille parfois ses interlocuteurs (notamment masculins) n'est pas sans rappeler l'audace de la "bonne Lorraine"... et cette femme attachée au triomphe de la justice mène une quête qui la rend un peu solitaire.

dimanche, 11 septembre 2016

Infiltrator

   Une histoire vraie, l'ambiance des années 1980, un jeune réalisateur déjà remarqué pour un film de genre (La Défense Lincoln) et une pléiade de bons acteurs : voilà les ingrédients de ce polar tendu comme un string trop serré.

   De quoi s'agit-il ? De la traque d'un cartel de la drogue (pas n'importe lequel : celui du Colombien Pablo Escobar) par la police américaine. Comme le titre l'indique, pour démanteler le réseau (qui va du "patron" aux dealers, en passant par des banquiers, des entrepreneurs et des porte-flingue), deux policiers vont l'infiltrer. Ils forment un duo improbable, alliant l'eau et le feu. Bob Mazur (Bryan Cranston, vu récemment dans Dalton Trumbo) est un flic expérimenté, à l'ancienne... et attaché aux "valeurs" : il ne profite pas de ses missions pour se taper des prostituées et ne semble pas toucher à la drogue. Emir Abreu (John Leguizamo, acteur fétiche de Brad Furman... et connu pour être la voix américaine de Sid, dans L'Age de glace) est un chien fou, qu'on pourrait aisément confondre avec certaines des personnes qu'il poursuit.

   La bonne surprise est que, dans ce qui aurait pu n'être qu'un énième "film de mecs", on ait travaillé les personnages féminins. Si l'épouse de Bob passe souvent au second plan, la nouvelle partenaire du policier va jouer un rôle déterminant dans l'intrigue. Elle est incarnée par Diane Kruger... qui m'a épaté. De manière générale, je suis agréablement surpris par l'éclectisme de cette actrice, qui joue aussi bien dans des grosses productions grand public (Troie, Benjamin Gates, Sans Identité) que dans films plus risqués (Lascars, Les Adieux à la reine, Maryland). Comme j'ai pu voir le film en version originale sous-titrée, à Rodez, j'ai pu constater qu'elle tient la dragée haute à ses collègues masculins.

   Deux autres personnages féminins ont attiré mon attention : Gloria, l'épouse de l'un des associés d'Escobar, et Bonni Tischler, la directrice des opérations antidrogue, une femme à poigne qui a su s'imposer dans un monde encore très masculin à l'époque. La première est interprétée par Elena Ayana, que le public français a pu découvrir dans Mesrine, l'instinct de mort. Amy Ryan, qui joue la seconde, est plus connue. Elle a notamment été à l'affiche de Green Zone et de Birdman. Ici, on la voit mener à la baguette son petit monde de flics de terrain et de bureaucrates. Elle ne manie pas la langue de bois, adoptant parfois un langage très imagé. J'ai en mémoire le moment où elle s'adresse au héros (Bob), qu'elle accepte de soutenir dans son opération alambiquée. En descendant un escalier, elle lui demande de lui prouver qu'elle a "branlé la bonne bite" !

   C'est d'ailleurs l'une des qualités de ce film (très écrit) : les dialogues, souvent percutants, mais qui tombent juste aussi dans les scènes de transition. Si l'on ajoute à cela une mise en scène rythmée et une musique entraînante, on arrive à un très bon divertissement, nourri d'une forte tension : même si l'on sait dès le départ que l'opération a réussi, on va découvrir petit à petit quels sont les dégâts collatéraux. Sans tomber dans le travers de nombre de films du même genre (qui cirent les pompes des mafieux), Infiltrator fait quand même comprendre que ce cartel, où sévissent majoritairement d'impitoyables ordures, est aussi composé d'êtres humains. Les policiers infiltrés vont les approcher d'un peu trop près...

   ... Et, pour une fois, c'est bon d'assister à un spectacle où ce sont les flics qui roulent les truands dans la farine, et pas l'inverse !

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samedi, 10 septembre 2016

Ben-Hur

   C'est l'un des remakes les plus attendus du cinéma, avec un enjeu énorme : l'introduction des effets numériques permettra-t-elle de sublimer l'histoire déjà formidablement mise en scène par William Wyler en 1959 ? C'est le pari pris par la MGM, qui a produit les deux longs-métrages. Aux manettes se trouve Timur Bekmambetov, un habile faiseur (passé par la publicité), auquel on doit notamment l'étonnant Unfriended.

   Sur le plan de la dynamique, le film tient ses promesses. Evidemment, on l'attendait au tournant de la course de chars... et l'on n'est pas déçu. Celle-ci constitue l'une des dernières séquences, mais on en a un avant-goût au tout début et un peu plus tard dans l'histoire. D'un point de vue technique, on notera que les effets spéciaux ont été utilisés pour rendre la course à la fois spectaculaire et réaliste. On n'a pas cherché à faire des chars des machines de guerre, dotés d'une multitude de gadgets plus ou moins autorisés. Non, ici, ce sont la vitesse et les chocs qui rythment l'action. Soulignons aussi le gros travail des cascadeurs et des dresseurs de chevaux.

   Ce n'est pas la seule séquence spectaculaire de l'histoire. La première met aussi en scène des chevaux, lors d'une course entre les jeunes Ben-Hur et Messala. Les vues aériennes sont superbes. La seconde se déroule en mer, lors d'un combat entre la flotte romaine et des Grecs. Ben-Hur se trouve en cale, attaché à une rame (il a été condamné aux galères). C'est puissant à la fois sur le plan de la représentation de la tactique militaire (même si ce n'est pas aussi brillant que dans 300 - La Naissance d'un empire) et sur le plan de l'ambiance à l'intérieur du bateau. On a aussi droit à quelques plans superbes pris sous l'eau.

   J'ajoute à cela les vues de la Jérusalem antique (une bourgade italienne, en réalité), en particulier celles qui ont été prises du dessus. Elles mettent en valeur le rocher sur lequel la cité s'est implantée et les mouvements de foule dans les rues étroites. L'arrivée de la légion romaine dans la ville sainte est particulièrement impressionnante.

   On avait donc les ingrédients constitutifs d'un grand film. Malheureusement, l'interprétation n'est pas au niveau, tout comme la direction d'acteurs, à mon avis. Les interprètes de Ben-Hur et de Messala ont un jeu stéréotypé et, dès qu'une scène intime émerge, on voit leurs limites. Par contraste, les actrices m'ont paru nettement meilleures, en particulier Nazanin Boniadi, qui incarne Esther. C'est la révélation du film. Du côté des déceptions masculines, on peut ajouter Pilou Asbaek, pas très bon en Ponce Pilate ou encore Morgan Freeman, pas franchement mauvais, mais dont la propension à jouer les vieux sages commence à lasser.

   Un aspect de l'histoire semble avoir dérangé certains spectateurs : l'apologétique chrétienne, vaguement présente dans les trois premiers quarts de l'intrigue, déterminante dans la dernière demi-heure. Elle fait partie intégrante du roman d'origine... tout comme de l'adaptation de William Wyler. Alors, on aime ou on n'aime pas, mais, au moins, c'est un discours religieux qui prône la paix au lieu de la violence, une leçon que pas mal de croyants (de toutes origines) feraient bien de retenir.

   Je suis sorti de là plutôt satisfait. En dépit de ses limites, le film constitue un bon divertissement.

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vendredi, 09 septembre 2016

Un Petit Boulot

   C'est Michel Blanc (à la fois acteur et scénariste) qui a assumé le gros de la promo de ce film de Pascal Chaumeil, sorti après le décès prématuré de celui-ci. Ce faux polar est une comédie satirique, avec un fond social bien inséré dans l'intrigue.

   C'est donc (pour moi) une bonne surprise, notamment en raison de la qualité de l'interprétation. Michel Blanc assure dans le rôle de l'entrepreneur aux méthodes louches, qui a déjà fait de la prison, mais qui, depuis, parvient à filer entre les doigts de la police. Face à lui, Romain Duris est vraiment très bon en ouvrier au chômage, quitté par sa femme et sur le point de perdre pied.

   Ces deux têtes d'affiche sont épaulées par une brochette de bons seconds rôles. Gustave Kervern n'en fait pas trop en gérant de station service sympa mais dépressif. On sent que, derrière, la direction d'acteurs a oeuvré pour qu'il ne tombe pas l'interprétation caricaturale à laquelle il se laisse trop souvent aller. Alex Lutz est une révélation pour moi. Il incarne Brecht, le cadre commercial envoyé par la maison mère pour redresser l'établissement. On sent l'ancien étudiant d'école de commerce ambitieux et pas du tout en empathie avec ses collègues. Son personnage est quand même un peu travaillé : il est plus froid que haineux... et, quand il est seul en voiture, il écoute une chanteuse pour midinettes !

   Deux autres comédiens tirent leur épingle du jeu : Charlie Dupont (très crédible en copain crétin) et Philippe Grand'Henry (en homme de main dont on a du mal à savoir s'il est très con ou très malin).

   Du côté des dames émerge Anita, agent administratif du commissariat local... et joueuse de billard émérite. Comme elle est interprétée par la superbe Alice Belaïdi (remarquée naguère dans Radiostars), elle tape dans l'oeil du héros... qui s'engage pourtant dans une carrière de criminel !

   C'est l'un des intérêts de ce film, qui n'hésite pas à manier les paradoxes, au service d'une comédie limite déjantée, qui ne se refuse rien. Voici donc l'ex-chômeur (devenu travailleur précaire) engagé par un truand. Lui qui pense au départ n'avoir pas les tripes pour exécuter un contrat va découvrir que, non seulement il a les nerfs pour ce genre de boulot, mais qu'en plus il a des aptitudes qui le rendent très efficace ! Et quand survient un imprévu (c'est-à-dire très trouvent) ou lorsqu'il commet une maladresse (un petit peu moins souvent), il arrive à trouver une solution. Cela nous vaut les meilleures séquences du film, vraiment très cocasses.

   Cela donne un ensemble plutôt inclassable, parfois immoral... et assez jouissif.

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mardi, 06 septembre 2016

Le Roquefort à l'honneur sur France Inter

   C'était dimanche, en fin de matinée, dans l'émission culinaire On va déguster, intitulée ce jour-là "On explore le Roquefort". Les animateurs avaient invité le directeur de Gabriel Coulet (une des sept marques de l'emblématique fromage persillé) et l'historienne Sylvie Vabre. Cette dernière doit commencer à bien connaître les couloirs de la Maison ronde, puisque, l'an dernier, elle était déjà intervenue dans La Marche de l'histoire, à l'occasion de la parution de son maître-livre, Le Sacre du Roquefort.

   La séquence consacrée au "roi des fromages" commence après une dizaine de minutes. On y entend Sylvie Vabre remettre (prudemment) en question la belle histoire racontée à propos de la naissance du Roquefort. Plus inattendue est l'affirmation du rôle qu'aurait joué Jean-Antoine Chaptal. Celui-ci, plus connu pour son rôle dans l'élaboration du champagne, a consacré un mémoire au fromage aveyronnais.

   On passe ensuite à des informations plus techniques. Les habitués du Roquefort n'apprendront pas grand chose. On notera quelques hésitations des animateurs concernant certains détails : le nombre de transformateurs (sept, même si l'on n'en connaît le plus souvent que deux ou trois) et l'étendue de l'aire de collecte du lait, sur six départements :

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   La suite de l'émission est principalement consacrée à des aspects culinaires. Néanmoins, les menaces qui pèsent sur ce fromage de qualité ne sont pas dissimulées. Certaines anecdotes sont croustillantes, comme celle révélant les privilèges dont bénéficient les employés des fabricants.

   Avant de s'achever, l'émission évoque les vins aveyronnais, méconnus même quand ils ont décroché une AOP. L'un des animateurs me semble de bon conseil : il suggère d'associer davantage le Roquefort aux productions viticoles du département.

   Après avoir écouté cela, on n'a plus qu'une seule envie : manger !

dimanche, 04 septembre 2016

Hôtel Singapura

   Cet étonnant film singapourien est signé Eric Khoo, auteur il y a quelques années de Tatsumi et récemment producteur du formidable Apprentice. Il prend la forme d'une série de sketchs, autant de coups de projecteur sur une période de la vie de cet hôtel. Attention toutefois : on commence par la fin, avant qu'un grand retour en arrière ne nous fasse découvrir l'histoire de l'établissement.

   On commence en 1942, lorsque les Japonais mettent la main sur ce qui est une possession britannique réputée imprenable. Dans la suite numéro 27 (qui va servir de cadre à toute l'intrigue), deux hommes discutent de la situation militaire... mais aussi de leur relation intime. C'est délicatement filmé et interprété.

   On passe ensuite à la deuxième moitié des années 1940, après le départ des Japonais. C'est la séquence la plus drôle... et néanmoins très ambiguë. Je ne sais toujours pas à quel degré il faut l'interpréter : le premier ? le deuxième ? le troisième ?... le douzième ? On découvre un groupe de prostituées, cornaquées par une maîtresse femme, qui va leur enseigner comment prendre le contrôle des hommes en utilisant leur corps. Après cette séquence, on ne voit plus le tennis de table de la même manière !

   Les années 1960 constituent une étape-clé. On y rencontre les personnages qui vont devenir le fil rouge... l'un d'entre eux ayant été entraperçu auparavant, si l'on a été attentif. La tonalité est festive (et un brin irresponsable), autour de la thématique "sexe, drogue et rock'n'roll".

   La période suivante nous plonge dans davantage d'ambiguïté, avec un nouveau couple masculin... encore que... il n'est pas simple de déterminer l'identité sexuelle de l'un d'entre eux, une question qui est d'ailleurs au coeur de cette petite histoire (qui ne m'a pas vraiment emballé).

   Les Japonais sont de retour dans les séquences suivantes, ou plutôt une Japonaise, d'abord jeune et belle épouse d'un homme riche auprès duquel elle s'ennuie. Du coup, elle profite d'une escale singapourienne pour se taper un jeune Apollon local. Hélas, on tombe assez rapidement dans les clichés. Les étreintes de ces deux corps magnifiques semblent avoir été tournées sur de la pellicule glacée. C'est techniquement réussi, mais cela manque d'âme. On revoit cette Japonaise à deux reprises, la dernière fois beaucoup plus âgée, dans une séquence de prime abord sordide, mais qui surprend agréablement.

   Un autre moment marquant est celui qui met en scène deux jeunes adultes (amis), un homme et une femme. On comprend assez vite qu'elle sort d'une rupture difficile... mais qu'elle a coutume de trouver facilement de quoi se consoler. Lui est le confident, un peu coincé. Là encore, on n'est pas loin de tomber dans les clichés, mais le thème du renversement contemporain des rôles amoureux est intéressant, avec, en bonus, l'intervention d'un fantôme !

   L'histoire ne se termine pas dans le présent... mais dans un futur proche. Je n'en dis pas plus. Même si l'ensemble est inégal, le film est attachant, la plus belle histoire d'amour étant celle qui semble ne pas devoir se concrétiser.

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samedi, 03 septembre 2016

Une élue aveyronnaise de plus en plus choyée

   Il en est question, de manière anonyme, dans le dernier numéro de L'Hebdo. Un article évoque les prochaines élections législatives (celles de 2017), dans la première circonscription de l'Aveyron, qui englobe un vaste territoire, allant de Rodez à l'Aubrac. Le sortant est Yves Censi. Il compte bien se représenter, mais son colistier devrait changer. Depuis 2002, il s'agit d'André Raynal, maire de Cantoin (depuis 1983 !), l'une des communes les plus au nord du département. Cet ancien agriculteur songe peut-être à la retraite (il a 68 ans), ou bien il n'est plus très chaud pour servir de béquille rurale à un député assez peu présent sur le terrain.

   Selon L'Hebdo, c'est une femme qui serait pressentie pour former un nouveau duo avec le député sortant. Son nom n'est pas donné, mais, compte tenu des informations qui figurent dans l'article, on est amené à penser qu'il s'agit de Magali Bessaou. Elle n'est pas encore connue du grand public : elle n'est devenue maire de La Loubière qu'en 2014 (elle menait la seule liste de candidats sur sa commune) et conseillère départementale en 2015 (élue dès le premier tour, en duo avec le maire de Bozouls, Jean-Luc Calmelly).

   En cela, elle est bénéficiaire de la loi sur les collectivités locales votée par la gauche. La carte des cantons a été modifiée et les candidatures ont pris la forme d'un binôme homme/femme. Intérêt supplémentaire de la loi de 2013, les exécutifs départementaux ont dû davantage s'ouvrir aux femmes. A peine élue conseillère, Magali Bessaou devient vice-présidente et n°2 de la commission qui a en charge les collèges.

   Cela explique qu'elle ait été mise en valeur lors de la rentrée 2016. La presse s'est faite l'écho de l'action du Conseil départemental, évidemment incarné par son président Jean-Claude Luche. Mais les articles publiés ont pris soin de mentionner le nom des personnes qui accompagnaient celui-ci. Parmi ces noms figure celui de Magali Bessaou, présente aussi sur la photographie d'illustration. (Ci-dessous, sur la droite, c'est la femme qui semble regarder en direction du photographe.) Celle qui est parue dans Centre Presse est la même que celle que l'on peut trouver sur la page d'actualités du Conseil départemental :

politique,médias,presse,journalisme

   Si l'article est bien signé par un journaliste, la photographie semble avoir été fournie par le Conseil départemental. D'ailleurs, dans le quotidien, elle n'est pas créditée. Ne vous offusquez pas trop vite : c'est une pratique courante, qui s'étend aux chaînes de télévision, ravies de disposer d'extraits vidéo "offerts" par les équipes de communication des politiques (ou des entreprises) qui font l'actualité. Cela permet d'éviter la publication d'une image prise sur le vif, mais qui, parfois, ne met pas particulièrement en valeur la personnalité. J'en ai une en mémoire, prise lors du salon de l'agriculture 2011, et publiée par le Bulletin d'Espalion.

   La croissante visibilité de Magali Bessaou a suscité des rumeurs, l'une d'entre elles lui prêtant le projet de concourir à la présidence du Conseil départemental, lorsque Jean-Claude Luche s'en retirerait. Dans L'Hebdo, on peut lire un démenti de sa part, disant qu'on la mettait en avant parce qu'elle est une femme. De surcroît, l'assemblée aveyronnaise héberge un nombre important de vieux renards de la politique, qui n'ont sans doute pas l'intention de lui servir la présidence sur un plateau d'argent. En tout cas, elle fait partie de la "famille" de la majorité départementale, et ce depuis un petit moment déjà. Alors qu'elle n'était encore que conseillère municipale de La Loubière, elle avait pour fonction (au sein du Conseil général de l'Aveyron) la formation des élus locaux. Elle a aussi très tôt fait partie de l'Association des maires de l'Aveyron (qu'elle dirige aujourd'hui). Comme on peut le voir sur son profil (sur l'annuaire des élus du Conseil départemental), elle cumule désormais beaucoup d'activités.

   C'est un paradoxe : deux lois initiées par un gouvernement de gauche bénéficient (dans un premier temps) surtout à des élues de droite, puisque celle-ci contrôle la majorité des exécutifs locaux. Il reste à ces élues locales, désormais plus nombreuses, à convaincre les électeurs qu'elles ont une conscience de l'intérêt général plus aiguë que certains de leurs collègues masculins.

jeudi, 01 septembre 2016

Une mystérieuse plaque minéralogique

   Aujourd'hui, après être sorti du boulot, je me suis arrêté à un feu. Mon attention a été attirée par la plaque minéralogique du véhicule qui me précédait. L'autocollant situé à gauche indiquait l'origine française du conducteur. Celui qui avait été collé à droite (là où l'on trouve souvent l'emblème d'une région administrative) m'a interloqué... et intrigué :

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   Le I (avec les vaguelettes au-dessus) m'a immédiatement fait penser à une île, dont je ne reconnaissais pas la forme. Le Ø m'a perturbé. Il me faisait penser à une lettre des alphabets nordiques. Y aurait-il un lien avec le Danemark ou la Suède, alors que la voiture semblait avoir été immatriculée en France ?

   Du coup, une fois rentré chez moi (après néanmoins avoir pris le temps de me doucher...), je me suis rué sur la Toile, où j'ai rapidement trouvé la réponse à mon questionnement. Il s'agit de l'île d'Oléron, située en Charente-Maritime, dans la Nouvelle-Aquitaine. En voici une vue satellite, trouvée sur le site geoportail :

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   La forme concorde parfaitement avec celle dessinée au-dessus des lettres de l'autocollant. Notons que l'île, grande d'un peu moins de 180 km², est presque de la taille de Rodez Agglomération.

   Il me semble que ce localisme de la plaque minéralogique se développe davantage depuis qu'il a été question de créer de nouvelles grandes régions administratives. Dans l'Aveyron, sous différentes formes, le 12 est désormais fortement représenté par les autocollants placés sur les véhicules du département. On sent davantage d'attachement de la population à celui-ci qu'à la région, qu'on l'appelle Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées, Occitanie ou d'un autre nom.

   Attention toutefois à respecter la règlementation : la plaque minéralogique doit comporter une référence à une région et à l'un des départements qui la composent. C'est ce qu'on appelle un "identifiant territorial". Cette partie, située à droite des numéros de la plaque, ne peut pas être occupée par un autocollant désignant un seul territoire. (Il faut disposer celui-ci ailleurs, sur la carrosserie.) Le véhicule derrière lequel j'étais arrêté, au feu, sur lequel aucune mention de département ou de région n'était visible, se trouvait donc en infraction.

   P.S.

   Ces derniers jours, j'ai remarqué que les plaques minéralogiques issues d'autres départements sont particulièrement nombreuses autour de Rodez. L'approche de la rentrée des classes, loin d'avoir tari le flux touristique, semble avoir au contraire incité un certain public à venir profiter des beaux jours en Aveyron.