mardi, 28 avril 2026
PFAS mon amour
Cette semaine, l'excellente émission Cultures Monde (diffusée du lundi au vendredi, de 11h à 12h, sur France Culture) met en lumière les « substances toxiques ». Hier, ce sont les engrais au cadmium qui ont ouvert le bal. Aujourd'hui, il a été question des « polluants éternels », les désormais célèbres PFAS (prononcer "Pi-fasse"). Rappelons que le public cinéphile a découvert l'ampleur du problème il y a quelques années, grâce au film Dark Waters.
L'émission était fort intéressante, mais c'est une illustration musicale qui a le plus retenu mon attention. En quête sans doute d'un titre qui soit en harmonie avec le thème de l'émission, ses concepteurs ont déniché une chanson parodique, un remix du Toxic de Britney Spears : C'est nous les PFAS (par le groupe Planète Boum Boum).
Si vous avez bien lu ce qui précède, vous vous comprenez que les interprètes féminines de cette œuvre musicale de haute tenue se qualifient de "pifasses", un terme susceptible de rimer avec quantité de substantifs et d'adjectifs. Au-delà d'une certaine facilité, je trouve le texte de la chanson plutôt bien écrit... et il y a du sens.
Demain, l'émission de France Cul' abordera le cas des pesticides en Inde, une thématique qui ne manquera pas de susciter l'hilarité.
15:51 Publié dans Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : médias, journalisme, actu, axtualite, actualites, actualité, actualités, environnement, écologie
dimanche, 19 avril 2026
Mauvaise Pioche
Gérard Jugnot s'inspire d'un aspect de l'Affaire Dupont de Ligonnès pour nous servir une (gentille) satire sociale, dans laquelle il pointe divers travers contemporains..
Les principaux éléments de l'intrigue sont à la fois légèrement déformés (sans doute pour éviter des poursuites judiciaires) et suffisamment clairs pour que l'on comprenne de quoi il s'agit. Dupont de Ligonnès devient Durand de Solilès, Nantes devient Brest, deux Labradors deviennent un Golden Retriever... Enfin, l'arrestation abusive en Écosse est déplacée en Italie, où le pauvre Serge Martin (décalque de Guy Joao) participait à la reconstitution d'une victoire napoléonienne (au lieu de rejoindre son épouse écossaise).
La première partie montre l'emballement médiatique, le manque de déontologie de certains policiers et certains journalistes. Jugnot évite de pointer Le Parisien (pourtant à la source de l'emballement), réservant ses principales flèches aux chaînes d'information, elles aussi à peine déguisées : DFM pour BFM, LVI pour LCI et surtout WeNews pour CNews, Reem Kherici incarnant avec une évidente gourmandise l'ambitieuse présentatrice Léa Paoli, sorte de mélange entre Christine Kelly et Léa Salamé.
La deuxième partie décrit le calvaire du héros, mis hors de cause par un test ADN, mais dont les ennuis ne font que commencer. C'est l'occasion pour le réalisateur de dénoncer aussi le comportement irresponsable des drogués du smartphone et la mentalité poisseuse de certains concitoyens de Serge Martin, qui ne savaient rien mais n'ont pas hésité à le dénigrer dans les médias.
Une impressionnante brochette de vedettes est venue faire de la figuration. La liste serait trop longue à donner ici, mais, globalement, je trouve qu'ils cachetonnent bien.
La troisième partie bifurque vers autre chose. Au départ, il m'a semblé que cela prenait un tour plus noir. (N'oublions pas que, dans la vraie vie, la victime de l'arrestation abusive n'a jamais reçu d'excuses ni de compensation et qu'elle est morte prématurément, à 71 ans, en 2021.) Et puis, tout à coup, on comprend que quelque chose se prépare... quelque chose de savoureux. C'est un peu irréaliste (et téléphoné), mais cela permet de conclure l'histoire de manière sympathique.
17:19 Publié dans Cinéma, Presse, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, médias, presse, journalisme, télévision, télé
Les Dimanches
Récemment récompensé aux Goya 2026, ce film espagnol s'inspire d'une histoire vraie, celle d'une lycéenne de dix-sept ans, qui annonce à sa famille vouloir effectuer une retraite spirituelle (dans un couvent), avant peut-être, sans doute, d'entrer dans les ordres.
Le contexte familial n'est pas neutre. Ainara (Blanca Soroa, remarquable) partage sa vie entre l'internat du lycée catholique où elle est scolarisée, l'appartement de son père et celui de sa grand-mère, à Bilbao. Il lui arrive aussi de séjourner chez sa tante. Celle-ci joue un peu le rôle de mère de substitution, la mère biologique étant décédée des années auparavant. Ainara ne semble pas apprécier la nouvelle compagne de son père et se sent plus à l'aise avec sa grand-mère qu'avec sa tante, qui n'a pas les mêmes opinions religieuses qu'elle.
Du coup, à l'instar des membres de la famille, on se demande d'où vient cette envie de prendre le voile. Ainara n'agirait-elle pas sur un coup de tête, suite à une déception sentimentale ? (Elle commençait à fréquenter un garçon de la chorale... qui n'est pas du genre monogame.) Est-elle tombée sous le charme du nouveau directeur de conscience du lycée, un jeune curé bien sous tout rapport ? N'est-elle pas plutôt sous l'emprise d'une des religieuses, dont le comportement pourrait s'apparenter à celui d'une membre d'une secte ? Ou alors, à travers cet étonnant projet, ne manifeste-t-elle pas une forme de rejet de sa famille, qui la déçoit ?
La mise en scène maintient longtemps l'incertitude concernant les motivations de la jeune femme. La caméra la suit sans la juger, tout comme elle suit le père (un restaurateur absorbé par son métier) et la tante (une ancienne élève du même établissement religieux, devenue athée et farouchement anticléricale).
Ainara ne nous est pas présentée comme une godiche coupée du monde réel. Elle aime le chant, qu'il soit profane ou religieux. Elle s'habille comme une adolescente de son époque (blue jeans et baskets, quand elle ne porte pas l'uniforme scolaire), utilise un smartphone, sort avec ses amis, boit (un peu) d'alcool.
Le film laisse sa chance à tous les personnages, qui ne sont pas limités à des caricatures. J'ai trouvé cela très intéressant. Sans être d'un style flamboyant, ce long-métrage sort de l'ordinaire. C'est une découverte à faire.
10:18 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 18 avril 2026
La Corde au cou
Cela faisait un bail que je n'avais pas vu un film de Gus Van Sant... précisément depuis 2013 et l'excellent Promised Land. Le sujet qu'il a choisi d'aborder ici m'était inconnu... et je n'ai pas cherché à m'informer davantage avant de voir La Corde au cou : je voulais préserver le plaisir de la découverte et me laisser libre de spéculer sur ce qu'il allait advenir du preneur d'otage et de son captif.
Dans le rôle du premier, Bill Skarsgård nous livre une performance de haut niveau. Après l'avoir vu notamment dans Piégé, Nosferatu... je crois pouvoir affirmer que ce gars-là peut tout jouer. Ici, il incarne un "petit Blanc", un type honnête et a priori pas méchant, qui se contente de sa vie modeste... jusqu'au jour où il se fait entuber, par une compagnie financière.
On retrouve la traditionnelle lutte du "pot de terre" contre le "pot de fer". De ce point de vue, le film n'innove guère... à ceci près qu'il ose montrer qu'en 1977, dans une grande ville comme Indianapolis, on pouvait être blanc et pauvre... et noir et riche (comme l'animateur radio, très bien interprété par Colman Domingo, que l'on va bientôt revoir dans la peau du père de Michael Jackson).
L'un des principaux intérêts du film est son ambiance seventies. C'est délicieusement rétro, avec les voitures, vêtements, coupes de cheveux, meubles de cette époque... et de la (très) bonne musique afro-américaine. (C'était avant le rap...)
La prise d'otage est montrée en deux temps : d'abord au siège de la compagnie financière, puis au domicile du "héros", où cela devient plus intéressant, les statuts des deux hommes (le grugé devenu prédateur et le président de la boîte devenu victime) étant inversés. Dans le rôle du PDG, Dacre Montgomery fait correctement le job mais, au bout d'un moment, cela tourne un peu en rond, d'autant que l'apparition d'Al Pacino (le père du PDG, responsable des magouilles) ne provoque pas d'étincelles.
Fort heureusement, la fin réserve quelques surprises. Je conseille de rester pendant le générique, qui est entrecoupé d'images d'archives.
C'est pour moi un bon film, mais ne vous attendez pas à un chef-d’œuvre : il nous a été un poil survendu.
20:38 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 04 avril 2026
Plus fort que moi
Le titre français du film de Kirk Jones tente, à l'image du titre originel (I Swear, traduisible par "Je jure" ou "Je le jure"), de jouer sur un double sens. Le héros, John Davidson, est atteint du syndrome Gilles de La Tourette, qui lui fait proférer des grossièretés malgré lui... et, tout au long du film, on se demande si ce handicap va l'engloutir ou bien s'il va parvenir à vivre avec.
Le pire dans cette histoire est qu'il n'est pas né avec. Vers l'âge de treize ans (en 1981), John commence à en ressentir les premiers symptômes. Cela bouleverse sa vie, puisqu'il venait d'intégrer un prestigieux établissement secondaire et qu'il avait été repéré comme jeune gardien de but prometteur (au football). La première demi-heure montre l'écroulement de son monde, accentuée par l'incompréhension de ses proches, le syndrome étant largement méconnu à cette époque.
Le jeune acteur (Scott Ellis Watson) est formidable (et il ressemble physiquement à celui qui incarne John à l'âge adulte), mais ce n'est rien à côté de la performance de Robert Aramayo, é-pous-tou-flant.
Si cette première partie comporte quelques moments cocasses (liés au développement de la maladie), le ton en est tout de même majoritairement sombre. Il faut signaler aussi la bonne prestation de Shirley Henderson (connue, entre autres, pour ses participations à la saga Harry Potter et à la franchise Bridget Jones) : elle a la tâche (redoutable) d'incarner la mère du héros, qui s'est éloignée de son fils.
L'histoire (réelle) aurait pu s'arrêter là, par exemple à la tentative de suicide du garçon. Heureusement pour lui (et pour le film), il a rencontré deux bonnes fées sur son chemin. La première est la mère de son meilleur ami, une infirmière, frappée par un cancer, qui veut mettre à profit les derniers mois de sa vie pour tenter de sauver le jeune homme. La seconde est le gardien de la salle polyvalente locale, interprété par l'excellent Peter Mullan.
Après une ellipse, on retrouve le garçon à l'âge adulte. Même s'il est épaulé, les difficultés demeurent, qui le mènent soit au commissariat, soit au tribunal, soit... à l'hôpital. C'est vraiment poignant... et malgré tout émaillé d'humour. (Je recommande tout particulièrement la rencontre entre deux "Tourette", à l'arrière d'une voiture, et la réunion de groupe, dans la salle de sports.) Il y a du (premier) Ken Loach dans cette fresque écossaise, à entendre en version originale, pour profiter des accents rocailleux.
La durée (deux heures) est à peine perceptible, tant les montagnes russes de l'existence de John sont captivantes. On passe par plusieurs stades d'émotion.
C'est un film à voir absolument... et il figurera sans doute dans mon palmarès 2026.
16:21 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
vendredi, 03 avril 2026
La Guerre des prix
Audrey, fille d'agriculteurs, travaille dans la grande distribution, quelque part dans l'ouest de la France. Sérieuse, efficace, elle est devenue cheffe de rayon et peut, à terme, ambitionner la direction d'un magasin. Elle est remarquée par la direction du groupe, en quête de nouvelles têtes pour travailler à la centrale d'achats, celle qui négocie avec les producteurs. Audrey intègre l'équipe de la section "produits laitiers", l'une des plus prestigieuses, dirigée par une légende de la boîte, Fournier.
Ces deux personnages marquants sont très bien interprétés par Ana Girardot et Olivier Gourmet. La première, qui ne choisit pas toujours bien ses rôles, incarne ici une jeune femme ordinaire, qui a l'occasion de devenir une "transfuge de classe"... si elle accepte d'avaler quelques couleuvres. En face, Gourmet est une fois de plus impeccable. Son personnage, ombrageux, taiseux... et hyper-méticuleux, a plus de points communs avec Audrey que celle-ci ne le pense, de prime abord. Il a commencé comme boucher dans une grande surface, avant de gravir les échelons, un à un.
Deux univers nous sont décrits : celui de l'exploitation familiale (de bovins-lait bio), dirigée par le frère d'Audrey (formidable Julien Frison) et celui de l'entreprise Derval, en particulier les négociations commerciales. Celles-ci donnent lieu à des scènes (remarquables) qui se situent quelque part entre le jeu d'échec et le round de boxe (sur le plan verbal). Le but est d'obtenir le maximum de son interlocuteur... (presque) tous les coups sont permis.
Ana Girardot fait très bien sentir les questionnements intérieurs de son personnage, alors que Gourmet est chargé d'humaniser (un peu) celui qui apparaît parfois comme un super-prédateur, prétendant être au service des clients de ses magasins. Un troisième acteur intervient dans ce petit jeu entre petits producteurs et distributeurs : l'industriel Lactéos (décalque évident de Lactalis, Derval pouvant symboliser Leclerc).
Les seconds rôles sont eux aussi bien campés : Aurélia Petit en pédégère (apparemment) empathique, Yannick Choirat en petit patron pris en tenailles, Camille Moutawakil en négociatrice pugnace, mais qui aime faire la bringue...
Trois arcs narratifs tournent autour d'Audrey : l'évolution (délicate) de l'exploitation familiale, la carrière de la jeune femme dans la grande distribution... et la possibilité d'une histoire d'amour, improbable, douce et peut-être piégeuse.
Comme ce n'est évidemment pas un conte de fées, on prend une belle claque et, si on l'ignorait, on découvre pourquoi une partie du monde paysan disparaît, sur fond d'idéologie consumériste, qui fait croire aux masses que le but de la vie est d'acquérir un maximum de choses à bas prix, sans penser aux conséquences.
vendredi, 20 mars 2026
Le cow-boy Marlboro
Hier, en fin d'après-midi, dans la première partie de l'émission Zoom Zoom Zen (consacrée à la consommation de tabac chez les jeunes), le présentateur Matthieu Noël semble avoir quelque peu surpris ses interlocuteurs (collègues comme invitée) quand il a affirmé que la personne qui incarnait le cow boy dans la célèbre publicité pour les cigarettes Marlboro n'était pas fumeuse... et était morte à 90 ans.
Eh bien, il a à la fois raison et tort. Il a raison s'il faisait référence à Robert Norris, qui fut le premier à incarner le fameux cow-boy : il est bien mort à 90 ans (en 2019), sans avoir jamais fumé.
Mais ce ne fut pas le cas de tous ceux qui prêtèrent leur corps cette icône Marlboro. A Robert Norris succédèrent d'autres cow-boys, dont un certain Wayne McLaren, qui fut utilisé dans des publicités des années 1970... et qui est mort d'un cancer du poumon, à 51 ans, en 1992. Conscient des effets nocifs de la consommation de tabac (et des conséquences qu'elle avait eues sur sa propre santé), il avait milité pour qu'on dissuade les jeunes de se mettre à fumer.
03:39 Publié dans Société, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : médias, actu, actualite, actualites, actualité, actualités
jeudi, 05 mars 2026
Rural
Il y a un peu plus de six ans, Edouard Bergeon avait rencontré un succès surprenant (et mérité) avec une fiction paysanne, Au nom de la terre (qui a atteint deux millions d'entrées). Cette fois-ci, il s'agit d'un documentaire, consacré à Jérôme Bayle (prononcer "Bail-le"), éleveur de vaches limousines (une bonne race à viande) en Haute-Garonne, pas très loin de Toulouse. Il s'est fait connaître par le mouvement de blocage de l'autoroute A64 (à ne pas confondre avec l'A69).
Le propos du film, très empathique, tourne autour du travail paysan (au XXIe siècle), de l'engagement (syndical, politique) et de la vie personnelle.
Le travail de l'éleveur n'est pas l'objet principal du film. On nous montre tout de même J. Bayle avec ses bêtes, dans les prés ou dans une stabulation. Il est aussi question du travail de la terre : l'éleveur produit une grande partie de l'alimentation de ses animaux (ce dont sa mère se montre fière : il travaille un peu "à l'ancienne"). L'agriculteur semble disposer d'un matériel assez important. Je présume qu'il est propriétaire de la majorité, puisqu'il y a deux ans de cela, quand certains médias avaient évoqué ses difficultés économiques, il avait été question de son endettement (sans doute pour acheter du matériel). Sur le plan économique, l'une des plus belles séquences est celle de la vente aux enchères : le prix payé au kilo (entre 6 et 14 euros, selon la bête) est un enjeu crucial, une vache "bien" vendue assurant un à trois mois de revenu.
C'est précisément la dégradation des conditions de vie des éleveurs (et la menace que représente le traité avec le Mercosur) qui a motivé le mouvement des "ultras de l'A64". Pour cette partie, Bergeon a recours à beaucoup d'images d'archives. A celles et ceux qui ont suivi de près cette actualité, le film n'apprendra pas grand chose. Certaines images me semblent cependant inédites, comme celles de la rencontre de Gabriel Attal à Matignon (celles tournées -avec le même Attal- chez Bayle comme sur l'A64 ayant été déjà diffusées). Il y a aussi la rencontre (non fortuite) avec Emmanuel Macron lors du Salon de l'agriculture... et il y a la participation à une réunion d'information, à Toulouse, avec des écologistes... et Marine Tondelier en invitée vedette. (On sent qu'une partie du public est dubitative : l'éleveur n'est pas bio, même s'il se démarque du productivisme des cadres de la FNSEA... et il est chasseur.)
Mais, plus que sur le plan politique, c'est sur le plan syndical que le film est intéressant. Lors de son installation, J. Bayle était membre de la FDSEA (branche départementale de la FNSEA). Il s'en est éloigné et a créé son propre mouvement... qui a remporté les élections à la Chambre d'agriculture de Haute-Garonne, en 2025. Le film montre la naissance du mouvement qui conduit à la formation de listes (avec peu de femmes, comme ailleurs, souvent)... et à la campagne victorieuse. Les succès remportés par Bayle (ainsi que son aura médiatique) ont suscité quelques jalousies, matérialisées par des commentaires acerbes sur les réseaux sociaux, véritable plaie de notre époque.
Devenu une puissance avec qui compter, J. Bayle a les honneurs d'une visite privée, celle d'Arnaud Rousseau, l'influent président de la FNSEA. La conversation (autour d'un bon repas) est cordiale, mais les différences entre les deux hommes sont criantes. D'un côté, on a l'un des plus gros agriculteurs de France (un céréalier), passé par une prestigieuse école de commerce privée, sûr de lui, qui pense profit, marché, entreprise. Face à lui, on a un gars qui se destinait à devenir soit maçon soit joueur de rugby professionnel, un défenseur de l'agriculture familiale, celle qui est en train, petit à petit, de disparaître.
Elle risque de disparaître d'abord faute de combattants. Le nombre d'agriculteurs ne cesse de diminuer. Seule une partie des enfants de paysans souhaite prendre la suite des parents. Sur son exploitation, Bayle travaille avec sa mère. (Son père s'est suicidé, point commun avec le réalisateur.) Il n'est pas marié, n'a pas d'enfant. Son quotidien change lorsqu'une famille vient s'installer sur une maison qu'il a sans doute construite, pas très loin de son exploitation. Au départ, il pense surtout en tirer un complément de revenu, mais la surprise vient des enfants (un garçon et une fille), de petits citadins que la vie à la ferme va captiver. On sent l'éleveur touché par ces gamins, auxquels il peut tenter de transmettre sa rigueur et sa passion.
13:29 Publié dans Cinéma, Economie, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, france, société, agriculture
vendredi, 27 février 2026
Chers parents
Cette comédie populaire est l'adaptation d'une pièce de théâtre (que je n'ai pas vue). Les parents en question sont interprétés par André Dussolier (très bien, même s'il cabotine un peu) et Miou-Miou, que je n'avais pas vue au cinéma depuis Larguées. Ici, elle est une fois de plus formidable, alliant la douceur et la retenue, faisant bien passer les dilemmes qui taraudent son personnage.
Ces profs à la retraite (politiquement de gauche) ont trois enfants, qu'ils ont essayé d'élever en leur transmettant leurs "valeurs". Arnaud Ducret incarne efficacement l'aîné, le plus volubile, le plus audacieux, qui n'hésite pas à poser les questions qui fâchent. Dans le rôle de la cadette, j'ai retrouvé avec un grand plaisir Pauline Clément (déjà vue dans un film où les protagonistes touchent le gros lot : Heureux gagnants). Le benjamin (le loser de la famille, qui fait très djeunse) est interprété par Thomas Solivérès (qui ne m'avait pas laissé un bon souvenir dans Edmond). C'est peut-être le moins marquant des cinq acteurs. Mais son personnage réserve quelques surprises... tout comme les autres.
L'un des intérêts de l'intrigue est de nous montrer les personnages sous différents angles, soit qu'il évoluent (au cours de week-end en famille), soit qu'un aspect de leur personnalité ne se révèle, sous la pression de... l'argent.
C'est l'argument du film : la perspective de toucher (ou pas) une petite fortune change les rapports entre les membres (en apparence soudés) d'une famille de classe moyenne.
Cela démarre doucement, sur un quiproquo qui hélas ne surprend pas les spectateurs, mais qui est bien joué par ceux qui interprètent les enfants : quand leurs parents leur demandent de venir en urgence, ils imaginent d'abord le pire.
Cela devient savoureux quand on peut observer les efforts des parents pour ne pas dire, dans un premier temps, qu'ils ont gagné au loto, puis, dans un second temps, pour ne pas révéler le montant de la somme. La direction d'acteurs est vraiment bonne, puisqu'une partie du comique réside dans les silences qui surgissent au détour d'un dialogue. Cela complète bien les non-dits, du côté des parents.
Évidemment, au bout d'un moment, cela part un peu en sucette. On apprécie ou pas ce dérapage, mais j'ai trouvé les acteurs toujours bien dans leur rôle. L'histoire se termine par deux coups de théâtre, le premier concernant les parents, le second permettant de conclure l'intrigue de manière immorale satisfaisante pour les héros.
Sur le fond, l'histoire est assez malséante : les valeurs progressistes de quatre des cinq protagonistes résistent mal à l'appât du gain... et celui qui est de droite se révèle un peu plus salaud que prévu. Même si le trait est outré, j'ai trouvé ce portrait de famille pas si éloigné que ça de la réalité. Dans ma déjà longue existence, j'ai eu l'occasion de vérifier que les questions d'argent (même quand elles portent sur des sommes infiniment plus réduites que dans le film) pourrissent les relations intra-familiales.
P.S.
Le couple d'amis qui rend visite à la famille (en tandem électrique...) est joué par Frédérique Tirmont et Bernard Alane, qui incarnaient les parents dans la version théâtrale initiale.
15:29 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
samedi, 07 février 2026
Grand Ciel
C'est le nom d'un "quartier intelligent" en cours d'aménagement. Ultra-moderne, agréable à vivre, respectueux de l'environnement, il promet le bonheur à celles et ceux qui auront assez de thunes le privilège de s'y installer.
Son symbole est une tour en construction, devant atteindre une vingtaine d'étages. C'est sur ce chantier en voie d'achèvement que travaillent des personnes qui n'ont pas vocation à y résider. Ce sont majoritairement des immigrés, légaux ou illégaux, auxquels s'adjoignent quelques "Français de souche" comme Vincent (Damien Bonnard, très bien), un bosseur, du genre taiseux, ne cherchant pas à faire de vague.
Le problème est que, depuis quelques temps, certains événements étranges se produisent sur le chantier, en particulier au sixième sous-sol. On y entend parfois des bruits mystérieux et la poussière y est inhabituellement abondante. Des malfaçons apparaissent sur certaines dalles de béton, pourtant récentes... et des ouvriers disparaissent.
Le talent d'Akihiro Hata est de mêler la critique sociale au fantastique. On se demande si ces mystères ne sont pas tout simplement liés aux combines des patrons, qui rognent sur les coûts et donc fournissent des matériaux de mauvaise qualité... et s'arrangent pour que les accidents du travail soient passés sous silence.
Fait inhabituel dans le cinéma français, la réalisation met en valeur le travail manuel, ici celui d'employés du BTP. La tour en chantier, les algécos et le sous-sol sont très bien utilisés pour suggérer l'exploitation, le danger ou le malaise. Quand une poignée d'ouvriers descend au sixième sous-sol, on pense à des films sur l'extraction minière.
Leur vie personnelle n'est pas oubliée, entre transport en bus, logement en HLM (ou mobile home, voire foyer) et courses dans une grande surface.
Les seconds rôles sont bien campés, avec notamment Samir Guesmi, Mouna Soualem (autre "fille de..."), Tudor Istodor, Ahmed Laoui ou encore Denis Eyriey. Ce n'est qu'à la toute fin que l'on comprend ce qu'est vraiment cette poussière supplémentaire, quasi surnaturelle.
Ce petit film, mine de rien, dit beaucoup de choses. Il est dommage qu'il ne bénéficie pas d'une plus large diffusion.
15:58 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
Reconnu coupable
Dans ce thriller d'anticipation, la ville de Los Angeles a adopté une procédure judiciaire révolutionnaire en matière criminelle, puisque l'enquête, le procès et l'exécution des peines sont sous la responsabilité de Maddox, une intelligence artificielle. (Les juristes pointilleux noteront la disparition des avocats de la défense et de la possibilité de faire appel.)
Le policier Chris Raven a contribué à la mise en place de ce programme... mais le voilà désormais sur la sellette, plus précisément sur la chaise de l'accusé, puisqu'on lui reproche d'avoir assassiné son épouse, dont il était sur le point de divorcer. Problème pour lui : il ne se souvient plus de ce qu'il a fait la veille, en raison d'une cuite monumentale, dont d'ailleurs il peine à se remettre au début de l'histoire. (Au passage, c'est la confirmation que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé... notamment celle des conjoints.) Au vu des éléments réunis lors de l'enquête préliminaire, l'IA l'a déclaré présumé coupable (à 96,7 %). L'accusé a 1h30 pour, sinon prouver son innocence, du moins instiller un doute raisonnable, capable de faire suffisamment baisser son taux de culpabilité pour lui éviter l'exécution.
Le suspens est bien mis en scène, mais c'est surtout la manière dont l'accusé est autorisé à mener sa contre-enquête qui est épatante. Bien que rivé sur son siège, il a accès à tous les éléments du dossier (vidéos, rapports, interrogatoires, géolocalisations, preuves matérielles recueillies...) ainsi qu'à tous les contenus numériques (publics... et privés) enregistrés (conformément à la nouvelle loi) sur le cloud de la ville, afin de prévenir le crime. Il y a donc un peu de Minority Report (de Spielberg) dans ce film (les précogs étant remplacés par une IA, plus déductive que prédictive). L'ambiance rappelle aussi un peu la série 24 heures chrono, l'intrigue se déroulant quasiment en temps réel.
Un autre atout du film est l'incarnation de l'IA par Rebecca Ferguson (au charme de laquelle je ne suis pas insensible). Son côté beauté froide peu empathique convient parfaitement au rôle. L'un des enjeux de l'intrigue est d'ailleurs la possibilité d'évolution de l'IA, dont le fonctionnement apparaît de prime abord assez mécanique, mais qui, si elle a été bien entraînée, doit être capable de se remettre en question. Elle a aussi pour fonction d'aider honnêtement l'accusé dans ses tentatives de prouver son innocence. Un lien d'ordre humain pourrait-il naître des interactions entre Chris et Maddox ? Suspens...
J'ai passé un bon moment. L'habillage numérique, les scènes d'action et les multiples rebondissements entretiennent l'intérêt, jusqu'à la fin.
08:35 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
mercredi, 28 janvier 2026
Gourou
Quelques mois à peine après la sortie de Dalloway, voici une nouvelle œuvre de Yann Gozlan sur nos écrans. Ce sont aussi des retrouvailles avec Pierre Niney (qui coproduit le film), auréolé de sa prestation dans Le Comte de Monte-Cristo.
Ici, le nouvel Alain Delon du cinéma français interprète un coach en développement personnel prospère, qui organise de grandes réunions cathartiques (payantes), au cours desquelles il ambitionne de redonner du sens à la vie de ses "clients". Dans le rôle du gourou qui ne dit pas son nom, Niney a une présence folle. Sa performance justifie à elle seule la vision du film, de surcroît habilement mis en scène et doté d'une excellente musique d'accompagnement.
J'ai été cueilli par la première scène "messianique", qui voit le coach "prendre en mains" un pauvre type qui le voit comme un demi-dieu. Le pauvre type en question est très bien interprété par Anthony Bajon (rappelez-vous : Teddy). Les interactions entre ces deux personnages nous réservent quelques surprises.
Un autre moment fort est celui au cours duquel Matt Vasseur démasque (sans le dire ouvertement) une infiltrée, en pleine "cérémonie".
Cette manière de procéder, de la part du héros, m'a rappelé les télévangélistes (américains) de ma jeunesse, que je regardais jadis sur RTL. C'est fou comme les styles sont ressemblants, la grande différence résidant dans le caractère laïc du travail du gourou, celui-ci se permettant toutefois de préciser, au cours d'un entretien, que lui et Jésus font un peu le même boulot...
La réalisation est suffisamment subtile pour ménager quelques incertitudes : dans quelle mesure le héros croit-il à ce qu'il dit ? quelle est la nature exacte de la relation toxique qu'il entretient avec son frère ?
Ma principale déception vient de la fin de l'histoire. Soit Gozlan n'a pas su comment conclure, soit il a maladroitement brouillé les pistes pour que l'on ne devine pas à l'avance comment tout cela allait se terminer... soit, entre plusieurs fins possibles, on n'a pas choisi la meilleure.
Le film n'en demeure pas moins fort, prenant, s'appuyant d'abord sur le talent d'un acteur solaire, bien épaulé par une brigade de seconds rôles efficaces.
21:23 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
mercredi, 31 décembre 2025
La Pire Mère du monde
Le titre de ce film est à l'image de son contenu : dans l'exagération. Il s'agit donc d'une farce, construite sur la relation conflictuelle entre une mère, greffière d'un petit tribunal de Province, et sa fille unique, vice-procureure à Lyon.
L'introduction (sur le parcours brillant d'une "surdouée de la République") s'assume clinquante et outrancière... et j'ai aimé. Cela tient peut-être aussi à la personnalité de l'interprète principale, Louise Bourgoin (vue, ces dernières années, dans C'est mon homme et L'un dans l'autre). Elle est à la fois charmante et glaçante. On découvre rapidement que, pour ce trait de caractère, elle tient peut-être de sa mère.
Celle-ci est (sobrement) incarnée par Muriel Robin, qui rappelle à cette occasion qu'elle peut être une bonne comédienne, ce qui n'est pas évident au regard de sa filmographie.
Dans des circonstances que je me garderai de révéler, Louise quitte Lyon pour Nogent-le-Creux, une commune fictive, qu'on imagine de petite taille... mais qui a conservé un tribunal d'instance (contrairement, par exemple, à la commune -bien réelle- de Nogent-le-Rotrou, située dans une autre région). La magistrate cinglante, habituée à malmener ses collègues, se retrouve dans une position nettement moins confortable. La peinture qui est faite des mesquineries d'un tribunal de Province ainsi que du fonctionnement interne de la magistrature risque de froisser quelques hermines mais, franchement, c'est parfois très savoureux.
J'ai trouvé la partie comédie assez réussie aussi en raison de petits détails, comme les images associées aux correspondants téléphoniques de l'héroïne. De surcroît, certains seconds rôles sont plutôt bien campés, par des visages connus, ceux de Patrick Descamps, Anne Benoit, Sébastien Chassagne ou encore Gustave Kervern. Je suis en revanche moins convaincu par Florence Loiret Caille (qu'on a vue bien meilleure ailleurs), dont le personnage est par ailleurs très caricatural.
Sur cette comédie se greffe une intrigue policière, au départ complètement anecdotique, mais qui prend peu à peu de l'importance. Les chiens y jouent un rôle important... peut-être parce qu'à leurs côtés les humains cabotinent un max !
Cela dure à peine plus d'1h20 et ce fut pour moi une agréable manière de clôturer mon année cinématographique 2025, qui fut particulièrement riche.
15:53 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
dimanche, 28 décembre 2025
La Femme de ménage
Je n'ai pas lu le roman d'origine, mais, intrigué par le battage fait autour de ce film, j'ai tenté ma chance lors d'une des rares séances disponibles en version originale sous-titrée. La salle s'est copieusement garnie... uniquement de spectatrices, dans un premier temps. L'arrivée de deux couples de retraités a fait monter en flèche de taux de masculinité de la salle. Je me suis senti moins seul. (Ceci dit, cela sentait très bon dans mon voisinage, exclusivement féminin... une ambiance olfactive nettement plus agréable que lorsque j'ai vu Lady Nazca, à proximité d'un vieux bouffeur de chocolat qui puait à cinq mètres.)
Blague à part, durant une cinquantaine de minutes, j'ai craint d'avoir fait une mauvaise affaire. J'ai eu l'impression d'avoir en face de moi l'adaptation d'un roman de chick lit. Deux poupées Barbie, une riche, l'autre pauvre (la première employant la seconde) s'agitent sous les yeux de ce qui semble être le mâle ultime : un grand brun musclé, au sourire enjôleur, de surcroît friqué, compréhensif, attentionné, modeste... N'en jetez plus ! Les ficelles de la love story un brin contrariée sont plus épaisses que les lianes de Tarzan... et l'on sent tout aussi bien venir un possible retournement : c'est trop beau pour être vrai.
Cependant, une fois survenu, le fameux retournement se double d'un twist concernant l'un des personnages féminins. Cela donne une saveur particulière à la suite, plus intense, parfois sanglante, avec un assez bon suspens.
Les acteurs font le job, mais je distinguerais Amanda Seyfried, qui coproduit le film avec Sydney Sweeney. La sémillante quadragénaire, à la filmographie peu étincelante, vole la vedette à la nouvelle coqueluche d'Hollywood.
Cette seconde partie de l'intrigue prend une épaisseur supplémentaire quand la notion de sororité est mise en scène. Quatre des personnages féminins vont, d'une manière ou d'une autre, s'entraider... et l'on ne peut que regretter que la salle ait été exempte de jeune spectateur masculin, tant ce film, en apparence superficiel, aborde des thèmes sociétaux importants. On peut le rapprocher d'Invisible Man (plus fantastique) et de Drop Game (plus technologique).
En dépit des facilités, je suis sorti de là assez content.
dimanche, 21 décembre 2025
Chasse gardée 2
Il y a un peu moins de deux ans, le premier Chasse gardée avait été un succès surprise, attirant près de deux millions de spectateurs dans les salles. C'est presque la même recette qui est à l’œuvre dans cette suite, avec la majorité de la distribution initiale, à laquelle on a ajouté quelques petits nouveaux, notamment un couple de grands bourgeois, l'épouse issue de l'aristocratie traditionnelle, l'époux enrichi dans les placements financiers.
L'arrivée de ce ménage très en phase avec la mondialisation heureuse ringardise le couple de bobos parisiens qui avait débarqué dans le premier opus. Ceux-là mêmes qui naguère regardaient avec condescendance les habitants du village paraissent à leur tour quelque peu provinciaux en comparaison de Stanislas et Bénédicte (qu'il convient d'appeler "Stan" et "Béné"). Comme on est toujours un peu le plouc de quelqu'un, il faut préciser qu'un invité surprise va ajouter un barreau sur l'échelle du mépris (lui-même ayant payé pour une chasse d'exception), tandis qu'à l'autre extrémité se trouve Benjamin, le crétin du village (joué avec une étonnante conviction par Julien Pestel).
C'est d'ailleurs avec ce personnage-ci que débute l'histoire. Je me dois de préciser qu'il est accompagné d'un animal domestique très particulier... Cette entame m'a mis de bonne humeur.
La suite, sans être originale, est assez réussie. Comme dans le premier film, l'arrivée d'un nouveau couple ne débouche pas immédiatement sur une guerre ouverte. Chacun fait des efforts pour s'intégrer, d'autant que Stanislas est le fils de Bernard et Bianca Olivia (Didier Bourdon et Isabelle Candelier, plutôt bien, ma foi). Ceci dit, dès les premiers plans s'installe ce que les djeunses d'aujourd'hui appelleraient une "gênance". C'est savoureux et bien interprété, notamment par Hakim Jemili et Camille Lou. Ce sont les "anciens nouveaux arrivants", désormais (presque) intégrés au village. Le personnage d'Adé (Camille Lou) nous réserve quelques surprises, au cours de cette histoire pleine de rebondissements...
Comme dans le premier film, un repas de groupe va fédérer une partie des habitants. Il se déroule dans une palombière haut-de-gamme, aménagée en hauteur. Durant cette soirée, le vin coule à flot, on mange copieusement, on chante, on danse, on observe les oiseaux... et, parfois, on tombe ! C'est peut-être la séquence la mieux mise en scène du film, un véritable moment de bravoure... qui est aussi un moment-clé, puisqu'au cœur de cette soirée se déploie une sorte de manigance.
Les seconds rôles sont toujours aussi bien campés, bien qu'un peu retrait par rapport au premier film. Thierry Lhermitte rejoue la même partition, tandis que Chantal Ladesous est cantonnée à quelques brèves apparitions, toujours plaisantes.
On sent que les réalisateurs ont voulu ménager la chèvre et le chou, histoire de plaire à tous les publics. (D'ailleurs, dans la salle où j'ai vu le film, l'audience était transgénérationnelle.) Citadins comme (néo)ruraux en prennent pour leur grade, dans une comédie mi-pinard mi-chichon, hétéro de base mais avec un soupçon d'homosexualité, où l'on mange de la viande de gibier tout en s'affirmant protecteur de la nature.
Cela m'amène aux défauts du film, comme la représentation en grande partie fantaisiste du comportement de certains animaux sauvages. Quel beau fantasme d'habitant des métropoles que de vouloir transformer des animaux sauvages en compagnons du quotidien ! La palme est décrochée par le loup, ici une sorte de chien sympatoche qui ne s'attaque qu'aux méchants humains. (C'est là qu'on se dit qu'il faudrait diffuser plus largement les photographies et films montrant ce redoutable prédateur égorger ses proies. Exemples de résultats dans les Hautes-Alpes, aux Pays-Bas et dans le canton de Vaud, en Suisse.)
A signaler tout de même dans cet amas plus ou moins convaincant la naissance d'une improbable histoire d'amour, entre la tarée des villes et le taré des champs. Dans le rôle de Sixtine, Diane Segard livre une belle performance. Cette relation débouche sur la scène finale, censée réconcilier (presque tous) les contraires.
C'est un peu trop consensuel à mon goût, mais j'ai bien rigolé.
17:17 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
vendredi, 05 décembre 2025
Pompéi, sous les nuages...
C'est la traduction, en français, du titre italien Sotto le Nuvole, à prendre au sens propre comme au sens figuré.
Pourquoi aller voir ce documentaire ? D'abord pour en apprendre un peu plus sur le site de fouilles de l'une des plus célèbres catastrophes naturelles. Ensuite parce que c'est réalisé par Gianfranco Rosi, dont le Fuocoammare m'avait favorablement impressionné, il y a une dizaine d'années. Enfin, parce que c'est tourné en noir et blanc... et, franchement, c'est superbe.
Seule une partie du sous-sol de Pompéi a été fouillée, sans doute faute de moyens, pour mener les recherches... et sauvegarder ce qui a été mis à jour. Le film nous propose plusieurs aperçus des réserves, riches en œuvres d'art (notamment des sculptures)... et en figures statufiées, les fameux moulages réalisés jadis, qui nous montrent humains comme animaux face à une mort brutale. On ne peut pas ne pas être ému devant ce couple avec un enfant en bas âge, ce chat esseulé ou ces chiens piégés dans les cendres durcies, pour l'éternité.
Les chercheurs (italiens, anglo-saxons et même japonais) ne sont pas les seules personnes intéressées par ces vestiges. Depuis des années, des individus peu scrupuleux (et bien organisés) réalisent des fouilles clandestines (dont la cartographie présentée à l'écran montre l'ampleur des ravages...)... ou bien s'introduisent sur des sites officiels, pour les piller. Saisissante est la découverte des tunnels, parfois creusés sur des dizaines de mètres... et dotés de l'éclairage (voire d'un moyen de communication sommaire). Cela n'atteint pas l'ampleur des aménagements réalisés par le Hamas (sous Gaza et une partie d'Israël et de l’Égypte), mais c'est tout de même impressionnant.
Pour les habitants actuels de la région de Naples, même si le Vésuve semble un peu endormi, la menace demeure présente, perceptible dans les petites secousses qui surviennent assez fréquemment, provoquant un afflux d'appels téléphoniques au centre de secours des pompiers. La caméra s'attarde dans ces locaux, où les appels les plus nombreux concernent les actes de délinquance, dans une ville où une partie de la population est paupérisée, sans parler de l'influence subreptice de la Camorra (sur laquelle le film demeure allusif, peut-être par prudence).
On est donc très surpris d'entendre les marins syriens d'un navire-cargo se féliciter du calme et de la sécurité qui règnent à Naples... en comparaison de leur pays d'origine... et de l'Ukraine, où ils se sont arrêtés auparavant pour charger une cargaison de blé.
Risi profite de la moindre occasion pour nous offrir des portraits de Napolitains, qu'ils soient des résidents anciens ou de passage. J'ai beaucoup aimé les scènes avec le retraité entouré de livres, qui propose du soutien scolaire à des enfants des quartiers pauvres. A l'occasion de ces scènes, on entendra parler de la France, celle de la Révolution, de Napoléon... et de Victor Hugo.
Même si c'est, à mon avis, un poil trop long (1h50), j'ai été passionné, transporté par cette tranche de vie, qui traverse le temps et les classes sociales pour nous proposer un portrait de ville qui n'a rien de fumeux.
vendredi, 28 novembre 2025
Le Gang des Amazones
Cette fiction s'inspire d'une authentique (et "vieille") histoire, celle d'une bande de braqueuses, pas vraiment professionnelles, qui a sévi pendant plusieurs mois en Provence, entre Carpentras et Avignon.
Du coup, dans cette tentative de reconstitution, il y a du soleil et des accents chantants, qui contrastent avec la misère sociale de la plupart des protagonistes. C'est ce qui relie quatre des cinq amies d'enfance, tout confrontées à d'importants problèmes personnels : Laurence (Laura Felpin, étonnante) est battue par son compagnon, Carole (Mallory Wanecque) ne supporte plus le climat familial (assez réac), Hélène (Izïa Higelin, étonnamment bonne), mère de trois enfants, abandonnée par tous les hommes de sa vie (son père et les géniteurs de ses enfants), n'arrive plus à joindre les deux bouts, Malika (Kenza Fortas, convaincante) a quitté une cité HLM pour tenter d'échapper au déterminisme social... ce que peine à faire sa sœur Katy (Lina Khoudri, épatante), qui sort de prison.
Ces (futures) prédatrices (qui ont tout de même braqué six banques, l'une d'entre elles deux fois) sont donc à la base plutôt des victimes... du moins, pas des gagnantes au jeu de la société française des années 1980. Elles sont aussi fort charmantes, sexualisées par leurs tenues et la manière qu'a la réalisatrice de les filmer. Voilà qui a de quoi contenter le vieux mâle hétérosexuel que je suis. Mais, si ce film avait été tourné par un mec, peut-être que quelques voix se seraient élevées contre la manière de représenter ces jeunes femmes, plus "sexy" que leurs modèles, que l'on peut découvrir dans le documentaire que leur a jadis consacré la regrettée Solveig Anspach.
La première partie ne manque pas de comique, notamment quand on nous montre les débuts approximatifs des apprenties braqueuses. Au départ déguisées de manière à passer pour des hommes, elles ont dérouté les enquêteurs, qui ont pensé avoir affaire à des adolescents. Quand ils ont commencé à soupçonner certaines des jeunes femmes d'être mêlées aux braquages, ils ont pensé qu'elles étaient les petites copines des vrais truands.
Autre qualité du film : il ne tombe pas dans l'angélisme, même si cela met du temps à venir. Quelques tensions apparaissent entre les filles, certaines étant moins prudentes que d'autres, limite flambeuses. On les sent (déjà) bouffées par la société de consommation... et peu soucieuses du traumatisme qu'elles peuvent provoquer chez les clients et les employés des banques. A ce titre, en dépit de la belle plaidoirie de l'un des avocats de la défense, les scènes de procès apportent un précieux contrepoint.
J'ai au final été touché par ces parcours de femmes, dont on apprend, à la toute fin, ce qu'elles sont devenues depuis. Lors de la séance, j'étais le seul homme dans une salle quasi exclusivement féminine, hélas peu remplie.
mercredi, 26 novembre 2025
Dossier 137
Plus de trois ans après La Nuit du 12, Dominik Moll revient avec un nouveau film ancré dans la société française contemporaine. L'intrigue nous plonge au cœur de "la police des polices" (l'IGPN) avec, en toile de fond, le mouvement des gilets jaunes, durant le premier quinquennat d'Emmanuel Macron.
Même si tous les acteurs sont bons, il est incontestable que le film repose sur les (frêles) épaules de son interprète principale, Léa Drucker, qui joue une capitaine de police soucieuse de faire toute la lumière sur ce qui semble être une bavure, commise par un groupe de la BRI. Ce personnage est à l'image du film : rigoureux, probe, méticuleux, empathique sans être complaisant. (Il est aussi sans doute un double du réalisateur, chargé de faire passer certains messages, ce sur quoi je reviendrai plus bas.)
L'enquête est passionnante à suivre, à deux titres. Il y a bien sûr l'aspect suspens. On se demande ce que les membres de l'IGPN vont découvrir et l'on suit leur analyse des images tournées la nuit de l'agression (avec une bonne utilisation des vidéos issues de smartphones). Il y a un peu du Blow-Up d'Antonioni (ou du Blow Out de Brian de Palma) dans cette enquête sur images, qui ne manque pas de brio. L'autre aspect est la plongée dans "la France d'en-bas", provinciale, avec ses qualités et ses défauts...
Cela m'amène aux limites de ce film... et à un peu de divulgâchage. Ne lisez donc surtout pas la suite si vous n'avez pas encore vu le film !
Dominik Moll le méticuleux enferme ses spectateurs dans un dispositif, un peu à l'image de ce qu'on a pu voir à l’œuvre l'an dernier dans L'Histoire de Souleymane. Nous est présentée comme emblématique l'histoire de ce jeune gilet jaune non violent, victime d'une bavure policière. Ce personnage est fictionnel, son histoire est un assemblage d'épisodes arrivés à plusieurs personnes. Tout est dans le choix effectué... et celui du réalisateur et de son coscénariste n'est pas neutre : alors que l'écrasante majorité des violences commises à cette époque a été le fait, soit de gilets jaunes, soit de délinquants infiltrés dans leurs manifestations, le film pointe quasi uniquement la bavure policière. D'autre part, s'il y a bien eu des dérives policières, celles-ci sont à comparer au déferlement de violence dont les forces de l'ordre ont été la cible. Celui-ci ne justifie pas celles-là, mais j'aurais aimé que le réalisateur nous plonge aussi dans le vécu de cette petite troupe de policiers, qui, avant que deux d'entre eux ne se comportent comme des crétins, venait d'essuyer, semble-t-il, plusieurs vagues d'agression.
S'ajoute à cela un élément pas du tout crédible : la filature et le quasi-harcèlement d'un témoin potentiel par la principale enquêtrice, mais que l'on peut aussi interpréter comme le basculement de l'héroïne, au départ drapée dans sa neutralité vertueuse, avant qu'elle ne prenne le parti des "victimes".
Ces réserves émises, on peut quand même profiter d'un film très bien construit, qui apporte sa pierre au débat, même s'il biaise quelque peu sa démonstration.
00:11 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
mercredi, 22 octobre 2025
L'Homme qui rétrécit
Jan Kounen nous livre sa lecture du roman de Richard Matheson, avec Jean Dujardin en vedette (et coproducteur), accompagné de Marie-Josée Croze, d'une gamine éveillée, d'un chat (Toufou), d'un poisson-rouge, mais aussi d'une araignée, de fourmis, d'un moustique...
On peut analyser ce film de deux manières. La première considère une œuvre fantastique, au cours de laquelle le héros, confronté à un phénomène extraordinaire, est conduit à revoir ses priorités. Initialement plutôt matérialiste, il va, de gré mais surtout de force, se reconnecter à la nature et trouver un nouveau sens à sa vie, prenant conscience de sa place minuscule dans le cosmos. Les effets spéciaux sont réussis, la montée en tension un peu lente à mon goût, mais, une fois qu'on y est, c'est assez prenant. Si l'on reste à ce niveau, on est face à un honnête film de genre, un peu dans l'air du temps, mais rien de bien enthousiasmant.
Sauf que... il m'est rapidement paru évident que l'intrigue était métaphorique. Cet homme qui rétrécit est un homme qu'on dé(cons)truit. Avec cette optique en tête, on comprend mieux la présence des diverses scènes d'exposition. Au début de l'histoire, Paul (Jean Dujardin, impeccable) incarne l'homme blanc hétérosexuel dominant. On nous le montre successivement chef d'entreprise plein d'allant, sportif de bon niveau, époux prenant l'initiative dans le couple (la scène de sexe ayant pour but de suggérer sa puissance), père demi-dieu aux yeux de sa fille adorée, maître dominateur du chat et prédateur magnanime avec l'araignée.
Sa progressive réduction de taille correspond à sa perte de puissance, d'abord physique : il est de moins en moins grand et costaud. Il ne peut bientôt plus assumer sa fonction de chef d'entreprise. A la maison, c'est désormais son épouse qui mène la danse, quitte à prendre des décisions qui lui déplaisent. Concernant la fille, il y a une inversion des rôles dans le "jeu du monstre". Le chat, de compagnon docile, devient prédateur, tout comme bien sûr l'araignée (avec sans doute une référence à Harry Potter).
Si l'on tire le fil du raisonnement jusqu'au bout, on arrive à la conclusion que, pour le réalisateur, le bain sociétal dans lequel l'homme contemporain est plongé lui coupe peu à peu les ailes, finissant par le réduire à l'état d'homme préhistorique : Paul/Dujardin se retrouve vêtu d'une tunique approximative (évoquant une peau de bête), part à la chasse, utilise des outils rudimentaires, qu'il a bricolés. A ce moment de l'histoire, plusieurs interprétations sont possibles. Veut-on nous dire qu'à force de déconstruire les mâles, on suscite, en retour de bâton, la réapparition des modèles virilistes ? Ou bien Kounen se contente-t-il de suggérer que l'homme blanc traditionnel est voué à l'extinction ? Le mystère demeure, en partie en raison d'une conclusion elliptique.
Du coup, j'ai trouvé ce film moins anodin qu'il n'y paraît... et j'ai l'impression que beaucoup de spectateurs sont passés à côté du sous-texte.
21:31 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
samedi, 18 octobre 2025
Chien 51
Voici donc l'adaptation, par Cédric Jimenez, du roman de Laurent Gaudé (que je n'ai pas lu), dont l'intrigue futuriste est transposée de Grèce à Paris, divisée en trois zones, la première abritant l'élite politico-économique, la troisième les pauvres.
Dans ce monde qui n'est pas sans rappeler celui du Minority Report de Spielberg, la lutte contre la délinquance ne passe pas par le recours à des "précogs", mais par l'utilisation d'Alma, une intelligence artificielle de dernière génération, capable de proposer des scénarios de crime à partir des indices relevés par les policiers sur le terrain. Elle se charge aussi de lancer des alertes, de diffuser les avis de recherche, voire d'affecter les enquêteurs aux différentes affaires.
C'est lorsque le créateur de cette IA est assassiné, un soir, que la mécanique semble s'enrayer. Les deux policiers associés (une rigide commandante de la zone 2 et un lieutenant débrouillard de la zone 3, le "chien" de l'histoire) commencent à avoir des doutes. D'autres meurtres surviennent jusqu'au jour où Alma, pour la première fois, ne parvient pas à proposer un scénario plausible de reconstitution de crime. L'IA est-elle défectueuse ? manipulée ? L'ambiance complotiste est à son comble...
On prend la première séquence de plein fouet. Cela m'a mis dans de bonnes dispositions pour la suite, d'autant que les décors, la musique et l'habillage numérique du Paris futuriste sont soignés. La tension ne naît pas que des scènes d'action (domaine dans lequel on sait que Jimenez excelle), mais aussi des zones d'ombre de l'enquête.
Mes réserves portent sur la distribution. Personne n'est vraiment mauvais, mais seule une partie des principaux interprètes m'est apparue au top : Gilles Lellouche (en vieux routard de la police, qui a perdu le sommeil) et Louis Garrel (en gourou multiforme d'un groupe de rebelles anarco-numériques). La coiffure (perruque ?) d'Adèle Exarchopoulos m'a posé problème et je l'ai trouvée moyennement convaincante dans les scènes d'action. Enfin, je en sais pas si c'est dans le roman, mais l'on aurait pu nous épargner un énième rapprochement sentimental entre une jolie trentenaire et un mec qui a l'âge d'être son père.
Cela reste un bon divertissement, à voir sur grand écran. Mais ce n'est pas le meilleur film de Jimenez, dont j'ai (entre autres) préféré La French et Novembre.
20:58 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
vendredi, 17 octobre 2025
C'était mieux demain
Cette comédie familiale, dans l'air du temps, joue sur les "clichés de genre", ceux des années 1950 et ceux de notre époque. La première partie nous présente la France de jadis, à travers une famille de classe moyenne. Le père est employé de banque, la mère au foyer. Ils ont deux enfants, l'un des deux ayant fait une grosse bêtise. Nous sommes dans un monde patriarcal, satisfait de lui-même (du point de vue des adultes). On s'amuse du fossé qui sépare les mentalités de jadis de celles de notre époque (enfin... pas partout). Didier Bourdon est efficace en père de famille sûr de son autorité... et de ses placements financiers. L'une des sources de gag est le peu de flair de l'employé de banque. Ce n'est pas bien subtil, pas toujours hyper bien joué (notamment de la part des rejetons), mais on rigole.
La deuxième partie projette le couple dans la France du XXIe siècle, où ils retrouvent leur progéniture... quelque peu changée par l'époque. C'est la meilleure part du film, avec la stupéfaction du couple de quasi-Néandertaliens face au monde moderne. S'ajoute à cela la transformation de l'épouse, qui se plaît de plus en plus à notre époque. Dans le rôle, Elsa Zylberstein est épatante de drôlerie. Bourdon qui, en théorie, partage avec elle le haut de l'affiche, accepte de jouer les utilités, son personnage devenant homme au foyer, tandis que son épouse gère l'agence bancaire... plutôt bien, ma foi !
Entre problèmes de (cul et de) cœur, gadgets technologiques et sens du travail, les questionnements ne manquent pas, rendus plus savoureux par la présence de quelques personnages secondaires. Dans un premier temps, le scénario nous surprend un peu, évitant le conte de fées... mais la dernière partie suit une voie (trop) balisée, consensuelle, qui affadit l'intrigue.
C'est dommage, mais l'on passe quand même un bon moment.
16:56 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société, france
jeudi, 02 octobre 2025
Dalloway
Dalloway est une intelligence artificielle... ou plutôt, c'est le nom donné par une romancière à la version d'une intelligence artificielle à laquelle elle est associée, dans le cadre d'une résidence, dans un immeuble ultra-moderne, ultra-chic, ultra-connecté... et peut-être ultra-dangereux.
Comme la romancière se prénomme Clarissa et qu'elle écrit un livre sur le dernier jour de Virginia Woolf (auteure de... Mrs Dalloway), les références se croisent dans cette intrigue qui mêle création littéraire et technologies de pointe, sous la houlette de Yann Gozlan qui, il y a quelques années de cela, nous avait livré une Boîte noire du plus bel effet.
Dans la première partie, j'ai apprécié la progressive montée en tension. Sans être original, c'est une correcte mise en bouche, avec un immeuble en apparence bâti sur la transparence (vitrée), mais où les secrets sont nombreux. Une relation trouble se noue entre l'héroïne et l'IA. Le scénario joue sur une double possibilité. En effet, dans le roman de Virginia Woolf, la fameuse Mrs Dalloway se prénomme Clarissa. Du coup, on se demande si l'intelligence artificielle n'est pas en train de dupliquer/aspirer Clarissa, ou bien si c'est l'association de la romancière et de l'IA qui pourrait former une entité unique, reconstituant l'identité Clarissa Dalloway.
Pour corser le tout, Gozlan ajoute une mystérieuse disparition et une vidéo-protection surveillance de plus en plus intrusive... sans parler des tout petits bruits nocturnes, qui perturbent l'héroïne. Que dire aussi de ces étranges traces poudreuses sur le plan de travail de la cuisine, là où elle a coutume de poser son verre ?... Est-elle l'objet d'une manipulation, ou bien ne serait-elle pas sur le point de sombrer dans la folie ? Hélas, le film explore peu cet aspect de l'intrigue.
Il n'en reste pas moins très visible, bien joué, dans des décors inspirés. Sans trop en dire sur la conclusion de l'histoire (qui rapproche l'héroïne de son modèle), je peux tout de même révéler qu'elle témoigne des questionnements du cinéaste, qui fait sans doute partie de ceux qui se demandent si, à terme, les IA ne vont pas tuer la création artistique (en remplaçant les humains).
22:10 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
vendredi, 26 septembre 2025
Classe moyenne
C'est la catégorie socio-économique à laquelle la majorité de la population ambitionne d'appartenir. Toutefois, dans ce film-ci, aucune des deux familles ne peut vraiment y être rattachée. Le couple grand-bourgeois formé par la comédienne et l'avocat d'affaires s'apparente davantage aux classes supérieures, tandis que les gardiens sont plutôt chargés d'incarner les prolétaires (certes sous-payés, mais profitant seuls, neuf mois sur douze, d'une villa de folie).
Amis de la finesse, il convient de passer votre chemin. Cette farce "engagée" n'y va pas avec le dos de la cuillère, bien servie ceci dit par un quatuor d'acteurs au poil. Ramzy (actuellement à l'affiche des Tourmentés) est l'homme à tout faire, serviable, pas très futé et qui ronge son frein. Laure Calamy est sa douce compagne, chargée d'arrondir les angles (mais qui réserve quelques surprises). En face, Élodie Bouchez interprète la comédienne sur le retour, une ancienne gloire qui a de beaux restes... et une tendance à la condescendance. Je pense que je n'étonnerai personne en ajoutant que Laurent Lafitte est une fois de plus impeccable en avocat cynique et méprisant, qui se pique d'art culinaire. Il est, avec Laure Calamy, le principal atout de cette comédie facile, dont la distribution est complétée par trois jeunes acteurs, Sami Outalbali me semblant mieux tirer son épingle du jeu que ses collègues féminines, il est vrai cantonnées dans des rôles caricaturaux.
Le début nous présente les deux familles, chaque protagoniste en prenant (plus ou moins) pour son grade. L'ambiance est plutôt doucereuse, au départ, avant qu'un coup d'éclat ne bouleverse la situation. S'engage alors une véritable lutte des classes. C'est joyeusement malséant, bien que très appuyé. Pendant un peu plus d'1h15, on passe un agréable moment.
Hélas, 15-20 minutes avant la fin, le ton devient plus sérieux. Le réalisateur-scénariste cède à la tentation de nous donner une leçon. Il a beau terminer par une dernière scène pirouette (qu'on sent venir d'assez loin), sa conclusion (le pognon avant tout, qu'on soit riche ou pauvre) tombe un peu à plat. C'est dommage, parce qu'auparavant, j'avais bien rigolé.
21:13 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
dimanche, 17 août 2025
Confidente
Tournée dans une maison transformée en centre d'appels, cette production franco-turque met en scène une opératrice du téléphone rose, à Ankara, durant une nuit, celle du séisme qui a dévasté la région d'Istanbul, à plusieurs centaines de kilomètres de là, en 1999.
Le couple de réalisateurs (Çagla Zencirci et Guillaume Giovanetti) a quasiment réussi à tenir son intrigue dans un cadre classique, celui d'une unité de temps, de lieu et d'action, grâce aux téléphones. On pense inévitablement au film danois The Guilty, dont le héros était un homme.
Ici, le personnage principal est une femme, Sabiha, une mère de famille en instance de divorce qui, comme la plupart de ses collègues, fait ce boulot pour des raisons alimentaires. En retenant le plus longtemps possible ses correspondants au téléphone, elle fait grimper leur facture et, incidemment, les revenus de son patron. Dans le rôle, la comédienne Saadet Isil Aksoy crève l'écran, portant le film de bout en bout.
Au centre de l'intrigue se trouve la place des femmes dans la société, thème croisé avec la corruption des élites et les conséquences du tremblement de terre. Au téléphone, Sabiha, qui a pris un pseudonyme, écoute des hommes esseulés, qui peuvent être âgés comme adolescents, d'origine modeste comme richissimes. Bien évidemment elle leur ment, mais elle donne parfois aussi des conseils. Cette empathie (et un talent pour incarner différentes personnalités) lui vaut un certain succès.
Durant cette nuit fatale, l'héroïne va jongler entre son patron harceleur, la jalousie de ses collègues, un vieillard esseulé, un homme marié masochiste, un jeune con bloqué sous les décombres, un procureur corrompu... et des mafieux. A l'autre bout du fil, ses "clients" ne lui disent eux non plus pas forcément la vérité, ce qui corse un peu l'histoire.
J'avais peur que cela na tienne pas la distance, mais en fait, globalement, si. D'abord parce que le film ne dure qu'1h15, ensuite parce que des rebondissements surviennent, notamment dans le dernier quart d'heure. Ce n'est pas totalement maîtrisé, mais, pour l'originalité du sujet et la prestation de l'actrice principale, cela mérite largement le détour.
10:15 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
mercredi, 30 juillet 2025
Ms Fisher (suite)
Chérie 25 poursuit la diffusion de cette série australienne. Après nous avoir proposé (ces dernières semaines) les quatre épisodes de la saison 1, samedi 26, on est passé à la seconde saison, avec deux inédits.
Mort à dessein met en scène une "communauté" de personnes aisées, se voulant avant-gardistes... et adeptes de l'amour libre. Le problème est qu'un matin, l'époux de l'hôtesse d'une soirée échangiste est retrouvé mort, dans le sauna privé, en compagnie d'une des invitées. L'enquête s'avère difficile pour Steed et Fisher, les souvenirs de la soirée précédente étant quelques peu embrumés, dans l'esprit des témoins/suspects. Dans le même temps, on découvre que la relation entre l'inspecteur et la détective s'est approfondie... mais Peregrine, bien qu'amoureuse du policier, aimerait garder son entière liberté. (Elle semble même émoustillée par le mode de vie des participants à la soirée...)
Meurtres et fiançailles nous plonge dans l'univers impitoyable de Dallas des hôtesses de l'air. L'une d'entre elles, destinée à devenir l'égérie d'une compagnie aérienne, est retrouvée morte. Les indices sont nombreux, mais difficiles à interpréter par James et Peregrine, d'autant que celui-là a fait sa demande à celle-ci. La jeune femme est très tentée de s'engager avec un homme qu'elle perçoit comme charmant, fiable et respectueux, mais elle voudrait en même temps tout garder de sa vie de célibataire...
Pendant quelques jours, il est encore possible de visionner les deux derniers épisodes de la saison 1, Meurtre du troisième type et Mort aux petits oignons. Il est à noter que ces épisodes sont plus longs que ceux de la seconde saison : 1h20-1h25 contre 40-45 minutes (hors publicités), ce qui fait que les huit épisodes de la saison 2 sont au final de la même longueur que les quatre de la saison 1.
Samedi 2 août sont programmés deux autres inédits : Mariage de sang (qui va renvoyer le charmant inspecteur dans sa région d'origine, au contact de son ex-petite amie) et Meurtre au club canin, à l'intrigue sans doute plus cocasse (Peregrine envisageant d'adopter un chien, plus facile à gérer qu'un potentiel époux).
22:42 Publié dans Société, Télévision, Web | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : télévision, télé, médias, actu, actualite, actualites, actualité, actualités
dimanche, 20 juillet 2025
Certains l'aiment chauve
Le creux de l'été (en gros : fin juillet - début août) est souvent le moment choisi par les distributeurs pour "vider les tiroirs" : on sort à ce moment-là des films dont on pense qu'ils ont très peu de chance de rencontrer le succès le reste de l'année. C'est parfois le cas de certaines comédies françaises. Celle-ci (dont le titre fait référence au classique de Billy Wilder) entre-t-elle dans cette catégorie ? Suspens...
On commence par une scène faussement romantique, qui va évidemment déraper, mais pas forcément dans le sens auquel on s'attend. Ce n'est pas mal fait, même si le personnage féminin (celui de la petite amie) est assez agaçant. En revanche, j'ai trouvé bien campé celui du héros, Zacharie, par Kev Adams, qui fait preuve d'autodérision pendant presque tout le film.
Il se fait toutefois voler la vedette par l'autre protagoniste masculin, l'oncle du héros, incarné avec talent par Michaël Youn, aussi bon dans la déconne que dans l'émotion. La première séquence se déroulant dans son appartement est vraiment... décoiffante !
Il faut ajouter à cela quelques seconds rôles assez piquants. Chantal Ladesous est bien en dermatologue adepte des groupes de parole, celui des chauves étant calqué sur ceux des Alcooliques Anonymes. J'ai aussi aimé la manière dont Faustine Koziel interprète la journaliste, un personnage à la fois très "nature" et profond, qui réserve quelques surprises.
Le scénario n'en fourmille cependant pas. Antonin Foulon, auquel on doit celui de Chasse gardée, fait dans l'efficace, sans trop de fioritures. Un compteur affiche régulièrement à l'écran le nombre (décroissant) de cheveux que conserve Zach. Ses efforts sont de plus en plus pathétiques mais, en même temps, il va peut-être trouver l'authentique amour...
Cela ne dure qu'1h20, ça détend, mais cela ne restera pas dans les mémoires.
22:16 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
vendredi, 11 juillet 2025
Rapaces
Le titre de ce film (très) noir est à double sens. Ces prédateurs peuvent être les journalistes de la presse à sensation, qui, tels des vautours, se repaissent de la mort qu'ils croisent sur leur chemin. Les rapaces sont aussi des hommes, plutôt jeunes, chassant en meute... un drôle de gibier.
Derrière ce qui semble être, de prime abord, un thriller du samedi soir se cache un film politique, qui dénonce le masculinisme toxique et le fait que, de nos jours encore, dans de nombreuses villes françaises, les femmes ne puissent pas sortir seules le soir sans appréhension.
Sami Bouajila incarne à la perfection un rubricard expérimenté, qu'un fait divers sordide (inspiré de l'affaire Élodie Kulik) va pousser à prendre des risques inconsidérés, en compagnie de sa fille, stagiaire au journal. On croise d'autres membres de l'équipe de "reporters du crime", tous très bien interprétés, par Valérie Donzelli, Jean-Pierre Darroussin et l'étonnante Andréa Bescond, la directrice de la rédaction, que les journalistes, mi-affectifs, mi-craintifs, surnomment "maman".
Dès le début, la tension est présente. On est saisi et on le reste jusqu'à la conclusion. Entre temps, on suit plusieurs fils narratifs. Il y a la vie quotidienne des journalistes, en général peu épanouissante (en tout cas guère propice à la stabilité familiale). Il y a aussi le tableau d'une région rurale des Hauts de France, qui ne respire pas la franche gaieté. Il y a enfin l'enquête quasi policière menée par Samuel et ses "assistants", le tout sur un fond inquiétant, en particulier pour les femmes.
Une grande diversité de plans nous est proposée, en extérieur comme en intérieur. Le montage est efficace, la musique soulignant la tension. Comme le scénario s'éloigne un peu, dans la seconde partie, du fait divers qui l'a inspiré, on ne sait pas trop où tout cela va nous mener.
Dans des genres très différents, le cinéma français nous propose actuellement de belles aventures en salle obscure, avec, outre ce film-ci, 13 jours 13 nuits, L'Accident de piano et Le Grand Déplacement.
12:54 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
lundi, 30 juin 2025
Le Grand Déplacement
Trois ans après le savoureux Tout Simplement noir, Jean-Pascal Zadi est de retour sur le grand écran avec une nouvelle comédie politico-sociale, un brin fantastique... mais surtout fantasque.
La Côte-d'Ivoire, pays de naissance des parents du pilote Pierre Blé (et de Zadi, qui l'incarne), est une sorte de Wakanda francophone, un peu cheap, mais qui a mis au point, dans le plus grand secret, un programme spatial très ambitieux. C'est peut-être une allusion au Zaïre du dictateur Mobutu, dont l'activisme spatial a naguère fait l'objet d'une excellente bande dessinée.
Tout cela n'est qu'un prétexte, pour dénoncer, outre la domination occidentale, les clichés (sur l'Afrique, les Africains, les femmes...) et pour pointer, incidemment, la pauvreté d'une grande partie des habitants. Zadi réutilise une partie du discours "décolonial" et se plonge dans les "luttes intersectionnelles", avec recul. A travers son personnage, celui d'un beauf noir, il met en évidence l'africanité de pacotille de certains descendants de migrants, mais aussi l'homophobie et la misogynie, qui n'existent pas que chez les Blancs Leucodermes. A travers le personnage du psychologue (interprété par Fary, qui a la tête de Spike Lee jeune), il insinue que le racisme va parfois se nicher là où on ne l'attend pas.
Du coup, je pense que ce film va faire beaucoup de mécontents. Les racistes vont évidemment détester (sans même l'avoir vu ?), mais, comme Zadi égratigne un peu (beaucoup) le "camp du Bien", je ne suis pas certain que tous ses amis décoloniaux apprécient.
Cela donne une œuvre un peu foutraque, moins maîtrisée que Tout Simplement Noir, mais avec des effets spéciaux très corrects. J'ai ri à plusieurs reprises, mais je trouve que certaines scènes tombent à plat.
09:50 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
dimanche, 29 juin 2025
Peacock
Matthias est le co-dirigeant et le meilleur employé d'un service de location très spécial. En effet, l'entreprise haut-de-gamme MyCompanion propose de louer qui un(e) ami, qui un(e) collègue, qui un fils... pour une durée déterminée. Le jeune homme a atteint un tel niveau de perfectionnisme qu'il se fonde dans chaque rôle qu'il endosse... ce qui fait qu'à l'écran, parfois, on a du mal à savoir (au début) si c'est le "Matthias loué" ou le "Matthias de la vraie vie" qui évolue devant nos yeux. C'est aussi ce que finit par se demander sa petite amie. (Le comédien, Albrecht Schuch, est formidable.)
La première partie du film nous montre le fonctionnement de ce service singulier, sans doute inventé au Japon au tout début du siècle (et arrivé en France il y a quelques années). C'est souvent cocasse, quand on comprend ce qu'il y a d'artificiel dans certaines scènes. La vie de Matthias semble de prime abord parfaite : il est jeune, séduisant, cultivé, riche, vit dans une baraque de folie et a pour compagne une jeune femme séduisante, cultivée, riche. Apparemment, tous deux se comprennent à demi-mots. Ils n'ont toutefois pas d'enfant.
Évidemment, cela va déraper, à partir du moment où la compagne en a assez de vivre avec un acteur professionnel. L'une des missions joue aussi un rôle, celle au cours de laquelle Matthias doit apprendre à une épouse âgée, qui en a marre d'être dénigrée, à soutenir une dispute avec son mari. La "formation" dispensée par Matthias va avoir des conséquences insoupçonnées...
Malheureusement, à partir de là, le film devient très prévisible. En dépit d'un début prometteur, on comprend comment va tourner la nouvelle relation esquissée avec une Norvégienne croisée lors d'un concert de "musique d'avant-garde". (Pourtant, la séquence se déroulant le jour du concert était caustique à souhait.) On comprend aussi très vite comment la mission particulière (avec l'épouse rabaissée) va dégénérer... jusqu'au fameux anniversaire, qui ne peut pas bien se passer. Mais la colossale surprise mérite le détour et nous ramène à l'humour à froid du début.
Du coup, j'ai plutôt aimé.
20:40 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films
A Normal Family
Le titre est bien entendu une antiphrase, puisque, par bien des aspects, cette famille, composée d'une grand-mère, de ses deux fils, de leurs épouses et de leurs enfants, frise l'anormalité dès le départ, avant de s'y plonger complètement, les apparences demeurant toutefois (presque) complètement lisses.
Contrairement à ce que j'ai pu lire ou entendre ici et là, l'opposition des deux ménages (des deux frères) n'est pas une nouvelle version de Rich man, poor man. Si l'aîné, avocat pénaliste, est visiblement fortuné, le cadet, chef de service en chirurgie dans un hôpital, n'est pas un miséreux, loin de là. La véritable opposition se situe à un autre niveau : l'engagement, l'intégrité professionnelle. L'avocat, qui pourrait choisir de défendre de nobles et belles causes, accepte surtout des clients qui paient bien. De son côté, le chirurgien essaie de sauver tous ses malades, même ceux qui n'ont pas les moyens de payer.
Leurs enfants semblent encore plus dissemblables. La fille de l'avocat, très émancipée, est une bonne élève, qui ambitionne de poursuivre ses études à Cambridge. C'est aussi une fêtarde, réputée bien tenir l'alcool... et une menteuse de première. Le fils du médecin, lui, est timoré, victime de harcèlement à l'école... et les coûteux cours particuliers payés par ses parents ne suffisent pas à améliorer ses résultats scolaires.
Tout cela vole en éclat suite à deux faits divers : la mort d'un automobiliste colérique, renversé par un jeune chauffard en voiture de sport, et l'agression d'un SDF, une nuit, par deux adolescents.
Le début du film ne fait intervenir que le premier fait divers. Le chauffard est défendu par le frère avocat, tandis que la fille de la victime est soignée dans le service du frère chirurgien.
Là, vous vous rendez compte que je ne parle pas des épouses, qui pourtant jouent un rôle non négligeable dans l'intrigue. Je trouve les trois principaux personnages féminins très caricaturaux. L'épouse de l'avocat est en fait sa deuxième compagne. C'est l'archétype d'une "femme trophée" (version XXIe siècle) : elle est jeune, belle, cultivée, mais ses propos ne révèlent pas une grande intelligence. L'épouse du chirurgien est une (ancienne) travailleuse humanitaire, une figure très positive au début de l'histoire. Mais, à partir du milieu du film, son personnage évolue de manière grotesque (prélude à l'évolution, tout aussi grotesque, du personnage du mari). Quant à l'adolescente, je crois avoir rarement rencontré un jeune personnage aussi faux et détestable sur grand écran. L'actrice est plutôt bonne. Elle réussit à maintenir un peu d'incertitude au départ, mais quiconque a déjà fréquenté des ados comprend très vite ce que cache cette apparence BCBG.
Finalement, c'est peut-être le personnage du gamin le plus intéressant. C'est une victime qui se mue en potentiel prédateur (enfin quelque chose de sociologiquement fondé dans la caractérisation ultra-schématique des personnages). Je trouve que le jeune comédien joue très bien le garçon mutique, dont on ne sait trop ce qu'il pense, même quand il a l'air d'être sincère.
J'ai trouvé le film savoureux quand il met en scène les écarts (financiers, éthiques, culturels, sexuels...) entre les deux couples. En revanche, pour moi, il ne devrait pas y avoir de dilemme, alors que c'est tout de même le soubassement des lonnnnnnnngs atermoiements des deux couples. De surcroît, on sent venir le coup de théâtre final, après le second dîner.
Du coup, je suis sorti de là mitigé. C'est du bon boulot, bien filmé, bien joué, mais cela ressemble plus à la mise en scène d'une théorie plaquée sur des personnages qu'à la représentation d'une situation réelle.
18:29 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : société, cinéma, cinema, film, films


