lundi, 03 août 2026
The Ugly
Moins de deux mois après la sortie du décevant Colony, Sang Ho-Yeon est de retour sur nos écrans avec un film plus intimiste, mais qui traite un peu la même thématique, celle de la monstruosité (ou de la laideur) : est-elle plus externe qu'interne ? Ici, les zombies infectés sont remplacés par un artisan aveugle et son épouse, à laquelle les habitants du quartier donnaient un surnom infamant, en raison de son visage (supposé) disgracieux.
Tout commence, de nos jours, par le tournage d'un reportage. Les journalistes s'intéressent à un graveur de sceaux, réputé pour son travail de qualité... alors qu'il est aveugle de naissance ! De surcroît, il a élevé seul son fils unique (qui l'épaule à l'atelier), à partir de la disparition de son épouse, il y a quarante ans.
La découverte des ossements d'une jeune femme, dans le bois jouxtant la ville, réoriente le reportage. Les journalistes cherchent désormais à en savoir plus sur l'épouse. Leur enquête prend la forme d'une série d'entretiens : avec d'anciens collègues de travail, avec l'ancienne supérieure hiérarchique de la jeune femme, avec l'ancien patron de l'atelier de couture où elle travaillait. Ces entretiens sont des prétextes à retours en arrière, qui nous plongent dans la Corée du Sud des années 1970-1980, en pleine croissance économique. (Ce furent un peu ses "trente glorieuses".)
Très vite, il apparait que la jeune femme a été assassinée, à l'époque, et que son corps a été enseveli. Les suspects ne manquent pas, à commencer par les membres de la famille. Les obsèques sont l'occasion de rencontrer les deux sœurs de la défunte (et le fils de l'une d'entre elles). Celle-ci était brouillée avec sa famille d'origine... Cela ne pourrait-il pas constituer un mobile de meurtre ? On est aussi intrigué par l'attitude du veuf, qui ne semble pas si éploré que cela. Mais c'est peut-être dû à son tempérament, ou à l'usure du temps. Ceci dit, la séquence "familiale" mérite à elle seule le détour, tant elle sort du cadre des convenances.
D'autre suspects plausibles émergent au fur et à mesure des rencontres menées par la journaliste et le fils du graveur. Lui cherche à mieux connaître sa défunte mère, maintenant qu'il sait qu'elle ne l'a pas abandonné. De son côté, la jeune journaliste se prend de passion pour ce sujet et pour cette femme victime à la fois d'un acte de violence et des préjugés sociétaux : elle a été mise à l'écart et dénigrée à cause de sa laideur.
Ainsi, l'ancienne supérieure hiérarchique pourrait avoir eu envie de se venger d'elle, pour une raison que je ne révèlerai pas. Le patron de l'atelier avait aussi un bon mobile, puisque son employée s'était mise à dénoncer publiquement son comportement déplacé. Complètent la liste des suspects une bande de voyous locaux (souvent employés pour "faire le ménage") et le bras droit du patron indélicat, dont l'autorité (et l'emploi) était menacée par l'attitude de l'ouvrière.
Le mystère est longtemps maintenu, la solution émergeant lors de la visite d'un taudis, dont les murs sont tapissés de vieilles photographies, parmi lesquelles, qui sait, se trouve peut-être celle de la décédée. Durant tout le film, l'actrice qui l'incarne est, soit cadrée bas (sous la tête), soit filmée de dos, ou en gros plan, mais la majorité du visage dissimulée derrière ses longs cheveux noirs.
Même si la fin m'a un peu déçu, j'ai trouvé le film très prenant, avec un bel hommage rendu au travail manuel, aux "gens de peu", et une solide dénonciation des préjugés basés sur le physique.
Pour expliquer les quelques réserves que j'ai à l'égard de ce film, je suis obligé de dévoiler certains détails... Du coup,
ATTENTION
DIVULGÂCHAGES !
Ce n'est qu'à la toute fin de l'histoire que l'on découvre le visage de Jeong Yeong-he, sur une photographie dénichée par la journaliste... et là, stupeur, on découvre qu'elle avait un physique assez ordinaire, ni beau ni horrible. La jeune femme avait le teint un peu mat, des traits pas très fins, mais j'ai du mal à comprendre ce qui pouvait justifier qu'on la qualifie de "mocheté" voire de monstre. Bien des personnes qui, dans le film, se moquent d'elle, ne sont pas plus jolies.
15:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 02 août 2026
I want your sex
Jusqu'à il y a peu, cette phrase n'évoquait pour moi qu'une (médiocre) chanson de (feu) George Michael. On ne l'entend d'ailleurs pas dans le dernier long-métrage de Gregg Araki, une vieille connaissance des cinéphiles amateurs de films "indé" américains. Jadis, je me suis risqué à voir The Doom Generation, Nowhere, Mysterious Skin, Smiley Face. Je me suis arrêté à Kaboom, en 2010.
J'ai retenté ma chance en raison de la présence au générique de la délicieuse Olivia Wilde, ex-"Numéro Treize" (Thirteen) dans Dr House, et qui, il y a quatre ans, s'est révélée très habile derrière la caméra avec Don't worry darling. Ici, elle incarne Erika Tracy, une artiste performeuse provocante, manipulatrice et nymphomane, qui met ses expériences sexuelles au service de son art... à moins que ce ne soit l'inverse. Les incroyables tenues qu'Araki fait porter à l'actrice ne permettent pas d'ignorer qu'à plus de quarante balais, elle est mieux gaulée qu'une étudiante anorexique. (Paradoxalement, c'est quand, vers la fin, on la voit nettement plus habillée, "en civile", qu'elle est la plus séduisante.)
L'autre protagoniste de cette histoire de domination et de désir est Elliot Bell, un jeune homme ordinaire, pas particulièrement beau, pas franchement intelligent, ni cultivé, ni doué pour faire rire autrui. En revanche, il fantasme comme un malade sur Erika... et, surtout, il est prêt à se soumettre au moindre de ses caprices. Nous voilà embarqués dans un maelstrom de sexe, drogues, alcools et musique tapageuse. Le problème est qu'on se demande ce que la ravissante dominatrice peut bien trouver à ce type quelconque, à part le fait d'en faire son esclave. La réponse finira par surgir... mais les spectateurs un tant soit peu futés auront deviné depuis un petit moment déjà.
Olivia Wilde a visiblement pris beaucoup de plaisir à interpréter cette maîtresse-femme. Son principal partenaire fait le job... à moins qu'il n'ait pas eu besoin de faire d'effort pour être crédible en ancien puceau toujours coincé, une grosse feignasse sans guère d'ambition dans la vie. (Il est incarné par Cooper Hoffman, fils de Philip Seymour.) Un autre acteur m'a davantage marqué : Mason Gooding (fils de Cuba Gooding Jr... purée, aux States, ils font comme en France !). Il joue (avec conviction) Zap, un homo très actif sexuellement, très musclé, qu'on croirait sorti du tournage de Jim Queen !
C'est donc assez caricatural, sans l'humour salvateur (pas forcément subtil) qui marquait les anciens films d'Araki. Sur le fond, son propos n'a plus rien de révolutionnaire. Même si une forme de puritanisme ressurgit de nos jours dans certains pays occidentaux, les modes de vie des habitants des pays libres subissent bien moins de contraintes qu'autrefois... contrairement à ce qu'on peut observer dans d'autres contrées, soumises à la férule archaïque des religieux.
Il reste un portrait au vitriol du monde de l'art contemporain. Là, c'est savoureux et l'on retrouve la verve d'Araki. Mais l'histoire de cul est presque plus ennuyeuse qu'autre chose.
01:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
vendredi, 31 juillet 2026
Spider-Man : Brand New Day
Disney-Marvel a attendu plus de quatre ans avant de sortir la suite de l'épisode précédent (No Way Home). On se doute que la production a voulu "chiader" le travail sur cette franchise ultra-profitable.
Le début m'a pourtant déçu, trop dans la nostalgie d'un monde disparu... mais, très vite, on a droit à une première scène d'action. Celle -ci, tout comme les suivantes, est très bien conçue, avec du mouvement, des effets spéciaux (un peu trop d'ailleurs...) et une pincée d'humour. Même si j'ai parfois eu l'impression de me trouver dans un jeu vidéo, j'ai goûté ces séquences pleines d'adrénaline.
Un autre intérêt du film est la relation renouvelée entre Peter Parker et sa MJ d'amour, qui l'a oublié. C'est vraiment bien traité, de manière mature (moins adolescente en tout cas que dans l'épisode précédent). On sent la volonté de montrer que les personnages ont un peu mûri. L'alchimie entre Tom Holland et Zendaya est évidente... et s'explique encore mieux depuis que je sais qu'ils sont en couple. En tout cas, ils sont bien meilleurs que dans L'Odyssée de Nolan (Zendaya y étant particulièrement transparente). Du coup, je conseille aux producteurs de plancher sur un autre type de scénario susceptible de réunir les deux acteurs : ils sont visiblement plus performants ensemble qu'individuellement.
De plus, le scénario est vraiment élaboré, puisqu'après nous avoir servi le business as usual du Spider-Man redevenu un inconnu, on lui fait rencontrer un mystérieux adversaire, diaboliquement habile. Dans le même temps, Parker est confronté à l'évolution de son corps, un élément susceptible de connaître des développements ultérieurs. Enfin se pose la question du rôle du Damage Control, une entreprise travaillant pour le gouvernement états-unien et s'intéressant aux individus dotés de capacités hors du commun... Aux vieux fans de comics, cela rappellera un arc narratif des X-Men... auquel fait aussi allusion un personnage révélé tardivement, dont le nom sonne comme une résurrection...
Du côté de la nostalgie, il y a aussi cette formidable scène de baston entre Spidey et une bande de ninjas acrobates, qui a un petit goût de Matrix et de Tigre et dragon. Cerise sur le gâteau, on retrouve la délicieuse Florence Pugh, la nouvelle Veuve noire, qui dirige ses activités depuis... un bain public (privatisé). J'ai beaucoup aimé, tout comme l'aspect feuilletonnesque des péripéties. Au final, ce film-ci me convient davantage que le précédent, qui ciblait davantage le public adolescent. Les créateurs semblent avoir fait le pari que les fans avaient grandi et qu'ils étaient prêts pour une histoire (et une ambiance) un peu plus évoluée.
P.S.
Le générique de fin se conclut évidemment par une scène bonus.
23:01 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Charlie et les kangourous
L'un des (petits) filons du cinéma consiste en des œuvres associant des humains (adultes, mais surtout enfants) et des animaux (sauvages, la plupart du temps) : lions, jaguars, tigres, manchot, dinosaures, morpions pubiens... Il y a quelques mois, on a eu droit à un fennec et à des autruches, dans L'Enfant du désert, inspiré d'une histoire vraie.
C'est aussi le cas dans ce long-métrage, dont les héros sont investis dans la protection des kangourous, en particulier les jeunes, appelés Joey en Australie. En cas de décès de la mère, leur espérance de vie est inférieure à un mois... mais, en général, la majorité de la population ne s'en souciait guère jusqu'à il y a peu, parce que le kangourou n'est pas une espèce protégée et qu'il prolifère au pays de Crocodile Dundee.
L'introduction nous présente les deux protagonistes qui, à l'origine, ne se connaissent pas. Charlie est une jeune Aborigène, que l'on voit courir dans l'outback, du côté d'Alice Springs (dans le Territoire du Nord), au milieu des kangourous. Cette scène m'a saisi, par la beauté des paysages et celle des animaux, la plupart de ceux qui sont filmés étant authentiques, les outils numériques ayant été mis à contribution pour faire interagir l'adulte Roger (prononcer Rodjeur) avec les humains.
Chris, lui, est un présentateur météo de Sydney, sur la côte est. Au départ, on nous le dépeint comme un bobo narcissique, un poil méprisant, dont la carrière subit un contrecoup après sa tentative de sauvetage d'un dauphin... dans des circonstances que je laisse à chacun le plaisir de découvrir.
(Celles et ceux qui suivent l'actualité, souvent macabre, remarqueront que l'on voit Chris évoluer dans un lieu désormais célèbre de la région de Sydney : Bondi Beach, où, en décembre 2025, s'est déroulé un massacre antisémite. Le film a bien entendu été tourné avant. Il est sorti en Australie en septembre dernier, à peine trois mois avant la tuerie...)
Grillé dans la plupart des médias, Chris entreprend un périple vers l'intérieur du pays, en espérant rebondir. Mais son passage chez chez les "bouseux" ne va pas se dérouler comme prévu. D'abord condescendant, suscitant l'hostilité, il va petit à petit s'intégrer, notamment parce que, sous ses dehors prétentieux, c'est un homme qui a du cœur.
C'est ce qui va le rapprocher de Charlie, pré-adolescente caractérielle, qui a tendance à sécher l'école depuis que son père est décédé. Elle s'implique de plus en plus dans la préservation des jeunes kangourous, pensant par là perpétuer la mémoire paternelle. Dans le rôle, il faut signaler la bonne performance d'une novice, Lily Whiteley, qui crève l'écran.
Les autres personnages qui retiennent l'attention sont... les kangourous. Les plus jeunes sont absolument adorables... enfin, moi, je craque... pas vous ?
Il y a aussi beaucoup de drôlerie dans la manière dont Chris va à la fois se faire accepter des habitants du village et devenir peu à peu un expert en gestion des kangourous... à l'exception de Roger, un mâle dominant qui, à plusieurs reprises, lui fait bien sentir qui est le patron !
Pour construire une comédie "familiale", les scénaristes ont quelque peu modifié l'histoire d'origine : le vrai Chris n'était pas présentateur météo, mais guide touristique, et le personnage de Charlie a été inventé. Ces retouches ne nuisent en rien à l'intrigue, correctement ficelée.
J'ai notamment bien aimé les développements autour de la jeune fille. Elle doit faire le deuil de son père, sortir de sa coquille qui la fait fuir les garçons et les filles de son âge (qui pratiquent le Footie, le populaire football australien). De son côté, en mûrissant, Chris pourrait jouer le rôle de "tonton" ou de père de substitution, à condition qu'il fasse passer la perspective d'une vie authentique avant les paillettes de la renommée.
C'est une belle histoire, visible par tous, avec de belles images et de beaux sentiments. Sans être une œuvre d'exception, ce genre de film fait du bien par les temps qui courent.
15:36 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
jeudi, 30 juillet 2026
De la Comédie-Française
Tourné dans les locaux du Temple de l'Excellence Théâtrale Frannnnçaise, ce film voit des pensionnaires et des sociétaires dudit temple jouer... des acteurs du Français, ainsi que quelques "petites mains" (costumière, régisseur, placier...) fort utiles au fonctionnement de l'institution, même si elles en recueillent rarement les lauriers. Il y avait donc un risque de nombrilisme, fort heureusement contrebalancé par une ironie mordante et un réel sens de l'auto-dérision.
Bien que ne fréquentant pas le théâtre (sauf pour quelques représentations scolaires, que j'ai accepté d'accompagner... au risque de le regretter), j'ai retrouvé avec plaisir plusieurs visages vus principalement en salle obscure : Pauline Clément (enfin gratifiée d'un premier rôle... ce qui confirme qu'on n'est jamais si bien servi que par soi-même, la comédienne étant coscénariste du film), Laurent Stocker (en mâle blanc hétérosexuel dominant, parfois dépassé par les événements), Marina Hands (au personnage assez piquant), Guillaume Gallienne (dont la participation à la scène introductive est encore plus savoureuse que ce que la bande annonce laisse entrevoir)... et Benjamin Lavernhe, l'invité surprise de la seconde partie... Je n'en dirai pas plus, si ce n'est que la disposition de sa moustache factice m'a un peu perturbé.
L'intrigue n'est pas d'une extraordinaire inventivité, puisqu'elle décrit les heures précédant la Première de Macbeth. Tout devrait fonctionner comme sur des roulettes mais, bien entendu, cette demi-journée va voir s'accumuler les contretemps, très cocasses en général.
A ce comique de situation il faut ajouter d'excellents dialogues, souvent sarcastiques. Ah, j'aime cet humour vache, qui donne un sel particulier à certaines scènes ! Elles alternent avec des moments plus doux, dont la fonction semble être de faire passer des messages sociétaux ou de valoriser certaines catégories de population. C'est un peu maladroit (voire prévisible), mais cela passe, tant le montage est réussi. En resserrant leur histoire pour qu'elle tienne en 1h15, les auteurs parviennent à conserver le rythme trépidant qui convient à ce compte-à-rebours à la fois comique (pour les spectateurs) et angoissant (pour les personnages). Tout le monde en prend pour son grade, mais, à la fin, l'esprit de troupe prend le dessus.
L'ensemble constitue une réjouissante petite fraîcheur d'été.
14:39 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films
mercredi, 29 juillet 2026
La Fille dans les nuages
Le titre de cette animation franco-belge est à double sens. L'héroïne, Providence, une jeune fille de onze ans, a tendance à vivre "dans son monde" (de lectures), sans toujours faire attention à son environnement immédiat... et l'on finit par la voir, au propre, "dans les nuages", puisqu'elle acquiert la faculté de voler.
L'intrigue mêle donc le fantastique à une quête personnelle, d'inspiration écologiste, le tout sur fond d'histoire familiale triste : la gamine est orpheline et vit chez son oncle, lui-même handicapé moteur... mais redoutablement ingénieux. Grégoire Ludig prête sa voix à ce tonton Jason, sorte de Géo Trouvetou hyper-protecteur, dont les inventions contribuent à améliorer son quotidien... à condition qu'elles fonctionnent.
C'est donc souvent drôle... mais aussi agaçant. J'ai trouvé plutôt maladroite la caractérisation du personnage principal. Certes, on en a fait quelqu'un de spontané et généreux, mais d'une imprudence et d'une inconscience folles : hors de chez elle, elle ne fait guère attention à ce qu'il se passe sur le trottoir et sur la route, bouscule une vieille dame, renverse la marchandise d'un commerçant, "oublie" de payer, traverse sans regarder... Cela n'a l'air de rien, mais, les adultes qui accompagnent leurs (petits-)enfants à ce genre de séance ne s'attendent pas à ce qu'on leur serve un anti-manuel de savoir-vivre... Les idées généreuses de l'héroïne n'excusent pas tout. (On est loin du niveau de Zootopie, qui allie la virtuosité de l'animation à un propos civique autrement plus abouti.)
Fort heureusement, elle est accompagnée d'un personnage comique, le cochon d'Inde Airbag (doublé par Jamel Debbouze), adepte de la malbouffe (mais bio). C'est une source récurrente de gags, surtout à partir du moment où il est doué de parole.
Cette transformation (comme celle de Providence) vient de l'usage d'une plume magique, qui joue un rôle crucial dans l'histoire (que je laisse à chacun le plaisir de découvrir).
Une menace terrible pèse sur le monde. La solution semble se trouver quelque part en Afrique orientale, où nos héros parisiens décident de se rendre, en ordre dispersé. Cela prend la forme d'un film d'aventures, entremêlant création littéraire et réalité fantastique. L'animation est de qualité. C'est vraiment joli à regarder, même si c'est parfois (à cause de l'héroïne) un peu agaçant.
10:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 26 juillet 2026
La Bataille de Gaulle - J'écris ton nom
Sorti quelques semaines à peine après L'Âge de fer, ce second volet traite des années 1942-1944, sous l'angle double de la liberté et de la souveraineté.
La première est sous-entendue par le titre, qui fait allusion à un poème de Paul Eluard, écrit en 1942. Elle est illustrée par la lutte menée par les résistants, à l'intérieur contre l'occupation allemande, à l'extérieur contre les troupes de l'Axe. Toutefois, force est de constater que le film est meilleur dans la mise en scène des combats des Forces Françaises Libres que dans celle des actes de la Résistance intérieure.
La trame suivie ressemble à celle du premier volet. Le fil rouge est la difficile construction d'un pôle de résistance unifiée, Charles de Gaulle étant toujours confronté à la mauvaise volonté des Alliés, cette fois-ci particulièrement des États-Unis de Roosevelt, entrés en guerre à la fin de 1941. Les relations avec Churchill sont toujours aussi ambiguës, tendues... de Gaulle se montrant à la fois colérique et habile manœuvrier.
Le film nous fait percevoir l'importance du rôle des médias, à travers deux situations qui ont chacune donné lieu à une photographie. La première a été prise lors de la Conférence de Casablanca, en janvier 1943 :
A ce moment, les Américains pensent avoir fait le plus dur, en imposant le rapprochement entre l'ancien vichyste (le général Giraud) et le chef de la France Libre. Antonin Baudry montre bien à quel point les (anciens) partisans du maréchal Pétain se sont accrochés au pouvoir, aussi bien en métropole qu'outre-mer et que tout ce que de Gaulle et ses partisans avaient accompli depuis 1940 risquait de s'effondrer en 1943. De son côté, Thierry Lhermitte incarne très bien Giraud, qui fut sans doute, par la volonté des Américains, le rival le plus redoutable de Charles de Gaulle, alors qu'il n'avait ni l'intelligence ni les tripes pour s'imposer face à lui.
La seconde photographie fut un peu la manière dont de Gaulle a rendu la monnaie de sa pièce à Roosevelt. Elle a été prise à Washington, en juillet 1944 :
Ce fut au tour du général français d'instrumentaliser les médias pour, au lendemain du Débarquement de Normandie, asseoir l'idée qu'il était le chef légitime du gouvernement français de transition, forçant un peu la main des dirigeants états-uniens.
Sur le terrain, c'est tout aussi épique que dans le premier volet. A la bataille de Bir-Hakeim répond celle (encore plus méconnue) de Ksar Ghilane, au sein de la campagne de Tunisie. Au général Koenig succède le général Leclerc (Niels Schneider, excellent), auquel le film rend un hommage mérité.
Je suis moins satisfait de la manière dont la Résistance intérieure est représentée. L'accent est mis sur les difficultés à l'unifier, mais les actions réalisées au quotidien ne sont pas assez bien mises en valeur (à mon avis). Je ne suis pas très convaincu non plus par la manière d'incarner Jean Moulin. Peut-être aura-t-on une bonne surprise cet automne avec Gilles Lellouche.
Quoi qu'il en soit, ce deuxième volet est marqué, comme le premier, par un certain souffle. La mise en scène est efficace et souvent inspirée. Simon Abkarian emporte définitivement l'adhésion en Charles de Gaulle. Les spectateurs préfèreront peut-être ce volet, parce qu'il montre l'ascension, jusqu'à la Libération de Paris, à laquelle ont participé tant d'anonymes, français comme étrangers (notamment les Espagnols de La Nueve). De mon côté, j'ai plutôt un faible pour la première partie, qui met davantage en exergue les difficultés des débuts... et instille un humour incongru, salutaire, moins présent dans ce second volet. Le film n'en est pas moins hautement recommandable.
10:03 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire, france
samedi, 25 juillet 2026
Gorgona
Cette Gorgone des temps modernes (un peu dystopiques) pourrait être la mafia masculiniste qui contrôle une cité pétrolière : son chef s'est fait tatouer une tête de Méduse sur le torse... C'est peut-être aussi la fille de ce chef, dont le regard ne pétrifie pas, mais peut provoquer bien des dégâts...
Faire dialoguer des éléments mythologiques grecs avec notre époque est de saison. (A suivre, bientôt : L'Odyssée de Christopher Nolan.) Réemployer du matériau cinématographique à la sauce féministe est aussi une tendance lourde, plutôt dans les films de super-héros... mais la mythologie n'est-elle pas après tout qu'un (lointain) ancêtre des comics peuplés de costumes moulants ?
... Sauf qu'ici les mecs musclés ne sont pas à l'honneur. Ils sont l'incarnation du masculinisme triomphant. Travailleurs manuels, ils gèrent leur exploitation pétrolière, tandis que les femmes sont chargées de les nourrir et de les divertir... de différentes manières.
Cet ordre patriarcal "naturel" est menacé lorsque le chef, se sentant faiblir, décide de procéder à sa succession. Il a l'audace d'autoriser sa fille chérie (Maria) à y concourir, au scandale des gros bras tatoués qui travaillent sous ses ordres. A première vue, la jeune femme ne paie pas de mine, mais cela fait des années qu'en secret son papounet (quand il ne la tripote pas) l'entraîne à la sanglante compétition qui finira, tôt ou tard, par être organisée. De plus, la rugueuse demoiselle possède une botte secrète, qu'elle a sans doute héritée de sa (défunte) mère...
Là-dessus débarque le nouvel objet sexuel du chef, une ravissante chanteuse brune, échangée contre un baril de carburant. (Elle est donc précieuse...) Entre elle et plusieurs membres du gang (masculins comme féminins) commence un jeu de pouvoir et de séduction qui ne peut que mal se terminer...
Cela louche ostensiblement sur l'univers Mad Max (notamment Furiosa) et les films pulp Gindhouse (comme Planète terreur de Tarantino). A un moment (lesbianisme oblige), j'ai aussi pensé à Drive-away dolls. Mais Gorgona ne prend finalement pas tout à fait cette direction, d'abord parce qu'il est singulièrement dénué d'humour, ensuite parce qu'au bout d'une quarantaine de minutes, cela tourne un peu en rond. Si j'osais, je dirais qu'à l'image de certains personnages masculins qui se piquent aux hormones, ça bande mou. J'attendais donc avec impatience de voir la fin, qui promettait d'être animée... et j'ai été déçu. Il semblerait que la réalisatrice ait manqué de moyens pour concrétiser ses idées à l'écran. Je suis d'accord avec le fond, mais j'ai trouvé la forme très maladroite, trop kitsch. Dommage, parce qu'au départ, il y avait de l'idée.
vendredi, 24 juillet 2026
Cowboy Bebop
Cette première partie d'été est décidément riche en classiques de l'animation japonaise. Ainsi, après Ghost in the Shell et Le Tombeau des lucioles, c'est au tour de Cowboy Bebop de ressortir en version restaurée. Précisons qu'il s'agit de l'adaptation en long-métrage d'une série télévisée, qui n'a connu qu'une saison, devenue culte.
Les héros sont les membres d'une équipe de chasseurs de primes, qui représente une famille de substitution en formation... pour peu que chacun y mette du sien. Le plus âgé de la bande est un ancien flic, qui essaie de faire tenir la baraque. Il est associé à deux électrons libres, Faye Valentine et Spike Spiegel. La première est une jeune femme hyper-sexualisée (elle porte des tenues invraisemblables... qui ne permettent pas d'ignorer à quel point elle est bien gaulée), qui souffre de sa passion du jeu, où elle engloutit ses primes. Elle cohabite tant bien que mal avec le second, un expert en arts martiaux, futé, très sûr de lui... tant qu'on n'évoque pas son passé (il a fait partie d'un redoutable gang). Complètent le tableau une gamine douée en informatique (et contorsionniste à ses heures)... ainsi que Ein, un chien d'une intelligence stupéfiante. Je précise qu'il est de race corgi et qu'il est remarquablement animé.
L'intrigue mêle polar et film d'espionnage. Dans un futur proche, l'humanité s'est réfugiée notamment sur Mars, qui a été "terraformée". Les avancées technologiques ont permis de guérir nombre de maladies, mais les sociétés humaines n'en sont pas moins menacées par la criminalité et les complots. L'un d'entre eux a pour projet de répandre une mystérieuse infection, contre laquelle il n'existerait pas de remède.
Pour nos héros, dans un premier temps, il n'est pas question de sauver l'humanité. Faye veut toucher une nouvelle prime, mais sa cible lui échappe... et semble liée au complot. De leur côté, les mecs du groupe sont alléchés par l'énorme montant promis par le gouvernement de Mars à qui permettra de débusquer les terroristes. Spike est d'autant plus impliqué qu'il a affaire à forte partie. L'initiateur du complot est un ancien membre des forces spéciales, qui a survécu à d'étranges expériences. C'est un as du combat rapproché, qui donne beaucoup de fil à retordre à ses poursuivants... jusqu'au combat final, au cœur d'une reproduction de la Tour Eiffel.
C'est feuilletonnesque, emballant, parfois drôle, avec une musique rythmée, souvent jazzy. La mise en images alterne des passages quasi statiques et des séquences virevoltantes, de toute beauté. J'ai passé un très bon moment.
P.S.
La capitale martienne est un mélange de plusieurs mégapoles, notamment Hongkong et... New York, dont on voit une copie des tours jumelles. (Le film est sorti en salles en 2001, peu de temps avant les attentats du 11 septembre.)
00:56 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
lundi, 20 juillet 2026
Le Passage
Ce film militant débute par une citation de Shakespeare, puis un plan d'une mégapole états-unienne, au cours duquel on aperçoit une tour portant un nom célèbre... Le décor est planté de manière un peu manichéenne : il y a le camp du Bien et celui du Mal. Je craignais donc le pire.
La suite nous plonge dans ce qui est vraiment du cinéma, avec un découpage en cinq parties, chacune ayant pour titre la fonction d'un protagoniste :
La médecin
Le soldat
Le passeur
Le poète
Le capitaine
Les deux bornes sont constituées par l'histoire des deux personnages les plus attachants : une pédiatre faisant office de chirurgienne dans un hôpital d'Alep (en Syrie), en pleine guerre civile, et le commandant (grec) d'un bateau de garde-côtes, autour de l'île de Lesbos.
La première est Amira que, dès le début, nous voyons dans deux contextes, celui du début des années 2010 et celui, actuel, aux Etats-Unis. Elle s'en est donc sortie, mais au prix d'un périple éprouvant... et ce n'est qu'à la toute fin que l'on comprend vraiment tout ce à quoi elle a dû renoncer. C'est plutôt bien mis en scène. De surcroît, dans la partie syrienne, le réalisateur prend soin de montrer que, bien qu'issue sans doute de la communauté chiite (qui, à l'époque, est plutôt dans le camp de Bachar el-Assad), elle soigne tous les blessés, ce qui n'est pas sans créer quelques tensions...
... notamment avec le soldat, un fervent défenseur du régime, très hostile à ceux qu'il nomme "terroristes", mais qui va commencer à douter. Cette partie ne rebondit pas totalement sur la précédente. Le dispositif n'est pas exactement celui d'un "marabout-de-ficelle", l'histoire suivante ne commençant pas exactement là où la précédente s'est arrêtée. Mais l'on revoit une partie de la séquence sous un autre angle, avec des développements supplémentaires. Le procédé est bien maîtrisé et accroît l'intérêt du film en dépit de ses faiblesses.
Ces faiblesses sont patentes à partir de la troisième histoire, Omar Sy (plutôt à contre-emploi) y incarnant Marwan, un passeur mi-brute cynique, mi-papa poule, en Turquie. L'intérêt de cette partie est de mettre en scène divers passeurs et de ne pas chercher à édulcorer le caractère nuisible de ces individus. Concernant Marwan, la volonté d'adoucir le portrait est trop voyante. Il n'est pas vraisemblable qu'un père laisse quasiment chaque jour un jeune enfant malade seul à son domicile (dont il ne verrouille pas la porte), aucune autre présence adulte n'étant visible à l'horizon. On cherche évidemment à nous faire comprendre que lui aussi est un migrant (peut-être même un réfugié, la confusion entre les deux étant entretenue par le film).
C'est au cours de cette partie que l'on croise le protagoniste de l'histoire suivante, le poète... et là aussi cela se gâte. Les violons sont de sortie, sans modération. On semble avoir accumulé le plus de péripéties possibles pour tirer les larmes des spectateurs. Je suis d'accord avec l'idée que le parcours de certains peut être particulièrement dramatique mais, ici, l'accumulation et la mise en scène ont fini par m'agacer.
Cette quatrième histoire est l'occasion de retrouver (brièvement) la médecin syrienne, que l'on revoit dans la cinquième, où c'est le point de vue grec qui, dans un premier temps, nous est proposé. On a droit à un beau portrait de "capitaine courage", sans négliger de nous présenter des Grecs moins sensibles au sort des migrants.
C'est à la fin que l'on retrouve la médecin, mais aussi des personnages issus de toutes les histoires, ce que j'ai trouvé maladroit. J'ai bien aimé le procédé kaléidoscopique du film, avec des séquences qui, souvent, s'interrompent brutalement, sans livrer une histoire complète. (Mais n'importe quel spectateur doté de quelques neurones comprend comment cela se conclut.) On a visiblement voulu rassurer les spectateurs un peu plus lents à la comprenette et inséré une brochette de fins pas forcément utile.
Du coup, ce film me laisse partagé.
11:07 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
dimanche, 19 juillet 2026
Le Héros de Berlin
Décédé avant la sortie de ce film, le réalisateur Wolfgang Becker s'était fait connaître jadis avec Good Bye Lenin !, dont l'acteur principal, Daniel Brühl, vient faire un petit coucou ici. Il n'est pas la seule référence à cette précédente œuvre, dont l'ambiance de fin de RDA filtre à travers l'évocation du rôle de la STASI et l'annonce du trentième anniversaire de la chute du Mur de Berlin.
En découvrant peu à peu l'ascension d'un mythomane, les cinéphiles penseront aussi à Un Héros très discret (de Jacques Audiard) et au récent Marco, l'énigme d'une vie. Aux contextes de la Guerre civile espagnole et de la Seconde Guerre mondiale succède celui du régime communiste (finissant) est-allemand, avec l'histoire d'une fuite en RER, qui aurait été orchestrée par un employé des chemin de fer tombé dans l'oubli.
L'intrigue suit deux voies parallèles : celle de la relation problématique à la vérité du héros, devenu une quasi-loque humaine, tenant poussivement un vidéo-club au bord de la faillite... et celle des autorités officielles, avides d'encenser un "héros ordinaire" et de renouveler les discours concernant la chute du Mur.
Je n'ai été que moyennement convaincu. Charly Hübner (qui, jadis, a joué dans La Vie des autres, film autrement plus puissant que celui-ci) fait le job dans le rôle d'un pauvre type qui a été mêlé bien malgré lui à une étrange affaire, mais le scénario accumule trop les invraisemblances pour être crédible. La démystification intervient trop tard et la peinture du petit monde politique allemand m'est apparue vraiment caricaturale. (Qu'en ont pensé les Allemands ?)
A côté de cela, il y a bien l'émergence d'une improbable histoire d'amour, pas si mal menée que cela mais, globalement, je trouve le film très ambigu dans son propos, notamment quand il affirme (à plusieurs reprises) que l'histoire n'est qu'un assemblage de mensonges. Il met dans le même sac tous les régimes (totalitaires comme démocratiques) et ne fait pas l'effort de distinguer la politique mémorielle d'un État de l'écriture réelle de l'histoire, par des professionnels rigoureux.
Ce n'est pas déplaisant à suivre, mais c'est décevant. Il y a bien mieux à l'affiche actuellement.
08:55 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
vendredi, 17 juillet 2026
The Last Viking
S'il n'en reste qu'un (de Viking), alors ce sera (peut-être) Manfred... sauf que l'ancien gamin amateur de runes et porteur de casque à cornes se prend désormais pour... John Lennon. Une quinzaine d'années auparavant, il fut le dernier recours de son frère, un braqueur de banque qui lui a confié sa part de butin, avec pour mission de la cacher en attendant qu'il sorte de prison. Le duo de frangins va se retrouver embarqué dans d'abracadabrantesques aventures, pour notre plus grand plaisir.
Pourtant, le binôme est des plus classiques. A voir Anker le brutal et Manfred/John le barjot, on a l'impression de retrouver Gérard Depardieu/Lino Ventura/Gérard Lanvin, accompagné de Pierre Richard/Jacques Brel/Benoît Poelvoorde.
Cela fonctionne, parce que les acteurs sont excellents, au premier rang desquels un Mads Mikkelsen aussi fantastique que méconnaissable. La comédien impressionne dans ce rôle décalé, plus subtil qu'il n'en a l'air.
L'intrigue non plus n'est pas hyper-inventive, puisqu'un gros sac de pognon est au cœur de toutes les convoitises, celle des frangins, mais aussi celle de l'ancien partenaire du taulard... et celle de la tenancière d'un gîte rural. On finit par avoir l'impression que les frères Coen ont débarqué au Danemark ou en Suède.
Le polar se double d'un arrière-plan sociétal, principalement familial, les gamins (et leur sœur aînée) ayant été élevés par un père alcoolique et ultra-violent. On pense que cela explique leurs actuels troubles du comportement... mais on ne nous dit pas tout. Il faut vraiment attendre la fin pour bien comprendre la nature des traumatismes et les motivations profondes des uns et des autres.
D'ici là, on aura passé un savoureux moment en compagnie d'une bande de doux dingues, un prétendu psychiatre ayant la folle idée de reconstituer les Beatles... à partir d'une sélection de malades mentaux se prenant pour tel ou tel membre du groupe... l'un d'entre eux (aux personnalités multiples) alternant entre Paul McCartney, George Harrison, Björn (du groupe Abba) et... Heinrich Himmler. Tout cela se conclut en pleine forêt où, quand on creuse un trou, on ne sait pas forcément ce sur quoi on va tomber...
23:16 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films
mercredi, 15 juillet 2026
Kayara, princesse inca
Ce bref film d'animation (1h20) se situe dans la lignée de la précédente œuvre de son réalisateur Cesar Zelada : Ainbo, princesse d'Amazonie. Il conte l'histoire d'une émancipation féminine, celle de l'héroïne qui, de surcroît, va sauver son peuple.
Attention toutefois : celle-ci n'est pas plus princesse que "caillera", même si c'est une rebelle, fille unique d'un chasqui... dont la fonction (contrairement à ce qu'une homophonie facile pourrait laisser croire) n'est pas de s'occuper des chasse-neige et des après-ski.
C'est l'un des intérêts de cette modeste production plutôt destinée aux enfants : l'insertion d'éléments civilisationnels dans l'intrigue, liés aux Incas et à d'autres peuples amérindiens, au début du XVIe siècle.
Dans un premier temps, le propos se veut surtout féministe, avec une gamine débrouillarde qui veut braver une société patriarcale qui interdit aux femmes d'exercer la fonction de messager, quand bien même elles seraient douées à la course. Je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir comment Kayara va parvenir à ses fins... Dans la salle, même les petits garçons étaient captivés. (Il faut dire que le meilleur ami de l'héroïne est le fils de l'empereur inca, un jeune gars plutôt sympa... mais pas très enclin à bousculer les traditions.)
La suite voit se déployer un complot, dont je ne révèlerai rien. Sachez que, pour des adultes, c'est limpide. C'est donc compréhensible par de jeunes enfants. La situation va toutefois se compliquer avec l'arrivée de mystérieux étrangers, sur de grands bateaux à voile... eh, oui, les Espagnols sont (tardivement) de la partie !
Entre messages codés, quipus, poisons, passages secrets et divinités de la nature, on ne s'ennuie pas, même si l'intrigue est, pour des adultes, conduite de manière simpliste (voire naïve), les problèmes se résolvant assez rapidement. Au niveau de l'animation, c'est correct, sans plus. On passe un agréable moment (au frais)... et on apprend deux-trois trucs sur les cultures précolombiennes.
mardi, 14 juillet 2026
Jim Queen
A priori, les histoires d'homos (plus ou moins) bodybuildés, c'est pas trop mon truc... mais le bouche-à-oreille étant bon, la forme animée m'intéressant, je me suis offert une petite séance climatisée supplémentaire par temps caniculaire.
Cela démarre sur les chapeaux de roues, avec une scène clinquante, qui joue sur les clichés homosexuels (masculins, les lesbiennes étant quasi absentes de cette histoire). J'ai trouvé cela très bon, avec de l'autodérision... et c'était nécessaire, puisque l'un des deux héros, Jim Parfait, est (du moins au début) un connard égocentrique. On présume que les épreuves qu'il va rencontrer vont le rendre plus empathique... notamment grâce à Lucien, le fils de bonne famille qui, à 23 ans, n'est pas encore "sorti du placard".
L'habileté des scénaristes est de réemployer des éléments authentiques (l'épidémie de sida, les thérapies de conversion à l'américaine, l'homophobie réelle de certains politiques français...), pour en faire autre chose. Ainsi, la pandémie qui frappe peu à peu les homos est "l'hétérose", dont les symptômes sont particulièrement cocasses : les "malades" perdent leurs abdos plaque de chocolat et ils se mettent à aimer le football ! Les plus fanatiques de la "communauté", regroupés dans l'immeuble "Gaystapo" ont recours à des méthodes extrêmement brutales pour faire revenir les "infectés" dans le droit chemin (rectal)... eh, oui, chez les homos, y a des fachos !
Cela ne dure qu'1h25, mais c'est bourré de détails, souvent drôles (et crus...), comme ces flashs info de Bollo News (décalque évident de CNews), durant lesquels il faut particulièrement s'intéresser à ce qui s'inscrit au bas de l'écran... J'ai aussi aimé le recours au médecin miracle, le docteur Ragoult, qui, pour guérir les victimes de l'hétérose, propose un mystérieux remède, la chloroqueen...
Au niveau du dessin, ce n'est pas très élaboré. Cela rappelle beaucoup les productions télévisuelles japonaises des années 1990, mais c'est efficace. On passe un bon moment.
23:13 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
lundi, 13 juillet 2026
Vaiana (le film)
Dix ans après la version animée (mais moins de deux ans après le deuxième épisode), Disney relance la machine à cash en proposant une nouvelle mouture, avec des comédiens en graisse et en os (des Polynésiens en surpoids, plus ou moins musclés). J'ai l'impression que les scénaristes ne se sont pas foulés : ils ont copié la trame originale.
Le début prend donc la forme d'une carte postale d'une île de l'océan Pacifique, dont les habitants, entre deux danses collectives, ne se nourriraient que de poissons et de noix de coco. (Va comprendre d'où viennent tous ces bourrelets...) Ah, oui, au fait : ils chantent toujours. En version française, cela ne s'est pas amélioré par rapport au film d'animation.
La morale de l'histoire n'a donc pas changé : les parents doivent apprendre à lâcher du lest vis-à-vis de leur progéniture. Quant aux enfants, on leur dit que, si partir à l'aventure semble enthousiasmant, ce n'est pas sans risque, et qu'il ne faut pas se décourager à la première difficulté.
Les effets spéciaux sont de qualité et compensent la médiocrité de la caractérisation des personnages. Dès qu'il est question de l'océan ou du monde animal, c'est épatant : baleine, raie, crabe géant sont superbement rendus, dans de magnifiques décors. En revanche, le poulet est toujours aussi agaçant. Dommage qu'on ne voie pas plus le petit cochon, pas mal du tout dans sa version numérique.
L'intrigue devient intéressante quand Vaiana rencontre le demi-dieu Maui. Dwayne Johnson est parfait dans le rôle, auquel il apportait déjà sa voix dans la version originale animée. (De surcroît, il coproduit le film.) Du coup, dans la VF, c'est l'excellent David Krüger qu'on entend, alors qu'il y a dix ans, on avait confié le doublage du personnage à Anthony Kavanagh. Même si voir le musculeux acteur avec tout plein de cheveux est quelque peu perturbant, de prime abord, son sens de l'auto-dérision et ses tatouages animés emportent l'adhésion.
De son côté, dans le rôle-titre, la jeune Catherine Laga'aia n'est pas indigne, mais ne fait pas d'étincelles. (On remarque que, contrairement à la comédienne qui l'incarne enfant, qui est un peu boulotte, l'adolescente est elle bien svelte. On reste dans les canons hollywoodiens...)
Les séquences avec le crabe géant et le monstre volcanique sont vraiment emballantes (sur le plan visuel) mais, si l'on connaît déjà l'histoire, cela manque un peu de sel.
Les enfants s'y retrouveront plus que les (grands)parents.
19:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Kill Bill - The Whole Bloody Affair
C'est sans contestation possible la sortie en salles la plus intéressante de cette semaine. Ce (double) film culte de Quentin Tarantino nous revient dans la version director's cut, avec un petit bonus en toute fin.
Il s'agit donc d'une séance de 4h35, ce qui, par ces temps caniculaires, constitue un long et agréable séjour en zone climatisée (surtout si l'on ajoute les bandes-annonces, les publicités... et l'attente avant l'accès à la salle). En théorie, cette version intégrale est coupée par un entracte... que les exploitants choisissent de marquer ou pas. Là où je l'ai vu, une pause de quinze minutes a été pratiquée, la salle restant obscure, avec un écran fixe. Tout le monde est sorti se dégourdir les jambes et/ou faire un petit (ou un gros) pissou. Trois personnes ne sont pas revenues dans la salle (un couple et leur fils adolescent)... et elles ont bien eu tort, parce que la seconde partie est encore meilleure que la première... et que c'est à la fin de celle-ci que l'on a droit au bonus.
Mais revenons à la première partie qui, par certains aspects (notamment l'exagération "sauce-tomatesque") peut sembler avoir vieilli, mais où le savoir-faire de Tarantino est déjà à l’œuvre. Mes deux séquences préférées sont celle de l'hôpital (qui, aujourd'hui, fait curieusement écho à l'affaire Pelicot) et celle du massacre des "Crazy 88", une boucherie gargantuesque... et une orgie cinématographique. Tarantino est quand même bigrement bon dans la démesure, ainsi que dans les ruptures de ton. Dans ce domaine, outre le montage, les dialogues jouent un rôle fondamental, soit qu'ils retardent volontairement le surgissement de la scène violente que tout le monde attend, soit qu'ils en cassent le rythme, de manière incongrue... et furieusement drôle. Je pense notamment, évidemment, au retour de l'école de l'enfant d'une ex-tueuse...
J'ai quand même préféré la seconde partie, elle aussi construite de manière apparemment abracadabrantesque, les chapitres ne se suivant pas chronologiquement. Mes coups de cœur vont à l'inhumation de l'héroïne (scène qui, paraît-il, fut particulièrement difficile à tourner pour Uma Thurman) et à la baston entre Elle Driver (Daryl Hannah) et Beatrix Kiddo (Uma, étincelante de rage et de beauté). Plus de vingt ans après, cela reste un gros kif... et je ne peux pas ne pas parler de la séquence de formation de l'héroïne, l'un des nombreux hommages du film, ici au genre kung-fu. Gordon Liu y est formidable. (L'une des spectatrices a quitté la salle à ce moment-là.)
Tarantino a beau avoir créé sa propre histoire, il ne cesse de faire référence aux films qui l'ont influencé, du western-spaghetti au sabre japonais, en passant par le manga, les productions hongkongaises... et même françaises : Georges Lautner est cité dans le générique de fin et la musique de l'un de ses films est utilisée dans la partie II. (A toutes fins utiles, je rappelle que G. Lautner est le réalisateur, entre autres, des Tontons flingueurs, du Monocle noir, des Barbouzes, du Pacha, du Professionnel...)
Et donc, au bout du bout du bout du générique de fin, on nous propose... une séquence animée. (On en a déjà vu une dans la partie I, qui évoque la jeunesse de l'une des tueuses que Beatrix veut dézinguer.) Elle constituerait "le dossier (ou chapitre) retrouvé" et confronte l'héroïne à une redoutable adversaire, avide elle aussi de vengeance... Mouais, bof.
Pour le reste, je me suis régalé... et, quand je suis sorti du cinéma, il faisait bon.
00:12 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 11 juillet 2026
On l'appelait Robin des Bois
Quelque part sur la lande anglaise, au XIIIe siècle, un homme âgé, barbu, aux longs cheveux gris, se repose. Cet homme est une légende vivante... et un hors-la-loi parfois détesté : Robin des Bois.
Hugh Jackman a beau lui prêter son corps musculeux, on sent que le héros a perdu de sa superbe. Pour preuve : il a parfois du mal à bander... son arc. Mais il a encore de la réserve, comme vont le découvrir quelques sacripants, dans la première partie de l'histoire.
En attendant ces moments homicidaires, on nous propose la rencontre entre le vieux solitaire et une jeune femme. J'ai bien aimé cette introduction, économe en dialogues, tirant profit de paysages superbes... et nous laissant dans l'incertitude quant à la conclusion de la scène.
La suite voit Robin retrouver Petit-Jean (Bill Skarsgård, lui aussi très bien). Mais, les concernant, on est loin de la lutte contre l'odieux shérif de Nottingham et le perfide Jean-sans-terre. On a l'impression de voir deux délinquants qui se retrouvent des années après leur dernier forfait. Là est le cœur du sujet, l'écart (présumé) entre la légende de Robin des Bois et la réalité de son existence. Robin ne veut plus qu'on évoque devant lui ces chansons populaires, véritables contes pour enfants qui masqueraient les aspects sombres de son existence... et enjoliveraient ses faits d'armes.
Le retour à la réalité prend la forme d'une vendetta, où la vengeance succède à la vengeance, sans fin. C'est du brutal, sans fioriture, filmé souvent en lumières naturelles, au soleil levant, couchant ou à la lueur de chandelles, voire d'un incendie. J'ai beaucoup aimé cette partie, qui montre la lutte entre les instincts primaires et la civilisation.
La seconde partie voit Robin débarquer dans une île-refuge, tenue par une charmante nonne qui, à l'instar d'autres habitants, tient à garder secrète une partie de son passé. Celui de Robin (récent comme ancien) va d'ailleurs ressurgir, à plusieurs reprises. Le changement de ton est impressionnant. L'atmosphère est plus douce, en partie grâce à l'interprétation de Jodie Comer, vue notamment dans Free Guy et Le Dernier Duel.
Malheureusement, l'intrigue s'étire (inutilement) et la troisième partie nous emmène sur un chemin balisé (expiatoire) qui ne m'a guère convaincu. C'est dommage, parce que ce film est bien joué, parfois visuellement emballant, sous la patte de Michael Sarnoski, qui, en 2024, avait signé Sans un bruit : jour 1.
14:34 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
mardi, 07 juillet 2026
Supergirl
On avait entraperçu ce personnage dans le dernier Superman. Voici donc le long-métrage consacré à la cousine rebelle de l'Homme au Grand Slip rouge, ce super-héros bien comme il faut qu'elle surnomme « the nerd » dans la version originale.
Milly Alcock (sorte de Sydney Sweeney de secours) prête sa plastique avantageuse au personnage principal, celui d'une adulescente alcoolique et fêtarde, dont on découvre la chambre d'étudiante l'intérieur de la capsule spatiale au début de l'histoire. Cela sent visiblement l'alcool, la pisse de chien (Merci, Krypto !), la transpiration, la nourriture avariée et, aussi, sans doute, un peu, la foufoune pas propre. La caractérisation classieuse de l'héroïne culmine dans les scènes où on la voit vomir ou uriner. (Je rassure les âmes délicates : cela s'arrange par la suite.)
Qu'est-ce qui fait changer Kara (prénom officiel de la supermeuf) ? Le fait qu'on s'en prenne à son chien... et l'obstination d'une orpheline vengeresse, plus accrochée à elle que ses morpions pubiens. Du coup, l'intrigue de ce qui ressemble tout de même à un roman de formation ne conduit pas l'héroïne à trouver le prince charmant (ni la princesse charmante). Elle est plutôt amenée à corriger, en toute sororité, une bande de gros vilains, d'horribles masculinistes percés et tatoués, dirigés par un cinglé de première, fort bien incarné par un Matthias Schoenaerts halluciné.
Du coup, cela manque de mâle positif. Il y aurait bien la génération d'avant, mais le paternel dévoué à sa patrie a échoué... et il est mort. Superman fait trop boy-scout et tous les autres mecs sont soit des lâches, soit des salopards... à l'exception, peut-être, de Lobo, un chasseur de primes un peu lourdingue (il se prend pour un dieu vivant), mais sympatoche au fond, d'autant qu'il est interprété par Jason Momoa.
L'histoire est très prévisible, mais servie par une mise en scène dynamique, de bons effets spéciaux et un zeste d'humour. (Le réal Gillespie s'est fait connaître avec The Finest Hours, Moi, Tonya et Cruella.) Ce n'est pas un grand DC, juste un honnête divertissement, dans l'air du temps.
19:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films
lundi, 06 juillet 2026
Notre Histoire - Chroniques du Caire
Abu Bakr Shawky a puisé dans son histoire familiale pour écrire le scénario de cette fiction historique, à la fois dramatique, colorée et (parfois) humoristique, dont l'action se déroule de 1967 à la seconde moitié des années 1980, sous les présidences successives de Gamal Abdel Nasser, Anouar el-Sadate et Hosni Moubarak.
L'arrière-plan politique intervient doublement dans la saga familiale, puisque les fils sont susceptibles d'être mobilisés dans le cadre des conflits israélo-arabes (en 1967 pour la Guerre des Six-Jours et en 1973 pour celle de Kippour)... et qu'il convient d'être très prudent quand on émet une opinion politique dans un pays qui est une dictature militaire... très policée. A cet égard, la manière dont deux membres de la famille, à vingt ans d'intervalle, vont gaffer, ne manque pas de saveur...
Cette famille réside presque entièrement dans le même appartement, où se côtoient quotidiennement le père, la mère, trois oncles, trois fils, bientôt une belle-fille... et même le voisin du dessus, qui ne supporte pas d'entendre le héros s'exercer au piano... mais vient soutenir ses voisins quand l'équipe locale, dont ils sont fans, dispute un match, le plus souvent perdu...
J'ai été particulièrement sensible aux trois oncles, trois "tontons" aux tempéraments différents... et bien affirmés. L'un d'entre eux a le statut de porte-malheur, plusieurs péripéties permettant de vérifier cette incroyable réputation ! Mais le personnage qui réserve le plus de surprises est sans doute celui de la mère, qui connaît de beaux développements dans la seconde partie de l'intrigue.
La musique est omniprésente dans cette histoire, la populaire comme l'élitiste. On découvre la première dans l'appartement familial et chez les parents de la dulcinée autrichienne, tandis que la classique est la passion du héros Ahmed (sans doute le père du réalisateur). Jeune pianiste doué, il décroche une bourse pour un conservatoire autrichien, avec de grandes ambitions artistiques... et l'envie folle de rencontrer sa correspondante locale, dont il est tombé amoureux. Cette love story complètement improbable (mais a priori vraie) est le fil rouge de l'intrigue. Elle va survivre aux aléas politiques, aux drames familiaux et aux péripéties de la carrière d'Ahmed, qui connaît des hauts et des bas.
Le film s'interrompt peu après la naissance du petit-fils, dans une Égypte à la croisée des chemins, où l'on sent monter l'intégrisme religieux.
Je n'attendais pas grand chose de ce film et il m'a littéralement happé, grâce à son énergie et au talent des comédiens, pourtant peu connus.
00:21 Publié dans Cinéma, Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
dimanche, 05 juillet 2026
Le Tombeau des lucioles
Un mois après Ghost in the Shell, c'est au tour d'un autre grand classique de l'animation japonaise de ressortir dans nos salles, en version restaurée. De son auteur, Isao Takahata (cofondateur du studio Ghibli, avec Miyazaki), on connaît plutôt les œuvres ultérieures, comme Pompoko, Mes Voisins les Yamada et Le Conte de la princesse Kaguya. Il y a quelques années de cela, on avait aussi ressorti en France l'un de ses premiers longs-métrages, Goshu le violoncelliste.
L'intrigue s'étale sur quelques semaines, entre juin et septembre 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. On suit deux enfants, un frère et sa sœur, Seita et Setsuko, habitants de Kobé. Ils n'ont pas vu leur père (qui sert dans la marine impériale) depuis des années. Leur mère est malade... et la région subit des bombardements incendiaires de l'armée américaine.
Les deux enfants se retrouvent presque livrés à eux-mêmes, ballotés entre le domicile d'une tante pas hyper-accueillante, les centres de secours et une étrange grotte, qui a servi d'abri anti-aérien. Les gamins vont la transformer en une sorte de cabane de Robinsons, à côté d'un lac sur les rives duquel, la nuit, évoluent des milliers de lucioles.
Les scènes au cours desquelles on voit ces insectes sont d'une beauté époustouflante. L'animation a peu vieilli mais sa virtuosité est toujours perceptible, notamment dans les mouvements de la petite Setsuko, dessinés avec une impressionnante méticulosité. Ce personnage de gamine est d'ailleurs très bien caractérisé, oscillant entre les pleurs enfantins, à la moindre contrariété, et les éruptions de joie, à la vue des lucioles, d'un bol de riz ou de bonbons au goût fruité.
La présence des insectes s'inscrit dans la représentation de la nature, douce et belle, en contraste avec le monde des humains, dur et parfois odieux. Comme le manga Gen d'Hiroshima, ce film a l'originalité d'évoquer un Japon pas vraiment solidaire, bouleversé par l'effondrement du régime impérial et la domination états-unienne, où une grande partie de la population souffre d'une faim atroce. Dans ce contexte, les lucioles sont aussi un moyen d'évoquer les âmes qui partent... et les petites bombes incendiaires qui font des ravages dans les villes, principalement construites en bois et papier de riz.
La dernière demi-heure est la plus poignante... et conserve toute sa force, trente ans plus tard. J'ai une fois de plus été très ému, davantage même qu'en lisant la nouvelle dont est adapté le film et dont je recommande la lecture.
09:49 Publié dans Cinéma, Histoire, Japon, Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films
mardi, 30 juin 2026
Des Minions et des monstres
Quatre ans après le deuxième volet (mais seulement deux ans après Moi, moche et méchant 4, dans lequel on peut croiser à plusieurs reprises les petits bonshommes jaunes), le duo Meledandri-Coffin nous propose les nouvelles aventures des sbires les plus maladroits de l'histoire de la criminalité.
Ces nouvelles aventures ne sont pas une suite à proprement parler, plutôt une préquelle, puisque le scénario nous embarque dans les années 1890-1920, période des débuts du cinéma. En guise d'introduction, on nous montre les héros toujours à la recherche du Big Boss, le super-méchant auquel ils ont l'intention de se dévouer corps et âmes. On retrouve l'esprit facétieux du premier volet... avec un clin d’œil à l'actualité cinématographique estivale, puisque l'un de ces "grands méchants" n'est pas sans lien avec un certain Ulysse...
Dans cette première partie, les jeunes spectateurs s'amusent des bêtises faites par les Minions, tandis que les grands (entre deux éclats de rire) savourent les nombreuses allusions. Ainsi, les réalisateurs ont eu le culot d'insérer certains personnages jaunes (mais ici en noir et blanc) dans les premiers films tournés, comme L'Arroseur arrosé, La Sortie des usines Lumière, L'Arrivée d'un train à La Ciotat.
(Je profite de l'occasion pour conseiller à toutes et à tous de re-voir les documentaires consacrés par Thierry Frémaux à l’œuvre des frères Lumière.)
On les aperçoit aussi dans une reconstitution des courts-métrages décomposant les mouvements d'un homme, d'un cheval, d'un chien... On n'oublie pas de rendre hommage aux prestigieux anciens, de Georges Méliès (Le Voyage dans la Lune) à Chaplin (Les Temps modernes), en passant par Harold Lloyd (Monte là-dessus !). C'est fait avec tellement de talent et de drôlerie qu'on pardonnera une certaine confusion chronologique.
La transition entre la première partie et la seconde s'effectue par le biais d'une séquence totalement délirante (sans doute inspirée des historiettes de jadis, en noir et blanc), qui mène nos héros du Far-West aux studios de Hollywood, notamment ceux des Bright Brothers (allusion transparente à la Warner Bros).
La suite voit les Minions se diviser, entre ceux qui veulent à tout prix faire carrière à Hollywood et ceux qui privilégient la quête du Big Boss. C'est feuilletonnesque, nourri de rebondissements parfois abracadabrantesques, mais furieusement drôle... et plus facile à suivre que le deuxième volet. Vers la fin, le scénario se révèle particulièrement malin, avec une série de mises en abyme qu'on ne voit pas venir.
Je me suis ré-ga-lé.
23:18 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 27 juin 2026
Les Caprices de l'enfant-roi
Le film tire son titre de la pièce de théâtre romantico-comique que Jean-Baptiste Poquelin et Savinien de Cyrano de Bergerac (enfin, ceux de fiction, pas les vrais, bien sûr) finissent par co-écrire, au cours de la cavale du jeune Louis Dieudonné, pas encore Louis XIV, mais déjà un peu casse-couilles.
C'est revendiqué comme tel dès le début : il n'y a rien (ou plutôt : pas grand chose) d'historique dans ce long-métrage, qui multiplie les anachronismes pour servir un propos parfois très militant, amené avec de gros sabots.
J'ai beau apprécier les acteurs et avoir fait preuve d'indulgence, je ne pas convaincu par les personnages masculins. Franck Dubosc livre une version parodique de D'Artagnan, qui, lui-même, finit par pasticher des extraits de sketch du Dubosc humoriste. Le comédien fait plus que cabotiner... (Non mais, franchement, Franck, t'as tant besoin de thunes que ça ?)
Artus est moins catastrophique dans le rôle de Cyrano, un Cyrano en grande partie imaginaire, puisque, dans la réalité, c'était un libertin et un excellent bretteur. Or, dans ce film-ci, Artus est chargé d'interpréter un personnage plutôt triste, voire pathétique. (Seule sa bisexualité est sans doute conforme à la réalité.) J'ai de plus été déçu par les scènes de baston, que je trouve mal chorégraphiées, un comble pour un film de cape et d'épée.
Quant au gamin qui incarne un rôle double (le petit Louis et son sosie issu des bas-fonds), il n'est pas si mauvais que cela... mais j'ai été gêné par un détail le concernant : dans certaines scènes, j'ai eu l'impression qu'il portait un appareil dentaire... mais le réalisateur n'est visiblement pas à une "fantaisie" près.
Seul Nemo Schiffman m'a paru bien dans le tempo de son rôle (celui de Molière)... mais il est vite éclipsé par les femmes, en particulier Julia Piaton, que j'ai trouvée très juste en Madeleine Béjart. D'ailleurs, de manière générale, j'ai préféré les principaux personnages féminins. Ainsi, Doria Tillier est délicieuse en Anne d'Autriche, à la fois pète-sec et manipulatrice. Mais la palme de la garce revient sans conteste à Suzanne de Baecque, qui incarne la Grande Mademoiselle, la cousine germaine de Louis XIV, une princesse de sang royal qui a joué les perturbatrices... et a su garder une grande indépendance (dans la vraie vie). Ici, elle tient le rôle de la principale méchante... fort bien, ma foi. (Et quelles coiffures !)
Bref, c'est un film inégal, comportant des scènes complètement ratées et d'autres d'une indéniable drôlerie. C'est un petit moment à passer au frais, pendant la Fête du cinéma, sans plus.
16:15 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
mardi, 23 juin 2026
La Baleine et le musicien
Ce documentaire d'1h20 est centré sur la musique (électronique) du compositeur Rone et le lien établi entre certaines de ses créations et le chant des baleines.
La première séquence est destinée aux novices (dont je faisais partie) qui ne connaissent rien du musicien. On découvre le personnage et certaines de ses productions, notamment en concert. C'est un peu un Jean-Michel Jarre du XXIe siècle.
L'idée du documentaire est née d'observations effectuée par des marins, qui écoutaient des morceaux de Rone tout en naviguant. Certains d'entre eux se sont aperçus que les ondes diffusées par cette musique attiraient soit des dauphins, soit des baleines. Le compositeur a voulu en savoir plus, suivi par le réalisateur Valentin Paoli (et son équipe technique).
Rone s'est tout d'abord rendu en Bretagne, pour une première prise de contact avec l'océan. Ce ne fut pas suffisamment concluant. Il s'est aussi adressé à des spécialistes des cétacés... et à des musiciens et des chanteuses, celles de la Maîtrise de Radio France. Il a tenté d'établir une correspondance entre certains chants humains et ceux des baleines.
Direction ensuite la Réunion, pour une nouvelle tentative de contact. La première fois que l'on voit une baleine s'approcher du bateau d'exploration est assez impressionnante... mais il va falloir beaucoup de persévérance à la petite équipe pour établir un véritable lien. Le compositeur doit improviser.
La patience des spectateurs est finalement récompensée, avec un véritable moment de grâce, qui ne dure que quelques minutes... mais quelles minutes ! (On voit une baleine évoluer avec son baleineau.) C'est magnifiquement filmé, avec une belle qualité de son. Ces images sont complétées (notamment en amont de LA rencontre) par des extraits du documentaire Océans, de Jacques Perrin.
Même si l'on voit (beaucoup) plus les mammifères bipèdes que les cétacés, ce film n'en constitue pas moins une pause rafraîchissante, en ce tropical début d'été.
12:58 Publié dans Cinéma, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, musique
lundi, 22 juin 2026
Toy Story 5
Il y a sept ans déjà, Toy Story 4 (bien meilleur que le troisième volet) était censé conclure la série de films d'animation. Mais, la franchise étant particulièrement lucrative, il était prévisible que Disney-Pixar remette le couvert.
Aux manettes se trouve Andrew Stanton, réalisateur jadis de Wall-E et co-réalisateur du Monde de Nemo ainsi que de 1001 pattes, ce dernier avec John Lasseter... le créateur de Toy Story. On a donc voulu mettre cet opus entre de bonnes mains et, à l'écran, cela se voit. J'étais dans une salle haut-de-gamme et j'ai été épaté par la qualité de l'image et de l'animation, notamment des jouets, dont les différentes textures sont formidablement rendues. C'est du niveau d'un Ratatouille.
Le scénario évite deux écueils : la nostalgie excessive et la technophobie extrême. Cela n'empêche pas le film de comporter de belles scènes du passé ni de pointer la dépendance des jeunes (comme des moins jeunes) aux écrans numériques, à tel point que les humains sont transformés en zombies. L'intrigue a l'habileté de mélanger l'ancien et le moderne.
Au titre des anciens, on retrouve les héros des épisodes précédents. L'un d'entre eux symbolise particulièrement le temps qui passe : le cowboy Woody, sur lequel je laisse à chacun(e) le plaisir de découvrir quels sont les effets du vieillissement...
L'histoire commence toutefois avec un autre protagoniste, que l'on retrouve à plusieurs dizaines d'exemplaires, dans un contexte particulier, savoureux... lié à la mondialisation des échanges. Je n'en dirai pas plus.
Signalons que ce sont plutôt les personnages féminins les moteurs de l'histoire, avec Jessie la cowgirl et Bonnie la gamine qui a honte de ses jouets. La tablette elle-même est un personnage féminin. Une autre enfant, Blaze, va jouer un rôle important.
L'intrigue fait s'entremêler trois trames narratives, une se déroulant au domicile de Bonnie, une autre chez Blaze, la troisième suivant les pérégrinations des dizaines de Buzz l'éclair, qui jouent dans cette histoire un peu le rôle des Minions dans Moi, moche et méchant. J'ai adoré tout ce qui a trait à leurs aventures.
Les auteurs ont été assez habiles pour utiliser fréquemment un double niveau de langage. Les enfants seront sensibles aux émois des jouets et aux problèmes d'intégration de Bonnie, tandis que les adultes savoureront les sous-entendus et les références cinématographiques (notamment à Pirates des Caraïbes et L'Empire contre-attaque).
Je me suis régalé et je recommande vivement.
18:58 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 21 juin 2026
Scary Movie 6
J'avais beaucoup aimé les deux premiers films de la franchise, que j'ai suivie jusqu'au numéro 4, il y a... vingt ans ! (Comme le temps passe...) Les frères Wayans ont repris la main et comptent peut-être sur le retour de Scream pour relancer leur boutique. J'en rappelle le principe : il s'agit d'une parodie de films (principalement d'épouvante, mais pas que), avec une accumulation de gags sexuels.
Ce retour aux sources s'accompagne d'une distribution composée d'un mélange entre petits nouveaux et "historiques" : divers membres de la famille Wayans, Dave Sheridan (qui incarne le débile morveux), Lochlyn Munro (en flic doté d'un micro-pénis) et les indispensables Anna Faris et Regina Hall.
On ne s'étonnera donc pas de trouver des références aux anciens Scream ainsi qu'aux premiers Scary Movie. S'ajoutent des pastiches plus ou moins inspirés de Destination Finale - Bloodlines, Souviens-toi l'été dernier, Sinners, The Substance, Évanouis, Longlegs (dont le principal protagoniste est devenu Shorthand...). A signaler aussi le personnage de Mardi (Tuesday), une jeune fille aux cheveux noirs, décalque évident de la Mercredi (Wednesday) de La Famille Adams, qui a désormais droit à sa série. J'ai trouvé excellente la comédienne qui l'incarne (Savannah Lee Nassif).
Aux oreilles chastes je précise que, dans la version originale, on entend très souvent prononcer les mots « dick » (bite), « pussy » (chatte) et « ass » (cul)... ainsi que quantité d'autres (comme « bitch » et « nigger »), associés dans des phrases dont la légèreté n'est pas la qualité principale. Ces sailles verbales sont accompagnées de divers objets, notamment godemichés et plugs, toutefois moins présents que les couteaux (qui, entre les mains des tueurs en série, sont très souvent des substituts péniens).
C'est crétin, assumé comme tel... et parfois un peu plus profond. Les frangins Wayans ne respectent pas grand chose. Si, sans surprise, ils dénoncent le racisme anti-noirs et la surreprésentation (désormais révolue) des personnages blancs dans les superproductions hollywoodiennes, ils en profitent au passage pour égratigner toutes les formes de politiquement correct... et même la discrimination positive. S'ils n'avaient pas été tournés par des Noirs, certains passages auraient été sans doute perçus comme offensants par les brothers et les sisters...
Voilà pourquoi je recommande cette comédie régressive, mal élevée... qu'il convient de savourer jusqu'au bout, le générique de fin étant coupé par une énième parodie (celle de Nosferatu, devenu Brosferatu/Noirferatu) et le retour de Longlegs/ Shorthand.
17:07 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
Backrooms
Pour les gens de ma génération, jusqu'à très récemment, le mot backrooms n'évoquait que des arrière-salles où des adultes consentants se rencontrent pour avoir des relations sexuelles, à deux ou à plusieurs. C'est dire ma surprise quand j'ai découvert qu'allait sortir en salles un film portant ce titre. J'ai tenté ma chance en en sachant très peu, juste qu'il s'agissait de l'adaptation en long-métrage d'un phénomène né sur internet.
L'introduction ne perturbera pas les habitués de films d'épouvante. Il s'agit d'une mise en bouche, qui évoque la dangerosité du lieu, avec une part de mystère. La forme est celle d'un found footage, un peu dans le style du Projet Blair Witch. La présence à l'écran de disquettes et de cassettes audio semble indiquer que ce qu'on nous montre se situe dans le passé.
Une ellipse nous ramène ensuite à l'époque contemporaine. Un ancien lotissement pavillonnaire de banlieue a été détruit et transformé en zone commerciale. Le héros Clark (Chiwetel Ejiofor, excellent) dirige un magasin d'ameublement bon marché, qui possède un sous-sol où commencent à se produire d'étranges incidents. Pleinement investi dans son travail, Clark est prêt à passer la nuit sur place pour découvrir le fond de l'histoire et comprendre notamment pourquoi sa facture d'électricité s'est mise à fortement augmenter. Côté vie privée, il peine à surmonter la séparation d'avec sa compagne et tente de gérer le tout à l'aide d'une psychothérapeute, Mary, dont on comprend très vite qu'elle a un lien avec l'ancien lotissement...
La suite prend la forme d'un film fantastique, Clark explorant le monde parallèle des arrière-salles. L'étrangeté vient de l'absence d'humain (a priori) et de la présence de traces de ce qui ressemble à des vies passées. Est-on dans un monde parallèle ? Cette enfilade de salles et de couloirs n'est-elle pas plutôt un vestige de l'ancien quartier ?... ou d'une ville souterraine, construite jadis comme un bunker antiatomique ?... ou bien les personnages ne sont-ils pas prisonniers de la psyché d'un des protagonistes ? La troisième partie du film prend un tour plus psychanalytique, Mary partant à la recherche de Clark dans le labyrinthe...
J'ai beaucoup aimé cette ambiance d'étrangeté et le mystère scénaristique construit autour de ces pièces. Un seul moment m'a déplu : quand un personnage tente d'échapper à une menace, trébuche, se blesse à une jambe, ce qui le ralentit et le rend encore plus vulnérable à ladite menace. Il est dommage que le réalisateur ait eu recours à cette péripétie rebattue, son œuvre étant au contraire marquée par une assez grande originalité. Je recommande vivement.
10:42 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 20 juin 2026
L'Objet du délit
J'ai fini par aller voir le dernier film d'Agnès Jaoui, au départ peut-être surtout pour passer au total 2h30 en zone climatisée. Il ne sort pas à n'importe quel moment : en pleine affaire Bruel et à une époque où les idées portées par le mouvement MeToo sont (heureusement) en train de porter leurs fruits (du moins, en France)... non sans dérives.
C'est aussi l'occasion pour Agnès Jaoui de nous livrer un tableau savoureux d'un petit monde, celui de l'opéra. On a déjà vu un peu la même chose ailleurs, avec divers microcosmes, ceux du cinéma, de la littérature, du journalisme politique, de l'art contemporain...
On n'est donc guère surpris de découvrir, dès le début de l'histoire, les petits (et grands) travers des professionnels du spectacle lyrique, avec une audition qui semble truquée. Sur le fond, c'est savoureux, mais, sur la forme, j'ai tiqué, puisque les chanteuses qui sont auditionnées (pour divers rôles des Noces de Figaro, de Mozart) semblent toutes doublées par la même cantatrice. De surcroît, pour certaines, le play-back est plus qu'évident. Je ne sais pas ce qu'en pensent les authentiques amateurs d'opéra, mais, moi, ça m'a gêné durant presque tout le film. C'est d'autant plus regrettable que les pièces musicales (chantées ou non) qui nous sont proposées sont de toute beauté.
Cette première partie est aussi réjouissante par sa description du politiquement correct à l’œuvre dans ce milieu, les meilleures intentions pouvant parfois conduire à des situations contradictoires.
Quant à la préparation de la représentation, elle suit un cours accidenté. J'ai bien aimé quand cela commence à partir en sucette, à plusieurs reprises, jusqu'à la fin.
Du côté des interprètes (hors simulation lyrique), c'est très inégal. Chez les dames, Agnès Jaoui ne s'est pas donné le plus beau rôle et elle manie bien l'auto-dérision. Eye Haïdara est plus convaincante ici en jeune prodige revendicative qu'en agent de terrain dans Mata. En revanche, la voix de fausset adoptée par le personnage de Claire Chust m'a irrité, même si je reconnais qu'elle excelle à incarner une cruche. Une autre voix agaçante est celle de son assistante, dont le ton plaintif a fini par me porter sur le système. Complète ce trio décevant Tiphaine Daviot, pas très convaincante en soprano pistonnée.
Chez les messieurs, Daniel Auteuil et Maxime Pambet font le job. C'est Vincenzo Amato qui m'a le plus impressionné. Il est le baryton vedette, chargé d'incarner l'odieux comte Almaviva... et il n'a pas sa langue dans la poche ! Il est d'ailleurs intéressant de noter les parallèles que Jaoui et ses scénaristes ont tracés entre l'intrigue de l'opéra et celle du film, qui se font parfois bigrement écho.
Peu convaincu au départ, j'ai été finalement conquis, par les décors, la musique, les dialogues (parfois truculents)... et la présence régulière à l'écran d'énormes bites phallus, d'abord plutôt blancs et durs, ensuite plus grands, noirs et... flexibles. Je n'ai pas encore réussi à en tirer tout le sens philosophique profond, mais, en tout cas, Jaoui s'est bien amusée avec ces accessoires !
Je regrette peut-être sa conclusion un peu trop "vivre ensemble". Agnès est une empathique, un peu la grande sœur qui, voyant sa famille (celle du spectacle) se déchirer, tente de réconcilier tout le monde. J'aurais aimé un ton un peu plus cinglant, mais le film n'en dit pas moins quelques vérités, ce qui semble avoir déplu à la brigade de la bien-pensance qui officie dans les médias, qui a moyennement apprécié le film.
vendredi, 19 juin 2026
Le Vertige
Le nouveau Dupieux débarque avant l'été, sous une forme inédite : une animation numérique qui semble faite de bric et de broc (un peu comme les films de Quentin), mais porteuse de sens.
Alain Chabat et Jonathan Coen prêtent leur voix (et leur visage) à deux citadins de classe moyenne, Jacky et Michel Bruno, ni particulièrement futés, ni particulièrement crétins. Le premier semble célibataire (ou divorcé, sans enfant), tandis que le second, marié, est sur le point de découvrir la paternité.
Mais c'est le premier qui lance l'intrigue : il pense vivre dans une sorte de simulation (un monde miroir, si vous préférez) et tente d'ouvrir les yeux de Bruno, très sceptique au départ. La manière dont il va le convaincre (ainsi que les dialogues, bien écrits) constitue le premier intérêt de cette histoire.
C'est complété par l'accouchement abracadabrantesque de Fabienne (Anaïs Demoustier) et les premiers jours du bébé. Un autre homme complète le trio. Il a la voix caverneuse de Jean-Marie Winling... et réserve quelques surprises. Son devenir constitue d'ailleurs un point de basculement de l'histoire, prélude à une ellipse.
On retrouve une partie de notre petit monde des années plus tard. C'est savoureux, avec, en plus, une fin bien amenée, sous forme de pirouette. Même si, sur le plan visuel, l'animation n'est pas toujours convaincante, j'ai bien aimé être embarqué dans cet univers loufoque, qui est bien évidemment une métaphore de la vie et du microcosme du cinéma. Toutefois, deux interprétations sont possibles. Soit Dupieux considère que la vraie vie (la plus intéressante) est celle des personnes qui font du cinéma, celle des gens ordinaires n'en étant qu'une version affadie. Soit il tend un miroir critique au microcosme, qui se fait une montagne d'une taupinière, alors que la vraie vie se déroule loin des caméras et des écrans.
Ce n'est pas un grand film, mais une œuvre originale, divertissante et qui, en ces temps de chaleur pesante, a l'avantage d'inciter à fréquenter une salle climatisée.
14:56 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
mardi, 16 juin 2026
The Furious
C'est l'histoire d'une gamine issue d'une famille modeste, qui disparaît un jour, en pleine rue, enlevée par des pédophiles... Cela ne vous rappelle rien ? Eh oui, parfois, une sortie en salles peut percuter l'actualité la plus sensible...
L'action se déroule "quelque part en Asie du Sud-Est", nous dit-on. Comme les personnages parlent principalement anglais et chinois (mais ne se trouvent pas dans "le pays du milieu"), on pense à Singapour ou la Malaisie, le film ayant été tourné (en partie) en Thaïlande.
On nous fait suivre un duo de héros (les fameux furieux). Le premier est l'époux d'une journaliste d'investigation, qui disparaît alors qu'elle enquête sur une bande de truands. Le second est un simple plombier, muet, qui élève seul sa gamine, depuis le décès de son épouse. Les deux hommes ne se connaissent pas. Ils vont se rencontrer et (la police se montrant remarquablement inefficace...) unir leurs efforts... et ça tombe fichtrement bien : tous deux maîtrisent le kung fu. Hélas, ils ne sont pas les seuls, puisque c'est aussi le cas de la plupart des truands qu'ils vont devoir affronter.
On nous prépare donc un menu corsé, la première séquence de baston survenant au moment de l'enlèvement de la gamine. Quand vous la verrez, dites-vous bien que c'est la moins violente du film...
C'est donc à réserver à un public averti. Les combattants se servent remarquablement bien de leurs mains et de leurs pieds... ainsi que de divers outils : couteaux, sabres, marteaux, masse... et même des vélos dernier cri d'un parking urbain. Quant au plombier muet, je vous garantis que, lorsqu'il s'arme d'un marteau, il fait de sacrés dégâts !
Les effets spéciaux, sanglants, sont réussis et les affrontements sont chorégraphiés comme des ballets... ce qui n'est pas étonnant, puisque le réalisateur, Kenji Tanigaki, fut le coordonnateur des combats de John Wick IV et chef des cascades sur City of Darkness.
Je dois reconnaître que j'ai éprouvé un certain plaisir à voir ces bandes de racailles se faire démonter la tronche par les héros. Ceux-ci vont toutefois rencontrer une opposition de poids, en la personne d'un gros lard insubmersible (et à moitié givré) et du chef de la bande de pédophiles, un psychopathe de la pire espèce.
Du coup, même quand on croit que c'est terminé, la baston reprend, à tel point que cela devient comique. Jusqu'au bout, on se demande si les gentils vont venir à bout des méchants. Le suspens est insoutenable...
16:55 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 14 juin 2026
Disclosure Day
Quatre ans après le décevant The Fabelmans, Steven Spielberg est de retour avec une œuvre grand public, un film de science-fiction qui surfe sur la vague complotiste. Pour cela, il a bénéficié d'un gros budget (plus de cent millions de dollars), d'un scénariste réputé, d'un compositeur de renom et d'une belle distribution.
Chers lecteurs, figurez-vous que, depuis plusieurs dizaines d'années (mais pas des siècles ceci dit, ni des millénaires), la Terre est régulièrement visitée par des extra-terrestres, mais que le méchant gouvernement états-unien, qui est au courant, en tire profit de manière éhontée et cache la vérité à ses concitoyens... ainsi qu'aux habitants du reste du monde. (Curieusement, aucun autre gouvernement ne semble au courant, les aliens ayant visiblement pris l'habitude d'atterrir aux States. C'est sans doute lié à la qualité de leurs aéroports... ou de leurs champs de maïs.)
Un étrange concours de circonstances va faire collaborer deux individus qui, au départ, ignorent tout l'un(e) de l'autre. Une vilaine firme multinationale (sous contrat avec le méchant gouvernement états-unien) tente de contrecarrer leur alliance et d'étouffer l'affaire, empêchant la tenue de ce "Jour de Révélation".
De la distribution, je retiens seulement Colman Domingo (dans un rôle très différent de celui qu'il tient dans Michael) et Emily Blunt, qui nous fait un sacré numéro, un peu sur tous les tons. A elle seule, elle sauve presque le film, à l'image de ce que peut faire Isabelle Huppert chez nous, au pays des culturés.
Pour le reste, c'est assez affligeant. Je n'ai pas cru une seconde en Colin Firth PDG machiavélique. Les autres sont souvent caricaturaux, pas très bien dirigés à mon avis. Le pire est le type qui incarne le petit copain de la journaliste, un musicos con comme une bite, qui n'arrive même pas à écraser un smartphone avec une voiture. Cette péripétie croquignolesque survient dans une séquence très mal mise en scène, un duo s'échappant par miracle d'un hôpital et restant cinq à dix minutes à causer sur le parking, sans que personne ne soit lancé à sa poursuite...
On en voit aussi de belles quand le co-héros Daniel Kellner retourne dans une ferme isolée. Voyant les lieux encerclés par les véhicules des méchants, il s'en approche en se cachant à peine, sans être vu (dans un premier temps). La manière dont l'évasion (en voiture) est filmée est un sommet du ridicule.
Je crois que vous avez compris que Steven a vieilli... et que personne n'ose dire au génie que, parfois, sa scène est mal fagotée ou qu'il faudrait la rejouer. Je pense notamment à ce moment qui voit deux fuyards mal dissimulés derrière un rocher, juste à côté d'une bande de méchants qui ne les remarquent même pas. Le duo s'éloigne sans discrétion... toujours sans être repéré ! Comment Spielberg a-t-il pu tourner ça ? !
Peut-être a-t-il trop fait confiance à son scénariste, David Koepp, qui fut jadis très inspiré, mais qui a récemment salopé le dernier Jurassic World.
Pour être honnête, il y quand même un moment où l'on retrouve la "patte" du Maître, quand l'action se déporte dans la chambre d'une petite fille, puis dans une maison de conte de fée. Là, il se passe quelque chose, tout comme dans la scène de hangar, avec une belle utilisation du montage et du champ/contrechamp.
A part ça, c'est plutôt creux, avec une morale à deux balles du genre :
La guerre, c'est mal.
La gentillesse, c'est bien.
Spielberg n'a pas su se renouveler, utilisant de surcroît les médias à la manière d'un film des années 1990-2000. Il aurait été plus pertinent d'insérer les réseaux sociaux dans son intrigue... mais cela l'aurait peut-être conduit à évoquer le thème des rumeurs et fausses nouvelles, alors qu'il fait de l'une d'entre elles le cœur (hautement improbable) de son histoire.
23:44 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films







