mardi, 24 février 2026
Aucun autre choix
L'introduction de ce long-métrage nous présente le bonheur factice d'une famille de la bourgeoisie sud-coréenne. Le père, cadre supérieur dans l'industrie du papier, gagne très bien sa vie et entrevoit même une possibilité de promotion. Son épouse a interrompu son activité professionnelle pour s'occuper des enfants (et de son corps). Le fils aîné semble commencer sa crise d'adolescence, mais doucement, tandis que la cadette se révèle surdouée en musique, une carrière internationale s'offrant peut-être à elle (grâce à des cours onéreux).
A cette entame ironique succède hélas une fausse comédie macabre, selon moi complètement ratée pendant au moins une heure. On nous montre les conséquences successives du licenciement du père : la perte de l'estime de soi, la fragilisation du couple, les dérapages du fils et l'enfermement progressif de la fille. En sous-texte, le scénario dénonce la mondialisation : plusieurs entreprises sud-coréennes du secteur du papier passent sous domination d'un groupe étranger, états-unien ou chinois. A chaque fois, cela débouche sur des licenciements et la dégradation des conditions de travail, le stade ultime étant atteint à la fin de l'histoire...
Entre temps, on nous montre des cadres en concurrence les uns avec les autres, le père de famille songeant à éliminer ses rivaux, au propre comme au figuré. J'ai trouvé intéressante la mise en scène de la découverte, par le héros, des points communs qu'il a avec ses potentielles victimes : des types pas plus méchants que lui, passionnés par le secteur du papier et soumis aux mêmes pressions.
C'est cet aspect quasi sociologique qui m'a retenu de quitter la salle, alors qu'à l'écran, le grotesque succédait aux maladresses. C'est vraiment mal joué et/ou mal dirigé. On n'y croit pas une seconde.
Grosse déception pour moi, qui ai tant aimé certains des films précédents de Park Chan-Wook : Old Boy, Mademoiselle et Decision to leave.
20:35 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, flm, films
lundi, 23 février 2026
Cold Storage
StudioCanal a sorti Vanessa Redgrave et Liam Neeson de l'EHPAD pour produire cette comédie horrifique, dans laquelle une mystérieuse substance venue de l'espace (un champignon vert particulièrement agressif... et résilient) menace d'éradiquer l'espèce humaine.
La séquence inaugurale se déroule dans le passé, dans le Bush australien. On nous offre un avant-goût du carnage qui va suivre.
Quand on retrouve ce bon vieux Liam (officier à la retraite d'une agence gouvernementale), une quinzaine d'années plus tard, il a des problèmes de dos et ne semble plus capable d'escalader une modeste clôture privée... mais il est prêt à reprendre du service, pour sauver le monde.
A ce moment-là, les scénaristes se sont dits qu'il fallait viser au-delà du public (semi-)grabataire (voire décédé) qui avait suivi la carrière cinématographique de Liam Neeson. On lui flanque donc une bande de djeunses dans les pattes. Ce sont d'abord les employés d'un centre de stockage, situé aux Etats-Unis... et implanté pile à l'endroit où, jadis, une agence gouvernementale ultra-secrète (mais peu précautionneuse) a entreposé des trucs louches, avant de dégager et de vendre le tout.
Je pense que les deux jeunes employés (chargés sans doute de fédérer le public présent dans la salle, beaucoup moins âgé que moi) sont incarnés par des acteurs connus à la télévision ou sur une plate-forme. Quoi qu'il en soit, ils forment un joli duo de trous du cul, qui va évidemment faire ce que personne de normalement constitué ne ferait dans la même situation : percer une paroi de placoplâtre sur leur lieu de travail, descendre au deuxième sous-sol pour rechercher l'origine d'un signal sonore sans prévenir qui que ce soit, ouvrir une entrée secrète (à moitié rouillée) pour aller encore plus bas, s'y rendre... et même entrer (sans protections) dans une salle que tout indique comme extrêmement dangereuse...
Du coup, on a envie qu'il arrive quelques bricoles à ces djeunses... ainsi qu'à leurs "visiteurs" inattendus : un gros blaireau (l'ex de la jeune meuf) et une bande de loubards (en quête d'un coup facile). Si l'on ajoute que l'armée états-unienne finit par débarquer sur les lieux, je crois qu'on peut affirmer qu'il s'agit du centre de stockage le plus fréquenté de la planète. (Ah, j'oubliais : Vanessa incarne une veuve inconsolable, qui pique un roupillon dans l'un des casiers de stockage... un flingue à portée de main.)
La manière dont la majorité des "visiteurs" décède est assez réjouissante à voir, entre vomissures abondantes, éclatements divers et pourrissement accéléré. Je signale aux âmes sensibles qu'aucun animal n'a été maltraité durant le tournage, le générique de fin précisant qu'aucun animal n'a été utilisé... tout court. On se rassure donc pour le charmant matou, les cerfs élégants et les séduisants rats : ce sont des créatures numériques.
Je crois que c'est mon premier "plaisir coupable" de l'année 2026.
16:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 22 février 2026
Maigret et le mort amoureux
Sous ce titre, Pascal Bonitzer adapte l'un des romans de Georges Simenon : Maigret et les vieillards (dont je recommande la lecture).
Dans celui-ci, le commissaire s'inquiète de ne quasiment croiser, dans cette affaire, que des personnes très âgées (mortes comme vivantes) : le défunt, sa gouvernante, sa "femme de cœur", le mari de celle-ci, le notaire... et même le neveu, qui fait plus vieux que son âge.
On retrouve un peu de cette ironie dans le film de Bonitzer, principalement dans les dialogues, que j'ai trouvé bien écrits, et qui nous valent quelques échanges savoureux. Ils sont bien servis par une galerie d'interprètes talentueux : Denis Podalydès (qui réussit son incursion dans l'univers de Simenon), Anne Alvaro, Dominique Reymond (déjà remarquable dans La Cache, l'an dernier), Micha Lescot, Manuel Guillot, Julia Faure (présente dans une seule séquence, marquante)...
Le roman ayant déjà fait l'objet de plusieurs adaptations (dont une avec Jean Richard et une avec Bruno Crémer), Bonitzer fait le choix (pertinent, à mon avis) de décaler l'intrigue à une époque où existent déjà internet et de petits téléphones portables. Le début des années 2000 remplace donc celui des années 1960, sans smartphone, mais dans un Paris contemporain.
Tout cela est fort agréable, mais, au niveau de la mise en scène, c'est assez banal. On nous propose une succession d'entretiens, sous la forme de vignettes plus ou moins humoristiques, montrant la progression (laborieuse) de l'enquête. Nous avons donc droit à :
Maigret au Quai d'Orsay
Maigret dans son bureau
Maigret chez la victime
Maigret à son domicile
Maigret chez le procureur
Maigret au restaurant
Maigret chez le neveu
Maigret chez le notaire
Maigret chez l'amoureuse
Maigret et la gomme magique
Maigret en salle d'interrogatoire
C'est ce côté répétitif, peu inventif, qui peut lasser, même si le film ne dure qu'1h20. Cerise sur le gâteau, pour celles et ceux qui connaissent le roman : la fin a été changée.
08:44 Publié dans Cinéma, Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, livre, livres, roman, littérature
samedi, 21 février 2026
Marty Supreme
Le titre de ce faux biopic (concentré sur une année de la vie présumée du pongiste Marty Reisman) fait allusion à la marque de balles de ping pong que le héros tente de lancer, grâce à l'argent apporté par une connaissance, un gosse de riches tombé dans ses filets.
Ainsi, Timothée Chalamet sort de sa zone de confort pour interpréter un type pas très sympathique (égocentrique, menteur, arrogant, voleur et magouilleur... entre autres), mais qui vit une histoire somme toute très américaine : d'origine modeste, il va vaincre l'adversité pour réaliser son rêve : devenir champion de tennis de table... et gagner sa vie avec.
Il y a donc des passages assez convenus dans l'intrigue, qui n'est pas sans rappeler celle de deux des Rocky : le premier pour l'ascension d'un outsider sous-estimé, le quatrième pour la lutte du pot de terre contre le pot de fer, l'antagoniste soviétique étant cette fois-ci remplacé par un adversaire japonais.
Ceci dit, les rares échanges sportifs qui sont présentés à l'écran sont très correctement mis en scène. On sait que Chalamet s'est longuement entraîné pour être crédible dans le rôle. Son principal concurrent est un authentique pongiste. S'ajoutent à cela d'abondants effets spéciaux (voir le générique de fin). Je note toutefois que, lors de l'ultime combat, particulièrement âpre, si le front de Marty se garnit de perles de sueur, sa chemise demeure impeccable... (Cette remarque est faite par celui qui fut, dans un lointain passé, un médiocre pongiste amateur.)
C'est malgré tout un bon spectacle, d'autant que Josh Safdie ne se montre pas maladroit dans le cœur du film : la mise en scène des heurs et malheurs du héros (et de celles et ceux qu'il embarque), entre réussites improbables et fiascos monumentaux. Parmi les moments mémorables, je note une scène de baignoire (dans un hôtel miteux), les aventures avec un chien nommé Moïse (Moses dans la version originale) et une monumentale fessée, administrée dans des circonstances que je me garderai de divulguer.
Sur le fond, le scénario essaie de contenter tout le monde. Les États-Unis des années 1950 sont décrits comme un pays d'inégalités gigantesques, où les riches exploitent les pauvres. (Ça, c'est pour la gauche.) D'un autre côté, c'est aussi le pays des opportunités, où un p'tit gars talentueux et opiniâtre peut espérer (s'il ne respecte pas trop les règles) faire son trou. Comme, en plus, le Marty est un patriote, il y a de quoi contenter la droite. (J'ai aussi relevé le fait qu'on nous conte l'histoire d'un juif pauvre exploité par de riches protestants, une audace louable en ces temps d'antisémitisme rampant.)
En revanche, du côté des personnages féminins, c'est assez stéréotypé. La mère du héros, sa maîtresse comme sa compagne (interprétée par Odessa A'zion, vue récemment dans Until Dawn) n'agissent qu'en relation avec Marty. Tout tourne autour de lui. Le film ne passe donc sans doute pas le test de Bechdel-Wallace... mais, comme le personnage principal est interprété par Timothée Chalamet (et pas par Gerard Butler, Liam Neeson ou Bruce Willis), c'est cool et l'on s'extasie sans peine. Il me semble que les scénaristes (et peut-être l'un des coproducteurs, un certain... T. Chalamet) ont ressenti de la gêne, puisque la conclusion du film replace le héros dans le "droit chemin".
21:32 Publié dans Cinéma, Histoire, Japon | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 14 février 2026
Le Gâteau du président
Dans l'Irak dirigé d'une main de fer par le dictateur Saddam Hussein, la coutume veut qu'on offre des présents le jour de son anniversaire (le 28 avril). Dans chaque école primaire, plusieurs élèves sont mis à contribution. Cette fois-ci, le sort désigne la petite Lamia pour préparer le "gâteau du président", qui sera dégusté en son nom par... l'instituteur. Au cas où cette gastronomique tradition ne serait pas dignement respectée, l'enseignant menace de dénoncer les parents des enfants au gouvernement. (On savait tenir les gamins à l'école, en ce temps-là !)
Pour Lamia, la confection de cette simple pâtisserie relève du parcours du combattant. Orpheline, sans doute de confession chiite, elle a été recueillie par sa grand-mère, qui vit dans une sorte de cabane en roseaux, le long d'un cours d'eau qui pourrait être le Chatt al-Arab. Cela donne de forts jolis plans aquatiques, les ruraux de la région se déplaçant de préférence sur de petites embarcations.
La suite est un périple urbain, celui de la gamine, pour se procurer, de manière plus ou moins légale, les ingrédients nécessaires à la confection dudit gâteau. (On pense immédiatement à Une Enfance allemande, sorti il y a un peu moins de deux mois.) Dans sa recherche, elle est aidée par Saeed, son unique ami, un as de la débrouille qu'il met en général au service de son père handicapé. Complète ce duo un... coq, étrangement docile, qui joue le rôle d'animal de compagnie de l'héroïne.
Bien entendu, ces pérégrinations (parfois peu réalistes) ont pour but de nous faire découvrir différents aspects de l'Irak urbain à la fin du règne de Saddam Hussein. Entre sanctions occidentales, bombardements et persécutions du régime, la population de base peine à joindre les deux bouts. Le plus souvent, c'est un peu chacun pour soi. Dans ce cadre, les efforts déployés par les gamins apparaissent presque pathétiques. J'ai trouvé qu'il y avait un peu trop de misérabilisme dans la manière de les filmer... mais la présence à l'écran de Baneen Ahmad Nayyef emporte l'adhésion. Cette jeune actrice est formidable de justesse et d'émotion. A plusieurs reprises, on a furieusement envie de se lever pour lui donner un coup de main, ou la prendre dans ses bras, pour la consoler.
Une autre qualité du film est l'introduction de pointes comiques dans une intrigue le plus souvent sombre. Cela m'a rappelé les comédies italiennes d'après-guerre, qui montraient un pays appauvri, dans lequel les citoyens ordinaires essayaient de survivre comme ils pouvaient, sans perdre leur sens de l'humour.
Du coup, en dépit de quelques invraisemblances et maladresses, ce film est une petite pépite à ne pas rater (même s'il a été quelque peu survendu par la critique).
21:08 Publié dans Cinéma, Histoire, Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
jeudi, 12 février 2026
Le Mage du Kremlin
Le nouveau film d'Olivier Assayas s'inspire d'un roman primé et de l'histoire de la Russie de ces trente-quarante dernières années. Il ne s'agit donc pas d'une biographie de Vladimir Poutine, même si son parcours politique est décrypté à l'aune du regard d'une "éminence grise", celle-ci n'ayant au départ aucun lien avec la politique.
La première partie (du film comme du livre, d'ailleurs) se déroule donc sans Poutine, mais elle permet de comprendre les circonstances qui ont permis son accession au pouvoir et le renforcement de son contrôle sur la société russe. C'est sans doute ici qu'Assayas dispose du plus de liberté cinématographique. Ce n'est pas pour moi la partie la plus convaincante, mais elle permet de resituer l'émergence de Poutine dans un contexte de chaos.
Quand celui-ci débarque à l'écran, sous les traits de Jude Law, c'est un choc. A l'origine, je rechignais à aller voir ce film, parce que je pensais que le choix de cet acteur (fort estimable au demeurant) n'était pas le bon. Je dois reconnaître que je me suis trompé. Law fait un Poutine très convaincant, ne tombant pas trop dans le mimétisme tout en restant crédible. Chapeau.
La suite est des plus passionnantes. Ayant été spectateur de ces événements, consultant divers journaux pour tenter de comprendre ce qui se passait en Russie, j'ai retrouvé l'ambiance de l'époque, de la décrépitude de Boris Eltsine aux premières exécutions d'opposants, en passant par la guerre en Tchétchénie et la tragédie du Koursk.
La distribution est bonne, qu'elle concerne les personnages réels (outre Poutine, Boris Berezovsky et Igor Setchine) que les personnages fictifs : celui du "mage" (certes inspiré de Vladislav Sourkov, mais à l'évidence résultat d'un mélange plus subtil), de sa compagne (dans la peau de laquelle j'ai eu du mal à reconnaître Alicia Vikander !) ou de l'interlocuteur états-unien. Plus ambigu est le statut de Dimitri Sidorov, décalque évident de Mikhail Khodorkovsky... et qui dans le roman se prénomme bien Mikhail. Pourquoi diable avoir modifié son identité pour le film ? Serait-ce pour épargner cet ancien oligarque, dont le passé sulfureux semble avoir été effacé de la mémoire collective depuis qu'il a subi les foudres du Kremlin ? C'est dommage, parce que son ambiguïté à lui aurait pu contribuer à mieux mettre en évidence celle du "Tsar".
Les commentateurs officiels ont souvent regretté la trop grande place laissée par le film aux arguments de Poutine, qu'ils sortent de sa bouche ou de celle de son conseiller officieux. Certes, le propos aurait pu être plus grinçant à leur égard, mais je trouve qu'Assayas et Carrère réussissent dans leur entreprise de rendre plus intelligibles les motivations de Poutine et de ceux qui le soutiennent.
A cela s'ajoute une interprétation tout en sobriété du "Mage", par Paul Dano, un excellent choix à double titre, puisque celui qui longtemps fit figure d'acteur de deuxième rang incarne un personnage qui semble de prime abord secondaire, avant que l'importance de son action n'apparaisse au grand jour. Je trouve cette mise en abyme très pertinente, les aspects moins reluisants du "héros" ressortant lors de ses rencontres avec la "femme de sa vie".
C'est donc un film exigeant, plutôt destiné à celles et ceux que la politique internationale intéresse, mais il m'a tenu en haleine du début à la fin.
21:32 Publié dans Cinéma, Histoire, Politique étrangère | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
dimanche, 08 février 2026
Marsupilami
Je ne suis nostalgique ni de la bande dessinée de Franquin (à laquelle je n'avais pas "accroché"', quand j'étais gamin) ni du film d'Alain Chabat (que je crois n'avoir jamais vu). J'étais plus intéressé par la nouvelle œuvre de "la bande à Lacheau". Il y a trois ans, Philippe et ses potes m'avaient fait passer un excellent moment avec Alibi.com 2.
Le début nous fait découvrir les deux principaux invités de cette fiction : Jean Reno (en chef de bande sans scrupule) et Jamel Debbouze (en raison des références au premier film). Ces deux lascars, dont les personnages vont subir quelques avanies, sont entourés de seconds rôles familiers, interprétés par Elodie Fontan (en épouse mécontente), Tarek Boudali (en chanteur has been), Julien Arruti (toujours aussi bon dans les rôles d'abruti... sérieux, il mérite un César !), Reem Kherici (en réalisatrice de télé-réalité bidonnée), Didier Bourdon (pour une brève apparition... ô combien marquante), sans oublier Vincent Desagnat (en mec bourré... qui peut le croire ?).
J'ai failli oublier un autre nouveau venu : Alban Ivanov, qui interprète un douanier aux méthodes "rugueuses", à la limite de la légalité. A un moment du film, ce personnage voit son comportement fortement modifié en raison d'une substance dont il est aspergé... et cela devient hilarant...
... et c'est aussi une référence à Zootopie, le film de Lacheau regorgeant de clins d’œil (souvent parodiques), à Titanic, Top Gun, E.T., Dragon Ball... et même Kingsman, dans une scène de bagarre qui mêle techniques japonaises et britanniques. Je pense qu'au-delà de la commande qui lui a été faite (la mise en images animées d'une icône de la BD franco-belge), le cinéaste a voulu nous livrer une sorte de Hot Shots ! à la française.
Lacheau a donc bien mis sa patte à ce film de commande, notamment à travers les rafales de gags potaches, le plus souvent visuels. Cela commence par la crise du couple principal (incarné par le duo Lacheau-Fontan) : les petites mesquineries réciproques des ex rappelleront sans doute quelques souvenirs à celles et ceux qui ont connu une rupture difficile...
L'action culmine sur le paquebot, où se retrouvent presque tous les protagonistes. Les quiproquos s'ajoutent aux situations gênantes, avec moult cascades. A un moment, tout part en sucette à bord du navire... et les spectateurs exultent ! (La salle était bondée, transgénérationnelle et a ri de bon cœur tout au long du film.)
Les auteurs en ont toutefois gardé sous la pédale pour la dernière partie, avec notamment une folle course-poursuite, qui apprendra à certain(e)s qu'avoir du cul n'est pas toujours synonyme de chance !
Tous ces gags pas franchement subtils (mais efficacement mis en scène) rendent l'aspect familial de l'histoire (la séparation du couple et les angoisses du gamin) supportable. J'ai même envie d'y retourner pour savourer à nouveau certains moments de pur délire, qui passent hélas trop rapidement à l'écran.
P.S.
Soyez notamment attentifs aux détails, par exemple à l'identité du spécialiste d'économie du journal télévisé...
19:39 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 07 février 2026
Grand Ciel
C'est le nom d'un "quartier intelligent" en cours d'aménagement. Ultra-moderne, agréable à vivre, respectueux de l'environnement, il promet le bonheur à celles et ceux qui auront assez de thunes le privilège de s'y installer.
Son symbole est une tour en construction, devant atteindre une vingtaine d'étages. C'est sur ce chantier en voie d'achèvement que travaillent des personnes qui n'ont pas vocation à y résider. Ce sont majoritairement des immigrés, légaux ou illégaux, auxquels s'adjoignent quelques "Français de souche" comme Vincent (Damien Bonnard, très bien), un bosseur, du genre taiseux, ne cherchant pas à faire de vague.
Le problème est que, depuis quelques temps, certains événements étranges se produisent sur le chantier, en particulier au sixième sous-sol. On y entend parfois des bruits mystérieux et la poussière y est inhabituellement abondante. Des malfaçons apparaissent sur certaines dalles de béton, pourtant récentes... et des ouvriers disparaissent.
Le talent d'Akihiro Hata est de mêler la critique sociale au fantastique. On se demande si ces mystères ne sont pas tout simplement liés aux combines des patrons, qui rognent sur les coûts et donc fournissent des matériaux de mauvaise qualité... et s'arrangent pour que les accidents du travail soient passés sous silence.
Fait inhabituel dans le cinéma français, la réalisation met en valeur le travail manuel, ici celui d'employés du BTP. La tour en chantier, les algécos et le sous-sol sont très bien utilisés pour suggérer l'exploitation, le danger ou le malaise. Quand une poignée d'ouvriers descend au sixième sous-sol, on pense à des films sur l'extraction minière.
Leur vie personnelle n'est pas oubliée, entre transport en bus, logement en HLM (ou mobile home, voire foyer) et courses dans une grande surface.
Les seconds rôles sont bien campés, avec notamment Samir Guesmi, Mouna Soualem (autre "fille de..."), Tudor Istodor, Ahmed Laoui ou encore Denis Eyriey. Ce n'est qu'à la toute fin que l'on comprend ce qu'est vraiment cette poussière supplémentaire, quasi surnaturelle.
Ce petit film, mine de rien, dit beaucoup de choses. Il est dommage qu'il ne bénéficie pas d'une plus large diffusion.
15:58 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
Reconnu coupable
Dans ce thriller d'anticipation, la ville de Los Angeles a adopté une procédure judiciaire révolutionnaire en matière criminelle, puisque l'enquête, le procès et l'exécution des peines sont sous la responsabilité de Maddox, une intelligence artificielle. (Les juristes pointilleux noteront la disparition des avocats de la défense et de la possibilité de faire appel.)
Le policier Chris Raven a contribué à la mise en place de ce programme... mais le voilà désormais sur la sellette, plus précisément sur la chaise de l'accusé, puisqu'on lui reproche d'avoir assassiné son épouse, dont il était sur le point de divorcer. Problème pour lui : il ne se souvient plus de ce qu'il a fait la veille, en raison d'une cuite monumentale, dont d'ailleurs il peine à se remettre au début de l'histoire. (Au passage, c'est la confirmation que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé... notamment celle des conjoints.) Au vu des éléments réunis lors de l'enquête préliminaire, l'IA l'a déclaré présumé coupable (à 96,7 %). L'accusé a 1h30 pour, sinon prouver son innocence, du moins instiller un doute raisonnable, capable de faire suffisamment baisser son taux de culpabilité pour lui éviter l'exécution.
Le suspens est bien mis en scène, mais c'est surtout la manière dont l'accusé est autorisé à mener sa contre-enquête qui est épatante. Bien que rivé sur son siège, il a accès à tous les éléments du dossier (vidéos, rapports, interrogatoires, géolocalisations, preuves matérielles recueillies...) ainsi qu'à tous les contenus numériques (publics... et privés) enregistrés (conformément à la nouvelle loi) sur le cloud de la ville, afin de prévenir le crime. Il y a donc un peu de Minority Report (de Spielberg) dans ce film (les précogs étant remplacés par une IA, plus déductive que prédictive). L'ambiance rappelle aussi un peu la série 24 heures chrono, l'intrigue se déroulant quasiment en temps réel.
Un autre atout du film est l'incarnation de l'IA par Rebecca Ferguson (au charme de laquelle je ne suis pas insensible). Son côté beauté froide peu empathique convient parfaitement au rôle. L'un des enjeux de l'intrigue est d'ailleurs la possibilité d'évolution de l'IA, dont le fonctionnement apparaît de prime abord assez mécanique, mais qui, si elle a été bien entraînée, doit être capable de se remettre en question. Elle a aussi pour fonction d'aider honnêtement l'accusé dans ses tentatives de prouver son innocence. Un lien d'ordre humain pourrait-il naître des interactions entre Chris et Maddox ? Suspens...
J'ai passé un bon moment. L'habillage numérique, les scènes d'action et les multiples rebondissements entretiennent l'intérêt, jusqu'à la fin.
08:35 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
vendredi, 06 février 2026
Nuremberg
Ce n'est pas la première fois que le procès des principaux dirigeants nazis capturés par les Alliés fait l'objet d'une fiction (télévisuelle ou cinématographique). L'originalité de celle-ci est de présenter l'intrigue sous l'angle de la relation entre Hermann Göring et l'un des deux psychiatres états-uniens chargés de suivre les détenus.
Au départ, je nourrissais quelques appréhensions concernant l'interprétation de Russell Crowe en Göring. En fait, je l'ai trouvé très bien, à la fois sobre et ambigu dans son jeu. La déception est venue de là où je ne l'attendais pas : Rami Malek surjoue horriblement en psychiatre humaniste et sûr de sa science, dont on comprend immédiatement qu'il va se faire manipuler.
Heureusement, les personnages secondaires sont mieux campés, à commencer par le procureur Jackson (par Michael Shannon), mais aussi son homologue britannique Maxwell-Fyfe (par Richard E. Grant), le colonel Andrus (par John Slattery) et le sergent Triest (par Leo Woodall), ce dernier réservant de belles surprises, bien intégrées à l'histoire.
L'aspect filmique est donc réussi... plus que l'aspect historique. Je veux bien que, pour créer une intéressante dramaturgie, scénaristes comme réalisateurs soient amenés à prendre des libertés avec la réalité des faits, mais je commence à en avoir marre de constater les énormes déformations opérées dans des œuvres destinées à un grand public, et présentées par leurs auteurs comme fiables sur le plan historique.
Ainsi, je trouve que la genèse comme les enjeux du procès ne sont pas bien restitués. Le film donne l'impression que tout commence en 1945, alors que c'est dès 1942 que les Alliés ont songé à traduire en justice les dirigeants nazis. D'autre part, obtenir les aveux des accusés n'était pas une priorité pour tout le monde, puisque les preuves réunies étaient accablantes. A ce sujet, le colossal travail de documentation réalisé en amont n'est quasiment pas montré. Enfin, parmi les chefs d'accusation, les auteurs du film ont choisi d'insister sur celui qui a sans doute été le moins évoqué durant le procès : les crimes contre l'humanité. En effet, les Américains voulaient mettre en avant les notions de complot et de crime contre la paix, l'ensemble des Alliés étant d'accord pour pointer d'abord les crimes de guerre, dont ont été notamment victimes les civils des pays envahis par l'armée allemande ainsi que les prisonniers de guerre. (Les Soviétiques ont été les plus nombreux à mourir dans d'atroces souffrances et les Britanniques ont mis l'accent sur l'exécution de certains de leurs soldats.)
Le sort des juifs a bien été évoqué durant le procès, mais assez brièvement. C'est une déformation du XXIe siècle que de lui accorder une place centrale dans l'accusation. D'ailleurs, celle-ci n'avait pas retenu la toute récente notion de génocide.
Il y donc du trop-dit... et des non-dits, concernant principalement l'allié soviétique. On ne voit quasiment pas intervenir le procureur nommé par Staline, alors qu'il a pourtant ardemment participé au contre-interrogatoire de Göring. De plus, les crimes du régime communiste ne sont (vaguement) abordés qu'une seule fois, dans la bouche du second d'Hitler. Pourtant, de 1928 à 1945, des millions de personnes sont mortes sous la botte de Staline et de ses affidés, ce qui posait tout de même un sacré problème moral, auquel peut-être une vague allusion est faite, à un moment, dans l'une des interventions de Jackson.
Le film n'en demeure pas moins intéressant, bien conçu sur la forme et disant des choses importantes, mais avec tellement d'approximations...
P.S.
Avant de voir ce film, je connaissais le rôle des médecins dans le procès à travers l'action du psychologue Gustave Gilbert, présenté de manière particulièrement caricaturale dans le film. On le fait passer pour le grand incompétent, en comparaison du héros incarné par Malek. Une rivalité a bien opposé les deux hommes, mais Gilbert (qui parlait allemand) a lui aussi mené de nombreux entretiens avec les prisonniers. Il avait gagné la confiance de nombre d'entre eux (tant qu'il ne leur avait pas révélé qu'il était juif). C'est lui qui avait conseillé à l'accusation de miser sur l'orgueil de Göring... Dans le film, il est interprété par Colin Hanks (fils de...), vu récemment dans Nobody 2.
22:40 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
samedi, 31 janvier 2026
Primate
Ce petit film d'horreur a pour principal antagoniste un chimpanzé domestique, devenu enragé. On le découvre dans ses œuvres dès la première séquence, chargée de nous "mettre l'eau à la bouche"... avant que l'histoire ne fasse un bond en arrière.
C'est un procédé classique de ce genre de films, tout comme la présence, dans le groupe de protagonistes, d'une brochette d'individus peu sympathiques, que l'on découvre dans la séquence suivante (dans un avion). Ces jeunes adultes (des deux sexes) semblent assez superficiels, immatures. Les scénaristes sont malins : on a rapidement envie qu'il leur arrive quelques bricoles.
Grâce à Ben (le chimpanzé), ce sera chose faite, avec une cruauté à faire pâlir d'envie un requin psychopathe. Mais, en attendant ce déferlement de violence simiesque, on peut profiter de la visite d'une baraque époustouflante, située dans les îles Hawaï, dotée d'une somptueuse piscine à flanc de falaise. Comme, en plus, il fait chaud, c'est l'occasion pour les jeunes héros de porter des petites tenues. (Trop malin, le scénar !)
Évidemment, il faut s'attendre à ce que plusieurs personnages fassent ce qu'il ne faut absolument pas faire dans ce genre de situation (sauf bien sûr si l'on à envie de finir entre les pattes de Ben). A un moment, on a même un duo de jeunes hommes, un brin éméchés, qui décident de faire "deux groupes de un". (Jean-Marie Bigard, sors de ce corps de scénariste !)
J'oubliais de vous dire que l'un des protagonistes est sourd-muet. Certains échanges s'effectuent donc grâce à la langue des signes... ce qui permet aussi de communiquer avec le singe (enfin, tant qu'il a encore toute sa tête). Le côté "inclusif" du film est renforcé par une amitié très particulière entre deux jeunes femmes, l'une des deux apparaissant clairement comme bisexuelle. Cela suffira-t-il à la faire échapper aux griffes du chimpanzé ? Le suspens est insoutenable...
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Furcy, né libre
Onze ans après Qu'Allah bénisse la France, le rappeur Abd Al Malik est de retour derrière la caméra, avec un film "engagé", consacré à un personnage réel de notre histoire, Furcy Madeleine, en général présenté comme esclave réunionnais, mais qui, en réalité, était né libre... sans le savoir. Sur un sujet fort, le réalisateur a construit une œuvre divisée grosso modo en trois parties, qu'on peut se contenter d'analyser sur un plan strictement cinématographique, mais dont je pense qu'il faut aussi présenter les faiblesses historiques.
La première partie évoque la période 1816-1817 quand, après avoir découvert l'affranchissement ancien de sa mère, Furcy décide de se faire rendre justice. Les méchants de l'histoire sont en général bien campés : Vincent Macaigne incarne une petite ordure de colon esclavagiste et Micha Lescot nous ravit en avocat fielleux et méprisant. Du côté des gentils, Makita Samba est sobre dans le rôle principal, tandis que Romain Duris et Frédéric Pierrot sont chargés d'incarner les juristes humanistes. Ils le font avec conviction... et, parfois, avec maladresse. Les scènes sont souvent très courtes. Je pense que le montage a eu pour but de masquer certaines faiblesses.
La deuxième partie est consacrée au (long) séjour de Furcy sur l'Île Maurice (ex-Île de France), d'abord comme esclave, puis comme employé de commerce. Cette partie contient un peu plus de cinéma, avec les scènes de case et de plantation. On nous y montre la volonté de briser un homme, pour qui survivre, c'est résister. Makita Samba est toujours aussi sobre et digne, un peu comme jadis Alfred Dreyfus à Cayenne. Il supporte ce qu'il subit, dans l'espoir que ses droits finissent par être reconnus. J'ai aussi apprécié le fait que, pour les esclaves (mais pas que), l'émancipation passe par la lecture et l'écriture.
Je n'ai pas été choqué par la comparaison visuelle qui est faite (par allusion) entre l'entrée de la file d'esclaves sur la propriété esclavagiste et l'arrivée des déportés de jadis dans les camps nazis. Dans les deux cas, on est face à un crime contre l'humanité et il est question de travail forcé. (Mais, les esclaves ne sont pas victimes d'extermination, ce qui constitue la limite de la comparaison.)
A travers la séquence mauricienne, on a l'impression qu'Abd Al Malik a voulu faire son 12 Years a Slave... en moins bien. Le moment qui voit le héros s'investir dans la confiserie est toutefois correctement mis en scène, même s'il comporte des zones d'ombre et des déformations (dont je parlerai plus loin).
La troisième partie se joue en France métropolitaine. C'est le retour du film de procès. On y entend de belles plaidoiries, de belles déclarations de principes, mais c'est gâché par la volonté de faire de l'avocat de Furcy (l'ancien procureur du début, interprété par Romain Duris) un homme malade, à la toux aussi aléatoire qu'envahissante, sauf quand il nous livre sa grande tirade, curieusement pas interrompue par le moindre soubresaut. (Au passage, je signale que ledit ex-procureur, reconverti en avocat, était absent du procès en Cassation... Peut-être a-t-on estimé qu'il était regrettable de se passer des services de Romain Duris pour cet épisode capital de l'intrigue.)
Le film se conclut sur l'évocation, par des incrustations, des suites judiciaires (l'obtention de réparations) et de la fin de la vie de Furcy. Là encore, on ne nous donne que des informations incomplètes, ce qui m'amène à évoquer les faiblesses historiques du film, qui ne sont pas petites.
Le premier problème est posé par le choix du comédien principal, non pas en raison de son talent (je trouve qu'il fait plutôt bien le job), mais à cause de son apparence physique. Le véritable Furcy n'était pas africain, mais né d'une mère indienne (ce qui figure d'ailleurs dans les dialogues) et d'un père colon français de Bourbon. Dans les textes de l'époque (par exemple le testament de la tante de l'esclavagiste Lory), il est qualifié de "Malabar", pas de "Cafre" (terme utilisé pour désigner les personnes originaires de l'Afrique intertropicale). Il ne devait donc pas ressembler à ceci :
... mais plutôt à cela :
(Ces deux tentatives de représentation figurent dans une exposition datant de 2019, dont on peut télécharger la version numérique ici. Les auteurs du film auraient dû la consulter et s'en inspirer.)
A ce problème d'incarnation s'ajoutent les choix opérés à propos de la représentation des femmes. Dans le film, Furcy entretient une liaison amoureuse avec une femme blanche (bien incarnée par Ana Girardot). Dans la réalité, Furcy a eu des relations avec des femmes "libres de couleur", sur l'île Bourbon comme sur l'île Maurice. Il a même eu des enfants avec. Cela aurait pu constituer un versant intéressant de l'intrigue, que les scénaristes ont préféré remplacer par une relation interethnique (pourquoi pas après tout). Peut-être aussi s'agissait-il d'ajouter un nom connu à la distribution (pourtant déjà riche). On ressent toutefois un certain malaise quand, dans la troisième partie de l'histoire, cette petite amie blanche suggère au héros de se soumettre... On se demande ce qui peut bien justifier cette insertion totalement fictive, tout comme une autre, un peu avant : quand Furcy débarque sur l'île Maurice, il est presque immédiatement maltraité par une parente de Lory, une femme blanche, à cheval, qui le frappe. Or, d'après l'essai biographique qui a été consacré à Furcy (voir ci-dessous), c'est le frère aîné de Lory qui le moleste.
(Vous noterez que l'éditeur de la version de poche n'a pas été très inspiré dans le choix de l'illustration de couverture (qui est censée représenter... Othello, personnage de Shakespeare). J'ajoute que, très souvent, j'ai lu et entendu, à propos de ce livre, qu'il était un roman, ce qui n'est pas le cas. C'est au moins l'indice que ces personnes ne l'ont pas lu.)
Mais le personnage féminin le plus maltraité du film (au sens propre comme au sens figuré) est sans conteste Constance, la sœur de Furcy. Elle aussi est dotée d'une apparence qui n'a pas grand chose à voir avec la réalité. (Issue du même métissage que son frère, elle était jadis décrite comme ayant la peau claire et pouvant passer pour une Européenne de l'époque.) Surtout, dans le film, bien que rebelle, elle est essentiellement présentée comme une victime, un personnage secondaire, alors qu'elle savait lire et était à l'origine de la procédure juridique en faveur de son frère, qu'elle a tout fait pour sortir de l'esclavage. Enfin cerise sur le gâteau, la séquence de "pressions" exercées sur elle chez les planteurs blancs est en grande partie inventée. Certes, certains esclavagistes de Bourbon l'ont menacée pour qu'elle change sa version des faits, mais dans tout ce que j'ai lu, il n'est pas question du viol suggéré par le film, un viol qui aurait été perpétré par Brabant, le sbire noir de Lory... qui, en réalité, avait déjà quitté son service à l'époque. (Il avait acheté son affranchissement.) Il a bien rencontré Constance, mais, dans la rue, et cela s'est limité à une discussion... Je précise que je tire la plupart de ces détails du livre de Mohammed Aïssaoui, qui est pourtant présenté par la production comme ayant inspiré le film !
Je ne vais pas m'éterniser, mais je tiens à terminer par un dernier élément, que je juge très important, et que les auteurs du film ont pris soin de passer sous silence. Une fois sa liberté obtenue à Maurice, Furcy est devenu commerçant indépendant (pas simple employé, comme montré dans le film). Il s'est enrichi et a même acheté... deux esclaves ! Du coup, son combat semble quelque peu perdre sa vocation universaliste, pour devenir celui d'un homme talentueux, soucieux d'obtenir la place qu'il estime mériter dans une société inégalitaire qu'il ne souhaite pas chambouler.
17:39 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
mercredi, 28 janvier 2026
Gourou
Quelques mois à peine après la sortie de Dalloway, voici une nouvelle œuvre de Yann Gozlan sur nos écrans. Ce sont aussi des retrouvailles avec Pierre Niney (qui coproduit le film), auréolé de sa prestation dans Le Comte de Monte-Cristo.
Ici, le nouvel Alain Delon du cinéma français interprète un coach en développement personnel prospère, qui organise de grandes réunions cathartiques (payantes), au cours desquelles il ambitionne de redonner du sens à la vie de ses "clients". Dans le rôle du gourou qui ne dit pas son nom, Niney a une présence folle. Sa performance justifie à elle seule la vision du film, de surcroît habilement mis en scène et doté d'une excellente musique d'accompagnement.
J'ai été cueilli par la première scène "messianique", qui voit le coach "prendre en mains" un pauvre type qui le voit comme un demi-dieu. Le pauvre type en question est très bien interprété par Anthony Bajon (rappelez-vous : Teddy). Les interactions entre ces deux personnages nous réservent quelques surprises.
Un autre moment fort est celui au cours duquel Matt Vasseur démasque (sans le dire ouvertement) une infiltrée, en pleine "cérémonie".
Cette manière de procéder, de la part du héros, m'a rappelé les télévangélistes (américains) de ma jeunesse, que je regardais jadis sur RTL. C'est fou comme les styles sont ressemblants, la grande différence résidant dans le caractère laïc du travail du gourou, celui-ci se permettant toutefois de préciser, au cours d'un entretien, que lui et Jésus font un peu le même boulot...
La réalisation est suffisamment subtile pour ménager quelques incertitudes : dans quelle mesure le héros croit-il à ce qu'il dit ? quelle est la nature exacte de la relation toxique qu'il entretient avec son frère ?
Ma principale déception vient de la fin de l'histoire. Soit Gozlan n'a pas su comment conclure, soit il a maladroitement brouillé les pistes pour que l'on ne devine pas à l'avance comment tout cela allait se terminer... soit, entre plusieurs fins possibles, on n'a pas choisi la meilleure.
Le film n'en demeure pas moins fort, prenant, s'appuyant d'abord sur le talent d'un acteur solaire, bien épaulé par une brigade de seconds rôles efficaces.
21:23 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
vendredi, 23 janvier 2026
28 ans plus tard (suite)
Il y a six mois, on avait laissé Ralph Fiennes au milieu de ses tas d'os et Spike (le gamin un peu crétin) au contact d'une bande de cinglés. L'histoire reprend peu de temps après. Le scénario est toujours dû à Alex Garland (rappelez-vous : Civil War), mais, derrière la caméra, Danny Boyle a cédé la place à Nia DaCosta, à laquelle on doit notamment The Marvels. Ce n'était pas forcément bon signe mais, vu le gâchis du précédent film, le changement de réalisateur était pleinement justifié.
Les deux premières séquences mettent en scène deux groupes de personnages qui, dans un premier temps, évoluent séparément, l'intrigue les destinant à se rapprocher. Ces deux séquences donnent aussi le ton du film (saignant, voire gore), chacune comprenant une mise à mort cruelle.
La première intervient dans le groupe de fanatiques réuni autour de l'ancien petit garçon traumatisé du précédent film, devenu gourou satanique, adepte des sacrifices humains. Je dois dire que la mise à mort qui survient est assez surprenante et adroitement mise en scène.
Un degré est franchi lors de la deuxième séquence, qui nous présente le nouvel Alpha des "infectés" de la région. La manière dont il "désosse" l'une de ses victimes est... sidérante.
La douceur finit par arriver, en la personne du médecin Ian, toujours formidablement interprété par Ralph Fiennes, qu'il faut entendre en version originale. Sa diction est sans pareille et il parle un anglais délicieux... qui contraste avec celui pratiqué par les autres personnages, qui parlent soit une langue standard, sans relief, soit un anglais marqué par un fort accent, qui peut être celui du nord de l'Angleterre, ou celui de l’Écosse. (Et vive la V.O. !)
La suite de l'histoire nous permet de comprendre pourquoi cette œuvre de divertissement est interdite aux moins de seize ans. On nous propose une accumulation de tortures et de morts violentes, le tout filmé avec une incroyable crudité. C'est aussi très bien interprété, notamment par Erin Kellyman (vue récemment dans Eleanor the Great), Jack O'Connell (qui a incarné le petit copain d'Amy Winehouse dans Back to Black) et Chi Lewis-Parry, en colosse musculeux de moins en moins hurleur.
Mais c'est sans conteste Ralph Fiennes qui remporte la palme. Il porte son personnage à un degré supérieur. Le médecin solitaire tente de se faire un ami de l'Alpha des infectés, qui lui-même a des sensations bizarres. Ian se prend à espérer pouvoir le guérir. De là naît une ébauche d'amitié, des plus spéciales (sur fond de morphine), entre complicité et violence sous-jacente.
J'ajoute à ces qualités la mise en scène de 35 des 40 dernières minutes : une séquence de folie, de la préparation au déroulement d'une nuit de mystification et de sacrifices, avec un Ralph Fiennes complètement halluciné, une mise en scène inspirée... et la présence d'Iron Maiden !
Les cinq dernières minutes font redescendre la tension et véhiculent clairement un message politique (à destination des habitants des États-Unis comme de l'Europe). L'ultime scène voit le retour d'un personnage du tout premier film (un indice : il coproduit). On nous prépare donc sans doute une suite...
22:29 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films
mercredi, 21 janvier 2026
Greenland 2 - Migration
Quelques mauvaises langues prétendent que c'est après avoir vu le premier Greenland (qui, dans la langue de JD Vance, désigne le Groenland) que Donald Trump a pris la décision d'annexer le territoire autonome danois... Peut-être que la vision du second volet pourrait contribuer à mettre fin à une crise internationale : en effet, au début de cette suite, censée se dérouler cinq ans plus tard, le refuge groenlandais devient bigrement inhospitalier, contraignant les héros à se rendre au Royaume-uni puis en France métropolitaine, pour tenter d'atteindre l'Italie.
La mise en bouche est assez intéressante, puisqu'elle illustre (hélas trop rapidement) les difficultés, pour un groupe humain, à cohabiter par milliers dans un espace confiné. Il leur est en effet impossible de sortir sans protections, sous peine de mourir asphyxiés. C'est pourtant ce que fait, à l'occasion, John Garrity (Gerard Butler, toujours coproducteur), qui a des burnes d'acier.
Je dois dire que les scènes d'extérieur sont assez emballantes, qu'il s'agisse des plans de la campagne (supposée) groenlandaise, anglaise ou française (en réalité islandaise) que des cataclysmes qui s'abattent sur les rescapés humains : pluie d'astéroïdes, tempête radioactive, coulées de lave, tsunami, bourrasques gigantesques, crise d'hémorroïdes... sans compter le comportement prédateur de certains survivants, qui ne voient dans les autres humains que des proies potentielles. Face à cela, le film tient un discours progressiste, selon lequel la salut se trouve dans l'entraide. Plusieurs scènes mettent en valeur ce précepte, de manière toutefois trop appuyée à mon goût.
C'est donc un film à voir en salle, pour bien profiter des moments spectaculaires, comme la catastrophe groenlandaise ou le passage par (ce qui fut) la Manche, assez bien maîtrisé en terme de mise en scène.
En revanche, les dialogues ne sont pas plus élaborés que dans le premier volet. A signaler toutefois qu'au cours de leur périple (qui passe par le Pas-de-Calais et le Massif Central), les héros reçoivent l'aide de Français, présentés positivement, sans caricature. Ce n'est pas si fréquent que cela dans les grosses productions hollywoodiennes.
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lundi, 19 janvier 2026
L'Affaire Bojarski
Trois ans après La Syndicaliste, Jean-Paul Salomé nous revient avec un biopic sur celui qui fut peut-être le plus brillant fabricant de fausse monnaie que la France ait subi connu. Le défunt Ceslaw Bojarski (1912-2003) bénéficie actuellement d'une importante couverture médiatique, mais il n'était pas méconnu pour autant. Les années qui ont suivi son décès avaient vu un premier regain de notoriété.
Le film rend hommage au talent de celui qui fut à la fois un artisan et un artiste, d'une méticulosité maladive, ayant plutôt tendance à travailler en solo. Le projecteur est placé sur trois périodes de son existence : ses premiers pas dans la fausse monnaie, au sein d'un groupe criminel, sa longue carrière en solo et la fin de son parcours, en duo. J'ai trouvé passionnante la description du travail du faussaire, de la création des matrices à la fabrication du papier-monnaie, le tout dans une discrétion absolue, même si, parfois, le film sous-entend que Bojarski a dû son salut à la stupidité de certains policiers.
C'est là d'ailleurs l'une des faiblesses de l'intrigue, avec la présence régulière d'invraisemblances. Dès le premier retour en arrière (qui se passe durant la Seconde Guerre mondiale), on est un peu atterré de voir la facilité avec laquelle l'apprenti-faussaire (qui fabrique à l'époque de faux papiers d'identité) échappe à une patrouille allemande, qui ne prend pas la peine de pénétrer dans un atelier pourtant éclairé après le couvre-feu... Plus tard, c'est la rencontre fortuite entre deux protagonistes, à l'hôtel, autour d'un bon verre, qui pique les yeux... d'autant qu'elle n'a pas existé. Et que dire de certaines maladresses, comme celle qui voit deux personnages se rencontrer dans un parloir et esquisser le geste hyper bateau de faire se toucher leurs mains de part et d'autre de la grille de séparation... alors qu'il existe une (petite) ouverture, juste au-dessous... ouverture qui va d'ailleurs être utilisée dans la suite de la scène !
Je pourrais en citer quelques autres comme cela, mais je n'ai pas envie de m'acharner. L'histoire m'a tout de même emporté, malgré l'interprétation un poil décevante. On a vu Reda Kateb bien meilleur ailleurs. Je trouve que Bastien Bouillon et Pierre Lottin s'en sortent un peu mieux, sans faire d'étincelles. Quant à Sara Giraudeau, elle pourrait presque porter plainte vu ce qu'on lui fait jouer. (Aux amateurs d'info pipole, je signale qu'une comédienne incarnant un personnage secondaire a parfois une moue qui rappelle furieusement celle de sa mère - elle fait carrière sous le nom de son père.)
Cerise sur le gâteau, l'un des traits caractéristiques du "héros" est construit à partir de mensonges. Bojarski était bien ingénieur de formation, et il avait un côté bricoleur. Mais, non :
- il n'a pas inventé le stylo-bille
- il n'a pas inventé le rasoir à lame jetable
- il n'a pas inventé la brosse à dents électrique
- il n'a pas créé la première machine à café à dosettes
Au départ, ce côté Géo Trouvetou est plutôt sympa, d'autant qu'il est nimbé de comique, mais, quand on se rend compte que (presque) tout est faux, cela nuit globalement à la crédibilité de l'intrigue. (Si j'étais médisant, je dirais que c'est volontaire de la part des scénaristes, qui font œuvre de propagande, tendant de démontrer que c'est parce que la vilaine société française de l'après-guerre était xénophobe qu'un talentueux ingénieur s'est tourné vers le crime...)
Si l'on supporte les maladresses et les invraisemblances, on peut suivre cette vie extraordinaire, celle d'un délinquant qui a longtemps réussi à passer sous les radars en évitant d'être flambeur.
P.S.
Les images d'époque diffusées en début de générique de fin sont issues d'une reconstitution. On y voit Bojarski mimer les gestes qu'il accomplissait autrefois.
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dimanche, 18 janvier 2026
Alice au pays du manga
Presque dix ans après que Disney a sorti l'adaptation de la seconde partie des aventures de la petite Alice, un réalisateur japonais choisit à la fois de revenir aux sources et d'actualiser l'intrigue. Cela donne un film d'animation peu commun, qui débute par une "soirée pyjamas" entre filles et s'achève dans le salon d'une étrange maison...
Les amateurs de l'histoire d'origine retrouveront avec plaisir le grand terrier, les changements de taille, le lapin pressé, le chapelier fou, le chat du Cheshire (très réussi), les personnages en forme de cartes à jouer... et la fameuse reine de cœur.
Mais tout ceci ne sert qu'à encadrer une histoire bien contemporaine, celle de Lise, jeune adulte introvertie, qui peine à trouver du travail. Le décès de sa grand-mère adorée la conduit à tester l'héritage de celle-ci : le fameux pays des merveilles, dont le cinéaste choisit de faire un monde virtuel. C'est une excellente idée.
L'autre bonne idée est de ne pas faire de Lise une Alice moderne, mais de lui faire rencontrer la véritable Alice (au cours de son périple virtuel). Je dois dire que je préfère le personnage de la petite fille intrépide à celui de la citadine un peu godiche, que cette véritable odyssée fantasmagorique est censée faire mûrir : elle qui est effacée doit davantage affirmer son tempérament et laisser de côté ce qui est accessoire. Elle est à l'origine "bouffée" par son smartphone, sa consultation des réseaux sociaux et les jeux en ligne.
L'intrigue est donc plus riche que celle d'une simple adaptation. J'ai particulièrement apprécié le développement inédit de deux épisodes : celui de l'inondation de larmes et celui du procès. C'est inventif et visuellement brillant. C'est aussi une belle histoire d'amitié, entre Lise et Alice et entre Lise et sa grand-mère, dont elle regrette de s'être éloignée.
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jeudi, 01 janvier 2026
Anaconda
Opération "ciné détox" ce jeudi, avec une comédie basique pour se décrasser les neurones. (L'an dernier, c'était avec Un Ours dans le Jura.)
La présence de Jack Black au générique nous incite à comparer ce film avec les Jumanji et le récent Minecraft. Il s'agit de comédies d'aventures, assaisonnées d'un poil (une écaille ?) de fantastique.
On a beau savoir ce qu'on est venu voir (une resucée parodique d'un "vieux" film d'épouvante), on est surpris par la séquence du début, dont sont absents les héros, quatre amis d'enfance qui vont tenter de réaliser leur rêve : tourner un film d'horreur. Cette séquence inaugurale prend une saveur supplémentaire un peu plus tard, puisqu'on finit par en revoir deux des personnages, mais sous un jour différent.
La suite est beaucoup (beaucoup) plus convenue. Des quadragénaires de classe moyenne se désolent de leur vie certes plutôt confortable, mais éloignée de leurs aspirations. Doug (Jack Black, bien dans le rôle), l'ex-apprenti cinéaste, travaille dans l'entreprise familiale, dont il est sur le point d'hériter. Ses amis se moquent parfois de ses vidéos films de mariage... De temps à autre, il embauche son pote Kenny, le cassos de la bande, dont, bien plus tard, on va découvrir le secret le plus honteux. Griff (Paul Rudd, Ant-Man pour les intimes) semble avoir été plus fidèle aux idéaux de leur jeunesse : il a quitté leur ville natale et travaille désormais en Californie ; il a acquis une petite célébrité en interprétant un personnage secondaire de la série S.W.A.T.... mais ce n'est qu'un acteur de deuxième catégorie. Quant à Claire, l'unique femme du groupe, elle a réussi ses études de droit, mais s'emmerde dans la vie, d'autant qu'elle vient de découvrir les infidélités de son compagnon.
Les circonstances qui conduisent ces adultes installés à jouer les cinéastes aventuriers sont mises en scène avec un poil d'inventivité : une série de mises en abyme, puisque nous regardons un film qui montre des fans d'un vieux nanard en train de tourner un film hommage, qui va aussi s'inspirer d'une oeuvre d'adolescence. Un (petit) trouble s'installe quand on comprend que l'un des protagonistes commente une partie de l'histoire. Cerise sur le gâteau : au cours de leur périple en Australie Amazonie, les héros tombent sur une autre équipe de tournage, disposant de moyens plus étoffés que les leurs.
Je signale que les effets spéciaux sont bien conçus : les grands serpents font un peu peur... et le plus gros de tous est capable d'avaler un humain adulte, vêtements compris ! Cela donne naissance à quelques scènes comiques. La meilleure toutefois ne fait pas intervenir de reptile. Il y a est question d'une morsure d'araignée et... d'urine. Il a fallu que l'équipe ne se prenne pas du tout au sérieux pour écrire et jouer cette scène totalement improbable ! Un autre moment phare fait intervenir le héros et... un phacochère. Un extrait est fourni dans la bande-annonce mais, franchement, l'intégralité de la scène mérite le détour.
Sur le fond, on nous délivre des messages ultra-convenus : il ne faut pas renoncer à ses rêves d'enfance, mais il faut garder à l'esprit que le plus important réside dans les relations humaines, avec celles et ceux que l'on aime.
P.S.
Le générique de fin est interrompu par une scène bonus, qui nous donne des nouvelles d'un personnage qui avait "disparu"...
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mercredi, 31 décembre 2025
La Pire Mère du monde
Le titre de ce film est à l'image de son contenu : dans l'exagération. Il s'agit donc d'une farce, construite sur la relation conflictuelle entre une mère, greffière d'un petit tribunal de Province, et sa fille unique, vice-procureure à Lyon.
L'introduction (sur le parcours brillant d'une "surdouée de la République") s'assume clinquante et outrancière... et j'ai aimé. Cela tient peut-être aussi à la personnalité de l'interprète principale, Louise Bourgoin (vue, ces dernières années, dans C'est mon homme et L'un dans l'autre). Elle est à la fois charmante et glaçante. On découvre rapidement que, pour ce trait de caractère, elle tient peut-être de sa mère.
Celle-ci est (sobrement) incarnée par Muriel Robin, qui rappelle à cette occasion qu'elle peut être une bonne comédienne, ce qui n'est pas évident au regard de sa filmographie.
Dans des circonstances que je me garderai de révéler, Louise quitte Lyon pour Nogent-le-Creux, une commune fictive, qu'on imagine de petite taille... mais qui a conservé un tribunal d'instance (contrairement, par exemple, à la commune -bien réelle- de Nogent-le-Rotrou, située dans une autre région). La magistrate cinglante, habituée à malmener ses collègues, se retrouve dans une position nettement moins confortable. La peinture qui est faite des mesquineries d'un tribunal de Province ainsi que du fonctionnement interne de la magistrature risque de froisser quelques hermines mais, franchement, c'est parfois très savoureux.
J'ai trouvé la partie comédie assez réussie aussi en raison de petits détails, comme les images associées aux correspondants téléphoniques de l'héroïne. De surcroît, certains seconds rôles sont plutôt bien campés, par des visages connus, ceux de Patrick Descamps, Anne Benoit, Sébastien Chassagne ou encore Gustave Kervern. Je suis en revanche moins convaincu par Florence Loiret Caille (qu'on a vue bien meilleure ailleurs), dont le personnage est par ailleurs très caricatural.
Sur cette comédie se greffe une intrigue policière, au départ complètement anecdotique, mais qui prend peu à peu de l'importance. Les chiens y jouent un rôle important... peut-être parce qu'à leurs côtés les humains cabotinent un max !
Cela dure à peine plus d'1h20 et ce fut pour moi une agréable manière de clôturer mon année cinématographique 2025, qui fut particulièrement riche.
15:53 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
mardi, 30 décembre 2025
La Disparition de Josef Mengele
Ce film de Kirill Serebrennikov adapte le roman historique (très documenté) d'Olivier Guez (dont je recommande vivement la lecture). Il en suit grosso modo la trame, les retouches ne trahissant pas l’œuvre d'origine.
Le cinéaste entrecroise plusieurs périodes, chacune filmée différemment. La principale traite de la cavale de Mengele, de son arrivée en Argentine à son décès présumé, au Brésil. Elle est complétée par des retours en arrière (abordant certains aspects de son action à Auschwitz, pendant la Seconde Guerre mondiale) et une séquence contemporaine, celle de l'analyse d'un squelette, censée mettre fin à une polémique.
C'est à la fois atroce et passionnant.
Sans surprise, les scènes du camp sont dures, mais plus par ce qu'elles suggèrent que par ce qu'elles montrent. Elles sont néanmoins nécessaires pour comprendre pourquoi certaines personnes, ont, plus tard, jugé indispensable de traquer le criminel de guerre.
Plus inédites sont les séquences latino-américaines. Dans un premier temps, on découvre les difficultés de certains fugitifs nazis, principalement en Argentine, avant qu'on nous montre une société plus friquée, où se mêlent aux nazis les descendants d'une immigration allemande plus ancienne. A la fin des années 1940, beaucoup sont dans le déni (concernant les crimes du régime hitlérien), tandis que ceux qui savent (et qui ont vécu en Europe) hésitent entre la revendication de titres de gloire et la nécessaire discrétion à adopter sur certains sujets...
Mengele ne regrette rien et fait partie de ceux qui ont compris qu'il vaut mieux faire profil bas. Il est même limite paranoïaque, au point de devenir désagréable aux yeux mêmes de ceux qui veulent l'aider. L'ancien médecin a une très haute opinion de lui-même et reste un nazi fervent, partisan d'une "hygiène raciale". August Diehl, physiquement méconnaissable, est excellent dans le rôle.
Un autre intérêt du film est de montrer que, durant la majorité de sa longue cavale, Mengele n'a pas eu la vie facile. Les soutiens venus de sa famille ne suffisent pas à rendre sa vie quotidienne aussi douce que ce à quoi il aspirait. Ses relations avec les personnes qui l'hébergent sont complexes (plus encore dans le livre que dans le film). Bref, même s'il n'a jamais été jugé, il en quand même un peu chié.
Serebrennikov brosse un portrait presque pathétique de l'ancienne étoile montante du nazisme, devenu un vieil homme aigri. Il évite de tomber dans le piège de l'héroïsation du "grand criminel". En dépit de sa bonne éducation et de ses brillants diplômes, Mengele n'était qu'un pauvre type égocentrique, sadique et méprisant. Ce film mérite vraiment d'être vu.
P.S.
Je signale que le bouquin de Guez a été adapté au théâtre... ainsi qu'en bande dessinée (cosignée par l'écrivain) :
21:29 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
dimanche, 28 décembre 2025
La Femme de ménage
Je n'ai pas lu le roman d'origine, mais, intrigué par le battage fait autour de ce film, j'ai tenté ma chance lors d'une des rares séances disponibles en version originale sous-titrée. La salle s'est copieusement garnie... uniquement de spectatrices, dans un premier temps. L'arrivée de deux couples de retraités a fait monter en flèche de taux de masculinité de la salle. Je me suis senti moins seul. (Ceci dit, cela sentait très bon dans mon voisinage, exclusivement féminin... une ambiance olfactive nettement plus agréable que lorsque j'ai vu Lady Nazca, à proximité d'un vieux bouffeur de chocolat qui puait à cinq mètres.)
Blague à part, durant une cinquantaine de minutes, j'ai craint d'avoir fait une mauvaise affaire. J'ai eu l'impression d'avoir en face de moi l'adaptation d'un roman de chick lit. Deux poupées Barbie, une riche, l'autre pauvre (la première employant la seconde) s'agitent sous les yeux de ce qui semble être le mâle ultime : un grand brun musclé, au sourire enjôleur, de surcroît friqué, compréhensif, attentionné, modeste... N'en jetez plus ! Les ficelles de la love story un brin contrariée sont plus épaisses que les lianes de Tarzan... et l'on sent tout aussi bien venir un possible retournement : c'est trop beau pour être vrai.
Cependant, une fois survenu, le fameux retournement se double d'un twist concernant l'un des personnages féminins. Cela donne une saveur particulière à la suite, plus intense, parfois sanglante, avec un assez bon suspens.
Les acteurs font le job, mais je distinguerais Amanda Seyfried, qui coproduit le film avec Sydney Sweeney. La sémillante quadragénaire, à la filmographie peu étincelante, vole la vedette à la nouvelle coqueluche d'Hollywood.
Cette seconde partie de l'intrigue prend une épaisseur supplémentaire quand la notion de sororité est mise en scène. Quatre des personnages féminins vont, d'une manière ou d'une autre, s'entraider... et l'on ne peut que regretter que la salle ait été exempte de jeune spectateur masculin, tant ce film, en apparence superficiel, aborde des thèmes sociétaux importants. On peut le rapprocher d'Invisible Man (plus fantastique) et de Drop Game (plus technologique).
En dépit des facilités, je suis sorti de là assez content.
Le Chant des forêts
Ce documentaire se situe dans le droit fil de La Panthère des neiges, coréalisé par le même Vincent Munier, à l'époque accompagné de Marie Amiguet (qui, depuis, a officié sur Vivre avec les loups).
Les forêts dont il est question sont principalement celles des Vosges, mais aussi un peu du Jura et de Norvège. Leur "chant" n'est pas celui des arbres (dont il est finalement peu question dans le film), mais celui de la faune, soit ailée, soit terrestre (principalement mammifère).
La mise en route est un peu laborieuse, peut-être parce que le réalisateur ne veut pas trop en montrer dès le début. D'ailleurs, certains des animaux croisés lors des nuits d'affût sont, dans un premier temps, montrés flous, sous forme de silhouettes. La nature ne se dévoile que petit à petit.
... et, quand c'est le cas, c'est superbe. Une partie des spectateurs s'attend sans doute à voir des cerfs (et leur brame). Ils ne seront pas déçus. On croise aussi des renards, des blaireaux, des sangliers, un écureuil... et quantité d'oiseaux, du plus petit (le troglodyte) ou plus grand (le tétras), que le cinéaste ne désespère pas de revoir dans les Vosges.
Certains plans sont de toute beauté, comme ceux qui montrent diverses chouettes, l'une d'entre elles ayant été filmée en gros plan, en train de ululer, son poitrail se soulevant à intervalle régulier. C'est fascinant. Impressionnantes aussi sont les scènes du petit matin, lorsque l'on voit la chaleur corporelle des mammifères contraster avec les températures très basses.
L'une des quêtes du réalisateur est un félidé... non, pas une panthère, mais un lynx, aperçu au début, au loin, couché sur une branche. Le trio posté en observation finit par voir sa patience récompensée. Comme dans La Panthère des neiges, c'est en attendant à proximité d'une dépouille (laissée dans un endroit isolé pour servir de casse-croûte) que les observateurs vont enfin débusquer l'animal, dont on comprend qu'il a perçu leur présence, pourtant discrète et assez lointaine. Une troisième séquence, inattendue, le met en scène. On commence par l'entendre feuler, au loin, puis, de plus en plus près, alors que l'image est floue... jusqu'à un superbe gros plan !
Mais le véritable graal, après lequel court Vincent Munier, est ce fameux grand tétras, qui, bien que réintroduit dans les Vosges, se dérobe à ses recherches. Pour le rencontrer, il faut que le trio parte en Norvège. J'ai trouvé cette partie-là moins intéressante que le reste, peut-être aussi parce que la mise en scène familiale y occupe une plus grande place.
Cela m'amène à la principale réserve : la trop grande présence des humains. Munier a filmé son propre père (naturaliste passionné) et son fils, dans l'objectif d'évoquer la notion de transmission, sur le terrain comme dans la cabane au fond du jardin forestière. J'ai trouvé cela souvent maladroit... mais cela permet au film d'atteindre 1h30.
Cet aspect mis à part, le film est hautement recommandable, d'une grande beauté formelle et riche de sens.
P.S.
De belles photographies sont visibles sur le site du réalisateur.
09:08 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
samedi, 27 décembre 2025
Une Enfance allemande
L'action débute en avril 1945, alors que le IIIe Reich est sur le point de s'effondrer. Dans l'extrême nord de l'Allemagne, sur l'île d'Amrum (reliée au continent, à marée basse, par un cordon de sable), officiellement, tout le monde soutient le gouvernement d'Hitler, mais l'on comprend très vite qu'en réalité, les sentiments de la population sont partagés, y compris dans chaque famille.
Nanning vit avec sa mère, sa tante et ses frères et sœurs, dans l'antique maison de ce qui fut d'abord une famille de pêcheurs et de chasseurs de baleine. On est très fier de sa lignée, censée être "purement" germanique... et l'on cache que l'un des oncles, parti vivre aux États-Unis, a épousé une juive...
La mère de Nanning, Hille, est une connasse nazie convaincue, dont l'époux, sans doute haut placé, est absent du foyer. Elle se désole de la décrépitude du régime... et des pénuries qui frappent désormais la population locale, qui commence à subir, certes modestement, les conditions de vie imposées par l'armée allemande aux civils des pays envahis.
Malgré les temps difficiles, Hille aimerait manger du pain blanc, avec du beurre et du miel. Voilà une mission pour Nanning, qui porte l'uniforme des Pimpfs (les 10-14 ans dans les Jeunesses hitlériennes). Ce sera le fil rouge de l'histoire, le gamin devant déployer des trésors d'ingéniosité pour se procurer les ingrédients (farine de blé, beurre... et sucre, à échanger contre du miel), ainsi qu'un peu d'argent.
Ce sont les pérégrinations de Nanning qui nous font découvrir les autres habitants de l'île, ainsi que quelques-uns du "continent". La première à nous être présentée est une agricultrice, grande pourvoyeuse de pommes de terre (et de lait) sur la commune, qu'elle produit avec sa mère et une main-d’œuvre juvénile. Cette femme tenace, qui n'a pas la langue dans sa poche, est incarnée par la délicieuse Diane Kruger, déjà dirigée par Fatih Akin dans In The Fade.
Nanning croise aussi quelques grands-pères (dont un pêcheur), un de ses oncles (lui aussi nazi), un boulanger manchot (blessé de guerre), une apicultrice... et une flopée d'enfants, entre lesquels surgissent des tensions.
C'est l'occasion de préciser que, dans ce coin reculé de l'Allemagne, on parle un dialecte certes germanique, mais légèrement différent de l'allemand standard, ce qui, pour quelqu'un qui connaît un petit peu la langue d'Angela Merkel, s'entend assez facilement. (Certains personnages s'expriment en revanche dans un allemand courant.)
Ainsi, Nanning et sa famille, arrivés de Hambourg, sont perçus comme des semi-étrangers... moins toutefois que les réfugiés qui débarquent de l'est de l'Allemagne, courtoisement surnommés "les Polaks"...
Une partie de l'action se déroule à proximité de la plage de sable. Cela donne naissance à des plans souvent superbes, de jour comme de nuit.
On est pris par les efforts (parfois pathétiques) déployés par le garçon courageux. Au départ, il ne peut pas concevoir que ses parents puissent être du côté des "méchants". Il ferait tout pour sa "Mutti". Dans le rôle, le jeune Jasper Billerbeck est convaincant, touchant même. Les comédiens adultes sont impeccables (les enfants, un peu moins bons). Mine de rien, ce petit film dit beaucoup de choses sur la nature humaine.
09:32 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
vendredi, 26 décembre 2025
Lady Nazca
Cette fiction à caractère documentaire est le premier long-métrage du Français Damien Dorsaz, qui s'intéresse à la personne de Maria Reiche depuis au moins une vingtaine d'années. (Il lui a jadis consacré un documentaire d'une quarantaine de minutes.)
Lady Nazca est le surnom qui a parfois été donné à celle-ci... mais, à l'époque, on l'appelait aussi "la folle", tant on trouvait stupéfiant qu'une fille de la bonne bourgeoisie allemande soit venue "balayer le désert", toute seule, échafaudant des théories jugées au départ farfelues sur l'origine des gigantesques figures dessinées dans cette région du Pérou. (On continue à en découvrir, au XXIe siècle !)
Elle est jeune, elle est belle, intelligente. Elle pourrait se contenter d'une vie de patachon(ne), en compagnie de sa riche petite amie, qui loge à Lima. Elle pourrait aussi regagner le giron familial, se trouver un mari et procréer une ribambelle d'enfants blonds aux yeux bleus, comme le voudrait le régime en place à l'époque, en 1936.
Enseignante dans le primaire, elle accepte un boulot de traductrice pour un archéologue français. Un jour, sur le terrain, tous deux découvrent d'étranges lignes dans le désert. Lui retourne assez vite à ses fouilles, à ses poteries et à ses momies, mais Maria devient obsédée à la fois par la précision des dessins et par l'ambiance du désert. C'est d'ailleurs l'une des grandes réussites du film que de nous faire sentir le côté apaisant, inspirant même, de cette région au relief minéral. On pense un peu au Nostalgie de la lumière, de Patricio Guzmán, mais aussi à toutes les oeuvres tournées du côté de la Mongolie, comme La Femme des steppes, le flic et l’œuf.
Il faut aussi signaler la performance de l'actrice principale, Devrim Lingnau (une illustre inconnue, pour moi), presque aussi à l'aise en espagnol et en français qu'en allemand et en anglais. Elle réussit à nous faire toucher du doigt la passion de Maria, dans ce qu'elle a d'authentique et, parfois, de démesuré.
La première partie montre l'éclosion de l'archéologue amatrice. Au départ, les dieux semblent être à ses côtés : elle file le parfait amour avec Amy, le chercheur français la soutient et elle progresse dans sa découverte des géoglyphes. Mais des difficultés vont surgir : l'équipe d'archéologues français a d'autres centres d'intérêt, sa petite amie s'estime délaissée et, localement, une puissante famille lui met des bâtons dans les roues.
On retombe sur l'éternelle lutte du pot de terre contre le pot de fer... sauf que Maria a de la ressource, de l'énergie... et quelques précieux soutiens, qu'il convient toutefois de remotiver. La conclusion est belle, à l'image d'un film lumineux, où il n'y a rien à jeter.
20:32 Publié dans Cinéma, Histoire, Science | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
mercredi, 24 décembre 2025
Avatar... tignole
... et c'est parti pour une séance familiale, avec plein de pop-corn, des boissons gazeuses, mais (fort heureusement), sans paquet de bonbons dotés d'emballage qui crisse.
Il a fallu trois ans à James Cameron et son équipe pour chier pondre la suite des aventures des grandes asperges bleues à longue queue. On ne s'étonnera donc pas que le rendu visuel soit superbe. Décors comme effets spéciaux sont somptueux. Cela peut suffire à justifier la vision de ce gros machin de plus de trois heures.
Ceci dit, comme le précédent opus, en dépit de ses faiblesses, ce film-ci se laisse voir sur la durée. Bien qu'ayant pris un café (et bu un peu d'eau) avant la séance, je n'ai pas eu besoin de me relever pendant le film. Mon médecin généraliste se réjouirait sans doute du bon état de ma prostate mais, pour le cinéphile, c'est le signe que la trépidence et le suspens n'ont pas trop été au rendez-vous.
L'intrigue est vraiment très prévisible. A deux reprises, Cameron & consorts mettent les héros au fond du trou, avant de les en faire sortir, la seconde fois miraculeusement. Une partie des péripéties est liée à la maladresse des jeunes, le plus agaçant étant celui qui oublie au moins à deux reprises l'un de ses masques de survie... mais Cameron avait besoin de cela pour insérer un petit coup de théâtre. Du côté des personnages adolescents, il faut noter l'importance grandissante prise par Kiri ("mini-Sigourney"). Parmi les jeunes, c'est la seule qui sort des clichés.
On ne s'étonnera pas non plus des conflits de générations (mis en scène de manière tout aussi caricaturale que dans le précédent film). Les ados ont besoin qu'on leur laisse de l'espace, de l'indépendance... et qu'on se montre compréhensif avec leurs défauts. Les parents commettent eux aussi parfois des erreurs et ils devraient davantage écouter la parole de leur progéniture. Voilà la morale 2.0 à la Disney-Cameron...
Les scènes de combat relèvent l'intérêt. Elle sont spectaculaires, incluant de petits rebondissements.
Mais le principal atout de ce troisième volet est l'introduction d'une nouvelle "méchante", la cheffe et prêtresse d'une tribu de pirates na'vi. Oona Chaplin a beau ne pas avoir été le premier choix de la production, elle est formidable dans le rôle de Varang. J'ai particulièrement aimé la séquence qui la voit se rapprocher de l'autre grand vilain de l'histoire, l'insubmersible colonel Quaritch (très bien doublé en français par Xavier Fagnon). Là, il y a du cinéma, avec un improbable duo, qui semble au départ voué à s'entretuer, avant de finir par partager la même couche...
On ne peut pas dénier à l'affrontement final des qualités épiques, mais l'on a déjà vu cela, chez Cameron, mais aussi chez Peter Jackson (dans la trilogie du Seigneur des anneaux) et chez Georges Lucas. En effet, l'ultime bagarre, entre deux protagonistes masculins, dans une ambiance apocalyptique (avec chants religieux en fond sonore) rappellera aux cinéphiles le duel Kenobi-Skywalker qui clôt La Revanche des Sith. C'est toutefois moins ridicule que la participation à la bataille d'une femme en fin de grossesse. Figurez-vous qu'elle accouche en plein combat, aidée par un personnage qui s'improvise sage-femme... et cela se passe à merveille !
Si le prochain scénario n'est pas plus original (et vraisemblable), il y a peu de chances que j'aille voir le numéro 4.
22:41 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : cinéma, cinema, film, films
lundi, 22 décembre 2025
L'Oeuf de l'ange
Sorti initialement il y a quarante ans, aujourd'hui restauré, ce long-métrage d'animation est l'une des premières œuvres de Mamoru Oshii, futur auteur de Ghost in the Shell. On y retrouve sa patte : une grande beauté formelle (avec les moyens de l'époque)... et un petit côté abscons, qui oblige à se triturer les méninges pour comprendre de quoi il est question.
Le début met en scène deux personnages. La première est une (très) jeune femme (ravissante), qui se réveille accompagnée d'un œuf, qu'elle va dissimuler sous sa robe, passant ainsi pour une femme tombée enceinte... par l'opération du Saint-Esprit ? C'est donc une figure mariale, qui baigne dans un symbolisme chrétien très présent. Ainsi, à plusieurs reprises, on entend sonner des cloches, dans ce monde post-apocalyptique, dont on nous dit qu'il a subi un déluge. A un moment, on voit même s'animer des figures humaines, courant s'adonner à ce qu'elles croient être une pêche miraculeuse. La suite semble montrer qu'elles lâchent la proie pour l'ombre, signe que nous sommes en présence d'une fable, ou d'une parabole.
Ce n'est pas toujours facile à comprendre mais c'est visuellement éblouissant. Le décor baigne dans les tons bleu nuit, avec du noir et du gris, alors que les deux personnages principaux sont plus colorés (surtout la fille). La bande son est constituée d'une musique parfois lancinante, avec des chants qui rappellent des cantiques.
Le deuxième protagoniste est un jeune homme armé, que l'on voit au début accueillir un vaisseau en forme d’œil gigantesque (celui de Dieu ?), hérissé de statues anthropomorphes (peut-être d'anciens humains). Cette sorte de chevalier, qui dit ne pas connaître son passé, décide d'accompagner la fille et son œuf. Assez rapidement, on s'aperçoit que la sorte d'arme qu'il porte sur son épaule est en forme de croix.
A ce moment-là, le mystère est total. Qui est ce jeune homme ? Qu'y a-t-il dans l’œuf ? D'où vient le vaisseau ? Pourquoi manger des flageolets fait-il péter ? Hélas, le film ne répond pas à toutes ces questions.
Que déduire de la suite ? Eh bien que, soit il est question d'une prophétie à accomplir, soit que l'enjeu est la naissance d'un Messie, à favoriser ou à empêcher.
J'ai trouvé ce film assez beau dans sa forme, mais déroutant sur le fond.
10:02 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
dimanche, 21 décembre 2025
Chasse gardée 2
Il y a un peu moins de deux ans, le premier Chasse gardée avait été un succès surprise, attirant près de deux millions de spectateurs dans les salles. C'est presque la même recette qui est à l’œuvre dans cette suite, avec la majorité de la distribution initiale, à laquelle on a ajouté quelques petits nouveaux, notamment un couple de grands bourgeois, l'épouse issue de l'aristocratie traditionnelle, l'époux enrichi dans les placements financiers.
L'arrivée de ce ménage très en phase avec la mondialisation heureuse ringardise le couple de bobos parisiens qui avait débarqué dans le premier opus. Ceux-là mêmes qui naguère regardaient avec condescendance les habitants du village paraissent à leur tour quelque peu provinciaux en comparaison de Stanislas et Bénédicte (qu'il convient d'appeler "Stan" et "Béné"). Comme on est toujours un peu le plouc de quelqu'un, il faut préciser qu'un invité surprise va ajouter un barreau sur l'échelle du mépris (lui-même ayant payé pour une chasse d'exception), tandis qu'à l'autre extrémité se trouve Benjamin, le crétin du village (joué avec une étonnante conviction par Julien Pestel).
C'est d'ailleurs avec ce personnage-ci que débute l'histoire. Je me dois de préciser qu'il est accompagné d'un animal domestique très particulier... Cette entame m'a mis de bonne humeur.
La suite, sans être originale, est assez réussie. Comme dans le premier film, l'arrivée d'un nouveau couple ne débouche pas immédiatement sur une guerre ouverte. Chacun fait des efforts pour s'intégrer, d'autant que Stanislas est le fils de Bernard et Bianca Olivia (Didier Bourdon et Isabelle Candelier, plutôt bien, ma foi). Ceci dit, dès les premiers plans s'installe ce que les djeunses d'aujourd'hui appelleraient une "gênance". C'est savoureux et bien interprété, notamment par Hakim Jemili et Camille Lou. Ce sont les "anciens nouveaux arrivants", désormais (presque) intégrés au village. Le personnage d'Adé (Camille Lou) nous réserve quelques surprises, au cours de cette histoire pleine de rebondissements...
Comme dans le premier film, un repas de groupe va fédérer une partie des habitants. Il se déroule dans une palombière haut-de-gamme, aménagée en hauteur. Durant cette soirée, le vin coule à flot, on mange copieusement, on chante, on danse, on observe les oiseaux... et, parfois, on tombe ! C'est peut-être la séquence la mieux mise en scène du film, un véritable moment de bravoure... qui est aussi un moment-clé, puisqu'au cœur de cette soirée se déploie une sorte de manigance.
Les seconds rôles sont toujours aussi bien campés, bien qu'un peu retrait par rapport au premier film. Thierry Lhermitte rejoue la même partition, tandis que Chantal Ladesous est cantonnée à quelques brèves apparitions, toujours plaisantes.
On sent que les réalisateurs ont voulu ménager la chèvre et le chou, histoire de plaire à tous les publics. (D'ailleurs, dans la salle où j'ai vu le film, l'audience était transgénérationnelle.) Citadins comme (néo)ruraux en prennent pour leur grade, dans une comédie mi-pinard mi-chichon, hétéro de base mais avec un soupçon d'homosexualité, où l'on mange de la viande de gibier tout en s'affirmant protecteur de la nature.
Cela m'amène aux défauts du film, comme la représentation en grande partie fantaisiste du comportement de certains animaux sauvages. Quel beau fantasme d'habitant des métropoles que de vouloir transformer des animaux sauvages en compagnons du quotidien ! La palme est décrochée par le loup, ici une sorte de chien sympatoche qui ne s'attaque qu'aux méchants humains. (C'est là qu'on se dit qu'il faudrait diffuser plus largement les photographies et films montrant ce redoutable prédateur égorger ses proies. Exemples de résultats dans les Hautes-Alpes, aux Pays-Bas et dans le canton de Vaud, en Suisse.)
A signaler tout de même dans cet amas plus ou moins convaincant la naissance d'une improbable histoire d'amour, entre la tarée des villes et le taré des champs. Dans le rôle de Sixtine, Diane Segard livre une belle performance. Cette relation débouche sur la scène finale, censée réconcilier (presque tous) les contraires.
C'est un peu trop consensuel à mon goût, mais j'ai bien rigolé.
17:17 Publié dans Cinéma, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, société
samedi, 20 décembre 2025
Panique à Noël
Cette fiction norvégienne associe acteurs réels (une famille d'humains pas très fut-fut, mais pas antipathiques non plus) et personnages animés (une famille de souris, celles-ci très intelligentes). Une rivalité s'installe entre les deux groupes lorsque les humains prennent possession de cette vieille demeure familiale, où le père n'avait plus mis les pieds depuis des années.
Au premier degré, c'est une comédie familiale, techniquement bien faite, qui prône le respect des différences et le "viiivrensemble". Les gags sont surtout visuels et l'on éprouve un certain plaisir à voir ces lourdauds d'humains se faire damner le pion par les facétieuses souris. Toutefois, à un moment, l'intrigue prend un tour presque dramatique, sans que cela devienne trop violent pour nos chères têtes blondes/brunes/rousses/chauves (rayer les mentions inutiles). J'ai apprécié que ce film d'abord destiné aux enfants n'emprunte pas trop le chemin de la mièvrerie.
... et c'est dû, je pense, à son sous-texte, qui sera perceptible uniquement par les adultes. En effet, on ne peut pas ne pas remarquer que c'est l'histoire de deux familles qui revendiquent le même foyer, la même maison, le même territoire. Les deux ont des prétentions légitimes. L'une des deux familles est plus puissante que l'autre, qui arrive néanmoins à lui tenir la dragée haute. Sur le fond, en dépit de leurs différences, un accord semble possible... Le film étant norvégien, pays qui a joué un rôle non négligeable dans la signature des Accords d'Oslo, je pense ne pas surinterpréter en affirmant que le film est, d'une certaine manière, une métaphore du conflit israélo-palestinien.
P.S.
En voyant ce long-métrage, une autre référence m'est venue en tête : Stuart Little, un "vieux" film (sorti en 2000) mêlant lui aussi acteurs réels et personnages animés. Il est actuellement disponible en replay gratuit sur le site de M6. En le revoyant, je me suis rendu compte que j'avais complètement oublié qu'Hugh Laurie (à l'époque pas encore connu comme Dr House) incarnait le père de famille un poil nunuche (alors que je me souvenais très bien de Geena Davis) :
Autre (re)découverte de taille : le scénario avait été écrit par M. Night Shyamalan !
18:43 Publié dans Cinéma, Proche-Orient | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films
L'Agent secret
Cet agent secret est Marcelo... ou bien Armando, un "réfugié"... ou bien un policier... ou alors un universitaire... à moins que ce ne soit un militant révolutionnaire, communiste ou anarchiste. (Sauf erreur de ma part, c'est aussi le titre sous lequel le film Le Magnifique -avec JP Belmondo- est sorti au Brésil.) L'incertitude subsiste durant la première partie de ce polar politique, parce que le réalisateur, Kleber Mendonça Filho (auteur, entre autres, des Bruits de Recife), ne dit rien ouvertement, mais suggère, notamment à travers les dialogues. C'est l'un des intérêts de ce film, que d'inciter les spectateurs à se creuser la cervelle... du moins, dans un premier temps, la dernière heure étant plus explicite.
Trois temporalités s'entremêlent. L'intrigue principale se déroule en 1977, en pleine dictature militaire brésilienne, avec des retours en arrière nous présentant la situation trois-quatre ans plus tôt. S'intercalent aussi des scènes de notre époque, celle-ci finissant par prendre le dessus, dans la séquence conclusive.
La majorité des personnages évoluent à Recife (ville chère au réalisateur), État du Pernambouc, dans le Nordeste à l'époque si pauvre. Certains des protagonistes ont un lien avec le Sudeste, notamment la région de Rio. Cet ancrage local permet au cinéaste de camper les effarantes inégalités sociales, qui pèsent jusque sur le devenir familial des enfants.
Dans ce Brésil dictatorial, les forces de l'ordre jouent un rôle crucial. Le début de l'histoire nous fait découvrir la police militaire, dont l'intégrité ne semble pas être la qualité principale. La suite met surtout en scène la police civile, en particulier une brigade criminelle... vraiment criminelle. S'ajoutent à cela des "intervenants illégaux", parfois anciens militaires, qui aident les ripoux dans leurs sales besognes.
Cette ambiance sombre est parsemée de rayons de soleil : les relations entre les "gentils" de l'histoire, en particulier ceux hébergés dans une étrange résidence, tenue par une vieille dame à la langue bien pendue, mais capable de garder certains secrets. J'ai aussi aimé l'insertion des requins dans l'histoire, ceux de fiction (des Dents de la mer) comme ceux de la réalité (vraiment gloutons).
On s'approcherait du chef-d’œuvre s'il n'y avait pas quelques imperfections, comme l'indolence de la réalisation, qui fait partie du style de Mendonça. J'ai donc trouvé cela un peu long... et pas toujours très bien joué, au niveau des seconds rôles. Heureusement, Wagner Moura et Sebastiana de Medeiros (qui incarne la mamie révolutionnaire) sont formidables.
17:42 Publié dans Cinéma, Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films, histoire
vendredi, 19 décembre 2025
Running Man
On doit cette nouvelle adaptation du roman de Stephen King à Edgar Wright, un habile faiseur que l'on a naguère vu à l’œuvre avec Baby Driver. On sait donc qu'on aura son content de scènes d'action, émaillées d'humour.
De ce point de vue le contrat est rempli. De l'entraînement des recrues du jeu télévisé mortel à l'affrontement final dans l'avion, en passant par la prise d'otage et la tuerie de l'hôtel, on nous en met plein la vue, améliorant même l'une des péripéties du roman, quand il est question du gars qui vit encore chez sa mère. (Dans le bouquin, il n'est question que d'une fuite en voiture, alors que le film propose une baston de plus, dans la maison familiale regorgeant de surprises.)
Malheureusement, cette débauche d'énergie et d'effets spéciaux se greffe sur un scénario peu vraisemblable... et limite putassier. Certes, dès le début, on se dit que le jeu est truqué et que, petit à petit, on va découvrir à quel point le public comme les participants sont manipulés. Cependant, dans son désir d'actualiser le contexte, on a doté le héros d'un bracelet connecté, sur lequel il peut suivre en temps réel l'évolution de sa cagnotte... et, dès le début, on comprend qu'ainsi il est géolocalisable... une faille qui n'est jamais évoquée ensuite dans le film, qui préfère reprendre l'argument de la piste laissée par les cassettes envoyées par le fuyard. Autre invraisemblance : présenter un monde futuriste scotché devant sa télévision, alors que ce sont plutôt les écrans de communication numérique qui sont appelés à jouer ce rôle.
De surcroît, certaines retouches à l'histoire d'origine paraissent ridicules, comme la scène qui voit le héros se balancer à moitié nu, une simple serviette nouée autour des hanches, à l'extérieur de son hôtel. (Il fallait bien exposer la plastique avantageuse de Glen Powell, qui a dû passer quelques heures sur le banc de muscu...) Du côté du "politiquement correct", il faut signaler l'interversion de l'apparence de deux protagonistes : le présentateur de l'émission télévisée et son producteur. Dans le film, les deux acteurs sont très bons... mais, dans le roman, c'est l'ordure de producteur qui est afro-américain, un détail qui a son importance quand certains des "traqueurs" se mettent à tenir des propos racistes. Tout ceci est évacué du film, très aseptisé par rapport au roman... et puant sur le fond. Sous prétexte de dénoncer le voyeurisme, il fait appel, chez les spectateurs, au même désir de voir des individus présumés nuisibles se faire dézinguer.
Que la conclusion de l'histoire ait été changée ne me gêne pas. C'est un détail insignifiant au regard des faiblesses du film. Lisez plutôt le bouquin :
20:38 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films













