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lundi, 06 avril 2026

David

   Ce film d'animation exploite un matériau biblique, celui des Livres de Samuel (figurant dans l'Ancien Testament). Il raconte l'ascension d'un jeune berger juif, qui se révéla d'abord par un exploit réalisé contre les Philistins, puis sa rivalité avec le roi Saül.

   L'intrigue prend à la fois la forme du conte pour enfant et du récit mystique. La jeunesse de David est dépeinte comme celle de beaucoup de personnes issues de milieux modestes. Il vient d'une famille nombreuse et garde le troupeau de moutons en pâture, le protégeant des attaques de prédateurs. Les animaux sont représentés un peu comme dans les anciens films de chez Disney. Ils ne parlent pas mais sont très expressifs (avec de grands yeux). David est très proche d'eux... y compris des prédateurs. On peut le voir comme un personnage en harmonie avec la nature... ou avec toutes les créatures de Dieu.

   C'est l'autre versant de l'intrigue : la foi du personnage principal, qui le conduit à "soulever des montagnes". Pour les non-croyants, je précise qu'il n'y a pas vraiment d'intervention divine dans le film. Ce sont les personnages les plus croyants qui réalisent des exploits. C'est une version religieuse du "croire en soi" qui est tant utilisé dans les fictions.

   On suit donc un nouveau "petit gars de la base" (peut-être le premier, en fait), qui va connaître un destin exceptionnel. L'épisode de la lutte contre les Philistins est attendu, pour l'affrontement entre David et Goliath, mis en scène avec une part de cocasserie. Plus tendue est la rivalité avec Saül, le roi des Hébreux, symbole d'un pouvoir corrompu, devenu tyrannique et sanguinaire, qui pourrait mener son peuple à la catastrophe. (Certains y voient une critique à peine voilée du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.)

   Il convient de signaler que ce film est une production d'Angel Studios, société à laquelle on doit le controversé Sound of Freedom et la série (christique) The Chosen. On ne s'étonnera donc pas qu'à un moment de l'histoire, David, fait prisonnier, soit attaché de manière à se retrouver quasiment en croix. Rappelons que la tradition le fait naître à Bethléem... tout comme Jésus. Les Évangiles ont été écrits de manière à présenter celui-ci comme un lointain successeur de David.

   Mais l'on peut regarder cette histoire comme l'illustration de mythes (plus ou moins fondés), avec une bonne qualité d'animation... et des chansons (façon Disney), dont le film aurait toutefois pu se passer.

11:04 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 05 avril 2026

Projet dernière chance

   Ce film d'anticipation présente une Terre menacée par le changement climatique une météorite une invasion extraterrestre une gigantesque épidémie de dysenterie la baisse d'activité du soleil, liée à l'action de bactéries. Une expédition-suicide est envoyée aux confins de la galaxie là où, peut-être, se trouve la solution.

   L'histoire commence avec le réveil du héros, Ryland Grace, placé en coma artificiel pour supporter le voyage. Il découvre qu'il est le seul survivant de l'expédition et peine à retrouver ses esprits : quel est le but exact de sa mission et pourquoi en fait-l partie ? Les souvenirs qui lui reviennent par bribes nous sont proposés sous la forme de retours en arrière. Heureusement qu'il y a ces moments, parce qu'à l'image de Ryland dans le vaisseau, on s'emmerde un peu pendant cette première partie. Les séquences les plus intéressantes sont celles qui voient le scientifique expérimenter dans son labo terrestre, puis débarquer sur un gigantesque porte-avion, refuge des meilleurs chercheurs de la planète.

   C'est donc bourré d'humour, conforme à la "patte" des réalisateurs, Phil Lord et Christopher Miller, auxquels on doit, entre autres, La Grande Aventure Lego. Cet humour a toutefois ses limites : au bout d'un moment, j'en ai eu un peu marre des maladresses répétées de Ryland, censées être attendrissantes. On a bien compris que l'humain complètement perdu du début allait peu à peu se transformer en véritable héros, mais, vu de mon siège, ce fut long à venir.

   Fort heureusement, le docteur Grace fait la connaissance d'une araignée-rocher tout aussi isolée que lui, sur son propre vaisseau. Il la (ou plutôt le : c'est un mâle) baptise Rocky. Les deux êtres vont se découvrir, apprendre à communiquer, se connaître, s'apprécier... au point de cohabiter. La limite est qu'ils ne peuvent vivre dans la même atmosphère. C'est bien foutu sur le plan technique (tout comme les scènes spatiales d'ailleurs) et, peu à peu, l'émotion nous gagne devant cette amitié grandissante, soumise aux aléas du grand vide intersidéral.

   Les vieux cinéphiles percevront quantité de références, à 2001 L'Odyssée de l'espace, Seul sur Mars, E.T., Mission to Mars, Interstellar... Le matériau n'est donc pas de première fraîcheur mais, franchement, cette histoire d'amitié emporte le morceau. Ryan Gosling, Sandra Hüller et l'animal virtuel sont très bien. C'est un peu long à mon goût (avec parfois, une musique trop présente), mais l'on passe un bon moment.

09:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 04 avril 2026

Plus fort que moi

   Le titre français du film de Kirk Jones tente, à l'image du titre originel (I Swear, traduisible par "Je jure" ou "Je le jure"), de jouer sur un double sens. Le héros, John Davidson, est atteint du syndrome Gilles de La Tourette, qui lui fait proférer des grossièretés malgré lui... et, tout au long du film, on se demande si ce handicap va l'engloutir ou bien s'il va parvenir à vivre avec.

   Le pire dans cette histoire est qu'il n'est pas né avec. Vers l'âge de treize ans (en 1981), John commence à en ressentir les premiers symptômes. Cela bouleverse sa vie, puisqu'il venait d'intégrer un prestigieux établissement secondaire et qu'il avait été repéré comme jeune gardien de but prometteur (au football). La première demi-heure montre l'écroulement de son monde, accentuée par l'incompréhension de ses proches, le syndrome étant largement méconnu à cette époque.

   Le jeune acteur (Scott Ellis Watson) est formidable (et il ressemble physiquement à celui qui incarne John à l'âge adulte), mais ce n'est rien à côté de la performance de Robert Aramayo, é-pous-tou-flant.

   Si cette première partie comporte quelques moments cocasses (liés au développement de la maladie), le ton en est tout de même majoritairement sombre. Il faut signaler aussi la bonne prestation de Shirley Henderson (connue, entre autres, pour ses participations à la saga Harry Potter et à la franchise Bridget Jones) : elle a la tâche (redoutable) d'incarner la mère du héros, qui s'est éloignée de son fils.

   L'histoire (réelle) aurait pu s'arrêter là, par exemple à la tentative de suicide du garçon. Heureusement pour lui (et pour le film), il a rencontré deux bonnes fées sur son chemin. La première est la mère de son meilleur ami, une infirmière, frappée par un cancer, qui veut mettre à profit les derniers mois de sa vie pour tenter de sauver le jeune homme. La seconde est le gardien de la salle polyvalente locale, interprété par l'excellent Peter Mullan.

   Après une ellipse, on retrouve le garçon à l'âge adulte. Même s'il est épaulé, les difficultés demeurent, qui le mènent soit au commissariat, soit au tribunal, soit... à l'hôpital. C'est vraiment poignant... et malgré tout émaillé d'humour. (Je recommande tout particulièrement la rencontre entre deux "Tourette", à l'arrière d'une voiture, et la réunion de groupe, dans la salle de sports.) Il y a du (premier) Ken Loach dans cette fresque écossaise, à entendre en version originale, pour profiter des accents rocailleux.

   La durée (deux heures) est à peine perceptible, tant les montagnes russes de l'existence de John sont captivantes. On passe par plusieurs stades d'émotion.

   C'est un film à voir absolument... et il figurera sans doute dans mon palmarès 2026.

vendredi, 03 avril 2026

La Guerre des prix

   Audrey, fille d'agriculteurs, travaille dans la grande distribution, quelque part dans l'ouest de la France. Sérieuse, efficace, elle est devenue cheffe de rayon et peut, à terme, ambitionner la direction d'un magasin. Elle est remarquée par la direction du groupe, en quête de nouvelles têtes pour travailler à la centrale d'achats, celle qui négocie avec les producteurs. Audrey intègre l'équipe de la section "produits laitiers", l'une des plus prestigieuses, dirigée par une légende de la boîte, Fournier.

   Ces deux personnages marquants sont très bien interprétés par Ana Girardot et Olivier Gourmet. La première, qui ne choisit pas toujours bien ses rôles, incarne ici une jeune femme ordinaire, qui a l'occasion de devenir une "transfuge de classe"... si elle accepte d'avaler quelques couleuvres. En face, Gourmet est une fois de plus impeccable. Son personnage, ombrageux, taiseux... et hyper-méticuleux, a plus de points communs avec Audrey que celle-ci ne le pense, de prime abord. Il a commencé comme boucher dans une grande surface, avant de gravir les échelons, un à un.

   Deux univers nous sont décrits : celui de l'exploitation familiale (de bovins-lait bio), dirigée par le frère d'Audrey (formidable Julien Frison) et celui de l'entreprise Derval, en particulier les négociations commerciales. Celles-ci donnent lieu à des scènes (remarquables) qui se situent quelque part entre le jeu d'échec et le round de boxe (sur le plan verbal). Le but est d'obtenir le maximum de son interlocuteur... (presque) tous les coups sont permis.

   Ana Girardot fait très bien sentir les questionnements intérieurs de son personnage, alors que Gourmet est chargé d'humaniser (un peu) celui qui apparaît parfois comme un super-prédateur, prétendant être au service des clients de ses magasins. Un troisième acteur intervient dans ce petit jeu entre petits producteurs et distributeurs : l'industriel Lactéos (décalque évident de Lactalis, Derval pouvant symboliser Leclerc).

   Les seconds rôles sont eux aussi bien campés : Aurélia Petit en pédégère (apparemment) empathique, Yannick Choirat en petit patron pris en tenailles, Camille Moutawakil en négociatrice pugnace, mais qui aime faire la bringue...

   Trois arcs narratifs tournent autour d'Audrey : l'évolution (délicate) de l'exploitation familiale, la carrière de la jeune femme dans la grande distribution... et la possibilité d'une histoire d'amour, improbable, douce et peut-être piégeuse.

   Comme ce n'est évidemment pas un conte de fées, on prend une belle claque et, si on l'ignorait, on découvre pourquoi une partie du monde paysan disparaît, sur fond d'idéologie consumériste, qui fait croire aux masses que le but de la vie est d'acquérir un maximum de choses à bas prix, sans penser aux conséquences.

dimanche, 29 mars 2026

Les Rayons et les ombres

   Auréolé du succès (public comme critique) d'Illusions perdues, Xavier Giannoli a eu les moyens de se lancer dans un projet plus risqué, celui d'un biopic double, croisement des vies d'un père et de sa fille, à savoir Jean et Corinne Luchaire.

   Utilisant les retours en arrière pour entremêler les époques, Giannoli nous livre une véritable fresque, de l'Entre-deux-Guerres aux lendemains de la Libération, en passant bien entendu par la période d'occupation allemande et de collaboration.

   La distribution est éblouissante. Pour lancer le film, on a beaucoup communiqué sur Jean Dujardin, qui parvient à faire ressentir les ambiguïtés de son personnage, jusque dans sa lâcheté lucide. Il est un autre acteur qui réussit tout aussi bien à incarner un individu trouble : August Diehl, remarquable en Otto Abetz, même si je trouve que Giannoli (de manière encore plus évidente avec lui qu'avec Luchaire/Dujardin) gomme certains aspects déplaisants (ou ne les aborde que de manière allusive) pour rendre ses protagonistes plus "aimables".

   A ce duo de paires de couilles il faut ajouter Nastya Golubeva (eh oui, encore une "fille de"), dont je n'attendais pas grand chose, mais qui m'a épaté dans le rôle. A certains moments, elle vole la vedette à Diehl et Dujardin, ce qui n'est pas une mince affaire. Je regrette toutefois que, dans la dernière période de la vie de l'héroïne, on ne l'ait pas véritablement enlaidie : la maladie, les excès divers et le désespoir avaient fait vieillir prématurément Corinne Luchaire, qui, à la veille de sa mort, ne ressemblait plus guère à la starlette des débuts.

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   L'autre intérêt du film est sa volonté d'expliquer en nuances l'adhésion à la Collaboration. Certains Français s'y sont lancés par fidélité au maréchal Pétain, d'autres par sympathie pour les thèses nazies, d'autres encore par opportunisme. Concernant Jean Luchaire, il semble que ce soit le pacifisme qui l'y ait mené. Mais, très vite, ce sont les préoccupations matérielles qui ont pris le dessus, l'humaniste rigoureux du début finissant dans les partouzes cocaïnées auxquelles participaient certains officiers des troupes d'occupation...

   Je reproche au film de situer tard dans le temps le basculement de Luchaire, alors que, dès le début de 1941, il a tenu des propos ouvertement antisémites. Giannoli passe aussi rapidement sur le séjour à Sigmaringen, cette "colonie des collabos" durant laquelle Luchaire ne s'est pas contenté d'être observateur. En Allemagne même, il a de nouveau dirigé un journal (et une radio) pro-nazi.

   Quoi qu'il en soit, en dépit du brio qui est à l’œuvre, je suis resté un peu extérieur au film. Giannoli a beau s'appesantir sur les effets de la tuberculose, les souffrances ressenties par ses héros sont bien peu de choses au regard de celles subies par tant de personnes, bien plus recommandables, sous l'Occupation. Le journaleux adepte des compromissions et sa petite fille gâtée demeurent peu sympathiques et j'adhère totalement au réquisitoire du procureur (excellent Philippe Torreton), qui arrive bien tard.

   Du point de vue des nuances, j'ai quand même apprécié qu'on ne nous montre pas les résistants systématiquement comme des chevaliers blancs de la démocratie. Certains d'entre eux (notamment parmi ceux qui se sont "engagés" après le 6 juin 1944...) sont présentés comme de sales types, pitoyables en comparaison de celles et ceux qui ont été des héros.

   Globalement, le film, bien fichu, supporte la distance (3h20...), même s'il comporte quelques longueurs.

They will kill you

   C'est cet inquiétant message (« Ils vont te tuer ») que l'héroïne Asia Reaves trouve inscrit dans la salle de bains de son nouveau logement, situé dans un hôtel haut-de-gamme, où elle vient de se faire embaucher.

   Curieusement, dans cet établissement, tous les clients sont blancs et toutes les employées de service sont noires, obéissant au doigt et à l’œil à une sorte de gouvernante, (très bien) interprétée par Patricia Arquette.

    Asia  donc du souci  à se faire, puisqu'elle a mis le pied dans un véritable nid de guêpes... mais, ce que les employeurs, collègues et clients ignorent, c'est qu'elle a tout fait pour arriver ici, à la recherche de sa sœur disparue... et qu'elle est bigrement coriace. Mais, ça, nous spectateurs le savons depuis le début, puisqu'Asia est jouée par Zazie Beetz, qui fut Domino dans les Deadpool... et incarna récemment une redoutable tueuse dans Bullet Train.

   D'ailleurs, les références cinématographiques sont nombreuses : l'hôtel-forteresse rappelle un peu celui de John Wick, la mise en scène de l'exploitation de Noirs pauvres par de riches Blancs, sur fond de film de genre, fait écho à Get Out... et la fureur vengeresse d'Asia, sabre au clair, rappelle celle d'Uma Thurman dans Kill Bill... et l'évasion d'Harley Quinn dans The Suicide Squad.

   C'est bien réalisé, s'appuyant de bons effets spéciaux et, au début du moins, c'est nourri d'humour macabre. Le premier affrontement entre Asia et certains des occupants de l'hôtel est de toute beauté. 

   La suite est moins enthousiasmante. Au niveau du scénario, on a voulu nous ménager quelques surprises : on sort du simple parcours sanguinolent de l'héroïne dézinguant tout sur son passage pour arriver à ses fins. Pour une raison que je ne vais pas divulguer, ses adversaires se révèlent plus coriaces que prévu. On nous propose donc tout une série d'affrontements, avec giclures de sang, étripements, décapitation et amputations diverses. C'est assez réjouissant (notamment lorsqu'est introduit le "périple d'un œil", très drôle), mais cela finit par devenir répétitif. De plus, les retrouvailles entre les sœurs manquent d'intensité, je trouve. L'émotion a du mal à filtrer.

   On passe quand même un bon moment, mais le film n'est pas une complète réussite.

10:10 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 28 mars 2026

Police Flash 80

   C'est le nom d'une nouvelle unité d'élite de la police, chargée d'endiguer le trafic de drogues qui gangrène un arrondissement parisien. Quand vous saurez que le commissaire qui lance cette unité est interprété par Philippe Rebbot et que l'officier de police chargé de la diriger est incarné par François Damiens (avec plein de cheveux), vous aurez compris que la rigueur méthodologique n'est pas la qualité première de ce groupe de policiers, a priori peu portés sur le code de déontologie, pas hyper sportifs, ayant plutôt tendance à enchaîner clopes et boissons alcoolisées.

   L'ambiance des années 1980 est parfaitement restituée : voitures, meubles, vêtements, coiffures (mon Dieu...), téléphones... et musiques nous plongent (nous, les vieux cinéphiles) dans un véritable bain de jouvence, qui culmine lorsqu'il est fait appel à un tube de Michel Sardou, pour sortir un flic infiltré d'une situation délicate. La séquence est totalement invraisemblable, mais jouée avec conviction par les comédiens, ce qui la rend savoureuse.

   Du côté de l'interprétation, aux deux zigues déjà mentionnés il faut ajouter Audrey Lamy (excellente) et Thomas Ngijol (épatant dans un rôle très différent de celui d'Indomptables). Je me dois de signaler aussi deux seconds rôles bien campés : Marfoud (par Brahim Bouhlel) et Roberto (par Xavier Lacaille)... et (définitivement) NON à la coupe mulet !

   Même si tout n'est pas réussi dans cette pochade, elle m'a arraché plusieurs éclats de rire ce qui, en cette époque tristement belliqueuse, fait un bien fou.

09:21 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 27 mars 2026

Lupin III - La lignée immortelle

   Il y a un peu plus de cinq ans, j'avais beaucoup aimé une précédente adaptation en long-métrage des aventures d'Edgar, petit-fils d'Arsène Lupin, as du cambriolage. D'autres sont sorties depuis, mais c'est la première que je vois en salle. On la doit à un réalisateur différent (familier de l'univers de Lupin), Takeshi Koike, alors que l'excellent Takashi Yamazaki, (directeur de The First) se consacre désormais à Godzilla.

   Les dix premières minutes résument les précédentes aventures du quatuor de héros. Edgar est bien entouré, puisqu'il peut compter sur les services d'un tireur d'élite, d'un samouraï d'exception... et d'une espionne ultra bad ass. Ce résumé est particulièrement utile, parce que les héros vont retrouver sur leur route leurs anciens adversaires, mais dans des circonstances différentes.

   L'essentiel de l'intrigue se déroule sur une île absente des cartes, située à plusieurs centaines de kilomètres de la Floride. Sa forêt luxuriante peine à masquer l'accumulation d'équipements militaires d'âges et de tailles divers, certains en parfait état de fonctionnement. D'étranges humains, à moitié dégénérés, hantent cette île, contrôlée par un mystérieux duo, composé d'une petite fille et d'un adulte âgé et musculeux.

   Un complot se trame dans l'ombre et l'île regorge de pièges, auxquels les héros -et leurs (anciens ?) ennemis- tentent d'échapper.

   Les rebondissements sont nombreux, les péripéties souvent violentes (à déconseiller aux plus jeunes, donc). On ne s'ennuie pas, d'autant qu'une musique entraînante (mélange de références jazzy et d'airs contemporains asiatiques) accompagne le tout.

   Le style des dessins est assez différent de celui de The First, mais cela passe sans problème, puisque c'est raccord avec la musique.

   Il manque toutefois un ingrédient, qui faisait le sel du manga et de ses premières adaptations animées : l'humour. L'histoire est trop sérieuse à mon goût (alors que le film baigne dans un doux délire visuel). Du coup, en dépit d'indéniables qualités, ce film-ci m'a un peu déçu.

18:50 Publié dans Chine, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 21 mars 2026

Planètes

   Ce film est un poème musical naturaliste, contant l'histoire d'une famille Pissenlit, visiblement deux adultes (un papa, une maman ?) et deux enfants (peut-être une fille et un garçon... mais c'est laissé à la libre interprétation de chacun). Ils sont nés sur une planète d'où l'ont voit la vie disparaître (des suites d'un cataclysme)... avant de réapparaître, laborieusement, sur une planète voisine (qui, elle, n'est pas rouge). C'est une évidente allusion au duo Mars-Terre... et un rappel que la vie sur notre planète est sans doute d'origine extra-terrestre... mais pas sous la forme de graines de pissenlit.

   Visuellement, dès le début, c'est emballant. A l'écran s'entremêlent (parfois de manière indistinguable) des prises de vue réelles et des images de synthèse. Les végétaux rencontrent une ribambelle d'animaux (précisément nommés dans le générique de fin, au défilement hélas trop rapide) : abeille, scarabée, papillon, luciole, grenouille... et limaces, absolument superbes ! (Si, jadis, on m'avait dit que j'écrirais ce qui précède, j'aurais éclaté de rire...) 

   Les mouvements des lamelles des pissenlits (organisés comme une chevelure) et l'ajout de petits sons anthropomorphisent ces personnages. Dit comme ça, ça a l'air un peu con, mais, franchement, c'est réussi, tout en restant gracieux.

   Cela ne dure qu'1h10, un petit moment de communion avec la nature, dans une ambiance survivaliste.

Alter Ego

   Les cinémas aveyronnais n'ont pas eu droit à ce film en sortie nationale, ni même en deuxième semaine. Il convient donc de se débrouiller pour parvenir à voir cette comédie française, doublement servie par l'un des meilleurs acteurs de sa génération, récemment césarisé.

   La performance de Laurent Lafitte, qui incarne deux hommes très ressemblants physiquement, mais très différents mentalement, mérite à elle seule la vision de ce film. Le maquillage, les vêtements et la capacité du comédien à adopter des attitudes différentes instillent le doute : l'un des deux (en plus d'être quasiment chauve) a de grands cernes sous les yeux, des sourcils légèrement différents et s'habille sans élégance (au point de paraître empâté, à côté de son double) ; l'autre est plus souriant, plus sportif (du coup on le croit plus svelte), a meilleure mine. Le jeu des sept erreurs, auquel on peut s'amuser au cours de certaines scènes, est assez jouissif.

   Mais le rire surgit surtout de l'absurdité de la situation. Alex est le seul à remarquer la grande ressemblance entre lui et Axel. Les deux prénoms sont presque identiques, à l'image des personnages, qui habitent des maisons jumelles, symétriques, comme leurs places au bureau : figurez-vous que le nouvel arrivant du quartier travaille dans la même boîte que le héros !

   Du coup, on sort un peu du réalisme, pour tomber parfois dans une sorte de thriller quasi fantastique. On se doute bien qu'il y a anguille sous roche, quelque part... mais où exactement ? Alex est-il un peu cinglé ou bien certains personnages nous cachent-ils quelque chose ? Un peu à l'américaine l'états-unienne, le duo Charlet-Lavaine montre les secrets et les tensions sous-jacentes de cette banlieue de classe moyenne, où, au premier regard, tout semble beau, propre et riche.

   Ce n'est pas aussi hilarant qu'on nous l'a parfois dit, mais c'est une très bonne comédie.

08:32 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 20 mars 2026

Jumpers

   Mabel est une écolière turbulente, qui devient une (brillante) étudiante révoltée, contre l'injustice du monde, les règlements scolaires, les promoteurs immobiliers, les mauvais traitements infligés aux animaux... et la mort de sa grand-mère. En se rapprochant (physiquement... et mentalement) des bêtes sauvages, elle va mûrir, donner un sens à son existence... et découvrir à quel point la vie peut-être complexe.

   Si, au départ, j'ai hésité à aller voir ce qui ressemblait furieusement à de la propagande bobo-écolo, après coup, je ne regrette nullement : c'est un excellent Pixar.

   C'est d'abord souvent drôle, à travers la vie perturbante et perturbée de l'héroïne, dont la rébellion prend parfois un tour cocasse (y compris à ses dépens). 

   La première partie se teinte rapidement d'émotion, à travers la relation qu'entretient Mabel avec sa grand-mère, qui vit dans une maison à l'écart de la ville, près d'un étang où elle entre en harmonie avec la nature... et préserve sa sérénité. J'ai été particulièrement touché par ces aspects, le personnage de la mamie étant vraiment bien caractérisé.

   La comédie, mâtinée de science-fiction, reprend ensuite le dessus, quand Mabel "s'animalise" (dans des circonstances que je me garderai de révéler). Le monde sauvage bénéficie d'une animation remarquable (impressionnante sur grand écran). J'ajoute que l'amour de la nature ne porte pas d’œillères (contrairement à tant de documentaires animaliers) : on voit certaines bêtes en manger d'autres (certes fugacement). C'est "la loi de l'étang", comme il est dit dans le film... ou, plus simplement, la loi de la nature.

   A ce contact, Mabel évolue. Un vieux castor va lui donner une belle leçon de sagesse. La zadiste du début devient une adulte responsable, capable de nuancer.

   Ne croyez cependant pas que le propos moraliste soit chiantissime : c'est diffusé à travers une flopée de rebondissements, la séquence de la voiture du maire étant particulièrement enlevée (avec une piquante utilisation du smartphone). Adultes comme enfants rient : le double niveau d'interprétation fonctionne à merveille, avec des clins d’œil cinéphiliques ou culturels. 

   J'ai passé un excellent moment.

16:11 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 14 mars 2026

ATHOS

   Il ne va pas être question d'une histoire liée aux Trois Mousquetaires (ni préquelle, ni spin-off)... mais de la Patrouille de France, dite aussi la PAF (pour Patrouille Acrobatique de France). Vers la fin du film, on apprend toutefois le lien qui existe entre le nom de code des avions (numérotés de 1 à 8) et l’œuvre d'Alexandre Dumas : en vol, c'est « tous pour un et un pour tous ».

   Le réalisateur Mathieu Giombini est un ancien directeur de la photographie (notamment sur le documentaire Le Chêne). Il a donc apporté un soin particulier à la manière de filmer les avions et les paysages. C'est pour moi la plus belle partie du film, avec des plans tournés de l'extérieur comme de l'intérieur des appareils et de très belles vues de la Provence (où se trouve le camp de base de l'unité), du Perthois (en Champagne), de la Corse et (un peu) de Paris.

   Il me faut cependant préciser que ces images occupent à peine 20 % du film, où les entretiens sont majoritaires. (On est donc loin du dernier Top Gun.) Pilotes (anciens comme nouveaux), officiers de l'unité, intervenants divers sont sollicités pour nous faire comprendre le fonctionnement de la PAF et la complexité de leur travail. Celui est organisé sur une année civile. Giombini a suivi la "promo" 2025, d'une passation de pouvoirs à l'autre, avec changement d'équipe.

   Les pilotes sont tous des militaires ayant auparavant officié sur des Rafales. On les voit donc surpris de constater à quel point les Alpha Jets (de conception plus ancienne) font un peu "vieille bécane" à côté des bijoux de technologie que sont les chasseurs dernier cri de chez Dassault. Autre surprise : l'absence de simulateur de vol. C'est sur le terrain... et dans la tête que se préparent les sorties et les chorégraphies en l'air. Il y a d'ailleurs quelque chose de gracieux dans la manière dont les pilotes (en particulier le chef d'équipe) visualisent leurs futures acrobaties.

   De l'automne au printemps, la nouvelle équipe s'entraîne, apprend à évoluer en groupes de 4, 6 ou 8 appareils, pour réaliser diverses figures. L'objectif est d'être fin prêts pour le 14 juillet et les meetings aériens organisés en France à la belle saison.

   Un accident est venu entacher le tournage. Il s'est produit il y a presque un an tout pile, sous les yeux du réalisateur. En mars 2025, Giombini et son équipe avaient déjà bien avancé dans le tournage du documentaire. Ils étaient si bien intégrés au groupe que le cinéaste avait été accepté comme passager lors d'une sortie... qui n'a finalement pas eu lieu. L'accident qui s'est produit ce jour-là (et qui avait fait la Une des médias) a été délicatement intégré au film. Du côté de l'armée, il a fallu ensuite réorganiser l'équipe de pilotes, y intégrer deux nouveaux membres et reprendre les entraînements.

   Au final, c'est moins spectaculaire que ce que j'espérais, mais c'est une belle aventure humaine, à voir sur grand écran.

21:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

E.P.i.C.

   Avec G.O.A.T. (dans un tout autre genre), c'est le deuxième film sorti récemment dont le titre est un acronyme : ici, le terme que l'on pourrait traduire par « épique » signifie aussi Elvis Presley in Concert.

   C'est à Baz Luhrmann (réalisateur d'Elvis) que l'on doit ce documentaire hommage, conçu pour particulièrement mettre en valeur la période Las Vegas de la carrière du King. Pour cela, il a collecté un important matériau : des séquences issues de précédents documentaires, assez anciens, des extraits de programmes télévisés, mais aussi des images méconnues, tournées pendant des séances de répétition ou d'enregistrement. Ajoutez à cela divers extraits de concerts, le tout restauré, remastérisé (pour le son) et vous obtenez une formidable collection de moments, hélas placés un peu dans le désordre. Pour s'y retrouver, mieux vaux bien connaître la carrière d'Elvis... ou se fier à son apparence physique, sa coiffure comme son degré d'empâtement indiquant à quelle période l'on se trouve.

   Le résultat est... étourdissant. Le film est fait pour être vu dans une salle dotée des meilleurs équipements, par exemple la technologie ICE présente dans certains cinémas CGR (pas celui de Rodez, hélas). C'est donc au cours d'un déplacement que je me suis offert cette expérience, dans une salle dont le public était, de manière surprenante, très diversifié (avec un assez grand nombre de jeunes adultes, plutôt de sexe féminin). Parmi les vieux briscards présents se distinguaient plusieurs individus dotés d'une coiffure particulière...

   Bref, l'ambiance était bonne et, dès que le film a été lancé, assez souvent, nous avons été quelques-uns à avoir des fourmis dans les jambes. Sur le plan sonore, c'est vraiment emballant. On nous propose un florilège étendu et diversifié des chansons du King, certaines très connues, d'autres moins, dans des styles différents, de la country au gospel, en passant par le rhythm and blues, le rock et même de la variété.

   Visuellement, c'est aussi très intéressant. Je vais enfoncer une porte ouverte, mais Elvis était vraiment une bête de scène (et un putain de beau gosse, au moins jusqu'à 35 ans). Les extraits de concert son souvent impressionnants.

   C'est aussi bourré d'humour... celui d'Elvis. Je n'avais pas le souvenir d'un personnage aussi facétieux. C'est notamment l'intérêt des séquences d'enregistrement et de répétitions : outre la qualité de ses musiciens, on découvre l'icône sous un autre jour... et c'est passionnant.

   Luhrmann n'a pas voulu s'appesantir sur les dernières années de la résidence "végassienne". Son film, incomplet, n'est pas parfait, mais, franchement, quand ça s'arrête, on en reprendrait bien une louche.

vendredi, 06 mars 2026

Les Enfants de la Résistance

   J'ai vu l'adaptation de la bande dessinée à succès, centrée sur les deux premiers tomes, Premières actions... 

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   ... et Premières répressions :

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   Les scénaristes n'en ont gardé que la trame générale et la caractérisation de certains personnages.  Si, de prime abord, l'on saisit qu'il fallait un peu "élaguer" dans les quatre-vingt-dix pages de la BD pour faire tenir l'histoire en 1h40, on comprend un peu moins quand on voit ce qui a été rajouté à la place...

   Au niveau des acteurs, les adultes s'en sortent bien, en général. Artus est une bonne surprise en père ancien combattant, Jugnot fait le job en curé de campagne (très différent de celui de la BD mais cela passe) et ceux qui incarnent les nazis sont très bien (c'est-à-dire de parfaits salauds). Côté allemand, on a eu l'élégance d'introduire de la nuance : certains soldats n'ont rien d'extrémiste, ils sont simplement pris dans le flux de l'Histoire.

   Mais tous les enfoirés de service ne sont pas aussi bien joués. Julien Arruti tente de casser son image en jouant un cafetier collabo, mais il n'est pas terrible. J'ai eu l'impression de me trouver devant une mauvaise copie de ce que j'avais vu ailleurs, il y a bien longtemps (par exemple dans Uranus ou Au bon beurre).

   Les autres déceptions, au niveau de l'interprétation, sont les enfants. Leurs dialogues sont mal écrits (ils parlent un peu trop comme des adultes) et les acteurs sont souvent approximatifs. J'ai aussi été horripilé par l'un des changements introduits (par rapport à la BD) : la tension (factice) qui s'instaure entre l'un des garçons et la petite réfugiée, dont on comprend dès le départ qu'ils vont finir par s'adorer. C'est du niveau d'un téléfilm de France Télévisions...

   C'est dommage, parce que l'histoire est belle et que le matériau de départ (les bandes dessinées) était de qualité. Je ne saurais donc trop recommander de lire les différents tomes, bien plus subtils que le film, et accompagnés (en fin de chaque volume) par un petit dossier historique. Si ce film médiocre incite des jeunes à s'intéresser (de manière un peu plus rigoureuse) à cette époque trouble, il aura servi à quelque chose.

jeudi, 05 mars 2026

Rural

   Il y a un peu plus de six ans, Edouard Bergeon avait rencontré un succès surprenant (et mérité) avec une fiction paysanne, Au nom de la terre (qui a atteint deux millions d'entrées). Cette fois-ci, il s'agit d'un documentaire, consacré à Jérôme Bayle (prononcer "Bail-le"), éleveur de vaches limousines (une bonne race à viande) en Haute-Garonne, pas très loin de Toulouse. Il s'est fait connaître par le mouvement de blocage de l'autoroute A64 (à ne pas confondre avec l'A69).

   Le propos du film, très empathique, tourne autour du travail paysan (au XXIe siècle), de l'engagement (syndical, politique) et de la vie personnelle.

   Le travail de l'éleveur n'est pas l'objet principal du film. On nous montre tout de même J. Bayle avec ses bêtes, dans les prés ou dans une stabulation. Il est aussi question du travail de la terre : l'éleveur produit une grande partie de l'alimentation de ses animaux (ce dont sa mère se montre fière : il travaille un peu "à l'ancienne"). L'agriculteur semble disposer d'un matériel assez important. Je présume qu'il est propriétaire de la majorité, puisqu'il y a deux ans de cela, quand certains médias avaient évoqué ses difficultés économiques, il avait été question de son endettement (sans doute pour acheter du matériel). Sur le plan économique, l'une des plus belles séquences est celle de la vente aux enchères : le prix payé au kilo (entre 6 et 14 euros, selon la bête) est un enjeu crucial, une vache "bien" vendue assurant un à trois mois de revenu.

   C'est précisément la dégradation des conditions de vie des éleveurs (et la menace que représente le traité avec le Mercosur) qui a motivé le mouvement des "ultras de l'A64". Pour cette partie, Bergeon a recours à beaucoup d'images d'archives. A celles et ceux qui ont suivi de près cette actualité, le film n'apprendra pas grand chose. Certaines images me semblent cependant inédites, comme celles de la rencontre de Gabriel Attal à Matignon (celles tournées -avec le même Attal- chez Bayle comme sur l'A64 ayant été déjà diffusées). Il y a aussi la rencontre (non fortuite) avec Emmanuel Macron lors du Salon de l'agriculture... et il y a la participation à une réunion d'information, à Toulouse, avec des écologistes... et Marine Tondelier en invitée vedette. (On sent qu'une partie du public est dubitative : l'éleveur n'est pas bio, même s'il se démarque du productivisme des cadres de la FNSEA... et il est chasseur.)

   Mais, plus que sur le plan politique, c'est sur le plan syndical que le film est intéressant. Lors de son installation, J. Bayle était membre de la FDSEA (branche départementale de la FNSEA). Il s'en est éloigné et a créé son propre mouvement... qui a remporté les élections à la Chambre d'agriculture de Haute-Garonne, en 2025. Le film montre la naissance du mouvement qui conduit à la formation de listes (avec peu de femmes, comme ailleurs, souvent)... et à la campagne victorieuse. Les succès remportés par Bayle (ainsi que son aura médiatique) ont suscité quelques jalousies, matérialisées par des commentaires acerbes sur les réseaux sociaux, véritable plaie de notre époque.

   Devenu une puissance avec qui compter, J. Bayle a les honneurs d'une visite privée, celle d'Arnaud Rousseau, l'influent président de la FNSEA. La conversation (autour d'un bon repas) est cordiale, mais les différences entre les deux hommes sont criantes. D'un côté, on a l'un des plus gros agriculteurs de France (un céréalier), passé par une prestigieuse école de commerce privée, sûr de lui, qui pense profit, marché, entreprise. Face à lui, on a un gars qui se destinait à devenir soit maçon soit joueur de rugby professionnel, un défenseur de l'agriculture familiale, celle qui est en train, petit à petit, de disparaître.

   Elle risque de disparaître d'abord faute de combattants. Le nombre d'agriculteurs ne cesse de diminuer. Seule une partie des enfants de paysans souhaite prendre la suite des parents. Sur son exploitation, Bayle travaille avec sa mère. (Son père s'est suicidé, point commun avec le réalisateur.) Il n'est pas marié, n'a pas d'enfant. Son quotidien change lorsqu'une famille vient s'installer sur une maison qu'il a sans doute construite, pas très loin de son exploitation. Au départ, il pense surtout en tirer un complément de revenu, mais la surprise vient des enfants (un garçon et une fille), de petits citadins que la vie à la ferme va captiver. On sent l'éleveur touché par ces gamins, auxquels il peut tenter de transmettre sa rigueur et sa passion.

dimanche, 01 mars 2026

GOAT - Rêver plus haut

   Le titre de ce film d'animation est à double sens. Le héros, Will, est un chevreau (puis un bouc), goat en anglais... et il ambitionne de devenir le plus grand basketteur de tous les temps (the Greatest Of All Time, soit G.O.A.T., acronyme qui est d'usage dans plusieurs sports).

   Je ne suis pas vraiment fan de basket, mais le bouche-à-oreille est bon... et puis, l'équipe d'animation est celle qui a officié (entre autres) sur Spider-Man : across the spider-verse. J'ai donc tenté ma chance, dans une salle où, vu mon âge, j'ai fait figure d'égaré.

   L'intrigue est des plus classiques. Le héros est un p'tit gars de la base, sous-estimé, ridiculisé même, qui va réussir, à force de courage, de travail, de persévérance, à "faire son trou" dans le domaine qu'il a choisi. Même si c'est un peu vu et revu, je suis toujours touché par ce genre d'histoires, surtout si elles sont bien mises en scène.

   ... et c'est le cas. Le sport dont il est question, le roarball, est un évident décalque du basket-ball de la NBA, agrémenté de péripéties totalement invraisemblables, mais qui rendent intéressante la vision de l'entraînement comme des parties. C'est donc d'abord un film spectaculaire, rythmé, assez inventif dans le choix de ses plans.

   C'est aussi bourré d'humour (bien rendu dans la version française). L'équipe que rêve de rejoindre Will est composée d'une panthère athlétique (Jett, hyper-individualiste), d'une girafe (très soucieuse de son apparence), d'un rhinocéros (esclave de ses deux fifilles), d'un autruche influenceuse et d'un grand lézard doté de piercings. Leurs interactions sont savoureuses. Les auteurs jouent sur les codes du basket pro, du rap et des réseaux sociaux, en se moquant gentiment des vedettes et du culte du clash. (Pour les spectateurs français peu au fait du monde des djeunses : on se "chambre" allègrement, par smartphone interposé.)

   J'ai particulièrement aimé le personnage de Jett (longtemps considérée comme la GOAT du roarball). Les animateurs lui ont attribué certaines caractéristiques des chats. Ainsi, elle est dotée d'une souplesse extraordinaire, ronronne, s'étire, boit en lapant, sort ses griffes et a des yeux magnifiques. Pour les marmots qui se trouvaient dans la salle, il était aussi important de montrer qu'un garçon (le jeune Will, entre autres) pouvait admirer UNE sportive. C'est enfin un personnage qui évolue, qui doit apprendre à jouer collectif et à passer le relais à la génération suivante (elle est présente depuis une quinzaine d'années dans la ligue de Super-Basket).

   On s'achemine vers une fin prévisible, mais avec un bon sens du rythme et de belles valeurs. Attention, ce n'est peut-être pas assez limpide pour les tout-petits, qui risquent de décrocher en cours de route. 

   P.S. 1

   Parmi les coproducteurs du film, on trouve un certain Stephen Curry, quatre fois champion de NBA, régulièrement classé meilleur marqueur à trois points... et mesurant 1m88, une taille presque rédhibitoire dans le basket-ball contemporain, qui mise sur les "grandes perches". Cela ne l'a pas empêché de réaliser une éblouissante carrière.

   P.S. 2

   Dans la version française, l'un des deux commentateurs sportifs a la voix de George Eddy, qui fit jadis les beaux jours de Canal +.

samedi, 28 février 2026

Woman and child

   Alors que l'Iran est actuellement sous les bombes, son cinéma continue de s'exporter, pour le bonheur des salles obscures françaises. L'héroïne, Mahnaz, est une ravissante veuve, mère de deux enfants, qui cohabite, à Téhéran, avec sa mère et sa sœur cadette. Elle est infirmière dans une clinique et entretient une liaison avec un ambulancier, Hamid, qui l'a demandée en mariage.

   Celui-ci est incarné par Payman Maadi, déjà remarquable dans Une Séparation (de Farhadi) et La Loi de Téhéran (le premier film de Saeed Roustaee). Il retrouve l'une de ses partenaires de ce film, Parinaz Izadyar, qui joue Mahnaz.

   Celle-ci est tiraillée entre plusieurs sentiments : l'affection inconditionnelle qu'elle porte à ses enfants, le nouveau sentiment amoureux qui la lie à Hamid, le respect des conventions... et un certain désir d'indépendance : depuis le décès de son mari, elle a pris goût à sa petite vie certes précaire, mais relativement libre.

   Cette première partie est bien jouée, bien mise en scène (avec notamment une belle utilisation de l'architecture de l'immeuble où loge la famille de l'héroïne et de l'atelier où travaillent les apprentis de l'école publique), mais elle m'a mis mal à l'aise. La mère est rapidement présentée comme étant responsable des difficultés qu'elle rencontre... et l'on insiste bien pour nous la montrer comme assez occidentalisée : elle se maquille, se coupe les cheveux, ne porte pas un tchador strict, laisse son fils consulter des sites étrangers (Instagram et surtout Telegram, ce qui, aux yeux des Iraniens, la place dans l'opposition au régime). De plus, elle est très laxiste avec son fils, une vraie petite racaille en herbe, qui mène sa mère par le bout du nez. (Le gamin est vraiment bien interprété... mais j'avais envie de lui foutre des claques !) 

   Le surgissement d'un drame change la donne. Celle qui jusqu'à présent nous était montrée comme responsable se met à accuser, plus ou moins justement, les autres pour ce qui est arrivé : son beau-père, sa mère, sa sœur, le CPE du collège (qui utilise une méthode très efficace pour lutter contre l'introduction de smartphones dans son établissement)...

   Fort heureusement, le personnage continue à évoluer et la suite prend la forme d'une sorte de thriller sociétal, la maman un peu naïve du début se transformant peu à peu en louve. L'actrice nous fait bien sentir ce changement progressif, la mise en scène accompagnant parfaitement la tendance : dans plusieurs des scènes de la fin (à l'hôpital, dans l'appartement), on se demande jusqu'où l'héroïne va aller.

   Du coup, pour moi, le film se termine beaucoup mieux qu'il n'a commencé. J'ai trouvé cette histoire très forte, bien qu'ambiguë sur le fond (peut-être pour contourner la censure).

vendredi, 27 février 2026

Chers parents

   Cette comédie populaire est l'adaptation d'une pièce de théâtre (que je n'ai pas vue). Les parents en question sont interprétés par André Dussolier (très bien, même s'il cabotine un peu) et Miou-Miou, que je n'avais pas vue au cinéma depuis Larguées. Ici, elle est une fois de plus formidable, alliant la douceur et la retenue, faisant bien passer les dilemmes qui taraudent son personnage.

   Ces profs à la retraite (politiquement de gauche) ont trois enfants, qu'ils ont essayé d'élever en leur transmettant leurs "valeurs". Arnaud Ducret incarne efficacement l'aîné, le plus volubile, le plus audacieux, qui n'hésite pas à poser les questions qui fâchent. Dans le rôle de la cadette, j'ai retrouvé avec un grand plaisir Pauline Clément (déjà vue dans un film où les protagonistes touchent le gros lot : Heureux gagnants). Le benjamin (le loser de la famille, qui fait très djeunse) est interprété par Thomas Solivérès (qui ne m'avait pas laissé un bon souvenir dans Edmond). C'est peut-être le moins marquant des cinq acteurs. Mais son personnage réserve quelques surprises... tout comme les autres.

   L'un des intérêts de l'intrigue est de nous montrer les personnages sous différents angles, soit qu'il évoluent (au cours de week-end en famille), soit qu'un aspect de leur personnalité ne se révèle, sous la pression de... l'argent.

   C'est l'argument du film : la perspective de toucher (ou pas) une petite fortune change les rapports entre les membres (en apparence soudés) d'une famille de classe moyenne.

   Cela démarre doucement, sur un quiproquo qui hélas ne surprend pas les spectateurs, mais qui est bien joué par ceux qui interprètent les enfants : quand leurs parents leur demandent de venir en urgence, ils imaginent d'abord le pire.

   Cela devient savoureux quand on peut observer les efforts des parents pour ne pas dire, dans un premier temps, qu'ils ont gagné au loto, puis, dans un second temps, pour ne pas révéler le montant de la somme. La direction d'acteurs est vraiment bonne, puisqu'une partie du comique réside dans les silences qui surgissent au détour d'un dialogue. Cela complète bien les non-dits, du côté des parents.

   Évidemment, au bout d'un moment, cela part un peu en sucette. On apprécie ou pas ce dérapage, mais j'ai trouvé les acteurs toujours bien dans leur rôle. L'histoire se termine par deux coups de théâtre, le premier concernant les parents, le second permettant de conclure l'intrigue de manière immorale satisfaisante pour les héros.

   Sur le fond, l'histoire est assez malséante : les valeurs progressistes de quatre des cinq protagonistes résistent mal à l'appât du gain... et celui qui est de droite se révèle un peu plus salaud que prévu. Même si le trait est outré, j'ai trouvé ce portrait de famille pas si éloigné que ça de la réalité. Dans ma déjà longue existence, j'ai eu l'occasion de vérifier que les questions d'argent (même quand elles portent sur des sommes infiniment plus réduites que dans le film) pourrissent les relations intra-familiales.

   P.S.

   Le couple d'amis qui rend visite à la famille (en tandem électrique...) est joué par Frédérique Tirmont et Bernard Alane, qui incarnaient les parents dans la version théâtrale initiale.

jeudi, 26 février 2026

Rue Malaga

   Maria Angeles (Carmen Maura, formidable) est ce qu'en France on appellerait une "pied-noir". (Voir en fin de billet.) Espagnole née dans le Maroc colonial (sans doute au début des années 1940), plus précisément à Tanger, dans le quartier traditionnel de la Kasbah, elle s'est ensuite installée dans l'appartement familial acquis dans la ville européenne.

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   Le début met en scène le bain de jouvence que constitue pour Maria l'atmosphère de cette ville cosmopolite (où l'on parle aussi bien l'arabe dialectal que l'espagnol), avec ses petites rues colorées, ses marchés odorants, le cri des mouettes et l'air marin, celui du détroit de Gibraltar. Une belle scène montre la septuagénaire en train de cuisiner, à partir des ingrédients qu'elle a achetés ce jour-là... Cela donne bigrement faim.

   Ce petit paradis menace de s'effondrer à l'arrivée de sa fille unique (interprétée par Marta Etura, vue notamment dans Eva). Celle-ci a fait sa vie en Espagne, du côté de Madrid... et elle est la véritable propriétaire de l'appartement, qu'elle veut vendre. Le scénario a l'habileté de ne pas caricaturer les positions des deux femmes. Ainsi, on n'a pas fait de la fille une jeune pétasse égoïste. Les deux femmes sont dans une situation financière délicate. La mère a pour seul revenu la pension de réversion de son défunt époux et s'en sort parce qu'elle n'a pas de loyer à payer et qu'elle bénéficie de l'aide de certains habitants de ce quartier populaire (loin des fastes de la ville moderne, aménagée plus récemment). La fille, infirmière, ne gagne que 1700 euros par mois, avec deux enfants à charge... et un ex-mari qui ne lui facilite pas la tâche. De bonne composition, elle propose à Maria de venir vivre avec eux à Madrid. Ainsi, elle verrait plus souvent ses petits-enfants. L'autre solution serait d'emménager dans l'EHPAD espagnol local (à Tanger donc), gratuit pour les Ibériques natifs de la ville... mais Maria en vient à envisager une autre possibilité.

   La seconde partie du film développe cette troisième solution, que je ne vais pas révéler, bien sûr. Sachez seulement qu'elle s'appuie, entre autres, sur les talents de cuisinière de Maria, sur l'entraide... et sur certains péchés mignons des jeunes mecs du coin. C'est à la fois inventif et savoureux. 

   Dans cette séquence, un homme prend de l'importance, dans le scénario comme dans la vie de Maria. Pourtant, au départ, rien ne destinait l'antiquaire à jouer un tel rôle. Cette évolution est amenée doucement, délicatement, avec humour et tendresse. La cinéaste Maryam Touzani filme ces corps âgés avec dignité.

   A intervalle régulier, de l'humour est instillé dans cette histoire assez mélancolique, au fond. Quand elle s'énerve, la langue de Maria devient fourchue, piquante... pour notre plus grand plaisir. Je signale aussi certains moments comiques, lorsque l'héroïne rencontre sa dernière amie espagnole encore en vie (les autres se trouvant en Espagne... ou au cimetière). Celle-ci est une nonne, qui a fait vœu de silence... mais est assez expressive. Leurs échanges ne manquent pas de sel !

   Je laisse à chacun(e) le soin de découvrir comment tout ceci se termine. Baignant dans une belle luminosité et des couleurs chatoyantes, ce film est une petite perle à ne pas manquer.

   P.S.

   Ma seule réserve porte sur un point de la caractérisation du personnage de Maria. Au tout début, elle nous est présentée comme faisant étant issue de l'exil de républicains espagnols, fuyant le franquisme après la guerre civile (1936-1939). Elle est donc du côté du BIEN.

   Historiquement, ces républicains ont d'abord fui en France (puis en Amérique latine). Une fraction d'entre eux s'est bien retrouvée en Afrique du Nord, mais dans la région sous domination française : surtout en Algérie (où ils n'ont pas souvent été bien traités d'ailleurs), un peu en Tunisie, mais très peu au Maroc. Tanger, ville internationale, fut, à partir de 1940, occupée par les troupes franquistes. Il y a donc fort peu de chances que les parents de Maria, s'ils étaient des républicains espagnols, aient cherché à se réfugier dans cette ville.

   Cet accommodement avec la réalité historique résulte sans doute de la gêne éprouvée vis-à-vis de la période coloniale. De 1912 à 1956, le Maroc fut un protectorat franco-espagnol. (Dans le film, la présence des vestiges du Théâtre Cervantès en est une trace.) Or, de nos jours, dans le monde culturel dominant, la colonisation est perçue comme n'ayant apporté que du mal (la domination politique, les mauvais traitements, l'exploitation économique, l'acculturation...). Les adultes en quête de prêt-à-penser peinent à concevoir que, de temps à autre, l'existence ait pu être agréable lors de la période coloniale, au point que des relations d'amitié sincères soient nées entre Marocains et Européens. Dans le film, Maria et son époux sont restés dans le Maroc devenu indépendant (ou l'anti-occidentalisme primaire fut moins développé qu'en Algérie, par exemple). 

15:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 25 février 2026

Les "Riton" 2025

   En décembre-janvier derniers, j'ai eu la flemme... Mais l'approche des César comme des Oscars m'incite à proposer mon palmarès, moulé à la louche, roulé sous les aisselles, garanti sans paillettes ni OGM.

Riton de la délicatesse des sentiments : Touch - Nos étreintes passées (pas loin de la médaille d'or olympique)

Riton de l'animation franco-japonaise : Amélie et la métaphysique des tubes

Riton de l'animation pas du tout japonaise : Zootopie 2

Riton de l'animation irrévérencieuse : Les Bad Guys 2

Riton de la comédie irrespectueuse : La Femme la plus riche du monde

 

Riton du film malpensant : Eddington  (pas loin du podium)

Riton du film philanthrope : Predator - Badlands

Riton du film intéressé : Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère)... principal rival de Touch

Riton du film indélicat : The Brutalist  (pas loin du podium non plus)

Riton du film démembré : Novocaïne

Riton du film bien membré : Vermiglio

 

Riton du film qui nous en apprend encore sur la Seconde Guerre mondiale : Berlin, été 42

Riton du film antinazi subtil : La Disparition de Josef Mengele (pas loin du podium, lui aussi)

Riton du film dénonçant une dictature : Je suis toujours là (podium, podium, quand tu nous tiens)

Riton du film post-dictatorial : Un Simple Accident 

Riton de la semi-mythomanie historique : Eleanor the Great 

Riton du film évoquant les conséquences d'un régime totalitaire : Voyage avec mon père

 

Riton de la fiction quasi documentaire : 5 septembre (encore un "film de l'année" potentiel)

Riton du documentaire fictionné : Le Garçon (un des films de l'année, injustement méconnu)

Riton de la cinéphilie : Lumière, l'aventure continue 

Riton du documentaire militant : Le Chant des forêts (potentiel film de l'année)

Riton agricole : Bergers (purée, j'adore aussi !)

Riton de la complicité homme-animal : Black Dog

Riton de la plénitude solitaire : Lady Nazca (candidat sérieux au podium)

Riton de l'incomplétude multiple : Mickey 17 (dans le top 10 ?)

Riton de la multitude numérique : Tron - Arès

Riton de la politique fiction : Bugonia

Riton de la justice fiction : Je le jure

Riton de l'injustice : Julie se tait

   Voilà. Pas plus que les années précédentes, je ne suis parvenu à trancher. Mon florilège compte une trentaine de films, onze me semblant au-dessus du lot. J'ai tenu à terminer par quelques longs-métrages français, ceux-ci étant peu présents dans mon palmarès... et pour cause : en général, le cinéma hexagonal ne me parle pas, ou m'ennuie, me déçoit.

   Ceci dit, de mon point de vue, l'année 2026 a plutôt bien commencé pour les productions françaises, qui seront peut-être davantage distinguées l'an prochain.

11:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 24 février 2026

Aucun autre choix

   L'introduction de ce long-métrage nous présente le bonheur factice d'une famille de la bourgeoisie sud-coréenne. Le père, cadre supérieur dans l'industrie du papier, gagne très bien sa vie et entrevoit même une possibilité de promotion. Son épouse a interrompu son activité professionnelle pour s'occuper des enfants (et de son corps). Le fils aîné semble commencer sa crise d'adolescence, mais doucement, tandis que la cadette se révèle surdouée en musique, une carrière internationale s'offrant peut-être à elle (grâce à des cours onéreux).

   A cette entame ironique succède hélas une fausse comédie macabre, selon moi complètement ratée pendant au moins une heure. On nous montre les conséquences successives du licenciement du père : la perte de l'estime de soi, la fragilisation du couple, les dérapages du fils et l'enfermement progressif de la fille. En sous-texte, le scénario dénonce la mondialisation : plusieurs entreprises sud-coréennes du secteur du papier passent sous domination d'un groupe étranger, états-unien ou chinois. A chaque fois, cela débouche sur des licenciements et la dégradation des conditions de travail, le stade ultime étant atteint à la fin de l'histoire...

   Entre temps, on nous montre des cadres en concurrence les uns avec les autres, le père de famille songeant à éliminer ses rivaux, au propre comme au figuré. J'ai trouvé intéressante la mise en scène de la découverte, par le héros, des points communs qu'il a avec ses potentielles victimes : des types pas plus méchants que lui, passionnés par le secteur du papier et soumis aux mêmes pressions.

   C'est cet aspect quasi sociologique qui m'a retenu de quitter la salle, alors qu'à l'écran, le grotesque succédait aux maladresses. C'est vraiment mal joué et/ou mal dirigé. On n'y croit pas une seconde.

   Grosse déception pour moi, qui ai tant aimé certains des films précédents de Park Chan-Wook : Old Boy, Mademoiselle et Decision to leave.

20:35 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, flm, films

lundi, 23 février 2026

Cold Storage

   StudioCanal a sorti Vanessa Redgrave et Liam Neeson de l'EHPAD pour produire cette comédie horrifique, dans laquelle une mystérieuse substance venue de l'espace (un champignon vert particulièrement agressif... et résilient) menace d'éradiquer l'espèce humaine.

   La séquence inaugurale se déroule dans le passé, dans le Bush australien. On nous offre un avant-goût du carnage qui va suivre.

   Quand on retrouve ce bon vieux Liam (officier à la retraite d'une agence gouvernementale), une quinzaine d'années plus tard, il a des problèmes de dos et ne semble plus capable d'escalader une modeste clôture privée... mais il est prêt à reprendre du service, pour sauver le monde.

   A ce moment-là, les scénaristes se sont dits qu'il fallait viser au-delà du public (semi-)grabataire (voire décédé) qui avait suivi la carrière cinématographique de Liam Neeson. On lui flanque donc une bande de djeunses dans les pattes. Ce sont d'abord les employés d'un centre de stockage, situé aux Etats-Unis... et implanté pile à l'endroit où, jadis, une agence gouvernementale ultra-secrète (mais peu précautionneuse) a entreposé des trucs louches, avant de dégager et de vendre le tout.

   Je pense que les deux jeunes employés (chargés sans doute de fédérer le public présent dans la salle, beaucoup moins âgé que moi) sont incarnés par des acteurs connus à la télévision ou sur une plate-forme. Quoi qu'il en soit, ils forment un joli duo de trous du cul, qui va évidemment faire ce que personne de normalement constitué ne ferait dans la même situation : percer une paroi de placoplâtre sur leur lieu de travail, descendre au deuxième sous-sol pour rechercher l'origine d'un signal sonore sans prévenir qui que ce soit, ouvrir une entrée secrète (à moitié rouillée) pour aller encore plus bas, s'y rendre... et même entrer (sans protections) dans une salle  que tout indique comme extrêmement dangereuse...

   Du coup, on a envie qu'il arrive quelques bricoles à ces djeunses... ainsi qu'à leurs "visiteurs" inattendus : un gros blaireau (l'ex de la jeune meuf) et une bande de loubards (en quête d'un coup facile). Si l'on ajoute que l'armée états-unienne finit par débarquer sur les lieux, je crois qu'on peut affirmer qu'il s'agit du centre de stockage le plus fréquenté de la planète. (Ah, j'oubliais : Vanessa incarne une veuve inconsolable, qui pique un roupillon dans l'un des casiers de stockage... un flingue à portée de main.)

   La manière dont la majorité des "visiteurs" décède est assez réjouissante à voir, entre vomissures abondantes, éclatements divers et pourrissement accéléré. Je signale aux âmes sensibles qu'aucun animal n'a été maltraité durant le tournage, le générique de fin précisant qu'aucun animal n'a été utilisé... tout court. On se rassure donc pour le charmant matou, les cerfs élégants et les séduisants rats : ce sont des créatures numériques.

   Je crois que c'est mon premier "plaisir coupable" de l'année 2026.

16:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

dimanche, 22 février 2026

Maigret et le mort amoureux

   Sous ce titre, Pascal Bonitzer adapte l'un des romans de Georges Simenon : Maigret et les vieillards (dont je recommande la lecture).

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   Dans celui-ci, le commissaire s'inquiète de ne quasiment croiser, dans cette affaire, que des personnes très âgées (mortes comme vivantes) : le défunt, sa gouvernante, sa "femme de cœur", le mari de celle-ci, le notaire... et même le neveu, qui fait plus vieux que son âge.

   On retrouve un peu de cette ironie dans le film de Bonitzer, principalement dans les dialogues, que j'ai trouvé bien écrits, et qui nous valent quelques échanges savoureux. Ils sont bien servis par une galerie d'interprètes talentueux : Denis Podalydès (qui réussit son incursion dans l'univers de Simenon), Anne Alvaro, Dominique Reymond (déjà remarquable dans La Cache, l'an dernier), Micha Lescot, Manuel Guillot, Julia Faure (présente dans une seule séquence, marquante)...

   Le roman ayant déjà fait l'objet de plusieurs adaptations (dont une avec Jean Richard et une avec Bruno Crémer), Bonitzer fait le choix (pertinent, à mon avis) de décaler l'intrigue à une époque où existent déjà internet et de petits téléphones portables. Le début des années 2000 remplace donc celui des années 1960, sans smartphone, mais dans un Paris contemporain.

   Tout cela est fort agréable, mais, au niveau de la mise en scène, c'est assez banal. On nous propose une succession d'entretiens, sous la forme de vignettes plus ou moins humoristiques, montrant la progression (laborieuse) de l'enquête. Nous avons donc droit à :

Maigret au Quai d'Orsay

Maigret dans son bureau

Maigret chez la victime

Maigret à son domicile

Maigret chez le procureur

Maigret au restaurant

Maigret chez le neveu

Maigret chez le notaire

Maigret chez l'amoureuse

Maigret et la gomme magique

Maigret en salle d'interrogatoire

   C'est ce côté répétitif, peu inventif, qui peut lasser, même si le film ne dure qu'1h20. Cerise sur le gâteau, pour celles et ceux qui connaissent le roman : la fin a été changée.

samedi, 21 février 2026

Marty Supreme

   Le titre de ce faux biopic (concentré sur une année de la vie présumée du pongiste Marty Reisman) fait allusion à la marque de balles de ping pong que le héros tente de lancer, grâce à l'argent apporté par une connaissance, un gosse de riches tombé dans ses filets.

   Ainsi, Timothée Chalamet sort de sa zone de confort pour interpréter un type pas très sympathique (égocentrique, menteur, arrogant, voleur et magouilleur... entre autres), mais qui vit une histoire somme toute très américaine : d'origine modeste, il va vaincre l'adversité pour réaliser son rêve : devenir champion de tennis de table... et gagner sa vie avec.

   Il y a donc des passages assez convenus dans l'intrigue, qui n'est pas sans rappeler celle de deux des Rocky : le premier pour l'ascension d'un outsider sous-estimé, le quatrième pour la lutte du pot de terre contre le pot de fer, l'antagoniste soviétique étant cette fois-ci remplacé par un adversaire japonais.

   Ceci dit, les rares échanges sportifs qui sont présentés à l'écran sont très correctement mis en scène. On sait que Chalamet s'est longuement entraîné pour être crédible dans le rôle. Son principal concurrent est un authentique pongiste. S'ajoutent à cela d'abondants effets spéciaux (voir le générique de fin). Je note toutefois que, lors de l'ultime combat, particulièrement âpre, si le front de Marty se garnit de perles de sueur, sa chemise demeure impeccable... (Cette remarque est faite par celui qui fut, dans un lointain passé, un médiocre pongiste amateur.) 

   C'est malgré tout un bon spectacle, d'autant que Josh Safdie ne se montre pas maladroit dans le cœur du film : la mise en scène des heurs et malheurs du héros (et de celles et ceux qu'il embarque), entre réussites improbables et fiascos monumentaux. Parmi les moments mémorables, je note une scène de baignoire (dans un hôtel miteux), les aventures avec un chien nommé Moïse  (Moses dans la version originale) et une monumentale fessée, administrée dans des circonstances que je me garderai de divulguer.

   Sur le fond, le scénario essaie de contenter tout le monde. Les États-Unis des années 1950 sont décrits comme un pays d'inégalités gigantesques, où les riches exploitent les pauvres. (Ça, c'est pour la gauche.) D'un autre côté, c'est aussi le pays des opportunités, où un p'tit gars talentueux et opiniâtre peut espérer (s'il ne respecte pas trop les règles) faire son trou. Comme, en plus, le Marty est un patriote, il y a de quoi contenter la droite. (J'ai aussi relevé le fait qu'on nous conte l'histoire d'un juif pauvre exploité par de riches protestants, une audace louable en ces temps d'antisémitisme rampant.)

   En revanche, du côté des personnages féminins, c'est assez stéréotypé. La mère du héros, sa maîtresse comme sa compagne (interprétée par Odessa A'zion, vue récemment dans Until Dawn) n'agissent qu'en relation avec Marty. Tout tourne autour de lui. Le film ne passe donc sans doute pas le test de Bechdel-Wallace... mais, comme le personnage principal est interprété par Timothée Chalamet (et pas par Gerard Butler, Liam Neeson ou Bruce Willis), c'est cool et l'on s'extasie sans peine. Il me semble que les scénaristes (et peut-être l'un des coproducteurs, un certain... T. Chalamet) ont ressenti de la gêne, puisque la conclusion du film replace le héros dans le "droit chemin".

samedi, 14 février 2026

Le Gâteau du président

   Dans l'Irak dirigé d'une main de fer par le dictateur Saddam Hussein, la coutume veut qu'on offre des présents le jour de son anniversaire (le 28 avril). Dans chaque école primaire, plusieurs élèves sont mis à contribution. Cette fois-ci, le sort désigne la petite Lamia pour préparer le "gâteau du président", qui sera dégusté en son nom par... l'instituteur. Au cas où cette gastronomique tradition ne serait pas dignement respectée, l'enseignant menace de dénoncer les parents des enfants au gouvernement. (On savait tenir les gamins à l'école, en ce temps-là !)

   Pour Lamia, la confection de cette simple pâtisserie relève du parcours du combattant. Orpheline, sans doute de confession chiite, elle a été recueillie par sa grand-mère, qui vit dans une sorte de cabane en roseaux, le long d'un cours d'eau qui pourrait être le Chatt al-Arab. Cela donne de forts jolis plans aquatiques, les ruraux de la région se déplaçant de préférence sur de petites embarcations.

   La suite est un périple urbain, celui de la gamine, pour se procurer, de manière plus ou moins légale, les ingrédients nécessaires à la confection dudit gâteau. (On pense immédiatement à Une Enfance allemande, sorti il y a un peu moins de deux mois.) Dans sa recherche, elle est aidée par Saeed, son unique ami, un as de la débrouille qu'il met en général au service de son père handicapé. Complète ce duo un... coq, étrangement docile, qui joue le rôle d'animal de compagnie de l'héroïne.

   Bien entendu, ces pérégrinations (parfois peu réalistes) ont pour but de nous faire découvrir différents aspects de l'Irak urbain à la fin du règne de Saddam Hussein. Entre sanctions occidentales, bombardements et persécutions du régime, la population de base peine à joindre les deux bouts. Le plus souvent, c'est un peu chacun pour soi. Dans ce cadre, les efforts déployés par les gamins apparaissent presque pathétiques. J'ai trouvé qu'il y avait un peu trop de misérabilisme dans la manière de les filmer... mais la présence à l'écran de Baneen Ahmad Nayyef emporte l'adhésion. Cette jeune actrice est formidable de justesse et d'émotion. A plusieurs reprises, on a furieusement envie de se lever pour lui donner un coup de main, ou la prendre dans ses bras, pour la consoler.

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   Une autre qualité du film est l'introduction de pointes comiques dans une intrigue le plus souvent sombre. Cela m'a rappelé les comédies italiennes d'après-guerre, qui montraient un pays appauvri, dans lequel les citoyens ordinaires essayaient de survivre comme ils pouvaient, sans perdre leur sens de l'humour.

   Du coup, en dépit de quelques invraisemblances et maladresses, ce film est une petite pépite à ne pas rater (même s'il a été quelque peu survendu par la critique).

jeudi, 12 février 2026

Le Mage du Kremlin

   Le nouveau film d'Olivier Assayas s'inspire d'un roman primé et de l'histoire de la Russie de ces trente-quarante dernières années. Il ne s'agit donc pas d'une biographie de Vladimir Poutine, même si son parcours politique est décrypté à l'aune du regard d'une "éminence grise", celle-ci n'ayant au départ aucun lien avec la politique.

   La première partie (du film comme du livre, d'ailleurs) se déroule donc sans Poutine, mais elle permet de comprendre les circonstances qui ont permis son accession au pouvoir et le renforcement de son contrôle sur la société russe. C'est sans doute ici qu'Assayas dispose du plus de liberté cinématographique. Ce n'est pas pour moi la partie la plus convaincante, mais elle permet de resituer l'émergence de Poutine dans un contexte de chaos.

   Quand celui-ci débarque à l'écran, sous les traits de Jude Law, c'est un choc. A l'origine, je rechignais à aller voir ce film, parce que je pensais que le choix de cet acteur (fort estimable au demeurant) n'était pas le bon. Je dois reconnaître que je me suis trompé. Law fait un Poutine très convaincant, ne tombant pas trop dans le mimétisme tout en restant crédible. Chapeau.

   La suite est des plus passionnantes. Ayant été spectateur de ces événements, consultant divers journaux pour tenter de comprendre ce qui se passait en Russie, j'ai retrouvé l'ambiance de l'époque, de la décrépitude de Boris Eltsine aux premières exécutions d'opposants, en passant par la guerre en Tchétchénie et la tragédie du Koursk.

   La distribution est bonne, qu'elle concerne les personnages réels (outre Poutine, Boris Berezovsky et Igor Setchine) que les personnages fictifs : celui du "mage" (certes inspiré de Vladislav Sourkov, mais à l'évidence résultat d'un mélange plus subtil), de sa compagne (dans la peau de laquelle j'ai eu du mal à reconnaître Alicia Vikander !) ou de l'interlocuteur états-unien. Plus ambigu est le statut de Dimitri Sidorov, décalque évident de Mikhail Khodorkovsky... et qui dans le roman se prénomme bien Mikhail. Pourquoi diable avoir modifié son identité pour le film ? Serait-ce pour épargner cet ancien oligarque, dont le passé sulfureux semble avoir été effacé de la mémoire collective depuis qu'il a subi les foudres du Kremlin ? C'est dommage, parce que son ambiguïté à lui aurait pu contribuer à mieux mettre en évidence celle du "Tsar".

   Les commentateurs officiels ont souvent regretté la trop grande place laissée par le film aux arguments de Poutine, qu'ils sortent de sa bouche ou de celle de son conseiller officieux. Certes, le propos aurait pu être plus grinçant à leur égard, mais je trouve qu'Assayas et Carrère réussissent dans leur entreprise de rendre plus intelligibles les motivations de Poutine et de ceux qui le soutiennent.

   A cela s'ajoute une interprétation tout en sobriété du "Mage", par Paul Dano, un excellent choix à double titre, puisque celui qui longtemps fit figure d'acteur de deuxième rang incarne un personnage qui semble de prime abord secondaire, avant que l'importance de son action n'apparaisse au grand jour. Je trouve cette mise en abyme très pertinente, les aspects moins reluisants du "héros" ressortant lors de ses rencontres avec la "femme de sa vie".

   C'est donc un film exigeant, plutôt destiné à celles et ceux que la politique internationale intéresse, mais il m'a tenu en haleine du début à la fin.

dimanche, 08 février 2026

Marsupilami

   Je ne suis nostalgique ni de la bande dessinée de Franquin (à laquelle je n'avais pas "accroché"', quand j'étais gamin) ni du film d'Alain Chabat (que je crois n'avoir jamais vu). J'étais plus intéressé par la nouvelle œuvre de "la bande à Lacheau". Il y a trois ans, Philippe et ses potes m'avaient fait passer un excellent moment avec Alibi.com 2.

   Le début nous fait découvrir les deux principaux invités de cette fiction : Jean Reno (en chef de bande sans scrupule) et Jamel Debbouze (en raison des références au premier film). Ces deux lascars, dont les personnages vont subir quelques avanies, sont entourés de seconds rôles familiers, interprétés par Elodie Fontan (en épouse mécontente), Tarek Boudali (en chanteur has been), Julien Arruti (toujours aussi bon dans les rôles d'abruti... sérieux, il mérite un César !), Reem Kherici (en réalisatrice de télé-réalité bidonnée), Didier Bourdon (pour une brève apparition... ô combien marquante), sans oublier Vincent Desagnat (en mec bourré... qui peut le croire ?).

   J'ai failli oublier un autre nouveau venu : Alban Ivanov, qui interprète un douanier aux méthodes "rugueuses", à la limite de la légalité. A un moment du film, ce personnage voit son comportement fortement modifié en raison d'une substance dont il est aspergé... et cela devient hilarant...

   ... et c'est aussi une référence à Zootopie, le film de Lacheau regorgeant de clins d’œil (souvent parodiques), à Titanic, Top Gun, E.T., Dragon Ball... et même Kingsman, dans une scène de bagarre qui mêle techniques japonaises et britanniques. Je pense qu'au-delà de la commande qui lui a été faite (la mise en images animées d'une icône de la BD franco-belge), le cinéaste a voulu nous livrer une sorte de Hot Shots ! à la française.

   Lacheau a donc bien mis sa patte à ce film de commande, notamment à travers les rafales de gags potaches, le plus souvent visuels. Cela commence par la crise du couple principal (incarné par le duo Lacheau-Fontan) : les petites mesquineries réciproques des ex rappelleront sans doute quelques souvenirs à celles et ceux qui ont connu une rupture difficile...

   L'action culmine sur le paquebot, où se retrouvent presque tous les protagonistes. Les quiproquos s'ajoutent aux situations gênantes, avec moult cascades. A un moment, tout part en sucette à bord du navire... et les spectateurs exultent ! (La salle était bondée, transgénérationnelle et a ri de bon cœur tout au long du film.)

   Les auteurs en ont toutefois gardé sous la pédale pour la dernière partie, avec notamment une folle course-poursuite, qui apprendra à certain(e)s qu'avoir du cul n'est pas toujours synonyme de chance !

   Tous ces gags pas franchement subtils (mais efficacement mis en scène) rendent l'aspect familial de l'histoire (la séparation du couple et les angoisses du gamin) supportable. J'ai même envie d'y retourner pour savourer à nouveau certains moments de pur délire, qui passent hélas trop rapidement à l'écran.

   P.S.

   Soyez notamment attentifs aux détails, par exemple à l'identité du spécialiste d'économie du journal télévisé...

19:39 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 07 février 2026

Grand Ciel

   C'est le nom d'un "quartier intelligent" en cours d'aménagement. Ultra-moderne, agréable à vivre, respectueux de l'environnement, il promet le bonheur à celles et ceux qui auront assez de thunes le privilège de s'y installer.

   Son symbole est une tour en construction, devant atteindre une vingtaine d'étages. C'est sur ce chantier en voie d'achèvement que travaillent des personnes qui n'ont pas vocation à y résider. Ce sont majoritairement des immigrés, légaux ou illégaux, auxquels s'adjoignent quelques "Français de souche" comme Vincent (Damien Bonnard, très bien), un bosseur, du genre taiseux, ne cherchant pas à faire de vague.

   Le problème est que, depuis quelques temps, certains événements étranges se produisent sur le chantier, en particulier au sixième sous-sol. On y entend parfois des bruits mystérieux et la poussière y est inhabituellement abondante. Des malfaçons apparaissent sur certaines dalles de béton, pourtant récentes... et des ouvriers disparaissent.

   Le talent d'Akihiro Hata est de mêler la critique sociale au fantastique. On se demande si ces mystères ne sont pas tout simplement liés aux combines des patrons, qui rognent sur les coûts et donc fournissent des matériaux de mauvaise qualité... et s'arrangent pour que les accidents du travail soient passés sous silence.

   Fait inhabituel dans le cinéma français, la réalisation met en valeur le travail manuel, ici celui d'employés du BTP. La tour en chantier, les algécos et le sous-sol sont très bien utilisés pour suggérer l'exploitation, le danger ou le malaise. Quand une poignée d'ouvriers descend au sixième sous-sol, on pense à des films sur l'extraction minière.

   Leur vie personnelle n'est pas oubliée, entre transport en bus, logement en HLM (ou mobile home, voire foyer) et courses dans une grande surface.

   Les seconds rôles sont bien campés, avec notamment Samir Guesmi, Mouna Soualem (autre "fille de..."), Tudor Istodor, Ahmed Laoui ou encore Denis Eyriey. Ce n'est qu'à la toute fin que l'on comprend ce qu'est vraiment cette poussière supplémentaire, quasi surnaturelle.

   Ce petit film, mine de rien, dit beaucoup de choses. Il est dommage qu'il ne bénéficie pas d'une plus large diffusion.

Reconnu coupable

   Dans ce thriller d'anticipation, la ville de Los Angeles a adopté une procédure judiciaire révolutionnaire en matière criminelle, puisque l'enquête, le procès et l'exécution des peines sont sous la responsabilité de Maddox, une intelligence artificielle. (Les juristes pointilleux noteront la disparition des avocats de la défense et de la possibilité de faire appel.)

   Le policier Chris Raven a contribué à la mise en place de ce programme... mais le voilà désormais sur la sellette, plus précisément sur la chaise de l'accusé, puisqu'on lui reproche d'avoir assassiné son épouse, dont il était sur le point de divorcer. Problème pour lui : il ne se souvient plus de ce qu'il a fait la veille, en raison d'une cuite monumentale, dont d'ailleurs il peine à se remettre au début de l'histoire. (Au passage, c'est la confirmation que l'abus d'alcool est dangereux pour la santé... notamment celle des conjoints.) Au vu des éléments réunis lors de l'enquête préliminaire, l'IA l'a déclaré présumé coupable (à 96,7 %). L'accusé a 1h30 pour, sinon prouver son innocence, du moins instiller un doute raisonnable, capable de faire suffisamment baisser son taux de culpabilité pour lui éviter l'exécution.

   Le suspens est bien mis en scène, mais c'est surtout la manière dont l'accusé est autorisé à mener sa contre-enquête qui est épatante. Bien que rivé sur son siège, il a accès à tous les éléments du dossier (vidéos, rapports, interrogatoires, géolocalisations, preuves matérielles recueillies...) ainsi qu'à tous les contenus numériques (publics... et privés) enregistrés (conformément à la nouvelle loi) sur le cloud de la ville, afin de prévenir le crime. Il y a donc un peu de Minority Report (de Spielberg) dans ce film (les précogs étant remplacés par une IA, plus déductive que prédictive). L'ambiance rappelle aussi un peu la série 24 heures chrono, l'intrigue se déroulant quasiment en temps réel.

   Un autre atout du film est l'incarnation de l'IA par Rebecca Ferguson (au charme de laquelle je ne suis pas insensible). Son côté beauté froide peu empathique convient parfaitement au rôle. L'un des enjeux de l'intrigue est d'ailleurs la possibilité d'évolution de l'IA, dont le fonctionnement apparaît de prime abord assez mécanique, mais qui, si elle a été bien entraînée, doit être capable de se remettre en question. Elle a aussi pour fonction d'aider honnêtement l'accusé dans ses tentatives de prouver son innocence. Un lien d'ordre humain pourrait-il naître des interactions entre Chris et Maddox ? Suspens...

   J'ai passé un bon moment. L'habillage numérique, les scènes d'action et les multiples rebondissements entretiennent l'intérêt, jusqu'à la fin.

vendredi, 06 février 2026

Nuremberg

   Ce n'est pas la première fois que le procès des principaux dirigeants nazis capturés par les Alliés fait l'objet d'une fiction (télévisuelle ou cinématographique). L'originalité de celle-ci est de présenter l'intrigue sous l'angle de la relation entre Hermann Göring et l'un des deux psychiatres états-uniens chargés de suivre les détenus.

   Au départ, je nourrissais quelques appréhensions concernant l'interprétation de Russell Crowe en Göring. En fait, je l'ai trouvé très bien, à la fois sobre et ambigu dans son jeu. La déception est venue de là où je ne l'attendais pas : Rami Malek surjoue horriblement en psychiatre humaniste et sûr de sa science, dont on comprend immédiatement qu'il va se faire manipuler.

   Heureusement, les personnages secondaires sont mieux campés, à commencer par le procureur Jackson (par Michael Shannon), mais aussi son homologue britannique Maxwell-Fyfe (par Richard E. Grant), le colonel Andrus (par John Slattery) et le sergent Triest (par Leo Woodall), ce dernier réservant de belles surprises, bien intégrées à l'histoire.

   L'aspect filmique est donc réussi... plus que l'aspect historique. Je veux bien que, pour créer une intéressante dramaturgie, scénaristes comme réalisateurs soient amenés à prendre des libertés avec la réalité des faits, mais je commence à en avoir marre de constater les énormes déformations opérées dans des œuvres destinées à un grand public, et présentées par leurs auteurs comme fiables sur le plan historique.

   Ainsi, je trouve que la genèse comme les enjeux du procès ne sont pas bien restitués. Le film donne l'impression que tout commence en 1945, alors que c'est dès 1942 que les Alliés ont songé à traduire en justice les dirigeants nazis. D'autre part, obtenir les aveux des accusés n'était pas une priorité pour tout le monde, puisque les preuves réunies étaient accablantes. A ce sujet, le colossal travail de documentation réalisé en amont n'est quasiment pas montré. Enfin, parmi les chefs d'accusation, les auteurs du film ont choisi d'insister sur celui qui a sans doute été le moins évoqué durant le procès : les crimes contre l'humanité. En effet, les Américains voulaient mettre en avant les notions de complot et de crime contre la paix, l'ensemble des Alliés étant d'accord pour pointer d'abord les crimes de guerre, dont ont été notamment victimes les civils des pays envahis par l'armée allemande ainsi que les prisonniers de guerre. (Les Soviétiques ont été les plus nombreux à mourir dans d'atroces souffrances et les Britanniques ont mis l'accent sur l'exécution de certains de leurs soldats.)

   Le sort des juifs a bien été évoqué durant le procès, mais assez brièvement. C'est une déformation du XXIe siècle que de lui accorder une place centrale dans l'accusation. D'ailleurs, celle-ci n'avait pas retenu la toute récente notion de génocide.

   Il y donc du trop-dit... et des non-dits, concernant principalement l'allié soviétique. On ne voit quasiment pas intervenir le procureur nommé par Staline, alors qu'il a pourtant ardemment participé au contre-interrogatoire de Göring. De plus, les crimes du régime communiste ne sont (vaguement) abordés qu'une seule fois, dans la bouche du second d'Hitler. Pourtant, de 1928 à 1945, des millions de personnes sont mortes sous la botte de Staline et de ses affidés, ce qui posait tout de même un sacré problème moral, auquel peut-être une vague allusion est faite, à un moment, dans l'une des interventions de Jackson.

   Le film n'en demeure pas moins intéressant, bien conçu sur la forme et disant des choses importantes, mais avec tellement d'approximations...

   P.S.

   Avant de voir ce film, je connaissais le rôle des médecins dans le procès à travers l'action du psychologue Gustave Gilbert, présenté de manière particulièrement caricaturale dans le film. On le fait passer pour le grand incompétent, en comparaison du héros incarné par Malek. Une rivalité a bien opposé les deux hommes, mais Gilbert (qui parlait allemand) a lui aussi mené de nombreux entretiens avec les prisonniers. Il avait gagné la confiance de nombre d'entre eux (tant qu'il ne leur avait pas révélé qu'il était juif). C'est lui qui avait conseillé à l'accusation de miser sur l'orgueil de Göring... Dans le film, il est interprété par Colin Hanks (fils de...), vu récemment dans Nobody 2.