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dimanche, 19 avril 2026

Cocorico 2

   Il y a deux ans, le premier volet avait réuni deux millions d'entrées en salles. Ce film-ci est moins bien parti. Il n'atteindra sans doute pas la moitié... et il est descendu par la critique... Mais c'était déjà le cas du premier volet. Du coup, en quête de comédie facile et de durée raisonnable (1h30 ici), j'ai tenté ma chance.

   Le schéma narratif ressemble beaucoup à celui du premier film, dont il constitue pourtant la suite. On avait laissé les héros avec une révélation (mystérieuse) : l'origine de 85 % du patrimoine génétique de Frédéric Bouvier-Sauvage. A l'époque, j'avais émis deux hypothèses : une ascendance allemande ou nord-africaine. C'est finalement la Turquie qui a décroché le gros lot, Christian Clavier profitant de l'occasion pour incarner deux personnages (comme dans Le Million), le très suffisant Frédéric et son cousin Mehmet. Je ne vais pas en dire trop, mais sachez qu'à la fin de l'histoire, c'est au tour de Didier Bourdon de se dédoubler pour raisons familiales...

   Les deux lascars en apprennent donc davantage sur leur ascendance... et les deux acteurs cabotinent toujours autant. C'est facile, mais je dois avouer une certaine faiblesse : leurs petites joutes verbales maintiennent agréablement l'attention... et leur passage au commissariat, un soir de cuite, réserve quelques surprises, comme ce "questionnaire de nationalité", dont je vous propose un extrait, qui intéressera particulièrement certains spectateurs :

- Préfecture du Cantal ?

- Aurillac ! (J'ai fait des plaques d'immatriculation.)

- Préfecture de l'Aveyron ?

- Rodez !

   Les deux principaux personnages féminins sont plus intéressants, moins immatures. Sylvie Testud fait toujours preuve de beaucoup d'autodérision (quand on voit ce qu'on lui fait jouer). J'ai quand même trouvé cela too much, même si l'utilisation de son personnage, en introduction, est assez savoureuse. Marianne Denicourt est très bien et son personnage prend encore plus d'assurance que dans l'épisode précédent.

   Il me faut toutefois reconnaître que, sur le fond, c'est doublement grotesque. On réduit la nationalité à un patrimoine génétique (même si c'est pour déconstruire ces fadaises) et les proportions dans l'ascendance du personnage de Frédéric sont invraisemblables (tout comme le fait d'avoir un cousin avec lequel il aurait 60 % d'ADN en commun). Si l'on est un tant soit peu pointilleux en matière scientifique, on trouvera cette histoire complètement débile. Sinon, on peut fermer les yeux et juste passer un petit moment agréable, qui ne restera pas dans les annales.

22:32 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

Mauvaise Pioche

   Gérard Jugnot s'inspire d'un aspect de l'Affaire Dupont de Ligonnès pour nous servir une (gentille) satire sociale, dans laquelle il pointe divers travers contemporains..

   Les principaux éléments de l'intrigue sont à la fois légèrement déformés (sans doute pour éviter des poursuites judiciaires) et suffisamment clairs pour que l'on comprenne de quoi il s'agit. Dupont de Ligonnès devient Durand de Solilès, Nantes devient Brest, deux Labradors deviennent un Golden Retriever... Enfin, l'arrestation abusive en Écosse est déplacée en Italie, où le pauvre Serge Martin (décalque de Guy Joao) participait à la reconstitution d'une victoire napoléonienne (au lieu de rejoindre son épouse écossaise).

   La première partie montre l'emballement médiatique, le manque de déontologie de certains policiers et certains journalistes. Jugnot évite de pointer Le Parisien (pourtant à la source de l'emballement), réservant ses principales flèches aux chaînes d'information, elles aussi à peine déguisées : DFM pour BFM, LVI pour LCI et surtout WeNews pour CNews, Reem Kherici incarnant avec une évidente gourmandise l'ambitieuse présentatrice Léa Paoli, sorte de mélange entre Christine Kelly et Léa Salamé.

   La deuxième partie décrit le calvaire du héros, mis hors de cause par un test ADN, mais dont les ennuis ne font que commencer. C'est l'occasion pour le réalisateur de dénoncer aussi le comportement irresponsable des drogués du smartphone et la mentalité poisseuse de certains concitoyens de Serge Martin, qui ne savaient rien mais n'ont pas hésité à le dénigrer dans les médias.

   Une impressionnante brochette de vedettes est venue faire de la figuration. La liste serait trop longue à donner ici, mais, globalement, je trouve qu'ils cachetonnent bien.

   La troisième partie bifurque vers autre chose. Au départ, il m'a semblé que cela prenait un tour plus noir. (N'oublions pas que, dans la vraie vie, la victime de l'arrestation abusive n'a jamais reçu d'excuses ni de compensation et qu'elle est morte prématurément, à 71 ans, en 2021.) Et puis, tout à coup, on comprend que quelque chose se prépare... quelque chose de savoureux. C'est un peu irréaliste (et téléphoné), mais cela permet de conclure l'histoire de manière sympathique.

Les Dimanches

   Récemment récompensé aux Goya 2026, ce film espagnol s'inspire d'une histoire vraie, celle d'une lycéenne de dix-sept ans, qui annonce à sa famille vouloir effectuer une retraite spirituelle (dans un couvent), avant peut-être, sans doute, d'entrer dans les ordres.

   Le contexte familial n'est pas neutre. Ainara (Blanca Soroa, remarquable) partage sa vie entre l'internat du lycée catholique où elle est scolarisée, l'appartement de son père et celui de sa grand-mère, à Bilbao. Il lui arrive aussi de séjourner chez sa tante. Celle-ci joue un peu le rôle de mère de substitution, la mère biologique étant décédée des années auparavant. Ainara ne semble pas apprécier la nouvelle compagne de son père et se sent plus à l'aise avec sa grand-mère qu'avec sa tante, qui n'a pas les mêmes opinions religieuses qu'elle.

   Du coup, à l'instar des membres de la famille, on se demande d'où vient cette envie de prendre le voile. Ainara n'agirait-elle pas sur un coup de tête, suite à une déception sentimentale ? (Elle commençait à fréquenter un garçon de la chorale... qui n'est pas du genre monogame.) Est-elle tombée sous le charme du nouveau directeur de conscience du lycée, un jeune curé bien sous tout rapport ? N'est-elle pas plutôt sous l'emprise d'une des religieuses, dont le comportement pourrait s'apparenter à celui d'une membre d'une secte ? Ou alors, à travers cet étonnant projet, ne manifeste-t-elle pas une forme de rejet de sa famille, qui la déçoit ?

   La mise en scène maintient longtemps l'incertitude concernant les motivations de la jeune femme. La caméra la suit sans la juger, tout comme elle suit le père (un restaurateur absorbé par son métier) et la tante (une ancienne élève du même établissement religieux, devenue athée et farouchement anticléricale).

   Ainara ne nous est pas présentée comme une godiche coupée du monde réel. Elle aime le chant, qu'il soit profane ou religieux. Elle s'habille comme une adolescente de son époque (blue jeans et baskets, quand elle ne porte pas l'uniforme scolaire), utilise un smartphone, sort avec ses amis, boit (un peu) d'alcool.

   Le film laisse sa chance à tous les personnages, qui ne sont pas limités à des caricatures. J'ai trouvé cela très intéressant. Sans être d'un style flamboyant, ce long-métrage sort de l'ordinaire. C'est une découverte à faire.

samedi, 18 avril 2026

La Corde au cou

   Cela faisait un bail que je n'avais pas vu un film de Gus Van Sant... précisément depuis 2013 et l'excellent Promised Land. Le sujet qu'il a choisi d'aborder ici m'était inconnu... et je n'ai pas cherché à m'informer davantage avant de voir La Corde au cou : je voulais préserver le plaisir de la découverte et me laisser libre de spéculer sur ce qu'il allait advenir du preneur d'otage et de son captif.

   Dans le rôle du premier, Bill Skarsgård nous livre une performance de haut niveau. Après l'avoir vu notamment dans Piégé, Nosferatu... je crois pouvoir affirmer que ce gars-là peut tout jouer. Ici, il incarne un "petit Blanc", un type honnête et a priori pas méchant, qui se contente de sa vie modeste... jusqu'au jour où il se fait entuber, par une compagnie financière.

   On retrouve la traditionnelle lutte du "pot de terre" contre le "pot de fer". De ce point de vue, le film n'innove guère... à ceci près qu'il ose montrer qu'en 1977, dans une grande ville comme Indianapolis, on pouvait être blanc et pauvre... et noir et riche (comme l'animateur radio, très bien interprété par Colman Domingo, que l'on va bientôt revoir dans la peau du père de Michael Jackson).

   L'un des principaux intérêts du film est son ambiance seventies. C'est délicieusement rétro, avec les voitures, vêtements, coupes de cheveux, meubles de cette époque... et de la (très) bonne musique afro-américaine. (C'était avant le rap...)

   La prise d'otage est montrée en deux temps : d'abord au siège de la compagnie financière, puis au domicile du "héros", où cela devient plus intéressant, les statuts des deux hommes (le grugé devenu prédateur et le président de la boîte devenu victime) étant inversés. Dans le rôle du PDG, Dacre Montgomery fait correctement le job mais, au bout d'un moment, cela tourne un peu en rond, d'autant que l'apparition d'Al Pacino (le père du PDG, responsable des magouilles) ne provoque pas d'étincelles.

   Fort heureusement, la fin réserve quelques surprises. Je conseille de rester pendant le générique, qui est entrecoupé d'images d'archives.

   C'est pour moi un bon film, mais ne vous attendez pas à un chef-d’œuvre : il nous a été un poil survendu.

vendredi, 17 avril 2026

Bagarre

   Naim est un gentil jeune homme, pas très fût-fût, victime de sa copine, qui l'expulse de son propre appartement, de son ancien patron, qui le traitait plus bas que terre en "oubliant" de surcroît de le payer... et de son nouvel employeur, qui veut profiter de ses talents sans bourse délier. Pourtant, le garçon aurait les moyens de se faire respecter : gaulé comme un dieu, c'est un as du combat rapproché... mais il privilégie la non-violence... sauf quand une femme ou un ami proche se fait agresser. Là, il se transforme en distributeur de branlées, pour notre plus grand plaisir.

   Le héros est incarné par Nassim Lyes (coscénariste du film), un bogosse plein d'autodérision. Son personnage attire la sympathie... et l'on attend aussi impatiemment les moments où il va se mettre en colère, tant les scènes de baston sont bien chorégraphiées, par Julien Royal (fils de Ségolène et de François).

   Tournée à Marseille, cette pochade aux dialogues colorés est bourrée de galéjades et de personnages truculents, souvent interprétés par de prestigieux invités : Audrey Lamy (la copine vulgos et sans-gêne), Marina Foïs (la véto sans scrupule... et un peu raciste sur les bords), Manon Azem (la cliente pulpeuse), Hakim Jemili (le nouveau petit copain de son ex), Hedi Bouchenafa (le pote pas doué du tout pour la baston), Ramzy (en patron faussement prévenant, manipulateur) et Arriles Amrani (son larbin, un peu crétin sur les bords).

   "Allô Bagarre" est le nom d'une entreprise très particulière, qui loue les services de ses gros bras à des clients dans le pétrin. C'est invraisemblable, parfois débile, mais l'on passe un bon moment, si l'on aime voir des abrutis se faire démonter la gueule sur grand écran.

   Sur le fond, le film dénonce le racisme et les violences faites aux femmes, tout en prônant le dialogue pour régler les conflits (un paradoxe, quand on constate ce qui est mis en scène... avec un certain brio). Il y a bien quelques faiblesses (dont une regrettable tendance à utiliser des hommes blancs pour incarner les méchants de l'histoire), mais l'on peut sans gêne s'offrir ce petit plaisir coupable du mois d'avril.

21:28 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 15 avril 2026

Wedding Nightmare II

   Il y a un peu plus de six ans, le premier volet avait rencontré un joli succès : ayant coûté six millions de dollars, il en avait rapporté dix fois plus. (Avec le recul, je me dis que ce succès a fait des petits, puisque le scénario comme le style du récent They will kill you me semblent bigrement inspirés de Wedding Nightmare.) Je suis d'ailleurs étonné qu'il ait fallu autant de temps pour produire une suite. Peut-être est-ce dû à l'agenda chargé de Samara Weaving, l'interprète du rôle principal, la bien nommée Grace, une jolie blonde, en apparence inoffensive, mais que les circonstances peuvent transformer en redoutable tueuse.

   On retrouve Grace exactement là où on l'avait laissée six ans auparavant, à la sortie du manoir où elle vient d'affronter victorieusement sa nouvelle (et fugace) belle-famille. Gravement blessée, elle est admise à l'hôpital... et menottée, la police la soupçonnant (pas totalement à tort) d'être responsable du saccage, ainsi que de quelques meurtres.

   Soucieuse des spectateurs oublieux (ou n'ayant pas vu le premier volet), la production a inséré quelques retours en arrière, sur un agréable fond musical : une chanson d'Amy Winehouse.

   Dans cette suite, l'héroïne va être associée à sa sœur, qu'elle n'a pas vu depuis des années. Autre nouveauté : les jeunes femmes ne vont pas affronter une mais six familles aussi riches que démoniaques, avec des conséquences (visuelles) aussi cocasses d'inattendues lorsque l'une des lignées est interrompue.

   C'est le principal intérêt de ce film : la mise en scène des tueries, celles-ci jouissives parce qu'elles voient la mort d'une belle bande d'enfoiré.e.s, très bien campée par les acteurs chargés des seconds rôles. Dans cet opus, Sarah Michelle Gellar remplace Andie Mac Dowell. Du côté des messieurs, on nous offre la participation de David Cronenberg et celle, plus étoffée, de Frodon d'Elijah Wood, en "avocat du diable" assez mystérieux.

   Pour le reste, on est abreuvé de clichés. Ainsi, les deux sœurs, qui ne peuvent pas se piffrer au départ, apprennent à se comprendre, à s'apprécier, allant jusqu'à risquer leur vie l'une pour l'autre. Cette "sororité" basique va s'étendre à d'autres personnages, issus de catégories sociales plus aisées : deux femmes (une cheffe d'entreprise et une héritière) finissent par témoigner de la sympathie aux héroïnes, qui sont d'origine populaire. Elles se démarquent de l'apologie de la violence dans laquelle se complaisent les hommes, en particulier Titus, fils et frère dévalorisé au début de l'histoire, mais qui va peu à peu muer en mâle dominant sans pitié. C'est une incarnation de la masculinité toxique. Lui ne kiffe pas particulièrement les armes à feu. Il préfère user de ses poings, notamment contre les femmes. Ce sous-texte inattendu, amené avec un peu plus de subtilité que le reste, donne une saveur supplémentaire à cette histoire horrifique.

   (On reste toutefois dans le "politiquement correct" : si les familles de dominants représentent une réelle diversité ethno-culturelle, on a pris soin de n'y faire figurer aucun Afro-américain, les deux victimes potentielles étant des "Caucasiennes"...)

   Le film présente, comme son prédécesseur, l'avantage d'être habilement conclu (sur une séquence matrimoniale, qui justifie -enfin- le titre). J'ai trouvé le dernier quart d'heure particulièrement réussi.

00:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 13 avril 2026

Je n'avais que le néant

   J'ai raté ce film à sa sortie en salles. J'ai récemment profité d'une séance spéciale pour y remédier. Je fais partie de celles et ceux qui estiment que Shoah, de Claude Lanzmann, est un chef-d’œuvre, un documentaire aussi fort que novateur (pour son époque), que je n'ai toutefois jamais vu au cinéma, uniquement à la télévision et en DVD.

   J'ai donc pris en pleine gueule certaines scènes, qui m'ont rappelé celles déjà vues sur petit écran, ici amplifiées par la salle obscure. Guillaume Ribot a puisé dans les quelque 220 heures de rushes non utilisés pour nous livrer une sorte de making of de Shoah, sur fond d'extraits des écrits du cinéaste, toujours très bien choisis.

   On retrouve donc certains des intervenants les plus marquants du documentaire-fleuve : le rescapé miraculeux de Chelmno (qui a survécu à une balle dans la nuque...), le coiffeur de Treblinka (dont on apprend qu'il a sans doute fui Lanzmann avant d'accepter de témoigner), un autre, allemand, l'un des rares évadés des camps d'extermination, les paysans polonais qui ont (presque) tout vu, l'ancien cheminot qui n'a rien oublié, l'ex-SS Suchomel, malade du cœur (il en avait un !), piégé par une caméra cachée (la "paluche", qui n'enregistrait pas, mais transmettait les images à distance, à une régie située dans le combi loué par Lanzmann), les anciens membres des Einsatzgruppen, protégés par leur entourage, et qui ne se laissent pas berner, au point de pousser l'équipe à prendre la fuite...

   De manière involontaire, certaines scènes (qui datent de plus de quarante ans) font écho à notre époque. On est ainsi stupéfait d'entendre un paysan polonais (qui ne maîtrise aucune langue étrangère) affirmer que Claude Lanzmann parle (français) avec "un accent juif" ! (S'il vivait en 2026, peut-être ironiserait-il sur la manière de prononcer son nom de famille...) C'est encore le nom du réalisateur qui est source d'ennuis puisque, pour nombre d'anciens nazis, il "sonne juif" et lui vaut donc des refus d'entretien. On constate que, bien avant que l'expression ne soit créée, il régnait déjà, entre 1973 et 1980, une sorte "d'antisémitisme d'atmosphère", que certains tentent aujourd'hui de minimiser.

   Le film se termine sur une séquence forte, avec des survivants de la révolte du ghetto de Varsovie, l'un des chefs, devenu alcoolique, peinant à s'exprimer. Ici encore, un geste, une attitude, parle plus que des discours.

samedi, 11 avril 2026

L'Ultime Héritier

   En quête de divertissement facile, le soir, après le boulot, j'ai jeté mon dévolu sur cette comédie sociétale, un poil violente, coproduite par son interprète principal, Glen Powell, le chouchou de ces dames, vu récemment dans Running Man, Tout sauf toi et Top Gun : Maverick.

   Powell incarne Becket Redfellow, dont la mère a été reniée par sa richissime famille d'origine. Le jeune homme, qui n'a pas connu son père, a grandi dans une ambiance mêlant amour maternel et ressentiment, avec une furieuse envie de prendre sa revanche sur la vie... et sur sa famille maternelle. A cet égard, il pourrait d'ailleurs joindre l'utile à l'agréable. En effet, alors qu'il se croyait (comme sa mère) exclu de la succession familiale, il découvre qu'il en fait partie... en dernière position. Il décide donc de tout faire pour "remonter" dans le classement.

   La manière dont le "héros" va tenter de se débarrasser de ses oncles, tantes, cousins, petits-cousins... et de son grand-père constitue la meilleure partie du film, puisque chaque tentative de meurtre comporte une part de cocasserie. On profite de ce spectacle immoral aussi parce que presque tous les Redfellow sont antipathiques, certains certes plus que d'autres.

   Le film prend une épaisseur supplémentaire quand Becket découvre qu'il peut à son tour être une cible : du FBI (qui enquête sur cet étrange enchaînement d'accidents), d'un membre de sa famille (qui a compris son petit jeu)... et d'une de ses connaissances, une insupportable égocentrique qui fait une fixation sur lui. (Elle est incarnée par Margaret Qualley, dont le réalisateur filme principalement les -longues- jambes et le visage hyper maquillé...)

   Le problème est qu'entre les séquences de meurtre (bien mises en scènes, par le réalisateur comme par l'assassin, qui se révèle assez créatif...), on s'ennuie un peu. Le scénario introduit pourtant un intéressant dilemme. Becket réussit dans la vie sans avoir besoin de l'héritage : il devient cadre financier, avec un très bon salaire, et noue ce qui pourrait devenir une belle histoire d'amour. Ne serait-il pas temps pour lui de laisser tomber sa vengeance, d'autant qu'il a fini par rencontrer un membre de sa famille (beaucoup) plus sympathique que les autres ?

   Hélas, le film n'en fait pas grand chose... et, surtout, il devient de moins en moins drôle au fur et à mesure que l'intrigue se déroule. La fin se veut maline, en dehors des clous, mais elle est surtout totalement invraisemblable. Dommage, parce que plus de la moitié du film mérite le détour.

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lundi, 06 avril 2026

David

   Ce film d'animation exploite un matériau biblique, celui des Livres de Samuel (figurant dans l'Ancien Testament). Il raconte l'ascension d'un jeune berger juif, qui se révéla d'abord par un exploit réalisé contre les Philistins, puis sa rivalité avec le roi Saül.

   L'intrigue prend à la fois la forme du conte pour enfant et du récit mystique. La jeunesse de David est dépeinte comme celle de beaucoup de personnes issues de milieux modestes. Il vient d'une famille nombreuse et garde le troupeau de moutons en pâture, le protégeant des attaques de prédateurs. Les animaux sont représentés un peu comme dans les anciens films de chez Disney. Ils ne parlent pas mais sont très expressifs (avec de grands yeux). David est très proche d'eux... y compris des prédateurs. On peut le voir comme un personnage en harmonie avec la nature... ou avec toutes les créatures de Dieu.

   C'est l'autre versant de l'intrigue : la foi du personnage principal, qui le conduit à "soulever des montagnes". Pour les non-croyants, je précise qu'il n'y a pas vraiment d'intervention divine dans le film. Ce sont les personnages les plus croyants qui réalisent des exploits. C'est une version religieuse du "croire en soi" qui est tant utilisé dans les fictions.

   On suit donc un nouveau "petit gars de la base" (peut-être le premier, en fait), qui va connaître un destin exceptionnel. L'épisode de la lutte contre les Philistins est attendu, pour l'affrontement entre David et Goliath, mis en scène avec une part de cocasserie. Plus tendue est la rivalité avec Saül, le roi des Hébreux, symbole d'un pouvoir corrompu, devenu tyrannique et sanguinaire, qui pourrait mener son peuple à la catastrophe. (Certains y voient une critique à peine voilée du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou.)

   Il convient de signaler que ce film est une production d'Angel Studios, société à laquelle on doit le controversé Sound of Freedom et la série (christique) The Chosen. On ne s'étonnera donc pas qu'à un moment de l'histoire, David, fait prisonnier, soit attaché de manière à se retrouver quasiment en croix. Rappelons que la tradition le fait naître à Bethléem... tout comme Jésus. Les Évangiles ont été écrits de manière à présenter celui-ci comme un lointain successeur de David.

   Mais l'on peut regarder cette histoire comme l'illustration de mythes (plus ou moins fondés), avec une bonne qualité d'animation... et des chansons (façon Disney), dont le film aurait toutefois pu se passer.

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dimanche, 05 avril 2026

Projet dernière chance

   Ce film d'anticipation présente une Terre menacée par le changement climatique une météorite une invasion extraterrestre une gigantesque épidémie de dysenterie la baisse d'activité du soleil, liée à l'action de bactéries. Une expédition-suicide est envoyée aux confins de la galaxie là où, peut-être, se trouve la solution.

   L'histoire commence avec le réveil du héros, Ryland Grace, placé en coma artificiel pour supporter le voyage. Il découvre qu'il est le seul survivant de l'expédition et peine à retrouver ses esprits : quel est le but exact de sa mission et pourquoi en fait-l partie ? Les souvenirs qui lui reviennent par bribes nous sont proposés sous la forme de retours en arrière. Heureusement qu'il y a ces moments, parce qu'à l'image de Ryland dans le vaisseau, on s'emmerde un peu pendant cette première partie. Les séquences les plus intéressantes sont celles qui voient le scientifique expérimenter dans son labo terrestre, puis débarquer sur un gigantesque porte-avion, refuge des meilleurs chercheurs de la planète.

   C'est donc bourré d'humour, conforme à la "patte" des réalisateurs, Phil Lord et Christopher Miller, auxquels on doit, entre autres, La Grande Aventure Lego. Cet humour a toutefois ses limites : au bout d'un moment, j'en ai eu un peu marre des maladresses répétées de Ryland, censées être attendrissantes. On a bien compris que l'humain complètement perdu du début allait peu à peu se transformer en véritable héros, mais, vu de mon siège, ce fut long à venir.

   Fort heureusement, le docteur Grace fait la connaissance d'une araignée-rocher tout aussi isolée que lui, sur son propre vaisseau. Il la (ou plutôt le : c'est un mâle) baptise Rocky. Les deux êtres vont se découvrir, apprendre à communiquer, se connaître, s'apprécier... au point de cohabiter. La limite est qu'ils ne peuvent vivre dans la même atmosphère. C'est bien foutu sur le plan technique (tout comme les scènes spatiales d'ailleurs) et, peu à peu, l'émotion nous gagne devant cette amitié grandissante, soumise aux aléas du grand vide intersidéral.

   Les vieux cinéphiles percevront quantité de références, à 2001 L'Odyssée de l'espace, Seul sur Mars, E.T., Mission to Mars, Interstellar... Le matériau n'est donc pas de première fraîcheur mais, franchement, cette histoire d'amitié emporte le morceau. Ryan Gosling, Sandra Hüller et l'animal virtuel sont très bien. C'est un peu long à mon goût (avec parfois, une musique trop présente), mais l'on passe un bon moment.

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samedi, 04 avril 2026

Plus fort que moi

   Le titre français du film de Kirk Jones tente, à l'image du titre originel (I Swear, traduisible par "Je jure" ou "Je le jure"), de jouer sur un double sens. Le héros, John Davidson, est atteint du syndrome Gilles de La Tourette, qui lui fait proférer des grossièretés malgré lui... et, tout au long du film, on se demande si ce handicap va l'engloutir ou bien s'il va parvenir à vivre avec.

   Le pire dans cette histoire est qu'il n'est pas né avec. Vers l'âge de treize ans (en 1981), John commence à en ressentir les premiers symptômes. Cela bouleverse sa vie, puisqu'il venait d'intégrer un prestigieux établissement secondaire et qu'il avait été repéré comme jeune gardien de but prometteur (au football). La première demi-heure montre l'écroulement de son monde, accentuée par l'incompréhension de ses proches, le syndrome étant largement méconnu à cette époque.

   Le jeune acteur (Scott Ellis Watson) est formidable (et il ressemble physiquement à celui qui incarne John à l'âge adulte), mais ce n'est rien à côté de la performance de Robert Aramayo, é-pous-tou-flant.

   Si cette première partie comporte quelques moments cocasses (liés au développement de la maladie), le ton en est tout de même majoritairement sombre. Il faut signaler aussi la bonne prestation de Shirley Henderson (connue, entre autres, pour ses participations à la saga Harry Potter et à la franchise Bridget Jones) : elle a la tâche (redoutable) d'incarner la mère du héros, qui s'est éloignée de son fils.

   L'histoire (réelle) aurait pu s'arrêter là, par exemple à la tentative de suicide du garçon. Heureusement pour lui (et pour le film), il a rencontré deux bonnes fées sur son chemin. La première est la mère de son meilleur ami, une infirmière, frappée par un cancer, qui veut mettre à profit les derniers mois de sa vie pour tenter de sauver le jeune homme. La seconde est le gardien de la salle polyvalente locale, interprété par l'excellent Peter Mullan.

   Après une ellipse, on retrouve le garçon à l'âge adulte. Même s'il est épaulé, les difficultés demeurent, qui le mènent soit au commissariat, soit au tribunal, soit... à l'hôpital. C'est vraiment poignant... et malgré tout émaillé d'humour. (Je recommande tout particulièrement la rencontre entre deux "Tourette", à l'arrière d'une voiture, et la réunion de groupe, dans la salle de sports.) Il y a du (premier) Ken Loach dans cette fresque écossaise, à entendre en version originale, pour profiter des accents rocailleux.

   La durée (deux heures) est à peine perceptible, tant les montagnes russes de l'existence de John sont captivantes. On passe par plusieurs stades d'émotion.

   C'est un film à voir absolument... et il figurera sans doute dans mon palmarès 2026.

vendredi, 03 avril 2026

La Guerre des prix

   Audrey, fille d'agriculteurs, travaille dans la grande distribution, quelque part dans l'ouest de la France. Sérieuse, efficace, elle est devenue cheffe de rayon et peut, à terme, ambitionner la direction d'un magasin. Elle est remarquée par la direction du groupe, en quête de nouvelles têtes pour travailler à la centrale d'achats, celle qui négocie avec les producteurs. Audrey intègre l'équipe de la section "produits laitiers", l'une des plus prestigieuses, dirigée par une légende de la boîte, Fournier.

   Ces deux personnages marquants sont très bien interprétés par Ana Girardot et Olivier Gourmet. La première, qui ne choisit pas toujours bien ses rôles, incarne ici une jeune femme ordinaire, qui a l'occasion de devenir une "transfuge de classe"... si elle accepte d'avaler quelques couleuvres. En face, Gourmet est une fois de plus impeccable. Son personnage, ombrageux, taiseux... et hyper-méticuleux, a plus de points communs avec Audrey que celle-ci ne le pense, de prime abord. Il a commencé comme boucher dans une grande surface, avant de gravir les échelons, un à un.

   Deux univers nous sont décrits : celui de l'exploitation familiale (de bovins-lait bio), dirigée par le frère d'Audrey (formidable Julien Frison) et celui de l'entreprise Derval, en particulier les négociations commerciales. Celles-ci donnent lieu à des scènes (remarquables) qui se situent quelque part entre le jeu d'échec et le round de boxe (sur le plan verbal). Le but est d'obtenir le maximum de son interlocuteur... (presque) tous les coups sont permis.

   Ana Girardot fait très bien sentir les questionnements intérieurs de son personnage, alors que Gourmet est chargé d'humaniser (un peu) celui qui apparaît parfois comme un super-prédateur, prétendant être au service des clients de ses magasins. Un troisième acteur intervient dans ce petit jeu entre petits producteurs et distributeurs : l'industriel Lactéos (décalque évident de Lactalis, Derval pouvant symboliser Leclerc).

   Les seconds rôles sont eux aussi bien campés : Aurélia Petit en pédégère (apparemment) empathique, Yannick Choirat en petit patron pris en tenailles, Camille Moutawakil en négociatrice pugnace, mais qui aime faire la bringue...

   Trois arcs narratifs tournent autour d'Audrey : l'évolution (délicate) de l'exploitation familiale, la carrière de la jeune femme dans la grande distribution... et la possibilité d'une histoire d'amour, improbable, douce et peut-être piégeuse.

   Comme ce n'est évidemment pas un conte de fées, on prend une belle claque et, si on l'ignorait, on découvre pourquoi une partie du monde paysan disparaît, sur fond d'idéologie consumériste, qui fait croire aux masses que le but de la vie est d'acquérir un maximum de choses à bas prix, sans penser aux conséquences.

dimanche, 29 mars 2026

Les Rayons et les ombres

   Auréolé du succès (public comme critique) d'Illusions perdues, Xavier Giannoli a eu les moyens de se lancer dans un projet plus risqué, celui d'un biopic double, croisement des vies d'un père et de sa fille, à savoir Jean et Corinne Luchaire.

   Utilisant les retours en arrière pour entremêler les époques, Giannoli nous livre une véritable fresque, de l'Entre-deux-Guerres aux lendemains de la Libération, en passant bien entendu par la période d'occupation allemande et de collaboration.

   La distribution est éblouissante. Pour lancer le film, on a beaucoup communiqué sur Jean Dujardin, qui parvient à faire ressentir les ambiguïtés de son personnage, jusque dans sa lâcheté lucide. Il est un autre acteur qui réussit tout aussi bien à incarner un individu trouble : August Diehl, remarquable en Otto Abetz, même si je trouve que Giannoli (de manière encore plus évidente avec lui qu'avec Luchaire/Dujardin) gomme certains aspects déplaisants (ou ne les aborde que de manière allusive) pour rendre ses protagonistes plus "aimables".

   A ce duo de paires de couilles il faut ajouter Nastya Golubeva (eh oui, encore une "fille de"), dont je n'attendais pas grand chose, mais qui m'a épaté dans le rôle. A certains moments, elle vole la vedette à Diehl et Dujardin, ce qui n'est pas une mince affaire. Je regrette toutefois que, dans la dernière période de la vie de l'héroïne, on ne l'ait pas véritablement enlaidie : la maladie, les excès divers et le désespoir avaient fait vieillir prématurément Corinne Luchaire, qui, à la veille de sa mort, ne ressemblait plus guère à la starlette des débuts.

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   L'autre intérêt du film est sa volonté d'expliquer en nuances l'adhésion à la Collaboration. Certains Français s'y sont lancés par fidélité au maréchal Pétain, d'autres par sympathie pour les thèses nazies, d'autres encore par opportunisme. Concernant Jean Luchaire, il semble que ce soit le pacifisme qui l'y ait mené. Mais, très vite, ce sont les préoccupations matérielles qui ont pris le dessus, l'humaniste rigoureux du début finissant dans les partouzes cocaïnées auxquelles participaient certains officiers des troupes d'occupation...

   Je reproche au film de situer tard dans le temps le basculement de Luchaire, alors que, dès le début de 1941, il a tenu des propos ouvertement antisémites. Giannoli passe aussi rapidement sur le séjour à Sigmaringen, cette "colonie des collabos" durant laquelle Luchaire ne s'est pas contenté d'être observateur. En Allemagne même, il a de nouveau dirigé un journal (et une radio) pro-nazi.

   Quoi qu'il en soit, en dépit du brio qui est à l’œuvre, je suis resté un peu extérieur au film. Giannoli a beau s'appesantir sur les effets de la tuberculose, les souffrances ressenties par ses héros sont bien peu de choses au regard de celles subies par tant de personnes, bien plus recommandables, sous l'Occupation. Le journaleux adepte des compromissions et sa petite fille gâtée demeurent peu sympathiques et j'adhère totalement au réquisitoire du procureur (excellent Philippe Torreton), qui arrive bien tard.

   Du point de vue des nuances, j'ai quand même apprécié qu'on ne nous montre pas les résistants systématiquement comme des chevaliers blancs de la démocratie. Certains d'entre eux (notamment parmi ceux qui se sont "engagés" après le 6 juin 1944...) sont présentés comme de sales types, pitoyables en comparaison de celles et ceux qui ont été des héros.

   Globalement, le film, bien fichu, supporte la distance (3h20...), même s'il comporte quelques longueurs.

They will kill you

   C'est cet inquiétant message (« Ils vont te tuer ») que l'héroïne Asia Reaves trouve inscrit dans la salle de bains de son nouveau logement, situé dans un hôtel haut-de-gamme, où elle vient de se faire embaucher.

   Curieusement, dans cet établissement, tous les clients sont blancs et toutes les employées de service sont noires, obéissant au doigt et à l’œil à une sorte de gouvernante, (très bien) interprétée par Patricia Arquette.

    Asia  donc du souci  à se faire, puisqu'elle a mis le pied dans un véritable nid de guêpes... mais, ce que les employeurs, collègues et clients ignorent, c'est qu'elle a tout fait pour arriver ici, à la recherche de sa sœur disparue... et qu'elle est bigrement coriace. Mais, ça, nous spectateurs le savons depuis le début, puisqu'Asia est jouée par Zazie Beetz, qui fut Domino dans les Deadpool... et incarna récemment une redoutable tueuse dans Bullet Train.

   D'ailleurs, les références cinématographiques sont nombreuses : l'hôtel-forteresse rappelle un peu celui de John Wick, la mise en scène de l'exploitation de Noirs pauvres par de riches Blancs, sur fond de film de genre, fait écho à Get Out... et la fureur vengeresse d'Asia, sabre au clair, rappelle celle d'Uma Thurman dans Kill Bill... et l'évasion d'Harley Quinn dans The Suicide Squad.

   C'est bien réalisé, s'appuyant de bons effets spéciaux et, au début du moins, c'est nourri d'humour macabre. Le premier affrontement entre Asia et certains des occupants de l'hôtel est de toute beauté. 

   La suite est moins enthousiasmante. Au niveau du scénario, on a voulu nous ménager quelques surprises : on sort du simple parcours sanguinolent de l'héroïne dézinguant tout sur son passage pour arriver à ses fins. Pour une raison que je ne vais pas divulguer, ses adversaires se révèlent plus coriaces que prévu. On nous propose donc tout une série d'affrontements, avec giclures de sang, étripements, décapitation et amputations diverses. C'est assez réjouissant (notamment lorsqu'est introduit le "périple d'un œil", très drôle), mais cela finit par devenir répétitif. De plus, les retrouvailles entre les sœurs manquent d'intensité, je trouve. L'émotion a du mal à filtrer.

   On passe quand même un bon moment, mais le film n'est pas une complète réussite.

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samedi, 28 mars 2026

Police Flash 80

   C'est le nom d'une nouvelle unité d'élite de la police, chargée d'endiguer le trafic de drogues qui gangrène un arrondissement parisien. Quand vous saurez que le commissaire qui lance cette unité est interprété par Philippe Rebbot et que l'officier de police chargé de la diriger est incarné par François Damiens (avec plein de cheveux), vous aurez compris que la rigueur méthodologique n'est pas la qualité première de ce groupe de policiers, a priori peu portés sur le code de déontologie, pas hyper sportifs, ayant plutôt tendance à enchaîner clopes et boissons alcoolisées.

   L'ambiance des années 1980 est parfaitement restituée : voitures, meubles, vêtements, coiffures (mon Dieu...), téléphones... et musiques nous plongent (nous, les vieux cinéphiles) dans un véritable bain de jouvence, qui culmine lorsqu'il est fait appel à un tube de Michel Sardou, pour sortir un flic infiltré d'une situation délicate. La séquence est totalement invraisemblable, mais jouée avec conviction par les comédiens, ce qui la rend savoureuse.

   Du côté de l'interprétation, aux deux zigues déjà mentionnés il faut ajouter Audrey Lamy (excellente) et Thomas Ngijol (épatant dans un rôle très différent de celui d'Indomptables). Je me dois de signaler aussi deux seconds rôles bien campés : Marfoud (par Brahim Bouhlel) et Roberto (par Xavier Lacaille)... et (définitivement) NON à la coupe mulet !

   Même si tout n'est pas réussi dans cette pochade, elle m'a arraché plusieurs éclats de rire ce qui, en cette époque tristement belliqueuse, fait un bien fou.

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vendredi, 27 mars 2026

Lupin III - La lignée immortelle

   Il y a un peu plus de cinq ans, j'avais beaucoup aimé une précédente adaptation en long-métrage des aventures d'Edgar, petit-fils d'Arsène Lupin, as du cambriolage. D'autres sont sorties depuis, mais c'est la première que je vois en salle. On la doit à un réalisateur différent (familier de l'univers de Lupin), Takeshi Koike, alors que l'excellent Takashi Yamazaki, (directeur de The First) se consacre désormais à Godzilla.

   Les dix premières minutes résument les précédentes aventures du quatuor de héros. Edgar est bien entouré, puisqu'il peut compter sur les services d'un tireur d'élite, d'un samouraï d'exception... et d'une espionne ultra bad ass. Ce résumé est particulièrement utile, parce que les héros vont retrouver sur leur route leurs anciens adversaires, mais dans des circonstances différentes.

   L'essentiel de l'intrigue se déroule sur une île absente des cartes, située à plusieurs centaines de kilomètres de la Floride. Sa forêt luxuriante peine à masquer l'accumulation d'équipements militaires d'âges et de tailles divers, certains en parfait état de fonctionnement. D'étranges humains, à moitié dégénérés, hantent cette île, contrôlée par un mystérieux duo, composé d'une petite fille et d'un adulte âgé et musculeux.

   Un complot se trame dans l'ombre et l'île regorge de pièges, auxquels les héros -et leurs (anciens ?) ennemis- tentent d'échapper.

   Les rebondissements sont nombreux, les péripéties souvent violentes (à déconseiller aux plus jeunes, donc). On ne s'ennuie pas, d'autant qu'une musique entraînante (mélange de références jazzy et d'airs contemporains asiatiques) accompagne le tout.

   Le style des dessins est assez différent de celui de The First, mais cela passe sans problème, puisque c'est raccord avec la musique.

   Il manque toutefois un ingrédient, qui faisait le sel du manga et de ses premières adaptations animées : l'humour. L'histoire est trop sérieuse à mon goût (alors que le film baigne dans un doux délire visuel). Du coup, en dépit d'indéniables qualités, ce film-ci m'a un peu déçu.

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samedi, 21 mars 2026

Planètes

   Ce film est un poème musical naturaliste, contant l'histoire d'une famille Pissenlit, visiblement deux adultes (un papa, une maman ?) et deux enfants (peut-être une fille et un garçon... mais c'est laissé à la libre interprétation de chacun). Ils sont nés sur une planète d'où l'ont voit la vie disparaître (des suites d'un cataclysme)... avant de réapparaître, laborieusement, sur une planète voisine (qui, elle, n'est pas rouge). C'est une évidente allusion au duo Mars-Terre... et un rappel que la vie sur notre planète est sans doute d'origine extra-terrestre... mais pas sous la forme de graines de pissenlit.

   Visuellement, dès le début, c'est emballant. A l'écran s'entremêlent (parfois de manière indistinguable) des prises de vue réelles et des images de synthèse. Les végétaux rencontrent une ribambelle d'animaux (précisément nommés dans le générique de fin, au défilement hélas trop rapide) : abeille, scarabée, papillon, luciole, grenouille... et limaces, absolument superbes ! (Si, jadis, on m'avait dit que j'écrirais ce qui précède, j'aurais éclaté de rire...) 

   Les mouvements des lamelles des pissenlits (organisés comme une chevelure) et l'ajout de petits sons anthropomorphisent ces personnages. Dit comme ça, ça a l'air un peu con, mais, franchement, c'est réussi, tout en restant gracieux.

   Cela ne dure qu'1h10, un petit moment de communion avec la nature, dans une ambiance survivaliste.

Alter Ego

   Les cinémas aveyronnais n'ont pas eu droit à ce film en sortie nationale, ni même en deuxième semaine. Il convient donc de se débrouiller pour parvenir à voir cette comédie française, doublement servie par l'un des meilleurs acteurs de sa génération, récemment césarisé.

   La performance de Laurent Lafitte, qui incarne deux hommes très ressemblants physiquement, mais très différents mentalement, mérite à elle seule la vision de ce film. Le maquillage, les vêtements et la capacité du comédien à adopter des attitudes différentes instillent le doute : l'un des deux (en plus d'être quasiment chauve) a de grands cernes sous les yeux, des sourcils légèrement différents et s'habille sans élégance (au point de paraître empâté, à côté de son double) ; l'autre est plus souriant, plus sportif (du coup on le croit plus svelte), a meilleure mine. Le jeu des sept erreurs, auquel on peut s'amuser au cours de certaines scènes, est assez jouissif.

   Mais le rire surgit surtout de l'absurdité de la situation. Alex est le seul à remarquer la grande ressemblance entre lui et Axel. Les deux prénoms sont presque identiques, à l'image des personnages, qui habitent des maisons jumelles, symétriques, comme leurs places au bureau : figurez-vous que le nouvel arrivant du quartier travaille dans la même boîte que le héros !

   Du coup, on sort un peu du réalisme, pour tomber parfois dans une sorte de thriller quasi fantastique. On se doute bien qu'il y a anguille sous roche, quelque part... mais où exactement ? Alex est-il un peu cinglé ou bien certains personnages nous cachent-ils quelque chose ? Un peu à l'américaine l'états-unienne, le duo Charlet-Lavaine montre les secrets et les tensions sous-jacentes de cette banlieue de classe moyenne, où, au premier regard, tout semble beau, propre et riche.

   Ce n'est pas aussi hilarant qu'on nous l'a parfois dit, mais c'est une très bonne comédie.

08:32 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 20 mars 2026

Jumpers

   Mabel est une écolière turbulente, qui devient une (brillante) étudiante révoltée, contre l'injustice du monde, les règlements scolaires, les promoteurs immobiliers, les mauvais traitements infligés aux animaux... et la mort de sa grand-mère. En se rapprochant (physiquement... et mentalement) des bêtes sauvages, elle va mûrir, donner un sens à son existence... et découvrir à quel point la vie peut-être complexe.

   Si, au départ, j'ai hésité à aller voir ce qui ressemblait furieusement à de la propagande bobo-écolo, après coup, je ne regrette nullement : c'est un excellent Pixar.

   C'est d'abord souvent drôle, à travers la vie perturbante et perturbée de l'héroïne, dont la rébellion prend parfois un tour cocasse (y compris à ses dépens). 

   La première partie se teinte rapidement d'émotion, à travers la relation qu'entretient Mabel avec sa grand-mère, qui vit dans une maison à l'écart de la ville, près d'un étang où elle entre en harmonie avec la nature... et préserve sa sérénité. J'ai été particulièrement touché par ces aspects, le personnage de la mamie étant vraiment bien caractérisé.

   La comédie, mâtinée de science-fiction, reprend ensuite le dessus, quand Mabel "s'animalise" (dans des circonstances que je me garderai de révéler). Le monde sauvage bénéficie d'une animation remarquable (impressionnante sur grand écran). J'ajoute que l'amour de la nature ne porte pas d’œillères (contrairement à tant de documentaires animaliers) : on voit certaines bêtes en manger d'autres (certes fugacement). C'est "la loi de l'étang", comme il est dit dans le film... ou, plus simplement, la loi de la nature.

   A ce contact, Mabel évolue. Un vieux castor va lui donner une belle leçon de sagesse. La zadiste du début devient une adulte responsable, capable de nuancer.

   Ne croyez cependant pas que le propos moraliste soit chiantissime : c'est diffusé à travers une flopée de rebondissements, la séquence de la voiture du maire étant particulièrement enlevée (avec une piquante utilisation du smartphone). Adultes comme enfants rient : le double niveau d'interprétation fonctionne à merveille, avec des clins d’œil cinéphiliques ou culturels. 

   J'ai passé un excellent moment.

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samedi, 14 mars 2026

ATHOS

   Il ne va pas être question d'une histoire liée aux Trois Mousquetaires (ni préquelle, ni spin-off)... mais de la Patrouille de France, dite aussi la PAF (pour Patrouille Acrobatique de France). Vers la fin du film, on apprend toutefois le lien qui existe entre le nom de code des avions (numérotés de 1 à 8) et l’œuvre d'Alexandre Dumas : en vol, c'est « tous pour un et un pour tous ».

   Le réalisateur Mathieu Giombini est un ancien directeur de la photographie (notamment sur le documentaire Le Chêne). Il a donc apporté un soin particulier à la manière de filmer les avions et les paysages. C'est pour moi la plus belle partie du film, avec des plans tournés de l'extérieur comme de l'intérieur des appareils et de très belles vues de la Provence (où se trouve le camp de base de l'unité), du Perthois (en Champagne), de la Corse et (un peu) de Paris.

   Il me faut cependant préciser que ces images occupent à peine 20 % du film, où les entretiens sont majoritaires. (On est donc loin du dernier Top Gun.) Pilotes (anciens comme nouveaux), officiers de l'unité, intervenants divers sont sollicités pour nous faire comprendre le fonctionnement de la PAF et la complexité de leur travail. Celui est organisé sur une année civile. Giombini a suivi la "promo" 2025, d'une passation de pouvoirs à l'autre, avec changement d'équipe.

   Les pilotes sont tous des militaires ayant auparavant officié sur des Rafales. On les voit donc surpris de constater à quel point les Alpha Jets (de conception plus ancienne) font un peu "vieille bécane" à côté des bijoux de technologie que sont les chasseurs dernier cri de chez Dassault. Autre surprise : l'absence de simulateur de vol. C'est sur le terrain... et dans la tête que se préparent les sorties et les chorégraphies en l'air. Il y a d'ailleurs quelque chose de gracieux dans la manière dont les pilotes (en particulier le chef d'équipe) visualisent leurs futures acrobaties.

   De l'automne au printemps, la nouvelle équipe s'entraîne, apprend à évoluer en groupes de 4, 6 ou 8 appareils, pour réaliser diverses figures. L'objectif est d'être fin prêts pour le 14 juillet et les meetings aériens organisés en France à la belle saison.

   Un accident est venu entacher le tournage. Il s'est produit il y a presque un an tout pile, sous les yeux du réalisateur. En mars 2025, Giombini et son équipe avaient déjà bien avancé dans le tournage du documentaire. Ils étaient si bien intégrés au groupe que le cinéaste avait été accepté comme passager lors d'une sortie... qui n'a finalement pas eu lieu. L'accident qui s'est produit ce jour-là (et qui avait fait la Une des médias) a été délicatement intégré au film. Du côté de l'armée, il a fallu ensuite réorganiser l'équipe de pilotes, y intégrer deux nouveaux membres et reprendre les entraînements.

   Au final, c'est moins spectaculaire que ce que j'espérais, mais c'est une belle aventure humaine, à voir sur grand écran.

21:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

E.P.i.C.

   Avec G.O.A.T. (dans un tout autre genre), c'est le deuxième film sorti récemment dont le titre est un acronyme : ici, le terme que l'on pourrait traduire par « épique » signifie aussi Elvis Presley in Concert.

   C'est à Baz Luhrmann (réalisateur d'Elvis) que l'on doit ce documentaire hommage, conçu pour particulièrement mettre en valeur la période Las Vegas de la carrière du King. Pour cela, il a collecté un important matériau : des séquences issues de précédents documentaires, assez anciens, des extraits de programmes télévisés, mais aussi des images méconnues, tournées pendant des séances de répétition ou d'enregistrement. Ajoutez à cela divers extraits de concerts, le tout restauré, remastérisé (pour le son) et vous obtenez une formidable collection de moments, hélas placés un peu dans le désordre. Pour s'y retrouver, mieux vaux bien connaître la carrière d'Elvis... ou se fier à son apparence physique, sa coiffure comme son degré d'empâtement indiquant à quelle période l'on se trouve.

   Le résultat est... étourdissant. Le film est fait pour être vu dans une salle dotée des meilleurs équipements, par exemple la technologie ICE présente dans certains cinémas CGR (pas celui de Rodez, hélas). C'est donc au cours d'un déplacement que je me suis offert cette expérience, dans une salle dont le public était, de manière surprenante, très diversifié (avec un assez grand nombre de jeunes adultes, plutôt de sexe féminin). Parmi les vieux briscards présents se distinguaient plusieurs individus dotés d'une coiffure particulière...

   Bref, l'ambiance était bonne et, dès que le film a été lancé, assez souvent, nous avons été quelques-uns à avoir des fourmis dans les jambes. Sur le plan sonore, c'est vraiment emballant. On nous propose un florilège étendu et diversifié des chansons du King, certaines très connues, d'autres moins, dans des styles différents, de la country au gospel, en passant par le rhythm and blues, le rock et même de la variété.

   Visuellement, c'est aussi très intéressant. Je vais enfoncer une porte ouverte, mais Elvis était vraiment une bête de scène (et un putain de beau gosse, au moins jusqu'à 35 ans). Les extraits de concert son souvent impressionnants.

   C'est aussi bourré d'humour... celui d'Elvis. Je n'avais pas le souvenir d'un personnage aussi facétieux. C'est notamment l'intérêt des séquences d'enregistrement et de répétitions : outre la qualité de ses musiciens, on découvre l'icône sous un autre jour... et c'est passionnant.

   Luhrmann n'a pas voulu s'appesantir sur les dernières années de la résidence "végassienne". Son film, incomplet, n'est pas parfait, mais, franchement, quand ça s'arrête, on en reprendrait bien une louche.

vendredi, 06 mars 2026

Les Enfants de la Résistance

   J'ai vu l'adaptation de la bande dessinée à succès, centrée sur les deux premiers tomes, Premières actions... 

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   ... et Premières répressions :

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   Les scénaristes n'en ont gardé que la trame générale et la caractérisation de certains personnages.  Si, de prime abord, l'on saisit qu'il fallait un peu "élaguer" dans les quatre-vingt-dix pages de la BD pour faire tenir l'histoire en 1h40, on comprend un peu moins quand on voit ce qui a été rajouté à la place...

   Au niveau des acteurs, les adultes s'en sortent bien, en général. Artus est une bonne surprise en père ancien combattant, Jugnot fait le job en curé de campagne (très différent de celui de la BD mais cela passe) et ceux qui incarnent les nazis sont très bien (c'est-à-dire de parfaits salauds). Côté allemand, on a eu l'élégance d'introduire de la nuance : certains soldats n'ont rien d'extrémiste, ils sont simplement pris dans le flux de l'Histoire.

   Mais tous les enfoirés de service ne sont pas aussi bien joués. Julien Arruti tente de casser son image en jouant un cafetier collabo, mais il n'est pas terrible. J'ai eu l'impression de me trouver devant une mauvaise copie de ce que j'avais vu ailleurs, il y a bien longtemps (par exemple dans Uranus ou Au bon beurre).

   Les autres déceptions, au niveau de l'interprétation, sont les enfants. Leurs dialogues sont mal écrits (ils parlent un peu trop comme des adultes) et les acteurs sont souvent approximatifs. J'ai aussi été horripilé par l'un des changements introduits (par rapport à la BD) : la tension (factice) qui s'instaure entre l'un des garçons et la petite réfugiée, dont on comprend dès le départ qu'ils vont finir par s'adorer. C'est du niveau d'un téléfilm de France Télévisions...

   C'est dommage, parce que l'histoire est belle et que le matériau de départ (les bandes dessinées) était de qualité. Je ne saurais donc trop recommander de lire les différents tomes, bien plus subtils que le film, et accompagnés (en fin de chaque volume) par un petit dossier historique. Si ce film médiocre incite des jeunes à s'intéresser (de manière un peu plus rigoureuse) à cette époque trouble, il aura servi à quelque chose.

jeudi, 05 mars 2026

Rural

   Il y a un peu plus de six ans, Edouard Bergeon avait rencontré un succès surprenant (et mérité) avec une fiction paysanne, Au nom de la terre (qui a atteint deux millions d'entrées). Cette fois-ci, il s'agit d'un documentaire, consacré à Jérôme Bayle (prononcer "Bail-le"), éleveur de vaches limousines (une bonne race à viande) en Haute-Garonne, pas très loin de Toulouse. Il s'est fait connaître par le mouvement de blocage de l'autoroute A64 (à ne pas confondre avec l'A69).

   Le propos du film, très empathique, tourne autour du travail paysan (au XXIe siècle), de l'engagement (syndical, politique) et de la vie personnelle.

   Le travail de l'éleveur n'est pas l'objet principal du film. On nous montre tout de même J. Bayle avec ses bêtes, dans les prés ou dans une stabulation. Il est aussi question du travail de la terre : l'éleveur produit une grande partie de l'alimentation de ses animaux (ce dont sa mère se montre fière : il travaille un peu "à l'ancienne"). L'agriculteur semble disposer d'un matériel assez important. Je présume qu'il est propriétaire de la majorité, puisqu'il y a deux ans de cela, quand certains médias avaient évoqué ses difficultés économiques, il avait été question de son endettement (sans doute pour acheter du matériel). Sur le plan économique, l'une des plus belles séquences est celle de la vente aux enchères : le prix payé au kilo (entre 6 et 14 euros, selon la bête) est un enjeu crucial, une vache "bien" vendue assurant un à trois mois de revenu.

   C'est précisément la dégradation des conditions de vie des éleveurs (et la menace que représente le traité avec le Mercosur) qui a motivé le mouvement des "ultras de l'A64". Pour cette partie, Bergeon a recours à beaucoup d'images d'archives. A celles et ceux qui ont suivi de près cette actualité, le film n'apprendra pas grand chose. Certaines images me semblent cependant inédites, comme celles de la rencontre de Gabriel Attal à Matignon (celles tournées -avec le même Attal- chez Bayle comme sur l'A64 ayant été déjà diffusées). Il y a aussi la rencontre (non fortuite) avec Emmanuel Macron lors du Salon de l'agriculture... et il y a la participation à une réunion d'information, à Toulouse, avec des écologistes... et Marine Tondelier en invitée vedette. (On sent qu'une partie du public est dubitative : l'éleveur n'est pas bio, même s'il se démarque du productivisme des cadres de la FNSEA... et il est chasseur.)

   Mais, plus que sur le plan politique, c'est sur le plan syndical que le film est intéressant. Lors de son installation, J. Bayle était membre de la FDSEA (branche départementale de la FNSEA). Il s'en est éloigné et a créé son propre mouvement... qui a remporté les élections à la Chambre d'agriculture de Haute-Garonne, en 2025. Le film montre la naissance du mouvement qui conduit à la formation de listes (avec peu de femmes, comme ailleurs, souvent)... et à la campagne victorieuse. Les succès remportés par Bayle (ainsi que son aura médiatique) ont suscité quelques jalousies, matérialisées par des commentaires acerbes sur les réseaux sociaux, véritable plaie de notre époque.

   Devenu une puissance avec qui compter, J. Bayle a les honneurs d'une visite privée, celle d'Arnaud Rousseau, l'influent président de la FNSEA. La conversation (autour d'un bon repas) est cordiale, mais les différences entre les deux hommes sont criantes. D'un côté, on a l'un des plus gros agriculteurs de France (un céréalier), passé par une prestigieuse école de commerce privée, sûr de lui, qui pense profit, marché, entreprise. Face à lui, on a un gars qui se destinait à devenir soit maçon soit joueur de rugby professionnel, un défenseur de l'agriculture familiale, celle qui est en train, petit à petit, de disparaître.

   Elle risque de disparaître d'abord faute de combattants. Le nombre d'agriculteurs ne cesse de diminuer. Seule une partie des enfants de paysans souhaite prendre la suite des parents. Sur son exploitation, Bayle travaille avec sa mère. (Son père s'est suicidé, point commun avec le réalisateur.) Il n'est pas marié, n'a pas d'enfant. Son quotidien change lorsqu'une famille vient s'installer sur une maison qu'il a sans doute construite, pas très loin de son exploitation. Au départ, il pense surtout en tirer un complément de revenu, mais la surprise vient des enfants (un garçon et une fille), de petits citadins que la vie à la ferme va captiver. On sent l'éleveur touché par ces gamins, auxquels il peut tenter de transmettre sa rigueur et sa passion.

dimanche, 01 mars 2026

GOAT - Rêver plus haut

   Le titre de ce film d'animation est à double sens. Le héros, Will, est un chevreau (puis un bouc), goat en anglais... et il ambitionne de devenir le plus grand basketteur de tous les temps (the Greatest Of All Time, soit G.O.A.T., acronyme qui est d'usage dans plusieurs sports).

   Je ne suis pas vraiment fan de basket, mais le bouche-à-oreille est bon... et puis, l'équipe d'animation est celle qui a officié (entre autres) sur Spider-Man : across the spider-verse. J'ai donc tenté ma chance, dans une salle où, vu mon âge, j'ai fait figure d'égaré.

   L'intrigue est des plus classiques. Le héros est un p'tit gars de la base, sous-estimé, ridiculisé même, qui va réussir, à force de courage, de travail, de persévérance, à "faire son trou" dans le domaine qu'il a choisi. Même si c'est un peu vu et revu, je suis toujours touché par ce genre d'histoires, surtout si elles sont bien mises en scène.

   ... et c'est le cas. Le sport dont il est question, le roarball, est un évident décalque du basket-ball de la NBA, agrémenté de péripéties totalement invraisemblables, mais qui rendent intéressante la vision de l'entraînement comme des parties. C'est donc d'abord un film spectaculaire, rythmé, assez inventif dans le choix de ses plans.

   C'est aussi bourré d'humour (bien rendu dans la version française). L'équipe que rêve de rejoindre Will est composée d'une panthère athlétique (Jett, hyper-individualiste), d'une girafe (très soucieuse de son apparence), d'un rhinocéros (esclave de ses deux fifilles), d'un autruche influenceuse et d'un grand lézard doté de piercings. Leurs interactions sont savoureuses. Les auteurs jouent sur les codes du basket pro, du rap et des réseaux sociaux, en se moquant gentiment des vedettes et du culte du clash. (Pour les spectateurs français peu au fait du monde des djeunses : on se "chambre" allègrement, par smartphone interposé.)

   J'ai particulièrement aimé le personnage de Jett (longtemps considérée comme la GOAT du roarball). Les animateurs lui ont attribué certaines caractéristiques des chats. Ainsi, elle est dotée d'une souplesse extraordinaire, ronronne, s'étire, boit en lapant, sort ses griffes et a des yeux magnifiques. Pour les marmots qui se trouvaient dans la salle, il était aussi important de montrer qu'un garçon (le jeune Will, entre autres) pouvait admirer UNE sportive. C'est enfin un personnage qui évolue, qui doit apprendre à jouer collectif et à passer le relais à la génération suivante (elle est présente depuis une quinzaine d'années dans la ligue de Super-Basket).

   On s'achemine vers une fin prévisible, mais avec un bon sens du rythme et de belles valeurs. Attention, ce n'est peut-être pas assez limpide pour les tout-petits, qui risquent de décrocher en cours de route. 

   P.S. 1

   Parmi les coproducteurs du film, on trouve un certain Stephen Curry, quatre fois champion de NBA, régulièrement classé meilleur marqueur à trois points... et mesurant 1m88, une taille presque rédhibitoire dans le basket-ball contemporain, qui mise sur les "grandes perches". Cela ne l'a pas empêché de réaliser une éblouissante carrière.

   P.S. 2

   Dans la version française, l'un des deux commentateurs sportifs a la voix de George Eddy, qui fit jadis les beaux jours de Canal +.

samedi, 28 février 2026

Woman and child

   Alors que l'Iran est actuellement sous les bombes, son cinéma continue de s'exporter, pour le bonheur des salles obscures françaises. L'héroïne, Mahnaz, est une ravissante veuve, mère de deux enfants, qui cohabite, à Téhéran, avec sa mère et sa sœur cadette. Elle est infirmière dans une clinique et entretient une liaison avec un ambulancier, Hamid, qui l'a demandée en mariage.

   Celui-ci est incarné par Payman Maadi, déjà remarquable dans Une Séparation (de Farhadi) et La Loi de Téhéran (le premier film de Saeed Roustaee). Il retrouve l'une de ses partenaires de ce film, Parinaz Izadyar, qui joue Mahnaz.

   Celle-ci est tiraillée entre plusieurs sentiments : l'affection inconditionnelle qu'elle porte à ses enfants, le nouveau sentiment amoureux qui la lie à Hamid, le respect des conventions... et un certain désir d'indépendance : depuis le décès de son mari, elle a pris goût à sa petite vie certes précaire, mais relativement libre.

   Cette première partie est bien jouée, bien mise en scène (avec notamment une belle utilisation de l'architecture de l'immeuble où loge la famille de l'héroïne et de l'atelier où travaillent les apprentis de l'école publique), mais elle m'a mis mal à l'aise. La mère est rapidement présentée comme étant responsable des difficultés qu'elle rencontre... et l'on insiste bien pour nous la montrer comme assez occidentalisée : elle se maquille, se coupe les cheveux, ne porte pas un tchador strict, laisse son fils consulter des sites étrangers (Instagram et surtout Telegram, ce qui, aux yeux des Iraniens, la place dans l'opposition au régime). De plus, elle est très laxiste avec son fils, une vraie petite racaille en herbe, qui mène sa mère par le bout du nez. (Le gamin est vraiment bien interprété... mais j'avais envie de lui foutre des claques !) 

   Le surgissement d'un drame change la donne. Celle qui jusqu'à présent nous était montrée comme responsable se met à accuser, plus ou moins justement, les autres pour ce qui est arrivé : son beau-père, sa mère, sa sœur, le CPE du collège (qui utilise une méthode très efficace pour lutter contre l'introduction de smartphones dans son établissement)...

   Fort heureusement, le personnage continue à évoluer et la suite prend la forme d'une sorte de thriller sociétal, la maman un peu naïve du début se transformant peu à peu en louve. L'actrice nous fait bien sentir ce changement progressif, la mise en scène accompagnant parfaitement la tendance : dans plusieurs des scènes de la fin (à l'hôpital, dans l'appartement), on se demande jusqu'où l'héroïne va aller.

   Du coup, pour moi, le film se termine beaucoup mieux qu'il n'a commencé. J'ai trouvé cette histoire très forte, bien qu'ambiguë sur le fond (peut-être pour contourner la censure).

vendredi, 27 février 2026

Chers parents

   Cette comédie populaire est l'adaptation d'une pièce de théâtre (que je n'ai pas vue). Les parents en question sont interprétés par André Dussolier (très bien, même s'il cabotine un peu) et Miou-Miou, que je n'avais pas vue au cinéma depuis Larguées. Ici, elle est une fois de plus formidable, alliant la douceur et la retenue, faisant bien passer les dilemmes qui taraudent son personnage.

   Ces profs à la retraite (politiquement de gauche) ont trois enfants, qu'ils ont essayé d'élever en leur transmettant leurs "valeurs". Arnaud Ducret incarne efficacement l'aîné, le plus volubile, le plus audacieux, qui n'hésite pas à poser les questions qui fâchent. Dans le rôle de la cadette, j'ai retrouvé avec un grand plaisir Pauline Clément (déjà vue dans un film où les protagonistes touchent le gros lot : Heureux gagnants). Le benjamin (le loser de la famille, qui fait très djeunse) est interprété par Thomas Solivérès (qui ne m'avait pas laissé un bon souvenir dans Edmond). C'est peut-être le moins marquant des cinq acteurs. Mais son personnage réserve quelques surprises... tout comme les autres.

   L'un des intérêts de l'intrigue est de nous montrer les personnages sous différents angles, soit qu'il évoluent (au cours de week-end en famille), soit qu'un aspect de leur personnalité ne se révèle, sous la pression de... l'argent.

   C'est l'argument du film : la perspective de toucher (ou pas) une petite fortune change les rapports entre les membres (en apparence soudés) d'une famille de classe moyenne.

   Cela démarre doucement, sur un quiproquo qui hélas ne surprend pas les spectateurs, mais qui est bien joué par ceux qui interprètent les enfants : quand leurs parents leur demandent de venir en urgence, ils imaginent d'abord le pire.

   Cela devient savoureux quand on peut observer les efforts des parents pour ne pas dire, dans un premier temps, qu'ils ont gagné au loto, puis, dans un second temps, pour ne pas révéler le montant de la somme. La direction d'acteurs est vraiment bonne, puisqu'une partie du comique réside dans les silences qui surgissent au détour d'un dialogue. Cela complète bien les non-dits, du côté des parents.

   Évidemment, au bout d'un moment, cela part un peu en sucette. On apprécie ou pas ce dérapage, mais j'ai trouvé les acteurs toujours bien dans leur rôle. L'histoire se termine par deux coups de théâtre, le premier concernant les parents, le second permettant de conclure l'intrigue de manière immorale satisfaisante pour les héros.

   Sur le fond, l'histoire est assez malséante : les valeurs progressistes de quatre des cinq protagonistes résistent mal à l'appât du gain... et celui qui est de droite se révèle un peu plus salaud que prévu. Même si le trait est outré, j'ai trouvé ce portrait de famille pas si éloigné que ça de la réalité. Dans ma déjà longue existence, j'ai eu l'occasion de vérifier que les questions d'argent (même quand elles portent sur des sommes infiniment plus réduites que dans le film) pourrissent les relations intra-familiales.

   P.S.

   Le couple d'amis qui rend visite à la famille (en tandem électrique...) est joué par Frédérique Tirmont et Bernard Alane, qui incarnaient les parents dans la version théâtrale initiale.

jeudi, 26 février 2026

Rue Malaga

   Maria Angeles (Carmen Maura, formidable) est ce qu'en France on appellerait une "pied-noir". (Voir en fin de billet.) Espagnole née dans le Maroc colonial (sans doute au début des années 1940), plus précisément à Tanger, dans le quartier traditionnel de la Kasbah, elle s'est ensuite installée dans l'appartement familial acquis dans la ville européenne.

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   Le début met en scène le bain de jouvence que constitue pour Maria l'atmosphère de cette ville cosmopolite (où l'on parle aussi bien l'arabe dialectal que l'espagnol), avec ses petites rues colorées, ses marchés odorants, le cri des mouettes et l'air marin, celui du détroit de Gibraltar. Une belle scène montre la septuagénaire en train de cuisiner, à partir des ingrédients qu'elle a achetés ce jour-là... Cela donne bigrement faim.

   Ce petit paradis menace de s'effondrer à l'arrivée de sa fille unique (interprétée par Marta Etura, vue notamment dans Eva). Celle-ci a fait sa vie en Espagne, du côté de Madrid... et elle est la véritable propriétaire de l'appartement, qu'elle veut vendre. Le scénario a l'habileté de ne pas caricaturer les positions des deux femmes. Ainsi, on n'a pas fait de la fille une jeune pétasse égoïste. Les deux femmes sont dans une situation financière délicate. La mère a pour seul revenu la pension de réversion de son défunt époux et s'en sort parce qu'elle n'a pas de loyer à payer et qu'elle bénéficie de l'aide de certains habitants de ce quartier populaire (loin des fastes de la ville moderne, aménagée plus récemment). La fille, infirmière, ne gagne que 1700 euros par mois, avec deux enfants à charge... et un ex-mari qui ne lui facilite pas la tâche. De bonne composition, elle propose à Maria de venir vivre avec eux à Madrid. Ainsi, elle verrait plus souvent ses petits-enfants. L'autre solution serait d'emménager dans l'EHPAD espagnol local (à Tanger donc), gratuit pour les Ibériques natifs de la ville... mais Maria en vient à envisager une autre possibilité.

   La seconde partie du film développe cette troisième solution, que je ne vais pas révéler, bien sûr. Sachez seulement qu'elle s'appuie, entre autres, sur les talents de cuisinière de Maria, sur l'entraide... et sur certains péchés mignons des jeunes mecs du coin. C'est à la fois inventif et savoureux. 

   Dans cette séquence, un homme prend de l'importance, dans le scénario comme dans la vie de Maria. Pourtant, au départ, rien ne destinait l'antiquaire à jouer un tel rôle. Cette évolution est amenée doucement, délicatement, avec humour et tendresse. La cinéaste Maryam Touzani filme ces corps âgés avec dignité.

   A intervalle régulier, de l'humour est instillé dans cette histoire assez mélancolique, au fond. Quand elle s'énerve, la langue de Maria devient fourchue, piquante... pour notre plus grand plaisir. Je signale aussi certains moments comiques, lorsque l'héroïne rencontre sa dernière amie espagnole encore en vie (les autres se trouvant en Espagne... ou au cimetière). Celle-ci est une nonne, qui a fait vœu de silence... mais est assez expressive. Leurs échanges ne manquent pas de sel !

   Je laisse à chacun(e) le soin de découvrir comment tout ceci se termine. Baignant dans une belle luminosité et des couleurs chatoyantes, ce film est une petite perle à ne pas manquer.

   P.S.

   Ma seule réserve porte sur un point de la caractérisation du personnage de Maria. Au tout début, elle nous est présentée comme faisant étant issue de l'exil de républicains espagnols, fuyant le franquisme après la guerre civile (1936-1939). Elle est donc du côté du BIEN.

   Historiquement, ces républicains ont d'abord fui en France (puis en Amérique latine). Une fraction d'entre eux s'est bien retrouvée en Afrique du Nord, mais dans la région sous domination française : surtout en Algérie (où ils n'ont pas souvent été bien traités d'ailleurs), un peu en Tunisie, mais très peu au Maroc. Tanger, ville internationale, fut, à partir de 1940, occupée par les troupes franquistes. Il y a donc fort peu de chances que les parents de Maria, s'ils étaient des républicains espagnols, aient cherché à se réfugier dans cette ville.

   Cet accommodement avec la réalité historique résulte sans doute de la gêne éprouvée vis-à-vis de la période coloniale. De 1912 à 1956, le Maroc fut un protectorat franco-espagnol. (Dans le film, la présence des vestiges du Théâtre Cervantès en est une trace.) Or, de nos jours, dans le monde culturel dominant, la colonisation est perçue comme n'ayant apporté que du mal (la domination politique, les mauvais traitements, l'exploitation économique, l'acculturation...). Les adultes en quête de prêt-à-penser peinent à concevoir que, de temps à autre, l'existence ait pu être agréable lors de la période coloniale, au point que des relations d'amitié sincères soient nées entre Marocains et Européens. Dans le film, Maria et son époux sont restés dans le Maroc devenu indépendant (ou l'anti-occidentalisme primaire fut moins développé qu'en Algérie, par exemple). 

15:00 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 25 février 2026

Les "Riton" 2025

   En décembre-janvier derniers, j'ai eu la flemme... Mais l'approche des César comme des Oscars m'incite à proposer mon palmarès, moulé à la louche, roulé sous les aisselles, garanti sans paillettes ni OGM.

Riton de la délicatesse des sentiments : Touch - Nos étreintes passées (pas loin de la médaille d'or olympique)

Riton de l'animation franco-japonaise : Amélie et la métaphysique des tubes

Riton de l'animation pas du tout japonaise : Zootopie 2

Riton de l'animation irrévérencieuse : Les Bad Guys 2

Riton de la comédie irrespectueuse : La Femme la plus riche du monde

 

Riton du film malpensant : Eddington  (pas loin du podium)

Riton du film philanthrope : Predator - Badlands

Riton du film intéressé : Comment devenir riche (grâce à sa grand-mère)... principal rival de Touch

Riton du film indélicat : The Brutalist  (pas loin du podium non plus)

Riton du film démembré : Novocaïne

Riton du film bien membré : Vermiglio

 

Riton du film qui nous en apprend encore sur la Seconde Guerre mondiale : Berlin, été 42

Riton du film antinazi subtil : La Disparition de Josef Mengele (pas loin du podium, lui aussi)

Riton du film dénonçant une dictature : Je suis toujours là (podium, podium, quand tu nous tiens)

Riton du film post-dictatorial : Un Simple Accident 

Riton de la semi-mythomanie historique : Eleanor the Great 

Riton du film évoquant les conséquences d'un régime totalitaire : Voyage avec mon père

 

Riton de la fiction quasi documentaire : 5 septembre (encore un "film de l'année" potentiel)

Riton du documentaire fictionné : Le Garçon (un des films de l'année, injustement méconnu)

Riton de la cinéphilie : Lumière, l'aventure continue 

Riton du documentaire militant : Le Chant des forêts (potentiel film de l'année)

Riton agricole : Bergers (purée, j'adore aussi !)

Riton de la complicité homme-animal : Black Dog

Riton de la plénitude solitaire : Lady Nazca (candidat sérieux au podium)

Riton de l'incomplétude multiple : Mickey 17 (dans le top 10 ?)

Riton de la multitude numérique : Tron - Arès

Riton de la politique fiction : Bugonia

Riton de la justice fiction : Je le jure

Riton de l'injustice : Julie se tait

   Voilà. Pas plus que les années précédentes, je ne suis parvenu à trancher. Mon florilège compte une trentaine de films, onze me semblant au-dessus du lot. J'ai tenu à terminer par quelques longs-métrages français, ceux-ci étant peu présents dans mon palmarès... et pour cause : en général, le cinéma hexagonal ne me parle pas, ou m'ennuie, me déçoit.

   Ceci dit, de mon point de vue, l'année 2026 a plutôt bien commencé pour les productions françaises, qui seront peut-être davantage distinguées l'an prochain.

11:40 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 24 février 2026

Aucun autre choix

   L'introduction de ce long-métrage nous présente le bonheur factice d'une famille de la bourgeoisie sud-coréenne. Le père, cadre supérieur dans l'industrie du papier, gagne très bien sa vie et entrevoit même une possibilité de promotion. Son épouse a interrompu son activité professionnelle pour s'occuper des enfants (et de son corps). Le fils aîné semble commencer sa crise d'adolescence, mais doucement, tandis que la cadette se révèle surdouée en musique, une carrière internationale s'offrant peut-être à elle (grâce à des cours onéreux).

   A cette entame ironique succède hélas une fausse comédie macabre, selon moi complètement ratée pendant au moins une heure. On nous montre les conséquences successives du licenciement du père : la perte de l'estime de soi, la fragilisation du couple, les dérapages du fils et l'enfermement progressif de la fille. En sous-texte, le scénario dénonce la mondialisation : plusieurs entreprises sud-coréennes du secteur du papier passent sous domination d'un groupe étranger, états-unien ou chinois. A chaque fois, cela débouche sur des licenciements et la dégradation des conditions de travail, le stade ultime étant atteint à la fin de l'histoire...

   Entre temps, on nous montre des cadres en concurrence les uns avec les autres, le père de famille songeant à éliminer ses rivaux, au propre comme au figuré. J'ai trouvé intéressante la mise en scène de la découverte, par le héros, des points communs qu'il a avec ses potentielles victimes : des types pas plus méchants que lui, passionnés par le secteur du papier et soumis aux mêmes pressions.

   C'est cet aspect quasi sociologique qui m'a retenu de quitter la salle, alors qu'à l'écran, le grotesque succédait aux maladresses. C'est vraiment mal joué et/ou mal dirigé. On n'y croit pas une seconde.

   Grosse déception pour moi, qui ai tant aimé certains des films précédents de Park Chan-Wook : Old Boy, Mademoiselle et Decision to leave.

20:35 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : cinéma, cinema, flm, films

lundi, 23 février 2026

Cold Storage

   StudioCanal a sorti Vanessa Redgrave et Liam Neeson de l'EHPAD pour produire cette comédie horrifique, dans laquelle une mystérieuse substance venue de l'espace (un champignon vert particulièrement agressif... et résilient) menace d'éradiquer l'espèce humaine.

   La séquence inaugurale se déroule dans le passé, dans le Bush australien. On nous offre un avant-goût du carnage qui va suivre.

   Quand on retrouve ce bon vieux Liam (officier à la retraite d'une agence gouvernementale), une quinzaine d'années plus tard, il a des problèmes de dos et ne semble plus capable d'escalader une modeste clôture privée... mais il est prêt à reprendre du service, pour sauver le monde.

   A ce moment-là, les scénaristes se sont dits qu'il fallait viser au-delà du public (semi-)grabataire (voire décédé) qui avait suivi la carrière cinématographique de Liam Neeson. On lui flanque donc une bande de djeunses dans les pattes. Ce sont d'abord les employés d'un centre de stockage, situé aux Etats-Unis... et implanté pile à l'endroit où, jadis, une agence gouvernementale ultra-secrète (mais peu précautionneuse) a entreposé des trucs louches, avant de dégager et de vendre le tout.

   Je pense que les deux jeunes employés (chargés sans doute de fédérer le public présent dans la salle, beaucoup moins âgé que moi) sont incarnés par des acteurs connus à la télévision ou sur une plate-forme. Quoi qu'il en soit, ils forment un joli duo de trous du cul, qui va évidemment faire ce que personne de normalement constitué ne ferait dans la même situation : percer une paroi de placoplâtre sur leur lieu de travail, descendre au deuxième sous-sol pour rechercher l'origine d'un signal sonore sans prévenir qui que ce soit, ouvrir une entrée secrète (à moitié rouillée) pour aller encore plus bas, s'y rendre... et même entrer (sans protections) dans une salle  que tout indique comme extrêmement dangereuse...

   Du coup, on a envie qu'il arrive quelques bricoles à ces djeunses... ainsi qu'à leurs "visiteurs" inattendus : un gros blaireau (l'ex de la jeune meuf) et une bande de loubards (en quête d'un coup facile). Si l'on ajoute que l'armée états-unienne finit par débarquer sur les lieux, je crois qu'on peut affirmer qu'il s'agit du centre de stockage le plus fréquenté de la planète. (Ah, j'oubliais : Vanessa incarne une veuve inconsolable, qui pique un roupillon dans l'un des casiers de stockage... un flingue à portée de main.)

   La manière dont la majorité des "visiteurs" décède est assez réjouissante à voir, entre vomissures abondantes, éclatements divers et pourrissement accéléré. Je signale aux âmes sensibles qu'aucun animal n'a été maltraité durant le tournage, le générique de fin précisant qu'aucun animal n'a été utilisé... tout court. On se rassure donc pour le charmant matou, les cerfs élégants et les séduisants rats : ce sont des créatures numériques.

   Je crois que c'est mon premier "plaisir coupable" de l'année 2026.

16:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : cinéma, cinema, film, films