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samedi, 29 avril 2017

Le Procès du siècle

   Ce titre ronflant s'éloigne de l'original Denial (que nos amis québécois ont simplement traduit par Déni), qui pointe directement le noeud de l'affaire, le négationnisme de "l'historien" britannique David Irving (admirateur d'Hitler), qui a jadis poursuivi en justice, à Londres, une spécialiste américaine de la Shoah.

   Qu'on ne s'y trompe pas. Il ne s'agit pas d'un énième film sur l'extermination des juifs par les nazis et leurs collaborateurs. C'est d'abord un film de prétoire, sur le déroulement et les à-côtés d'un procès hors-norme, qui a fait dépendre la réputation de deux personnes (et plus que cela, d'ailleurs) de la décision d'un juge unique, dans une enceinte vieillotte. Cela donne un caractère surréaliste à l'histoire : l'universitaire américaine, adepte du jogging, utilisatrice d'un smartphone, va dépendre d'un énigmatique juge à perruque... et de son équipe d'avocats.

   Cet aspect théâtral de l'intrigue donne beaucoup d'importance au jeu des acteurs, qui sont excellents. Rachel Weisz (Agora, The Lobster...) mêle fragilité et détermination pour incarner cette historienne américaine juive, pour qui la plongée dans l'univers juridique britannique est une expérience déroutante. Du côté de ses avocats, il faut signaler les performances de Tom Wilkinson (vu récemment dans Snowden) en vieux briscard énigmatique et d'Andrew Scott (le Moriarty de Sherlock/Cumberbatch) en jeune loup brillant et manipulateur. (A ce sujet, comme j'ai pu voir le film en version originale sous-titrée, à Rodez, j'ai pu constater que la véritable voix de l'acteur britannique n'a rien à voir à celle qu'on peut entendre dans la version doublée de Sherlock... et c'est tant mieux, parce que celle-ci nuit au personnage de Moriarty, pas le plus réussi de la série.)

   Enfin, pour une bonne histoire, il faut un bon méchant. Timothy Spall (qui incarna naguère le peintre Turner) est brillantissime dans le rôle du négationniste, un autodidacte qui avait acquis une certaine réputation en matière d'histoire militaire, avant de sombrer dans la négation du génocide juif. Le film est assez subtil dans sa manière de dépeindre le grand méchant de l'histoire, un type très habile, parti de rien... et d'une mauvaise foi incroyable.

   Cela donne un film un peu sentencieux, très sérieux, au cours duquel la séquence à Auschwitz (tournée là-bas) constitue un réel bol d'air, malgré le poids de l'histoire.

   P.S.

   Le site internet officiel mérite le détour.

dimanche, 23 avril 2017

Corporate

   Cette fiction explore une partie du monde entrepreneurial, celui du siège parisien d'une firme transnationale, à la tête duquel se trouve Stéphane Froncart, un ancien prof de fac devenu une sorte de gourou managérial (Lambert Wilson, excellent, dans un rôle qui n'est pas sans ressemblance avec celui qu'il a interprété dans Tout de suite maintenant).

   L'héroïne Emilie (Céline Sallette, encore plus étonnante que dans Cessez-le-feu) est un pur produit de l'élitisme français. Très diplômée, polyglotte, classieuse et rigoureuse à l'extrême, elle rappelle un peu la Miss Sloane récemment incarnée par Jessica Chastain. Elle veut tout contrôler, des plis de son chemisier aux mèches de sa coiffure, en passant par le début de transpiration qui apparaît à la mi-journée. Maigre et droite comme un I, elle nous est, de prime abord, présentée comme l'exacte opposée de l'inspectrice du travail (Violaine Fumeau, plus douce, aux formes voluptueuses) qui vient enquêter après le suicide d'un employé que la direction cherchait à pousser vers la sortie.

   Grosso modo, c'est un portrait uniquement à charge de la gestion d'une partie du personnel (les cadres), l'intrigue ne lésinant pas sur les facilités pour faire progresser l'action dans le sens voulu. Mais c'est vraiment bien joué, par les "têtes d'affiche" comme par les "seconds couteaux".

   Il y a quand même parfois un peu de subtilité. L'une des premières scènes montre la DRH en plein "entretien d'évaluation comportementale", celui-ci ayant pour but de pousser l'employée mise sur le gril dans la voie choisie pour elle. Tout est dans le non-dit et dans l'emploi des formules calibrées. Une autre scène marquante est le faux entretien d'embauche que l'héroïne fait passer à son conjoint, un soir, au siège. Elle utilise son langage professionnel codé pour tenter de faire passer son ressenti à son époux... qui finit par comprendre (mais après les spectateurs, toutefois).

   Ces quelques moments brillants rehaussent l'intérêt du film, qui s'inspire visiblement d'au moins deux traditions cinématographiques. On peut y déceler la trace du film sociétal à la française (Ressources humaines, L'Emploi du temps, De bon matin, L'Outsider...) mais aussi l'influence du cinéma hollywoodien, notamment dans le dénouement de l'intrigue. Je pense que ce n'est évidemment pas un hasard s'il est sorti en pleine campagne présidentielle...

samedi, 22 avril 2017

Cessez-le-feu

   Le titre évoque la fin des combats (au cours de la Première guerre mondiale). Mais, si la séquence introductive (dans les tranchées) dure moins de dix minutes, les conséquences de ce qu'ont vécu les soldats s'étendent sur tout le film. La majorité de ceux qu'on va voir à l'écran sont revenus en apparence intacts (physiquement), mais ravagés sur le plan intérieur. Il y a une dizaine d'années, la même thématique était au coeur des Fragments d'Antonin.

   Des trois frères, deux sont revenus vivants, Georges et Marcel. Le premier (Romain Duris, meilleur encore que dans La Confession), le plus dynamique, l'ancien officier, a préféré quitter la France pour l'Afrique, où il côtoie un ancien camarade des tranchées, tirailleur sénégalais à l'impressionnante faconde (Wabinlé Nabié remarquable). Le deuxième, Marcel (Grégory Gadebois, un habitué des seconds rôles), est inexplicablement devenu sourd-muet et dépressif, au désespoir de sa mère, qui a aussi perdu son mari.

   Nous voilà projetés en 1923. Trois personnes vont tenter de redonner le goût de vivre à Marcel. Il y a tout d'abord Hélène, une infirmière sur le point de divorcer, imaginative et pétulante. Céline Sallette (déjà remarquée dans La French, Saint Amour et Corporate) excelle à incarner ce personnage déroutant, forte et fragile à la fois. Le coeur de Marcel va balancer entre elle et une jeune veuve de guerre, tendre et délicate, parfaitement incarnée par Julie-Marie Parmentier, aperçue il y a quelques années dans Les Adieux à la reine.

   Là-dessus, voilà que débarque Georges, qui a connu des déboires en Afrique. (Il va falloir plusieurs retours en arrière pour qu'on en connaisse tous les détails.) Lui, c'est avec son caractère abrupt et fantasque qu'il tente de surmonter le traumatisme de la guerre. Le retour en famille va provoquer des étincelles, de colère mais aussi de bonheur.

   Cela donne un film avec des ruptures de ton. On passe de l'émotion au rire, aux larmes, de la sensualité à la colère. C'est très bien filmé, dans des genres différents. La partie introductive (dans les tranchées) est formidable, sous la forme d'un habile plan-séquence. La suite, qui se déroule en Afrique, est brillante, avec d'excellents figurants. Le retour en France métropolitaine est mis en scène de manière plus classique mais, comme c'est très bien interprété, cela reste très agréable à suivre.

   Face à la pléiade de "comédies" bas-du-plafond qu'on nous propose actuellement, ce film redore le blason d'un cinéma français souvent peu imaginatif.

   P.S.

   Le dossier de presse mis en ligne propose des entretiens très instructifs.

jeudi, 20 avril 2017

La Jeune Fille et son aigle

   Ce documentaire (un brin fictionné) a pour cadre les confins de la Mongolie, de la Chine et du Kazakhstan, dans cette Asie rurale et montagneuse où survivent des (semi) nomades qui perpétuent des traditions millénaires. Parmi celles-ci, il y a la chasse à l'aigle, prérogative des mâles.

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   Cet animal fascine Aisholpan... qui est une fille, mais dont le père n'est pas obscurantiste. Convaincu par la ténacité de sa progéniture, il décide de l'initier au dressage des aigles avec, en ligne de mire, la participation à un concours renommé.

   Toute la partie documentaire est fascinante. Dans un premier temps, on découvre le mode de vie des héros... et une scène étonnante : le retour à la liberté d'un animal qui a bien servi son maître, pendant sept ans. Celui-ci le traite avec beaucoup de respect.

   Très vite intervient la séquence de capture de l'aiglon (une aiglonne, en réalité), suivie de la période de dressage. Mais le moment le plus marquant est sans conteste le concours d'aigles, qui attire des spectateurs des milliers de kilomètres à la ronde. Il reste une ultime séquence marquante, celle de la première chasse réelle de l'animal dressé, en milieu extrême.

   Dans une grande salle, confortablement installé, on se régale. Malheureusement, ce plaisir est gâché par la médiocrité de la version française. Le commentaire est dit sur un ton fade et les personnages ont des voix d'Occidentaux, ce qui sonne terriblement faux ! Enfin, l'aspect ethnographique est très édulcoré, notamment par rapport à des fictions comme Le Chien jaune de Mongolie, Le Mariage de Tuya ou encore Tulpan. Quant à la qualité filmique, elle m'a semblé un peu moins bonne que dans le récent L'Aigle et l'enfant.

   Cela reste un film à voir, bien qu'il s'agisse à mon avis d'un produit de niche destiné à un public occidental amateur d'exotisme.

23:13 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

jeudi, 13 avril 2017

Split

   Depuis le très décevant Phénomènes, je n'avais plus vu un film de Shyamalan. Mais là, après plusieurs semaines, comme le bouche-à-oreille est bon et que les extraits que j'ai vus sont convaincants, j'ai tenté l'expérience.

   Le titre fait allusion à l'éclatement de la personnalité du "héros" en une multitude d'identités, la plupart du temps concurrentes les unes des autres. Je dois reconnaître que James McAvoy (pourtant peu convaincant en professeur Xavier jeune, chez les X-Men) réussit avec brio cet exercice de style, qui consiste à incarner ces identités à l'écran. On ne voit pas les 23, mais pas loin d'une dizaine... et il y a l'identité-mystère, dont on se demande si elle existe... et à quoi elle pourrait correspondre dans le film.

   L'intrigue ne tiendrait pas la route si les autres interprètes n'étaient pas au niveau. Deux femmes se distinguent : Betty Bucklet excelle en psychiatre intuitive ; Anya Taylor-Joy (révélée par The Witch) nous éblouit en adolescente perturbée, qui va se montrer particulièrement tenace face à l'adversité.

   Au passage, notons que les trois jeunes femmes que l'une des identités de Kevin enlève sont plutôt canons. Hasard du scénario, l'une d'entre elles va rapidement se retrouver en petite culotte, une autre en soutien-gorge. Est-il besoin de préciser qu'elle est dotée d'une poitrine généreuse ? Quant à la troisième, Casey (Anya), elle conserve un haut moulant, pigeonnant et translucide, qui ne laisse pas ignorer combien elle est bien gaulée.

   On le voit, M. Night Shyamalan a dû se plier à certains codes hollywoodiens. On note d'ailleurs, vers la fin, un petit recours au "juste à temps". On pourra aussi regretter qu'un scénario au départ très maîtrisé se conclue de manière aussi traditionnelle, alors que beaucoup d'éléments de la première partie incitent les spectateurs les plus futés à chercher un possible retournement. Hélas, l'aboutissement des retours en arrière (sur l'enfance de Casey), pour utile qu'il soit à l'histoire, est décevant.

   Il reste quand même la mise en scène de Shyamalan. Dès le début, on retrouve sa "patte" de géomètre. On sent qu'on a affaire à un type qui sait où placer sa caméra. La présentation du huis-clos qui pèse sur les trois victimes est brillante (et n'est pas sans rappeler le récent 10 Cloverfield Lane). On en regrette d'autant plus que son style maîtrisé, dépouillé, propre à utiliser de petits riens pour susciter l'angoisse, sombre plus tard dans la démesure.

   Cela nous vaut un film inégal, mais où l'on retrouve un peu du talent dont le réalisateur a su jadis faire preuve.

   P.S.

   La toute fin nous offre une petite surprise, avec le retour d'un personnage issu d'un précédent film de Shyamalan. Il y a de la suite dans l'air...

01:20 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 11 avril 2017

Chantons sous la pluie

   Est-ce lié au récent succès de La La Land ? Toujours est-il que la célèbre comédie musicale est de retour dans les salles obscures. Pour les amateurs, c'est l'occasion de (re)découvrir ce qui est considéré par beaucoup comme un modèle du genre... de surcroît, sur grand écran.

   Je n'avais que des souvenirs lointains de ce film. Je crois que je l'ai vu pour la première fois à la télévision, soit dans le "Cinéma de minuit" (à l'époque sur FR3), soit dans le "Ciné-club" (diffusé sur ce qui s'appelait alors Antenne 2). J'ai dû le revoir étant étudiant, à l'occasion d'une semaine consacrée aux comédies musicales. Mais cela fait plus de vingt ans...

   Que m'en restait-il ? Evidemment, la chanson interprétée par Gene Kelly, sous une pluie artificielle. Quand j'étais gamin, j'adorais sauter dans les flaques. Le jour où j'ai vu qu'un comédien avait intégré cette pratique à sa chorégraphie, j'ai kiffé grave ! J'avais aussi en mémoire l'horrible voix nasillarde de la "méchante" de l'histoire. (Rendons-lui justice : l'actrice s'appelait Jean Hagen et sa carrière a été écourtée par un cancer.) Et puis je me rappelais la prestation de Cyd Charisse en danseuse fatale, muette mais terriblement efficace.

   Fort heureusement, j'ai retrouvé tout cela en revoyant le film. Mais c'est la première partie qui m'a le plus surpris. Il s'y trouve une satire assez virulente des moeurs d'Hollywood. C'est particulièrement visible lorsque le héros, Don Lockwood (Gene Kelly, impeccable), résume sa vie devant les journalistes. Il y a un contraste évident (et comique) entre ce qu'il dit et ce que les images montrent aux spectateurs (sous la forme de retours en arrière).

   J'ai aussi pu apprécier combien les numéros de danse étaient bien orchestrés... et mis en scène. Pour une oeuvre grand public, classée dans un genre mineur, c'est très inventif et parfois presque virtuose. Pour moi, la séquence la plus emballante est celle au cours de laquelle le héros va ouvrir son coeur à la petite Cendrillon qui tente de percer à Hollywood (et avec laquelle, évidemment, les premiers contacts n'ont pas été très amicaux). Dans un hangar, petit à petit, Don déploie une partie de la machinerie dont se servent les artisans de Hollywood... tout ce "cinéma" pour avouer sa flamme ! Classieux (et très bien joué, bien que la chanson soit mièvre, un défaut qui me semble hélas inhérent à la comédie musicale).

   Cela nous mène au principal personnage féminin, Kathy Selden, interprétée avec brio par une certaine Debbie Reynolds. Ce nom vous dit quelque chose ? Peut-être parce qu'on a beaucoup parlé d'elle en décembre dernier, à l'occasion de son décès. Il se trouve qu'elle est morte un jour après sa propre fille... oui, Carrie Fisher, l'héroïne de Star Wars, qu'on avait pu revoir dans Le Réveil de la Force.

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   Au niveau de la distribution, il faut aussi souligner la performance d'un second rôle masculin, Donald O'Connor, qui incarne un musicien facétieux, meilleur ami du héros... et lui aussi excellent danseur. Il est franchement drôle et a droit à son "moment de bravoure" dans la première partie de l'histoire.

   65 ans après sa sortie, Chantons sous la pluie procure un plaisir intact. C'est un film plein d'entrain, marqué toutefois par son époque : les femmes y sont de jolis objets, parfois capricieux. (Seule l'héroïne a une personnalité un peu développée.) Et Dieu qu'elles sont belles !

mercredi, 05 avril 2017

Baby Boss

   Produite par DreamWorks, cette animation a été réalisée par Tom McGrath, un type chevronné mais pas toujours bien inspiré. (On lui notamment la série des Madagascar.) L'originalité tient au scénario, inspiré d'un roman. Il est question des craintes d'un enfant face à l'arrivée d'un petit frère dans la famille. Evidemment, l'intrigue prend des détours pour traiter cette question sensible.

   Le biais le plus évident est celui de l'humour. Comme il est question de bébés, on s'attend à du pipi-caca-prout-vomi... et l'on n'est pas déçu ! Le fameux trou-de-balle est même au coeur de deux gags assez bien vus, le premier sur la fixation d'une tétine, le second sur la sortie d'une baudruche géante...

   Le début est tout mignon, avec cette usine à bébés, qui n'est pas sans rappeler Cigognes et compagnie... sauf qu'ici, les enfants ne sont pas livrés par les airs ! Le petit nouveau va débarquer... en taxi. (Plus tard, lorsque son nouveau grand frère Tim lui explique à voix basse, à l'oreille -pour que les bambins présents dans la salle ne puissent pas entendre- de quelle manière les bébés seraient réellement conçus -selon ses parents, il suscite une réaction de dégoût chez Baby Boss.)

   On est rapidement parti pour une confrontation entre le nouveau et Tim, qui ne supporte pas de voir ses parents consacrer désormais plus de temps à son petit frère. Il finit par découvrir qu'un complot se trame. Cela nous vaut de savoureux moments de bagarre enfantine. Mais le plus intéressant est que, pour une raison que je me garderai bien de révéler, les rivaux du jour vont finir par s'allier. Cela permet à l'intrigue de rebondir.

   Il y a quand même quelques temps morts, au coeur du film. Le personnage du chef d'entreprise (qui pourrait s'inspirer de Donald Trump) est assez superficiel. De plus, il m'a semblé que la partie intrigue policière manquait d'intensité par rapport à l'enjeu des rapports familiaux.

   Au niveau de l'animation, la qualité est au rendez-vous. Franchement, pour une comédie familiale, c'est très réussi. Les mouvements des personnages sont très travaillés, les décors souvent superbes, avec de jolis effets de transparence ou de déformation. Et puis il y a ces scènes fantasmagoriques, qui tentent de traduire à l'écran l'imagination enfantine. Les transitions fiction/réalité sont gérées avec beaucoup d'habileté.

   Bref, sans que cela soit le chef-d'oeuvre de l'année, ce film bien conçu fait passer un agréable moment.

23:57 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mardi, 04 avril 2017

Raid dingue

   J'ai fini par me décider à aller voir la nouvelle comédie de Dany Boon, dans laquelle (à l'image de ce que fait Tom Cruise dans Mission impossible) son personnage passe un peu au second plan, derrière celui de l'héroïne Joséphine, incarnée par Alice Pol. Celle-ci ne manque pas d'abattage et le but de l'histoire est évidemment de démontrer que la petite cruche pistonnée du début peut se muer en agent efficace du RAID.

   Pour en arriver là, il faudra qu'elle passe par une série d'humiliations, résultat des gaffes qu'elle commet à intervalle régulier. C'est là le problème. Si plusieurs scènes de gaffe sont drôles, en général, elles ont suscité en moi un certain malaise, tant le personnage est ridiculisé. Je pense notamment à la scène de "planque", dans un van banalisé. L'héroïne s'y comporte presque comme une débile mentale, avant de finalement contribuer à dénouer l'affaire. C'est assez représentatif de l'ensemble du film.

   Cela tient la route parce qu'Alice Pol est entourée d'une pléiade d'acteurs convaincants. On pense bien sûr à Dany Boon, mais aussi à François Levantal (excellent en patron du RAID), Michel Blanc (dans un rôle visiblement inspiré de L'Exercice de l'Etat), Sabine Azéma (un peu caricaturale) et surtout Yvan Attal, surprenant en terroriste serbe. A son sujet, je ne peux pas en dire trop, mais sachez qu'avec un acolyte, il est au coeur d'une séquence hilarante se déroulant pendant la Gay Pride. Et que dire du final dans le château de Vaux-le-Vicomte !

   Cette séquence est d'ailleurs fort bien mise en scène, avec visiblement de gros moyens. Cela donne un côté à la fois spectaculaire et paillettes à l'intrigue. D'autres éléments m'incitent à penser qu'on a produit ce film dans la perspective d'une exploitation internationale. A plusieurs reprises, la "qualité française" apparaît à l'écran, à travers les produits de luxe (bonjour le placement de marques !), les vues de Paris (en particulier de la Tour Eiffel) ou encore celles du château et du jardin de Vaux.

   Le film n'est toutefois pas exempt de recul critique. Déjà, il déconstruit les préjugés machistes (même si c'est d'une manière censée convenir aussi bien aux féministes qu'aux misogynes). Mais surtout, à l'occasion de plusieurs séquences, il se permet d'égratigner certains travers de notre époque. C'est tout d'abord la course à l'audience des chaînes d'info en continu qui est dénoncée, à travers le comportement de reporters de LCI... qui est une chaîne du groupe TF1, coproducteur du film ! Bien que ce soit visiblement l'attitude de BFM TV que l'on vise, il est intéressant de constater que Dany Boon semble avoir eu les mains relativement libres au niveau du scénario.

   Plus loin, dans la séquence de Vaux-le-Vicomte, ce sont les fastes de la République, réservés aux puissants de ce monde et aux happy few qui figurent sur la liste des invités, qui sont (discrètement) pointés du doigt. De manière plus évidente, ce film fait l'éloge de l'engagement civique (celui des policiers du RAID), qui dépasse les préoccupations carriéristes et l'appât du gain. Pour une comédie populaire a priori sans ambition, ce n'est déjà pas si mal.

02:05 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

lundi, 03 avril 2017

Ghost in the shell

   Entre hommage et pompage, cette superproduction internationale s'inspire d'un des plus célèbres mangas, objet déjà de deux adaptations en long-métrage d'animation, que beaucoup considèrent comme des chefs-d'oeuvre.

   Le début est un décalque du premier de ces films, puisqu'il nous montre la (re)naissance du personnage principal, le Major, mélange de femme et d'androïde de dernière génération. Il manque la musique hypnotique de l'original, dont on peut entendre quelques bribes dans le film et un extrait un peu plus long dans le générique de fin. Décalquée aussi est la scène qui montre la première intervention de l'héroïne, qui se laisse tomber du haut d'un immeuble.

   Du coup, même si l'intrigue est travaillée (avec cette quête des origines qui vaut mieux que ce qu'on en a dit), pour les vieux fans comme moi, cela a un air de déjà-vu. Je reconnais néanmoins que les effets visuels sont parfois splendides... et, pour une fois, la 3D doit apporter quelque chose au film. La mégapole illuminée et grouillant de publicités holographiques est un personnage à elle seule.

   Cependant, je n'ai pas été convaincu par l'interprétation de Scarlett Johansson. On sent qu'elle a fait de gros efforts pour rendre crédible son personnage. Mais elle n'est pas assez grande pour le rôle et, surtout, elle dégage peu de mystère.

   Il reste quand même les scènes d'action, spectaculaires, l'intrigue policière, assez prenante, et les effets visuels. C'est tout à fait correct, mais cela n'a pas la magie de l'original. Aux jeunes spectateurs, je conseillerais de voir d'abord ce long-métrage, pour préserver le plaisir de la nouveauté, mais d'ensuite visionner (en V.O. sous-titrée) les films d'animation (surtout le premier), qui sont d'un autre niveau.

00:16 Publié dans Cinéma, Japon | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 01 avril 2017

The Lost City of Z

   James Gray s'est lancé dans le récit de la vie adulte de Percy Fawcett, officier et explorateur britannique, qui a voué sa vie à la quête d'une mystérieuse cité, non pas faite d'or, mais incarnation d'une ancienne civilisation amazonienne.

   Dans le rôle-titre, Charlie Hunnam (très bon au demeurant) apparaît comme un succédané de Brad Pitt, dont la participation fut un temps envisagée (et qui s'est "contenté" de produire le film). A ses côtés, on trouve l'excellente Sienna Miller, que les mâles hétérosexuels (cinéphiles) en rut ont récemment pu apprécier dans American Sniper et High-Rise. Blague à part, son personnage revêt une importance capitale. A travers elle, on mesure (au cas où on l'ignorerait) à quel point la place de la femme dans la bonne société britannique du début du XXe siècle était contrainte. Pourtant, c'est elle qui aide le héros à monter son projet et c'est encore elle qui fait une découverte capitale (un texte qui apporte un semblant de fondement aux théories de son mari). Malgré cela, lors des conférences de la Royal Society of Geography, elle est confinée à l'écart, en compagnie des autres femmes...

   Au niveau de la mise en scène, c'est plutôt réussi. De nombreuses scènes "britanniques" ressuscitent l'ambiance intimiste que James Gray sait si bien camper. Par contre, la séquence de guerre (qui se déroule en 1916, sur la Somme) est assez convenue. Certes, l'atmosphère mêlée de courage et de trouille est bien restituée mais, au cours de l'attaque qui nous est montrée, les combattants de Sa Majesté se "mangent" la mitrailleuse, les obus, le lance-flamme et les gaz... a little too much, indeed.

   Fort heureusement, dès que l'action a pour cadre l'Amérique du Sud, c'est excellent. La direction d'acteurs est au poil et certains plans témoignent d'un grand savoir-faire. Le premier morceau de bravoure est l'attaque de piranhas. Mais mon moment préféré est cette cérémonie initiatique nocturne, dont on ne sait pas où elle va nous mener. Fascinant et mystérieux.

   Sur le fond, on a un peu de mal à cerner le héros. Il a un petit côté illuminé. Mais je le comprends. Rejeton de la bonne société (mais pas de la haute aristocratie, ce qu'on lui fait bien sentir), il ne se résigne pas à une vie de notable rangé, époux attentionné et bon père de famille. Il a besoin d'autre chose. De plus, intellectuellement parlant, il est consterné par la fermeture d'esprit de nombre de ses contemporains.

   Ses aventures en Amérique du Sud font clairement référence à des mythes et à des films connus. On pense à Aguirre, à El Dorado, à Apocalypse now... et aussi à Don Quichotte. Même si le film souffre de certaines longueurs, je trouve que c'est une oeuvre intéressante, qui ne se limite pas à l'évocation de la vie méconnue d'un explorateur obstiné (qui a même inspiré un personnage de L'Oreille cassée à Hergé).

jeudi, 30 mars 2017

Paula

   Sous ce titre se cache un biopic germanique, signé Christian Schowchow, auquel on doit notamment De l'autre côté du mur. Cette fois-ci, le cinéaste a porté son attention sur Paula Modersohn-Becker, une peintre méconnue en France, mais célèbre outre-Rhin, en dépit de sa brève carrière.

   La première partie nous fait découvrir une jeune femme issue de la bourgeoisie de province, qui aspire à autre chose qu'un mariage conventionnel ou un emploi rébarbatif en ville. Douée pour le dessin, elle côtoie de petits peintres locaux, qui parfois se prennent pour de grands artistes. La réalisation est très académique. Ce que l'on voit à l'écran est très joli (en particulier les paysages, qui semblent sortis de tableaux impressionnistes), mais cette vie suinte l'ennui, sentiment qui gagne hélas le spectateur.

   Le rythme (et la photographie) changent dans la deuxième partie de l'histoire, au cours de laquelle on suit l'héroïne (brillamment interprétée par Carla Juri) dans sa tentative pour percer à Paris, à la toute fin du XIXe et au début du XXe siècle. Elle va croiser quantité d'artistes plus ou moins connus, dans la Ville-lumière, véritable carrefour culturel de l'époque. Se détachant du classicisme de sa formation (en même temps qu'elle adopte un mode de vie beaucoup plus libre qu'auparavant), elle va trouver son style. La réalisation s'adapte au ton de cette partie, plus gai et plein de vie.

   L'ambiance change à nouveau dans la troisième partie, que je n'ai guère appréciée. Des longueurs se font sentir. A mon humble avis, il aurait fallu remonter certains éléments. Du coup, je suis sorti de là un peu déçu, alors que c'est incontestablement un film qui mérite le détour.

   P.S.

   Les amateurs de clins d'oeil et d'anecdotes tendront l'oreille, vers la fin. Confronté à de grandes difficultés, l'un des personnages s'exclame (dans la version originale) : "Wir schaffen das". Pour tout germanophone et/ou germanophile qui se respecte, cette formule est une allusion à la chancelière Angela Merkel, qui l'a employée notamment à propos de l'accueil des réfugiés syriens migrants originaires d'Afrique et d'Asie. Cela peut se traduire par "On va y arriver" ou "On va gérer le problème". Par dérision, certains commentateurs se sont mis à l'utiliser pour parler d'un problème dont la solution pourrait tarder à venir...

00:49 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films, art, peinture

mardi, 28 mars 2017

Alibi.com

   Philippe Lacheau (auquel on doit notamment Babysitting) revient avec ses acteurs fétiches (lui-même, mais aussi Julien Arruti, Tarek Boudali, Vincent Desagnat, Elodie Fontan), ainsi qu'une brochette d'invités assez savoureux, parmi lesquels je distingue Philippe Duquesne (un habitué), Kad Merad et surtout Chantal Ladesou, dont le numéro de vétérinaire mérite à lui seul le détour.

   C'est la même recette que dans les précédents films du réalisateur : marier l'ancien et le moderne, la comédie traditionnelle à la française et l'humour graveleux (pas toujours très fin) venu d'outre-Atlantique. La jeune scène comique française (représentée par Nawell Madani, une ancienne du Jamel Comedy Club) rencontre de vieux routiers comme Didier Bourdon et Nathalie Baye (celle-ci bien meilleure que celui-là).

   L'histoire démarre sur les chapeaux de roues avec ces exemples de clients dissimulateurs qui ont recouru aux services de l'agence dirigée par le héros Greg, jeune patron mais vieux célibataire. Bien entendu, il va craquer pour la non moins endurcie (et séduisante) Flo... mais dont le père infidèle est le tout dernier client d'Alibi.com...

   Entre mensonges, dissimulation et quiproquos, la suite embraye sur un excellent rythme. On découvre pourquoi le portrait de la mère de Flo est régulièrement trouvé de biais. On apprend comment simuler un selfie avec un faux zèbre... et l'on réalise, si besoin était, à quel point il peut être dangereux de s'en prendre à la communauté des gens du voyage... Mais mon préféré est sans conteste le combat de sabres-lasers tubes de néon (à l'intérieur d'une caravane en mouvement !), auquel répond, un peu plus tard, un son caractéristique émis par un malade sous assistance respiratoire...

   La technique de l'imbroglio est éprouvée, mais elle fonctionne. Ici ou là, on peut voir quelques clins d'oeil aux "comédies de papa". Ainsi, le périple de Nathalie Baye et Didier Bourdon en voiturette n'est pas sans rappeler de mémorables scènes des Gendarmes (avec De Funès/Cruchot et soeur Clotilde, interprétée par l'inoubliable France Rumilly). Du côté de l'humour djeunse, scabreux, on note le rôle des animaux de compagnie, parfois à leur corps défendant. Toutefois, si le chien passe brutalement du statut de compagnon à celui de ballon de football, le chat fait bien comprendre à deux automobilistes que c'est lui le patron... au besoin en s'en prenant aux parties intimes de leur anatomie...

   C'est vrai que, parfois, c'est un peu facile et vulgos, mais j'ai été emporté par le rythme et le culot de cette histoire. On retrouve aussi le soin d'insérer de bonnes scènes d'action (autour des véhicules). Le film s'achève sur une pépite : une parodie de chanson de R'N'B, aux paroles d'une affligeante bêtise.

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Grave

   C'est l'un des événements cinématographiques de ce trimestre. Il s'agit d'un premier long-métrage de fiction, qui a pour cadre une école vétérinaire et le bizutage d'une promotion au sein de laquelle figure l'héroïne Justine, fille de vétos, dont la soeur aînée est déjà présente dans les locaux.

   Je conseille d'être très attentif à la scène du début, qu'on ne comprend pas bien dans l'immédiat, mais qui prend tout son sens par la suite.

   De là on passe au bizutage des reçus du dernier concours. Justine est une jeune fille sage, genre première de la classe, végétarienne jusqu'à l'excès... tout comme ses parents (Laurent Lucas, très bien), qui nous sont présentés comme formant un couple de bobos. Certaines des scènes ont de quoi rebuter les âmes sensibles, entre le sang versé sur la tête des bizuts et les choses suspectes qu'on leur fait avaler. S'ajoutent à cela les réveils nocturnes, la mise à sac des chambres et la consommation obligatoire d'alcools forts. Cette partie a l'immense avantage de nous faire percevoir ce que peut être un régime fasciste en formation, le tout avec une autosatisfaction confondante de la part des abrutis anciens.

   A ma grande surprise, le coeur de l'intrigue est occupé par la relation trouble entre les deux soeurs. Tour à tour, chacune prend l'avantage sur l'autre... et on ne voit pas tout venir, même si l'on est parfois à deux doigts (un doigt ?) de tout comprendre. Les avanies subies par Justine vont avoir des conséquences insoupçonnées.

   Côté macabre, on ne nous épargne pas grand chose, entre le surgissement d'un eczéma très envahissant, le vomi, le sang, les morsures, le sexe "agité"... et la première épilation d'une foufoune. Cela m'a un peu rappelé certaines oeuvres de Peter Greenaway (comme Le Cuisinier, le voleur, sa femme et son amant), en moins apprêté. L'ambiance n'est pas sans évoquer aussi le récent White Dog.

   Les actrices principales sont très engagées dans leur rôle. J'attribue une mention spéciale à Garance Marillier, qui réussit à faire croire à toutes les facettes de son personnage, aussi bien la jeune femme coincée que la rebelle perturbée (mais qui prend de l'assurance) ou encore la demi-dingue qui part en vrille.

   Notons que la musique n'est pas omniprésente. Elle est assez fascinante et bien dosée. Elle accompagne efficacement une mise en scène qui, pour être discrète, n'en est pas moins extrêmement soignée. Si les soirées murge sont filmées de manière assez classique, les tensions qui rongent l'héroïne sont très bien rendues, tout comme les rapports de force entre les personnages, traduits par l'angle des prises de vue et les mouvements de caméra.

   Cela donne un film tendu, brillant, parfois d'une mordante drôlerie, très au-dessus de la moyenne des productions françaises contemporaines. Sa réalisatrice, Julia Ducournau, est à suivre.

   P.S.

   Une révélation finale vient donner une profondeur supplémentaire à l'histoire, ce qui nous incite à revoir certaines scènes du début sous un autre jour.

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samedi, 25 mars 2017

Le Concours

   La documentariste Claire Simon est revenue se plonger dans la Fémis (dont elle a naguère dirigé le département réalisation), plus précisément au moment du concours de recrutement... des concours devrais-je dire, puisque les candidats postulent à l'un des sept "départements" (réalisation, scénario, production, image, son, montage et décor), lorsqu'ils présentent ce que l'on appelle le "concours général". Vu le profil de certaines personnes filmées, je pense qu'on peut y ajouter le "concours international" (qui ne recrute qu'en réalisation, scénario et montage).

   Environ mille personnes ont brigué l'une des quelque 60 places mises au concours. Il n'était évidemment pas question de nous présenter l'intégralité des futurs reçus (à supposer que, candidats, ils aient accepté de se laisser filmer pendant les oraux), encore moins un panorama représentatif de l'ensemble des postulants. Qui plus est, pour "donner sa chance" (à l'écran) à chacun d'entre eux, il fallait monter des séquences assez longues, ce qui a limité le nombre de profils. Ajoutez à cela la volonté de montrer les jurys au travail, face aux candidats et hors de leur présence, et vous aurez une idée de l'ampleur de la tâche que la réalisatrice s'était confiée.

   Résultat ? Un film long, très instructif (pas toujours à l'avantage de l'école, d'ailleurs), regorgeant de pépites, mais parfois ennuyeux. On suit le parcours des candidats, des premiers écrits (avec projection d'un extrait de Shokuzai) aux résultats des oraux d'admission. Au niveau des oraux "techniques" (il s'agit d'entretiens portant sur des productions, écrites ou non, des candidats), je pense que la plupart des spectateurs ne peuvent pas saisir toutes les subtilités sans connaître un peu le fond, tel qu'il est décrit dans le rapport 2014.

   Sinon, on peut s'intéresser à la personnalité des candidats. Ils sont d'une assez grande diversité (de tempérament), certain-e-s attachant-e-s, d'autres agaçant-e-s... tout comme les membres des jurys. (Amis rouergats : une candidate semble être originaire de l'Aveyron, puisqu'elle appuie sa candidature sur un stage effectué à Millau. Son enthousiasme et sa fraîcheur vont séduire une partie du jury.) Leurs discussions sont animées... et l'on sent poindre, de temps à autre, leurs préjugés. De ce pont de vue, la réalisatrice n'a pas cherché à filmer une enluminure.

   Qu'en conclure ? Que de belles personnes présentent ce concours. Que les métiers auxquels forme la Fémis sont plus variés qu'on ne le pense. Que les membres des jurys sont parfois un peu trop représentatifs du petit monde nombriliste du cinéma français. Mon principal regret est que, finalement, il soit assez peu question de cinéma vécu dans ce documentaire.

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jeudi, 23 mars 2017

Kong : Skull Island

   Moins de douze ans après la version de Peter Jackson, revoilà le gros gorille sur les écrans, dans une histoire reformatée pour s'insérer dans une trilogie (inaugurée par le dernier Godzilla, dont l'action se déroule pourtant après celle de ce film... ne partez surtout pas avant la fin du générique).

   D'un point de vue scénaristique, j'ai apprécié que l'on fasse débuter l'intrigue vers la fin de la Seconde guerre mondiale et qu'on la fasse rebondir pendant le conflit vietnamien. Cela nous vaut une belle séquence introductive, un peu comique, et qui nous donne l'eau à la bouche. (Un peu plus tard, on se rend compte que l'impression transmise par cette séquence est volontairement trompeuse.)

   Comme dans beaucoup de films de ce genre, on va suivre une troupe hétéroclite, où se côtoient militaires, scientifiques, aventuriers, des lâches comme des héros, des gens sensés comme de vrais dingues. Petit à petit, leurs défauts vont se révéler... et ils vont faire plein de bêtises.

   La première est de se rendre sur cette "île du crâne", dont le sous-sol regorge de surprises. La seconde est d'y balancer des joujoux explosifs qui vont réveiller de dangereuses bébêtes... et mettre le roi des Kongs de mauvaise humeur. (Ce pitoyable calembour m'a été imposé par la Guilde des Blogueurs Amateurs de Jeux de Mots Faciles.)

   Bref, si le déroulement des événements suit une trame qu'on qualifiera gentiment de prévisible, les scènes d'action dépotent. De la traversée de la tornade aux affrontements mettant en scène les bébêtes, on en prend plein la vue. Même en 2D, les effets spéciaux sont impressionnants et le gorille est très réussi, à la fois puissant et expressif.

   On ne voit quasiment pas passer les deux heures. J'ai très agréablement digéré mon repas... et fait un gros pipi après la séance.

23:23 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 15 mars 2017

Chez nous

   Lucas Belvaux est un réalisateur qui dose son effort : il a livré une quinzaine de films en 25 ans. Il est responsable de certains de mes plus grands émois cinéphiliques, avec sa trilogie Un Couple épatant - Cavale - Après la vie. Plus récemment, on a pu voir de lui 38 témoins.

   Ici, il se lance dans le film politique, tout en gardant sa "patte" sociétale. Ce n'est pas tant un brûlot anti-FN qu'un portrait de ceux qui votent pour lui, militent pour lui voire se présentent pour lui. Si Rosetta Emilie Dequenne, mère-courage et infirmière dévouée, attire le regard et la sympathie, c'est incontestablement André Dussolier qui tire la couverture à lui en Philippe Berthier, militant de longue date de l'extrême-droite, patriote sourcilleux, médecin attentif... et manipulateur habile. Par contre, j'ai été moyennement convaincu par la prestation de Catherine Jacob en Agnès Dorgelle (alias Marine Le Pen).

   La fachosphère s'est rapidement déchaînée contre un film qu'elle n'avait pas vu (comme il y a deux ans contre Un Français). Elle a eu tort. Le propos est nuancé. Si le portrait de certains militants ou sympathisants est grinçant, on sent l'empathie du réalisateur pour ceux qui sont cassés par la vie, quelles que soient leurs opinions. Derrière la polémique politique, Belvaux place le contexte social : les classes populaires et une partie des classes moyennes blanches se sentent larguées dans notre époque, abandonnées par ceux qui étaient censés les aider.

   C'est donc un film à thèse. Concernant le Bloc patriotique (alias le FN), Belvaux veut montrer qu'il n'a pas coupé tous les liens qui le relient aux néo-nazis qui ont nourri ses débuts. L'un des personnages-clés est Stanko (Guillaume Gouix, très bien), ancien petit ami de l'héroïne Pauline, que celle-ci recroise par hasard... et dont elle découvre les nouveaux tatouages, assez explicites sur le plan politique. Pourtant, ce militant "identitaire" va se révéler plus complexe qu'au premier abord. Sa relation avec l'héroïne pourrait le tirer vers le haut. Dans son comportement avec les garçons, il apparaît comme une figure paternelle à la fois autoritaire et bienveillante.

   Belvaux n'a cependant pas totalement réussi sa fin. L'intrigue politique se dénoue de manière assez prévisible, mais avec une pirouette (il faut bien regarder les affiches). C'est l'épilogue que je n'ai pas aimé. La réapparition (peu plausible) de certaines images refait basculer la vie intime de Pauline. Cette séquence alourdit inutilement le film, qui aurait dû se conclure sur les conséquences des choix de l'héroïne.

dimanche, 12 mars 2017

La La Land

   Je me suis enfin laissé traîner dans une salle obscure pour aller voir ce qui est, selon les Oscar, le meilleur film des douze derniers mois. Au moins, j'ai choisi la version originale sous-titrée. Cela commence plutôt brillamment, avec ce plan-séquence autoroutier, hommage aux comédies musicales d'antan. Il est un peu à l'image du film : techniquement réussi, mais dégageant peu (voire pas...) d'émotion. Damien Chazelle nous prouve encore son habileté un peu plus loin, avec cette scène tournée dans l'appartement occupé par les jeunes femmes.

   Soyons honnêtes : c'est bien joué, avec une mention particulière pour les deux interprètes principaux : Ryan Gosling (qui, de La Faille à The Nice Guys, mène intelligemment sa carrière) et Emma Stone (qui, de La Couleur des sentiments à Birdman, possède déjà une belle filmographie). Quand on pense qu'ils n'étaient pas les premiers choix du réalisateur ! Pour le film, Gosling est devenu un pro du piano. Quant à Emma Stone, elle nous montre tout son savoir-faire à l'occasion des scènes de casting. Elle est censée échouer à (presque) toutes... et pourtant, lors de la première tentative, elle est vraiment excellente. (Cela ne suffisait cependant pas, pour moi, pour qu'elle ait l'Oscar, qu'Isabelle Huppert méritait davantage.)

   Je mets un bémol aux parties dansées-chantées qui font intervenir les deux personnages principaux. Ce n'est pas mauvais, mais c'est souvent médiocre, comme la première fois où ils se retrouvent seuls sur les hauteurs de Los Angeles, la nuit. Il paraît que c'est voulu... Et puis le contenu des chansons est quand même extrêmement sirupeux. J'ai plus apprécié le fond jazzy, qui se marie bien avec l'ambiance nocturne, mais pas tellement avec la comédie musicale.

   Il reste l'intrigue : le désir des héros de réaliser leurs rêves est-il compatible avec leur amour naissant ? La première partie est construite sur le schéma de la montée en intensité du sentiment. Evidemment, les choses vont se gâter par la suite, mettant les héros à l'épreuve au niveau de leur engagement personnel comme au niveau de leur réalisation professionnelle. L'alchimie fonctionne bien entre Stone et Gosling. On est touché par cette histoire, y compris quand on nous propose, pendant quelques instants, la vision de ce qu'aurait pu être leur vie, si les choses s'étaient passées autrement.

   C'est donc un bon film, résultat d'un gros travail. Mais quand on apprécie modérément les séquences chantées, il perd une partie de son intérêt.

11:59 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

samedi, 11 mars 2017

La Confession

   Ce film de Nicolas Boukhrief est une nouvelle adaptation du roman de Béatrix Beck, Léon Morin, prêtre. Pour le réalisateur du Convoyeur, de Cortex et de Made in France, cela représente un défi. Il change de style et s'est lancé dans l'adaptation d'un roman, au lieu de partir d'un scénario original.

   L'arrière-plan documentaire (l'occupation allemande) est très soigné. On sent bien que la faim tenaille les habitants de cette petite ville de la moitié nord de la France métropolitaine. On comprend aussi que, face à l'occupant, les habitants ont des comportements... variés. A part à peu près égale, le réalisateur nous présente les accommodements (voire la collaboration) et les actes de résistance. Il a aussi veillé à ce que le portrait des soldats de la Wehrmacht ne soit pas unilatéral. Les personnages secondaires sont d'ailleurs très bien campés, en particulier les collègues de Barny, jouées par Anne Le Ny, Solène Rigot (vue récemment dans Saint Amour), Amandine Dewasmes et Lucie Debay (remarquée dans Un Français).

   L'héroïne Barny penche nettement du côté de la Résistance. Employée des PTT, elle détourne une partie des lettres anonymes envoyées à la Kommandantur. Chez elle, elle cache des juifs et elle semble liée à une filière qui passe par une ferme perdue dans les bois. C'est aussi (et surtout) une fervente communiste, athée jusqu'au bout des ongles (qu'elle a un peu trop jolis, petit détail gênant). Dans le rôle, Marine Vacht est sen-sation-nelle ! Comme son personnage connaît une assez forte évolution, on peut la voir jouer sur au moins deux registres très différents. Elle est parfaitement crédible dans les deux (même si je la préfère en matérialiste). Elle est de surcroît très jolie, avec un visage expressif qui prend bien la lumière. On sent que Boukhrief a pris beaucoup de plaisir à filmer cette actrice.

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   Face à elle se dresse le nouveau curé, un homme beaucoup plus jeune que son prédécesseur, qui vient de décéder. Il semble de surcroît plus moderne que lui, lit beaucoup de livres profanes. A demi-mots (et à l'aide de quelques détails visuels distillés à l'intention des spectateurs), on comprend que, s'il accorde sans remords les derniers sacrements aux miliciens, il est un chaud partisan des Alliés. Il est incarné par Romain Duris.

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   Autant le dire tout de suite : je suis réservé sur son interprétation. Oh, c'est incontestablement un bon acteur ; là n'est pas la question. Mais il est un peu vieux pour le rôle. De plus, s'il excelle à incarner un prêtre cultivé, habile et séducteur (pour arriver à ses fins prosélytiques), il parvient mal à faire passer le trouble qui finit par gagner le curé, évidemment séduit par cette mère courage rebelle. C'est dommage, parce que le film perd un peu en force. Je suis aussi déçu par la fin, d'où se dégage surtout une grande tristesse.

10:19 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

vendredi, 10 mars 2017

Logan

   Des années après l'époque glorieuse des X-Men, les héros sont bien fatigués. Wolverine/Serval (Hugh Jackman... jackmannissime) n'est plus que l'ombre de lui-même : il boite, tente de se débarrasser d'une mauvaise toux et a du mal à sortir ses griffes (ce que les mauvais esprits interprèteront comme des difficultés d'érection). Au quotidien, il est chauffeur de maître, façon Uber. Mais il a un petit "jardin secret", dans le désert.

   C'est la grande originalité de cet épisode des aventures des héros Marvel. Ici, point de costume voyant ni de collant moule-burnes. Les mutants (comme leurs adversaires) sont plongés dans le quotidien déprimant d'un futur proche où il vaut mieux fuir au Canada si l'on veut sauver sa peau, dans cette Amérique post-apocalyptique qui est comme une vision de ce que la présidence Trump pourrait laisser du pays.

   On a donc droit à Logan/Wolverine en voiture, Logan en ville, Logan à la campagne, dans le désert, à la montagne, en forêt... Cette collection de vignettes pourrait sembler artificielle. En réalité, elle donne un cadre parfois bucolique à une intrigue d'une folle intensité.

   La première trouvaille est celle du refuge de Logan, que je ne vais pas décrire ici, histoire de laisser le plaisir de la découverte. Le héros y retrouve une connaissance et un très vieil ami, incarné par Patrick Stewart (tellement plus convaincant que James McAvoy). Bientôt, on va lui flanquer une gamine entre les pattes. En apparence, c'est une autiste, enfant traumatisée. Mais c'est une bombe atomique en puissance. Dans le rôle, Dafne Keen est une révélation.

   Très vite, on nous propose des scènes de baston. Le film contient quatre moments de bravoure : le combat entre Wolverine et les loubards, l'attaque du refuge par les méchants, le premier duel avec le redoutable X-24 et le combat final, qui fait intervenir un nouveau groupe de personnages que Marvel destine sans doute à un brillant avenir...

   Au niveau de la mise en scène, c'est emballant. James Mangold, auquel on doit Identity, 3h10 pour Yuma et Wolverine, le combat de l'immortel, sait y faire. Les mouvements des personnages sont quasiment chorégraphiés. Même la jeune Laura (sans doute très bien doublée pour les cascades) virevolte. Du côté des blessures, on est dans l'hyperréalisme. Les habitués ne seront pas (trop) choqués par la cruauté des protagonistes ni l'ampleur des dégâts. C'est quand même diablement sanguinaire... et parfois comique.

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   Le film est aussi réussi car les scènes de transition ne sont pas que du remplissage entre deux bastons. Il y a tout d'abord les rapports entre Xavier et Logan, de vieux amis qui forment presque un couple, avec ses scènes de ménage. Il y a aussi (et surtout) la relation très chaotique qui s'instaure entre la gamine Laura et le vieux briscard. C'est drôle, remuant... et finalement très touchant.

   P.S.

   A un moment, les trois personnages en fuite se retrouvent dans une chambre d'hôtel luxueuse. Sur le très grand écran de télévision est diffusé un western, Shane (L'Homme des vallées perdues), dont le parcours du héros entre évidemment en résonance avec celui de Logan.

   P.S. II

   Dans la même thématique :

   X-Men origins : Wolferine

   X-Men - Le Commencement

   X-Men - Days of Future Past

   X-Men - Apocalypse

12:30 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 08 mars 2017

Miss Sloane

   Ce mercredi soir, il y avait mieux à faire que d'assister à la déconfiture d'une équipe de football qatarie. En l'honneur de la journée des droits de la femme, je suis allé voir ce film consacré à une lobbyiste américaine chevronnée, intelligente, machiavélique et déterminée, incarnée à la perfection par Jessica Chastain. Celle-ci, depuis L'affaire Rachel Singer, ne cesse de me surprendre. Quel que soit le rôle qu'elle endosse, elle est marquante, aussi bien dans La Couleurs des sentiments que dans Zero Dark Thirty ou encore Interstellar.

   Elle n'est pas toute seule. La distribution compte d'autres "pointures" comme Mark Strong et Sam Waterston (l'ancien substitut du procureur de New York Police Judiciaire, ici dans un rôle à contre-emploi). On remarque aussi la prestation de Gugu Mbatha-Raw, vue récemment dans Free State of Jones.

   Au niveau du scénario, c'est du lourd. On nous a bâti un polar alambiqué, qui s'appuie sur la description des mécanismes du pouvoir législatif, intimement lié à la pratique du lobbying (l'action des groupes de pression). A ce sujet, le discours du film est ambigu. D'un côté il dénonce la corruption du système, le pouvoir de l'argent et l'action souvent néfaste de ces brillants entremetteurs que sont les lobbyistes. D'un autre, il montre que le sens de l'intérêt général, couplé à un peu de vice, peut venir à bout de bien des difficultés. En tout cas, on ne nous épargne aucun coup fourré.

   C'est aussi l'histoire de la transformation d'une femme (ou plutôt de sa révélation). La froide et impitoyable Elizabeth Sloane va se découvrir plus humaine qu'elle et son entourage ne le pensent, à l'issue d'une série de péripéties qui donnent un côté haletant au récit.

   La réalisation se veut très chic, à l'image de son héroïne apprêtée. La musique est très hollywoodienne, soulignant les moments importants. Cela passe. La surprise est que, dans cet univers feutré, Miss Sloane tranche par son absence de scrupule, sa considérable force de travail et sa franchise brutale, jusqu'à la grossièreté.

   Ce film n'attire hélas pas les foules. Pourtant, j'ai passé un excellent moment. L'histoire s'achève sur un plan magnifique de Jessica Chastain, sortant d'un lieu que je ne peux pas nommer.

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dimanche, 05 mars 2017

Rock'n Roll

   Cette autofiction de Guillaume Canet fonctionne sur les principes de l'inversion et du retournement. On peut parler d'inversion parce que, dans le couple qu'il forme avec Marion Cotillard, c'est la femme qui occupe le premier plan. Dans le film, on va donc voir l'homme se poser les questions que se poserait la jolie épouse d'un comédien célèbre. Suis-je assez bien pour elle ? Qu'est-ce que je vaux professionnellement parlant ? Est-ce que j'ai vieilli ?

   C'est d'autant plus intéressant que, jusqu'à il y a dix ans (et la sortie de La Môme), c'était la carrière de Canet qui paraissait la plus prometteuse. En tant qu'acteur, il avait été remarqué dans La Plage, Vidocq, Narco, Jeux d'enfants, Joyeux Noël, La Clé... Mais, surtout, il avait fait de très bons débuts à la réalisation, avec Mon Idole et  Ne le dis à personne. Depuis cette époque, la carrière de Guillaume Canet s'est poursuivie (récemment avec La prochaine fois, je viserai le coeur et Le Secret des banquises), mais celle de Marion Cotillard a connu un essor formidable.

   C'est avec beaucoup d'autodérision que le réalisateur nous présente la relation de couple et les efforts de celui qu'on appelle parfois "Monsieur Cotillard" pour exister, professionnellement parlant. Deux types de scènes se répondent : celles de tournage d'un film "art et essai" (où Canet, à son grand désespoir, incarne le père d'une adolescente) et celles de la famille Fenouillard Cotillard, avec Guillaume en papa poule, tout mignon, tout gentil, aimé par sa  compagne oscarisée, qui se lance dans l'apprentissage du joual pour tourner avec Xavier Dolan ! C'est souvent hilarant. Ceux qui n'en auraient pas encore conscience découvriront l'excellente actrice qu'est Marion Cotillard, dans un registre comique où hélas on ne la voit guère.

   Le premier retournement survient quand Canet décide de se la jouer rock'n roll. Il est bien sûr pathétique, ce qui nous vaut plusieurs moments savoureux, des fantasmes du quadra qui se rêve rebelle à la soirée alcoolisée qui se termine en vidéo trash sur les réseaux sociaux. Je recommande aussi tout particulièrement la séquence chez le couple Hallyday, Johnny se prêtant de bonne grâce au jeu !

   Cependant, au bout d'une heure et quart, l'ambiance change. On ne s'en rend pas compte tout de suite, parce qu'on reste sur la même thématique. Mais le ton se fait plus grave. Le personnage incarné par Canet va prendre des décisions "drastiques", qui vont le transformer. D'un côté, j'ai trouvé gonflé qu'on ne se limite pas à la comédie people (vouée au succès) et qu'on parte vers quelque chose de plus philosophique. D'un autre côté, je trouve que Canet n'a aucun recul vis-à-vis de ce que devient son personnage. On nous pousse presque à adhérer à sa démarche puisque, par un nouvel effet de retournement, c'est la Marion Cotillard de fiction qui se trouve fragilisée. Et, même si la séquence finale, en partie parodique, remet l'humour au premier plan, le coup de la chanson de Demis Roussos devant la caravane est ri-di-cu-le.

   C'est dommage, parce que c'était au départ une comédie très enlevée, qui se termine en eau de boudin.

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jeudi, 02 mars 2017

Lumière ! L'aventure commence

   Le sortie de ce documentaire-hommage, signé Thierry Frémaux (délégué général du Festival de Cannes... et directeur de l'Institut Lumière), est un petit événement, puisqu'il propose, en version restaurée, un échantillon de l'oeuvre des frères Lumière, les courts films de cinquante secondes étant classés par thème.

   Il y a bien entendu les incontournables, comme La Sortie des usines Lumière, dont on découvre qu'en réalité, il existe non pas une, non pas deux, mais trois versions différentes ! Ici, Thierry Frémaux se fait historien, l'oeil acéré, habile à débusquer le "détail qui tue" dans une scène en apparence anodine, un peu à l'image de ce que l'on peut voir à l'oeuvre dans la série Mystères d'archives (pour ceux qui connaissent).

   Parmi les autres "classiques", il y a bien sûr L'Arroseur arrosé ou encore L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat. Si le premier nous paraît aujourd'hui surjoué, le second n'a rien perdu de sa force. C'est l'occasion, pour Frémaux, de souligner la qualité du cadrage et de la mise en scène. On sent qu'il n'est pas loin d'affirmer que les Lyonnais d'adoption ont tout inventé dans le septième art.

   L'un des thèmes évoque les oeuvres faisant intervenir des enfants. Il  y a bien sûr ceux des couples Lumière, mais aussi des gamins des rues, comme ces joueurs de billes guère effrayés par la caméra. Pour moi, le plus beau film reste celui confrontant la gamine sur une chaise à un superbe chat, habile... et très gourmand :

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   Paraissant d'abord étrangement obéissant, le matou va rapidement se révéler incontrôlable... et entreprenant :

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   Outre des aspects de la vie quotidienne de la bourgeoisie, le documentaire ressuscite le travail des ouvriers et des manoeuvres, filmés avec beaucoup de respect et une incontestable inventivité : à l'écran, l'action se déroule sur deux voire trois plans. Pour nous midi-pyrénéens, l'intérêt s'éveille lorsqu'apparaît à l'écran une scène tournée aux mines de Carmaux.

   Saisissantes aussi sont les vues du Paris de l'extrême fin du XIXe siècle, ou ces scènes de bord de mer. Les cinéastes étaient visiblement très éclectiques. L'ensemble constitue un foisonnant catalogue, véritable couche géologique d'une France qui a disparu. C'est de surcroît l'un des plus beaux films sortis en salle ces derniers mois, bercé par la musique limpide de Camille Saint-Saëns.

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dimanche, 26 février 2017

Lion

   Ce film fait partie des multinominés aux prochains Oscar. Il s'inspire d'une histoire vraie assez extraordinaire. La première partie se déroule en Inde, dans un village perdu au coeur du pays, puis à Calcutta. Les scènes alternent moments de joie et de tristesse. On nous fait découvrir l'Inde ultrapauvre d'il y a une trentaine d'années, d'abord rurale puis urbaine. C'est globalement assez dur (quand on nous montre tous les dangers qui guettent les enfants esseulés), même si des moments de bonheur émergent.

   C'est prenant parce que les interprètes sont assez bons. Les enfants ont fait l'objet d'une sélection sévère, si bien que les deux gamins qu'on voit le plus à l'écran sont très convaincants. Toutefois, je trouve que c'est celui qui incarne l'aîné (Guddu) qui s'en sort le mieux, le plus jeune (qui joue le héros Saroo) me semblant plus limité.

   C'est de plus très bien filmé. Au début et, par la suite, à plusieurs reprises, on tente visiblement de nous en mettre plein la vue avec des plans aériens. Mais ce sont les scènes urbaines, à Calcutta, qui sont les plus réussies, avec une superbe photographie.

   La deuxième partie se déroule en Australie. On retrouve le héros devenu adulte, un jeune homme bien dans sa peau, à qui la vie tend les bras. Sauf que... le passé va refaire surface. Dans le rôle de l'ancien enfant adopté rongé par le doute et la culpabilité, Dev Patel (celui de Slumdog millionaire) est très bon. Il est épaulé par une brochette d'acteurs confirmés. Du côté australien, on a Rooney Mara, Nicole Kidman (malgré la chirurgie esthétique...) et David Wenham. Du côté indien, outre ceux déjà mentionnés, on peut signaler l'apparition de Nawazuddin Siddiqui (remarqué dans The Lunchbox) et surtout de Tannishtha Chatterjee, qu'on a pu voir récemment dans La Saison des femmes et Déesses indiennes en colère.

   La troisième partie voit le héros partir en quête. Je me garderai bien de raconter ce qu'il va trouver. Je peux quand même dire que, vers la fin, j'ai eu les yeux qui piquent... Satanées poussières !

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samedi, 18 février 2017

L'Empereur

   Douze ans après La Marche de l'empereur, Luc Jacquet (auquel on doit aussi La Glace et le ciel et Il était une forêt) nous revient avec un documentaire consacré aux manchots de l'Antarctique. Le scénario est familial : on suit les efforts des parents pour faire survivre leur progéniture, avant de découvrir les premiers pas de celle-ci, jusqu'à l'acquisition de l'autonomie.

   Le déroulé n'est toutefois pas strictement linéaire : on nous propose des retours en arrière, et même quelques images du premier film. On a visiblement voulu éviter le côté parfois pesant des documentaires. Quant au commentaire lu par Lambert Wilson, il évite les deux principaux écueils : il n'est ni abscons ni nunuche. La musique n'est pas trop présente, juste ce qu'il faut.

   Mais le plus intéressant est ce que l'on voit à l'écran. Les images sont superbes, que ce soient celles de la banquise, celles de l'océan ou bien celles des manchots. Ceux-ci sont parfois filmés en super gros plan : on a l'impression de pouvoir les toucher ! Et qu'est-ce qu'ils sont beaux, à la fois gracieux et dignes.

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   Je pense que l'une des raisons du succès qu'ils rencontrent est l'anthropomorphisme dont nous faisons preuve. Voir ces marcheurs empruntés trébucher (voire tomber) sur la glace les rend proches de nous, tout comme les couples qu'ils forment, avec ce souci de préserver leur progéniture unique. Encore aujourd'hui, je suis étonné de la relative facilité avec laquelle les adultes arrivent à se reconnaître et à repérer leur petit, qu'ils n'ont parfois pas vu depuis des mois. Il semblerait qu'ils se guident essentiellement à l'oreille.

   A propos des couples, les spectateurs avisés remarqueront l'équitable répartition des tâches entre le mâle et la femelle, les deux couvant alternativement le petit, pendant que l'autre part chercher de la nourriture. C'est même la mère qui abandonne la cellule familiale la première, quand elle juge que le petit peut se débrouiller seul.

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   Celui-ci n'est pourtant pas bien grand, n'ayant en général pas achevé sa mue. Ces peluches vivantes et maladroites sont vraiment attendrissantes ! Très jolies aussi sont les scènes de séduction entre les adultes. Et l'on retrouve ces étranges processions, que les animaux forment quasi instinctivement. C'est vraiment un chouette film !

02:02 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 15 février 2017

Silence

   Le nouveau film de Martin Scorsese (nettement moins tape-à-l'oeil que Le Loup de Wall Street) est l'adaptation d'un roman japonais, mais son intrigue a un arrière-plan historique : les tentatives de christianisation du Japon, notamment par les Jésuites, ordre auquel appartiennent les héros.

   Le film (dans sa version originale) est polyglotte : on y entend parler anglais, latin, japonais et même chinois. Scorsese semble suivre la même démarche que Clint Eastwood dans Lettres d'Iwo Jima : son oeuvre ne sera pas une vision occidentalo-centrée. Toutefois, il n'a pas poussé le réalisme jusqu'à faire s'exprimer les personnages principaux européens en portugais. Déjà qu'il a eu du mal à financer le film...

   D'un point de vue visuel, c'est superbe. Scorsese n'a pas perdu la main. Epaulé par un très bon directeur de la photographie, il réalise de superbes plans des zones côtières comme des intérieurs. Les scènes de nuit sont les plus belles, avec une incontestable maîtrise des éclairages. Je note cependant un certain penchant à montrer la saleté à l'écran... penchant qui concorde avec le propos du film.

   Scorsese a visiblement pris du plaisir à mettre en scène une lente défaite, celle des Européens sûrs d'eux face à la civilisation (et à la force) japonaise. Pour les spectateurs occidentaux, c'est original, mais, à l'écran, c'est long à venir. On doit subir des tunnels de dialogues pas franchement palpitants. De surcroît, je ne suis pas convaincu par le choix d'Andrew Garfield pour le rôle principal. Il était meilleur dans Tu ne tueras point, mais il interprétait un personnage plus monolithique. Il est visiblement moins à l'aise dans le rôle d'un homme de plus en plus tourmenté, dont les convictions vont vaciller. A ses côtés, Adam Driver (que l'on voit beaucoup moins) est plus marquant. Surtout, quand Garfield se retrouve face à Liam Neeson, on sent clairement qu'il y a une classe d'écart.

   Beaucoup de choses sont assez prévisibles dans cette histoire. Du coup, comme l'action n'est guère trépidante, je me suis un peu ennuyé. J'ai eu le temps de goûter la beauté de certains plans mais, franchement, pendant 2h40, ça fait long. Il convient néanmoins de rester attentif jusqu'au bout. En chrétien convaincu, Scorsese a voulu montrer que la véritable victoire est intérieure, en tout cas beaucoup plus discrète que ne le furent les tentatives d'évangélisation...

samedi, 11 février 2017

Tempête de sable

   Ce film israélien a pour héros des Bédouins du Néguev, des Arabes du désert, en partie sédentarisés. On suit plus particulièrement une famille, l'aînée des enfants, la charmante et impétueuse Layla, étant l'héroïne de l'histoire. C'est elle qui va lever un vent de tempête qui menace de tout emporter sur son passage.

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   On s'attend essentiellement à ce qu'il soit question de mariage forcé, mais, habilement, le film démarre sur une scène qui illustre le fort attachement qui existe entre le père et sa fille aînée. Cependant, on va très vite comprendre que ce père n'est pas prêt à aller à l'encontre des traditions. L'intrigue nous fait donc découvrir, globalement, la situation des femmes dans une société patriarcale contemporaine.

   La première partie est bien centrée sur un mariage, mais ce sont des adultes qui sont directement concernés. Ici, il est question de polygamie... et peut-être aussi de transmission masculine : l'homme qui accueille sa deuxième épouse a quatre enfants... uniquement des filles. Le regard se concentre sur la première épouse, qui ne manque pas de caractère, mais qui n'a guère de marge de manoeuvre. Dans le rôle, Rubal Abal (vue auparavant dans Héritage) est excellente.

   On sent même qu'au sein du groupe familial, la fille aînée n'est pas loin de prendre le dessus sur sa mère... tant qu'elle bénéficie du soutien de son père. Celui-ci lui apprend à conduire et, fait extraordinaire, l'encourage à poursuivre ses études. On sent même qu'il regrette que ses résultats ne soient pas plus brillants.

   Cela s'explique parce que Layla a un peu la tête ailleurs. Certes, ses études lui ont laissé entrevoir une autre vie, dans laquelle elle ne serait pas destinée à élever les enfants qu'elle aurait d'un mari imposé. Mais, surtout, elle est tombée amoureuse, d'un gars d'une autre tribu. Va-t-il plaire à son père ? La famille de son chéri (dont on comprend qu'elle a eu à souffrir des autorités israéliennes) est-elle assez honorable ? Cette amourette cadre-t-elle avec les plans qu'a concoctés le père pour sa fille ?

   Le coeur de l'intrigue est constitué par cette opposition père-fille. Mais cela a aussi des conséquences sur les jeunes soeurs de l'héroïne... et surtout sur sa mère. On sent la jeune femme prête à tout. Elle va devoir prendre une décision lourde de conséquence, quelle qu'elle soit.

   C'est pour moi un très bon film. Sur un canevas connu (les amours contrariées), la réalisatrice (qui est aussi scénariste) a greffé le contexte israélien et la question de la place des femmes dans la société.

   P.S.

   Pour en savoir plus sur le sujet, on peut lire une étude universitaire d'Ivan Sand (très critique vis-à-vis de la politique menée par les gouvernements israéliens). Un intéressant (et très ponctuel) contrepoint est proposé par... le site de Tsahal (l'armée israélienne), qui évoque le rôle (méconnu) des Bédouins dans la défense du pays. (Les lecteurs avisés remarqueront l'emploi de l'expression "Judée-Samarie" à la place de Cisjordanie...)

jeudi, 09 février 2017

Lego Batman, le film

   C'est la sortie événement de cette semaine, loin devant les attrape-nigaude matraqués par la publicité. Ceux qui ont savouré La Grande Aventure Lego ne seront pas dépaysés. Le style graphique est le même, le ton parodique omniprésent... et c'est d'ailleurs davantage destiné aux grands qu'aux petits, au-dessus de la tête desquels risquent de passer pas mal d'allusions !

   Dès le début, j'ai aimé le commentaire parodique du générique, qui se moque gentiment de certains tics hollywoodiens. Notre guide est Batman-le-héros-viril-qui-n-a-besoin-de-personne. Le film a évidemment pour objectif de démontrer le contraire.

   En attendant que Batman ne rejoigne le commun des mortels, on le montre mettre sa race à une brochette de vilains, dans une séquence cocasse et survitaminée. Mais l'image scintillante du justicier solitaire cache la vie recluse d'un homme triste, sans famille, dont les habitudes vont être (en partie) dérangées par l'arrivée d'un orphelin très dégourdi.

   Les sources de gag sont donc nombreuses. Outre les invraisemblables combats, on a l'égocentrisme de Batman, les maladresses de ses amis... et le comportement puéril des méchants. A certains moments, cela va même trop vite, tellement c'est riche... encore un coup pour nous faire acheter le DVD !

   Au niveau du sous-texte, tous les publics sont servis : Batman tombe raide dingue amoureux de la nouvelle commissaire... tout en entretenant une relation amour/haine très ambiguë avec le Joker. N'oublions pas que la plupart de ces messieurs portent des collants...

   Bref, malgré la bande-son très rap, j'ai passé un excellent moment, en compagnie d'une troupe de crétins parfois futés.

   P.S.

   Ceux qui apprécient ce genre d'humour peuvent se ruer en toute confiance sur d'autres animations Lego, pour la télévision. Ainsi, plusieurs séries estampillées "Lego Star Wars" ont été produites. Les Contes des Droïdes (diffusés avant que ne sorte en salles Le Réveil de la Force) racontent toute la saga... du point de vue de R2-D2 et de C-3PO. C'est hi-la-rant !

   Auparavant avaient été produites Les Chroniques de Yoda, dont la première saison s'intercale sans doute entre L'Attaque des clones et La Revanche des Siths, et la seconde entre L'Empire Contre-Attaque et Le Retour du Jedi. Le petit bonhomme vert aux pouvoirs extraordinaires y joue un rôle essentiel, avec ce sens de la dérision qui évite toute grandiloquence.

   Plus récemment, j'ai découvert Les Aventures des Freemakers, dont l'action se déroule elle aussi entre les épisodes V et VI. Cette série met en scène des sortes de garagistes-brocanteurs de l'espace, un trio composé de deux frères et d'une soeur. Ces autoentrepreneurs pleins d'allant sont toutefois assez gaffeurs... mais le plus jeune sent la Force en lui. C'est moins désopilant que les deux autres séries, mais cela se regarde sans déplaisir.

23:54 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films

mercredi, 08 février 2017

Neruda

   Ce portrait romancé de l'écrivain chilien Pablo Neruda est signé par un autre Pablo, Larrain, dont le médiocre Jackie est actuellement en salles. J'apporte cette précision pour deux raisons. La première est qu'il est rare de voir deux films récents d'un même réalisateur occuper les écrans. La seconde est qu'il est difficile de croire que le même homme ait pu, à quelques mois de distance, réaliser deux oeuvres aussi dissemblables.

   Autant Jackie est pesant, engoncé, prévisible, autant Neruda est vivant, virevoltant... voire facétieux. Le principal artifice de mise en scène consiste dans le montage alterné de plusieurs versions de certaines scènes de dialogue, tournées sous des angles voire dans des lieux différents. Cela donne une impression d'étrangeté ou de cocasserie... et nous incite à nous méfier de ce qui nous est montré : l'histoire qui nous est contée est en cours de construction... bref, c'est de la "réalité améliorée" ou une fiction réaliste. Neruda ayant été lui-même un peu affabulateur, quel plus bel hommage pouvait-on lui rendre que de romancer cet aspect de sa vie !

   Il convient aussi d'être observateur : certains plans réservent quelques surprises. A plusieurs occasions, Neruda tente de se dissimuler (avec succès). Il reste aux spectateurs (et aux policiers qui le poursuivent vainement) à deviner où il se cache, par exemple dans le bordel ou encore dans la librairie.

   Au-delà de son aspect comique, le film n'en assène pas moins quelques vérités. J'ai apprécié qu'on déboulonne (un peu) la statue du grrrand écrivain. Neruda était un bourgeois dilettante, communiste en partie par provocation. S'il était sans doute sincèrement choqué par le sort des prolétaires chiliens, il pensait surtout à s'envoyer en l'air... et tenait absolument à bénéficier des services de domestiques, même en cavale.

   C'est toute l'histoire de ce film, qui voit l'écrivain poursuivi par un policier zélé... et un peu admirateur de ses oeuvres. Dans le rôle d'Oscar Peluchonneau, Gael Garcia Bernal (que Larrain avait déjà dirigé dans No) est excellent, au point de parfois voler la vedette à l'écrivain... ce à quoi s'évertue son personnage, d'ailleurs ! (Signalons qu'il a existé un Oscar Peluchonneau Bastamante directeur général de la police chilienne... en 1952, soit quelques années après l'époque à laquelle se déroule l'intrigue. Ici encore, réalité et fiction s'entrecroisent.)

   Au passage, le Chilien Larrain, qui avait situé l'action de Santiago 73 à l'époque du coup d'Etat de Pinochet, nous fait croiser le futur dictateur, alors jeune officier, dirigeant un camp de détention de communistes du côté d'Iquique, dans le nord du pays, où s'étend le désert d'Atacama. Ce nom a éveillé ma curiosité. Où l'avais-je déjà entendu ? Dans le documentaire Chomsky et compagnie, qui évoque le massacre de mineurs commis par l'armée chilienne en 1907.

   Neruda est donc un film très riche, qui nous instruit et nous divertit sans se prendre au sérieux. J'ai toutefois été un peu déçu par le dernier quart d'heure, le réalisateur ayant visiblement eu du mal à conclure son histoire.

   P.S.

   Le massacre de 1907 a inspiré l'écrivain Hernan Rivera Letelier, dont le roman Les Fleurs noires de Santa Anna a pour cadre les jours qui ont précédé la tuerie. On y suit des personnages hauts en couleur, pauvres et, en général, dignes. Ils vont se révolter contre leurs conditions de travail (et de vie) et déclencher un formidable mouvement populaire, qui va affoler les possédants.

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lundi, 06 février 2017

Jackie

   Ce faux biopic est centré sur les moments et les jours qui ont suivi l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, vus par sa veuve. Cette trame est encadrée par des retours en arrière (des extraits d'un programme télévisé auquel la First Lady avait participé) et l'entretien accordé par l'héroïne à un journaliste (une fois le tumulte passé). Il s'agit donc d'un film à entrées multiples, sur le pouvoir, sa représentation, le poids des médias, la vie d'une femme mal considérée (avant d'être adulée) et sur le(s) deuil(s).

   Natalie Portman a pris le phrasé et la démarche de Jackie Kennedy. Par son jeu, elle nous montre aussi l'évolution du personnage : à la nunuche de 1961 a succédé, en 1963, une femme certes tenaillée par la souffrance, mais plus sûre d'elle et capable d'utiliser les rouages du système.

   Le reste de la distribution est de bon niveau. On ne voit pas trop les autres acteurs, dont le jeu est réduit à la portion congrue. On remarque néanmoins la bonne prestation de Peter Sarsgaard (en Robert Kennedy). Je note aussi qu'on a trouvé un acteur qui a une certaine ressemblance avec le défunt président.

   Le problème vient, en partie, de la réalisation. Oh, c'est du travail propret, avec un petit côté vintage dans la recréation du grain de l'image télévisuelle (pour les scènes anciennes). Mais c'est trop sage, trop millimétré. On finit par s'ennuyer terriblement, d'autant qu'on a veillé à ne pas égratigner la légende Kennedy.

   A mon avis, il aurait été plus pertinent d'élargir l'ampleur chronologique du sujet, pour évoquer les études suivies par Jacqueline Bouvier (qui n'était pas une idiote) et, après la période Maison Blanche, sa tentative de refaire sa vie avec le milliardaire Onassis.

   P.S.

   Quitte à aller voir un film qui rende hommage à une femme célèbre (incarnée par une actrice très talentueuse), autant choisir Dalida.

dimanche, 05 février 2017

La Vallée des loups

   Cette vallée alpine (de cheval) nous demeure secrète, le réalisateur Jean-Michel Bertrand voulant la préserver de l'intervention humaine. Je pense malgré tout qu'une personne connaissant la région peut, en s'appuyant sur les images et sur les remerciements qui figurent dans le générique de fin, arriver à retrouver les lieux de tournage.

   Commençons donc par ces images superbes de paysages de montagne, d'un lever de soleil brumeux ou de surfaces enneigées. C'est évidemment une ode à la nature, à travers le minéral, le végétal... et l'animal. Bien avant de voir les loups, on entre en contact avec les chouettes (succès garanti auprès du public, à condition qu'il n'attrape pas de torticolis), les blaireaux (il n'y en avait pas dans la salle, apparemment), les cerfs, les biches, les chamois, les lièvres, les corbeaux, les fourmis, les renards... C'est beau à voir, parce que les animaux sont filmés dans leur milieu naturel et parce que la photographie n'est pas dégueu.

   C'est aussi souvent drôle, parce que le comportement des bestioles prête parfois à sourire et parce que J-M Bertrand se met en scène, avec une bonne dose d'autodérision. Précisons qu'il n'est pas tout seul à tenir la caméra. Les prises de vue ont été réalisées par deux personnes, Marie Amiguet épaulant le réalisateur. C'est particulièrement visible sur certaines scènes, où les prises de vue ne peuvent pas avoir été réalisées par une caméra fixe disposée par l'unique personne présente sur les lieux.

   Cela me conduit à une petite critique. Ce qui nous est présenté comme le fruit de l'immersion aventureuse d'un baroudeur passionné est aussi le résultat d'une mise en scène. Certains moments, présentés comme fortuits, ne le sont pas tout à fait.

   L'un des exemples les plus flagrants est la première vision d'un loup. Elle semble survenir alors que le réalisateur nous est montré en train d'uriner. Il se retourne et -contrechamp- on voir un loup, au loin, qui semble l'observer. C'est évidemment le résultat au mieux d'une reconstitution (seules les images du loup sont une capture sur le vif, les autres ayant été rejouées pour les besoins du film), au pire d'une invention (le réalisateur a bien filmé par hasard ce loup, de jour, et a décidé ensuite d'ajouter une scène le montrant en train d'uriner à ce moment-là pour "pimenter" son histoire).

   Un autre exemple est cette scène qui voit le réalisateur marcher devant un arbre dans lequel se cache une chouette, dans une niche située en hauteur. La caméra, posée latéralement au chemin, semble capter une rencontre fortuite. En réalité, il y a fort à parier que la chouette a été repérée auparavant et qu'il a été décidé de mettre en scène le passage de J-M Bertrand devant cet arbre-là.

   On va me dire : ce ne sont là que de menus détails, mais ce procédé de fausse rencontre, tout comme le tournage a posteriori de plans contrechamp nuit à la rigueur du propos (qui est militant).

   On n'en est pas moins passionné par le périple du réalisateur. D'abord attiré par les rapaces, il décide de se concentrer sur les loups, dans ce parc naturel où l'activité humaine ne vient pas déranger la vie des animaux sauvages. La vision, assez précoce, du premier loup, l'incite à croire qu'il va rapidement arriver à ses fins... Que nenni ! La première année d'observation s'achève sans nouvelle rencontre. Il doit se résoudre à installer des caméras à déclenchement automatique (si elles repèrent du mouvement dans leur champ de vision). Cela nous vaut d'étranges images nocturnes (pour la plupart) de la faune sauvage, vraiment captivantes.

   J'ai particulièrement aimé la séquence qui montre la compétition qui existe, à distance, entre les loups et le renard pour l'occupation d'un territoire. Le chef de la meute commence par marquer le terrain à l'aide d'excréments. Plus tard, le renard vient uriner dessus. De retour, les loups grattent le sol à proximité... là où, plus tard, le renard va à son tour faire ses besoins. Je vous laisse découvrir à quelles extrémités se laisse porter le canidé à la queue touffue !

   Le résultat est un passionnant documentaire, très engagé en faveur du loup... et c'est à mon avis sa principale limite. Si l'on ne nous cache pas le mode alimentaire de canis lupus, jamais on ne le voit réellement chasser ni tuer ou dépecer une proie. Par contre, on a tenu à nous montrer des images de louveteaux jouant comme des chiots. Dans un parc national, la présence des loups se justifie pleinement : ils contribuent à l'équilibre de la chaîne alimentaire. Par contre, dans un parc naturel régional (dont la vocation est de concilier protection de la nature et activités humaines), la présence du loup est une menace pour l'élevage extensif, qui a besoin de grandes pâtures sans danger pour les animaux domestiqués.

23:47 Publié dans Cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : cinéma, cinema, film, films